Chapter 1: Prologue
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« Oko, bouge de là. Vite ! Ils vont nous prendre à revers !
— T’inquiète Tiger. J’ai prévu l’artillerie lourde. »
Kagami lève les yeux au ciel. Toujours trop sûr de lui, Okonomiyaki. Un peu trop pour un gars qui s’appelle comme un pancake. Il prend de la hauteur pour assister son coéquipier en cas de besoin. La map n’est pas facile, trop d’endroits où se cacher, trop d’embuscades possibles. Difficile de savoir d’où va venir l’ennemi. Mais le challenge, il adore ça.
Après le lycée, Kagami a connu un petit passage à vide, durant lequel il a passé beaucoup de temps à gamer. Et il s’est avéré plutôt doué sur certains jeux en ligne. Il s’est vite bâti une petite réputation, puis les sponsors ont commencé à pointer le bout de leur nez, et maintenant, il est payé pour jouer ! Un rebondissement inattendu dans sa vie, qui est loin de lui déplaire. Certes, ça implique de passer le plus clair de son temps à la maison, d’avoir un rythme de vie décalé et de parler un langage que la plupart des gens ne comprennent pas, mais il aime son nouveau métier. La tension de la compétition, l’aspect stratégique, la nécessité de rester aux aguets, les sens affûtés et l’esprit vif, ça le canalise. Et il trouve toujours un peu de temps pour faire du sport quand il a besoin de se défouler physiquement.
Oko crie quelque chose dans ses oreilles et Kagami grimace. Son coéquipier a le don de lui faire perdre tous les jours un peu plus de son capital auditif. Et puis, c’est inutile de hurler, il a déjà compris ce qui s’est passé : Oko s’est fait submerger et coincer par l’ennemi. Kagami se déplace discrètement sur les toits. Il aperçoit une ombre passer dans la ruelle en contrebas. Il ne panique pas, ne s’énerve pas. Il ajuste son angle de tir, presse la détente. Headshot. Puis, il se hâte de se mettre à couvert, le bruit risque d’attirer l’attention. Il redescend dans le bâtiment, attentif, prêt à réagir au moindre signe de danger.
Et alors qu’il tend l’oreille, un bruit insistant, qui ne vient pas du jeu, casse sa concentration. Il soulève son casque et tente d’identifier la nuisance. On frappe à sa porte. Surpris, il jette un coup d’œil à l’horloge de son ordinateur. 3h30. Que peut-on bien lui vouloir à une heure pareille ?
Il reporte son attention sur l’écran de jeu et sursaute. Cette fois, le headshot est pour lui. De toute façon, la game est perdue, alors il pose son casque sur le bureau et se lève pour aller enquêter. Il ne peut s’empêcher de penser que c’est soit une mauvaise nouvelle, soit des ennuis. Il ignore Oko qui l’engueule dans son casque et traverse son petit salon, passe la porte qui donne sur le vestibule, et, sur ses gardes, avance jusqu’à la porte d’entrée et ouvre.
Il découvre un homme jeune, séduisant, d’origine étrangère, probablement indienne. Il a l’air un peu timide mais sympathique, et son regard s’illumine en le voyant, mais il ne prononce pas un mot.
« Euh… oui ? » demande Kagami sans comprendre ce que l’autre lui veut.
Le jeune homme lance des coups d’œil à l’intérieur comme s’il voulait entrer, ce que Kagami trouve plutôt déplaisant, mais son malaise empire nettement lorsque son visiteur concentre son regard sur sa personne, le détaillant des pieds à la tête comme s’il l’évaluait. Et c’est à cet instant qu’il réalise avec effroi qu’il a oublié d’enfiler un pantalon et qu’il est seulement vêtu d’un débardeur plutôt moulant, et d’un caleçon qui l’est tout autant. Ça n’a rien d’exceptionnel : tout le monde sait que les vrais gameurs ne portent jamais de pantalons. Les pantalons, c’est inconfortable, à l’exception des joggings, mais quand on joue dans une petite pièce, la chaleur monte vite. Kagami recule en se cachant à moitié derrière la porte entrouverte et se racle la gorge, avant de demander :
« Vous avez un problème ? »
L’autre ne semble pas comprendre le sens de la question, alors Kagami se dit qu’il ne parle peut-être pas japonais.
« You don’t speak japanese ?
— Oh, si. Mais vous n’êtes… Enfin… Je cherchais…
— Vous cherchiez quoi ? aboie Kagami qui commence déjà à perdre patience.
— Eh bien, euh… vous savez. »
Kagami cligne des yeux, tâchant de faire comprendre à son interlocuteur que non, il ne sait pas, et que ce petit jeu ne l’amuse pas particulièrement.
« Vous savez… De la compagnie. »
Le jeune homme le regarde avec des grands yeux pleins d’espoir tandis que ceux de Kagami s’arrondissent comme deux soucoupes. De la compagnie ? Est-ce qu’il comprend bien ce qu’il croit comprendre ?
« Euh… Vous n’êtes pas au bon endroit, lâche-t-il finalement.
— Vraiment ? »
Le jeune homme n’a pas du tout l’air de le croire. Son regard recommence à le détailler, et l’impertinent se décale même pour mieux le voir derrière le battant avec lequel il essaie de se cacher ! Le sang de Kagami se met à bouillir. Non mais dites donc, pour qui il se prend, celui-là ?!
« Vraiment ! répète-t-il avec véhémence. Je vais donc vous demander de bien vouloir partir ! »
Et sans attendre la réponse, il referme sa porte et la verrouille, puis retourne dans son salon, le cœur battant. Celle-là, on ne lui avait encore jamais faite… Enfin, ce n’était sans doute qu’un incident isolé, une simple erreur d’adresse. Un peu frissonnant, il va enfiler un jogging et retourne sur son ordinateur, pour s’apercevoir qu’Oko s’est déconnecté. Tant pis, de toute façon, il est déjà tard et il n’a plus vraiment envie de jouer. Il relève sa messagerie, le casque de retour sur ses oreilles avec de la musique en fond. Quand soudain, le même bruit irritant et inquiétant retentit dans son dos. Il retire son casque et écoute : aucun doute, son visiteur ne veut pas en démordre ! Il marmonne dans sa barbe, plus alarmé qu’il ne veut bien se l’avouer. Il attend une minute, puis deux, mais l’autre ne semble pas décidé à partir. Entre crainte et colère, il regarde son portable. Il ferait sans doute mieux d’appeler les flics. Il y a des gens bizarres la nuit. Et s’il avait un stalker ? Et si ce mec s’énervait et essayait de défoncer sa porte ? Pendant que toutes sortes de scénarios effroyables défilent dans sa tête, il a déjà composé le numéro de la police.
« On vous envoie quelqu’un », annonce la standardiste lorsqu’il termine d’exposer la situation.
Et Kagami doit s’en avouer soulagé, d’autant que son visiteur inopportun n’a toujours pas renoncé à son petit tapage nocturne.
****
Planqué en embuscade dans une ruelle sombre, Aomine observe la rue face à lui, éclairée partiellement par un lampadaire défectueux et le néon de l’enseigne qu’il surveille, dans l'attente qu'il se passe quelque chose. Plusieurs incidents ont été déclarés ces dernières semaines. Plus que d’ordinaire. Alors pendant ses patrouilles il vient vérifier qu’il n’y ait pas de grabuge, espérant choper le ou les coupables sur le fait.
La porte de la boîte de nuit s’ouvre sur une jeune femme, plutôt jolie, l’air hagard. Il plisse les yeux comme si sa vision ainsi focalisée pouvait lui permettre de zoomer. Il la voit fouiller son sac à main et en sortir son téléphone. Mais avant d’avoir pu en faire quoi que ce soit, deux hommes sortent à leur tour, encadrant la demoiselle clairement sur la défensive.
Cependant, Aomine ne fait rien. Il sert son volant entre ses doigts autant que sa mâchoire, crispé, se contraignant à attendre. La jeune femme fait un pas en arrière quand l’un des gars s’approche trop de son espace vital et amorce une fuite à pas pressés, tête basse.
« Bougez pas vous deux… » grogne-t-il à l’intention des importuns qui ne peuvent l'entendre.
En les voyant lui emboîter le pas, un air de prédateur sur leurs petites gueules de cons, il soupire. Il tourne la clef de contact et démarre tout en déclenchant sa sirène. La rue se pare alors de rouge et le son caractéristique et bref claque entre les murs comme une menace. Il jubile en voyant les deux stalkers s’arrêter net et faire demi-tour. Lorsqu'il les croise, il plante son regard menaçant dans le leur mais continue d’avancer. Arrivé au niveau de la jeune femme, il baisse la vitre côté passager et l’interpelle.
« Bonsoir mademoiselle. Tout va bien ? »
Complètement paniquée, elle n’a pas dû le voir venir, elle sursaute au son de sa voix. En reconnaissant la voiture de police dans laquelle il patrouille, elle fond en larmes. Sans réfléchir, il coupe le moteur, sort du véhicule, en fait le tour et vient ouvrir la portière arrière. D’un geste doux et qui se veut rassurant, il invite la malheureuse à entrer.
« Allez-y, montez. Je vous ramène », lui dit-il dans un sourire chaleureux.
Tous deux installés, il attend quelques secondes qu'elle se calme et la jeune femme lui sourit en retour, puis lui indique son adresse. Elle le remercie plusieurs fois et pendant le trajet elle lui raconte sa mésaventure. Apparemment, les deux types n’ont pas arrêté de les embêter, elle et ses copines. De gros lourds qui ont mal géré leur refus. Puis ils se sont fait un peu trop insistant, menaçant même, et elle a perdu ses amies en cours de route, tandis qu’elles essayaient de les semer parmi les danseurs. Il la rassure en lui apprenant qu’avant elle, il a vu partir un groupe de trois filles en taxi, sans encombre.
Malheureusement, l’histoire de la belle ne l’étonne pas vraiment, et ça lui fout la rage. Il ne peut s’empêcher de penser à toutes celles qui ont eu, auront moins de chance et surtout à son amie de toujours qu’il a envie d’enfermer à double tour dans un donjon quand il voit ce genre d'animaux en liberté. Le grésillement de sa radio le coupe dans ses réflexions. Une voix désincarnée en sort :
« À toutes les patrouilles, on a un code T dans le secteur B15, répondez. »
C’est justement le quartier dans lequel il se rend. Il décroche sa radio en jetant un regard à la jeune femme dans son rétroviseur.
« Ici Lincoln 005. Je m’en charge.
— Reçu, je vous transfère l’adresse. »
Il ne tarde pas à arriver devant chez la demoiselle en détresse, où son groupe de copines semble l’attendre. Avant qu'elle ne sorte, il lui lance :
« Vous voyez. Elles vont bien. Si vous voulez signaler vos agresseurs, passez au poste demain. Et trouvez-vous des sprays au poivre. On ne sait jamais.
— Merci encore monsieur l’agent. J’y penserais. Mais pas sûr qu’on ressorte de sitôt. Pas là-bas en tout cas. »
Sans rien ajouter, il déverrouille la portière depuis sa console et avant de rejoindre sa prochaine mission, il observe les retrouvailles de la petite troupe et attend qu’elle soit à l’abri de l’immeuble pour démarrer.
Quelques blocs plus loin, il se gare juste au pied du bâtiment en double file. Avantage certain de faire partie de ceux qui mettent les contraventions. Même s'il devrait montrer l'exemple, à 3h30 passé du matin, pas sûr qu'il dérange qui que ce soit. Il observe les alentours quelques instants et tend l'oreille. Rien d'anormal au premier abord. Un tapage nocturne discret ? Où qui aurait pris fin le temps qu'il arrive… Puisqu'il est là, autant s'en assurer.
Ce n'est pas le genre de résidence ultra sécurisée alors il rentre sans problème. Il relit les informations envoyées par le central pour vérifier l'étage de la personne ayant appelé, et se lance dans la cage d'escalier, attentif aux bruits. Sur le qui-vive.
****
Après avoir raccroché, Kagami a patienté nerveusement, un œil sur la porte tandis que l'intrus continuait de l'importuner malgré ses encouragements à ficher le camp. Il a fini par informer son visiteur qu'il avait appelé les flics, et cela a enfin douché les ardeurs du jeune trouble-fête. Le silence règne maintenant dans l'immeuble, du moins jusqu'à ce qu'il lui semble percevoir des pas dans l'escalier. Il tressaille, espérant qu'il s'agisse d'un flic, et non de son visiteur nocturne qui reviendrait à la charge. Il se colle à la porte et écoute attentivement, le cœur battant.
Dans le couloir du cinquième étage, Aomine ne voit personne. Il n'entend rien. Si ce n'est les aboiements aigus d'un chien derrière la première porte. Contrarié, il progresse jusqu'au 10E pour interroger la victime présumée. Tout est calme ici, lui laissant penser à une mauvaise blague de jeunes qui s'ennuient et s'amusent à lui faire perdre son temps, ou une personne âgée vivant mal le voisinage et les murs fins. D'agacement, il soupire et cogne trois coups francs sur le panneau de bois.
Kagami ne peut s'empêcher de faire un bond quand trois coups résonnent contre le battant. Décidément, la fatigue doit le rendre nerveux et parano. Après tout, il est presque quatre heures du matin, et il a fait une quasi nuit blanche la veille. Il a tendance à ne pas voir le temps passer derrière son PC, et ça lui joue parfois des tours. Il s'éclaircit la voix et demande à voix haute :
« Qui c'est ?
— Vous avez appelé la police, je suis venu voir en quoi je peux vous aider », répond Aomine, professionnel.
Kagami pousse un soupir de soulagement. Il déverrouille sa porte et ouvre. Il marque un temps d'arrêt, surpris. D'abord, ce flic est aussi grand que lui, ce qui n'est pas un petit exploit. Deuxièmement, il n'a pas vraiment une tête de flic. On dirait plutôt un mannequin ou quelque chose du genre. Parce qu'en plus d'être grand, il est bien bâti, tout en finesse et en puissance. Il a la peau presque aussi mate que son visiteur de tout à l'heure, et quand son regard accroche le sien, il découvre des iris cobalt qui le fixent avec une intensité et une détermination peu communes. La plupart des gens ont le regard fuyant, mais celui du flic est clair et franc.
« Euh... » bredouille Kagami, ne sachant d'un coup plus trop comment présenter son problème. Il se frotte l'arrière de la tête d'un geste nerveux et reprend d'une voix plus assurée :
« Merci de vous être déplacé. Quelqu'un voulait absolument rentrer chez moi, mais il a filé quand je lui ai dit que j'avais appelé les flics. »
Sa contrariété s'estompe aussitôt que la porte laisse entrevoir celui qui l'a appelé au secours. Loin d'être un adolescent en manque d'adrénaline, il l'est encore plus d'un octogénaire à l'ouïe défaillante. En effet, c'est un jeune homme d'un âge proche du sien qui l'observe, surpris. Il profite de ce court instant d’étonnement pour le détailler d'un œil expert et se demande vaguement pourquoi il a appelé la police. Sa taille et sa largeur d'épaule suffiraient pourtant à dissuader la plupart des petits malins voulant emmerder un gars comme lui. Un trouillard peut être ? Mouais... Les cernes sous ses yeux n'enlèvent rien à leur lueur assurée. Et surtout, son vis-à-vis soutient son regard qu'il sait déstabilisant. D'autant plus quand il porte son uniforme. Une première énigme à résoudre...
Malgré l'embarras évident du type, il ne peut s'empêcher de lui lancer, sarcastique:
« Et vous n'auriez pas pu essayer ça avant de me faire déplacer ? »
Kagami regarde le policier d'un air interloqué, et il secoue la tête.
« Well... J'ai pas vraiment pensé à ça. J'ai cru qu'il allait défoncer ma porte. Ça m'arrive pas tous les jours d'avoir des visiteurs inconnus en pleine nuit. Surtout pas du genre aussi insistant. »
Il hausse les épaules et reconnaît honnêtement :
« J'ai flippé. J'me suis dit que la situation pourrait vite dégénérer.
— Hum... c'est vrai qu'en plein milieu de la nuit, ce n'est pas habituel », marmonne Aomine plus pour lui-même.
Il a tendance à manquer un peu d'empathie parfois, tout le monde n'a pas son assurance, ni son insigne. Et le malheureux n'a pas tout à fait tort. Il ne sait pas qui est venu l'importuner de la sorte, ni pourquoi, mais il y a des tarés partout. Sans parler des gens mentalement stables, qu'un rien peut faire vriller. S'il n'était pas lui-même flic, à bien y réfléchir il aurait sûrement réagi de la même façon à sa place. Cependant, pour ôter le moindre doute, il demande d'un ton plus neutre :
« Ce n'est pas un voisin qui aurait pu être dérangé par du bruit ? L'immeuble ne date pas de la dernière jeunesse, je suis sûr qu'on entend tout ce qui s'y passe. »
Au téléphone, ça n'a pas tellement gêné Kagami de donner les détails. Mais là, face à ce flic, c'est une autre paire de manche. Et pour ne rien arranger, il rougit facilement, et c'est exactement ce qui est en train de lui arriver maintenant. Il se houspille mentalement et se ressaisit :
« C'était pas un voisin. C'était un type qui... cherchait de la compagnie. Il avait l'air vraiment persuadé qu'il était au bon endroit... J'ai trouvé ça bizarre. »
Ce n'est qu'une fois sa question posée, et en avisant la couleur que prennent les joues du jeune homme qu'Aomine réalise son degré d'indiscrétion. Il devine en effet facilement les images que son allusion involontaire a pu faire germer dans l’esprit de son vis-à-vis. Il se racle la gorge pour dissiper la gêne de sa voix et demande :
« De la compagnie vous dites ? ... Vous habitez là depuis longtemps ?
— Ouais... Ça fait quelques années. Depuis la fin du lycée, en fait. Ce genre de truc m'était jamais arrivé avant.
— Étrange en effet... » admet l'enquêteur.
Si l'emménagement avait été récent, l'intru insistant au point d'effrayer le locataire des lieux aurait pu ne pas être au courant et chercher la personne habitant là avant lui. Mais cette hypothèse s'effondre et les indices sont minces. Aomine ne voit pas trop ce qu'il peut faire pour aider. Pourtant l'idée de partir sans apporter de solution le dérange. Ça chatouille sa conscience professionnelle, et le fond de ses tripes. Là où crèche son instinct. Il se passe un truc louche ici.
« Eh bien, si ça recommence, tentez d'abord la menace. Si ça ne fonctionne pas, rappelez-nous. Mais malheureusement, je ne peux rien faire de plus. »
Kagami hoche la tête. Il ne s'attendait pas vraiment à autre chose, et puis, il est rassuré maintenant. Ce type ne reviendra probablement pas. Et il va enfin pouvoir aller dormir.
« Je comprends. C'était sans doute juste une erreur d'adresse. Anyway... »
Son regard s'attarde sur le flic quelques instants, comme s'il cherchait quelque chose d'autre à dire. Il a comme la drôle d'impression qu'il va le revoir, sans vraiment savoir pourquoi. Puis, il se ressaisit et hausse les épaules :
« Merci de votre aide. Bonne nuit. »
À son air déçu, Aomine se souvient subitement de l'aveu de son vis-à-vis. Sans réfléchir, il pose la main sur le battant de la porte avant qu'elle ne se referme entièrement.
« Je ne pense pas qu'il revienne ce soir mais vous... vous seriez plus rassuré si je surveillais les environs ? Donnez-moi son signalement que je puisse l'interpeller s'il se montre. »
Kagami regarde son visiteur, étonné. Il s'est toujours dit que les flics se débarrassaient de ce genre de signalement aussi vite qu'ils se gavaient de café et de donuts. Quoique ce flic-là ne semble pas vraiment du genre à se gaver de donuts, à moins qu'il ait un métabolisme aussi performant que le sien pour éliminer les graisses. En tout cas, son intérêt pour son "affaire" le surprend. Une nouvelle fois, il se frotte l'arrière du crâne d'un geste nerveux.
« Eh ben... Il était jeune, une petite trentaine à tout casser. Typé indien. Plutôt beau gosse. »
Aomine ne peut retenir son rictus. La dernière information n'est pas vraiment pertinente dans cette affaire selon lui, étant donné que la beauté est subjective... Cependant elle est très révélatrice sur un autre terrain. Ce mec, malgré son niveau d'angoisse a pris le temps de noter le physique de son harceleur. Et s'il l'avait vu rougir un peu plus tôt pour un simple sous-entendu ambigu, le jeune homme ne cille pas à cette déclaration. Donc, il trouve les hommes attirants et ne s'en cache pas. Définitivement pas un peureux celui-là... Il se fait un malin plaisir – pas vraiment professionnel pour le coup – de le souligner subtilement.
« Définissez "beau gosse" s'il vous plait ?
— Uh ?! »
Confus, Kagami sent la chaleur revenir sur ses joues. Il examine le flic qui semble à moitié se foutre de lui, et en même temps, il n'arrive pas à en être tout à fait certain. Et puis, "définir beau gosse", il en a de belles, lui ! Là tout de suite, la seule définition évidente qui lui vient à l'esprit c'est "beau gosse, comme vous". Mais on ne peut pas dire ce genre de choses à un flic. Pour un peu, l'autre prendrait ça pour un outrage à agent.
« J'imagine que c'est un peu subjectif... Hm... Vous voyez Mahesh Jadu, le type qui joue dans la série Marco Polo ? Eh ben, c'est ce style-là. »
Il se retient juste à temps avant de préciser "en un peu moins beau quand même".
Aomine laisse échapper un petit rire face à la naïveté de son interlocuteur. Bien que pour sa défense, il n'est pas censé plaisanter avec lui, ni avoir de conversation d'ordre privée. Non, il a complètement oublié les conseils de son manuel "Officier de la police nationale, interactions avec les civils." Il se surprend lui-même de ce manquement et se raisonne avant de lui répondre qu'il n'a pas le temps de regarder des séries, mais qu'il mettra celle-ci en haut de sa liste pour revenir au sujet, non sans sourire encore.
« Haha ! Détendez-vous, je plaisantais. J'ai ce qu'il me faut, merci. Soyez tranquille, je vais patrouiller dans le coin un moment. Bonne nuit.
— Okay... Merci. Bonne nuit. »
Kagami salue le flic d'un signe de tête et referme sa porte, puis la verrouille. Bizarrement, il n'a plus envie de dormir maintenant. Rassuré, mais perturbé. Mais il sait que ce ne serait pas raisonnable de jouer les prolongations. Aussi, il se résout à aller se coucher, avec toujours cette étrange impression qu'il sera amené à revoir ce flic... Même s'il espère que ce ne sera pas parce qu'il aura d'autres ennuis du genre de cette nuit.
Chapter Text
Alors que le jour n’est pas tout à fait levé, la nuit fuyant l’astre solaire en se précipitant derrière les rideaux et les volets encore clos, Aomine rentre chez lui, épuisé. Ce n’est pas tant de travailler en horaires décalés qu’il trouve éreintant, non ça, il l’a choisi. Mais plutôt de devoir rester concentré en permanence. Son boulot consiste littéralement à faire attention pour les autres. Pour que les civils se sentent en sécurité dans leur ville. Depuis le chemin pour leur lieu de travail, dans la densité de la jungle urbaine, jusque dans les quartiers résidentiels plus calmes et plus tranquilles. C’est sa mission, et comme tout ce qu’il a toujours entrepris, il le fait à fond. Pas de demi-mesure. C’est ainsi qu’il a été élevé. La perfection ou rien. Son père y veillait…
Et puis… même si devenir flic n’avait pas été son premier choix de carrière, il s'avère qu’il adore son job. Alors il s’implique. Corps et âme. Son capitaine lui dit souvent qu’il s'investit trop mais lui ne trouve pas. Il ne compte pas vraiment ses heures, fait ce qu’il y a à faire, va là où il faut aller. Se rend utile. C’est un peu plus que son gagne-pain à dire vrai, il en a besoin. L’effervescence qui règne au poste, la diversité des missions, la camaraderie, le travail d’équipe et parfois solitaire, l’adrénaline quand il bosse sur une grosse affaire, les entraînements pour rester au meilleur de sa forme et de ses capacités… Absolument tout est stimulant et l'empêche de s’ennuyer une seule seconde. Même lorsqu’il patrouille des heures simplement pour rassurer les riverains, il finit toujours par tomber sur quelqu’un en détresse à qui filer un coup de main.
Pourtant, tout amoureux de son boulot qu’il est, Aomine n’est pas fâché de rentrer. La nuit a été longue. Mais lorsqu’il aperçoit les sandales bien alignées à côté de ses Jordans dans l’entrée, son cœur tressaille de joie dans sa poitrine. Elle est là. Bien qu’il soit pratiquement certain de la trouver endormie, il se hâte un peu plus que d’habitude pour se défaire de ses rangers et de ce qui emplit ses poches dans la coupole prévue à cet effet, en faisant le moins de bruit possible. Ses chaussettes étouffent ses pas quand il pénètre dans le salon, et sur le seuil il marque un temps d’arrêt. Il a beau la connaître par cœur, elle réussit encore à le surprendre.
« Tu viens de te lever ou tu n’as pas dormi ? » demande-t ’il à la jeune femme qui ne l’avait même pas remarqué, alors qu’il se dirige vers la cuisine ouverte pour se servir à boire.
« Oh tu es déjà rentré ? s’étonne la belle étourdie.
— Déjà ? Il est bientôt six heures Satsuki !
— C’était bien ta journée ? » questionne-t-elle distraite, les yeux toujours rivés à son ordinateur portable, en équilibre sur ses genoux en tailleurs.
Il secoue la tête dans un soupir dépité. Quand la jeune femme ne veut pas répondre à une question, elle en pose une en retour, sans même s’en rendre compte. Un pur réflexe d'auto-défense Satsukien. Il en conclut donc qu’elle n’a pas dormi, et qu’elle a travaillé toute la nuit. Malgré sa désapprobation, il se voit mal la réprimander… Premièrement parce que c’est une grande fille, elle le lui répète assez souvent pour qu’il commence à le comprendre. Deuxièmement parce qu’il n’est pas son père. Et enfin, parce que ce serait un poil hypocrite de la part du gars qui vient de bosser dix heures d'affilée, dont la plupart pendant que le commun des mortels dormait paisiblement. Alors il n’insiste pas et répond :
« Plutôt calme. J’étais de sortie aujourd’hui. Au poste s’était plus mouvementé il paraît. Yori a réussi à choper trois membres d’un gang qu’on surveille de près pour détention de drogue. »
Cette fois, Satsuki redresse la tête et lui adresse un sourire fier. Alors qu’il n’y est pour rien dans cet exploit, la satisfaction et le bonheur de la voir heureuse l’étreint.
En se rendant dans la salle de bain, Aomine réalise qu’il ne lui dit pas tout de sa journée. Mais surtout, qu’il n’en a pas envie. Pas qu’il ait peur de se faire réprimander pour son écart de conduite, à savoir : devenir trop familier avec un civil, le tout pendant son service, non. Non c’est autre chose qu’il n’arrive pas vraiment à définir ou à s’expliquer et qu’il n’a surtout pas la force d’analyser maintenant. Laissant ce sentiment d’inconfort de côté, il se glisse sous le jet d’eau tiède relaxant.
Il tient énormément à Satsuki. Plus qu’il ne saurait le dire. Elle a été sa seule constante dans sa vie. Depuis leur rencontre dans la tendre insouciance de l’enfance, en passant par l’adolescence où tout avait tragiquement volé en éclat, jusqu’à aujourd’hui. Son point de repère qui avait toujours su le maintenir à flot, même quand sa vie n’était plus que ruine et désolation. Sa présence à ses côtés, c’est sa lueur d’espoir dans l’existence. La veilleuse silencieuse qui rassure et éloigne les cauchemars. Sans elle, il ne veut même pas savoir ce qui aurait pu advenir de lui…
Même quand il lui avait annoncé, sorti de nulle part, qu’il allait entrer à l’école militaire pour devenir flic, elle l’avait encouragé malgré sa crainte de le voir courir des risques. Il sourit en repensant à ce souvenir en se massant le crâne avec son shampoing.
De son côté, sa meilleure amie avait préféré poursuivre des études de management faisant de son petit boulot d’assistante du lycée un vrai projet professionnel. Il faut dire qu’elle est douée dans ce domaine. Recueillir des informations, les compiler, les analyser, en déduire des stratégies en fonctions des objectifs à atteindre. Elle le fait systématiquement comme une seconde nature. Et à son plus grand désarroi, au fil des ans il est devenu son cas d’étude préféré. Satsuki le connait par cœur, jusque dans ses petites habitudes. Si elle peut paraître mignonne, gentille et un peu maladroite, il a appris à ne pas s’y fier. Très observatrice avec une excellente mémoire et un esprit affuté… autant d’armes qu’elle peut retourner contre vous si vous abusez de son apparente naïveté. Sans parler de ce que lui que lui-même pourrait faire à la personne qui oserait toucher au moindre de ses cheveux.
Parfaitement conscient de la potentielle menace que cette fille représente pour sa vie privée, il lui a fait faire un badge et une clé pour accéder à son logement de fonction dans la résidence sécurisée jouxtant la gendarmerie à laquelle il est affecté. Il est plus rassuré en sachant qu’elle peut venir se réfugier ici n’importe quand. Ou simplement quand elle a besoin de calme pour travailler sur ses cours et son mémoire. Il faut dire qu’il a une meilleure connexion internet et un espace de vie se prêtant bien mieux à la concentration que la petite chambre étudiante bruyante et sombre de la jeune femme. C’est le moins qu’il puisse faire pour sa meilleure amie.
Toujours dans ses souvenirs lorsqu’il sort de sa douche, une serviette sur les hanches et une autre qu’il frictionne dans ses cheveux, il lui demande:
« T’as cours à quelle heure ?
— Début d'aprèm !» crie-t-elle pour qu’il puisse l’entendre de la chambre où il est parti enfiler un boxer pour sa “nuit”.
Il revient avec une couverture et un oreiller qu’il dépose sur le dossier de son canapé. Aomine lui embrasse le haut du crane en caressant ses longs cheveux et lui murmure:
« Ne tarde pas trop quand même. Bonne nuit Satsu. »
Elle penche la tête en arrière pour l’apercevoir, et lui sourit tendrement.
« Dors bien mon Daï-chan. »
Content de la savoir dans la pièce d’à côté, la fatigue se rappelle à lui dès qu’il s’allonge dans son lit, et il sombre dans un sommeil bienfaiteur.
Le réveil affiche bientôt quinze heures quand il émerge. Il prend note de l’information dans un coin de son esprit toujours embrumé et se retourne sur l’oreiller, essayant de rattraper les dernières bribes de son rêve étrange. Vaguement, Aomine se revoit à bord d’une frégate du quatorzième siècle, remplie d’Indiens. De tous les acteurs indiens qu’il connaissait lui semble-t-il. Des indigènes Américains, à la limite ça serait rester cohérent. Mais depuis quand les rêves ont-ils la moindre logique ?
Tandis qu’il fouille à travers le brouillard un sens quelconque à celui-ci, une pensée plus nette termine de le réveiller. Hier, quelqu’un avait mentionné une série qui pourrait expliquer ses divagations. Quelqu’un dont il ne se souvient même pas le nom. Effrayé à l’idée de couver un Alzheimer précoce, il sort précipitamment de sous la couette et file droit dans l’entrée pour récupérer son calepin. Il feuillette jusqu’à la dernière page gribouillée et … non. Non, il n’a pas noté le nom du mec chez qui il est intervenu cette nuit. Il a vraiment déconné de A à Z dans cette affaire. Oublier de noter le nom de la victime… une erreur de débutant ! Et encore !
Aomine peste contre lui-même sur le chemin de la cafetière. Peut-être le millésime noir intense saura le dérider. Sur l'îlot central de sa cuisine suréquipée pour l’utilisation qu’il en fait, il trouve la petite note de son amie. Le smiley clin d'œil adoucit son humeur bougonne du réveil, sans pour autant réussir à dissiper sa frustration.
Ce n’est pas comme s’il souhaitait revoir ce mec après tout. Certes, il avait piqué sa curiosité mais pas au point de lui vouloir d’autres ennuis du genre de cette nuit. En sirotant son breuvage, il se remémore le regard de braise ancré dans le sien, vif et brillant malgré les cernes prononcés. La vulnérabilité dans ses mots qu’il n’aurait jamais devinée avec son seul physique de sportif. Et sa franche spontanéité qu’il n’avait pas pu s’empêcher de tester, faisant ressurgir son naturel joueur et – il faut le dire – casse couilles, alors que son uniforme inclut normalement un masque d'impassibilité. En repensant à son comportement, il se fout une baffe mentale. Il a dû passer pour un flic incompétent sans aucun doute.
Aomine grimace à cette idée en fouillant dans son frigo de quoi se sustenter. Il réchauffe un plat cuisiné et s’installe sur son ilot en regardant les infos sur sa tablette. Une fois englouti son repas sans saveur mais remplissant tout de même son but premier : stopper les protestations sonores de son estomac, il fait un brin de vaisselle et avise son appartement. Pas trop petit, pas trop grand. Standard. Décoration sobre et identique à tous les appartements de la résidence. Ça va, ce n’est pas encore le bordel, et Satsuki ne lui a fait aucune remarque. C’est qu’il a dû s’améliorer. Il n’est pas mécontent d’avoir eu droit à un logement de fonction. D’ordinaire il n’aime pas quand son nom lui offre des passe-droits où des raccourcis qu’il n’a pas demandés. Mais là-dessus, si ça avait eu la moindre influence, il a préféré fermer les yeux. Au moins il n’a que les charges liées à l’entretien et à la sécurité à ses frais et évidement, le ravitaillement de ses placards. Ce qui lui laisse assez d’argent pour en envoyer à sa mère et s’offrir quelques sorties à l’occasion.
Par la baie vitrée de la pièce principale, il a même une vue sur le terrain de street du quartier et ses doigts le démangent quand il aperçoit des joueurs en plein match. Son humeur maussade disparaît aussitôt que la perspective de tâter du ballon l’envahit. Jouer lui fera du bien. Normalement, aujourd’hui était censé être son jour off en termes de sport mais le basket ça ne compte pas. Ça fera toujours exception.
Sur le playground, un collègue qui vit dans la résidence et qu’il croise de temps en temps affronte un trio d’étudiants. Aomine salue les joueurs et vient épauler l’autre flic.
Dans la vie, Aomine déteste stagner plus que tout. Il a sans cesse besoin d’évoluer, de progression. Et quand ça coince quelque part, il essaye d’avancer ailleurs. Pour avoir toujours des étapes à franchir, et surtout ne pas ruminer le passé. Le basket, c’est un peu son exutoire. Le domaine qu’il maîtrise et où la progression semble pourtant sans limite. Tout comme le café, c’est sa drogue. Il se shoote à l’effort autant qu’il le peut. Ce sport qu’il affectionne depuis gamin le rassemble. S’il reste trop longtemps sans jouer, ça le rend dingue. Heureusement, il trouve toujours des gars du coin pour des affrontements plus ou moins sérieusement.
Au bout d’un moment, le trio abandonne. Leur serrant la main avec amertume. Aomine sourit, il a l’habitude d’être à l’origine des airs dépités de ses adversaires et ça le rassure de voir qu’il ne perd pas la main. Avoir renoncé à une carrière dans le basket finalement, c’est aussi avoir dit adieu à toute la pression qui lui gâchait son plaisir. Son coéquipier le tire de sa nostalgie avec une claque virile dans le dos.
« Eh bien ! Malgré ta charmante visite, tu pètes la forme à ce que je vois !
— Uh ? » marmonne Aomine en levant un sourcil interrogateur sur son partenaire du jour.
« Ahaha j’étais assigné à la sécurité de la résidence cette nuit. Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer le nom de ta copine sur le registre. » Lui explique l’autre avec un clin d’œil appuyé.
« Satsuki ? Ce n’est pas ma copine.
— Ah bon ?
— Ouais… t’es pas le premier à te méprendre. J’ten veux pas. »
Satsuki sa petite amie… Ce n’est effectivement pas la première fois qu’on lui demande, mais à chaque fois il trouve ça ridicule.
Aomine aime les grands espaces, et il a du mal à partager le sien. Plus qu’une habitude difficile à changer, il a besoin de ces moments seul pour digérer certaines choses qu’il voit au quotidien et que la plupart des gens ignorent ou préfèrent ignorer. Lui, il n’a pas le choix de les vivre s’il veut les améliorer. Et parfois, c’est pesant. La pression il la gère plutôt bien, du genre à garder son sang-froid en toute circonstance. Mais il reste humain. Ce qu’il enfouit par devoir finit toujours par ressortir et impacter les gens qui l’entourent. Alors dans ces moments-là, il préfère tout simplement s’isoler. Pas une de ses ex n’a su le comprendre jusqu’ici et il n’a jamais pris aucune de ses relations assez au sérieux pour tenter de leur expliquer pour les retenir.
En fait, il n’a pas de mal à trouver des conquêtes, et à sortir avec de chouettes filles. Il a juste du mal dès qu’il s’agit de s’investir. Il est beaucoup trop focalisé sur sa carrière pour pouvoir se concentrer sur une histoire d’amour sérieuse. Ses petites amies ont toujours fini par l’ennuyer, sans parler des horaires, incompatibles avec une vie de couple… Plus de contraintes que d’avantages finalement, et des compromis qu’il n’est tout simplement pas prêt à faire.
Satsuki elle, elle sait. Elle le connait mieux que personne. Et pourtant, il n’y a jamais rien eu qui s’apparentait à de la romance entre eux. Comme si d’un accord tacite, ils avaient écarté cette idée pour ne pas risquer de se perdre. Pourtant, ce serait tellement plus simple s’il était capable de l’aimer de cette façon-là.
Sans plus se justifier, il quitte le terrain, laissant l’autre flic avec un air oscillant entre l’étonnement et la suspicion sur le visage. Il s’en tape, il y a longtemps qu’il a arrêté d’essayer d’expliquer aux gens ce qui les lie.
Ce matin-là, Kagami émerge un peu confus, emmêlé dans ses draps. Il a passé une nuit agitée. Il ne se rappelle pas s’être assoupi la veille, mais il semble que malgré son état d’esprit perturbé, le sommeil l’ait cueilli sans lui laisser le temps de ressasser les événements de la soirée.
Il s’assoit dans son lit, se passant une main sur le visage. La première chose qui lui vient à l’esprit, c’est l’image du flic qui a répondu à son appel. Il se repasse la conversation dans sa tête et se dit qu’il est passé pour un con. Il hausse les épaules, refusant de se laisser troubler par ce constat. Bien sûr il a son orgueil, mais celui-ci ne fait pas long feu quand il s’agit de personnes qu’il ne connaît pas : ça lui est bien égal ce qu’on peut penser de lui, ça fait longtemps qu’il a appris à se blinder. Il bâille et s’étire en grommelant, puis se lève pour replier son futon avant de le ranger dans le placard.
Il n’a pas beaucoup de place dans son appartement, et il dort dans la pièce principale, qui est également dotée d’une kitchenette ouverte. Peut-être qu’un jour il sera célèbre dans le monde de l’e-sport et gagnera beaucoup d’argent, mais il faut du temps pour se bâtir ce genre de réputation. De toute façon, ce n’est pas comme si ses conditions matérielles d’existence le gênaient : il l’aime bien, son petit appartement. Pas d’espace inutile. Si c’était plus grand, il aurait l’impression d’y errer comme une âme en peine, comme c’était le cas dans l’appartement loué par son père où il habitait seul au lycée. Dès qu’il l’a pu, il a pris son indépendance et jeté son dévolu sur ce logement au loyer plus que raisonnable. Il a travaillé à mi-temps pour économiser un peu, utilisé l’argent dormant sur son compte hérité de sa mère pour acheter un ordinateur de compétition, et maintenant, avec ses modestes besoins, il n’a plus besoin de travailler en dehors de l’e-sport. Son seul gros poste de dépense est bien sûr le matériel informatique, mais de façon plus quotidienne, c’est la nourriture. Lui qui croyait que son appétit se calmerait une fois l’adolescence passée, il a découvert qu’il n’en était rien.
Il se dirige vers sa machine à café, prépare le breuvage indispensable dans la pénombre filtrée par les stores, puis allume son ordinateur comme il le fait chaque matin. Il vérifie ses messages, regarde les réseaux sociaux, et, son casque sans fil sur les oreilles avec du Prodigy à un volume sonore plus que suffisant pour se réveiller, il retourne dans la cuisine pour préparer le petit-déjeuner. Plus tard, il prend son repas devant des vidéo Youtube, puis, toujours sans avoir ôté son casque, il fourre des fringues de sport dans un sac et quitte son appartement, noyé dans les harmonies électriques.
La musique l’a toujours accompagné. Lui qui a vécu une adolescence solitaire, à la maison il a complètement perdu l’habitude de parler à qui que ce soit. C’est seulement quand il allume le micro qu’il se lance dans l’art de la conversation, et encore, ce ne sont pas vraiment des conversations normales. Avec ses coéquipiers, ils parlent jeu et stratégie, même si parfois, les discussions dérivent un peu. Quand c’est comme ça, il y participe rarement. Il est un peu « fermé ». Il a peu d’amis, et pour couronner le tout, il n’a personne dans sa vie. Il a eu quelques aventures, il est même déjà tombé amoureux. Pour diverses raisons, ça n’a jamais duré. Et l’une d’entre elles est tout simplement qu’il a du mal à faire de la place pour des relations romantiques dans sa vie. Il a toujours l’impression qu’on s’accroche trop à lui, qu’on en attend trop de lui. Alors qu’il a besoin de son espace, besoin de ne pas être critiqué pour son investissement dans l’e-sport, besoin de ne pas être jugé et constamment moqué parce qu’il serait « trop musclé pour un sportif de canapé ». Sans compter les gens qui pensent qu’il est un genre de paria qui refuse de s’intégrer dans la société en fuyant la réalité dans les jeux vidéo.
Le soleil de la fin de matinée jette une lumière éclatante dans la rue, tandis qu’il se dirige à pas vifs vers la salle de sport. Elle n’est qu’à dix minutes d’ici. Le quartier n’est pas vraiment l’un des plus touristiques et high tech de Tokyo, ici le foisonnement urbain semble un peu moins maîtrisé, avec de nombreuses ruelles se perdant parfois dans des impasses. La salle de sport se trouve juste à la limite avec un quartier d’affaires, comme une interface entre deux mondes différents. Il fréquente cet endroit depuis quelques années, et c’est avec l’automatisme de l’habitué qu’il se change, verrouille son casier, procède à quelques échauffements, puis s’installe sur la première machine. Il commence toujours par le rameur, ça a le don d’augmenter rapidement son rythme cardiaque et de lui permettre de doser son effort avant de passer à la suite du programme. Et tandis qu’il commence à s’activer, il a l’impression que ses idées s’éclaircissent, les brumes de la nuit se dissipent. Sa mésaventure de la veille lui semble de plus en plus surréaliste, et il l’oublie peu à peu, même si ses pensées reviennent régulièrement à ce drôle de flic. Et à l’impression qui s’attache encore à lui qu’il sera amené à le revoir. Mais en attendant, c’est une nouvelle journée, et il a besoin de se concentrer. L’exercice physique le matin, avant de se poser devant son ordinateur lui permet de se canaliser. Sans ça, son mental ne tiendrait pas. Il s’agit de plus que juste se défouler : l’activité physique régule son stress et ses émotions, lui donne confiance en lui… et lui permet tout simplement d’être en forme. D’autant que bientôt, il participe à un tournoi important. Ça a été une lutte acharnée pour qualifier leur équipe, et maintenant, ils rêvent du titre. Ils ont hâte de saisir cette opportunité et montrer ce qu’ils savent faire.
Dans ses oreilles, Apollo 440 a remplacé The Prodigy, et les rythmiques synthétiques mêlées des riffs de guitare agressifs lui donnent la cadence. Il est dans sa bulle, maintenant. Il ne voit plus rien de ce qui l’entoure, focalisé sur les sensations physiques, ses muscles qui se tendent, l’effort qui tire ses articulations, son souffle qu’il maîtrise, comme une ligne de vie qu’il remonte, reliant un instant au suivant. Il apprécie cette concentration intense, cette conscience profonde qu’il a de lui-même et de son corps si bien qu’il lui semble sentir chaque fibre musculaire se contracter.
Il quitte le rameur et s’éponge le visage, puis avale quelques gorgées d’eau avant de passer à la machine suivante pour travailler son développé-couché. Peut-être que plus tard, il passera sur le terrain de streetball pour voir s’il y a du monde. Au lycée, il était plutôt doué au basket, et il n’a jamais abandonné ce sport. C’est un peu le pendant physique de l’e-sport, une expérience différente de celle qu’il a ici, en solitaire. Sur le terrain, il s’agit d’effort coordonné, de cohésion d’équipe. S’adapter aux autres afin de donner le meilleur de soi. Alors qu’ici, dans la salle de sport, c’est avant tout lui-même qu’il affronte. Et il est accro aux deux.
Mais en quittant la salle de sport, il s’aperçoit qu’il est trop tard pour le basket : il ne s’est pas levé très tôt et l’entraînement pour le championnat d’e-sport va bientôt commencer. Alors il rentre directement chez lui, achetant son déjeuner en chemin, et retourne se poser devant son PC.
Le reste de la journée se déroule à toute vitesse, et ce n’est que bien après la tombée de la nuit, à l’occasion d’une pause après le match, qu’il reprend conscience de ses besoins vitaux. Alors qu’il se lève pour aller pisser et se prendre à boire et à manger, il tend l’oreille quand il entend du bruit dans le couloir. Une part de lui ne peut s’empêcher de se demander si le type d’hier va revenir… Ou si ce genre d’expérience va se reproduire. Mais ce n’est que la voisine qui rentre chez elle, et le calme revient. C’est un immeuble plutôt tranquille. Certes, les flics sont déjà venus, mais pour des problèmes mineurs. Tapage nocturne, mec alcoolisé harcelant sa copine, et une affaire de deal de shit. Dans l’ensemble, on est bien ici, tant que sa voisine du dessous ne donne pas de la voix dans ses ébats sexuels, ou que son maladroit de voisin d’à côté ne décide pas de tout faire tomber dans sa cuisine. Ah oui, il y a aussi la gamine du voisin d’en face qui vient le voir un week-end sur deux et qui adore hurler dans les escaliers. Mais les nuisances s’arrêtent là. Kagami aime bien cet immeuble, même s’il ne connaît pas ses voisins. Le bâtiment ne paie pas de mine et ça ne lui ferait pas de mal d’être entretenu de temps en temps, mais ça lui est égal. Il ne compte pas crécher ici toute sa vie, et pour l’instant, ça lui convient très bien.
Après avoir répondu aux besoins primaires de son organisme, Kagami se réinstalle pour une autre nuit de gaming. Et rien d’autre ne viendra le déranger, le laissant se coucher vers 3h du matin sans le moindre visiteur importun.
Quelques jours s’écoulent ainsi dans la plus grande normalité, jusqu’à un soir, son soir de pause dans la semaine, où il est avachi dans son siège en train de regarder un film, lorsqu’un sacré boucan attire son attention dans le couloir. Il soulève son casque et écoute : on dirait que toute une tribu de jeunes filles piétine dans le couloir, parlant fort avec des voix excitées qui ne lui disent rien qui vaille. Ces filles ne semblent pas avoir passé la soirée à boire de la grenadine… Il attend quelques instants, se tendant alors qu’il a la nette impression que le groupe s’approche… et s’arrête devant sa porte. Il ne peut s’empêcher de tressaillir quand des coups vifs et insistants retentissent sur son battant. Il n’a pas envie d’ouvrir… Mais il a comme la sensation qu’il ne va pas se débarrasser d’elles comme ça. Il soupire, vérifie qu’il est en tenue décente, et va voir de quoi il s’agit.
Face à lui, une demi-douzaine de jeunes filles, un peu échevelées, qui le dévisagent avec curiosité, et quelque chose d’autre de plus sombre qu’il n’est pas sûr d’identifier. L’une d’elle prend la parole :
« On nous a dit qu’il y avait un gigolo par ici. »
Merde.
« Non, c’est pas ici », la détrompe-t-il.
Les jeunes filles échangent des regards et des messes basses sans la moindre discrétion : « Je suis sûre que c’est lui ! » « On est bien sûres de l’adresse ? » « Nan mais c’est lui ! » « Et si c’est lui, on fait quoi ? » Tout en parlant, elles ne cessent de lui jeter des coups d’œil, l’évaluant exactement de la même façon que l’Indien de l’autre jour. C’est vraiment désagréable, ça lui donne envie de se cacher dans un énorme anorak. D’accord, il se pensait sportif et plutôt bien gaulé, mais apparemment, il ressemble à un gigolo. Ça, c’est nouveau !
Le débat semble s’enliser dans le camp adverse et il fronce les sourcils. Toute cette comédie commence à sérieusement l’agacer :
« Écoutez, je sais pas qui vous cherchez, mais c’est pas moi. »
D’autant qu’il a mis le doigt sur ce je-ne-sais-quoi qu’il ne parvenait pas à identifier : de l’agressivité. Ce n’est pas des jeunes filles qui s’éclatent en soirée, c’est une expédition punitive. Ce pauvre gigolo doit être accusé du crime d’avoir piqué son mec à l’une d’entre elles, ou quelque chose du genre.
« Y a personne qui se prostitue ici. Je suis un gameur qui va à la salle, pas un gigolo. Fichez-moi la paix, OK ? »
Il est énervé mais son ton reste calme, et semble faire de l’effet sur les jeunes filles. La tension électrique qui émane du groupe baisse d’un degré, et celle qui semble mener la bande reprend la parole :
« Les infos étaient sûres. Vous êtes vraiment certain que y a pas de gigolo dans le coin ? »
Même s’il y en avait un, il ne le livrerait certainement pas en pâture à la fureur vengeresse des jeunes femmes !
« Certain », répond-t-il donc de sa voix la plus assurée et autoritaire.
C’est seulement à ce moment-là que les filles semblent réaliser qu’harceler un inconnu qui va à la salle au beau milieu de la nuit n’est peut-être pas la meilleure idée du monde, et encore une fois, elles se concertent sans la moindre discrétion et décident de décamper avant que les flics ne se ramènent. Il s’assure de bien les entendre quitter les lieux avant de refermer sa porte. Il s’aperçoit que son cœur cogne fort dans sa poitrine. Et merde, qu’est-ce que c’est que cette histoire ?! À la lumière de ce nouvel incident, celui de l’autre soir ne peut pas être le produit du hasard. Ces gens ont obtenu son adresse quelque part. Mais où ? La pensée est plutôt angoissante, et comme son histoire est déjà connue par la police du coin, il décide d’appeler. On lui rétorquera sûrement de passer au commissariat le lendemain pour déposer une main courante qui ne mènera à rien, mais tant pis. Il passe tout de même son coup de fil pour expliquer la situation.
Aomine, qui rentre d’une patrouille en binôme avec Yori dans le poste central de Tokyo, hésite avant de gagner son bureau dans l’open space. Encore une fois, il résiste à l’envie de monter à l’étage pour demander aux standardistes l’historique d’appels de cette fameuse nuit. Il pensait que ça finirait par lui passer, mais rien à faire... C’est que ce détail aussi débile soit il commence à virer à l’obsession. Pour il ne sait quelle obscure raison, il veut mettre un nom sur le visage auquel il s’est surpris à repenser. Mais si son instinct ne le trompe pas – et il le trompe rarement – quelque chose de pas net se trame au 10E et son intuition lui souffle qu’il n’aura plus à attendre cette information très longtemps. Préférant se raisonner, il passe donc l'escalier et bifurque dans le couloir à la suite de son coéquipier.
À son bureau, plus ou moins prêt à remplir la paperasse, seul aspect de son boulot qu’il exècre, il traîne sur sa messagerie pour repousser la tâche ingrate encore un peu plus longtemps. Un mail attire alors son attention et lui donne satisfaction. Il a bien fait d’attendre finalement…
Objet : suivi d’intervention
Monsieur Kagami Taïga a rappelé cette nuit à 3h06.
Un groupe de jeunes femmes est venu l’importuner pour les mêmes raisons que l’homme de la dernière fois. Elles sont parties sans faire d’histoire mais il voulait quand même nous le signaler.
J’ai pensé que tu voudrais être au courant.
Je prends mon café avec un sucre.
Aimi
Le flic soupir devant l’énième tentative de la jeune femme. Il décide de ne pas en tenir compte, comme d’habitude et oublie bien vite son agacement lorsqu’il repense à l’objet du courrier.
Aomine a beau être désolé de savoir qu’il a de nouveau eu des ennuis, il ne peut s’empêcher d’être ravi d’avoir enfin l’occasion de revoir ce « Kagami ». Dans un cas comme celui-là, à part venir déposer une main courante, qui n’aboutira pas vraiment tant qu’aucun délit plus grave ne sera pas commis – les joies de l’administration – ou déménager, ce qui paraitrait tout de même un peu excessif à ce stade… il n’y pas grand-chose à faire. Mais visiblement, la malheureuse victime à l’air d’en être consciente, puisqu’il s’est contenté d’appeler.
Cette nuit-là pendant le reste de son service au poste, il a réfléchi à la situation entre les dossiers à traiter qui s’accumulaient sur un coin de son bureau. Aomine n’a pas résolu l’affaire mais il a peut-être une idée pour aider…
Après ses huit heures de sommeil minimum règlementaires, son petit déjeuner plus son café sacré englouti, Aomine se rend au magasin de bricolage le plus proche, où il sait trouver ce dont il a besoin. Ce n’est qu’une fois arrivé devant l’immeuble de Kagami qu’il doute. En avisant sa tenue, il se demande si c’est une bonne idée, ou même approprié de venir en civil. Après quelques secondes, il se dit que de toute façon maintenant, il est là, alors autant monter.
Il y avait du monde sur le terrain de streetball aujourd'hui. Alex est même passée pour quelques échanges. Depuis qu'elle est venue s'installer au Japon, c'est principalement sur le terrain qu'ils se retrouvent, même si elle l'invite parfois dans son appartement plus grand, lumineux et confortable que le sien, pour un thé ou quelques bières. Il est toujours content de pouvoir jouer avec son ancienne mentor, qui lui a tout appris sur le basket, mais a aussi su le guider et le conseiller dans divers aspects de sa vie. Honnêtement, il aurait été perdu sans elle, et quelque part, c'est rassurant de l'avoir ici alors que Himuro et son père sont en Californie.
Il est donc rentré de bonne humeur, bien défoulé, et il sort de la douche quand il entend frapper à sa porte. Il maugrée... Avant, ce bruit banal ne le tracassait pas. Maintenant, il a une petite bouffée de stress qui met ses sens en alerte. Il noue sa serviette autour de sa taille et s'approche de sa porte pour demander à travers le battant, et pas de sa voix la plus engageante :
« Ouais, c'est pour quoi ?
— Agent Aomine, j'ai su qu'on vous avait encore importuné cette nuit. » répond Aomine en prenant garde à bien se présenter cette fois.
Kagami marque un temps d'arrêt, surpris. Il ne s'attendait certainement pas à ce qu'on lui envoie quelqu'un. Et à la voix, il reconnaît le flic de l'autre soir. Alors son pressentiment était juste... Il va bien revoir ce flic aux yeux cobalt, aussi improbable que ça lui paraisse.
« Euh... Juste une minute ! »
Il file en direction son placard pour piocher un jogging et un t-shirt qu'il enfile rapidement, et dans la précipitation, laisse traîner sa serviette dans un coin avant d'aller ouvrir.
Deuxième surprise en posant les yeux sur son visiteur : il est en civil. Il semble un peu différent comme ça, plus... accessible. Il faut dire que l'uniforme donne à n'importe qui une allure un peu fermée et autoritaire.
« Bonjour agent... Aomine, vous avez dit ? Je m'attendais pas à votre visite... »
Aomine se sent un peu bête sans l'excuse d'une mission de sécurité de quartier mené par la police. Il est venu de son propre chef. Et c'est bien la première fois qu'il fait autant de zèle. Une voix intérieure agaçante lui demande pourquoi à répétition. Telle une gamine à la curiosité insatiable. Bordel... il n'en sait fichtrement rien. Il la chasse d'un raclement de gorge et tend son sac de course devant lui.
« Oui, Aomine Daïki. Désolé pour le dérangement... Mais comme malheureusement ma plaque ne fait pas de miracles… Je me suis dit qu'avec ça, vous sauriez au moins quand ça vaut le coup d'ouvrir la porte. »
Kagami prend le sac, un peu méfiant, et jette un coup d'œil à l'intérieur.
« Qu'est-ce que c'est ?
— Un œil de bœuf, pour voir qui vous importune avant d'ouvrir, et un entrebâilleur. Pour répondre sans ouvrir entièrement. C'est facile à installer. »
Kagami regarde encore le contenu du sac, puis l'agent Aomine. Perplexe. Depuis quand les flics vous achètent du matériel de sécurité ?
« Je... Hm... Merci... C'était pas nécessaire de vous donner cette peine... »
Il se gratte l'arrière du crâne, réfléchissant rapidement. Il ne sait vraiment pas pourquoi cet Aomine lui a acheté ça. Sans doute qu'il veut être remboursé. Quand bien même... Il est venu sur son temps libre. Il se racle la gorge et ajoute :
« Euh... Vous voulez boire un café ?
Aomine sent bien que le jeune homme ne sait pas trop quoi faire de son cadeau. Il se sent obligé de se justifier pour dissiper le malaise. Manquerait plus qu'il le prenne pour un autre stalker ! D'un geste nerveux il se masse la nuque et explique :
« En tant que flic, vous savez des fois on voit et on entend des choses qui rendent barge. Surtout quand on ne peut rien faire. Là, c'est vraiment pas grand-chose, et je peux l'arranger facilement. Disons que c'est autant pour moi que pour vous. »
Étonné lui-même de sa confession, il détourne le regard des rubis qui le fixent. Sans sa tenue, il se sent étrangement vulnérable et moins légitime à être ici. Il ne voulait pas importuner le jeune homme plus qu'il ne l'est déjà, seulement l'aider. Sa proposition, il l'accepterait volontiers, poussé par la même envie qui l'avait amené jusqu'ici, mais il a peur que ce soit par obligation que Kagami lui offre son hospitalité.
« Quant au café, c'est gentil, mais vous ne me devez rien », ajoute-t-il dans un léger sourire.
Kagami hoche la tête, pesant ses mots et observant son vis-à-vis. Finalement, il décide que l'explication est crédible, même si son zèle le surprend.
« Je vois. Je pense que je comprends. » Il s'écarte pour l'inviter à entrer. « Vu que vous êtes pas en service et que vous êtes venu jusqu'ici, autant boire un café. »
Un peu surpris, Aomine regarde Kagami quelques secondes. Il ne s'attendait pas à ce qu'il insiste, ayant pris l'invitation pour de la pure politesse. Il ne sait pas bien ce qui guide ses pas à l'intérieur de l'appartement, de la curiosité peut-être... Dans un coin de sa tête, il sait que ce n'est pas très malin de céder, mais il ne peut pas refuser un café. Sans compter que quelque chose chez ce type le taraude et il a besoin de mettre le doigt dessus.
Chapter Text
Kagami introduit son visiteur inattendu dans son salon et lui désigne le canapé près de la table basse, au centre de la pièce.
« Asseyez-vous. »
Puis, il se dirige vers sa kitchenette et met en marche sa machine à café, sort des tasses. Comme il est de nature plutôt ordonnée en dépit de son rythme de vie inhabituel, ce n'est pas un problème de recevoir quelqu'un à l'improviste, il n'a pas à se soucier du bazar. Non, ce n’est pas ça qui lui donne une légère nervosité, mais bien la présence d’Aomine, et pas parce que c’est un flic en civil venu lui apporter un œil-de-bœuf, même si ça joue un peu. C’est la personne qui l’intrigue, et même s’il a accepté ses explications, il sent la curiosité de l’autre, et ne sait pas très bien quoi en faire.
Pendant que le café se fait, il va relever son store pour laisser passer plus de lumière dans son appartement. Puis, il les sert et rapporte les tasses. Il réalise qu’il est aussi un peu embarrassé que cet agent se préoccupe de son histoire au point de faire du zèle en venant chez lui, alors il se sent un peu obligé d’expliquer ses inquiétudes :
« Vos collègues ont dû vous le dire, mais... Le problème c'est que j'ai l'impression que mon adresse a fuité sur un site louche. Et si c'est le cas... C'est sans doute pas près de s'arrêter. Tout ce que j'espère, c'est que c'est pas un acte de malveillance délibéré. »
Tout en parlant, il dépose une tasse devant le flic et s'installe dans un fauteuil.
Tandis que son hôte leur préparait la boisson promise, Aomine a pu constater la taille modeste des lieux, optimisés à son maximum. On ne ressent pas du tout l'étroitesse de l'unique pièce. Tout semble parfaitement à sa place, et il ne remarque rien d'inutile ou superflu, sans pour autant que la décoration soit spartiate et sans personnalité comme chez lui. Mis à part l'ordinateur qui dénote avec le reste. Une machine de compétition qu'on pourrait croire dopée aux stéroïdes s'il s'agissait d'un être humain.
Il ne s'attarde pas plus sur son observation et saisit sa tasse lorsque Kagami le rejoint. Tout en soufflant sur le liquide brûlant, il réfléchit à la remarque de son vis-à-vis.
« C'est en effet une possibilité. Pour le savoir, il faudrait porter plainte pour ouvrir une enquête. Sans ça, on ne pourra pas engager de procédures. Vous connaissez quelqu'un qui pourrait vous en vouloir ? »
Kagami souffle sur sa tasse et prend une gorgée.
« Personnellement, non. » Il fronce les sourcils et reprend : « C'était juste une idée comme ça. J'en sais rien, en fait. J'ai aucune matière à donner à une enquête. »
Et surtout, il n'a pas envie de raconter sa vie sans une bonne raison. Des gens qui pourraient lui en vouloir, il y en a dans son boulot… Tout le monde n’est pas bon perdant. Et même s’il protège sa vie privée, il y a des gens plutôt acharnés quand il s’agit de vous trouver pour vous chercher des noises. Il y a aussi les gens qui sont au courant pour son homosexualité, puisqu’il ne la cache pas particulièrement. Mais il n’a pas envie de parler de ça à ce flic, et enchaîne :
« Si vraiment ça devient trop récurrent, j'aviserai. Déjà, je pourrai filtrer les visites, maintenant », ajoute-t-il avec un léger sourire.
Aomine s'autorise un rictus. Son intuition était la bonne. Finalement, il ne regrette pas d'être venu. Si Kagami avait flippé la première fois, de façon légitime, il n'a pas l'air du genre de mec à se laisser faire, ni à déposer une main courante pour tout et n'importe quoi. Le matériel lui servira et cette idée lui fait inexplicablement plaisir.
« Si ça continue, ou si jamais la situation empire, n'attendez pas trop non plus. » Conseille-t-il tout de même plus sérieusement.
Il boit un peu en silence, appréciant l'arôme corsé de son café. Exactement comme il l'aime. D'un geste du menton, il désigne le coin bureau et demande, curieux :
« Vous avez l'air pourtant bien équipé pour savoir si votre adresse a fuité sur un site louche. »
Kagami suit son regard et hausse les sourcils.
« Oh, moi mon truc c'est les jeux vidéo, rien à voir avec des compétences de hacker. Je sais faire la maintenance de mon PC, pas pister des gens en ligne.
— Oh je vois ... Et quel genre de jeux ? Plutôt FPS, RPG, sport ? » demande-t-il de plus en plus intrigué.
Kagami regarde Aomine un peu étonné à cette liste. S’il est capable de lui énumérer ces différents genres, c’est qu’il a au moins des connaissances rudimentaires dans le domaine.
« Hm... Un peu de tout, répond-il finalement. Mais je fais de la compétition sur un FPS, ça s'est fait un peu par hasard. »
C'est vrai qu'Aomine n'a plus vraiment le temps de jouer depuis quelques années. Mais à ses heures perdues, il aime bien trainer sur des streams de joueurs. Ça lui permet de rester à la page, et de connaître des jeux qu'il n'a pas le temps, ni l'argent de découvrir par lui-même. C'est vrai que c'est un peu frustrant parfois, mais il a toujours été un très mauvais joueur. Mauvais perdant pour être exact... Regarder les autres se faire éclater ou se vautrer, c'est plus marrant. De cette façon, il profite de la beauté de plus en plus incroyable des jeux, l'agacement en moins.
« De la compétition ? Tu dois être bon alors. » fait-il remarquer.
Quand Aomine réalise, il est déjà trop tard. Un peu confus, il plonge dans sa tasse. Voilà pourquoi c'était une mauvaise idée d'accepter. Ça devient tout de suite beaucoup trop familier d'entrer chez les gens. Même pour un simple café. Il tente de se rassurer en pensant qu'après tout, ils ont le même âge et que le sujet de la conversation est tout sauf de l'ordre judiciaire.
D'habitude, Kagami ne tique pas quand on le tutoie. Mais là, c'est un flic, même si de visu, il a à peu près son âge. Il n'en prend pas ombrage cependant. Il faut savoir séparer l'homme de l'uniforme, se dit-il. En plus, Aomine n'est pas ici en sa qualité de policier, même si le motif de sa visite y est lié.
« Bon ? » répète-t-il. Il hausse les épaules. « Ça, on le saura à la fin du championnat qui a lieu cet été, j'imagine. Les meilleures équipes du Japon vont s'affronter. L'entraînement est plutôt intensif ces temps-ci. »
Bon... il n'a pas relevé. Sa nervosité descend d'un cran.
« Je vois... du coup j'imagine que les intrusions intempestives sont d'autant plus gênantes », comprend Aomine.
À la lumière de cette information, il réalise que peut être, Kagami a un programme chargé, qui n'inclut pas "taper la discute avec un inconnu". D'une dernière gorgée il termine son café et ajoute :
« D'ailleurs, tu as peut-être mieux à faire. Je ferais mieux d'y aller.
— Oh, je commence pas tout de suite aujourd'hui. » Il sourit. « Je suppose que comme toi, je bosse souvent la nuit. Comme le gigolo que je ne suis pas, j'imagine, ajoute-t-il avec un léger rire. C'est p'têtre pour ça que les gens confondent. »
On dirait une devinette débile qu'on peut trouver sur certains papiers de bonbon ... "Quel est le point commun entre un flic, un gamer et un streap teaseur ?" Aomine ricane, rassuré de voir que Kagami est capable de prendre la situation avec assez de recul pour en rire. Et c'est seulement maintenant, en le voyant sourire, qu'il remarque que ses traits sont moins tirés, ses cernes moins creusés, qu'il a l'air reposé. La première fois qu'il l'a rencontré, il ne lui paraissait pas si... lumineux.
« Tu supposes bien, je préfère bosser en horaire de nuit. C'est plus, comment dire... mouvementé.
— Ah, ouais, j'imagine. En tout cas, mon affaire doit te changer un peu de d'habitude. Elle a le mérite d'être originale.
— Ça c'est sûr ! Je fais encore mes armes pour tout dire. Alors je suis plutôt abonné à la surveillance et aux affaires quotidiennes qu'aux grosses enquêtes. »
Kagami observe son visiteur et se dit que définitivement, il ne ressemble pas à un flic. C'est encore plus flagrant en civil. La première fois, il s'était dit "mannequin", car le gars est clairement canon, mais à la réflexion, il pencherait plutôt pour "sportif". Il est du genre fin et élancé, mais il discerne une musculature noueuse et puissante et sous ses vêtements. À bien y penser, tout compte fait, il ressemble à un basketteur. Il s'arrache à sa contemplation, pour éviter de mettre Aomine mal à l'aise, mais il veut satisfaire sa curiosité, et tant pis si la question est un peu trop directe. Après tout, la subtilité n'a jamais été son fort.
« Tu fais du sport ? Basket, peut-être ? »
Le métier d’Aomine lui a appris à analyser les gens. Lire dans leurs gestes. Ce n'est pas un talent naturel chez lui comme chez certains de ses amis, mais il a assez d'entraînement maintenant pour comprendre que son vis-à-vis le scrute de façon à chercher des réponses. Amusé, il le laisse faire. Cependant, il manque de s'étouffer avec sa propre salive quand il entend la question, qui sonne à ses oreilles plus comme une affirmation. Aomine fait un effort pour ne pas trop montrer sa surprise. C'est assez inhabituel pour lui d'être démasqué, décrypté aussi facilement. Par quelqu'un d'autre que Satsuki, ou ce maudit Tetsu, évidemment. Il observe à son tour Kagami, s'attardant sur ses épaules qu'il devine développées malgré son t-shirt ample. Ne serait-ce pas ça... le truc qui le tarabiscote à propos de ce mec ? Maintenant, en l'imaginant sur un terrain, ça lui paraît évident.
Lentement, il laisse un coin de sa bouche s'étirer et demande :
« Laisse-moi deviner... toi aussi ? »
Kagami sourit. Ça lui fait toujours plaisir de rencontrer quelqu'un qui partage son goût pour ce sport.
« Ouais. Y a un terrain de streetball pas loin d'ici où je passe le plus clair de mon temps quand je suis pas sur le PC ou à la salle de sport. Du basket, j'en fais depuis tout petit.
— Tu fais donc parti du club des obsédés du panier haha. Enchanté ! Je joue aussi depuis gamin, ça m'est resté. »
Kagami hoche la tête, toujours souriant, puis le regarde et demande avec un brin de provocation :
« Depuis gamin, hein ? Et tu dirais que t'es bon là-dedans ? »
Aomine ne peut retenir son sourire carnassier, parlant pour lui. Bon au basket ? Lui ? S'il savait... Il y a bien longtemps qu'il n'a plus croisé personne qui lui fasse peur sur le terrain. Et c'était déjà le cas à quinze ans, quand il a effleuré une carrière pro du bout des doigts. C’est pourquoi un courant d'excitation le parcourt à la provocation à peine voilée de Kagami. Même sans son talent, en toute objectivité, incontestable, juste par principe il y aurait répondu de toute manière. Alors c'est sans aucun scrupule qu'il lance sa sempiternelle rengaine.
« Le seul qui puisse me battre, c'est moi. »
Kagami fixe Aomine, ébahi par cette réplique et cligne des yeux plusieurs fois, avant de finalement éclater de rire. Il en a connu des adversaires arrogants, sur le terrain ou en ligne, mais aussi sûrs d'eux au premier contact, c'est une première.
« Tu vois, dit-il en reprenant son sérieux, ce genre de truc, on peut pas le dire sans le prouver après. Sinon c'est que des belles paroles. Est-ce que c'est ça que t'es, un beau parleur ? »
Il va peut-être un peu trop loin dans la provocation, ce mec est flic après tout... Mais on ne peut pas lui sortir des phrases pareilles sans aucune réaction de sa part. Surtout sur un sujet aussi sérieux et important que le basket.
Vas-y, rigole... pense Aomine en observant son futur adversaire dans son hilarité. Pourtant il ne s'en offusque pas, il a conscience que son assurance en a dérouté plus d'un. Et puis Kagami a raison, ce genre de promesse, ça se prouve. Et quelque chose lui dit que ça ne va pas être si simple cette fois, de démontrer sa supériorité. Dans le sérieux du ton employé, sous cette tignasse folle et ses yeux brillants de témérité, il y a un challenge de taille. Il peut le sentir jusque dans ses orteils.
« Un beau parleur hein ? Je pourrais te présenter deux trois filles qui te diraient que oui. Mais je ne plaisante pas, avec le basket. J'te prend où tu veux, quand tu veux », achève-t-il en plantant son regard dans les orbes en fusion.
Kagami s'efforce de ne voir aucun sous-entendu dans cette formulation ambiguë. Ce gars est hétéro, donc il parle clairement de basket et de rien d'autre, mais c'est tout de même troublant à entendre de la part de quelqu'un dans son genre, surtout quand il le fixe d'un regard aussi intense. Concentre-toi sur le basket, se réprimande-t-il intérieurement. Et c'est plutôt facile à faire, d'une parce qu'il a réellement envie de tester les talents supposés d'Aomine, de deux parce qu'il a l'habitude d'être attiré par des mecs qui ne ressentent rien à son égard. Il a appris à passer vite à autre chose, bien que ce ne soit pas toujours aussi simple.
Finalement, il hausse les épaules et lance :
« Deal. Pourquoi pas maintenant, alors ? »
Chapter Text
Le cœur d’Aomine s'emballe un peu. Au meilleur des cas, il aurait pensé que Kagami proposerait de le tester demain. Mais là tout de suite, c'est encore mieux. Depuis la dernière fois, ça va bien faire dix jours qu'il n'a pas joué et c'est au moins neuf de trop. Heureusement, il a toujours un sac dans le coffre de sa voiture avec ses affaires de sport, une balle et des rechanges, précisément pour ce genre de situations. Il n'a donc aucune raison et surtout aucune envie de dire non.
« Donne-moi cinq minutes, je vais chercher mon sac. »
Kagami acquiesce avec un sourire, à moitié surpris qu'Aomine relève son défi aussitôt. Il ne s'attendait sûrement pas à disputer un one-and-one quand il est venu lui déposer le matos pour sécuriser sa porte. Quoique s’il se trimballe avec son sac de sport, il doit toujours s’attendre à faire un basket.
Pendant qu'Aomine va chercher ses affaires, il se change. Il réalise qu'il revient tout juste du terrain, mais qu'importe, il a encore de l'énergie à dépenser. Il est juste rentré parce qu'Alex avait un rendez-vous en ville, après tout. Il fourre ses affaires dans son sac, impatient et un peu fébrile à l'idée de jouer avec un nouvel adversaire. Depuis le temps, il connaît toutes les personnes qui fréquentent le terrain. Il y a de tout, tous les profils, tous les âges. Mais à part Alex, personne n'a un niveau aussi bon ou supérieur au sien. Alors il espère vraiment qu'Aomine n'est pas juste un beau parleur.
Aomine dévale les escaliers au pas de course. Pressé comme un gamin au matin de Noël. Ce n'est pas seulement la perspective de jouer qui l'excite autant mais ce qu'il a cru desceller chez Kagami. Il va prendre son pied, il en est certain. C'est vrai que sans la pression qu'il s'était mise pour réussir dans le milieu, il avait fini par retrouver le goût de jouer, et l'envie de progresser. Pourtant, il le pense quand il dit que personne ne peut le battre. Tout simplement parce que depuis ce qui lui semble une éternité, il n'a trouvé personne qui en soit capable. Les seuls adversaires qui lui offraient de la résistance, c'étaient ses anciens coéquipiers du collège avec qui les relations n'ont malheureusement pas toujours été au beau fixe. Mais contrairement à lui, les lascars se sont lassés, ou n'ont plus eu de temps pour entretenir leur niveau. Ce n'est pas rare qu'ils se retrouvent entre potes, un peu plus qu'ils s'affrontent comme avant. Ils sont toujours bons bien sûr, mais le fossé a fini par se creuser. Alors oui, la perspective d'être tombé sur quelqu'un capable de le faire frissonner d'incertitude, ça le rend heureux.
À quelques mètres de sa voiture, il la déverrouille à distance et ouvre directement le coffre. Il saisit son sac, le jette sur son épaule et referme la voiture. Aussi vite qu'il les a descendues, il remonte les marches des étages et s'adosse au mur en face de la porte après y avoir toqué trois coups.
C'est la première fois depuis une semaine que Kagami est content qu'on toque à sa porte. Il ouvre et désigne à Aomine la petite salle de bain coincée du côté du vestibule opposé au salon. Une fois le flic en tenue de sport, ils quittent l'appartement. Kagami n'a pas pu s'empêcher de détailler son adversaire du jour. Ça doit être un joueur rapide. Probablement une bonne détente. Sûrement un scoreur en série. Ça va être intéressant de le voir sur le terrain. Quand il rencontre un nouveau joueur, il fait toujours attention aux petits détails. Il analyse la façon de bouger sur le terrain, les manies, les habitudes, bonnes ou mauvaises. Il suffit de quelques minutes pour se faire une idée du genre de joueur à qui on a affaire.
Alors qu'ils remontent la rue ensoleillée, il demande d'un ton sarcastique :
« Alors du coup, tu fais partie de l'équipe de basket de l'amicale des flics ou un truc comme ça ? Tu joues avec les pères de famille le dimanche ? »
En voyant apparaître son improbable adversaire en tenue de sport, Aomine s'est demandé comment il n'a pas pu le voir avant. Ce mec est taillé pour ... non, par le basket. Longues jambes robustes, grande envergure de bras, épaules musculeuses et démarche souple. Il lui fait l'effet d'un félin, avec sa puissance discrète. Elle est évidente, mais c'est l'attitude de Kagami qui la rend subtile. Il n'en joue pas, il la maîtrise. Pas comme ces mecs qui passent leur temps à faire de la gonflette mais qui s'essoufflent au bout de dix minutes de match. Il était en train de se demander quel pouvait être le point fort de son acolyte sur un terrain, le voyant plutôt du genre polyvalent, touche à tout, comme pour les jeux vidéo, lorsqu'il se fait tirer de sa réflexion. La mention des pères de famille lui fait perdre le fil des rotations de la balle sur son doigt et manque de la faire tomber. Grâce à ses réflexes, Aomine la récupère dans un geste qu'on pourrait croire totalement volontaire. Il n'a pas envie de se rembrunir, pas maintenant... Alors il décide de se concentrer sur la première partie de la question.
« Ouais, un truc comme ça. On organise un tournois pour lever des fonds une fois par an pour des associations. À la fin de l'été en général. En dehors de ça, on s'organise des petits matchs amicaux avec les autres équipes du service public de la ville. D'ailleurs le prochain, ce sera contre les ambulanciers. Ils se défendent », explique-t-il en reprenant le ballet de sa balle sur ses doigts.
Kagami rigole un peu :
« Ah ouais, ça existe ce genre de trucs ? Sympa. Moi j'ai plutôt l'habitude de jouer avec les gosses du quartier, et quelques vieux aussi. Ils se défendent bien aussi. Enfin... Certains. »
Il rit de nouveau, alors qu'ils arrivent en vue du terrain, coincé entre un restaurant à sobas et une ruelle poussiéreuse descendant vers un petit parc.
« Et voilà, c'est ici ! C'est pas le terrain le mieux entretenu du monde, mais ça fait l'affaire. »
En avisant le terrain et ses deux paniers fièrement dressés, quoiqu'un peu rouillés, Aomine se détend et son sourire revient. Carrément que ça fait l'affaire. En vue du quartier, il imagine très bien le genre d'adversaires que Kagami croise d'ordinaire. Celui qu'il squatte le plus en ce moment est proche du poste, alors c'est souvent des collègues qu'il affronte. Mais dans sa vie d'avant, c'est un terrain semblable à celui-ci qu'il arpentait et usait au rythme de ses entraînements.
« Bien sûr que ça existe. Mêler l'utile à l'agréable, tu connais ? haha ! » Il ricane avant d'ajouter dans un clin d'œil effronté : « Ça va te changer de m'affronter alors. »
Kagami hausse les épaules. Il ne le prendra pas au sérieux tant qu'il n'aura pas vu ce qu'il sait faire. Il commence donc à s'échauffer soigneusement. Alex lui a bien appris à ne jamais sous-estimer cette étape. Et il s'est déjà blessé, alors il n'a pas envie de risquer que ça se reproduise juste parce qu'il n'aura pas pris ses précautions. Fin prêt, il met quelques paniers pour se mettre en jambe, puis se place au centre du terrain, mains posées sur les genoux.
« OK, montre-moi ce que tu sais faire », déclare-t-il, son regard planté dans celui de son adversaire du jour.
Sans grande conviction, Aomine l'imite. La préparation, il n'y passe jamais des heures. Lui ce qu'il veut, c'est jouer. Il respecte tout de même le rituel de son adversaire et l'attend au centre du terrain désert. Quand il le rejoint enfin, il trouve son aura changée. Il en tressaille d'impatience. Kagami prend ce sport aussi sérieusement que lui et il le défie même de prouver sa valeur, prêt à donner le meilleur de lui-même. Il ne lui en faut pas plus pour se concentrer intensément, faisant abstraction de tout ce qui se trouve hors des limites du terrain.
Observateur, il jauge Kagami en faisant tourner lentement la balle entre ses mains. Il surveille ses micros-mouvements, et dans son regard, il voit que son adversaire fait de même. Alors il se contraint à une immobilité parfaite, plaquant son air impassible sur son visage puis sans crier gare, il s'élance sur la gauche en driblant.
Kagami avait beau s'attendre à une attaque rapide, il n'en est pas moins surpris par les réflexes acérés et l'habileté d'Aomine, qui s'élance en le frôlant dans un mouvement leste et presque trop vif pour le suivre. Il pivote et se précipite à sa poursuite. Hors de question de le laisser marquer le premier panier aussi facilement.
L'effet de surprise... Aomine adore peindre cet air ahuri sur la figure de ses adversaires. Mais Kagami réagit vite, il peut entendre ses pas non loin de lui. Au lieu d'accélérer pour le distancer, il ralentit à l'approche de la raquette. Juste avant que la distance ne permette à son assaillant de lui voler le ballon, il pivote sur sa droite pour se mettre hors de portée, dans son dos. De là, avant que Kagami comprenne, il shoote, et il marque.
Kagami hoche la tête. OK, ça lui change de ses camarades de jeu habituels. Aucun n'a cette rapidité, ni cette souplesse. Mais il sent que c'est en partie son assurance qui rend possible ce jeu assez exceptionnel, et c'est à la fois une bonne et une mauvaise chose : il faut toujours avoir confiance en soi sur le terrain, mais un excès d'arrogance fait oublier ses points faibles. Et Aomine a l'air persuadé qu'il n'en a aucun.
Kagami récupère le ballon et observe son adversaire. Il dribble d'une main à l'autre, attentif, et s'élance dès qu'il voit une ouverture, fonçant vers le panier alors qu'il sent Aomine sur ses talons, près, très près. Mais va-t-il pouvoir défendre son panier ? Kagami bondit et s'arrache à la gravité. Pendant quelques secondes, il a l'impression de flotter. Il dunke des deux mains, restant accroché au panier qui crisse méchamment, menaçant de s'effondrer. Ce ne serait pas la première fois qu'il éclate un panier, mais celui-ci est un vétéran qui continue bataille après bataille à endurer ses assauts. Puis, il se laisse retomber au sol, satisfait.
Alors là... Aomine reste coi face au sourire fier de Kagami. Il voudrait bien trouver une réplique sarcastique dont il a le secret à lui balancer mais rien ne lui vient, encore un peu sous le choc de ce dunk sorti tout droit de Amazing Land. Kagami a réussi à exploiter une de ses failles défensives. Pourtant plus rapide, il était sur le point de le rattraper lorsque son adversaire a décollé. Normalement, il serait allé au contre mais l'explosivité du geste l'a surpris et il n'a pu que l'admirer engouffrer un point au fond des chaînes, depuis le sol. Ce type a une détente de barge. Monté sur ressort, à peine échauffé.
Ok, Kagami n'est pas là pour compter les graviers. Il en a dans le bide et ça tombe bien, lui aussi. Maintenant prévenu, il s'approche pour l'engagement, plus méfiant. Il drible un peu, ouvre son pied droit pour feinter son départ, esquisse un mouvement bref à gauche et s'élance à droite. La rapidité est sa force, mais l'agilité rend ses gestes si fluides, qu'elle en devient redoutable. Il bouge comme si lui-même ne savait pas où il avait prévu d'aller. Et parfois, c'est un peu le cas. Son corps agissant sans réfléchir. Il comprend que ça ne suffira pas aujourd'hui, car Kagami se dresse entre lui et le panier malgré sa feinte. Aomine avance tout de même, tente le passage en force en protégeant la balle de son corps. Le contact est dur, les appuis solides, les failles peu nombreuses. Il en repère tout de même une. Dans un dribble il fait passer le ballon entre les jambes fléchies du défenseur, et le contourne agilement dans une pirouette pour éviter son emprise. Libéré, il sprint en direction du panier, récupérant la balle au passage et saute en avant. Il se croit sortit d'affaire lorsque soudain, la main de Kagami surgit sous le panier. In extrémis, il évite le contre en changeant de main. La balle rechigne à entrer mais elle passe l'arceau.
Kagami sourit, le cœur battant, pompant l'adrénaline à travers son système.
« Joli » approuve-t-il avant de récupérer le ballon pour reprendre les hostilités.
Il a conscience qu'Aomine a compris qu'il n'avait pas affaire à un ambulancier disputant un match amical, mais à un joueur endurci qui a affronté son lot d'adversaires. Et de son côté, il a tout de suite réalisé qu'il avait en face de lui un joueur hors normes, à la gestuelle difficile à déchiffrer, à l'aisance implacable même mis en difficulté. Aomine joue au basket comme s'il était né une balle dans les mains. Il n'hésite pas, il a un feeling avec le ballon, le bitume, l'arceau, comme si c'était son environnement naturel. Et ça lui plaît.
Ils reprennent les échanges, rapides, incisifs, explosifs. Quand l'un met un panier, l'autre réplique aussi sec. Il ne lui suffit qu'une ou deux minutes pour se retrouver en nage, tous les sens aux affûts. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas ressenti ça sur le terrain, cette acuité extrême nécessaire face à un adversaire de taille. Il retrouve les sensations de la compétition en ligne, où baisser sa garde signifie une défaite assurée, et avoir ce frisson sur un terrain de basket, pour lui, c'est incomparable.
Aomine a hoché la tête pour toute réponse au compliment. Il ne parle pas. Se laissant absorber complètement par le match et dévorer tout entier par les sensations qui envahissent son corps. Bien trop heureux de les retrouver si puissantes. Des muscles sur lesquels il n'a pas l'habitude de forcer se réveil, l'adrénaline inonde ses veines aussi vivement que s'il était pris dans un échange de tir entre gangs, où une seule seconde d'inattention signifierait la mort, aiguisant ses sens, améliorant ses réflexes. Son rythme cardiaque est élevé à présent, mais il se contraint au calme. Ils ont même cessé de compter les points. Ils sont ex aequo, et rien que ça, il ne le pensait pas possible. Dix points d'avance, il aurait déjà trouvé ça admirable. Aucun, ça force le respect. Quand Kagami lui a sorti un alley-oop en solo avec le panneau du panier, il s'est demandé qui était ce mec, où était-il, et pourquoi ne l'avait-il jamais croisé avant ? Son adversaire est un compétiteur né, en plus d'un excellent joueur. Il ne lâche rien, se faisant un devoir de lui rendre chacun des points qu'il lui met. D'ailleurs c'est à lui de défendre. La sueur dégouline et fait coller son débardeur à son dos. D'un geste un peu rageur, il le retire et le jette près de leurs affaires en rejoignant le centre du terrain. D'une main, il remonte un peu la jambe de son short qui le gêne, tandis que de l'autre il fait signe à Kagami de s'amener, les yeux braqués dans les siens, défiant. Amène-toi...
OK, ça, c'est déloyal. La sueur fait briller la musculature tout en finesse d'Aomine, son regard intense ressemble à celui d'un amant tant il est focalisé sur lui, dévorant, concentré. Bon, ce n'est pas déloyal consciemment. Kagami n'a pas caché où allaient ses goûts en matière de partenaires – encore un bon conseil d'Alex. Il ne s'agit pas de le déclarer en préambule, seulement, de ne pas contourner ou éviter le sujet s'il se présente. Juste être direct et honnête. "Un bon moyen de trier le bon grain de l'ivraie, et en bonus s'éviter des déceptions", dit-elle. Pour autant, la plupart des gens n'agissent pas en ayant conscience de pouvoir séduire quand ils sont avec des personnes de leur sexe. Ils n'ont pas les mêmes barrières, conscientes ou inconscientes, qui pourraient les retenir avec le sexe opposé. Donc ce n'est probablement pas pour le déstabiliser volontairement, et pourtant ça fonctionne.
Alors il prend le temps de se ressaisir, de se recentrer sur le jeu, sur la balle qui rebondit régulièrement sur le bitume et revient se loger dans la paume de sa main. Il inspire une fois. Deux fois. Puis, aussi subtil et fin que soit son adversaire, il décide de tenter le passage en force. Sur un terrain de streetball, personne ne vous réprimande pour avoir un peu bousculé votre adversaire. Alors il ne va pas s'en priver, comme l'indique son sourire carnassier tandis qu'il s'élance.
Aomine occulte l'étrange sensation que provoque ce sourire dans ses tripes. Un brin différent des autres qu'ils ont échangé jusque-là, sans savoir exactement en quoi. Il n'a pas le temps d'y réfléchir de toute façon, Kagami lui fonce dessus, oubliant toutes stratégies de passages dans les règles de l'art. Rien d'étonnant pourtant sur un terrain de street. Il encaisse le choc, fléchissant un peu plus les genoux, verrouillant son bassin écartant les bras pour encercler son assaillant. L'avant-bras de Kagami repose sur son torse tandis qu'il dribble le plus loin possible de lui de l'autre main. En évitant soigneusement de laisser un trop grand espace qui lui permettrait de s'enfuir, il tente de lui dérober son bien. Ainsi coller l'un à l'autre, ils avancent un peu, se tournent autour, chacun cherchant son angle d'attaque. Un bref instant, le parfum corsé par l'effort de Kagami vient chatouiller ses sens. L'effluve plus douce que dérangeante le déstabilise une fraction de seconde. Juste assez longtemps pour qu'il relâche la pression sur lui. Vif, son adversaire recule d'un bon et tente un trois points. Il s'élance comme un diable sur la trajectoire de la balle et réussit à la dévier du bout du doigt. Il se retourne pour être sûr mais celui-ci ne rentrera pas. Avec satisfaction, il observe la bedaine de cuir rebondir sur l'arceau et tomber du mauvais côté.
Dans une longue expiration, il pose les mains sur les hanches puis ricane. En allant récupérer le ballon durement gagner il énumère, mi-admiratif-mi-moqueur :
« Défense solide, attaques puissantes, détente de l'espace, lecture et compréhension du jeu impeccable... Et c'est les trois points ton point faible ? » De nouveau face à lui il avoue: « Un peu plus et j'aurais pu croire que t'étais parfait.»
Peu sensible à la flatterie, Kagami s'essuie le visage dans son t-shirt avant de répondre :
« Je connais pas de joueur parfait. On peut pas être sur tous les postes à la fois. On a toujours un point fort, même quand on est polyvalent. Toi par exemple, t'es un excellent attaquant, mais t'es focalisé là-dessus. Tu sais défendre, je dis pas le contraire. Mais c'est pas ton point fort. »
Kagami sourit et hausse les épaules, guettant la réaction de son adversaire si sûr de lui.
Et en plus il a du répondant... Évidemment que personne n'est parfait. Aussi bien sur le terrain que dans la vie. Et certainement pas lui. Malgré ce qu'il peut laisser croire de son estime de lui à travers son arrogance, il en a pleinement conscience. C'était une petite provocation de plus pour tester Kagami, bien qu'il pense chacun de ses compliments, mais ce dernier ne s'est pas laissé distraire.
Il commence à dribbler en réfléchissant à sa réponse. D'une main à l'autre, entre ses jambes, dans son dos. Ils se déplacent ainsi à bonne distance l'un de l'autre, suivant mutuellement leurs gestes dans un balais improvisé d'une précision pourtant millimétrée. Il s'élance d'un côté furtivement, et son vis-à-vis bouge, comme s'il était son reflet. Mais un autre de ses points forts, c'est le changement de rythme, alors il stoppe net, et Kagami, emporté par son élan ne revient pas assez vite sur lui. Aomine en profite pour s'élancer à l'opposé et une fois sûr d'être hors d'atteinte, il shoot un trois points – dans le seul but de le narguer – dans un angle improbable, presque de derrière le panneau.
« Je connais mes atouts, je ne fais que m'en servir. Ma défense, je compte bien l'améliorer, mais c'était difficile sans personne pour me faire peur en face... Quant à la perfection, je sais qu'elle est utopique, mais rien ne m'empêche de la viser. »
Le panier rentre.
Kagami a suivi des yeux ce tir qui semble défier les lois de la physique, le genre de tir qui ne devrait même pas toucher l'arceau, et qui pourtant se révèle impeccable et maîtrisé. Il doit bien avouer qu'Aomine a un style unique. Il hoche la tête comme en réponse à une question muette, puis se dirige vers son sac pour en sortir une serviette et une bouteille d'eau. Il prend le temps de se désaltérer et de s'éponger le visage avant de répondre :
« Viser la perfection, c'est un noble objectif. Cela dit, à mon avis si tu perfectionnes pas la défense, c'est surtout parce que pour toi c'est l'aspect le moins important du jeu. C'est pas un jugement, t'es juste plus du genre scoreur. Chacun son style. »
Aomine le rejoint, ballon sous le bras et prend sa propre serviette et sa bouteille. Comme Kagami il bois une longue rasade, laissant couler un peu d'eau le long de son cou dans la hâte de se désaltérer.
« Moins important je sais pas. Mais c'est l'aspect qui m'éclate le moins, j'imagine. »
Il s'éponge un peu le torse et dans un sourire amusé il demande :
« Alors ? Beau parleur ou pas ?»
Kagami s'efforce de ne pas trop regarder dans sa direction pour ne pas se laisser distraire par ce torse tanné moiré de sueur et la serviette qui y glisse sensuellement. Son cœur cogne fort dans sa poitrine, et ce n'est pas seulement dû à l'effort qu'il vient de fournir.
« Hm... Beau parleur. Mais avec des raisons de l'être, tranche-t-il finalement.
— Haha, ça me va je prends. Tant que tu ne me traites pas de menteur... »
Aomine ricane. Il se sent un peu soulagé. Et c'est seulement maintenant qu'il réalise que l'avis de Kagami lui importe sincèrement. Alors qu'il ne le connait même pas, il cherche son approbation. Lui qui d'ordinaire se fiche pas mal de ce qu'on peut penser de lui, encore plus au basket. En fait il n'accorde du crédit qu'aux personnes qu'il estime, ou qui le surpassent dans le domaine où il les côtoie. Et Kagami lui a fait forte impression aujourd'hui. Alors que ce dernier boit de nouveau, il attire son attention d'un petit coup amical dans le bras et lui confesse plus sérieusement, à quel point il a aimé leur match.
« Hé, merci pour le match. C'est parti d'un défi un peu bête mais... j'ai vraiment apprécié. En fait il y avait longtemps que je ne m'étais pas autant éclaté. On remet ça quand tu veux. »
Cette fois, Kagami pose son regard sur Aomine, touché par ces mots. Il est content d'avoir plu au beau flic, du moins par son basket. D'avoir pu lui prouver qu'il était un adversaire digne de ce nom, capable de lui résister et même de le surprendre. Il esquisse un sourire et hoche la tête.
« Ouais, OK. Moi aussi je me suis éclaté. D'ailleurs, si tu repasses dans le coin pour jouer... Tu rencontreras une autre adversaire de taille », annonce-t-il, son sourire s'élargissant à l'évocation d'Alex.
À l'évocation de cette mystérieuse adversaire, Aomine ne peut que remarquer la tendresse que semble lui porter Kagami. Il se souvient pourtant très bien de leur première rencontre et de son honnêteté sur le sujet, depuis, il est à peu près certain que ce mec est gay. Ou alors bi ? Ça lui importe peu, mais surtout il pense que ça ne le regarde pas. Du coup c'est surement sa déformation professionnelle d'enquêteur qui parle, ou sa curiosité pour son nouveau rival. Il ne saurait le dire.
« Ah ouais ? Une amie à toi ?
— Ouais... En quelques sortes. Elle a été une sorte de mentor pour moi quand j'étais gosse. Elle s'appelle Alex, c'est une ancienne de la WNBA, et elle m'a appris tout ce que je sais sur le basket. »
Il y a une certaine fierté dans sa voix à son évocation, et c'est vrai qu'il est fier de connaître une joueuse comme elle, d'avoir été son élève, et d'être parvenu à ce niveau grâce à elle.
« Sérieux ? La classe ! J'avoue ne pas trop m'y connaître en WNBA, mais je suis admiratif. Et du coup, tu n'as jamais voulu passer pro ? »
Aomine observe Kagami, ébahi. Avec une entraîneuse de ce calibre, il comprend mieux son niveau. Il n'est pas de ceux qui croient aux dons. Pour lui, il y a des prédispositions naturelles, mais le talent n'est pas inné. Il se travaille. Sur la durée, et dans la sueur. Vu celui dont son adversaire a fait preuve, il n'est pas étonné de découvrir la formation d'une pro en dessous. En revanche ce qui l'étonne c'est que ce joueur passionné avait, à première vu tout ce qu'il faut, jusqu'au contact, pour faire carrière. Alors il se demande pourquoi il a choisi une autre voie que celle qui lui semblait toute tracée.
Kagami hésite. C'est une question qu'il s'est souvent posé, évidemment. Et il y a de nombreuses raisons derrière son choix, qu'on ne peut résumer en une seule conversation. Il hausse les épaules.
« J'y ai pensé, mais le côté star-system, très peu pour moi. Au moins, les champions d'e-sport, personne les connaît, ajoute-t-il avec un sourire en coin.
— T'es fait pour la compétition mec, ça se voit. Tant mieux si tu as trouvé ton bonheur dans le e-sport. »
Aomine lui sourit, et puisqu'il est sec, enfile son t-shirt de rechange. Kagami n'a pas besoin de lui en dire plus. C'est vrai que c'est un univers particulier. Et avoir tout ce qu'il faut ne suffit pas toujours. Il faut pouvoir accepter ce qui va avec, faire une croix sur l'anonymat. Lui-même l'aurait très mal vécu s'il était allé au bout de son rêve. C'est d'ailleurs cette conviction qui l'empêche de regretter son choix, qui n'en était pas vraiment un. Et puis la NBA ou tout autre league professionnelle n'est pas une fin en soi. Ils n'ont pas besoin de ça pour aimer le basket ou être doué. Leur place est ailleurs voilà tout.
Kagami dissimule un petit soupir de soulagement quand il voit Aomine remettre son t-shirt. Il est plus facile à regarder maintenant. Et quand il l'observe, ça lui fait bizarre de se dire qu'il y a deux heures à peine, c'était juste un flic en civil étrangement zélé qui sonnait à sa porte, et maintenant, un partenaire de basket. Pour un peu, il remercierait presque ses harceleurs. À cette pensée d'ailleurs, il s'assombrit un peu. Il espère que son problème va se régler de lui-même, et pourtant quelque chose lui dit que ça ne sera pas si facile.
Puis, il remet ses affaires dans son sac et cale ce dernier sur son épaule.
« C'était vraiment sympa. Bon, j'imagine que t'as ton service à prendre ou un truc comme ça, mais pour la prochaine fois, tu sais où et comment me trouver !
— Ouais dans quelques heures , concède Aomine en vérifiant l'heure sur son téléphone. « Je repasserai, compte sur moi. Et j'espère bien tomber sur cette fameuse Alex un de ces quatre », ajoute-il dans un sourire franc.
Et il le pense. Ça lui changera de ses adversaires habituels de sortir de son quartier. En plus, si ça lui donne l'occasion d'affronter Kagami de nouveau, il ne va pas s'en priver. Il préfèrerait le revoir sur un terrain qu'au poste de police, mais il n'exclut pas cette possibilité pour autant.
Ils refont le trajet jusqu'à l'immeuble de Kagami, en bas duquel est garée la voiture d'Aomine. Au moment de se séparer, Kagami se rend compte qu'il aurait bien passé encore un moment avec lui, pouvoir mieux le connaître, mais il se raisonne : ils sont déjà passés du statut de parfaits inconnus à partenaires de basket. C'est bien assez pour une seule après-midi. D'autant qu'il faut qu'il aille travailler, maintenant. Il ouvre la porte de son immeuble et se tourne vers Aomine :
« À la prochaine. Bon courage pour le boulot.
— Merci toi aussi. »
Il accompagne ses mots d'un bref signe de main avant de monter dans sa voiture. Aomine a le sentiment de partir un peu brusquement après le moment qu'ils ont passé, lui faisant tout oublier du contexte de leur rencontre et de sa venue ici aujourd'hui. Il se surprend à espérer le revoir au plus vite, se languissant déjà d'un autre match, ou même d'un simple café. Tout ce qu'il souhaite c'est que ce soit dans un cadre différent de ses ennuis nocturnes. Parce qu'il n'a jamais été très doué pour tisser des liens, plutôt réservé et fermé comme on dit. Pourtant avec Kagami, c'est facile. Il l'a tutoyé naturellement sans se poser de question, et ils se sont déjà découvert deux centres d'intérêt communs. Alors c'est peut-être un peu égoïste de sa part, mais il n'a pas envie que des problèmes externes viennent perturber le début de ce qu'il pense pouvoir devenir à terme une belle amitié ou tout du moins, une saine rivalité sportive.
Chapter Text
De retour chez lui, Kagami trouve son appartement étrangement calme. Tout ce qui s'est passé cette après-midi apparaît soudain irréel, mais quand son regard se pose sur la tasse de café d'Aomine, il est bien obligé de reconnaître que oui, il est bien devenu ami avec un jeune flic après lui avoir offert un café. Et qu’ils ont même partagé un moment inoubliable sur le terrain de basket. Kagami n’a pas joué comme ça depuis des années, et ça lui avait manqué. Cette adrénaline, cette incertitude stimulante qu’on éprouve dans une situation difficile où il faut se réinventer pour vaincre. Quel drôle de hasard d’avoir croisé la route d’Aomine grâce à ses visiteurs nocturnes…
Kagami va prendre sa deuxième douche de la journée, et profite d'avoir encore un peu de temps avant de devoir se connecter pour mettre en place l'œil de bœuf et l’entrebâilleur. Il n'est pas un grand bricoleur, mais comme il vit seul depuis longtemps, il sait se débrouiller, et 45 minutes plus tard, tout est fin prêt. Il lance un regard satisfait sur son œuvre : c'est indubitable, il se sent moins vulnérable avec cette sécurité en plus. Il est content qu'Aomine ait décidé de lui apporter ça, et il lui enverrait bien un message pour le remercier et lui dire que tout est en place, mais il réalise, un peu déçu, qu’il n'a aucun moyen de le contacter.
Son estomac grogne, et décide de se préparer quelque chose à grignoter. Il en profite pour envoyer un message à Alex.
Moi - 18h50
Salut. J'ai rencontré un basketteur qui devrait t'intéresser... Si tu vois un grand basané sur le terrain, c'est lui.
Alex - 18h52
Really?! Dis-moi tout... Il est mignon ?
Il lève les yeux au ciel, mais ça le fait sourire. Alex cherche toujours à le caser. Elle s’inquiète pour lui presque comme une mère, qu’il mange bien, qu’il ne soit pas trop seul… Parfois ça l’agace un peu, mais au fond, ça lui fait plaisir qu’elle se soucie de lui, qu’elle lui prouve chaque fois qu’il est important pour elle.
Moi - 18h53
Mignon, et hétéro. Comme d'hab. Mais tu devrais voir son jeu... J'ai jamais vu quelqu'un d'aussi rapide et agile. Il est impressionnant.
Alex se montre étonnée par ses éloges, c'est rare qu'il complimente autant un autre joueur. Non qu'il en soit avare, mais peu de joueurs suscitent autant son attention, et encore moins son admiration.
Après ces échanges, Kagami s'installe devant son PC. Il s'étire, fait craquer sa nuque, puis ses doigts. Il est temps de se concentrer. Il commence par s’entraîner seul, comme toujours, pour se mettre en jambes. Il a toujours besoin de ce moment de solitude avant la compétition, se recentrer sur lui-même, se vider la tête de tout ce qui ne concerne pas directement le jeu. La plupart des gens ne se rendent pas compte de la concentration extrême que demande un jeu vidéo compétitif. Chaque fraction de seconde peut tout faire basculer. Comme au basket. De la concentration, il en a eu besoin ne serait-ce que pour gêner Aomine sur le terrain, tout comme pour marquer des paniers en outrepassant la vitesse, l’agilité et la détente de son adversaire. Il se rappelle son jeu aussi précis qu’imprévisible, son aisance surnaturelle, cette espèce de grâce alliant rapidité et fluidité, souplesse et menace. Il aime ce que dégage Aomine, quelque chose latent dans son regard, dans sa façon de s’exprimer et de bouger qui semble se révéler sur le terrain, dès qu’il a un ballon entre les mains.
Il se secoue. À peine quelques minutes et voilà déjà que ses pensées dérivent, le ramenant à son visiteur inattendu. Il se rassure en se disant qu’après tout, rien de plus normal que ce petit match improvisé lui ait laissé un vif souvenir et qu’il y repense. Rencontrer un nouveau joueur, au talent exceptionnel, ça a de quoi turlupiner un passionné de basket comme lui. Une petite voix désagréable lui signale qu’il est de mauvaise foi. Le flic t’a tapé dans l’œil, que tu veuilles l’admettre ou non. Il grommelle, repoussant cette pensée. Il s’est promis de ne plus s’emballer quand il savait ne rien pouvoir espérer. Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire… Mais il ne veut pas tout gâcher. Même si c’est vrai qu’il a flashé sur lui, il sait aussi qu’il pourrait s’en faire un véritable ami. Et il a très envie de rejouer contre lui… Alors il va falloir ranger ses ardeurs au placard.
Il profite du moment d’attente avant de réapparaître après que son avatar soit mort pour boire quelques gorgées de coca et revenir sur ce qui doit le préoccuper dans l’immédiat : l’entraînement. Il se met un peu de musique, ça l’aide toujours à se concentrer, à canaliser ses pensées pour rester fixé sur le moment présent.
Et c’est avec une détermination nouvelle qu’il reprend le match en cours.
Le lendemain matin, Kagami dort profondément quand un bruit insistant devenu trop familier le tire du sommeil. Il est immédiatement en alerte. Il jette un coup d’œil à son portable : 9h55. Il soupire. Est-ce que ça vaut le coup de se lever ? Puis, il se rappelle l’œil-de-bœuf et l’entrebâilleur. Il peut toujours aller voir… Si c’est relatif à ses petits problèmes récents, on ne sait jamais : peut-être qu’il aura de nouvelles informations à transmettre à Aomine. Il se lève donc à contrecœur, enfile un jogging et commence par regarder à qui il a affaire.
Il se fige derrière le battant, sa bouche s’entrouvrant sur un léger O de surprise. Son visiteur est vieux beau sur le retour, qui essaie de se donner une touche rock’n’roll avec un blouson en cuir qui a vu des jours meilleurs, et des lunettes avec des verres fumés. Kagami peut sentir d’ici l’odeur puissante de son eau de Cologne mêlée à un relent de tabac. Ça éveille sa curiosité, et il entrouvre sa porte.
« Bonjour ? »
L’homme le dévisage d’un air surpris, le même qui doit se lire en ce moment sur son visage, et demande finalement :
« Il est pas là Hoshi ? »
Le type a l’air si déçu que Kagami serait presque vexé. L’Indien de l’autre jour ne semblait pas avoir de problème avec son apparence, lui ! Il se rabroue, là n’est pas le problème :
« Hoshi ? Ben non. Y a pas de Hoshi ici. Qui vous a dit qu’il habitait là ? »
Le vieux beau semble embarrassé à cette question. Kagami sent qu’il va prendre la poudre d’escampette et lance avant qu’il ne s’enfuie :
« Je sais pas comment vous avez eu cette adresse, mais c’est pas la bonne ! Signalez-le, vous vous êtes fait avoir ! »
L’homme grogne, peut-être en signe d’assentiment, en tout cas, comme prévu, il tourne les talons. Kagami referme sa porte et la verrouille. Hoshi. Probablement un pseudonyme, mais c’est tout de même un indice. Puis, il rigole un peu. Un jeune Indien beau gosse, une troupe de jeunes filles ivres, et un vieux beau cherchant à rattraper sa jeunesse perdue. Qu’est-ce que ça va être la prochaine fois ? S’il ne trouvait pas tout ça un peu inquiétant, il aurait presque hâte de découvrir son prochain « client » !
En tout cas, il n’a plus envie de dormir maintenant. De toute façon, il commence déjà à se faire tard, et il a beaucoup à faire aujourd’hui, surtout s’il veut avoir le temps de passer au terrain de streetball… dans l’espoir demi avoué d’y revoir Aomine. Il a dit travailler surtout sur les horaires de nuit… Alors avec un peu de chance, il pourra le croiser dans l’après-midi, avant son service. Ça lui ferait tellement plaisir de le voir… Pour le basket, bien sûr.
« Mais tire, bordel ! L'angle est gérable avec la brise. »
Agacé, Aomine se redresse dans son canapé et scrute l'écran avec attention. Il regarde le live d'un streamer qu'il suit depuis un moment, mais aujourd'hui il n'a pas l'air en forme. D'après les emoji qu'il voit défiler à grande vitesse dans le chat, il conclut que les autres viewers partagent son avis. Le joueur à l'air d'être en retrait, d'éviter certaines zones stratégiques et de se planquer à outrance. Beaucoup trop prudent pour un gamer aussi aguerri. Et surtout, comportements auxquels il n'a pas habitué ses fans.
Aomine se gratte le menton, et se lève pour aller se chercher à boire. En se réinstallant, il ne peut s'empêcher de penser à Kagami. À vrai dire il est curieux de savoir s'il est un aussi bon joueur virtuel que sur le terrain, et de quel genre il est. Fonceur, stratège, plutôt armes à distance ou corps à corps ? Peut-être l'a t'il déjà regardé jouer sans le savoir. Par le biais du live d'un de ses adversaires. Cette idée lui plaît. L'éventualité qu'ils auraient pu se connaître autrement que grâce à son boulot ou à cause des ennuis de Kagami le rassure. Quelque part, ça légitime un peu son envie de le revoir, alors que le code de la déontologie le lui interdit.
Sans les kills spectaculaires et la mauvaise foi du streamer, quasi aussi légendaire que la sienne, le jeu finit par le lasser. En pleine digestion de son maxi brunch, et éreinté de sa journée de la veille, bien qu'il ait quitté son lit il y a moins de deux heures, Aomine se rendort devant un film choisi au hasard.
En effet, même s'il ne joue plus autant qu'il aimerait, il a gardé sa routine de sportif et il est accro à l'effort. Ou plutôt, aux endorphines qui saturent son système et repoussent toute forme de négativité, comme un bouclier de béatitude imperméable. Pour autant, hier contre Kagami il a dû se donner à cent pour cent. Déployer toutes ses capacités physiques, ainsi qu'une bonne partie de son endurance, et pas mal de ressources intellectuelles aussi. Il y avait longtemps qu'il ne s’était pas autant donné sur un terrain, ou qu’il avait autant réfléchi pour surprendre son adversaire. Avec le basket, il faut dire qu’Aomine a du mal à doser. Il a toujours tendance à en faire trop. Comme pour d’autres aspects de sa vie, à dire vrai. En fait, il met parfois du temps à se lancer, mais quand il commence quelque chose, il ne sait pas le faire à moitié. Le défi que lui a lancé Kagami n'a pas fait exception. Bien au contraire. Puis il a dû enchaîner sur une nuit de boulot. Qui, comme par hasard, n’a pas été des plus calmes. Pour une fois, il n’aurait pas dit non au remplissage, triage et archivage des dossiers...
Avec la mise au frais de trois de leurs comparses, ça chauffe un peu dans le secteur connu pour être sous l'emprise du gang qu’ils essayent de démanteler. Ils se vengent sur tout ce qui bouge, ou pas d’ailleurs… Avec Yori, ils ont été appelés en renfort pour assister leurs aînés dans leur patrouille. Rien à voir avec les sorties surveillance de boîte de nuit, ou les quartiers résidentiels en périphérie de la capitale. Mais il aime bien la dynamique de ce genre de nuit, réveillant son goût pour l’action et révélant son efficacité. Même s’il y a des soirs comme ça, sans raison apparente, où toute la ville – bien que toujours effervescente – s’agite sous un vent de violence. C’est donc au petit matin qu’il a dépointé; après une descente préventive dans un établissement louche, quatre arrestations dont une avec altercation, sa mâchoire s’en souvient… et un bouclage de périmètre pour stopper un fou du volant refusant un contrôle d'alcoolémie.
C’est seulement à son deuxième réveil au beau milieu de l'après-midi qu’il se sent pleinement reposé, quoiqu’un peu courbaturé. Les images floues de son rêve chaotique l'accompagnent pendant qu’il grignote quelques restes. Il se revoit en personnage de jeux vidéo un peu trop pixelisé, se battre avec un PNJ ou dans une course poursuite de voitures volées, ne sachant plus trop s’il était le fuyard, ou le poursuivant. En débarrassant son assiette, il se marre des raccourcis improbables qu’a encore fait son esprit. Superposant la réalité à son imaginaire, le tout saupoudré d’un chouia de folie.
Après son encas et un brin de rangement, il décide d’aller à la salle, histoire de détendre un peu ses muscles crispés par la tension constante de ces dernières heures que le repos n’a su effacer. Combattre le mal par le mal, il n’y a que ça d’efficace. Pas très loin de chez lui, il décide de bouder sa voiture et saute dans le premier tramway passant par la station la plus proche. Une fois sur place, il salue le gérant à l’accueil qui le voit assez régulièrement pour se souvenir de son nom et se dirige d’un pas décidé vers les tapis de courses. De son sac, il sort sa bouteille d’eau et ses écouteurs. Sur son téléphone, il choisit une playlist créée par ses soins et fait glisser son pouce sur l’écran jusqu’à la chanson qu’il a en tête. Un sourire se dessine sur ses lèvres au son des premières notes de Runnin’ Wild de Airbourne. Parfaitement raccord à son humeur et son activité.
Après son footing d’échauffement, comme il a déjà pas mal travaillé les jambes à la poursuite du kangourou sous extasy qu’était son rival de la veille, il passe à la presse pour modeler son dos. Se sentant encore tendu, il décide de ne pas forcer. Limitant la charge. Son but n’est pas de prendre de la masse de toute façon, mais surtout de garder la forme et des muscles affutés, taillés pour la vitesse et la précision, parés à réagir au quart de tour. Au bout d’un moment, au fur et à mesure que la chaleur se diffuse sous sa peau, il sent les tensions se dissiper une à une, fondant sous l’effort régulier comme glace au soleil. Il savoure la sensation de liberté de mouvement retrouvée, dans toute leur amplitude. Il enchaîne encore une bonne heure supplémentaire sur deux machines ciblant les bras et le torse, afin de compléter ses exercices sur le haut du corps avant de se décider à partir. Il passe tout de même par les vestiaires pour se rincer et se changer, autant pour son propre confort que pour celui des autres usagers des transports en commun. Aomine sort de la salle de sport lessivé, mais par de la bonne fatigue cette fois. La musique que certains qualifient de satanique rugissant toujours dans ses oreilles, il plane sur son nuage, shooté aux hormones du plaisir.
Debout dans la rame, Aomine se laisse aller contre la vitre, sans chercher à retenir ses pensées fugaces survolant son esprit. Lorsque ses écouteurs diffusent Rivalry, décidément il adore ce groupe, le visage de Kagami s’impose à lui. Il se refait le film de leur match de la veille, et il a la sensation étrange qu’il l’a vécu il y a des années, voire pas du tout. Sans savoir si c’est le rythme de la guitare où ses souvenirs qui le sortent de sa brume de léthargie, il se redresse un peu et lève le nez sur l'itinéraire de sa ligne.
Enthousiasmé par sa décision, il regarde le poste et sa résidence passer sous ses yeux. D’abord, un arrêt pour reprendre un peu de force, ensuite, le terrain de basket… Il envoie un texto à Satsuki et son humeur s’améliore encore à sa réponse.
Moi - 17h45
Fini les cours ? Goûter au Magi dans 10 min ?
Satsu - 17h45
C’est fou ! J’allais t’appeler ;)
Lorsqu’il arrive, il commande pour lui et son amie qui ne tarde pas à le rejoindre. Au collège, ils venaient souvent traîner dans cette enseigne avec toute la bande. Ils ont gardé ce petit rituel de temps en temps, entre nostalgie et habitude. Réussissant parfois, à se faire accompagner d’un autre de leur compagnon passé.
Sans gêne, Satsuki le salue chaleureusement d’un baiser sur sa joue puis observe son plateau avec gourmandise. Part de tarte à la fraise et milkshake assortie pour elle, tarte au citron, sodas et teriyaki burger pour lui. Tout en dégustant leurs mets favoris, ils bavardent de choses et d’autres. Aomine est content que la jeune femme face à lui prenne un peu le temps de faire des pauses. Il trouve qu’elle travaille trop. Mais c’est sa dernière année, il peut comprendre la pression que cela représente après autant d'investissement et de sacrifices. Elle veut réussir, et s’en donne les moyens. Tout en restant disponible, joyeuse et aussi pimpante chaque fois qu’il la voit. S’il ne la connaissait pas si bien, son instinct de flic lui dicterai certainement de fouiller ses affaires à la recherche de produits dopants.
Quand vient son tour, il ne parle que du boulot, et de sa longue nuit qu’il lui raconte façon synopsis de blockbuster Américain. Satsuki s’amuse des mimes de ses arrestations héroïques. Et elle rit aux éclats lorsqu’il lui raconte la méprise de son collègue concernant leur relation lors de sa dernière visite. Elle a autant l’habitude que lui, mais ça l’a fait toujours rire. Et il adore la faire rire.
Un coup d'œil à sa montre lui rappelle la raison qui l’a fait renoncer à rentrer chez lui et il prend congé de son amie, visiblement déçue qu’il écourte la soirée sans véritable excuse. Aomine ne sait pas pourquoi il ne lui dit pas tout simplement la vérité. Qu’il a rencontré un joueur qu’il a l’impression d’avoir attendu toute sa vie, et que la simple idée de l’affronter de nouveau lui faisait oublier toute fatigue. L’envie de garder ces moments pour lui est pour l’instant plus forte que le besoin de le raconter à sa meilleure amie. Comme si… comme s’il faisait quelque chose de mal et qu’il avait peur de son jugement. Ce qui est doublement ridicule. Satsuki ne le jugerait jamais. Même s’il décidait de ne plus porter rien d’autre qu’un costume de T-rex pour sortir de chez lui, comme lorsqu’il a eu 5 ans. Et surtout, parce qu’il ne fait rien de mal. Ce n’est pas comme si Kagami avait porté plainte. Et encore, même là, il n’est pas certain que ça dérogerait à une quelconque limite, sinon la sienne.
Chassant ces questions aussi dérangeantes que désagréables, il se met en quête du terrain où l’avait amené Kagami. La lumière du jour s’estompe en orange derrière les immeubles voisins, et les lampadaires alentour s’éclairent un à un. Heureusement, la soirée est douce. Assez pour dissiper la pointe de déception qui l'étreint en trouvant le terrain vide. Il va pouvoir jouer un peu quand même. Et puis qui sait ? Un autre oiseau de nuit viendra peut-être le rejoindre plus tard.
Ce jour-là, Kagami se réveille avec une nouvelle résolution : il va aller au commissariat et demander à voir Aomine pour lui parler du nom qu'on lui a donné l'autre jour. "Hoshi". C'est maigre, mais ça pourrait peut-être aider. Au fond de lui, il n'est pas sûr de lui sur ce coup-là, et une sorte de malaise persistant s'accroche à lui. Car il ne peut pas se voiler la face : il sait que cette nouvelle information, dans une enquête qui n'existe pas, est surtout un prétexte pour tenter de revoir Aomine. Car en dépit de ses espoirs ces derniers jours, il n'a plus croisé le beau basané sur le terrain de basket. Peut-être qu'il n'a pas eu le temps de passer, qu'ils se sont manqués, ou... que ça ne l'intéressait pas tant que ça.
En se préparant pour la journée, il tâche d'envisager et de se préparer à toutes les éventualités. Plusieurs fois sa résolution de passer au commissariat vacille, puis il en revient au point de départ : ça vaut le coup d'essayer. Il n'a jamais été du genre à se défiler, ce n'est pas maintenant qu'il va commencer.
Alors, en dépit de ses appréhensions, il s'efforce de passer une journée normale, rythmée par ses petits rituels bien ancrés. Et après le travail, en plein milieu de la nuit, il enfile ses baskets. Il se dit qu'à cette heure, il aura peut-être une chance de tomber sur Aomine au commissariat. Sinon, tant pis, il reviendra. Il n'a aucune envie de raconter les détails de son histoire et de la reprendre depuis le début devant un flic ou une fliquette ébahie.
Dehors, la nuit est tiède, et agréablement calme. Le ronronnement de la circulation crée un bruit de fond sur lequel se détachent des aboiements épars, des conversations diffuses. Kagami accélère le pas, nerveux et impatient. Et bientôt le commissariat apparaît dans son champ de vision, vivement illuminé. Il se repasse encore fois ses arguments dans sa tête, et prend une dernière fois la même résolution. Il grimpe quatre à quatre les marches du porche, et pénètre dans l'édifice, se retrouvant face à un accueil spartiate éclairé par de désagréables néons blancs. Il s'approche et décline son identité au standardiste, ajoutant qu'il aimerait voir l'agent Aomine.
Rentré de patrouille il y a peu, Aomine est maintenant concentré sur son écran. Avant de partir, il aurait aimé finir ses rapports des derniers jours. Il avance plutôt bien pour quelqu'un qui n'aime pas trop ça mais il a besoin d'une pause s'il veut rester efficace. Il se frotte les yeux et s'étire le dos sur sa chaise, bras en l'air, quand le téléphone de son bureau sonne et manque le faire tomber à la renverse. La ligne interne. Elle sonne si rarement qu'il s'est souvent demandé à quoi servait le combiné qui encombrait son espace de travail déjà réduit par son bordel personnel...
Il lui jette un œil torve, puis incertain, vérifiant autour de lui si un de ses collègues a été témoin de son sursaut de surprise, il décroche :
« Oui ? »
Kagami observe le standardiste d'un œil attentif. Une lueur d'espoir illumine son paysage mental quand il constate qu'il y a quelqu'un au bout du fil. Aomine est là. Va-t-il le recevoir ? C'est là toute la question. Il continue d'examiner ce standardiste sous toutes les coutures, jusqu'au point où ce dernier se détourne légèrement comme pour fuir son regard insistant. Alors seulement, il baisse les yeux, un peu honteux, pour les relever tout à coup quelques instants plus tard quand le standardiste annonce :
« L'agent Aomine va vous recevoir. C'est à l'étage, troisième porte à gauche. »
Kagami marmonne un remerciement et file vers l'escalier.
S'il n'était pas déjà assis, Aomine aurait eu besoin de s'assoir. En entendant que Kagami le demandait à l'accueil, sa première pensée a été : est ce qu'il va bien ? Parce que s'il vient jusqu'au poste, c'est forcément qu'il a encore eu des problèmes. À moins que ce mec ne soit plus obsédé que lui du basket et ne vienne jusqu'ici, en pleine nuit que pour lui demander de jouer. Ce à quoi il aurait sûrement répondu un grand oui. Mais il en doute. Alors forcément, il s'inquiète. A t'il loupé quelque chose ? La situation est-elle plus grave que ce qu'il a compris ? Aurait-il dû le convaincre de porter plainte pour enquêter ? C'est avec ce genre de questions tournant à mille à l'heure dans son esprit qu'il attend Kagami, un peu nerveux de savoir ce qui l'amène.
Lorsqu'il le voit franchir la porte de l'open space presque vide et plutôt calme pour une fois, il se surprend à soupirer de soulagement. Kagami à l'air d'aller bien. En tout cas, physiquement intact. À son approche, il se lève pour aller à sa rencontre.
En voyant Aomine dans le contexte de son travail, Kagami se traite d'imbécile. Aller le déranger ici pour une affaire certes originale, mais sans véritable indice ou gravité comme la sienne ? C’était une idée stupide. Il ne peut pas venir ici juste parce qu’il a un crush sur le basané. Et pourtant… il est trop tard pour faire demi-tour, d'autant qu’Aomine marche droit sur lui. Kagami se ressaisit et se fend d'un sourire.
« Salut... J'ai envie de dire 'désolé il est tard', mais bon... Pour nous c'est à peine la fin de journée ! »
Il rigole un peu nerveusement, guettant la réaction de son vis-à-vis.
Sans comprendre ses excuses et surpris de son sourire, contrastant largement avec ses scénarios catastrophes, Aomine ricane, plus de soulagement qu'autre chose. Un instant il hésite sur la manière de le saluer. L'envie de lui serrer la main le saisit, mais il préfère finalement la tendre en direction de son bureau. Invitant Kagami à s'y installer.
« Salut... Oui c'est vrai haha. » Il prend place et observe Kagami à l'air penaud. « Dis-moi tout, qu'est ce qui t'amène ? Quelqu'un a forcé ta porte ? »
Kagami regarde autour de lui. Il n'y a pas grand-monde, l'endroit est calme. Il agite sa jambe nerveusement, réalise qu'il le fait, et se force à arrêter.
« Hm... Non. Mais j'ai eu une nouvelle visite. La personne cherchait un certain... "Hoshi". J'imagine que c'est un pseudo... Mais c'est quand même quelque chose... »
Aomine cligne des yeux plusieurs fois, pas certain de comprendre... Kagami est venu juste pour lui donner cette information ? Pas que ce ne soit pas important, mais les dernières fois, il s'était contenté d'appeler, alors il demande :
« Et tu viens porter plainte cette fois ? »
Kagami se sent rougir et baisse les yeux.
« Non... Je vois pas à quoi ça servirait... Je sais pas, j'me suis juste dit que ça pourrait t'intéresser. »
Après tout, c'est toi qui es venu m'apporter du matériel de sécurité, ajoute-t-il mentalement.
Aomine sent son palpitant sursauter sous son insigne. Il a déjà vu Kagami rougir, pourtant aujourd'hui ça le perturbe assez pour qu'il le remarque. Il n'a pas envie de mal interpréter mais... son job c'est littéralement de poser des questions et déduire des réponses qu'il doit valider par des preuves. Kagami ne s'est pas caché de ses préférences, dès leur premier contact. Il a relégué cette information dans un coin de sa mémoire, parce qu'il jugeait que ça ne le regardait pas. Jusqu'ici... Il se repasse leurs conversations mentalement, cherchant d'autres indices pouvant étayer ou détruire sa théorie. Est-ce que... Est-ce qu'il plait à Kagami ? Il n'a jamais eu l'impression que c'était le cas, à aucun moment il ne s'est posé la question ou senti mal à l'aise, et elle n'est jamais revenue sur le tapis non plus. Un peu gêné à la lumière de sa réflexion, il se racle la gorge en trouvant son silence un peu long.
« Oui, c'est une avancée. Mais sans plainte, pas d'enquête. Alors je ne peux pas vraiment en faire un indice. Je vais quand même le noter dans le rapport de ton affaire », rassure-t-il son vis-à-vis dans un sourire qu'il veut bienveillant.
Kagami voit presque littéralement les pensées défiler dans le crâne de son interlocuteur à mesure que différentes expressions se peignent sur son visage, même s'il se rend bien compte qu'Aomine essaie de les cacher. Il y a de place pour l'interprétation là-dedans, par contre il perçoit très clairement sa gêne dans ce silence interminable et ce raclement de gorge. Ça lui fait l'effet d'une douche froide. Il a été percé à jour. Il a trop poussé sa chance. Il acquiesce sans regarder Aomine, mortifié.
« OK. Thanks. »
Ne sachant pas quoi faire de lui-même, il se lève, et ajoute après une hésitation, d'une voix faussement enjouée :
« Il était marrant, ce gars. On aurait dit qu'il était resté coincé dans les années 90. J'ai pas eu besoin d'insister pour qu'il parte en tout cas... Il avait l'air très déçu de me voir. »
Il rigole un peu jaune, parce que c'est exactement l'impression qu'il a maintenant.
« Bon, du coup... J'suis venu pour rien, enchaîne-t-il. Ça fait rien, c'est pas loin de chez moi. »
Mais la prochaine fois, je garderai les développements de mon affaire pour moi, note-t-il en se disant encore une fois qu'il est vraiment un imbécile.
Pour ne pas avoir l'air aigri – et ne pas perdre la face tandis qu'il s'apprête à partir – il lance encore :
« Peut-être qu'on se croisera plus tard au basket ! »
Aomine est confus. Kagami ne le regarde même plus en enchaînant à toute vitesse des paroles sans rapport tandis qu'il met visiblement de la distance entre eux. Malgré sa volonté de rester naturel, il sent la tension dans sa voix et sa mâchoire contractée. Merde... Avant de se demander si c'est la bonne chose à faire il se lève à sa suite et saisit son poignet pour le retourner face à lui.
« T'es pas venu pour rien. C'est important. Si on ouvre l'enquête, il faudra aussi des descriptions précises des gens qui t'importunent. Mais... avant tout, si t'en a ressenti le besoin, alors c'est ce qu'il fallait faire. On est là pour ça, ok ? »
Kagami lève enfin le regard vers lui, intense. Il ne peut soutenir longtemps la chaleur de ces puits de lave. Il se masse la nuque et confesse un peu plus bas, détournant le regard à son tour :
« Je suis passé... mais je crois qu'on s'est loupé. J'espère bien qu'on pourra remettre ça. »
Kagami regarde la main qui retient son poignet, frissonnant. Il n’aime pas qu’on le touche d’ordinaire, et cette fois ne déroge pas à la règle, mais c’est surtout parce qu’il se sent stupide. Il se dégage d’un geste un peu brusque et marmonne :
« Yeah... OK. On finira bien par se croiser, vu que j'y suis presque tous les jours. »
Devant la commisération d'Aomine, il hésite entre trouver ça gentil ou juste rageant. Le flic a capté son intérêt et a pitié. Essaie de rattraper le coup. Il n'a pas besoin de ça. Il s'en veut de réagir comme ça, mais il a déjà du mal à s'ouvrir... Il n'a pas besoin de ce genre de trucs en plus. Il a juste besoin de prendre l'air. Un peu de recul. Les choses rentreront dans l'ordre d'elles-mêmes après ça. Il jette un coup d'œil à l'horloge. Presque quatre heures du matin.
« Bon courage pour la fin de ton service. Moi, il est temps que j'aille me coucher... »
Aomine pensait avoir dit ce qu'il fallait. Retenant Kagami et laissant son instinct prendre le pas sur le devoir, sur son lieu de travail. Mais visiblement, ça n'a pas adoucit l'humeur de Kagami et l'incompréhension l'agace. D'autant que l'autre n'a pas l'air de le croire, ce qui plante une flèche glacée dans sa poitrine. Il veut bien être gentil et compréhensif, mais il pense mériter un peu plus de confiance, surtout ici dans ce contexte, en uniforme. Il serre les poings et les dents, inspirant longuement pour refouler la vague de colère qui menace de le submerger. Sans pour autant parvenir à effacer la hargne de sa voix, il répond de la seule façon qu’il connait, plus fort qu’il ne l’aurait souhaité :
« C'est ça, reposes toi bien. T'en aura besoin. »
Kagami ne se sent pas d'humeur à répondre aux provocations, quand bien même ça le met en rogne. Pour qui il se prend, ce type ? Il n'est même plus sûr d'avoir encore envie de le croiser sur un terrain de basket, aussi bon qu'il soit. Il se sent furieux, surtout contre lui-même. Il n'aurait jamais dû venir ici. Il n'a rien accompli, sinon se mettre son "nouvel ami" à dos, apparemment. Il accélère le pas et dévale les escaliers, puis quitte les lieux sans un regard au standardiste qu'il a si bien dévisagé tout à l'heure.
Aucune réponse. Mais cette fois il ne pourra pas lui reprocher de ne pas être venu. Il l'a prévenu qu’il serait là. Et Kagami a intérêt de se pointer pour régler ce qui vient de se passer. Qu'il est toujours en train d'essayer de comprendre d'ailleurs. Frustré, il se rassoit à son bureau et regarde dans le vide, perdu. Il ne voit vraiment pas ce qu'il a pu dire de travers. D'un geste rageux, il replie ses dossiers qu'il fourre sans ménagement dans son tiroir et éteint son pc. De toute façon, il ne pourra plus se concentrer maintenant. Sans prêter attention à son collègue qui l'interpelle derrière lui, il quitte son poste et se précipite à l'extérieur.
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Le sang échauffé par la colère, Aomine rentre chez lui. Il se connaît. Il ne trouvera pas le sommeil dans cet état. Alors il ne fait qu’un passage express, le temps de se changer, et file à la salle de sport de la résidence. Elle est plus petite et moins bien équipée que celle où il a ses habitudes, mais ça ira. Étant le seul gars à se foutre dans des états pareils au beau milieu de la nuit, il la trouve évidemment vide. Il entame quelques étirements pour détendre ses muscles crispés sans grands résultats puis commence à se défouler sur un des sacs de sable. Rapidement, la chaîne à laquelle il est suspendu grince sous ses coups de poings rageux.
Aomine frappe le sac jusqu’à ce que la tempête se calme. À chaque coup, il dépose un peu de sa frustration sur le cuir en expirant. Ses inspirations, à défaut de lui apporter des réponses, lui éclaircissent l’esprit, évacuant le poison qui le ronge tel le courant d’air qui rafraîchit votre intérieur sans vraiment le nettoyer. Il ne sait pas combien de temps il reste là mais il ne cesse que lorsque la fatigue le gagne. Repoussant toutes pensées et tous souvenirs de cette fin de soirée au risque d’avoir de nouveau la moutarde qui lui monte au nez, il rentre, se lave et se couche comme un automate bien rodé.
Dans son sommeil, alors que le jour fait déjà pâlir la nuit, Aomine s’agite. Plongé dans un rêve qu’il connaît bien pour l’avoir souvent arpenté. Un songe aux allures de cauchemar où il court sans avancer. Malgré ses efforts, ses jambes semblent peser une tonne. Il fait du sur place. Puis lentement, au même rythme que son environnement flou s’assombrit, des tentacules noirs s’enroulent autour de lui. L’immobilisant pour de bon. Il a beau essayer de se dégager, il ne fait que déplacer la fumée qui trouvera bientôt le chemin de ses poumons pour l'étouffer. Aomine a vaguement conscience que tout ça est irréel, qu’il l’a déjà vécu lors de nombreuses nuits, et que le jour à toujours fini par se lever. Pourtant l’angoisse l’étreint désormais aussi fermement que les ténèbres. Dans une nouvelle tentative désespérée d’y échapper, il remarque une silhouette à quelques pas devant lui, qu’il n’avait jamais vue avant. Inaccessible. L'affolement se mue en terreur lorsqu' il réalise qu’elle n’est pas là pour l’aider. Qu’elle se détourne même pour ne pas entendre ses cris d’agonie, ni le voir sombrer. Seul. Comme toujours, Aomine se réveille en sursaut quand il commence à manquer d’air, se libérant ainsi des brumes meurtrières. Malgré les battements de son cœur trop rapides, il parvient à se rendormir, épuisé par sa lutte.
À son réveil quelques heures plus tard, Aomine ne se rappelle pas son cauchemar. Seule l’impression étouffante d’être prisonnier dans sa propre tête s’arrime à lui. C’est pourquoi il ne traîne pas au lit comme il aime à le faire d'ordinaire. Il a besoin d’air. Son humeur maussade s'assombrit un peu plus quand il repense à la visite de Kagami à son bureau. La nuit l’aura au moins débarrassé de sa fureur. Mais à ce souvenir, l’amertume de son café qui coule et embaume l’air fait écho à la sienne. Aomine ne se reconnaît pas. Bien qu’il se considère comme quelqu’un avec un certain tempérament, ce qui le caractérise surtout c’est son sang-froid à toute épreuve. Qu’il se promet d’aller chercher aux objets perdus du commissariat dès son arrivée. Il soupir de lassitude. Perturbé par sa réaction puérile, il boit son millésime pour dissiper les dernières brumes du repos.
Le lendemain, Kagami se réveille avec difficulté. Il a eu le plus grand mal à s’endormir, ressassant sa fin de soirée désastreuse. Il était en colère et déçu et tournait en rond dans sa tête, répétant inutilement en boucle le souvenir de son passage au commissariat. Ce matin, il se sent plus déprimé qu’autre chose, et il se dit qu’il a vraiment merdé. Il aurait dû se montrer plus prudent. Son intérêt pour Aomine était trop évident. Il connaît bien cette gêne, ces paroles douces mais blessantes qu’il reçoit lorsqu’un homme hétérosexuel remarque une attirance de sa part. C’est pourquoi il tâche en général d’être prudent, à plus forte raison quand il souhaite se lier d’amitié avec quelqu’un… Mais voilà, pour lui la prudence est un peu contre-nature, c’est peut-être pour ça que ça foire toujours quand il essaie d’en faire preuve. Dans ce cas… Faut assumer, suppose-t-il. Seulement, aujourd’hui il n’a pas tellement le cœur à tout ça, et surtout pas à passer sur ce terrain de streetball affronter la hargne d’Aomine. Lui-même est peut-être du genre à se mettre en boule facilement aussi, mais des jours comme celui-là, il se sent surtout vulnérable et il n’a aucune envie d’être l’objet de l’ire de quiconque, et surtout pas de celle d’Aomine. Il a juste envie de rester chez lui et soigner son ego blessé, se terrer dans son antre le temps de retrouver son optimisme habituel. Alors il s’occupe de ses affaires courantes, compta, administratif, ménage, courses. Lance une session de jeu pour s’entraîner. Passe à la salle de sport. Puis, il se rend directement chez Alex. Il n’a pas décidé s’il allait lui raconter ses récents déboires… Mais en tout cas il a bien besoin de passer une soirée à l’extérieur, éviter la solitude de son appartement où il va encore ruminer.
Alex a mis un point d’honneur à ce qu’il comprenne bien qu’il pouvait venir quand il voulait. Elle lui réserve toujours une chambre, qu’elle appelle même « la chambre de Taiga », comme si c’était son fils dont elle aurait conservé la piaule d’ado après son départ pour la vie active. Au début, Kagami n’osait pas trop venir, parce qu’il avait peur de déranger Izumi. Izumi, c’est la raison pour laquelle Alex s’est installée au Japon. Une mangaka quarantenaire mordue de travail qui est rapidement devenue son amie, et qu’il ne dérange finalement pas souvent puisqu’elle est la plupart du temps enfermée dans son atelier. Et il a fini par comprendre qu’Alex appréciait aussi sa compagnie quand elle se sentait esseulée à cause des horaires à rallonge de sa compagne. Alors même si c’est la maison d’Izumi, il a compris qu’il n’y est pas plus un squatteur que ne l’est Alex, seulement une sorte de troisième habitant à temps partiel. Izumi l’a accueilli à bras ouverts, et, n’ayant elle-même pas d’enfants, il n’a pas l’impression de voler la place de quelqu’un d’autre. Il a un double des clés, et quand il a envie de venir, il ne prend pas la peine de prévenir en avance. Comme ce soir, où il ne s’annonce qu’une fois le seuil franchi.
À l'approche du lieu de rendez-vous, le jeune homme ne se sent plus si sûr de lui que cette nuit lorsqu’il a défié Kagami. À vrai dire, il a même hésité à venir. Mais il n’a qu’une parole, il ne peut pas prendre le risque de le faire attendre. Aomine sait qu’il est un peu tôt pour son rival, néanmoins il espère mettre ce temps à profit pour prendre du recul et s’éclaircir les idées. Il dribble un peu, sans conviction, machinalement. L’esprit occupé à revisionner la scène et rejouer leur dialogue. Mettant sur pause et reculant comme il le ferait avec un épisode d’une série pour mieux comprendre. Calmé et reposé, au grand air et sous la lumière d’une belle journée, ça lui saute aux yeux. Il s’est énervé tout seul. La culpabilité renforce ses gestes, et sa balle rebondit avec plus d'entrain. Il est confus. Kagami ne lui a donné aucune raison de s’emporter de la sorte. Ni dans ses mots, ni même ses gestes. Bien sûr que ça l’a frustré de le voir partir déçu et remonté contre lui. Mais cette rage… Cette vieille compagne qu’il garde comme un animal dans l’enclos de ses intimes pensées a réussi à le posséder, le surprenant au passage de sa force. Ce constat le déboussole tellement qu’il en rate son tir. Il grimace et file récupérer sa balle, reprenant les dribbles autour d’adversaires imaginaires. Le son du cuir embrassant le bitume résonne dans la rue et comble un peu le silence, bruit familier et rassurant qui l’invite à approfondir ses réflexions, malgré sa déconvenue.
Sans savoir s’il se pose les bonnes questions, il essaie sincèrement d’y répondre. Il s’est surpris à réagir violemment lorsque Kagami l’a repoussé. Parce qu’il ne s’y attendait vraiment pas. Toujours en dribblant, il arpente le terrain en cogitant, sourcils froncés, hermétique à l’extérieur de sa psyché. Décidément, il ne comprend pas ce qu’il a dit de travers. Si sa théorie s’avère exacte, il veut bien croire que Kagami ait été déçu. Cependant, même s’il n’a pas répondu favorablement à sa démarche qu’il soupçonne intéressée, Aomine n’a pas l’impression de l’avoir rejeté complètement. En fait, s’il est un peu honnête avec lui-même, bien que la perspective de le revoir l’avait réjoui sur le moment, il était mécontent que leurs retrouvailles se fassent au poste. Il aurait tellement aimé le croiser sur ce terrain, comme il se l’était proposé. Cette rencontre surprise le frustre au plus haut point, sans pour autant être certain de ce qu’il aurait voulu à la place, ni de ce qu'il en attendait… Et peut-être bien que cette contrariété toute personnelle est en partie la cause de sa réaction démesurée.
Petit à petit, dribble après dribble, il démêle le sac de nœud qui lui noue les tripes depuis qu’il s’est levé. Et lorsqu’il aperçoit un bout de réponse, plus confiant, il retente un shoot. Le ballon rebondit sur l'arceau mais se décide finalement, faisant teinter les chaînes sur son passage. Aomine esquisse un faible sourire. Il en conclut que ses espoirs déçus et sa nervosité face à un Kagami entreprenant sont certainement la source de son instabilité émotionnelle. Il l’avait cru en colère, alimentant la sienne. Avec le recul, il se rend compte qu’elle était illusoire. Son absence aujourd’hui en est pour lui une preuve d’ailleurs. Si Kagami lui en voulait, il suppose qu’il serait déjà venu régler ses comptes avec lui. Là, Kagami n’a pas l’air d’être pressé de le rejoindre. Ce qui est pire en un sens. Il aurait préféré affronter ses remontrances que son indifférence. Qu’à cela ne tienne ! Aomine peut attendre. Il n’a rien de mieux à faire, et il lui doit bien ça. Alors il joue encore, seul d’abord, puis avec des gamins du quartier qui finissent par se montrer. C’est à une heure plus tardive qu’il ne pensait qu’il sort du playground, toutefois plus serein qu'en y pénétrant. En buvant un coup, il jette un regard alentour avec un pincement au cœur, comprenant que Kagami ne viendra pas aujourd’hui.
Rapidement, il répond à Satsuki qui le cherche et a tenté de le joindre. Puis il salue les gamins d’un check amical et de quelques encouragements avant de rassembler ses affaires. En allant se coucher au petit matin, il s’était endormi avec la rage au corps et l’envie d’en découdre avec Kagami. En ce début de soirée, il est plutôt désemparé et convaincu qu’il lui doit des excuses, même s’il ne sait pas encore exactement pourquoi. Décidé à le découvrir, devant la porte de son appartement, il n'hésite qu’une seconde avant de toquer. Rien. Il attend un peu et réitère. L’appelle. Toujours rien. Il tend l’oreille pour être sûr mais non, personne. Ou bien Kagami fait le mort pour l’éviter. Il n’espère pas que ce soit le cas, mais si jamais, il bat en retraite. Se refusant à le contacter s’il a besoin d’espace pour l’instant.
La voix claire d’Alex lui répond depuis le salon. Kagami enlève ses baskets et dépose son sac de sport dans le vestibule avant de la rejoindre.
« Hey Tai ! s’illumine Alex en le voyant. Tu travailles pas ce soir ? »
Il est un peu embêté par la question… Parce qu’il est censé travailler. Mais il a inventé une excuse. Normalement, il ne loupe jamais aucune session, mais cette fois, les autres se débrouilleront sans lui. Ce n’est pas très raisonnable, et il le sait, mais il n’a pas la tête à jouer ce soir. Parfois, il vaut mieux s’aérer la tête que d’accumuler les bêtises par manque de concentration.
« J’ai, hm… Pris ma soirée.
— Ah ! Tu pourrais peut-être aller dire à Izumi de faire pareil ! »
Il rigole en se laissant tomber sur le canapé.
« Oh, non. Je ne mettrai pas les pieds dans l’antre du dragon, tu le sais.
— Mais si ! Elle oserait pas te dévorer tout cru, toi !
— Bien sûr que si elle oserait ! »
Il s’étire et ouvre la bière que lui tend son amie.
« Deadline serrée ? demande-t-il après avoir bu une gorgée.
— Je crois qu’on sait tous les deux que c’est un pléonasme…
— Exact.
— Enfin, elle a promis de ne pas y passer la soirée. Alors, quoi de neuf, Tai ? »
Il se frotte le crâne, un peu hésitant. Beaucoup de choses, à vrai dire… Et il ne sait pas trop par où commencer. Finalement, il soupire et dit :
« Il se passe un truc bizarre chez moi depuis quelques jours… »
Alex écoute tout son récit, les yeux ronds comme des soucoupes.
« Alors tu veux dire que le beau gosse du basket est flic et s’occupe de ton cas ? » demande-t-elle au terme de son histoire.
Il laisse échapper un son indistinct, entre rire et grognement.
« C’est tout ce que t’as retenu ?! Ouais, c’est ça. Enfin, ‘s’occuper de mon affaire’, c’est un bien grand mot. Il dit que y a rien à faire. À moins de porter plainte et de partir à la poursuite de tous les gens qui se pointent devant ma porte. »
Alex réfléchit, le menton dans la main.
« Peut-être, mais c’est sans doute vrai. C’est pas qu’il veut rien faire, sinon il serait pas passé avec son matos. »
Kagami hausse les épaules.
« Ouais, j’imagine. Peu importe, de toute façon. Je me suis fait griller, sa réaction m’a pas plu, résultat je me suis énervé, et du coup il s’est énervé aussi.
—Vu comme ça, ça a pas l’air si grave que ça, tempère Alex.
— Sans doute pas, t’as raison. C’est juste… » Il soupire et s’adosse contre le canapé, bras croisés derrière la tête. « J’en ai marre de prendre sur moi dans ce genre de cas… D’expliquer aux gens, de faire en sorte qu’ils soient pas mal à l’aise… C’est usant, tu vois ? Et là, ça m’a soulé. Je préfère qu’on en reste là. »
Elle hoche la tête, la mine un peu triste.
« Je comprends, Tai. Mais pour le basket… »
Il pousse un soupir un peu rageur et reprend une gorgée de bière.
« Je vais pas me mettre à éviter le seul terrain de streetball du quartier juste à cause de lui… Donc s’il veut pas lâcher l’affaire, j’imagine qu’on se reverra.
— Et si on y allait demain ? »
Il hausse les épaules.
« Si on y va et qu’il est là, je te le laisse. »
Alex rigole un peu devant sa moue dépitée et vexée, et lui ébouriffe les cheveux.
« Très bien, je serai ta championne, et je te vengerai !
— Mais arrête ! J’ai pas dit ça… » grommelle Kagami en tentant d’échapper à la main qui dérange sa chevelure déjà en pétard.
Leurs chamailleries attirent le dragon, qui apparaît sur le seuil et s’adoucit en voyant Kagami :
« Hello Taiga ! Ça fait longtemps qu’on t’a pas vu ! »
Kagami se redresse et réarrange ses cheveux, souriant à Izumi :
« Ouais, tu sais ce que c’est, le boulot est prenant !
— Ne m’en parle pas ! » s’exclame théâtralement la belle brune avant de les rejoindre.
De retour chez lui, Aomine trouve une note de Satsuki. Elle a dû passer pensant le trouver là. Il n’aime pas l'inquiéter, mais il n’a pas le temps d’aller la voir maintenant. Il doit bientôt retourner au poste. Trop préoccupé par leur “altercation”, Aomine a failli en oublier l’essentiel. Kagami lui a donné une piste à poursuivre. Alors en se préparant pour son service il appelle Katashi, un collègue de la cybercriminalité qui lui en doit une.
« T’es sûr Aomine ? C’est risqué.
— Je sais. Je comprendrais si tu ne veux pas mais…
— Non pas de soucis, je peux chercher. Mais juste un pseudo c’est mince. T’attends pas à grand-chose, surtout hors des radars, le prévient son complice.
— Je me doute. Mais c’est tout ce que j’ai pour l’instant.
— Ok. J’te préviens si je trouve quelque chose. »
Aomine le remercie d’accepter la faveur qu’il lui demande, conscient de la menace que ça laisse planer sur leurs carrières. L’affaire est non officielle, il est hors procédure et avance à l’aveugle. Sans le filet de protection qu’est censée représenter la paperasse et les autorisations nécessaires à ce genre de démarche. Mais plus encore que de sortir des clous, il déteste se sentir impuissant. Le contrôle lui échappe, Kagami ne le lui laisse pas en préférant ne pas porter plainte, tout en attendant qu’il fasse plus que de lui apporter du bricolage à faire. Les accessoires qu’il lui a apportés sont un maigre pansement sur la situation, ils doivent trouver la cause pour que les visites douteuses s’arrêtent. Si possible, avant que ça ne devienne plus grave, ou dangereux. Il aimerait faire plus, mais il n’a pas encore de marge de manœuvre. Pourtant, il veut prouver sa bonne foi à Kagami, qu’il le prend au sérieux. Même s’il n’est pas sûr à ce stade d’avoir l’occasion de lui en parler, et puis il ne voudrait pas lui donner de faux espoirs si jamais les recherches ne donnaient rien.
C’est un peu soulagé d’avoir agir concrètement dans cette histoire qu’il arrive à la gendarmerie. Mais à peine a t’il le temps de rejoindre le parking et sa voiture de patrouille qu’il est appelé dans le bureau du big boss. Et merde…
Il grogne dans sa barbe, anxieux mais se contraint au calme. Impossible qu’il sache… Masato est un flic respecté. Il a gravi les échelons jusqu’à celui de commissaire qu’il exerce depuis une bonne dizaine d'années. Il toque à la porte de son bureau et attend d’y être invité pour entrer dans l’espace feutré, sobre mais étonnement chaleureux.
« Un problème chef ? demande-t-il en premier.
— À toi de me le dire Aomine… »
Étonné, l'interpellé cherche quoi répondre. Devant son silence, son boss soupire et dénoue un peu sa cravate.
« On est venu me rapporter que tu as perdu ton calme hier. Ça ne te ressemble pas. »
Aomine déglutit. S’il retrouve le cafteur… Il se masse la nuque et évite le regard qui pèse sur lui.
« Je sais… ça ne se reproduira plus. C’était… plus personnel que professionnel, se justifie-t-il.
— Hum… Je vois. Si tu veux en parler, ma porte reste ouverte. »
Un frisson coule dans son dos lorsqu’il croise le regard compatissant cerné de pattes d’oie. Aomine croit comprendre et se raidit instantanément, le sang glacé.
« Ce… ce n’est pas ce que tu crois, bégaye-t-il en oubliant le respect de la hiérarchie tant il est nerveux d’aborder le sujet.
— Peu importe ce que je crois fiston. C’est une drôle de période. Je peux comprendre que tu sois à cran. Je te dis juste que si tu as besoin, je suis là. Je ne suis pas que ton patron après tout.
— Je peux y aller ? » demande-t-il, pressé de quitter ce bureau.
Masato l’observe en silence, menton posé sur ses mains croisées. Puis d’un geste il le libère, l’autorisant à sortir. Mais avant qu’il n’ait franchi le seuil de la porte, la voix redevenue autoritaire retentit.
« Pas de patrouille ce soir, tu restes au poste. Et n'essaye même pas de protester », l'interrompt son patron avant même qu’un son ne sorte de sa bouche pourtant prête à le faire.
Il grogne en fermant la porte un peu plus abruptement que prévu. Privé de sortie, comme un gosse ! Aomine serre les poings. Pas besoin qu’on lui rappelle la date qui s’approche, comme s’il pouvait l’oublier... Mais pour une fois, ce n’est pas la cause de son état et ça le fout en rogne qu’on croit que ça puisse l’écarter du droit chemin, alors que pour lui, c’est tout le contraire. C’est justement dans ces moments-là, où les souvenirs se font plus forts, et plus douloureux aussi, que son travail lui tient le plus à cœur. Masato devrait le comprendre mieux que personne.
Aomine rumine à son bureau entre dépositions et enregistrement d’arrestations. Aller savoir pourquoi, les jeudi soirs, c'est toujours la folie au poste. Lors d’une pause-café, il prend le temps de souffler un peu et c’est là, perdu dans la mousse de son double expresso qu’il percute. Il réalise avec effroi ce qui a dû blesser Kagami la veille. Parce que c’est exactement ce que vient de faire Masato avec lui. Avec sa gentillesse à la con, il a essayé de le consoler pour un truc dont il n’a pas idée, et qu’il a peut-être tout bonnement imaginé ou extrapoler. Si lui a du mal à digérer la condescendance sous couvert de bienveillance d’un homme qu’il connaît depuis toujours, il comprend facilement que celle dont il a fait preuve avec Kagami soit mal passée aussi. Aomine termine son café, assemblant la dernière pièce du puzzle qu’il pense avoir trouvé. Cette fois c’est certain, il lui doit des excuses. Demain il retournera au terrain de basket pour s’expliquer. Parce qu’il trouve ça dommage de gâcher cette relation naissante à cause de sa bêtise, mais aussi et avant tout parce que c’est inexplicablement important pour lui.
Quand vient l’heure du dîner, Alex ni Izumi étant de grandes cuisinières, et Kagami n’éprouvant pas un grand désir de préparer le repas pour tout le monde, ils décident de commander au chinois du coin. Les deux femmes ont leurs habitudes là-bas, et d’ailleurs, si Kagami ne prenait pas la peine de temps à autre de leur faire à manger – il passe même parfois remplir leur frigo avec des plats qu’il a préparés chez lui – elles vivraient probablement des resto alentours, bien que, comme Kagami le leur fait observer avec une régularité aussi infaillible qu’inutile, ce n’est pas très économique. D’autant que, il en est certain, sa cuisine à lui est beaucoup plus saine.
Une fois leurs plats disposés sur la table basse du salon, ils s’installent confortablement dans le canapé pour passer la soirée devant Netflix, à commenter une série plutôt sympathique mais aux personnages provoquant régulièrement l’ire d’Izumi, qui les trouve « peu crédibles ». Kagami aime bien l’entendre râler. Parce que quand elle le fait, il se sent comme à la maison. Et il sait que d’une certaine façon, c’est le cas. Il est chez lui, au moins autant que dans son petit studio.
Quand il va se coucher, il se sent mieux. Il a bien fait de prendre cette soirée en off pour se remettre les idées en place, et de parler à Alex de ce qui le préoccupait. Elle l’aide toujours à prendre du recul, et se montre de bon conseil sans pour autant être insistante ou lui dire quoi faire. Le lendemain, il se paie le luxe d’une grasse matinée, et après avoir préparé un brunch pour toute la maisonnée en guise de déjeuner, il se prépare pour aller jouer. Alex et lui quittent la maison en début d’après-midi, et c’est avec une certaine appréhension qu’il rejoint le terrain. Mais il a bien besoin de se défouler, et pour le reste… Advienne que pourra.
Chapter Text
Quand ils arrivent sur le terrain, il n'y a personne. Il faut dire qu'on est en début d'après-midi en semaine, les jeunes du coin doivent être à l'école, et les plus âgés, au travail. Kagami ne sait pas vraiment s'il espère qu'Aomine fera son apparition, ou s'il préfère l'éviter. Et ça l'agace de se retrouver dans cet état d'esprit indécis. Il pose son sac dans un coin et enlève son sweat, puis procède à ses échauffements tandis qu'Alex fait de même.
« Bon, on dirait qu'on est tout seuls aujourd'hui ! lance cette dernière. On se fait un petit one-and-one, alors ?
— Ouais. On va à 20 points ?
— OK. Enfin, JE vais à 20 points, toi, tu m'admires…
— Ben voyons ! Je t'ai déjà battue plein de fois.
— Plusieurs fois, corrige-t-elle. Tu as encore beaucoup à apprendre, jeune padawan. »
Il lève les yeux au ciel. Alex et ses références Star Wars... Il prend le ballon et dribble un peu, fixant son adversaire du jour. Alex est difficile à battre, et elle n'a pas encore fini de lui apprendre des choses, c'est vrai. Après tout, elle a vingt ans d'expérience de plus que lui... Et même si elle est à la retraite, elle se garde en forme et continue de s'entraîner. Ici, c'est la terreur du quartier. Il n'y a que Kagami pour oser l'affronter en one-and-one. Il inspire un grand coup, relevant les yeux vers le panier, puis, sans prévenir, il s'élance.
Comme la veille sur le chemin du terrain, Aomine est nerveux. Cette fois, il espère bien croiser Kagami pour arranger les choses, mais c'est vrai aussi qu'il n'a pas eu beaucoup de chance les dernières fois qu'il est venu. En s'approchant du terrain, les bruits de pas crissant sur le bitume et le chant de la balle rebondissante lui donne bon espoir. Il accélère le pas. Il est là. Tout en concentration et en puissance fasse à une adversaire à la crinière d’or et aux appuis sûr. Tout en rejoignant l'entrée du terrain le plus silencieusement possible, il observe le match qui s'y déroule. Il devine que l'adversaire de Kagami doit être Alex. Et le rouge ne plaisantait pas. Il ne lui suffit que de quelques secondes pour comprendre d'où vient l'admiration et le respect qu'il a pu lui témoigner. Mais il constate aussi, de l'extérieur cette fois, que Kagami n'a pas à rougir de son niveau. Les bras croisés, il s'appuie sur le grillage et se fait pour une rare fois spectateur, profitant du spectacle qui lui est offert.
Kagami ne remarque pas le nouveau venu. Son duel avec Alex a vidé son esprit de tout ce qui ne concernait pas l'ici et maintenant, compris dans la surface de bitume délimitée par la peinture. Le match a commencé depuis quelques minutes maintenant et sa concentration est totale. Il approche de la raquette, son cœur s'accélère tandis qu'en une fraction de seconde, il se demande comment passer Alex. Son corps réagit de façon instinctive. Il fait deux pas en avant et bondit, pivotant sur lui-même et changeant le ballon de main avant de le lancer presque à la verticale pour échapper à la défense féroce. Le ballon passe dans l'arceau et Alex rigole :
« T'avais vraiment peur qu'il passe pas, celui-là ! Mais c'est bien, ta technique s'améliore.
— Ben ouais, je sais pas faire que des dunks, grommèle-t-il.
— Je sais », sourit Alex en lui ébouriffant les cheveux.
Elle s'apprête à ajouter quelque chose, quand son regard tombe sur la silhouette adossée au grillage.
« Ah tiens, on a du public ! »
Kagami suit son regard et se fige, le cœur battant. Le souvenir de leur dernière rencontre lui revient en tête et des sentiments contradictoires s'emparent de lui. Quelque part, il est content, mais il est toujours contrarié... frustré... Heureusement, Alex ne lui laisse pas le temps de se perdre de nouveau dans ses émotions confuses :
« On fera les présentations plus tard, si tu veux bien ! lance-t-elle à Aomine avec un grand sourire. J'ai un one-and-one à gagner ! »
Aomine ne peut s'empêcher de sourire quand il voit le ballon rentrer. C'était risqué mais il l'aurait tenté aussi. Alex est une vraie lionne et ne laisse aucun répit à Kagami. En les voyant jouer, et les marques d'affections qu'elle témoigne sans retenue à Kagami, il comprend que c'est plus qu'une entraîneuse. Ces deux-là ont l'air intimes.
Son rival le remarque enfin et leurs regards s'accrochent une seconde. Insondable. Il reporte vite son attention sur l'ex professionnelle lorsqu'elle s'adresse à lui dans un japonais parfait et son sourire s'élargit. La perspective d’affronter une joueuse pareille le fait frémir d'impatience.
« Allez-y ne vous gênez pas pour moi. On verra si vous pouvez en gagner deux de suite », ne peut-il s'empêcher de provoquer.
Kagami n'est pas étonné. Bien sûr, Aomine veut se mesurer à Alex. Non seulement parce qu'il est de toute évidence très compétiteur, mais tout simplement parce qu'Alex est une excellente adversaire. À cette pensée, il éprouve un pincement de fierté. Peut-être même qu'elle le battra et qu'Aomine ne pourra plus se pavaner avec son "le seul qui peut me battre, c'est moi".
Il se replace sur le terrain, jambes légèrement fléchies, tandis qu'Alex dribble souplement face à lui. C'est une adversaire habile et souvent, il se laisse surprendre par la façon dont elle contourne sa défense. Son arsenal technique est plus vaste que le sien, et son expérience un sacré atout pour prendre les meilleures décisions dans le feu de l'action. Lui doit encore apprendre à plus se mesurer, à ne pas se laisser emporter par son désir de gagner. Aussi, il tâche d'être plus analytique et affûte ses sens. Dès qu'Alex se met en mouvement, il tente de la voir comme un miroir et de comprendre la rythmique de son jeu. Tout est question de rythme. Il suffit juste de la prendre à contre-temps...
Il fait barrage de son corps, et quand elle tente une percée à droite, il déplace le poids de son corps sur son pied gauche et se retourne. Il a bougé juste au moment où elle s'est élancée, et il lui suffit de tendre la main pour s'emparer du ballon avant qu'elle ne prenne le large, et il a l'avantage maintenant pour filer vers le panier, le temps qu'elle se retourne pour se lancer à sa poursuite. Il profite de cet avantage et fonce à pleine vitesse, bondissant pour le dunk bien avant qu'elle ne puisse le contrer. Il a la satisfaction de sentir le panier vibrer et grincer plaintivement alors qu'il balance la balle dans le filet d'un geste rageur.
Alex affiche un sourire satisfait, visiblement contente de voir son élève réussir avec brio ce vol de balle qu'elle n'a pas senti venir. Elle récupère le ballon sans rien dire, et ils reprennent leurs échanges, mais cette fois, elle se montre plus prudente, tandis que Kagami la talonne, exploitant chaque opportunité, la collant en défense, et utilisant sa détente phénoménale pour déjouer ses contres.
Hypnotisé par leur danse, Aomine s'est laissé glisser au sol sans s'en apercevoir. Il observe, analyse, décortique les mouvements. Alex le surprend plus d'une fois, décuplant son envie de l'affronter. Pour la première fois depuis bien longtemps, il ne sait même pas s'il est capable de surpasser un adversaire. Ça l'excite au point de presque oublier pourquoi il est venu ici au départ. Il n'a jamais douté de ses capacités au basket, mais il n'est pas arrogant au point de croire qu'il peut battre une ex-championne de NBA. Il s'est effectivement un peu renseigné sur elle, et son palmarès est impressionnant. Il a même un peu de mal à croire qu'elle est là sous ses yeux et que Kagami la côtoie, après l’avoir vue briller dans d’nombrables vidéos de ses matchs professionnels. Il a des étoiles dans les yeux, échos scintillants de ses rêves de gamin oubliés. Il en viendrait presque à jalouser l'homme qui lui fait face et tente de percer sa défense. Avec une femme comme elle dans sa vie, peut-être que tout aurait été différent...
Instinctivement, quand il perçoit ce qu'il pense être une feinte il se crispe et se penche à droite, murmurant des conseils à Kagami, comme s'il pouvait l'entendre à cette distance, des fourmis agitant ses doigts impatients.
Kagami est tendu, il s'écarte un peu, il veut de la place pour protéger son panier. Si Alex marque, elle remporte le défi. Il la regarde bouger, mais ne voit pas sa feinte et il bondit un instant trop tôt. Elle s'élance dans les airs et le percute de plein fouet, ce qui ne l'empêche pas de forcer la balle dans l'arceau tandis que lui retombe douloureusement sur les fesses. Il ne peut que regarder le ballon rentrer, signant sa défaite. Magnanime, Alex lui tend une main qu'il accepte, et il se relève avec une grimace.
« On dirait que j'ai gagné ! se réjouit-elle.
— Ouais, pour cette fois... »
Alex va chercher une bouteille d'eau et boit de longues rasades avant de se tourner vers Aomine et lui lance :
« Alors c'est toi le flic-basketteur qui donne du fil à retordre à Taiga ?
Ses murmures n'ont pas atteint les oreilles du tigre visiblement et la feinte a fonctionné. Il se marre un peu en voyant la superbe chute de Kagami mais manque de s'étouffer en comprenant la question qui lui est adressée. Du fil à retordre ? Il ne peut pas vraiment dire qu'il soit surpris vu leur dernière rencontre mais Kagami s'en est confié à Alex. Son cœur se serre en pensant qu'il l'a peut être vraiment blessé. Tout du moins assez contrarié pour qu'il ressente le besoin de vider son sac. C'était vraiment involontaire de sa part. La réflexion le ramène à la raison de sa venue et il se redresse pour les politesses, un peu penaud. Il s'incline pour la saluer et se présenter, il doit remonter la barre.
« Je plaide coupable, Aomine Daïki... Et vous devez être son mentor. Enchanté. Il n'a pas menti, vous n'avez rien perdu. »
Kagami hausse un sourcil en voyant Aomine si poli avec Alex. Sans doute a-t-il été impressionné par son niveau. Il observe la discussion entre les deux, se tenant un peu en retrait tandis qu'il boit quelques gorgées d'eau.
« Mais c'est qu'il va me faire rougir ! rigole Alex. Oui, je suis Alex. » Elle se tourne vers Kagami : « Je vois que tu as vanté mes mérites, c'est adorable ! »
Kagami fronce les sourcils tandis qu'il sent la chaleur de l'embarras lui monter au visage. Il faut vraiment qu'elle continue de le charrier après lui avoir mis un dunk dans la figure comme ça ? Il cache sa gêne derrière sa serviette tandis qu'il s'éponge le visage et se ressaisit. Puis, il laisse tomber la serviette et hoche la tête à l'intention d'Aomine.
« Salut. T'es arrivé y a longtemps ?
— Salut... J'ai perdu la notion du temps. Mais je ne pense pas avoir manqué grand-chose du match. »
Aomine se gratte l'arrière du crâne en se tournant vers Kagami. Ce n'est pas vraiment dans ses habitudes de s'excuser. Et il ne sait pas par où commencer. Il n'y a pas réfléchi non plus, il pensait aviser sur le moment, mais maintenant qu'il y est, il se sent comme un gamin ramenant une mauvaise note à la maison, en manque de justifications valables. Il a conscience qu'il doit montrer patte blanche mais il ne veut pas non plus se chercher d'excuses, ni que ça sonne faux. Il aggraverait son cas. Il inspire pour rassembler ses idées et décide d'aller à l'essentiel.
« Écoute Kagami... je sais que j'ai merdé. Si tu veux on peut en parler. Ou prétendre que cette maudite soirée n'est jamais arrivée et continuer de jouer comme s'était prévu », propose-t-il sans grands espoirs qu'il choisisse la seconde option.
Kagami regarde le brun, interloqué. Il ne s'était certainement pas attendu à des excuses... Il ignore toujours pourquoi Aomine a pris la mouche l'autre soir. Mais apparemment, il a dû sentir qu'il avait été blessé, et pas seulement par ce bref coup de sang. Mais il ne veut pas en parler de ce qu'il a éprouvé ce soir-là. Il n'a pas envie de risquer de recevoir davantage de cette compassion qui l'a mis en boule, et puis de toute façon, à quoi bon ? Peut-être, réfléchit-il, Aomine est le genre de personne qui n'aime pas qu'on se défile, alors quand il a voulu couper court à la conversation, l'autre s'est énervé. Il hésite. S'il continue à jouer avec ce gars, est-ce qu'il pourra vraiment devenir ami avec lui ? Ou bien ce qu'il éprouve pour lui finira par se mettre en travers de la route ? Il soupire. Il n'a pas envie de réfléchir à ça. Il ne peut pas non plus le bloquer juste parce qu'il risque de souffrir, alors que le brun tient visiblement à le revoir. Finalement, il hoche la tête et dit :
« Je sais pas ce qui t'as mis en rogne l'autre soir. Mais bon... Je sais que t'essayais d'être sympa. Moi aussi j'peux être soupe-au-lait. C'est bon, c'est pas grave. On oublie ça. »
Aomine retient son souffle pendant que Kagami décide de son jugement. Il est peut-être égoïste, mais il ne voit pas pourquoi il se priverait de le voir. Si son rival a ressenti la même chose que lui après leur match, il devrait le comprendre. Il veut retrouver ça. L'adrénaline, l'incertitude, la tension, le basket à l'état pur. Après tout, ces derniers jours où il est passé au terrain sans le croisé l’ont réellement frustré. Alors si sa théorie s'avère exacte, tant que Kagami ne lui dira pas clairement qu'il souffre de la situation, il ne compte pas arrêter de venir. Il s’en fiche s’il lui plaît. Ce n’est pas comme si Kagami lui faisait des avances auxquelles il ne peut pas répondre, ou qu'il avait un comportement déplacé. Dans ces cas-là, il avisera, et alors peut-être qu'il faudra qu'ils parlent mais en attendant... s'ils peuvent devenir amis et s'affronter de temps en temps. C'est tout ce qu'il demande.
Ravi d'entendre qu'il lui laisse cette chance, il lui adresse un sourire.
« Ok ça me va. Désolé de m'être emporté tout seul.... »
Il lui tend la main pour sceller leur accord et lui demande, impatient :
« Dis, tu me prêterais Alex pour un round ? »
Kagami serre la main tendue et esquisse un sourire.
« Ouais... Si elle est d'accord... »
Alex, qui les observait du coin de l'œil, en profite pour reprendre le devant de la scène :
« Évidemment que je suis d'accord. Taiga m'a dit que tu avais du talent, et je loupe jamais une opportunité de découvrir un nouveau talent ! »
Aomine rigole. Cette Alex à l'air d'être un sacré numéro et finalement, il n'est pas jaloux. Kagami a dû en baver. En son for intérieur il soupir de soulagement. Finalement, elle n'aura pas entendu que du mal de lui. Ses mérites ont été venté aussi on dirait, mais il ne va pas le faire remarquer. Bien que l'envie le démange, il se sent encore sur la sellette. Il va devoir apprendre où sont les limites à ne pas franchir, à quel moment il est trop gentil ou blessant mais charrier son rival fraichement retrouvé ne lui semble pas une bonne idée. Il reporte alors son attention sur son adversaire :
« En 20 ? »
Alex acquiesce et se prépare pour un deuxième round, n'affichant aucun signe de fatigue, même si Kagami sait que ce sera plus rude pour elle d'enchaîner avec un joueur frais. Il s'assoit dans un coin et son regard navigue d'un adversaire à l'autre, sa curiosité titillée par ce duel.
Aomine fait craquer son cou à droite, puis à gauche. Il saute un peu sur place pour évacuer la tension et rejoint la blonde au centre du terrain, déjà prête. Il s'arrête soudain dans son élan et se tourne vers Kagami.
« Un conseil à me donner ? »
Le rouge hausse les épaules :
« Essaie de pas perdre !
— Ce qu'il veut dire, c'est "ne fais pas comme moi" », se moque Alex, au grand dam de Kagami qui se renfrogne, croisant les bras sur son torse.
Aomine rit de bon cœur, et secoue la tête face à la réaction de Kagami. C'est officiel, il est fan d'Alex. Mais il ne compte pas se laisser aveugler par son admiration et va tenter de la battre. Alors malgré l'amusement, il se concentre, se laissant happer par le jeu. Galant, il la laisse commencer.
Kagami est content que le match débute enfin, au moins personne ne va l'afficher pendant ce temps. C'est toujours désagréable de perdre, même contre Alex, et en plus aujourd'hui elle a décidé de se montrer particulièrement taquine, peut-être histoire de détourner son attention. C'est vrai qu'occupé à ruminer contre elle, il oublie peu à peu la tension qui demeure en lui au contact d'Aomine. Ça ne l'étonnerait même pas qu'elle l'ait fait exprès, quand il y pense. Des diableries de ce genre, ça lui ressemble bien.
Il reporte son attention sur les joueurs tandis qu'Alex évalue son adversaire du regard, avant de passer au test physique. Elle essaie des choses sans vraiment chercher à percer la défense d'Aomine ou de marquer, elle observe juste comment il bouge et comment il réagit à ses mouvements.
Le regard vert qu'Alex pose sur lui, expert, renvoie Aomine des années en arrière. Elle le teste, c'est évident. Alors qu'elle attaquait directement Kagami, elle lui tourne autour comme un chat jouant avec sa proie. Mais il n'est plus le gamin qui joue sa vie, sous pression. Évidement qu'il est impressionné d'affronter une pro, mais il n'est pas un novice. Lui aussi possède quelques petites techniques qui pourraient la surprendre.
Il ne la quitte pas des yeux, analysant ses gestes, guettant l'instant où elle va s'élancer. Sur le qui-vive il bloc sa première tentative de percée, mais elle change souplement d'appui pour se faufiler sur le côté qu'il vient d'ouvrir.
Kagami regarde Alex marquer ses premiers points tandis qu'Aomine vient trop tard au contre. Ils ne perdent pas de temps et le brun reprend aussitôt le ballon. Il semble impatient d'en découdre, et Kagami peut le comprendre. Ce n'est pas tous les jours qu'on affronte une ex-pro sur un terrain de streetball. Il observe avec intérêt Aomine dribbler avec habileté pour se créer une ouverture et tenter un tir à mi-distance d'une redoutable précision. Alex a le regard qui brille : visiblement, elle aussi apprécie la technique.
Celui-ci, il passe. Un peu trop facilement lui semble-t-il. Cependant Aomine la soupçonne de l'avoir laissé faire, toujours plus dans son analyse que l'affrontement, ou alors dans le simple but d'endormir sa vigilance. Il ne s'en offusque pas pour autant. Il se doute que ça ne va pas durer. L'attaque suivante est déjà plus directe, Alex vient au contact cherchant à le brusquer, le faire bouger là où ça l'arrange. Il fait mine de la suivre et dès qu'il est à sa portée, il se saisit vivement du ballon et part à la vitesse de l'éclair vers l'autre bout du terrain. Kagami ne l'avait pas prévenu de sa rapidité ?
Alex le talonne, mais impossible de le rattraper, et tente le contre dans son dos sans pour autant parvenir à dévier la balle. Le match devient plus sérieux, Alex sort de sa réserve et Aomine déploie son arsenal de techniques. Il est rapide et efficace, comme quand Kagami a joué contre lui il y a quelques jours. Le rouge retrouve cette façon de bouger avec une souplesse féline, toute en retenue et en silence, les tirs improbables faussement brouillon, la capacité à scorer de n'importe où dans la raquette ou à mi-distance, avec ce style inimitable à la fois très street et presque grâcieux. Il admire la beauté des gestes autant que leur précision, l'inventivité dont il sait faire preuve dans les situations difficiles. Il émane de lui une aura sombre, une menace latente qu'il devine plus acérée quand Aomine affronte des adversaires coriaces.
Aomine a mené au score un temps, mais il suppose que l’experte a fini par voir ce qu'elle voulait et l'a enfin pris au sérieux. Lui donnant autant qu'à son élève. Le forçant à redoubler d'effort. Comme lorsqu'il a joué contre Kagami, avec les tripes mais aussi les méninges. Les sens en alerte, l'esprit entièrement focalisé sur elle, ses gestes, sa respiration. Elle a beau avoir un style plus réglementaire que le sien, elle n'en reste pas moins redoutable. Elle met sa technique parfaite au service d'un jeu rythmé, difficile à lire, et changeant. Elle est audacieuse, acharnée et montée sur ressort elle aussi. Ils sont maintenant au coude à coude. Elle ne lui laisse plus aucun espace.
Cette fois l'effet de surprise n'a pas pris, elle est remontée au contre. De toute sa hauteur, elle se dresse en bondissant à sa suite entre lui et le panier. Il réfléchit à toute vitesse et n'entrevoit qu'une seule option. Il n'a pas eu à utiliser cette botte-là depuis un bail, mais elle ne lui laisse pas le choix. Tandis qu'il retombe, il se penche en arrière, plaçant son corps quasi parallèlement au terrain. Il attend la dernière seconde, et seulement lorsque la gravité rappelle son adversaire au sol, il shoote. La trajectoire en cloche passe bien au-dessus des mains fines tendues vers le ciel et entre comme prévu dans le panier, sans toucher l'arceau. Il ne peut retenir son sourire fier. Il l'a toujours...
Kagami regarde ce tir avec une certaine stupéfaction, il n'a jamais vu personne faire ça, du moins pas de façon aussi spectaculaire.
Alex, elle, rigole :
« C'est pas la peine de se casser le dos pour m'avoir ! Mais bon, y a de l'idée, dans ton truc, là. »
Kagami sourit. Ce n'est définitivement pas facile d'impressionner Alex. À tout le moins, elle ne le montre pas forcément. Mais il le sent : elle aussi a repéré le potentiel d'Aomine, et il voit quel plaisir elle prend à jouer contre lui. Une chose est sûre : elle ne sera pas déçue d'être venue aujourd'hui.
De l'idée ? Parce qu'elle croit que ça lui est venu comme ça ? Aomine est désarçonné par les rires de son adversaire. Sérieusement, il lui faut quoi pour l'impressionner ? À l'entendre on pourrait croire qu'il vient d'inventer ça, qu'il n'a pas passé des jours, des semaines, des mois à le peaufiner, le parfaire. Il gonfle les joues, contrarié. Il s'étonne de l'effet que la remarque a sur lui. Il pensait au moins l'avoir un peu éblouie, ou déstabilisée par une telle égalisation à un point de la victoire. L’espace d’un instant il a oublié qu’elle a dû en voir d'autre dans sa carrière. Face à son presque mépris, Aomine se casse la gueule de son piédestal et son rictus arrogant rejoint à son tour les objets perdus. Pour les louanges, on repassera...
« Mon dos va très bien », marmonne-t-il en se replaçant en défense.
Kagami est mesquinement satisfait de ne pas être le seul à se faire tailler un costard aujourd'hui. Voilà qui rétablit l'équilibre dans la Force, pour reprendre les métaphores favorites d'Alex. Il se sent subtilement plus détendu maintenant, et observe avec intérêt la fin du match, qui voit Alex arracher la victoire. Il se relève, souriant.
« Joli match.
— N'est-ce pas ?! » Alex sourit et se tourne vers Aomine. « Taiga a raison, tu as du talent. Je pense que vous êtes parfaits l'un pour l'autre si vous voulez augmenter votre niveau. Moi, je suis trop vieille pour tenir votre rythme tous les jours ! »
Aomine met un certain temps à sortir de sa bulle de concentration. Est-ce qu'il vient de perdre ? La défaite le rend aussi heureux que grincheux. Le goût est amer, un peu rance, pourtant les souvenirs qui affluent sont loin d’être mauvais. La sensation est désagréable mais aussi libératrice quelque part. Confus par l'ambivalence de ses ressentis, il ne prête pas grande attention aux paroles d'Alex. Il hoche simplement la tête et tente un sourire en remerciement avant d'aller récupérer sa bouteille, un peu sous le choc.
« Ahhh j'en peux plus... » râle Alex en allant elle aussi se désaltérer. Puis elle jette un coup d'œil à son portable et pousse un cri :
« Oh my god ! On a joué si longtemps ? Izumi m'attend ! Pour une fois qu'elle est libre je peux pas rater notre rendez-vous !
— Oublie pas d'aller prendre une douche avant, rigole Kagami.
— Quoi ? Elle aime bien quand je reviens du sport !
— Ouais mais les autres gens au ciné, j'suis pas sûr !
— Bon, bon, OK. Je m'incline. » Elle fourre ses affaires dans son sac en hâte et annonce : « Je file ! À bientôt j'espère Aomine !
« Avec plaisir ! » lui lance-t-il alors qu'elle court déjà hors du terrain.
Puis, retrouvant ses esprits, il se penche vers Kagami et lui dit sur le ton de la confidence :
« Si j'ai la moitié de son endurance à son âge, je serais bien content ! C'est quoi son secret sérieux ? »
— Je sais pas... Je l'ai toujours connue comme ça. J'ai l'impression qu'elle a jamais changé. C'est un mystère !
— Va falloir mener l'enquête alors ! haha »
Aomine plaisante à moitié. Il aimerait vraiment savoir s'il y a une recette miracle. Alex partie, il se retrouve seul avec Kagami. Il ne sait pas ce qu'il a prévu mais lui se ferait bien une autre manche. Dans une question silencieuse il tend sa balle à son vis-à-vis.
Kagami regarde le ballon et hoche la tête. Si Aomine veut enchaîner... Il a eu le temps de se reposer, même s'il a toujours mal après s'être retrouvé le cul par terre suite au dunk brutal d'Alex. Il prend le ballon et se place au centre du terrain. Tout en dribblant pour se remettre en condition, il repense aux paroles d'Alex : "parfaits l'un pour l'autre". Elle parlait de basket, bien entendu, mais... Il se demande si c'est vrai. Rejouer une manche sera peut-être l'occasion d'avoir un début de réponse.
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Plié en deux, les mains sur les genoux, Aomine reprend son souffle. Deux défaites en une journée, c'est un peu trop à encaisser... Emporté par l'euphorie de son duel avec Alex et sa réconciliation avec Kagami, il n'a pas pris la mesure de son état de fatigue. Il s'incline de peu mais il s'incline quand même. L'endurance de son rival ne sera plus sous-estimée. Il ne sait pas pourquoi il pense à lui à cet instant mais l'image de Midorima s'imprime dans son esprit. Il se fait mentalement réprimander par son vieil ami de ne pas avoir pris son objet chance du jour alors que les vierges avaient un mauvais horoscope. Cette pensée le fait rire et allège un peu son égo mal mené.
Le ballon sous le bras, Kagami observe son adversaire vaincu et essoufflé, mais il n'a pas l'air de trop mal digérer la défaite.
« Ouais... Moi aussi j'ai l'impression que c'est pas mon jour aujourd'hui, dit-il en souriant.
— Facile à dire, tu finis sur une victoire... » répond Aomine en s'étirant.
Il observe un instant son adversaire et avant se faire envahir par trop de questions, il demande, un peu hésitant :
« T'as faim ? Le perdant invite le gagnant. Profite ça ne t'arriveras peut-être pas souvent », se sent-il obligé d'ajouter.
Kagami ne cherche pas à le contredire, mais il sourit. Aomine ne sait pas à quoi il s'expose en l'invitant à manger. Heureusement qu'il n'est pas chômeur ou étudiant fauché...
« Ouais, OK, pourquoi pas. Y a un fastfood à deux rues d'ici si ça te tente.
— Ça dépend... ils ont de la sauce teriyaki dans ton fastfood ? questionne-t-il en s'approchant, l'air suspicieux face au sourire un peu trop satisfait de Kagami.
— Ouais, bien sûr, répond Kagami, amusé. Sinon on peut aller au resto de soba juste à côté, mais je dois te prévenir que la clientèle est plutôt... âgée. » Il se penche un peu en avant et dit sur l'air de la confidence : « Et je crois bien qu'ils aiment pas trop les jeunes... »
Aomine esquisse un sourire. Cet échange complice finit de le rassurer. Leur querelle est oubliée. Et comme il meurt de faim, la perspective de ne pas avoir à marcher trop loin le réjouit.
« Va pour le soba ! annonce-t-il le poing en l'air, à la façon d'un conquérant de terres hostiles.
— Je vois que t'es du genre aventurier, constate Kagami. OK, allons-y. »
Il fourre le ballon de basket dans son sac, mais prend soin de plier sa serviette avant de l'y ranger, avec sa bouteille d'eau.
Son sac déjà sur son épaule, Aomine observe Kagami ranger ses affaires avec soin. Au souvenir de son appartement, ça ne l'étonne pas tant que ça. Sur le chemin de leur pitance il confesse :
« Tout est bon pour tromper l'ennui. Même embêter les p'tits vieux.
— Ouais, mais tu vois, ils pensent exactement la même chose vis à vis de nous. Et eux, ils ont littéralement que ça à faire. »
Kagami sourit, il connaît ce restaurant et il grossit un peu le trait, mais c'est vrai qu'il y a toujours quelques habitués pour jeter des regards désapprobateurs aux nouveaux venus par-dessus leurs journaux. Mais Aomine va pouvoir le constater par lui-même, puisqu'ils sont arrivés. Il entre et aussitôt, plusieurs têtes se lèvent, comme une famille de suricates alertée par une présence suspecte. Le silence se fait tandis qu'on les observe sans la moindre retenue. Heureusement, le serveur est un peu plus poli et les invite à s'asseoir à une table près de la fenêtre, loin du groupe hostile qui surveille leurs faits et gestes.
En pénétrant dans le restaurant, Aomine comprend que Kagami ne plaisantait pas. Mais ça le fait marrer. Depuis qu'il est gamin, il a l'habitude d'attirer l'attention. Sa peau trop sombre, ses yeux trop clairs, son talent trop grand et après ça, l'uniforme. Qu'ils soient hostiles, envieux, admiratifs ou simplement curieux, il ne fait tout simplement plus attention aux regards qui l'épient, ça fait partie de son quotidien. Mais il n'est pas seul aujourd'hui.
« Ça t'embête ? Tu aurais préféré le fastfood ? » s'inquiète-t-il en désignant une table de bavards un peu plus loin.
Kagami rigole devant la prévenance d'Aomine, qu'il a définitivement un peu de mal à cerner. Parfois il est tout feu tout flammes, parfois doux attentionné. Un peu comme lui, remarque...
« J'ai pas peur de quelques vieux mécontents, le rassure-t-il. Et puis, j'adore les sobas, alors...
— Cool », sourit le flic affamé en prenant le menu à sa disposition.
Il constate encore une fois que Kagami n'a pas froid aux yeux. C'est une qualité qui lui plait, et il se dit que c'est surement en partie pour ça qu'ils se sont bien entendu assez rapidement. Et embrouillé tout aussi vite... Il soupçonne Kagami d'avoir un tempérament de feu sous ses airs relax de surfeur. Curieux de voir combien d'autres points ils ont en commun, il est content de pouvoir le découvrir en partageant d'autres moments avec lui.
Le serveur revient vers eux et interrompt ses pensées. Il redresse la tête vers son invité, le laissant dicter sa commande pendant qu'il hésite encore.
Kagami commence à énumérer les plats devant un serveur décontenancé qui en oublie presque de prendre des notes, des vieux qui secouent la tête l'air de dire "les jeunes, de nos jours... Ça se voit qu'ils ont pas connu la guerre", et un Aomine dont la stupéfaction va grandissant au fil de sa liste.
« Oh, et une bière aussi, s'il vous plaît ! » achève-t-il, satisfait.
Perplexe, Aomine échange un regard avec le serveur qui semble lui demander silencieusement s'il l'autre est sérieux. Puis il se marre. Soit c'est une façon pour Kagami de se venger, soit il a invité un ogre à manger à sa table. Toujours hilare il remarque :
« Une nouvelle bonne raison de ne plus te laisser gagner ! »
Puis à l'intention du serveur il lance :
« La même chose. Si vous en avez assez... »
Kagami hausse un sourcil, se demandant si c'est une bravade ou si l'autre est vraiment capable d'avaler tout ça. Mais il ne tardera pas à le découvrir... Le serveur paniqué file en cuisine, et revient quelques instants plus tard avec leurs bières. Kagami lève son verre pour trinquer :
« Hm... Au basket ?
— Au basket ! » s'enthousiasme Aomine en faisant tinter sa chope contre celle qui se dresse devant lui.
Il se délecte de quelques gorgées de la boisson fraîche et se lèches les lèvres pour en enlever la mousse. En attendant leurs plats, il engage la conversation.
« Alors, le championnat approche ? Ça se passe comme tu veux les entraînements ? »
À cette évocation, Kagami se sent un peu nerveux. C'est toujours comme ça avec les compétitions. Cependant, il sait qu'il est aussi prêt qu'il peut l'être à ce stade.
« C'est la semaine prochaine. On manque encore un peu de coordination, mais on est capables de gagner. Notre team est assez nouvelle dans le milieu, on est les outsiders. »
Aomine hoche la tête. Selon lui, c'est une bonne position en compétition. Il en sait quelque chose. Il fait part de sa réflexion :
« C'est la meilleure place. Profitez-en. Il n'y a pas d'attente, pas de pression supplémentaire. Vous ne pourrez que surprendre.
— Ouais, possible, acquiesce Kagami. Mais il faut qu'on s'en sorte bien... Ma paie en dépend ! ajoute-t-il en riant un peu.
— Je comprends. »
Aomine reprend à boire. Il y a une question qui lui brûle les lèvres. Il se racle finalement la gorge et ose la poser :
« Dis, j'me demandais. Tu fais aussi du stream ou tu joues que pour toi ? »
— Ouais... J'en fais un peu moins qu'avant parce que ça a tendance à me déconcentrer quand je dois m'entraîner. Mais pour les sessions plus "cools", ouais, j'en profite aussi pour jouer à d'autres jeux. C'est comme ça que je me suis fait repérer pour jouer pro, à la base. » Il se passe une main dans ses cheveux en bataille et admet : « J'suis pas un grand communicant... Alors j'ai surtout des gens qui viennent là pour le gameplay. »
Aomine écoute, un peu admiratif. Si Kagami s'est fait repérer parmi le nombre de streamers qui tentent de percer, sans même l'avoir cherché, c'est qu'il doit être bon. Il s'y connait un petit peu pour en suivre plusieurs et il se doute combien la compétition est rude et le milieu compétitif. Pourtant, l'homme face à lui reste modeste. Comme s'il ne croyait pas en sa chance. Ça le fait sourire. Il lui a fait la même impression au basket. La force tranquille qui s'ignore presque.
« Je suis sûr que tu terrorises les autres gamers quand ils te voient débarquer sur une map. »
Kagami rit à ce compliment, un peu inattendu il doit bien l'admettre. Il ignore le sentiment chaud qui l'enveloppe, même si c'est de la flatterie sans fondement, ça lui fait quand même plaisir. Il boit une autre gorgée de bière et dit :
« Si tu veux en juger par toi-même, j'peux toujours te donner ma chaîne.
— Ouais avec plaisir », affirme-t-il.
Kagami est étonné par l'intérêt que porte Aomine à ses activités en ligne... Sans doute un amateur de jeux vidéo, c'est vrai qu'ils avaient évoqué le sujet lors de leur première conversation.
« OK, ça marche. Tu regardes souvent des streams de jeux vidéo ?
— Hum... oui assez. J'ai eu une période où je jouais beaucoup, quand je n'étais pas sur un terrain. J'imagine que j'ai jamais vraiment décroché. Mais tout va plus vite dans ce monde-là, c'est plus facile à suivre à travers les autres. »
Évoquer ce moment-là de sa vie le rend nerveux. C'est la porte ouverte à d'autres sujets sur lesquels il n'est pas prêt à s'ouvrir. Mais il est sincèrement intéressé alors il fait de son mieux pour répondre tout en restant évasif.
« Ouais, c'est comme pour les profanes quand ils regardent un match de basket, ils y pigent rien, commente Kagami. Alors que pour nous, c'est naturel. » Il hausse les épaules. « Ça demande un peu de temps pour s'y faire... Mais ouais moi aussi je jouais beaucoup avant et... Ben j'ai pas vraiment arrêté finalement ! » Il rigole, puis regarde Aomine avec curiosité : « Et toi, le métier de flic, c'était une vocation ? Ou un truc de famille, peut-être ? »
Aomine sourit à la remarque puis à la mention de sa propre vocation, il se tend. Il jette un œil vers les cuisines pour savoir si le serveur va pouvoir le sauver mais vu tout ce qu'ils ont commandé... il n'est pas près d'arriver à sa rescousse. Il prend un moment pour savoir quoi dire en observant Kagami. Il ne peut pas lui demander de se livrer sans partager lui aussi. Il soupire avant de plonger dans sa bière pour se donner un peu de courage. Avant de répondre il se passe une main dans les cheveux, fébrile.
« Un peu des deux... Ce n'était pas ce que j'avais choisi. Mais c'était le boulot de mon père. Alors en un sens, c'est plutôt logique. Et j'aime vraiment ça. J'ai pas été forcé ou quoi que ce soit, précise-t-il. J'ai même l'ambition d'intégrer les forces spéciales un de ces jours », admet Aomine en bombant inconsciemment le torse.
Kagami remarque que le sujet semble sensible, et en entendant les paroles d'Aomine, il se demande quel mystère se cache ici. Mais il n'a pas l'intention de le harceler et siffle entre ses dents à sa dernière remarque, impressionné :
« Les forces spéciales, rien que ça ? Hm... Moi mon père a le genre de boulot dont on comprend même pas l'intitulé, un salary man typique dans une grosse boîte... C'était hors de question que je fasse la même chose que lui ! Mais c'est cool si ton taf te plaît. J'me dis que dans la police, si on aime pas ça, on doit pas tenir longtemps. »
Il risque un regard sur son vis à vis et il est plutôt soulagé de voir qu'il insiste sur la dernière partie de son résumé. Parler de son boulot, ça il peut le faire. La raison pour laquelle il l'exerce... pas vraiment.
« Ouais... à l'école de police un des leurs est venu nous parler. Ça a été une révélation pour moi. Depuis c'est mon objectif. Ça m'aide à tenir les jours où c'est difficile. Où le boulot n'a rien à voir avec ce que j'imaginais au départ. C'est plus dur que ce qu'on pense, mais la difficulté ne m'a jamais effrayé, c'est même plutôt l'inverse, souligne-t-il en ricanant.
— Ouais, j'ai cru comprendre ça », acquiesce Kagami, prenant appui sur son dossier tandis que le serveur dépose les premiers plats devant eux. Il n'attend pas avant d'entamer un premier bol de bon appétit, émettant un grognement appréciateur. « Mais en attendant tu vas sûrement grimper les échelons, dit-il entre deux bouchées. Ça risque de changer ta perspective sur le job, aussi. »
Aomine l'imite et entame le premier plat à sa portée. Se laissant surprendre par les saveurs tapissant son palais. Il prend quelques instants pour savourer avant d'expliquer :
« En fait... on peut postuler n'importe quand. En théorie... D'ailleurs j'ai déjà essayé. Dès le lendemain de l'intervention du gars. Il s'est marré, me certifiant qu'on ne lui avait jamais fait le coup. Je devais avoir tout juste 19 ans. Alors il m'a conseillé de revenir le voir dans quelques années, de prendre un peu d'expérience et de muscles pour passer les tests de sélection. Tu rentres pas dans l'élite grâce au grade, mais aux compétences.
— Oh ouais, je vois... Et tu comptes les passer bientôt, ces tests ?
— La prochaine session est dans deux mois », dit-il simplement en fourrant un nouveau mets épicé entre ses lèvres.
Gêné de parler autant de lui, il ré-enclenche son mode enquêteur.
« Sinon, tu as toujours vécu au Japon ? »
Kagami suspend ses baguettes à mi-chemin, regardant Aomine suspicieusement. Quoi, il a encore utilisé une expression de façon inappropriée, ou un mot à la place d'un autre ? Ce genre de choses continue de lui arriver et ça l'embarrasse toujours. Il repose ses baguettes :
« Pourquoi ? demande-t-il en plissant les yeux. J'en ai pas l'air ? »
La réaction de Kagami lui arrache un petit rire, puis il explique son raisonnement :
« Si, si. C'est juste que des fois tu dis des mots en anglais. Sans le vouloir visiblement. Puis y a Alex, tu ne l'as pas rencontré là j'me trompe ?
— Oh, ça... » Kagami se détend subtilement et reprend une bouchée avant de répondre. « Ouais... En fait... Je suis né au Japon mais j'ai emménagé aux USA quand j'étais gamin... Et je suis revenu qu'à l'âge de seize ans.
— Ça a dû te faire bizarre non ? Même si tu viens d'ici le choc culturel a pas dû être évident. », remarque Aomine, étonné d'un tel parcours.
Comme lui sur sa vocation, Kagami n'a pas l'air de vouloir s'étaler. Mais il sait combien les gosses peuvent être durs avec leurs congénères. Et il ne peut pas s'empêcher de penser que ça a peut-être conforté le gamer face à lui à être plus à l'aise dans les interactions virtuelles.
« Ouais, c'est surtout que... J'ai parlé surtout anglais... explique Kagami un peu embarrassé. Alors au début j'avais du mal avec le japonais... Et j'te raconte pas pour l'écrit... »
Il frissonne d'horreur aux souvenirs du lycée l'année de son retour au pays. Puis, il reprend, un peu hésitant sur le choix des mots.
« Mon... mon meilleur ami, il a eu le même parcours que moi... Mais lui est reparti aux USA, maintenant. Quelque part... J'suis bien content qu'Alex ait décidé de venir s'installer ici », conclut-il en souriant.
Tout en goûtant les différents plats, Aomine acquiesce en souriant. Il veut bien croire que ça ait été compliqué ! Lui non plus les langues étrangères ce n'est pas son fort, et le japonais est un calvaire. Il note le changement d'intonation de Kagami à l'évocation de son ami. Ça pique sa curiosité. Ce qu'il comprend entre les lignes c'est qu'il a l'air d'être plutôt isolé de ses proches. Il demanderait bien où sont ses parents mais au dernier moment il se retient. Il a peur des questions retour auxquelles il s'exposerait à devoir répondre. Il opte pour moins dangereux.
« Il s'appelle comment ?
— Tatsuya. Lui aussi il est pas mal avec un ballon de basket ! Alex lui a appris aussi. Mais il est plus de genre analytique qu'instinctif. Technique irréprochable. C'est un cérébral. D'ailleurs maintenant il bosse dans les maths statistiques. »
Kagami écarquille les yeux comme pour souligner son incompréhension totale pour ce choix de carrière.
Cette expression le fait éclater de rire. Il comprend sans qu'il le dise que Kagami désapprouve.
« Et lui, il pense quoi de ton choix de carrière ? taquine-t-il, sachant que ce n'est pas une voix des plus classiques.
— Il en très fier ! se rengorge Kagami. De toute façon il sait que je suis trop têtu pour changer d'avis quand j'ai décidé de faire un truc. Du coup il en a pris son parti.
— Il valait mieux pour lui, j'imagine », ricane-t-il encore, le croyant sur parole. Puis il ajoute en fronçant les sourcils, songeur : « Moi j'ai un Tetsuya. Mais il est plus têtu que moi... il est du genre à te prouver que t'as tort par A + B. Je suis sûr que tu t'entendrais bien avec lui. Dans le genre acharné, vous vous ressemblez.
— Ah ouais ? demande Kagami, intéressé. Et lui aussi il fait du basket ? »
Aomine esquisse un sourire, envahit par de vieux souvenirs qui lui réchauffent le cœur.
« On s'est rencontré comme ça. Il a un style bien à lui. Inimitable... Je sais que ça lui manque de ne plus jouer autant.
— Faut lui demander de passer sur le terrain un de ces jours, alors ! Toi, t'as déjà un style inimitable, mais si y en a d'autres comme ça !... »
Kagami laisse échapper un rire, anticipant en esprit des matchs avec de nouveaux adversaires surprenants, puis termine sa bière à grandes goulées avant d'attaquer la suite du repas.
Aomine rigole aussi, prenant note du compliment au passage. Ça fait toujours plaisir de se l'entendre dire.
« Bonne idée, je le ferai. Mais... il faudra qu'il y ait Alex, ou d'autres joueurs. Difficile de t'expliquer, mais les one on one, c'est pas son truc. »
Kagami est d'autant plus intrigué par cette information. Mais c'est vrai qu'il existe des joueurs beaucoup plus à l'aise dans la performance collective qu'individuelle. Il hausse les épaules.
« Ouais bien sûr, pas de problème. Ça m'intéresse toujours de rencontrer des nouveaux joueurs. »
Aomine hoche la tête et termine sa bière. L'idée de présenter Kagami à Kuroko lui plait. En s'affaissant sur son dossier, il avise ses plats presque vides. Il a eu les yeux plus gros que le ventre. Il ne reste pas grand-chose, mais il est incapable d'avaler une bouchée de plus... Pourtant il a toujours eu un bon coup de fourchette. Mais depuis qu’il est entré dans la vie active, il ne mange plus autant en un seul repas, sauf peut-être quand il rend visite à sa mère... Il en fait plusieurs tout au long de la journée. Comme ça, si une intervention dure un peu trop longtemps ou qu’il est rappelé en urgence, il n’est jamais bien loin de son dernier repas et ne risque pas la crise d'hypoglycémie en pleine arrestation sur le terrain. En revanche, Kagami n'a pas l'air de souffrir du moindre début d'indigestion. Sur ce terrain-là aussi, il se voit contraint de s'incliner. Décidément, ce n'est pas son jour...
Kagami arbore un sourire en coin quand il remarque que le brun n'est pas capable de finir ce repas gargantuesque.... Il l'aurait parié ! Il termine ses bols, puis lorgne sur les portions entamées d'Aomine.
« Ça t'embête si je finis ta part ?
— Non vas-y. C'est moi qui paye, j'préfère autant que ça ne se gaspille pas. »
Aomine secoue la tête, un peu effaré de le voir engloutir autant de nourriture. Il ne peut s'empêcher de se demander où est ce qu'il la range en avisant son corps d'athlète. Puis, curieux de connaître ses limites il lui demande d'un air moqueur :
« Tu voudras un dessert aussi ? Ou plusieurs peut-être ?
— Nan merci, je suis pas très sucré. Et puis... Je crois que j'ai assez mangé ! » Il rigole et explique : « Je mange pas toujours autant... Ne serait-ce que par manque de temps ou parce que c'est compliqué d'avoir toujours autant de nourriture à disposition ! Mais quand je suis posé... Et en plus quand on me paie le repas !... ajoute-t-il avec un clin d'œil.
— Profiteur... » s'amuse Aomine en levant les yeux au ciel, faussement scandalisé.
Mais il comprend. N'a-t-il pas lui aussi mangé plus que d'habitude ? Il lève la main pour appeler le serveur et lui demande un café. Il regarde son invité, attendant de savoir s'il en veut un aussi.
Kagami acquiesce tout en se goinfrant du reste des plats. Puis, enfin pleinement repu, il se laisse aller sur son siège en poussant un soupir de satisfaction. Après une telle séance sur le terrain, il avait bien besoin de refaire le plein d'énergie. Il est content de la tournure qu'a pris la journée. Alex a apprécié Aomine et ça semble réciproque. Et leur one-and-one était presque encore mieux que celui de la semaine précédente. Maintenant qu'il sait à qui il a affaire, il est moins sur la réserve sur le terrain. Et en dehors aussi apparemment. Mais il se rappelle de ne pas s'emballer. Il ne sait pas grand-chose encore d'Aomine, et encore moins où va aller leur relation. Il chasse ces pensées : pour le moment, c'est juste un déjeuner. Et il doit bien avouer qu'il apprécie la compagnie du brun.
« Tu commences le boulot à quelle heure ? demande-t-il.
— Je suis d'astreinte aujourd'hui. » Il sourit à cette pensée, pas mécontent d'avoir le temps de digérer tout ce qu'il a ingurgité, puis en avisant le sourcil interrogateur de Kagami il explique : « Je suis de repos, sauf si y a besoin de renforts. C'est l'inconvénient du logement de fonction.
— Ah, ouais... Ça doit être chiant. Et pareil pour le logement de fonction... Je sais pas si je me sentirais chez moi dans un truc comme ça.
— Non ça va, ça n'arrive pas si souvent. J'ai aussi de vrais jours de congés. Et ouais... c'est particulier, mais financièrement c'est quand même pas négligeable. Disons que si mes voisins me font chier, je ne peux pas trop menacer d'appeler les flics, ricane-t-il en imaginant une telle situation.
— Ouais, j'imagine ça. C'est sûr que c'est pratique quand on se lance dans la vie active de pas se soucier du logement. »
Le serveur arrive avec les cafés et il prend le sien, soufflant sur sa tasse, un peu songeur. Comme la dernière fois, il n'a pas envie que ça s'arrête et de rentrer chez lui. Il a l'impression désagréable que la solitude sera plus pesante que d'habitude, même si c'est une vieille amie dont il apprécie la présence la plupart du temps. Il aimerait demander à Aomine s'il vit seul, mais ça lui paraît une question trop personnelle. Il opte donc pour quelque chose de plus trivial :
« Et du coup tu vas faire quoi de ta soirée de semi-liberté ? »
Aomine relève les yeux de sa tasse à cette question. Elle paraît anodine et il ne veut surtout pas y chercher une quelconque interprétation. La dernière fois lui a servi de leçon. Il est tiraillé. Parce qu'il passe un super moment en compagnie de Kagami. Apprendre à le connaitre le sort de son train-train quotidien et plus il en découvre, plus il s'intéresse. Il ne dirait pas non à prolonger cette journée. D'un autre côté, il ne veut pas donner de faux espoir à son vis à vis s'il attend autre chose de lui que son amitié. Il sait bien qu'ils ont décidé de ne pas en parler mais selon son expérience, les non-dits n'ont jamais été les meilleures fondations d'une relation, peu importe la nature de celle-ci. Il prend un moment pour tourner sept fois sa langue dans sa bouche en observant le jeune homme face à lui, il analyse les possibilités, pèse les pours et les contres et finit par choisir la carte de l'honnêteté.
« À vrai dire, Alex m’a donné envie, je pensais aller au cinéma. Il y a une éternité que je n'y suis pas allé. Est-ce que ce serait envoyer des signaux contradictoires si je te proposais de m'accompagner ? » demande-t-il sans le quitter des yeux, à l'affut de sa réaction.
Kagami, qui ne s'attendait pas à cette proposition, reste muet quelques instants. C'est comme s'il avait perdu l'usage de son cerveau. Un bug général nécessitant un redémarrage. Finalement la machine fait son reboot, et il se ressaisit. Cette fois, la délicatesse d'Aomine ne lui semble pas de la pitié, simplement de l'honnêteté et une volonté de clarifier les choses. Et ça lui plaît déjà beaucoup plus. Il réfléchit... Ce n'est pas raisonnable. Mais en dépit des gens qui n'y comprennent rien et pensent qu'il prolonge sa vie d'ado... Kagami mène une vie très raisonnable. Il fait attention à tout, tout le temps. Il est très discipliné. Et il est un peu fatigué de tout ça... Non, pas un peu. Il réalise en parlant avec Aomine que même si son boulot le passionne, il lui manque quelque chose. Comme une flamme intérieure. Ce n'est certainement pas une après-midi ciné qui va suffire à la raviver, mais c'est un début... Se dérober à ses obligations sans aucune autre raison que de se faire plaisir, voilà quelque chose de stimulant pour un peu qu'il l'assume sans culpabiliser.
Sa décision prise, il considère la façon dont Aomine a formulé sa proposition, et un sourire étire ses lèvres.
« Si j'avais pris une invitation au cinéma pour un signal, j'aurais eu le cœur brisé plus d’une fois. Tout est dans la façon de demander. Hm... OK pour un ciné. »
Aomine a sagement attendu que les informations atteignent l'étage supérieur de son acolyte, non sans dissimuler son amusement. Ne sachant trop comment la demande allait être perçue, il a ravalé son rire sous l'air choqué de Kagami en même temps que sa boisson. Soulagé de ne pas s'être fait envoyer paître cette fois-ci, à grand renfort de café bouillant qui plus est, il prend note du conseil pour éviter d'autres situation de malaise.
D'un coup d'œil, il avise sa montre et leurs tenues et se gratte l'arrière du crâne, un peu gêné de constater qu'ils n'ont même pas encore pris le temps de se changer.
« Ok. Et on y va comme ça tu crois ? »
Kagami grimace. Aller au cinéma dans cette tenue et tous poisseux de sueur ? Hors de question ! Déjà le resto c'était limite, mais il n'a écouté que son estomac. Maintenant que celui-ci est repu, la douche s'impose.
« Non... Comme j'habite à côté le mieux c'est de passer y prendre une douche. T'as des fringues de rechange avec toi ? »
Aomine réfléchit. Il a bien une tenue dans son sac de sport mais s'il est effectivement appelé en urgence, il n'aura pas son uniforme. Il n'a qu'une paire de rangers de rechange au fond de son coffre. Dilemme. Il turbine pour trouver une solution qui ne le mettrait pas dans le collimateur de Masato, surtout après son écart de l'autre jour.
« Ouais, je dois avoir ça. Par contre... il y a peu de chance mais si je suis appelé il faudrait que j'sois pas trop loin de chez moi. Ça t'ennuis si on change de secteur ? »
Kagami hausse les épaules.
« Non, ça m'est égal. On passe chez moi pour la douche et on va au ciné par chez toi, alors ?
— On fait ça ! Je vais régler l'addition, tu peux m'attendre dehors », annonce-t-il tout en joignant le geste à la parole, pressé de s'offrir encore un peu de bon temps.
Kagami acquiesce et quitte le restaurant – toujours sous l'œil désapprobateur des petits vieux. Quand Aomine le rejoint, ils prennent le chemin de l'appartement. Ce n'est qu'à deux minutes d'ici, et rapidement ils entrent dans le vieux bâtiment noirci de pollution, et grimpent les escaliers quatre à quatre jusqu'à arriver à son étage. Il dépose son sac dans l'entrée et désigne la porte de droite à Aomine :
« La salle de bain est là. Y a des serviettes dans le placard sous le lavabo. »
Docile, Aomine le suit à l'intérieur. Avant de se faufiler par la porte qu'on lui désigne il se retourne vers Kagami affairé à verrouiller sa porte d'entrée. Il ne les avait pas remarqués l'autre soir quand il est venu toquer, trop obnubilé par son envie de clarifier les choses pour y faire attention, mais les accessoires sont bien en place. Ce constat le réjouit.
« Ils t'ont servi ? demande-t-il la main toujours sur la poignée de la salle de bain.
— Ouais, ça m'a permis d'envoyer paître mon dernier "client" en toute sérénité. Thanks. »
Il se marre de l'air dépité et du terme employé en entrant dans la pièce. Comme le reste de l'appartement, elle est petite, mais bien organisée. Assez pour qu'un grand dadais comme lui, et Kagami suppose-t-il, ne s'y sente pas oppressé. Il se déshabille rapidement et entre dans la cabine de douche. Il laisse l'eau ruisseler sur lui quelques instants pour le débarrasser de sa sueur. Sur le portoir, il se saisit de l'unique shampoing et de l'unique savon. Simple, efficace. Seule la marque et le parfum changent mais il pourrait se croire dans sa propre douche. Tandis qu'il étale la mousse et frotte les recoins et replis de sa peau, des images inopinées s'impriment sur sa rétine. Il imagine Kagami dans son quotidien, imitant ses gestes, avec ce savon. Il s'ébroue pour les chasser, en se rassurant comme il peut. Dans l'univers familier et intime de Kagami, alors qu'il apprend à le connaitre, c'est plutôt normal de le visualiser en mouvement dans son espace, dans ses habitudes, dans sa vie. Il termine de se laver en se rinçant à l'eau froide, autant pour améliorer sa circulation sanguine endormie par la digestion que pour s'ôter ses visions intrusives de l'esprit.
Pendant qu'Aomine est sous la douche, Kagami en profite pour faire un peu de rangement et de ménage. Non que son appartement en ait spécialement besoin, mais en s'occupant les mains, ça lui évite de trop penser à Aomine nu sous la douche. C'est trop facile d'imaginer comme l'eau doit ruisseler sur sa peau tannée, les gouttes d'eau glissant sur le relief de ses muscles jusqu'à venir se perdre dans les creux de son corps... Et voilà qu'il y pense encore ! Il grommelle en se vengeant sur un plat qui n'a plus besoin d'être astiqué depuis longtemps. C'est d'une certaine façon assez intime de l'avoir chez lui, dans sa salle de bain, utilisant sa douche, et il ne peut que constater que c'est relativement difficile de garder son calme. Il finit sa vaisselle, repose son torchon et inspire un grand coup. Il va se poser devant son ordinateur et se ressaisit, ignorant le bruit de la douche derrière les écouteurs de son casque.
Aomine se sèche sommairement, avec une serviette trouvée là où Kagami le lui a dit, parfaitement pliée. En regardant un peu plus attentivement autour de lui, il remarque que les produits, bien que peu nombreux, sont alignés, rangés selon une méthode qu'il devine toute réfléchie. Est-ce que Kagami serait un poil maniaque ? Un sourire digne du diable en personne étire un coin de sa bouche lorsqu'il intervertit le déodorant et la mousse à raser. Juste pour voir si les murs se mettent à trembler ou si une alarme retentit. Il sait son comportement puéril parfois, mais quand il voit quelque chose de facilement perturbable, c'est plus fort que lui, il sème la zizanie. Il aime le chaos. Le comble du paradoxe pour un officier du maintien de l'ordre ! En fait, c'est plus par jeu que pour vraiment embêter son hôte. Une façon tordue de le cerner. Si ça se trouve, il ne va même pas le remarquer.
Fier de sa bêtise, il se passe un coup de peigne puis finalement décide d'ébouriffer ses cheveux. Aujourd'hui, c'est repos. Même pour ce qui est du standing capillaire qui lui est gentiment recommandé d'arborer au boulot. Avant de passer son t-shirt noir par-dessus son jean délavé, il n'oublie pas le déo qu'il retrouve au fond de son sac. Les cheveux encore humides mais fin prêt, il sort de la salle de bain et signale à Kagami qu'il peut prendre son tour. Sans réponse de sa part, il ose entrer dans la pièce principale et comprend son silence. Il le trouve avec un casque sur les oreilles.
Le parfum aguicheur d'un déodorant masculin fleurant les épices et le bois précieux le ramène au moment présent. Kagami retire ses écouteurs et se tourne, découvrant un Aomine tout frais sorti de la douche, et terriblement sexy avec ses cheveux encore humides, un peu sauvages. Il esquisse un sourire.
« Hey, désolé, je t'avais pas entendu sortir de la salle de bain. » Il se lève et ajoute : « Fais comme chez toi, j'en ai pas pour longtemps. »
Aomine acquiesce simplement et vient naturellement s'assoir à la place qu'occupait Kagami. De plus près que la dernière fois, il observe le matériel de compétition et les outils qu'il devine nécessaire au stream de ses lives. Il écarquille un peu les yeux en voyant la qualité de l'écran, son style incurvé qui vous immerge, la luminosité, l'intensité des couleurs... Il est prêt à parier que le gamer a mis des heures à tout configurer à sa convenance. Et encore une fois, il se laisse absorber par des images de Kagami dans son foyer, en pleine partie cette fois. Moins intimes et dérangeantes, il ne les repousse pas.
Kagami se rend dans la salle de bain, avec une drôle d'impression en laissant Aomine dans son salon. Il réalise que ça fait longtemps que personne n'est venu chez lui, son appartement est devenu tellement à son image que c'est toujours étrange d'y voir quelqu'un, n'importe qui. Tout le monde semble un peu hors contexte ici.
Il se dépêche comme promis, prend sa douche de façon rapide et efficace sans laisser ses pensées dériver. Il se sèche et attrape son déodorant. Qu'il manque de lâcher quand une étrange sensation douce et mousseuse naît sur son aisselle, à la place des gouttelettes rafraîchissantes habituelles. Il regarde le flacon sans comprendre, puis réalise qu'il s'agit de sa mousse à raser. Pourtant, il aurait juré que... Contrarié, il nettoie la mousse, la replace correctement sur son étagère, puis utilise son déodorant. Deuxième contrariété, il s'aperçoit qu'il a oublié de prendre ses vêtements de rechange. Il noue donc sa serviette autour de sa taille et se dépêche d'aller chercher une tenue dans le placard du salon.
Toujours focalisé sur l'énorme machine, un mouvement en périphérie de sa vision contraint Aomine à dévier le regard. Pour tomber sur un Kagami presque nu. Il avait deviné sa carrure large à travers ses vêtements mais il ne s'était pas attendu à des muscles si saillants. Pas qu'il ne les a déjà volontairement imaginés ou quoique ce soit de ce genre, non. À cette pensée débile, il se sent piquer un fard. C'est vrai qu'il s'est tout de suite senti à l'aise avec lui, mais en y repensant, ils ne se connaissent pas depuis longtemps. Et lui qui n'a jamais partagé l'intimité de personne, et encore moins donné l'accès à la sienne à quiconque —mise à part Satsuki — ça le tétanise un peu de réaliser leur soudaine proximité. Pas trop vite, il se redresse et se tourne pour laisser un peu d'intimité à Kagami. Il en profite pour inspecter les quelques bouquins de sa bibliothèque, comme si de rien était.
« Sorry j'ai oublié mes fringues » marmonne Kagami tout en piochant dans le placard.
Il se dépêche de fuir la pièce, il ne voudrait pas qu'Aomine croit qu'il s'expose volontairement à moitié nu devant lui. Il retourne donc dans la salle de bain et se hâte de se rendre décent. Il enfile un pantalon kaki et un t-shirt large aux couleurs d'un groupe américain de neo metal. Il se passe un dernier coup de serviette dans les cheveux et ressort.
« OK je suis prêt ! »
Aomine l’a suivi du regard alors qu'il se précipitait de nouveau dans la salle de bain, les bras chargés de vêtements. Mais c'est lorsque Kagami en ressort qu'il oubli totalement sa gêne, dévoré par un autre sentiment. Les sourcils froncés, il pointe son torse du doigt et lui lance :
« C'est pour le style, ou tu les écoutes vraiment ? »
À son tour, Kagami fronce les sourcils.
« Pour le style ? Qui met des t-shirts de groupes pour le style ?! grogne-t-il. Non c'est un groupe que j'écoute. Pourquoi... Toi aussi ? » demande-t-il plus adouci.
Satisfait de la réponse, Aomine croise les bras sur sa poitrine et lève le menton, sardonique :
« Qui reconnaitrait l'emblème d'un groupe sans l'écouter ? »
Kagami rigole à cette répartie.
« OK, ça se tient ! J'suis content que t'aimes ce groupe aussi. Il m'accompagne depuis pas mal d'années... Je les ai même vus en concert aux USA !
— La chaaaance ! » se lamente Aomine, sincèrement jaloux de Kagami.
Il adore son pays, mais pour ce qui est du style musical il y a bien longtemps qu'il a trouvé son compte ailleurs. Bien sûr il existe des groupes pas mauvais du tout au Japon ! Mais l'origine et l'âme du Rock, celui qu'il aime, se trouve outre Pacifique. Les groupes comme ceux-là se font rare sur la scène internationale, pour son plus grand malheur.
Tout en rejoignant l'entrée, sac sur l'épaule, il lui demande quel est son album préféré, conscient qu'un vrai fan serait incapable de ne choisir qu'une seule chanson.
Kagami s'amuse de l'enthousiasme d'Aomine, mais ça lui fait chaud au cœur. Les goûts d'Alex en musique sont... discutables, pour le dire poliment. Alors c'est sympa de pouvoir parler musique avec quelqu'un qui ne soit pas un hérétique. En discutant ainsi, ils ressortent dans la rue ensoleillée, et là Kagami s'aperçoit qu'il ne sait pas quelle direction prendre.
« Bon, je suis le guide ! » lance-t-il en emboîtant le pas à Aomine.
Aomine endosse la responsabilité de cette mission avec une fierté surjouée. Il est vraiment de bonne humeur. En arpentant les rues qui se succèdent, il se dit même que c'est plus que ça. Il se sent heureux. Pas juste content, satisfait ou enjoué. Kagami apporte un torrent de fraîcheur dans sa journée. À ses côtés, à parler de leurs passions, il se surprend à redevenir insouciant. Oublier le devoir, la pression et l'exigence de sa fonction. Pour un temps, et c'est surement une des raisons qui l'ont poussé à le prolonger, il a le sentiment de retrouver un peu de sa jeunesse qu'il abandonne au profit de sa responsabilité et de ses ambitions.
Tout à sa discussion et ses réflexions philosophiques, ce n'est qu'une fois en vue du cinéma qu'il réalise...
« Tu veux aller voir quoi ? »
Kagami observe les affiches et s'aperçoit qu'il ne connaît aucun des films proposés. Il ne se tient plus tellement au courant de l'actu... Cependant, il repère un film qui lui semble bas du front mais divertissant. Il le montre à Aomine :
« Avec celui-là, on passera sûrement un bon moment ! »
Aomine observe l'affiche que Kagami désigne. Il ne se souvient pas avoir vu la bande annonce de celui-là mais en jetant un œil aux autres, rien ne l'inspire beaucoup plus. De toute façon, le cinéma, il aime ça pour l'ambiance feutrée particulière qui en fait une agréable sortie peu importe le film.
« Ok, go pour celui-là ! »
Kagami acquiesce en souriant et ils entrent acheter leur ticket. Il manque de demander deux places et de payer celle d'Aomine, mais se rappelle de justesse qu'il ne s'agit pas d'un rendez-vous et que ce serait déplacé. Il prend donc sagement sa place, puis se dirige directement vers le stand des en-cas, oubliant qu'il vient de manger un repas gargantuesque. Un ciné sans pop-corn, ce n'est pas vraiment un ciné. Il opte pour un soda pour faire descendre le tout et attend son comparse avec son seau de pop-corn sous le bras.
Aomine ricane en voyant la taille du pot dans lequel Kagami picore déjà. Il l'aurait parié. Mais même si ça l'amuse, il doit dire que ça l'effraie un peu quand même d'imaginer qu'il puisse encore avoir faim. Préférant un sachet de bonbon aux traditionnels pop-corn, qui passera surement mieux dans son estomac déjà au bord de la rupture, il lance un brin moqueur :
« Et ça disait ne pas vouloir de dessert... »
Kagami hausse les épaules :
« Le pop-corn, ça compte pas ! »
Il n'a pas de justification particulière à cette affirmation, c'est simplement ainsi, le genre de vérité qu'il faut accepter. Là-dessus, ils se dirigent vers leur salle. À l'entrée, il marque une pause, balayant les rangées du regard.
« Hm... T'as une préférence pour l'endroit où on se place ?
— Au milieu du milieu », répond-il du tac au tac, s'engageant déjà dans l'escalier recouvert de moquette, éclairé par de petites led.
Kagami le suit et ils s'installent dans leurs sièges, aussi confortablement que possible avec leurs grandes gambettes. Il grogne :
« J'adore le basket... Mais parfois, j'aimerais être moins grand... Rien n'est fait pour nous... »
Aomine avise ses genoux qui entrent dans le dossier du siège de devant. Il se tortille un peu pour voir si ça change quelque chose, puis se redresse pour repérer une alternative plus confortable.
«Hm t'as pas tort... c'est pas toujours un atout. Tu veux te mettre ailleurs ? Je peux sacrifier la meilleure vue pour être moins à l'étroit.
— Nan, on fera avec ! »
Kagami pioche dans son pop-corn, regardant l'écran alors que les bandes-annonces commencent. Il sait bien que ce n'est pas un rendez-vous et pourtant, il y a quelque chose d'intime à être assis tout près de quelqu'un dans une salle plongée dans la pénombre. Il ignore ces pensées et se concentre plutôt sur son snack.
Selon un petit rituel bien rodé, Aomine installe sa boisson dans le portoir à sa droite, et son sachet de friandise à sa gauche. Comme il l'a dit à son voisin, il y a longtemps qu'il ne s'est pas offert ce petit plaisir hors du monde et du temps. Mais il y a encore plus longtemps qu'il n'est pas venu accompagné. Du coin de l'œil il observe le profil de Kagami, et le rythme régulier avec lequel il enfourne ses graines de maïs éclatées. Un sourire étire ses lèvres alors que la pénombre tombe sur la salle. Il reporte son attention sur l'écran en piochant un premier bonbon par mimétisme, mais après la deuxième bande annonce, sous sa fesse, son téléphone s'agite. Il grogne en essayant de l'extirper de sa poche, pas franchement motivé à devoir partir.
Kagami lui jette un coup d'œil en entendant son vibreur, espérant secrètement que ce ne soit pas le boulot. Mais Il reste neutre et continue de regarder les bandes-annonces en silence.
En voyant le sourire espiègle de Satsuki illuminer son écran, il expire de soulagement. Non sans scrupule, il l'envoie sur sa boîte vocale et pianote rapidement un message pour s'assurer que tout va bien. Très réactive, elle répond dans la seconde.
Kagami n'a pas pu s'empêcher de jeter un coup d'œil à l'écran et il a vu l'image d'une jeune femme souriante. Son cœur se serre un peu. Sûrement la petite amie d'Aomine. Il se sent frustré et peiné par ce nouveau rappel à la réalité, et se venge sur son pop-corn. La vérité, c'est que cette après-midi qu'il a redoutée est plus belle qu'il n'aurait osé l'imaginer. Il est juste bien avec Aomine, et même si du côté de ce dernier, ce n'est "que" de l'amitié, il y a quand même quelque chose qui matche entre eux, quelque chose de fort et de spontané qu'il trouve grisant malgré lui. Il se mord la lèvre. Parce qu'on dirait bien qu'il est à deux doigts de tomber amoureux... Et il a plutôt intérêt à enterrer ces émotions naissantes avant qu'elles ne prennent trop de place.
Voilà qu'elle lui sort son refrain de mère poule inquiète, tout ça parce que ça fait à peine trois jours qu'il ne l'a pas appelé. Un peu agacé, il coupe court et lui répond une dernière fois en avouant qu'il est au cinéma. C'est sûr, elle va vouloir lui tirer les vers du nez. Et... même si son côté enquêtrice des services secret de l'état ne l'amuse pas du tout quand il en est l'objet, il se dit qu'il serait peut-être temps de se confier à elle. Pour la simple et bonne raison que des journées aussi surprenantes que celle-ci, il compte bien en avoir d'autre. Et si ses espoirs se concrétisent, il sera plus simple qu'elle sache avec qui il traîne, et pourquoi. Il s'étonne encore de ne pas lui avoir parlé de Kagami. Peut-être attendait-il d'être sûr qu'il fera partie de son entourage à l'avenir. Cette journée à ses côtés malgré leur petit différend le lui confirme, et il en éprouve satisfaction et soulagement. D'ailleurs, il ne voit pas de quoi il a peur au juste. Satsuki est la première à l'encourager à rencontrer de nouvelles personnes et lier de nouvelles amitiés. Il sait que la jeune femme ne veut que son bien, mais par moment, comme maintenant, il la trouve un poil intrusive.
Pour ne pas se faire réprimander par les autres spectateurs, il se penche un peu et demande tout bas :
« Dis, ton Tatsuya, il te materne toi aussi ? »
Kagami lui lance un regard, surpris. Ce n'est pas comme si Tatsuya était son petit ami, et comme cette fille... Peu importe. Il secoue la tête avec un sourire en coin.
« Non. Personne me materne. Pourquoi, t'as oublié ton goûter en partant ? Ou tu as laissé traîner tes caleçons dans la machine ? » demande-t-il sournoisement.
Aomine fronce les sourcils. Il ne voit pas le rapport entre Satsuki et ses sous-vêtements. Et puis... il n'oublie jamais son gouter, question de survie. Lorsque la luminosité d'une publicité augmente la visibilité de la salle, le sourire chafouin de son voisin lui offre un indice. Il se marre en comprenant la méprise.
« Baka ! C'est comme ma petite sœur, mais parfois elle se prend pour ma mère. » Il se gratte le crâne un peu gêné de son aveu et se renfonce dans son siège.
« Oh, OK. »
Kagami est un peu soulagé de l'apprendre, même si ça n'annule pas l'hypothèse d'une petite amie. Il s'amuse de voir Aomine embarrassé par cette petite confession.
« J'espère que tu lui as dit que tu serais rentré à l'heure pour faire tes devoirs, alors, ajoute-t-il sans le regarder, souriant.
— Ahah très drôle ! » grommelle Aomine.
Il n'a pas l'habitude d'être vanné. D'ordinaire c'est plutôt lui qui s'amuse de ses amis à leurs dépens, c'est plus drôle dans ce sens-là. Mais il faut dire qu'il a tendu le bâton pour se faire battre, et visiblement, Kagami est un maître en jo-jutsu. Vaincue, il gobe une sucette et croise les bras sur sa poitrine, attendant le début du film, un peu boudeur.
Kagami jette de nouveau un coup d'œil à son voisin et ressent un pincement à l'estomac alors qu'il le voit la moue contrariée sur son visage, comme un enfant susceptible. Il trouve cette expression adorable. Il n'insiste pas, laissant Aomine retrouver sa dignité tandis que le film commence finalement, détournant leur attention de ces légères chamailleries.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'intrigue ne tourne pas autour du pot. En moins de vingt minutes, ils connaissent le méchant, ses intentions, et les difficultés que vont devoir affronter les héros de l'histoire. Si tant est qu'un groupe de hors-la-loi peut être considéré comme tel... Pourtant, malgré le scénario qu'il voit se profiler à dix kilomètres, il se laisse embarquer dans l'aventure, frissonnant à la première explosion. Les dialogues sont courts, mais pas dépourvus d'humour. En tout cas, ça le fait sourire. Et même rire parfois. De temps en temps il s'assure que Kagami passe aussi un bon moment. Il suppose que le niveau de son seau de pop-corn qui descend est un bon indicateur.
Kagami se laisse facilement happer par les cascades impressionnantes qui se succèdent à l'écran. Il aime l'adrénaline et les scènes d'action frôlant l'absurdité, alors avec un bon rythme et de beaux effets spéciaux, il est bon public. Il arrive au bout de son pop-corn en commentant l'action de temps à autre. Il aimerait que le film dure encore deux heures, mais toutes les bonnes choses ont une fin, paraît-il. Alors que le générique défile à l'écran, il s'étire de tout son long et regarde son voisin.
« C'était sympa, non ? »
Face aux noms qui défilent sur fond de musique épique, Aomine se sent bête. Et un peu vide. Il n'a pas voulu y penser avant, vivant pleinement l'instant, mais la perspective de rentrer seul chez lui après cette journée le déprime un peu. Toutefois il n'en montre rien et répond à la question de Kagami avec le même enthousiasme en s'extirpant tant bien que mal de sa place :
« Carrément ! Je n'ai pas vu le temps passé. Tu as bien choisi, j'ai bien fait de te proposer de venir. »
Cette réponse fait plus plaisir à Kagami qu'elle ne le devrait, comme s'il était responsable de la qualité du film. Il l'a juste choisi au hasard... Mais il est heureux qu'Aomine ait passé un bon moment. Il se lève à son tour et prend le seau de pop-corn vide, puis ils se dirigent vers la sortie. Ça lui fait toujours bizarre de sortir du cinéma, rompant l'isolement et la pénombre dans laquelle ils ont été plongés pendant deux heures pour retrouver un soleil soudain aveuglant et une ville qui semble bien bruyante... Il s'arrête sur le trottoir, reprenant contact avec la réalité, et regarde Aomine.
« C'était cool aujourd'hui. Le ciné, et puis le basket et le resto. Je te dirais bien que la prochaine fois, c'est moi qui te paierai la bouffe, mais j'ai pas l'intention de perdre ! »
Aomine se protège de la lumière mordorée qui décline déjà de son avant-bras, les yeux sensibles après l'obscurité de leur cocon de velours. Les images de la journée s'affichent en diapositives derrière ses paupières closes quand Kagami énonce chaque moment. Il ne saurait dire ce qu'il a préféré. En fait, il ne veut pas choisir. Tout était génial.
À la dernière remarque de Kagami, il s'esclaffe, toujours sur le trottoir, attirant l'attention des quelques passants. Encore hilare, il rétorque :
« La capacité volumique de ton estomac est une raison supplémentaire de ne pas renouer avec la défaite. Je ne compte plus perdre non plus si ça doit finir en resto à chaque fois ! »
Kagami sourit en regardant Aomine rire, la lumière du soleil déclinant jouant sur son visage. Une nouvelle fois, son cœur se serre, mais il continue de sourire.
« Bah, ça me semble un bon deal, puisque toi aussi t'as l'air d'aimer la bouffe. Donc je suis partant pour continuer sur ce principe ! »
Le sourire radieux de Kagami doit être en cet instant le reflet du sien, et il lui réchauffe le cœur. Si on lui avait dit hier à la même heure qu’ils en seraient là, il ne l'aurait pas cru. Intérieurement, il se félicite d'avoir insisté et de ne pas être resté sur ses sentiments négatifs. Il y a quelques années de ça, ça lui aurait demandé plus d'effort, peut-être même trop pour qu'il essaie. Demander pardon à Kagami valait la peine finalement. Sa proposition sonne un peu comme une promesse et prendre ce rendez-vous pour il ne sait quand le réjouit d'avance. Sans hésiter il lui tend la main dans un clin d'œil complice.
« Challenge accepted ! »
Kagami serre cette main tendue, et soudain se rappelle quelque chose que lui a demandé Aomine. Il se frotte la tête, un peu embarrassé et intimidé tout à coup :
« Hm au fait si tu cherches ma chaîne Twitch... C'est TigerMJ.
— MJ ? » demande le flic, intrigué.
Le pseudo, il peut facilement le comprendre. Dès qu'il l'a vu se mouvoir et évoluer sur un terrain il s'était fait la réflexion d'être en présence d'un puissant fauve. Quelque part au fond de lui, son égo se rengorge d'avoir visé juste. Pour le reste, il pense évidemment à un célèbre joueur de basket, mais il n'est pas certain. Peut-être ces deux lettres se réfèrent-elles à autre chose d'important pour Kagami.
Kagami hausse les épaules, rougissant un peu. On lui pose parfois la question, mais venant d'anonymes sur un tchat, ce n'est pas pareil.
« Michael Jordan, avoue-t-il. Parce que pour moi c'est le plus grand joueur de tous les temps. »
Il guette la réaction d'Aomine, espérant juste qu'il ne va pas se moquer de lui.
Son sourire s'élargit. Dans le mille ! Il trouve le lien entre ses deux passions touchant. Puissent les initiales du grand Michael porter chance à Kagami dans sa carrière.
« En tout cas, il n'a pas encore été égalé », confirme-t-il.
Puisqu’ils en sont aux échanges de contact, il lui vient une idée. Il extirpe son portable de sa poche, le déverrouille et le tend à Kagami sur la page des contacts.
« Tiens, enregistre ton numéro. Je pourrais te prévenir quand je passe au terrain, ça évitera qu'on se loupe... »
Kagami hoche la tête et s'empresse de s’exécuter, un peu fébrile. Il espérait qu'Aomine le lui proposerait, mais il n'osait pas demander de lui-même. Mais ça lui ôte un poids de savoir qu'Aomine peut le contacter et qu'il n'aura pas besoin d'espérer, en courant le risque d'être déçu, de croiser le jeune flic par hasard. Ça rend les choses plus concrètes, lui assurant qu'Aomine ne va pas s'envoler et disparaître de sa vie aussi subitement qu'il y est entré.
Il rend son téléphone au brun :
« Et voilà ! Du coup... On se voit bientôt. Sur le terrain, ou peut-être sur Twitch. Tu me feras signe si t'es en ligne ?
— Là où je te croiserai en premier, je te le ferai savoir », assure Aomine en cherchant déjà un moyen de lui faire comprendre que c'est lui, sans le lui dire, si l'occasion se présentait.
Les bras ballants, ne trouvant rien d'intelligent ou de pertinent à ajouter, il se dit qu'il est peut-être temps de rentrer. Même s'il n'en a pas envie. Alors qu'il esquisse un pas en arrière pour marquer son départ, il demande :
« Ça ira pour rentrer ? »
— Ça ira ? » répète Kagami sans comprendre, puis il percute. « Oh, ouais. Pas compliqué de retrouver le chemin. Bon bah j'espère que le taf appellera pas et que tu profiteras de ta soirée !
— Ouais ce serait bien. Et désolé si j'ai chamboulé ton programme d'entraînement, lance-t-il en s'éloignant encore d'un pas.
— T'inquiète. Allez, à plus Aomine. »
Il lui adresse encore un sourire, puis se détourne et reprend le chemin de son appartement. En réalité, il est en retard, et si ç'avait été dans d'autres circonstances, ça l'aurait très certainement paniqué, mais là, il ne parvient pas à trouver ça si important. Cette après-midi vaut bien un petit retard. Cela dit, ça ne l'empêche pas de se dépêcher et traverser le quartier à grands pas. Ce n'est pas plus mal qu'il doive tout de suite se mettre au boulot... Sinon il risque de rêvasser plus que nécessaire à ces heures qu'il a passées en compagnie du brun.
Chapter Text
Sur le chemin de chez lui, Aomine reste pensif, encore un peu éparpillé au cinéma, dans le restaurant et sur le terrain de street. Finalement, une fois rentré, il n’a qu’une envie : ressortir. L’endroit pourtant familier lui paraît inhospitalier. Trop silencieux, trop grand, trop vide. Il ne veut pas conclure sa journée sur une soirée de solitude, qui entacherait le souvenir qu’il veut en garder. Il n’oublie cependant pas qu’il est d’astreinte et qu’il doit rester disponible. Alors avant de repartir, il lance une machine avec ses affaires de sport et les vêtements de la semaine qui s’entassent dans la corbeille puis remplit son sac de son uniforme.
Rassuré par sa décision d’échapper à l’ennui, il sait exactement où il veut aller. Parler de son vieil ami lui a donné envie de le voir. Ça fait longtemps qu’ils ne se sont pas retrouvés, même s’ils échangent régulièrement par messages. Flottant encore sur son nuage d’allégresse, il se dirige vers le bar où travaille Kuroko.
Comme d’habitude à cette heure-ci, l’établissement est quasi plein. Les travailleurs alentour viennent décompresser et profiter du début de soirée. L’ambiance est cozy, le toit en partie de verre inonde la pièce de la lumière chatoyante du soleil déclinant et la musique jazzy discrète mais tout de même présente accompagne les discussions animées. Derrière le comptoir, il aperçoit son ami affairé à préparer une commande qu’une serveuse attend de pouvoir distribuer. Nonchalamment, il vient s’assoir à sa place favorite, tout au fond du bar, au bout du comptoir, vue sur la porte d’entrée et proche de la sortie de secours.
Avant même qu’il n’ait pu le saluer, et donc passer commande, son ami dépose un jus de banane frais devant lui. Il aurait préféré une bière, mais s’il doit partir d’urgence, il ne vaut mieux pas. Il sourit à son ami qui connait visiblement son emploi du temps et se rappelle de son pêché mignon en terme de boisson. Tetsu sort de son poste pour aller débarrasser une table nouvellement libérée, et c’est seulement sur le retour qu’il lui tend son poing en guise de salut.
« T’as l’air bien occupé ce soir Tetsu.
— C’est vendredi soir, tu t’attendais à quoi Aomine-kun ? »
Il y a longtemps qu’il a appris à ne pas s’offusquer des réflexions de son ancienne ombre. Il est comme ça Kuroko. Il est franc, cash et dit toujours ce qu’il pense sans détour. Jamais dans le but de blesser. Juste honnête et sans filtre. Un peu déroutant au départ, mais c’est quelque chose qu’il a appris à apprécier. C’est une qualité bien trop rare. Pourtant, bien qu’admirable, ce trait de caractère lui cause parfois du tort… tout le monde n’aime pas s’entendre dire ces quatre vérités.
« J’ai perdu le fil, j’ai pas réalisé que c’était déjà le week-end. »
Son ami l’observe et un léger rictus éclair son visage.
« Tu bosses trop.
— Et toi tu écoutes trop Satsu. Je vais bien.
— Elle n’a pas besoin de me le dire. T’es prêt à bondir de ton siège pour courir au poste. J’me trompe ?
— Mais c’est pas pareil ! J’suis d’astreinte ce soir. »
Kuroko lève les yeux au ciel à sa justification et il se sent comme un gamin qu’on réprimande. De mauvaise foi, il grommèle et boit son jus, ce qui a le don de l’adoucir un peu.
Il râle, mais au fond, ça lui plaît bien. Lui et Satsuki s’inquiètent toujours pour lui. Alors oui, parfois, ils sont un poil étouffants, comme s’ils s’étaient investis du devoir de combler l’absence de ses parents. Mais il sait que sans eux et leurs attentions, il se sentirait bien seul. Pas que son boulot soit un travail solitaire, au contraire… Mais même s’il s’entend parfaitement avec la plupart de ses collègues, il reste sur la réserve en dehors du poste. Il se sent encore comme un bleu qui doit faire ses preuves, et puis il n'est pas à l’abri d’une mutation alors s’attacher et créer du lien, il n’en voit pas vraiment l’intérêt. Quand il sort ou quand il a un problème, il appelle en premier sa vieille bande. Il le déplore, mais avec le temps et les années il doit bien avouer que leurs rencontres se font moins fréquentes. Chacun a ses propres occupations, sa propre vie à gérer.
En pensant à eux, il s’enquiert de leurs nouvelles auprès du barman. Leur sixième homme est toujours au courant de tout, et surtout c’est un peu lui le ciment de leur groupe. Il écoute attentivement, se promettant de les appeler bientôt. Il se marre en apprenant les dernières frasques de Ryôta et ça le rassure un peu de le savoir inchangé. Un phénomène ambulant.
Les souvenirs qu’ils évoquent ensuite avec Tetsu le rendent nostalgique. Un temps qu’il a l’impression de ne pas avoir savouré à sa juste valeur. Sous-estimant son importance. Le contrecoup de cette journée aussi peut être s’abat sur ses épaules et alourdit un peu son cœur. La nuit tombe au-dessus d’eux et les lumières se tamisent sur les murs. Il reste silencieux un moment, le regard dans le vague. Observant sans vraiment les voir les clients qui entrent et sortent dans un ballet régulier, les serveurs aller et venir, rapides, efficaces. Entouré de monde, Aomine se sent étrangement seul. Loin de ce qui l’entoure. Perdu dans le labyrinthe de ses pensées décousues. Il réalise que le contraste avec ce qu’il a ressenti tout le reste de la journée est trop grand, si marqué qu’il en devient dérangeant. Alors il se demande si c’est seulement l’attrait de la nouveauté, l’excitation de rencontrer quelqu’un qui vous sort de votre routine, la joie d’avoir trouvé un adversaire capable de le faire progresser qui en s’estompant, le laisse si morne à présent.
Peut-être qu’en vérité, il se sent plus seul qu’il ne veut bien se l’avouer. Peut-être que son instinct l’a poussé à revoir Kagami parce qu’il a inconsciemment décelé en lui une personne capable de tromper un peu cette solitude insidieuse dont il prend peu à peu la mesure. Juste comme ça, parce qu’elle le frappe plus crûment, plus violemment ce soir, alors que tous les autres clients sont accompagnés ou en groupe et que le siège à côté du sien reste vide.
Il n’a pas le temps de pousser ses réflexions ni de s’apitoyer plus longuement que son téléphone sonne à côté de lui. Satsuki le cherche. Il se résout à lui dévoiler sa cachette, conscient que de toute façon, Kuroko lui dira s’il ne le fait pas.
« Satsu arrive », prévient-il simplement.
Il voit Tetsu acquiescer, et s’empresser de préparer le cocktail préféré de sa meilleure amie, pour le poser à côté de lui. Quand il relève les yeux sur la salle pour guetter son arrivée, il surprend le regard de Tetsu fixé sur lui.
« Qu’est-ce qu’il y a Aomine-kun ?
— Hu ?
— Ça va faire une demi-heure que tu te morfonds. »
Il ricane. Évidemment, rien ne lui échappe… Il n’est pas certain de trouver les mots pour exprimer ce qui le préoccupe vraiment mais une chose est sûre : il ne peut plus le garder pour lui seul.
« Dis Tetsu… tu te souviens de la promesse que tu m’as faite il y a au moins une vie de ça ? »
Son ami cesse d’essuyer le verre qu’il tient dans ses mains et plonge son regard azur dans le sien. Son intensité et son intérêt soudain lui confirme qu’il comprend à quel souvenir il fait allusion. Il termine sa boisson pour se donner un peu de contenance et dans un murmure, un sourire irrépressible pendu au coin de ses lèvres, il souffle :
« J’crois que je l’ai trouvé… »
Tetsuya ne dit rien. Il le scrute, cherchant à déceler dans ses mots plus que ce qu’il a voulu dire. Il le laisse faire, laissant transparaître l’émotion qui le traverse en comprenant combien c’est vrai, réalisant combien il l’a attendu. Son rival. L’adversaire que Kuroko lui avait un jour promis qu’il croiserait sur sa route et changerait la donne. Il ne le connaît pas encore très bien, mais il en sait assez sur Kagami pour savoir qu’il aurait aimé le rencontrer plus tôt.
« Qu’est ce qui se passe ici ? »
La voie suspicieuse de Satsuki les sort de leur échange silencieux. Aomine sourit à la nouvelle venue, lui embrasse la tempe et la rassure :
« Rien, on discu-
— Aomine-kun a rencontré quelqu’un, quelqu’un d’important.
— COMMENT ?! » bondit Satsuki, entre surprise et exaltation.
Ahuri, la bouche ouverte, Aomine sent le bout de ses oreilles s’échauffer. Il lance un regard assassin à son faux frère qui lui adresse un sourire satisfait, quasiment diabolique, tandis que Satsu le harcèle déjà de questions. Mais qu’est ce qui lui a pris de dire ça comme ça à la pire des commères du quartier ! Elle ne va plus le lâcher maintenant, c’est sûr… Il soupir d’exaspération, résigné et plaque une main sur la bouche de la furie rose qui réussit tout de même à marmonner derrière ses doigts.
« Ok ça va j’vais tout vous dire, mais seulement si tu la boucles ! »
Satsu hoche la tête vivement, impatiente de tout savoir, et Tetsu lance son torchon sur son épaule et s’accoude à son comptoir, prêt à l’écouter, vérifiant tout de même d’un regard expert que tout roule dans la salle. Ne pouvant plus reculer, Aomine débute son récit par le commencement. Sa rencontre avec Kagami, sa visite chez lui, leur premier match, leur première dispute – qui lui vaut deux regards réprobateurs – et leur sortie d’aujourd’hui. Évidemment, il subit un véritable interrogatoire digne de ce qu’on lui a enseigné à l’école de police, avec le bon et le mauvais flic, mais il y répond de bonne grâce, heureux de partager ces évènements avec ses amis. Finalement il se sent un peu stupide d’en avoir fait toute une montagne et de ne pas en avoir parlé avant. Une fois leur curiosité assouvie, Starsky et Hutch passent naturellement à un autre sujet. Et comme souvent ils finissent par discuter jusqu’à tard, en refaisant le monde sans que son téléphone ne les interrompe, le laissant profiter de cette journée décidemment très agréable, jusqu’au bout.
Les jours suivants, Kagami suit scrupuleusement sa routine, s’occupant le corps et l’esprit pour éviter de laisser ses pensées dériver trop souvent vers Aomine. Il attend avec plus d’impatience qu’il ne le faudrait que le brun le recontacte, et il se retrouve à tressaillir chaque fois que son téléphone vibre. Et quand il streame, il lit son chat plus attentivement que d’habitude, dans l’espoir d’y trouver un message d’Aomine.
Mais les jours s’écoulent et rien ne se passe. Il n’y a même pas de clients de Hoshi pour venir le déranger. C’est le calme plat. Tant mieux pour ses petits ennuis habituels, et quant à Aomine… Il doit être très occupé avec le travail. Oui, c’est sans doute ça. C’est normal. Pas de quoi s’alarmer.
Ce matin-là, il se lève fatigué. Il a besoin de vacances, certainement. Dès que le championnat sera terminé, c’est probablement ce qu’il fera. Cela dit, ce n’est pas le jour pour y penser : ça commence aujourd’hui. À cette pensée, un frémissement de stress le parcourt du haut de la nuque jusqu’aux orteils. Et merde… Est-ce qu’il est assez préparé ? Il a la tête ailleurs ces temps-ci, et ça, ce n’est pas bon. Ce genre de boulot demande un dévouement intense, presque total. On ne peut pas avoir l’esprit égaré à deux endroits différents. Il faut être présent à 100%. D’ailleurs, c’est aussi pour ça qu’il a choisi ce métier : il a besoin de se canaliser, voire de se trouver un prétexte pour fermer toutes les écoutilles et se consacrer à une activité donnée en restant imperméable à tout signal extérieur. Ça l’empêche de penser à tout un tas de trucs, ça stimule son esprit, et surtout… Ça fonctionne. Alors ce n’est pas le moment de dévier de son objectif. Cependant, comme si le cosmos avait décidé de se rire de lui et de sa détermination à tout contrôler, son portable se met à sonner. Il hausse les sourcils en découvrant l’identité du trouble-fête. C’est Tatsuya. Ils ne s’appellent pas souvent, alors il espère qu’il n’y a rien de grave. Il décroche.
« Salut Tatsuya.
— Hey lil’ bro. Comment ça va ?
— Ça va, répond-il, laconique. Et toi ?
— Bien. Tu me donnais plus de nouvelles, alors je viens en prendre !
— Toi non plus tu m’en as pas donné !
— À ce rythme-là, on s’appellerait jamais, Tai. »
Kagami soupire. Il sait qu’il ne contacte pas Tatsuya aussi souvent qu’il le devrait. Le temps passe trop vite, et il a l’impression de ne jamais rien avoir à raconter. Et puis, il déteste le téléphone. Alors bien que son frère de cœur lui manque, il préférerait largement l’avoir en face de lui.
« Hmm… J’ai mon championnat la semaine prochaine, alors j’me prépare et j’essaie de rester concentré.
— Cool ! Et Alex va bien ?
— Toujours égale à elle-même ! Et puis… Y a un nouveau venu sur le terrain… Enfin, c’est pas comme ça que je l’ai rencontré, mais… »
Kagami hésite un peu, se frottant l’arrière du crâne en se demandant comment raconter ça. Mais comme à l’autre bout du fil, Tatsuya le tanne de questions, il se jette à l’eau et commence par le début et son premier visiteur insistant, puis l’arrivée d’Aomine répondant à son appel. Il raconte ensuite comment le jeune flic est revenu chez lui avec son sac d’articles de bricolage, le café, le basket… À ce point de son récit, Tatsuya l’interrompt :
« Eh ben, tu perds pas de temps ! remarque-t-il en rigolant. Et on peut dire que lui non plus !
— C’est pas ce que tu crois…
— Non ? Pourtant, vu comment tu en parles…
— Ok, il me plaît, avoue Kagami du bout des lèvres. Mais c’est pas réciproque.
— Hm-hm », commente Tatsuya avec scepticisme.
Kagami se passe la main dans les cheveux d’un geste agacé et reprend le fil de son récit. Il évoque son idée stupide d’aller directement au commissariat en plein milieu de la nuit pour voir Aomine. Il n’entre pas dans les détails, car il regrette toujours d’avoir pris cette initiative irréfléchie. Enfin, il conclut avec l’après-midi qu’Aomine et lui ont passé ensemble.
« Et t’es vraiment sûr que ce gars en pince pas au moins un tout petit peu pour toi ? demande Tatsuya, railleur.
— Mais nan ! On est juste amis. »
En le disant, son cœur se serre, mais c’est la vérité. Oui, il a bien remarqué qu’il y a quelque chose de fort entre eux, une intensité particulière, quelque chose qu’il ne parvient pas vraiment à décrire, comme une attirance magnétique qui va au-delà du physique. Seulement, à ce sentiment-là s’en mêlent d’autres, et puis, comment pourrait-il être vraiment certain de ce que ressent Aomine de son côté ?
« Ouais, ouais, si tu le dis, réplique Tatsuya visiblement toujours aussi sceptique. Tu sais lil’ bro… Parfois, être trop prudent c’est la mauvaise option.
— Ah ouais ? Et comment je suis censé savoir quand c’est la bonne ou la mauvaise option ?
— Je sais pas, Taiga. J’imagine que c’est quelque chose que tu dois sentir dans tes tripes. »
Kagami se contente de répondre par un grognement. Il en a de bonnes, Tatsuya. Même si… ses paroles font écho en lui et qu’une partie de lui a envie d’y croire.
La conversation dérive sur d’autres sujets, et finalement, il oublie un peu qu’il déteste le téléphone. Ça lui fait plaisir d’entendre la voix de Tatsuya, de savoir ce qui se passe dans sa vie et à quoi il pense en ce moment, presque comme s’ils étaient ensemble, et non en train de discuter à plusieurs milliers de kilomètres et une dizaine d’heures d’intervalle. Tatsuya lui parle de son métier, de sa vie amoureuse aussi désertique que la sienne en ce moment. Et finalement, la question tombe :
« Tu as parlé à ton père récemment ? »
Tatsuya n’a jamais cessé de lui poser la question depuis que Kagami est revenu seul au Japon. Non pas qu’il veuille le pousser absolument à se rapprocher de son père, simplement, il n’oublie jamais ce sujet. Et même si Kagami n’aime pas l’évoquer, il préfère voir dans cette éternelle question une marque d’amitié. La preuve que Tatsuya s’en préoccupe.
« Hm… pas depuis un moment, répond Kagami comme il le fait toujours. On n’a pas grand-chose à se dire.
— Taiga… J’évite de te le dire trop souvent pour pas te mettre en boule, mais ça fait longtemps que j’ai pas fait un rappel, alors… C’est possible que lui ait pas grand-chose à te dire, j’en sais rien. Mais toi, si. Tu lui en veux.
— Je peux pas lui en vouloir, je lui donne rien non plus. On est presque des étrangers.
— Mais ça te met en colère quand même.
— So what ? C’est pas en parler qui va changer quoi que ce soit.
— Je pense que si. Si tu lui disais ce que t’avais sur le cœur, je pense que tu te sentirais mieux. Comme ça tu serais sûr qu’il le sache. Y a trop de non-dits entre vous. »
Kagami soupire. Il sait que Tatsuya a raison. Et pourtant il ne parvient pas à trouver cette résolution en lui. C’est d’autant plus difficile que son père et lui ne se voient jamais. Et… il ne va certainement pas avoir cette conversation-là au téléphone.
« Ouais… Je vais y réfléchir, lâche-t-il finalement à contrecœur.
— C’est ça. Et pense aussi à essayer de séduire ton Aomine.
— Ça, c’est un grand non, par contre ! proteste Kagami.
— Pourtant, quelque chose me dit que tu vas le faire plutôt que de te parler à ton père.
— Je risque plutôt de faire aucun de ces deux trucs ! » gronde Kagami.
Tatsuya se contente de rire. Il sait que malgré sa grande gueule, son petit frère va réfléchir à ses conseils. Il les appliquera quand il sera prêt. Et pour l’instant, il ne l’est pas. Il est trop perturbé, et une partie de son esprit est absorbée par son championnat. Ce n’est pas le moment de prendre des grandes décisions dans sa vie.
Ils continuent à discuter un moment, puis Tatsuya finit par prendre congé. Kagami a terminé son café et file sous la douche, méditant cette conversation. Et s’il partait aux USA pour ses vacances ? Ça lui aérerait sans doute la tête. Mais quelque chose le retient… Ou plutôt quelqu’un. Obscurément, il a besoin de continuer ce qu’il a commencé avec Aomine, de voir où ça le mène. Ensuite seulement, il pourra décider quoi faire. En attendant… Il a vraiment besoin de se concentrer. Il s’occupe de quelques affaires courantes, puis fait son sac et part pour la salle de sport.
Un… deux… trois… quatre… cinq…
Kagami ramène à lui les bras métalliques lestés de la machine, sentant ses pectoraux se tendre douloureusement à chaque poussée. La sueur coule au creux de ses reins tandis qu’il répète toujours le même mouvement, guidé par le rythme obsédant de la musique résonnant entre ses oreilles. Il inspire, pousse, expire, recommence. Simple. Efficace. Il ne pense plus à rien. Ni à son père, ni à Aomine, ni à Tatsuya, ni à la compétition. La pureté de l’effort brut. La douleur latente, la fatigue qui s’accumule et tire ses articulations. Et pourtant, c’est bon. Ça clarifie sa tête. Ça le purifie. Il n’y a plus de place pour les tergiversations habituelles : la peur sourde de ne jamais vraiment trouver sa place, que ce soit ici au Japon, auprès de quelqu’un en couple, ou même dans sa team. La peur de devoir se contenter de soi, de continuer seul à porter à bout de bras son existence. C’est aussi pour ça que c’est bon de forcer sur ses muscles, comme une façon de s’assurer qu’il est toujours vivant, combattant, puissant, même d’une manière futile.
Les minutes s’écoulent. Il n’y arrive pas. Comme s’il devait se purger mais que la boule noire et compacte qui lui pèse sur l’estomac depuis le début de la journée refusait de se dissoudre dans la pureté de l’effort. Ses pensées sont bien alignées, ordonnées, mais son corps refuse de céder. Cette masse froide et pesante logée juste sous son sternum continue de lui donner la nausée. Cette fois-ci, le sport est impuissant à chasser tous les fantômes qui parlent en même temps dans sa tête, ceux qui viennent de son passé et regroupent sa peur de l’abandon, son sentiment fondamental d’inadéquation, ceux du futur qui réunissent la peur de l’échec, de ne pas être assez, de ne plus jamais changer et de rester indéfiniment une personne qu’il ne connaît pas vraiment.
Il lâche la machine et se penche en avant, essoufflé, tandis qu’il éponge son visage en sueur. Il a peut-être un peu trop forcé cette fois-ci. Son cœur cogne laborieusement contre ses côtes. Bien sûr, ça ne peut pas être aussi simple. Une séance de sport ne résout pas tout… mais au moins il se sent raisonnablement vidé. Il n’a plus assez d’énergie pour que ses pensées deviennent trop féroces. Et après un repas solide, il sera d’attaque.
Il regagne les vestiaires et se change, puis prend en sortant un repas à emporter, ensuite, son sac sur l’épaule, il se dirige vers la salle accueillant le championnat auquel il participe. Il est en avance mais quelques coéquipiers sont déjà sur place. Ils ont le temps d’apprivoiser les lieux, d’entendre tout le briefing sur la soirée qui sera diffusée en direct sur Twitch. Ils ont même chacun leur loge, du grand luxe ! Avec l’adrénaline de la compétition, il oublie peu à peu cette boule noire logée sous son sternum. Dans une demi-heure, il sera sous le feu des projecteurs, filmé et diffusé partout au Japon et dans le monde. Il aimerait envoyer un message à Aomine pour lui dire où il est et ce qu’il s’apprête à faire. Il chasse cette pensée stupide. Fait craquer les articulations de ses doigts. Et quand on toque à sa porte, il est prêt. Il se lève, et hoche la tête à l’intention du jeune homme du staff qui lui indique que c’est l’heure. Dans le couloir obscur menant à la scène, il retrouve ses coéquipiers. Ils échangent des regards sérieux, puis Okonomiyaki éclate de rire et lui met une tape dans le dos.
« Allez les gars ! Le match de ce soir, c’est dans la poche ! »
Kagami se tend un peu à cette attention non sollicitée, mais sourit. Oko n’est pas des plus subtils, mais il sait alléger l’atmosphère. Les autres échangent des sourires crispés et hochent la tête. Puis, ils rentrent dans la lumière et chacun s’installe devant son ordinateur attitré.
Aomine aurait dû se douter que la journée qu’il a passée avec Kagami et cette soirée à rire avec Tetsu et Satsu était le calme avant la tempête… Autant de quiétude, ça se paye forcément. C’était il y a seulement quelques jours et pourtant ça lui semble s’être produit le mois dernier, tellement il a été occupé depuis. Masato l’a pratiquement envoyé tous les jours en intervention, plutôt qu’en patrouille. Et il y en a eu beaucoup. Comme si toute la ville avait décidé de se déchaîner pour lui. D’ordinaire, il en aurait plutôt été content. C’est un homme d’action, et il a souvent demandé à son chef de lui confier plus de missions. Il a été particulièrement servi cette semaine. Après le travail, il rentrait tellement fatigué qu’il s’écroulait dans son lit. Et si Satsuki n’était pas venu lui remplir ses placards, il aurait sauté plus d’un repas.
Pourtant, même s’il n’est pas mécontent de pouvoir faire ses armes et en apprendre plus sur le terrain, il aurait bien aimé pouvoir passer un peu de temps sur un autre. Du genre plus récréatif. Mais même en bas de chez il n’a pas eu le temps d’aller jouer, alors rejoindre son nouvel adversaire... Même à distance, il n’a pas pu le voir, chaque fois qu’il a allumé Twitch pour vérifier si Kagami streamait, il s’est lamentablement endormi devant. Il aurait pu lui envoyer un message, mais pour dire quoi ? Qu’il n’était pas disponible ? Alors il s’est abstenu.
Aujourd’hui c’est différent. À peine sortit des brumes du sommeil, Aomine saisit son téléphone. Il pianote dans sa barre de recherche pour s’assurer qu’il ne se trompe pas. C’est si facile pour lui qui a un rythme inversé et pas vraiment fixe de s’emmêler les pinceaux. Il constate avec satisfaction qu’il ne perd pas complètement la tête ; le tournoi de Kagami commence bien aujourd’hui, et vu l’heure, il est peut-être même sur le point de commencer sa première partie. Alors avant d’aller se faire couler un saladier de café et se poser devant sa télé pour suivre ça, il lui envoie un message d’encouragement :
[Aomine- 14h05]
Défonce tout !
AD
Chapter Text
Kagami patiente nerveusement devant son écran d'ordinateur, le casque sur les oreilles, tâchant de s'isoler du monde extérieur tout en rassemblant sa concentration. C'est son premier tournoi officiel, en présence de ses coéquipiers et de leurs adversaires. Ça lui fait bizarre de sortir du cadre familier et rassurant de son appartement pour se retrouver ici, sous la lumière des projecteurs. En rejoignant son poste, il a à peine regardé la petite assistance cachée dans l'ombre. Sur Twitch, il a toujours du public évidemment, mais ils sont loin, derrière leurs écrans. Il ne peut s'empêcher d'être un peu impressionné, et ça augmente sa nervosité liée à la compétition.
Il sursaute quand il voit l'écran de son téléphone s'illuminer. Il le prend et lit un bref message. Ses yeux s'attardent sur les initiales en guise de signature. Le numéro est inconnu, mais ça ne peut être qu'une seule personne. Aomine Daïki. Il se mordille la lèvre, se cachant derrière des mèches de cheveux tandis qu'il se sent rougir. Aucun de ses coéquipiers ne l'observe, ils sont trop concentrés. Et le public ne se rend probablement pas compte de sa place des émotions qui le traversent. Il est surpris en premier lieu. Il a tellement espéré un message qu'il ne s'y attendait plus. Et à un moment pareil, juste avant le début de la compétition... Son cœur s'emballe. Il est ridiculement heureux d'avoir ce soutien inattendu. Ce simple petit message lui insuffle une énergie nouvelle, une assurance toute neuve. Il inspire profondément et se hâte de taper un message en réponse.
[Kagami - 14h09]
Thx. I'll do my best!
Il repose son téléphone et serre les mâchoires. C'est le moment de s'y mettre. Momentanément, il oublie tout jusqu'à Aomine, tandis qu'il se plonge dans l'ambiance de la compétition. La partie est sur le point de commencer.
Affairé dans sa cuisine, Aomine se prépare un plateau de victuailles diverses à grignoter en guise de repas. Une tasse de café, accompagnée du reste de la cafetière, un bol de nouilles instantanées, quelques gâteaux apéritifs et un pot de pop-corn qui termine d'éclater dans son micro-onde. Il n'a pris que des choses rapides à faire, parce qu'il veut louper le moins possible de la compétition sur le point de débuter.
Quand il s'installe dans son canapé, il arrive juste à temps pour le top départ. Il pose son plateau sur sa table basse et saisit son portable. Il est étonné d'y trouver une réponse. Il ne pensait pas que Kagami le verrait tout de suite, et encore moins qu'il prendrait le temps de lui répondre. Il note que c'est l'anglais qui lui est venu en premier, ça lui rappelle leur conversation au restaurant de sobas et les difficultés qu'il a éprouvé à l'apprentissage de leur langue maternelle. De peur de le déconcentrer, il ne répond rien et se focalise sur la game en cours.
Les commentateurs ont l'air plutôt surpris de l'équipe de Kagami, jusqu'ici inconnue de la sphère professionnelle. Ça le fait sourire, et il espère qu'ils sauront mettre à profit cette position d'outsider pour créer la surprise et déstabiliser les autres équipes. Les caméras diffusent ce qui se passe sur l'écran des joueurs ainsi que dans la salle. Chaque fois qu'elle se braque sur Kagami, il peut voir combien il est concentré. Les yeux parcourant son écran pour analyser chaque information, ses doigts semblant flotter au-dessus de son clavier tant il est rapide. Aomine le voit faire de belles actions, d'une précision incroyable et dont les ralentis font souvent l'objet, pour que les spectateurs comprennent ce qu'il s'est passé.
Il est plutôt confiant au vu du départ mais il sait qu'un revirement de situation peut très vite arriver. Aomine picore dans les différents bols devant lui, sans lâcher sa télé des yeux, à l'affut du pseudo du joueur qu'il soutient, ou de son visage parmi les autres compétiteurs.
À la satisfaction de Kagami, ce début de partie se déroule bien. Ses coéquipiers et lui sont efficaces et arrivent à se coordonner, et Oko parvient même à réprimer ses instincts de bourrin pour la jouer un peu plus subtile. Ils ne commettent pas d'erreurs et l'équipe adverse, qui ne s'attendait visiblement pas à ce qu'on lui oppose une telle résistance, se disperse et perd en concentration. Les matchs ne sont pas très longs, une vingtaine de minutes. Chaque instant compte. Et déjà en face, ça se réorganise et ça reprend de l'assurance. Ils ne doivent pas se laisser impressionner et continuer de pousser leur avantage. Presque inconsciemment, il marmonne quelques mots d'encouragement à ses coéquipiers à travers son micro.
Ce n'est qu'après l’affichage du tableau des scores que sa concentration s'effrite et qu'il s'autorise un sourire. Ils ont remporté leur première victoire ! Ils ont joué sans faiblir, sans laisser de place au doute, et ils ont brillamment démontré qu'ils n'étaient pas ici par hasard, comme le croyaient certains. Il souffle et se recule dans son siège, baissant ses écouteurs tandis qu'il écoute les applaudissements discrets du public et quelques rires incrédules parmi ses coéquipiers. Il attrape sa boisson et la descend à grandes goulées. Ils ont droit à une petite pause avant d'enchaîner avec la suite, alors il tâche de se détendre, ses pensées dérivant naturellement vers Aomine. Il se demande s'il est en congé et s'il a choisi de suivre la compétition. L'idée que son ami suive ses exploits est déstabilisante, mais pas désagréable. Il est fier de ce qu'il fait, et il sait qu'il est bon. Et il apprécie l'idée de laisser Aomine découvrir cette part de sa vie.
De son salon, Aomine applaudit, franchement impressionné par la performance. Il se doutait que Kagami était bon, s'il a été repéré par les sponsors, mais il n'avait pas encore eu l'occasion de vérifier à quel point. Même lui qui s'y connait un peu, il a eu du mal à suivre parfois tellement tout s'est enchaîné rapidement. Il voit clairement la différence entre le jeu d'équipe et le jeu solo qu'il a plus souvent tendance à regarder. Ça apporte une autre dimension au jeu, avec ses avantages et ses inconvénients aussi parfois. À l'écran, avant que les caméras ne se focalisent que sur les commentateurs qui débriefent le match, il peut apercevoir Kagami relâcher un peu la pression.
[Aomine - 14h32]
Je suis impressionné, continuez comme ça !
Arrête d'être aussi stupide, Taiga... Les yeux fixés sur le message, Kagami ne peut s'empêcher de se sentir remué par ces simples petits mots. Impressionné. Quelque part il le sent dans ses tripes, ce n'est pas facile d'impressionner Aomine Daiki. Alors il est heureux de l'avoir fait. Il lui renvoie rapidement un message pour le remercier, lui assurant que le spectacle n'est pas terminé. Puis, il se hâte d'aller grignoter un snack tant pour pacifier son estomac qu'étouffer sa nervosité.
Quelques minutes plus tard, la compétition reprend. Le deuxième match se passe comme dans un rêve, sa concentration intense balayant le monde extérieur tandis que sa réalité se résume à cet écran d'ordinateur, au clavier et à la souris. Ils ont pris de l'assurance, et lui-même, revigoré par la première victoire et le fait de savoir qu'Aomine observe leurs actions, se donne à fond et parvient à dépasser quelques-uns de ses records personnels. Ils décrochent une deuxième victoire et maintenant, ils se sentent portés par un courant ascendant, persuadés que ce vent favorable les poussera tout droit aux sommets.
Après le deuxième match, il y a une pause plus conséquente, puisqu'ils doivent laisser leur place à une autre équipe. Ils regagnent les coulisses d'où ils observent le match en cours, presque aussi concentrés que pour leur propre prestation. Kagami se détend. Ça lui semble déjà plus naturel de se trouver ici, avec ses coéquipiers, dans cette drôle d'ambiance à la fois feutrée et tendue comme aux Jeux Olympiques. Il hésite un peu, mais, bénéficiant d'un regain d'optimisme, il prend son téléphone et ose envoyer un message à Aomine :
[Kagami - 15h19]
Hey, ça te dit qu'on aille boire un verre ce soir ? J'pense que j'aurai bien besoin de décompresser après tout ça !
Aomine suit du coin de l'œil le match de l'autre équipe en étendant sa lessive. Corvée qu'il déteste, mais avec Twitch en fond, ça l'aide à se motiver. Il poursuit avec la vaisselle, avant qu'elle ne s'entasse de trop et deviennent un obstacle insurmontable. Il a hâte de voir jusqu'où l'équipe de Kagami va aller. Il sent que les avis ont commencé à changer avec cette deuxième victoire, les commentateurs parlent d'eux avec un peu plus de respect et le public a applaudi la fin du match avec plus d'enthousiasme.
Il se réinstalle avec une bière, vérifiant son téléphone. Il est heureux d'y trouver un message. Savoir que Kagami prend le temps de lui écrire malgré les circonstances lui plait beaucoup, sans vraiment se l'expliquer. Peut-être le fait de ne pas avoir eu de nouvelles de la semaine... Pourtant, il reste quelques instant surpris par la proposition qu'il découvre.
[Aomine - 15h25]
Hey. Ce serait en effet bien mérité :) Tu ne préfères pas rester avec ton équipe ? Je ne voudrais pas m'incruster.
Assis dans un canapé, son portable en main, Kagami reprend ce sale tic de se mordiller la lèvre tandis qu'il réfléchit à la façon dont il devrait formuler son message. Et puis une nouvelle fois, il se traite d'idiot. Réponds-lui, et puis c'est tout ! se réprimande-t-il.
[Kagami - 15h27]
Honestly? Ce soir, j'aurais largement assez vu ces gars pour la journée ! Et puis ils vont faire que parler du tournoi, et du prochain. Je préfère te voir toi !
[Aomine - 15h28]
Je risque de t'en parler un peu aussi... Ne serait-ce que pour savoir comment c'est en vrai !
T'as de la chance, je suis de repos ce week-end, dispo pour un verre :)
En appuyant sur envoyer, il affiche un sourire niait. Il a hâte de le revoir, même s'il lui souhaite que ce soit le plus tard possible. Il est quand même curieux d'en savoir plus sur les relations qu'il entretient avec ses coéquipiers. Ça lui fait un peu bizarre que Kagami préfère sa compagnie à la leur, mais il ne va pas s'en plaindre.
Kagami sourit en lisant la réponse d'Aomine, son cœur se réchauffant comme à chaque fois qu'il discute avec lui. Comme quoi, ça marche même par SMS. Il soupire, toujours un demi sourire aux lèvres. Ça le réconforte de savoir que quelle que soit l'issue de la journée, il pourra se poser avec Aomine autour d'un verre, pour parler de tout et de rien. Relâcher la pression. Même s'ils se connaissent à peine, et en mettant de côté les sentiments qui se développent en lui en dépit de ses efforts, il se sent bien en sa compagnie. Il a un sentiment de familiarité, comme s'il retrouvait simplement un ami perdu de vue. C'est quelque chose qu'il n'a jamais vraiment éprouvé de cette manière-là, et quoi qu'il arrive, d'une façon ou d'une autre, il a envie de s'y raccrocher. Autant pour ta prudence initiale... Mais il se rappelle ce qu'a dit Tatsuya : parfois, trop de prudence n'est pas une bonne chose. Et quoi qu'il en soit, il finit toujours par écouter son instinct et ses impulsions, alors à quoi bon lutter ?...
Perdu dans ses rêveries, il s'aperçoit soudain que le match en cours est sur le point de se terminer. Il se redresse sur son siège et frotte sa chevelure en bataille avant d'avaler quelques gorgées d'eau. C'est l'heure. Et il leur reste encore un long chemin à parcourir.
Lorsqu'Aomine le voit de nouveau pénétrer dans l'arène, sous les lumières vives, il le sent plus détendu. Il peut le voir dans ses épaules plus basses et sur son visage aussi, en témoigne sa ride du lion moins creusée. En faisant attention, il remarque que la même énergie se dégage de toute l'équipe. S'ils sont nerveux, ça ne se voit pas. Il n'y a qu'excitation et envie d'en découdre. Le regard que capte le caméraman à ce moment-là, flamboyant d'intensité, lui arrache un frisson et le ramène à leur premier affrontement sur le terrain de street. Il le sait, Kagami va tout donner.
Et effectivement, c'est une lutte acharnée à laquelle il assite. Si l'issue des deux premiers matchs s'était devinée assez rapidement, pour celui-ci c'est une autre paire de manches ! Une erreur d'un des coéquipiers de Kagami les a déstabilisés, les mettant en danger inutilement. Un mouvement précipité, surement dicté par la prise de confiance. Mais cette équipe a aussi remporté ses premiers matchs... le niveau se corse. Aomine s'avance inconsciemment au bord de son canapé, la tête posée sur ses poings crispés. Il ne voudrait pas que ça s'arrête là, il sait combien Kagami a travaillé dur pour cette compétition.
Soudain, il se lève en criant. Exultant pour évacuer la pression qu'il ressent comme s'il participait lui- même à la compétition. Il n'en revient pas. Les commentateurs sont aussi excités que lui par l'action qui vient de se dérouler et qui passe en replay sous les acclamations des spectateurs. Pour cette game, Kagami a choisi une arme longue distance. Et c'est visiblement sniper son poste de prédilection. En effet, en l'espace de deux minutes à peine, il vient d'éliminer tous les membres de l'équipe adverse, maladroitement regroupés dans la même zone. Le temps que leurs avatars se régénèrent, son équipe à le temps d'avancer sur la map et de prendre une belle avance. Kagami et ses coéquipiers n'avaient apparemment pas tout montré de leurs talents. Ils sont capables de switcher de poste, il n'a jamais vu ça. Que quelques joueurs le fassent pour adapter une stratégie d'accord, toute l'équipe... jamais. Leur jeu n'en devient que plus imprévisible et dangereux.
Concentré sur les infos que s'échangent ses coéquipiers et tendant l'oreille pour écouter d'où proviennent les tirs sur la map, Kagami n'entend pas l'enthousiasme du staff ou du public. Il sait qu'il a réussi un bon move, mais il n'a pas le temps de s'attarder dessus. Et puis, une belle action ne remporte pas un match, même si ça peut mettre un coup au moral. C'est comme au basket. On ne peut jamais se permettre de relâcher la pression.
Cependant, leur percée porte ses fruits et ils conservent l'avantage jusqu'à la fin du match, quelques minutes plus tard. C'est encore gagné. Une douce euphorie commence à monter en lui, et il tâche de l'utiliser pour aiguiser encore ses capacités, sans se laisser enivrer. Le contrôle de soi, c'est ce qu'il aime dans ce sport.
Par la suite, les matchs s'enchaînent, puis vient une pause pour manger. Kagami ne regarde plus trop l'heure, n'a plus la notion du temps. Il sent qu'il commence à accuser le coup et c'est avec soulagement qu'il se prépare au dernier match. Il peine à le réaliser, mais s'ils le remportent, ils décrochent le titre. Son cœur palpite d'excitation. Il se demande si Aomine regarde toujours, et ne peut s'empêcher de l'espérer.
[Kagami - 20h30]
C'est la dernière... Toujours opé pour un verre après ?
Tout en se demandant s'il sera vraiment d'attaque, vu qu'il enchaine depuis un moment déjà, Aomine répond au texto avec amusement.
[Aomine - 20h32]
Toujours ! Toi par contre, tu seras peut être trop crevé... :p
La faim le tiraillant de nouveau, Aomine va se préparer un encas sans attendre une éventuelle réponse à sa petite pique.
[Kagami - 20h33]
Ça sera impossible de dormir après une journée pareille, enfin, pas avant un verre. Tu peux choisir le bar ? Dis-moi juste où, je te rejoindrai.
[Aomine - 20h33]
Hahaha ok Duracell ! Je t'envoie ça. Dis-moi à peu près quand tu pars, on va sûrement t'interviewer après tes exploits ;)
Il se marre tout seul en imaginant Kagami avec des oreilles de lapin rose, inépuisable. Mais il comprend ce qu'il veut dire. L'adrénaline peut mettre un moment à refluer quand elle sature votre système. Il est lui-même assez familier du processus. En gardant un œil sur l'écran de la télé, il cherche sur son téléphone un bar sympa ni trop loin de la compétition ni trop loin de chez Kagami. Il aurait pu lui envoyer l'adresse du Miracles, le bar de Tetsu, mais égoïstement, il ne veut pas lui présenter ce soir. Et puis ça fait longtemps qu'il a envie de tester celui-là, ce sera l'occasion. Il lui envoie l'adresse indiquée sur le site après avoir vérifié qu'ils servaient aussi à manger dans l'établissement. Une intuition lui murmure que ça pourrait s'avérer utile...
Kagami retourne sur scène. L'ambiance est fébrile. La fatigue qui s'est fait ressentir pendant l'interlude s'est envolée alors qu'ils s'apprêtent à jouer la dernière manche de la compétition. Ils ont tous conscience des enjeux et la pression est là, mais elle est stimulante. Ils sont si proches du but. Il échange quelques regards avec ses coéquipiers. Ils se sont surpris dans le bon sens du terme. Aujourd'hui c'était l'épreuve du feu, et ils se sont prouvés qu'ils fonctionnaient bien ensemble. Et c'est peut-être cette constatation avant tout le reste qui leur donne leur hargne ce soir.
Dès les premières minutes, Kagami sent que le match va être très tendu. L'équipe en face se déploie avec aisance sur la map et contre leur avancée comme s'ils avaient un sixième sens pour prévoir leurs mouvements. Et ils visent bien, en plus. Kagami serre les dents, conscient que c'est loin d'être gagné. Mais il refuse de s'avouer vaincu et chaque fois qu'il doit battre en retraite ou chaque fois qu'il se prend une balle, il repart à l'attaque de plus belle. Ils commencent à voir les limites de leurs capacités, mais ils réessaient encore, et encore. Chaque point engrangé est arraché de haute lutte, mais ils parviennent à tenir tête à l'équipe d'en face. Derrière le voile de concentration intense, Kagami sent poindre la fatigue. Il commence à commettre des erreurs, ses coéquipiers s’énervent. Il les intime au calme sans laisser voir la tension qui l’habite aussi, et ils parviennent à faire une bonne série avant de finir par s’incliner.
Il repose son casque sur la table, poussant un soupir de soulagement. Il éprouve aussi un pincement de déception, mais pas tant que ça. Ils avaient affaire à plus forts qu'eux. Ils devront donc travailler deux fois plus pour se hisser à leur hauteur. Les lumières reviennent illuminer la salle tandis que les gagnants fêtent leur victoire, et soudain l'ambiance s'allège. Il se lève vient serrer la main de ses concurrents, tandis que ses coéquipiers s'échangent des tapes dans le dos en se disant "ce sera pour une prochaine".
Comme Aomine l'avait prévu, quelques personnes lui demandent une interview rapide, il répond quelques banalités, jamais très à l'aise dans cet exercice-là. Enfin, il peut regagner sa loge, changer de t-shirt, boire un coup, et envoyer un message à Aomine :
[Kagami - 21h21]
Je suis sur le départ. À toute !
Aomine n'a pas attendu son feu vert pour aller prendre une douche rapide et mettre autre chose que son short de basket pour sortir. Préférant un jean et un t-shirt noirs. Finalement, ils n'ont pas gagné, mais ils pont fait un très beau parcours dont ils n'ont pas à rougir, créant la surprise. Maintenant, ils seront attendus. Il espère que Kagami n'est pas trop déçu, et si c'est le cas il essaiera de lui remonter le moral.
Il répond vite fait au message de Kagami pour lui signaler qu'il se met en route avant d'enfiler sa veste en cuir et de sortir. Il sera sûrement là-bas avant lui, mais il ne voit pas l'intérêt de tourner en rond chez lui.
Il regrette un peu d'avoir pris sa voiture, il a du mal à se garer à proximité du bar. Si bien que finalement il ne va pas attendre Kagami si longtemps. Enfin il l'espère. Le sourire aux lèvres à l'idée de le revoir, il entre dans l'établissement au style rétro un peu grunge qu'il apprécie beaucoup, et balaie l'espace du regard pour leur trouver une table.
En sortant, Kagami est soulagé de retrouver l’air frais de la soirée. C'était une journée intense. La tête encore dans ses matchs, c'est sans trop y penser qu'il prend le chemin du métro. Machinalement, il vérifie la ligne et embarque dans une rame avec les travailleurs fatigués qui rentrent chez eux. Il profite du trajet pour fermer les yeux, de la musique plein les oreilles pour l'aider à se détendre. Il n'est pas fatigué, pas encore. L'adrénaline sature toujours son système, et il n'a qu'une envie, d'aller boire cette bière avec Aomine.
Arrivé à sa station, il remonte à la surface à petites foulées, puis ralentit un peu sur le trottoir le temps de s'orienter. Enfin, il repère le bar choisi par son rival au basket, et se hâte vers l'entrée. Il retire son casque, le laissant accroché à son cou, et découvre une musique rock qui ressemble assez à celle qu'il avait dans les oreilles quelques instants plus tôt. L'atmosphère est décontractée et plutôt cozy. Il aperçoit Aomine et se dirige vers sa table à grands pas.
« Hey. Plutôt cool le bar. »
Aomine est surpris d'entendre ce qu'il était en train de penser en observant les lieux. Il ne l'a pas vu arriver. Ses traits sont un peu tirés mais il ne semble pas abattu. En se levant pour accueillir Kagami, il sent ses zygomatiques s'étirer à l'extrême. Il se fait l'effet d'un gamin devant son idole, en imaginant la tête qu'il doit faire mais il est vraiment heureux de le voir. Il tend son poing devant lui pour le saluer en répondant :
« Ouais hein ? Des lustres que je passe devant en me disant qu'il faut que je m'arrête. »
Kagami contemple ce vaste sourire et sent le sien l'imiter. Il a donc eu tort de s'inquiéter cette semaine. Aomine ne l'a pas ignoré ou évité. Il en est soulagé, et un sentiment chaud enveloppe son cœur. Il tape dans son poing, laisse son sac tomber sur le sol, et s'installe sur la banquette face à lui.
« T'as regardé le dernier match ? C'était chaud. Les mecs d'en face étaient vraiment forts.
— Bien sûr que j'ai regardé. Ils la méritaient, mais maintenant vous savez sur quoi bosser. Et puis vous avez super bien joué pour un premier tournois de cette ampleur. » Excité à l'idée de partager ce moment de sa vie avec lui, il enchaîne sans lui laisser le temps de répondre. « Je suis bien content que mon jour de repos soit tombé aujourd'hui, j'aurais été dégouté de loupé ça. »
Kagami l'écoute, étonné par son enthousiasme... Honnêtement, il ne pensait pas qu'Aomine aurait regardé l'intégralité de la compétition. Il sourit, tout heureux.
« Je suis content que ça t'ait plu... C'était la première fois que je faisais un tournoi de ce genre. Et je pense qu'on a fait suffisamment bonne impression pour être optimistes sur notre avenir dans le milieu... Enfin tant qu'on continue à bien bosser !
— De ce que j'ai entendu des commentateurs, vous avez fait plus qu'une bonne impression. Et ouais ça m'a plu. Avec un vrai enjeu ça change tout. Je suis sûr que vous y avez pris goût, ça s'est vu. Forcément ça va vous booster pour la suite. »
Sur ses mots, il interpelle une serveuse pour commander, pressé de trinquer à la belle réussite de son ami.
Kagami commande une pinte de bière et s'étire, faisant craquer ses articulations.
« Ouais... C'était la première fois qu'on se voyait IRL avec les gars de l'équipe. C'était un peu le baptême du feu, mais on a relevé le défi. Alors je suis content.
— Sérieux ? On dirait pas. Vous fonctionniez super bien. »
Il est sincèrement étonné, mais ça résout le mystère. Kagami ne connait pas vraiment ses coéquipiers, ils se parlent et jouent ensemble mais n'ont pas l'air de partager autre chose en dehors. Ça lui fait un peu penser à lui et ses collègues.
« Vous l'envisagez ? De vous voir plus j'veux dire ? La complicité en plus vous pourriez être encore plus forts. »
Kagami rigole à ce commentaire :
« Tu causes comme un shonen ! Enfin, t'as peut-être pas tort cela dit, mais bon... On n'a pas vraiment parlé de ça, alors j'imagine qu'on verra bien ! On a des caractères différents évidemment... Mais pour la plupart d'entre nous, on est pas des gars très sociables. »
Aomine réfléchit à la remarque. Il n'avait pas vu ça comme ça mais surement que sa propre expérience l'influence. Avec les gars de Teiko après tout, ils ont cessé d'être une vraie équipe quand ils ont cessé d'être amis. Mais le basket est un sport différent, basé sur le jeu d'équipe. Il a mis du temps à le comprendre, mais il aime à penser aujourd'hui que ce qui faisait leur véritable force ce n'était pas leurs talents individuels mais leur façon de les combiner. Il avale quelques gorgées de bière toujours pensif puis il secoue la tête et répond en haussant les épaules :
« P'têtre bien. Mais j'imagine que c'est le cas de la plupart des joueurs en ligne. Ce que j'en dis c'est que ça pourrait faire un atout supplémentaire qui vous distinguerait des autres. Au basket, t'as jamais ressenti ça ? L'impression de savoir exactement ce qu'allait faire un coéquipier, juste parce que tu le connais par cœur ? »
Kagami réfléchit à la question tout en descendant rapidement sa bière qui lui fait un bien fou. Il s'essuie les lèvres et dit finalement :
« Hm... Avec Tatsuya et Alex, ouais. Et au lycée j'avais plutôt une bonne équipe... Mais je me suis quand même toujours un peu senti comme l'outsider. »
Aomine l'observe, incrédule. Il n'a pas l'impression que Kagami joue les faux modestes. Il est sincère, c'est bien ça qui le surprend. Ce gars n'a pas l'air de se rendre compte de qui il est ni de quoi il est capable. Il se sous-estime pour une raison qui lui échappe. Au point qu'il se demande lui même s'il ne se fait pas des idées. S'il ne voit pas seulement ce qu'il veut voir. Ce qu'il désespérait de trouver. Sa défaite face à l'outsider présumé de la semaine dernière se rappelle soudain à lui. Il ne peut pas avoir imaginé ça. Ce goût amer et cuisant. Ni ce qu'il a vu de lui aujourd'hui, changeant l'humeur de son équipe au gré des siennes. Imposant son rythme sans user d’aucune force si ce n’est celle de sa volonté.
Un sourire en coin, il plonge dans le fond de sa pinte et quand il en ressort, sans vraiment le regarder il lance:
« T'es tout sauf l'outsider. T'es un leader Kagami.
Kagami manque d'avaler de travers à cette remarque soudaine. Puis, son visage prend malheureusement la même teinte que ses cheveux et il grommelle :
« C'est pas vraiment ce que j'aurais noté sur mon CV. » Il reprend une gorgée de bière et se détend subtilement, et il ajoute avec un sourire : « Je sais pas trop où t'as vu ça, mais c'est sympa de le dire. »
Sa réaction le fait rire intérieurement. Il est certain de ce qu'il avance pourtant. Il sent chez Kagami une puissance, un feu ardent qu'il musèle encore et qui ne demande qu'à s'exprimer. Pourtant, il ne saurait lui dire où il l'a vu ni comment il le sait, alors il se tait. Il l'observe encore un peu, accrochant son regard de braise, cherchant à percer le mystère qui l'entoure et qu'il brûle de découvrir depuis la première fois qu'ils se sont rencontrés.
Leur contact visuel qui semblait suspendu dans le temps se fait interrompre quand on vient débarrasser leur verre, et leur demander s'ils en veulent de nouveaux.
Kagami est presque soulagé par cette interruption. Il se perdait dans ce bleu hypnotique et tempétueux. Il se demande ce qu'Aomine voit dans les siens. Ce qui le rend si sûr de lui quand il affirme ce genre de choses sur lui.
Il se ressaisit, réalisant que son cœur bat fort sous l'effet de cette attraction magnétique des yeux d'Aomine. Il commande aussitôt une autre pinte, la journée est décidément riche en émotions et ça ne semble pas vouloir se terminer. Aomine a comme une façon d'électriser l'atmosphère, de la densifier autour de lui, le chamboulant par des petits mots, des expressions, rendant tout plus intense à son contact. Une fois sa nouvelle bière devant lui, Kagami reprend contenance et demande d'un ton dégagé :
« Et sinon toi, comment ça va depuis la dernière fois ? »
Aomine maudit un peu la serveuse mais il doit avouer qu'un peu de bière fraîche est bienvenue. C'est rare qu'on soutienne son regard de cette manière, au point que ça lui chatouille les entrailles. Il prend le temps de boire un peu et de soupirer de lassitude avant de répondre :
« Ça va. J'étais complètement épuisé. Semaine difficile au boulot. J'adore les interventions mais d'habitude on n'en a pas autant, et surtout j'y suis pas toujours. J'ai même pas eu le temps d'aller jouer. Alors je suis bien content d'avoir deux jours de suite pour une fois.
— Ah ouais, j'imagine ! J'ai eu aussi pas mal la tête dans le guidon avec le tournoi à préparer, plutôt content de faire une pause aussi. Du coup... On pourra peut-être se faire un basket ce week-end. Tu pourrais peut-être ramener ton pote Kuroko ?
— Avec grand plaisir ! Ça commence à me démanger. Je lui demanderais s'il est dispo, ça lui fera plaisir aussi j’suis sûr. »
Il sourit en pensant à Tetsu. Il ne lui a pas vraiment dit, mais il se doute qu'il a hâte de rencontrer Kagami depuis qu'il lui a parlé de lui.
« Ok, cool. Alex est pas là ce week-end, mais y aura sans doute du monde sur le terrain, on pourra improviser des équipes.
— Ça marche. Bin attend, je lui écris. Pas sûr qu'il réponde tout de suite mais ce sera fait. »
Joignant le geste à la parole, il envoie un message à son ami pour qu'ils puissent s'organiser, déjà impatient.
Kagami sourit en le regardant faire. Il est impatient lui aussi à l'idée de rejouer avec Aomine, et curieux de découvrir les talents de son ami dont il a entendu vanter les mérites. Il se dit qu'avec un peu de chance, ils pourraient former une équipe régulière. Il aime bien les joueurs du quartier, mais aucun n'a le niveau d'Aomine.
« Et à part ça t'as prévu quoi ce week-end ? Comment tu t'occupes quand t'es en congé ? » demande-t-il, curieux d'en savoir plus sur son vis-à-vis et sur ses habitudes de vie.
Tout en terminant de pianoter sa requête sur son téléphone il réfléchit à ce qu'il peut bien répondre à cette question.
« Hmm.... J'y ai pas réfléchi. Dormir me semblait un bon plan. Sinon en général je suis plutôt casanier, dès que je peux je flemmarde, et souvent je me perds sur Twitch. Mais quand ça me prend j'aime bien me taper un petit délire, partir à l'aventure. Une randonné, une virée à la mer. J'aime les grands espaces alors en vivant à Tokyo, j'ai besoin d'une dose régulière de nature. » Il hésite un peu avant d'ajouter ce qui lui vient naturellement, mais finalement se lance, il ne craint rien à donner ce détail. « Quand j'ai plusieurs jours, je rends visite à ma mère. C'est pas à côté mais c'est beaucoup plus tranquille. »
Kagami hoche la tête, imaginant au fur et à mesure Aomine dans toutes les situations citées, laissant un sourire se peindre sur ses lèvres tandis qu'il le voit successivement aventurier et fils attentionné.
« Ah ouais... Elle habite à la campagne ? Moi aussi j'aime bien les grands espaces. C'est clair que faut sortir de la ville de temps en temps, sinon ça devient étouffant. »
Aomine hoche la tête, un peu tendu à l'idée de s'étaler sur le sujet. Alors il fait bref.
« Ma mère habite un village pas loin d'Akita. Tu devais être servi avec l'océan. Ça te manque pas trop ? »
Kagami hausse les épaules.
« L'océan est pas si loin ici non plus. Après, c'est surtout les températures qui sont pas vraiment les mêmes. Mais c'est vrai qu'aux USA j'avais l'habitude de faire du surf, j'en fais moins ici. »
Aomine sourit en imaginant Kagami en surfeur. Il s'était déjà fait la réflexion que ça lui irait bien.
« T'es allé où pour en faire ?
— Y a un spot sympa au sud de la baie de Tokyo. L'été j'essaie d'y aller assez régulièrement. Tu sais surfer ?
— C'est un grand mot. Disons que j'ai les notions de bases et quelques heures de surf à mon actif. J'en faisait surtout en vacances quand on partait à Osaka avec des potes. Mais ça fait longtemps que je ne suis pas monté sur une planche. »
En disant ça il repense à ce qu'il comptait faire de ses jours de repos et son fameux besoin d'aventure. Un sourire qu'il veut malicieux se peint sur son visage et il pose sa tête sur son poing en regardant Kagami d'un œil pétillant de sa nouvelle idée géniale.
« Rappelle-moi... tu as prévu quoi exactement ce week-end ? »
Kagami lui lance un regard surpris, sentant qu'il mijote quelque chose.
« Eh ben... À part du basket, rien de particulier. Pourquoi ?
— Surf, ça te dit pas ?
— Oh ! Eh bah... »
Kagami rigole un peu, se frottant la tête embarrassé. Il n'imaginait pas qu'Aomine voudrait passer tant de temps avec lui, mais ça lui fait indéniablement plaisir.
« Pourquoi pas. Faudra checker la météo pour voir si les vagues sont bonnes.
En voyant l'hésitation de Kagami, Aomine se rembrunit un peu. Cette perspective lui plaisait beaucoup, mais c'est vrai qu'il se laisse souvent emporter en réfléchissant après coup. Peut-être que Kagami a besoin de repos, ou qu'il avait prévu autre chose.
« Sinon t'en fais pas, on s'organisera ça une prochaine fois. Le basket se sera déjà pas mal ! conclut-il en souriant.
— Oh, nan, ça me dit bien ! proteste Kagami, confus. J'ai besoin de me défouler un peu, je crois. Et puis, ça serait sympa de faire un tour au bord de la mer. Moi, ça me détend toujours.
— C'est vrai que c'est relaxant. Ça va être un week-end sport finalement. »
Rassuré par le ton enthousiaste de Kagami, il retourne à sa rêverie, essayant de se souvenir des sensations qu'il éprouve en filant sur les vagues. Puis il vérifie son téléphone qui vibre sur la table. Parfait timing, Tetsu...
« Mon pote est dispo demain dans l'aprèm, du coup si la météo est ok, surf dimanche ?
— Ça marche. On pourra y aller l'aprem comme ça tu pourras préserver tes grasses matinées, puisque dormir figurait dans tes priorités !
— Ahaha ouais, ça me paraît pas mal. D'ailleurs, toujours pas fatigué ? » Il demande en buvant un peu de sa bière qui peine à descendre tant il est focalisé sur leur échange.
« Ça commence à redescendre... Du coup j'crois que cette bière me monte un peu à la tête... J'pense que c'est mieux pour moi aussi de prévoir grasse matinée demain ! »
Kagami se rend compte que son ton est un peu traînant, il se sent la tête légère et même si son esprit carbure encore, il sent que le shutdown général est pour bientôt. Mais en attendant, il profite de ce sentiment de détente et d'insouciance tandis que les contours s'adoucissent et les lumières se brouillent légèrement.
Aomine avait remarqué les yeux un peu brillants et la baisse de régime de son vis à vis. Plus le shoot d'adrénaline est fort, plus la redescente en rude. Il sourit à cet aveu, effectivement ce serait mieux. Il rassure Kagami :
« Tetsu a l'habitude de pas me voir avant le début d'après-midi. Et même si j'ai hâte, je viendrai pas te chercher au saut du lit t'en fais pas.
— Ben tu peux pas d'toute façon ! J'ai des sécurités sur ma porte, maintenant ! »
Kagami rigole à ses propres bêtises, s'imaginant laisser Aomine planté dans le couloir en le jaugeant de l'autre côté de sa porte maintenue par l'entrebâilleur.
« Maintenant l'entrée chez moi c'est sélect ! ajoute-t-il avec un autre rire. Quand j'pense qu'avant je verrouillais même pas ma porte... »
Le rire de Kagami le surprend. Il l'a déjà entendu, mais pas aussi franchement. Et ça lui fait inexplicablement plaisir. Son estomac se contracte quand il recommence et il ne sait pas trop si c'est la bière qui lui monte aussi à la tête mais un truc chaud se répand dans sa poitrine. À sa dernière remarque il rit avec lui. Bien que son côté flic ne soit pas franchement ravit de l'apprendre. C'est complètement inconscient de ne pas fermer sa porte... Mais s'imaginer devoir faire la queue entre les nouveaux fans et ses "clients" pour le voir alors que c'est lui qui lui a fait installer ce système est plutôt cocasse.
« Je vois ! Et faut faire quoi pour passer VIP ?
— Hm... » Kagami réfléchit intensément à la question et finit par trouver la réponse évidente : « Faut m'apporter à manger ! C'est pas les clients de Hoshi qui auraient des attentions comme ça ! Toi... Tu m'as déjà payé à manger, alors t'es en bon chemin », constate-t-il finalement, satisfait.
Aomine se marre. Il a l'impression que la fatigue et l'alcool font sortir un peu Kagami de sa réserve. Et il aime ça. Il le regarde terminer sa bière sans arriver à se défaire de son sourire.
« Je vais voir ce que je peux faire alors. Plutôt quel genre de nourriture ?
— J'suis pas difficile. Du moment que c'est consistant ! »
Kagami regarde son verre vide en se disant qu'il est descendu vite. Il hésite à en reprendre un, mais ça ne serait définitivement pas raisonnable.
« Hm... C'est sympa d'être venu boire un verre avec moi. C'était cool de pouvoir décompresser un peu.
— Et on en a même pris deux ! Ça m'a fait du bien aussi après cette semaine. Merci d'avoir proposé. »
Kagami sourit. Il a comme un élan de tendresse pour le brun et envie de prendre sa main dans la sienne, mais évidemment c'est hors de question.
« Ça m'a fait plaisir. Bon... Je crois que je ferais mieux de rentrer ! »
Un peu inquiet de le savoir dans cet état pour rentrer, Aomine s'entend proposer, avant d'y avoir vraiment réfléchi :
« Je te ramène ? Je suis garé devant.
— Oh ! Je vais pas dire non... Tellement la flemme de prendre le métro ! »
Kagami se lève et quand il voit Aomine enfiler son blouson de cuir, il se fait la réflexion qu'il est diablement sexy vêtu comme ça.
Aomine ne peut s'empêcher de vérifier si Kagami tient bien debout. Prêt à le stabiliser au besoin, à seulement un pas derrière lui. Il a eu une longue journée et les deux pintes sont directement montées, sans compter que finalement ils n'ont pas mangé. Il le voit chanceler un peu au début mais ça a l'air d'aller. Il sort vite un billet de son portefeuille pour le laisser sur la table, espérant qu'il y ait le compte et rattrape Kagami visiblement pressé de rentrer maintenant que l'adrénaline l'a quitté. En sortant sur le trottoir, il glisse une main dans son dos pour le guider jusqu'à l'autre bout de la rue.
Kagami frissonne à ce contact, et pourtant il a l'impression que sa main le brûle presque à travers ses vêtements. Mais il ne cherche pas à s'en défaire et ne dit rien, se contenant de marcher jusqu'à la voiture. Une fois devant, il se demande si Aomine va lui ouvrir la porte et poser une main sur sa tête comme il doit le faire quand il embarque des suspects pour ne pas qu'ils se cognent la tête, et réprime un rire à cette image mentale.
Aomine attend que son passager soit installé et que sa ceinture soit bouclée avant de démarrer. En le voyant là assis à côté de lui, il trouve ça un peu surréaliste, de voir Kagami dans son espace à lui, où il y a si rarement quelqu'un. Il imagine ce qu'il a dû éprouver quand il est entré chez lui, en le connaissant encore moins que ça. Il en apprécie d'autant plus le geste, pesant sa valeur.
« Ça va bien installé ?
— Bah, ça me fait un peu bizarre, c'est la première fois que je me fais embarquer par la police. »
Kagami rigole, jetant un coup d'œil à son voisin tandis qu'il s'affale un peu sur son siège.
« Baka ! C'est même pas une voiture de patrouille, et je ne suis même pas en uniforme. Mais c'est bon à savoir. »
Il joue les offusqué, mais en vérité ça l'amuse beaucoup. Kagami lâche complètement prise, et il s'avère plutôt drôle. En rejoignant une artère principale avec une circulation plus dense, il se contraint à la concentration.
Kagami en profite pour l'observer à la dérobée. Il aime bien le regarder conduire. Il fait bon dans l'habitacle, et il se sent complètement en sécurité ici. C'est réconfortant et avec le doux roulis de la voiture et le ronronnement du moteur, ça lui donne vraiment très envie de dormir. Il essaie de rester réveillé mais ses paupières sont de plus en plus lourdes, alors s'il les fermait juste une seconde... À peine a-t-il terminé cette pensée qu'il s'est endormi.
Aomine a veillé sur le sommeil de son passager pendant le reste du trajet, se félicitant de lui avoir proposé de le ramener. S'il s'était endormi dans le métro... Il préfère ne pas penser à ce qui aurait pu arriver. Devant l'immeuble de Kagami, il se gare et coupe le moteur. Pendant quelques secondes il regarde la poitrine de Kagami se soulever et redescendre lourdement à un rythme régulier. Un sourire attendri effleure ses lèvres tandis qu'il se demande comment le réveiller sans le brusquer. Puis il se penche un peu, pose un coude sur le siège qu'occupe le dormeur et du bout des doigts, hésitant, il joue avec une mèche de ses cheveux en bataille en parlant à voix basse.
« On est arrivé. Tu seras mieux dans ton lit. »
Kagami entend la voix d'Aomine à travers son sommeil, sans vraiment saisir les mots, mais il comprend qu'il doit se réveiller. La voiture ne bouge plus et... est-ce qu'Aomine le touche ?... Non... Il doit rêver. Il ouvre les yeux finalement et se redresse, se frottant le visage.
« Hm... Sorry j'ai pas pu lutter... » Il esquisse un sourire. « Merci de m'avoir ramené Ao... C'est sympa. »
— Pas de problème. Tu vas pouvoir dormir finalement. Ça va aller pour monter ? » s'inquiète Aomine en voyant Kagami sortir difficilement de l'habitacle.
Kagami se penche pour le regarder et acquiesce :
« Ouais, t'inquiète, je serai juste un peu plus lent que d'habitude. Bonne nuit. On se voit demain !
— Ok, reposes toi bien champion. À demain. »
Il lui adresse un sourire, heureux à la perspective de le retrouver dans quelques heures pour un basket. Il s'éloigne lentement, se laissant le temps de vérifier dans son rétroviseur que Kagami rentre sans encombre dans sa résidence.
L'esprit un peu embrouillé et définitivement épuisé, Kagami remonte lentement les escaliers jusqu'à chez lui — il n'a aucune confiance en l'ascenseur même s'il fonctionne ces temps-ci. Enfin arrivé, il se bat un peu avec ses clés avant de parvenir à rentrer chez lui. Il verrouille tout, et avec des gestes emprunts d'automatisme, il déplie son futon, installe son oreiller et sa couverture et se déshabille avant de se glisser dans son lit, se fichant pour une fois de ranger correctement ses vêtements. Il ferme les yeux, laissant son esprit dériver. Il a encore en tête le bruit des tirs dans son jeu vidéo, les cris de victoire de ses coéquipiers... avant que le tout ne se fonde dans la musique rock du bar et la voix d'Aomine qui le berce tandis qu'il sombre dans le sommeil.
Chapter Text
Ce matin, Aomine a réussi à sortir du lit avant midi. Il se surprend lui-même. Il faut dire que la perspective de jouer contre son rival après des jours d'abstinence l'ont grandement motivé à ne pas s’attarder au lit. Et puis, en rentrant il n'a pas traîné à se coucher, encore fatigué de sa semaine et comme Kagami, plus détendu après leur moment improvisé. Ça lui a vraiment fait du bien. Il n'avait pas réalisé les fois précédentes, mais quand il est avec lui, il arrive à totalement déconnecter. Ne penser qu'à l'instant présent. C'est peut-être aussi pour ça qu'il apprécie tant de passer du temps avec son nouvel ami, c'est reposant de ne penser à rien d'autre, de ne pas être à la fois ici et ailleurs.
Au saut du lit, il a prévenu Kuroko qu'il pouvait passer quand il voulait. Ils ont convenu qu'il partirait de chez lui. Et évidemment, ce dernier n'a pas raté l'occasion de lui faire remarquer l'heure "matinale". Aomine ignore tout bonnement la boutade, répondre serait tendre le bâton pour se faire battre. En attendant son arrivée, il s'occupe un peu de son appartement laissé à l'abandon ses derniers jours. Rangement, ménage, et même quelques courses à la supérette du coin.
Tetsu finit par arriver, les bras chargés. Sachant que la cuisine n'est pas son point fort, il a préféré leur prendre un repas à emporter. Aomine salue l'initiative, faire le plein d'énergie avant leur match n'est pas une mauvaise idée. Même s'il se sent en pleine forme, la dernière fois, c'est le manque d'endurance qui a causé sa perte. Il ne reproduira pas la même erreur. D'autant que ça lui tient à cœur de se montrer sous son meilleur jour. Il y a longtemps que lui et Tetsu n'ont pas joué ensemble, qu'il ne l'a pas vu jouer tout court et quelque part, même si c'est sûrement un peu idiot, il a l'impression d'avoir quelque chose à lui prouver aujourd'hui.
Ils ne voient pas vraiment le temps passer tandis qu'ils discutent de tout et rien, surtout basket. Il essaye de ne pas trop en dire sur Kagami, il préfère laisser la surprise à son ombre. Pressé de connaître ses impressions. Au moment du café, il envoie un texto à Kagami pour savoir s'il est prêt.
[Aomine - 13h52]
Hey, Bien reposé ? Prêt à passer à un autre game ?
Kagami émerge tard ce matin-là, il a dormi profondément et pratiquement sans bouger lui semble-t-il. Il grogne un peu quand un rayon de soleil se pose sur son oreiller, il a oublié de fermer les rideaux en allant se coucher. Il se tourne sur le dos et bâille, se remémorant la journée de la veille. Et quelle journée... Ils n'ont pas remporté le tournoi mais s'en sont bien tiré, et ils ont déjà reçu des propositions intéressantes de la part des sponsors... Mais il n'a pas le temps de s'en occuper aujourd'hui, car aujourd'hui, c'est basket ! Un sourire étire ses lèvres en pensant à la soirée qu'il a passée avec Aomine, même s'il rougit un peu en se souvenant qu'il était à côté de ses pompes quand le jeune flic l'a ramené chez lui. Une fois encore, il a passé un super moment en compagnie du brun, et il est tout heureux à l'idée de passer une partie du week-end avec lui.
Son estomac se manifeste bruyamment et il se lève pour aller se préparer un petit-déjeuner copieux, qu'il dévore en regardant ses mails et les posts sur les réseaux sociaux concernant le tournoi d'hier. Il a vraiment l'impression que leur participation et leurs victoires ont eu un effet positif, les mettant en lumière alors qu'ils n'étaient pas encore très connus sur la scène de l'e-sport. Ça met une pression supplémentaire, mais ça lui fait plaisir – après tout, c'était son objectif : continuer à progresser et vivre de sa passion.
Après avoir mangé et fait sa vaisselle, il prend une douche revigorante. Il doit être en forme aujourd'hui, d'autant qu'il va rencontrer un nouvel adversaire... En s'habillant, il entend son portable vibrer et ne peut s'empêcher de sourire en lisant le message.
[Kagami - 13h53]
Yes, je suis en train de finir de me préparer et je décolle dans cinq minutes. On se voit sur le terrain !
La réponse de Kagami emplit Aomine d'une douce allégresse. Il avale le reste de son café d'une traite, pose la tasse dans l'évier et file prendre son sac de sport sous le regard amusé de Kuroko.
« Quoi ?
— Non rien...
— Hmm... T'es prêt ? »
Il voit bien que son vieil ami se moque de lui, quand il vient à son tour enfiler ses chaussures, sans rien ajouter. Sur le trajet, il a la bougeotte. Il commence à s'échauffer, autant pour se mettre en jambe que pour atténuer la tension qui s'est insidieusement emparée de lui. Rarement il s'est senti si impatient de jouer. Et plus d'une fois il capte les regards en biais de Tetsu. Il va comprendre, se dit-il.
Quand ils approchent du terrain, il ne peut retenir son sourire. Kagami avait raison, il y a d'autres joueurs aujourd'hui. Son rival discute d'ailleurs avec certains d'entre eux.
Il fait beau aujourd'hui et les jeunes du quartier sont de sortie. En arrivant, Kagami a eu le plaisir d'apercevoir Seung, un garçon de dix-huit ans, fils d'immigrés coréens, qui vient régulièrement et dégage une énergie positive. À ses côtés, Naoko, une jeune fille robuste qui n'hésite jamais à en découdre avec les garçons du coin. Il y a même Takahiro, un grand gars d'une trentaine d'années qui habite dans le même immeuble que lui et tâte du ballon depuis son plus jeune âge. Tandis qu'ils discutent ensemble, il aperçoit du coin de l'œil Aomine approcher. Il sourit et lui adresse un signe de la main. Mais... Il n'avait pas dit qu'il viendrait avec son ami ? Kagami le cherche du regard et s'étonne de le trouver aux côtés d'Aomine... Pourquoi ne l'a-t-il pas vu immédiatement ? C'est un garçon un peu pâle, aux grands yeux bleus innocents, qui semble curieusement... effacé.
Aomine est satisfait de remarquer la surprise sur le visage de Kagami quand il aperçoit enfin son binôme. Avec Tetsu ils échangent un regard complice avant de saluer la petite assemblée.
« Salut moi c'est Aomine, et lui c'est Kuroko, on peut se joindre à vous ?
— Bonjour » ajoute ce dernier en s'inclinant légèrement, beaucoup moins familier que lui.
Kuroko attire des regards curieux de la part des joueurs, et Aomine quant à lui est gratifié d'une œillade appréciatrice de Naoko. Kagami réprime une grimace : il aurait dû s'en douter... Il fait les présentations, ses potes de basket sont enthousiastes à l'idée de tester de nouveaux joueurs, et Naoko s'avance vers les deux amis :
« On n'est pas nombreux, je fais équipe avec vous ! »
C'est plus une affirmation qu'une question, et Kagami se retrouve donc en équipe avec Seung et Takahiro. Il fait ses étirements et s'échauffe. Il se sent un peu nerveux, fébrile, il a hâte de commencer le match.
Aomine ne proteste pas, mais il n'est pas dupe. Discrètement, il lève les yeux au ciel avant de croiser le regard de Kagami qui semble déjà concentré. Lui a un peu de mal, il est bien trop excité pour l'instant. Alors pour le dérider un peu, il le menace gentiment, braquant son index et son majeur successivement devant ses yeux et ceux de son adversaire en souriant. Puis ils élaborent un semblant de stratégie avec Tetsu et Naoko, pour savoir qui marque qui.
Kagami esquisse un sourire aux pitreries d'Aomine et s'éloigne pour mettre quelques paniers. Puis, il briefe ses coéquipiers sur Aomine, mais pour Kuroko, c'est un mystère total, il ne sait pas à quoi s'attendre. Ensuite, il se place sur le terrain, genoux légèrement fléchis, surveillant ses trois adversaires. Ils ouvrent les hostilités, Seung s'élançant hardiment avec le ballon, et Kagami lui emboîte le pas.
Les doigts d’Aomine le piquent presque tant il a envie de tâter le ballon. Une attaque furtive d'entrée de jeu, pourquoi pas... Il vérifie à sa droite et à sa gauche pour s'assurer du placement de ses coéquipiers du jour. Il note que Naoko bouge bien, avec aisance. Tout comme Kagami, Tetsu a l'air d'être directement entré dans la partie, il se doute que ça a dû lui manquer. À l'approche de son rival il se campe sur ses appuis, prêt à lui barrer la route alors qu'il laisse le porteur de balle affronter son ombre. Il reste attentif au duel qui se joue et dès qu'il le sent, il pivote pour se retrouver dans le dos de son adversaire, sans arriver à se défaire de son sourire. Comme au bon vieux temps, le ballon atterrit entre ses mains tandis qu'il entame sa course vers le panier adverse.
Kagami réagit aussitôt, il colle Aomine tandis que Takahiro se place sous le panier pour le défendre, et Seung se tient un peu en retrait pour intercepter en cas de passe vers l'arrière. Ils ont l'habitude de jouer ensemble et bougent avec naturel, ils ne se marchent pas sur les pieds et trouvent leur place instinctivement sur le terrain. Il talonne son adversaire et sent son parfum chatouiller ses narines, mais il ne se laisse pas distraire et ne le lâche pas d'une semelle pour le gêner dans son offensive.
Aomine entend et sent la pression que Kagami lui colle. S'il a... avait l'habitude de jouer avec Tetsu, c'est tout aussi vrai pour ses adversaires qui ont tous suivi le mouvement. Il accélère, pas encore sûr de ce qu'il va faire face à Takahiro. Il a envie de le tester un peu, d'humeur joueuse. Soudain il stoppe sa course, se retrouvant en sandwich entre les deux défenseurs. Il drible un peu, se positionnant pour avoir le plus d'espace possible, tenant Kagami à distance d'un bras, cherchant un soutien du regard. Naoko est aux prises avec Seung et évidemment, tout le monde a oublié son allié. Un mouvement attire son attention et bientôt il sent la balle quitter ses doigts. Libéré de son fardeau, il peut se dégager de l'étau des joueurs adverses plus facilement. Démarqué, il réceptionne la passe de Kuroko et s'élance pour un dunk avant qu'on ne vienne s'interposer.
Kagami regarde Kuroko avec une certaine perplexité. Bizarrement, il a du mal à suivre ses déplacements sur le terrain. Il n'a pas l'air très athlétique, mais ses passes semblent d'une précision redoutable. Il hausse les épaules et récupère le ballon : la meilleure façon de percer ce mystère, c'est de continuer à jouer. Il se retrouve directement face à Aomine et dribble souplement d'une main à l'autre. Avec lui, il faut toujours rester mobile. Il surveille un mouvement du coin de l'œil et fait une passe au ras du sol en direction de Seung, qui se saisit du ballon avec sa vivacité habituelle et se met à courir comme un cabri. Une vraie pile électrique, ce type. Il n'est pas des plus subtils et c'est assez facile de lire ses intentions, mais il est rapide et vif. Pas autant qu'Aomine cependant, et Kagami sait qu'il ne garderait pas longtemps le ballon face à lui, alors il reste près de lui pour l'assister.
La vitesse du jeu qui vient pourtant de débuter lui convient parfaitement. Aomine se sent dans son élément, et empli d'une énergie débordante qui ne demande qu'à sortir de lui. Alors il bondit à la poursuite du ballon. Cette fois Naoko réussit à se libérer de son marquage pour venir l'assister avec une certaine hargne. La lutte est un peu brouillon mais Kagami sort victorieux de la bataille et fait une passe au troisième joueur qui patientait à l'écart. Aomine peut voir Kuroko tenter le contre, mais la défense n'est pas son fort, il se fait même bousculer un peu rudement dans la manœuvre. L'égalisation est malheureusement immédiate. Il s'essuie le front, conscient qu'il ne pourra pas être partout en même temps en s'assurant que son ami va bien.
Kagami apprécie plus que tout ces matchs de streetball où les échanges sont rapides, où on n'hésite pas à se bousculer, où on joue seulement avec les règles basiques, laissant la part belle aux coups bas mais aussi aux coups d'éclats. Chacun peut y développer son style librement et s'y épanouir. Il sourit et accélère la cadence, il a besoin de mettre un bon dunk, l'énergie fourmille dans ses jambes. Mais là tout de suite, c'est Aomine qui en a l'intention. Il bondit et cueille le ballon au vol, le renvoyant immédiatement vers Takahiro qui profite d'une belle ouverture pour tenter le tir à trois points. Le ballon rebondit sur l'arceau et retombe dans les mains de Naoko, mais il remonte aussitôt pour s'opposer à elle. Elle cherche la faille, sourcils froncés, tentant des percées aussitôt avortées. Ça l'énerve, c’est évident, et ça l'amuse toujours de voir son nez se plisser de mécontentement alors qu'elle essaie de se débarrasser de lui.
Aomine voit sa coéquipière en galère. Il échappe au joueur qui a pris la place de Kagami facilement pour se positionner dans champ de vision de la jeune femme et lui indiquer Kuroko sur sa gauche. Elle aussi a tendance à l'oublier. Une fois en possession de la balle Kuroko se précipite, esquivant Kagami de justesse. Au lieu de s'approcher de lui, Aomine s'éloigne en courant vers leur panier. La passe boostée qu'il reçoit n'a pas perdu en intensité, mais un peu en précision, Kuroko semble un peu rouillé mais il réussit quand même à la récupérer. Emporté par son élan, et enfin entré pleinement dans le jeu il ne joue pas avec Seung qui se place face à lui. Il drible rapidement, droite gauche droite gauche pour le désorienter et saute sur sa droite. Un frisson le parcourt quand il pousse la balle dans le filet, suspendu à l'arceau. Souplement, il se laisse retomber et vient cogner le poing que son ombre lui tend, un sourire franc et un peu ému illuminant son visage.
Kagami remarque une belle harmonie entre Aomine et son ami, ça se voit qu'ils ont souvent joué ensemble. Il se rappelle les paroles d'Aomine sur les joueurs qu'on connaît par cœur si bien qu'on sait toujours où ils se trouvent sur le terrain, et devine que c'est le cas pour ces deux-là. Ça lui rappelle les innombrables matchs qu'il a livrés avec Tatsuya en Californie, chacun se tirant vers le haut et s'épaulant dans la difficulté, se vouant une confiance absolue, et son cœur se serre un peu en constatant comme ça lui manque. Mais il chasse ces souvenirs pour se recentrer sur le match. Il n'a pas encore assez marqué à son goût et il compte bien y remédier. Ses coéquipiers sentent son empressement et l'assistent pour la percée d'offensive, et quand il bondit enfin pour le dunk, il doit livrer un duel aérien contre Aomine qui se dresse de toute sa hauteur contre lui. Il sourit, il sait qu'il a sauté plus haut, et avec une assurance inébranlable, il balaie sa défense et flanque le ballon dans les filets avec un frisson de satisfaction.
Quand Aomine redescend avant lui, il sait qu'il a perdu le duel. Dans les airs, Kagami le domine. Ça il l'a compris dès leur premier match. Mais ça ne l'empêche pas de toujours essayer. Il devrait être agacé de voir l'écart se resserrer mais il ne peut retenir son sourire. Un brin moqueur, avant de filer se replacer au centre du terrain il souffle à son fauve de rival :
« Copieur... »
Kagami sourit, satisfait, imperméable aux provocations d'Aomine. Il essuie son visage dans son t-shirt et se prépare à enchaîner. Les échanges vont vite et ses coéquipiers, qui se débrouillent bien mais ne sont pas aussi sportifs que lui, commencent à fatiguer et Seung finit par réclamer une pause. Kagami en profite pour s'approcher de Kuroko et le considère, sourcils froncés, comme s'il était une plante bizarre qui aurait poussé pendant la nuit sur son balcon.
« T'as un drôle de style sur le terrain. Mais tes passes sont efficaces. »
Kuroko ne sourcille pas sous le regard presque réprobateur de Kagami et l'observe en retour de plus près. Aomine ne lui en avait pas trop dit, et il doit bien avouer qu'il est un peu surpris de trouver un joueur aussi doué, dégageant une aura qui lui semble étrangement familière. Il jette un regard à Aomine, qui continue de faire des paniers pour ne pas se refroidir et répond, avec une esquisse de sourire :
« Merci Kagami-kun... Il fallait bien que je trouve quelque chose pour le suivre. »
Kagami hoche la tête et son expression s'adoucit. À son tour, il lance un regard à Aomine. C'est sûr que pas grand-monde ne peut le suivre, et il est assez admiratif de l'investissement de Kuroko, qui n'a pas les mêmes capacités physiques. Il reporte son attention sur lui et commente :
« C'est une façon inventive de le faire. Vous jouez depuis longtemps ensemble ?
— Depuis le collège. Au départ on n'était pas dans la même équipe, je n'avais pas le niveau. Pourtant... Aomine-kun ne m'a pas lâché. Quand il a découvert que je travaillais plus tard tous les soirs il m'a aidé à progresser jusqu'à ce que je trouve mon style et intègre son équipe. »
Ça lui fait un peu bizarre de raconter cette histoire à un parfait inconnu, mais l'intérêt sincère que semble y porter Kagami l'incite à se confier. Il espère simplement que Aomine ne lui en voudra pas de trop en dire. Il déteste quand on vante ses mérites, malgré ses faux airs imbus de lui-même qu'il se donne.
Du coin de l'œil, Aomine voit ses deux amis discuter. Il ne sait pas de quoi, et ne préfère pas le savoir. Il fait comme si de rien était puis repart dans un drible contre un adversaire invisible.
Le récit de Kuroko ne surprend pas vraiment Kagami, dans le sens où il a perçu ce désir chez Aomine de se rendre utile et de protéger autrui.
« Je vois... C'est cool que vous jouiez encore ensemble aujourd'hui. Il est très doué. À vrai dire, j'avais encore jamais rencontré d'adversaire comme lui. »
De nouveau, son regard dérive vers le brun, il en profite pour admirer sa gestuelle à son aise maintenant qu'il n'est plus sur le terrain. Et il remarque qu'il n'est pas le seul à le faire. Naoko le dévore littéralement des yeux, et la connaissant, il est presque sûr qu'elle va l'inviter à sortir avec elle, et cette idée ne lui plaît pas du tout. Il chasse cette pensée pour se réintéresser à Kuroko.
« Et au lycée vous étiez dans la même équipe aussi ? »
Kuroko se tend un peu à la question. Il n'est pas certain que ce soit à lui de parler de cette période à Kagami. Il se concentre sur son masque d'impassibilité et esquive comme il peut.
« Non, pas dans le même lycée. Tu n'es pas banal non plus Kagami-kun. Je comprends mieux l'engouement d'Aomine-kun à ton sujet. Avec toi il peut jouer sans retenue. »
Kagami s'éclaire d'un sourire, tout en surveillant d'un œil Naoko qui s'est approchée d'Aomine.
« Ouais, j'ai la même impression », confirme-t-il.
La jeune fille se plante à côté du brun et lui adresse un sourire se voulant désarmant.
« Hé, tu joues vachement bien. On dirait un pro ! T'as quel âge ? » enchaîne-t-elle avec candeur.
La démarche de la jeune femme qui s'avance vers lui est différente que pendant le match. Il lui paraît évident qu'elle veut se donner un air de séductrice. Sa question l'amuse. Il sait que son physique avantageux attise la convoitise. Il en a même joué pendant un moment. Et à l'occasion, pour tromper la solitude. Mais il se voit mal faire ça avec une amie de Kagami. Surtout s'ils sont amenés à se revoir ici sur le terrain. Alors il reste poli mais un peu distant.
« Merci. J'ai eu 25 ans y a pas longtemps.
— La chaaannnce... Je rêve d'avoir mon indépendance mais j'ai encore que dix-huit ans. J'ai trouvé un job à temps partiel c'est déjà ça ! Hé... » Elle s'approche encore et demande sur le ton de la confidence : « Ça te dirait qu'on aille boire un café après le match ? »
Aomine se crispe un peu. Et recule d'un pas. Elle a du cran la gamine... Il regarde en direction de Kagami, cherchant un quelconque soutien puis revient à Naoko. Il se gratte l'arrière du crâne un peu gêné par la situation. Il se râcle la gorge pour reprendre contenance et plus assuré il la botte en touche.
« Désolé, ça va pas être possible. Je suis pris ce soir, et demain aussi. » ajoute-t-il avant qu'elle ne propose de remettre ça a plus tard.
Kagami serre la mâchoire s'efforçant de ne pas les fixer de manière trop évidente. Cependant, à la moue contrariée de Naoko qui s'éloigne, il devine qu'Aomine a repoussé ses avances. D'ailleurs, il se demande pourquoi : elle est un peu jeune, certes, mais mignonne, drôle, et plutôt mature. Peut-être que quelqu'un d'autre a déjà retenu son attention. À ces pensées, il se colle une claque mentale. Ça ne rime à rien de penser à ça. Il vide une partie de sa bouteille d'eau et retourne sur le terrain en lançant à la cantonade :
« Bon les gars, on s'y remet ? »
Kuroko n'a rien manqué de l'échange entre la jeune femme et Aomine, ni du fait qu'il n'a pas été le seul... Il met ça de côté, s'intimant de rester attentif. Il rejoint le terrain, décidément heureux d'avoir l'opportunité de se défouler un peu avec un ballon.
C'est avec appréciation et un certain soulagement qu'Aomine accueille la reprise. Il espère ne pas avoir blessé Naoko et que sa déconvenue ne l'empêchera pas de jouer avec lui. Pour s'en assurer, il lui laisse la balle pour la prochaine attaque. Il adresse un regard à Kuroko et se dernier hoche la tête avec son fameux regard déterminé en réponse à sa question silencieuse.
Le jeu reprend, Naoko fonce vers le panier mais Takahiro profite de sa taille supérieure pour l'empêcher de marquer. Il récupère le ballon et fait la passe à Kagami, qui remonte le terrain en duo avec Seung, se faisant des passes ingénieuses pour esquiver la défense au fur et à mesure. Mais c'est sans compter Kuroko qui sait si bien se faire oublier et subtilise le ballon au jeune Coréen pratiquement comme un prestidigitateur. Kagami non plus n'avait rien vu venir. Décidément, l'ami d'Aomine est étonnant.
Ravi de l'efficacité des tours de passe-passe de Kuroko, Aomine n'en est que plus motivé. La pause lui aura permis de se focaliser sur le jeu. De se recentrer sur lui, rassemblant ses forces et ses capacités. Comme toujours, il sent ses sens s'affuter et ses réflexes s'améliorer tandis qu'il se laisse happer par le jeu. Naoko fait plus attention à Tetsu et capte sa passe. Il surveille l'arrivé de Kagami qu'il sait le plus dangereux cherchant à deviner dans ses gestes s'il va le marquer lui ou préférer affronter la jeune femme.
Kagami vient au contact d'Aomine, c'est lui qui a le plus de chance de marquer et il ne compte pas le laisser faire. Il se concentre sur son rival, imitant sa gestuelle et se faisant son miroir afin de contrer toutes ses tentatives. Ça lui permet d'étudier son style plus en profondeur, de remarquer ses petites manies, mais Aomine reste un adversaire imprévisible et il se glisse sous sa garde avec une aisance diabolique au moment où il tente de bloquer une passe.
Il jubile. Kagami bouge bien, arrive à le lire mais la réciproque est tout aussi vraie. Trop focalisé sur le haut de son corps, il en profite pour changer d'appuis et sortir de son emprise en récupérant la balle sur son passage. Il sait qu'il a encore accéléré, pourtant Kagami le suit. Aomine s'élance tout de même au panier en bondissant, obligeant le tigre à tenter le contre par derrière. Sous lui, Naoko attend pour le rebond. Avant que le défenseur sur ressort ne lui pique son bien, il fait la passe à la jeune femme qui s'élance à son tour, avant que Kagami ne redescende. Son incroyable détente à un point faible... plus il va haut, plus il met de temps à rejoindre le sol.
Il est trop tard pour bloquer le tir de Naoko, qui parvient à mettre le ballon dans le panier. C'était une belle passe, Aomine est un bon joueur solo mais il sait très bien exploiter les opportunités et faire briller ses coéquipiers quand nécessaire. Encore un bon point dans la liste qu'il dresse mentalement depuis leur première rencontre. Il récupère le ballon et repasse une nouvelle fois à l'attaque. Le match est plutôt équilibré finalement, même si Kuroko et sa capacité à disparaître font pencher la balance du côté de l'équipe d'Aomine. Sans compter que ce dernier semble gagner en puissance au fur et à mesure du match, une chose que Kagami avait déjà notée la dernière fois. Il devient plus agile, plus rapide, et il doit se démener pour ne pas rester sur le carreau. Ça lui fait du bien, ça le pousse à sortir de sa réserve et à affûter ses meilleurs instincts. Leurs coéquipiers commencent à fatiguer, ce qui leur laisse encore davantage de place pour s'affronter directement, et leur énergie à eux semble inépuisable.
Kuroko n'en peut plus. L'excitation et l'adrénaline lui ont permis de tenir plus que ce qu'il s'était imaginé. Contrairement à Aomine, il ne fait pas autant de sport. Il s'entretient un minimum mais l'endurance lui a toujours fait défaut. Les mains sur les genoux, il inspire de grandes goulées d'air pour calmer son rythme cardiaque. Quand il se redresse, toujours essoufflé, il est plutôt rassuré de voir qu'il n'est pas le seul. Seung est déjà assis au bord du terrain et Naoko semble avoir un point de côté. Il se décide à les rejoindre pour boire un coup, et lorsqu'il le voit quitter le terrain Takahiro fait de même, dégoulinant de sueur.
Tellement loin dans sa concentration, Aomine ne remarque pas la désertion de ses coéquipiers. De toute façon, il en est à un stade où l'affrontement n'a plus rien d'un jeu. Kagami dégage enfin la même chose que la dernière fois. Cette aura bestiale et ce regard de braise qui incite au combat à mort. Ce feu ardent qu'il sent bouillonner en lui en permanence mais qui ne se dévoile que lorsqu'ils jouent à ce niveau. Celui où plus rien n'existe autour.
Il veut le voir, s'en approcher, quitte à se brûler comme Icare. Il sent son adversaire tout proche de se consumer. Alors il se fait provocant, driblant entre ses jambes, derrière lui, se permettant le luxe de dribler aussi entre celles de Kagami qui semble hypnotisé par le rythme qu'il impose à la balle.
Kagami remarque que les autres ont renoncé. Ce n'est pas la première fois, ça arrive parfois avec Alex. Il n'est pas mécontent d'avoir le terrain pour lui et Aomine, qui semble vouloir le pousser à bout. Il ne se laisse pas démonter, jamais il n'abandonne, même quand l'espoir ne semble plus permis. Il a toujours su trouver en lui des réserves cachées lorsque les choses deviennent rudes, et s'il ne gagne pas toujours, il oppose une résistance constante et acharnée. Alors il suit le rythme d'Aomine et chaque fois qu'il encaisse un panier, il rend la pareille, martyrisant la structure métallique avec ses meilleurs dunks.
À part Aomine, Kuroko n'avait jamais vu personne d’autre entrer dans un tel état. Cette sorte de transe où le joueur devient une incarnation pure et brute du basket. Il en reste ahuri, émerveillé par le match qui se déroule sous ses yeux. Mais au-delà de ça, Kuroko ne se souvient pas avoir vu sa lumière si épanouie ses dernières années. Ce qu'irradie Aomine en cet instant le ramène des années plus loin. Quand il l’a rencontré. Confiant, insouciant, débordant d’énergie et d’ambitions. Il était aux premières loges quand son ami s'est effondré, impuissant à alléger sa peine. Pourtant il est resté, patiemment il a attendu qu’Aomine s’ouvre à nouveau. Ce qu’il a fini par faire, s’autorisant à demander de l’aide. Le basket est revenu peu après. Jamais il n’a douté qu’il reprendrait, c’est plus qu’un sport pour lui, le basket fait partie de ce qu’il est, il n’aurait pas pu le renier éternellement. Et il constate aujourd'hui encore une fois combien c'est vrai.
En fait, l’uniforme l’a beaucoup aidé. Aomine n’a jamais été de ceux qui se laissent porter par l’existence, qui se contentent de ce qu’ils ont. Plus jeune il était sans peurs, déterminé, avec une rage de vaincre et une faim dévorante. Son boulot lui a offert de nouveaux objectifs, une mission à remplir, un vrai but à poursuivre. Et même s’il avait trouvé ça étrange au départ, finalement il trouve que flic, ça lui va bien. Aomine a toujours été quelqu’un d'extrêmement généreux, et doté d’un instinct de protection envers ses proches très aiguisé.
Pourtant, le sourire qu’il affiche en cet instant l’éblouit. Sa poitrine se serre en observant les deux joueurs, complices comme s’ils jouaient ensemble depuis toujours. Kagami arrive non seulement à lui tenir tête mais aussi à le mettre en difficulté. Ça le touche plus qu’il ne l’aurait cru, comme s’il l'avait attendu lui aussi. Depuis qu'il en a entendu parler, il avait hâte de rencontrer celui qui avait bien pu susciter autant d’intérêt chez son ami, et on peut dire qu'il est loin d'être déçu…
Ils pourraient continuer encore longtemps, et à vrai dire, Kagami a perdu le compte des points. Mais peu à peu la fatigue grignote sa concentration intense et il sort de cet état second qu'il atteint parfois au basket, bien que ça n’arrive pas souvent ces derniers temps. Avec Alex, il a toujours quelque chose à apprendre et il entre rarement dans cet état d'esprit où il cesse d'observer et se fond entièrement dans l'action. Mais avec Aomine c'est possible, il n'a pas besoin de se limiter, il peut juste jouer jusqu'à l'épuisement. Cette pureté des sensations quand son corps et son esprit ne font qu'un, cette violence qu'il sent monter en lui et qu'il canalise dans des gestes techniques, ça a quelque chose de libérateur, et il se sent plus léger, comme nettoyé de tout ce qui encombre habituellement ses pensées. Il pose les mains sur ses genoux tandis qu'il reprend son souffle, le regard fixé sur le bitume craquelé du terrain alors que son cœur martèle ses côtes. Finalement, il relève la tête et sourit à Aomine.
« Honnêtement, je sais pas si je suis censé te payer la bouffe aujourd'hui, mais en tout cas, j'arrête là. »
Ce n'est que lorsque Kagami s'arrête qu'il réalise à quel point il est vidé lui aussi. Il sait pourquoi il avait tellement hâte de rejouer contre Kagami. Cet état second est addictif, encore plus quand l'adversaire y sombre aussi. À chaque fois qu'il en sort, il lui faut quelques instants pour réintégrer son corps et rassembler ses pensées mises en pause, revenir s'ancrer dans l'espace-temps duquel il s'évade. Il est en nage et il lui faut un petit moment pour retrouver son souffle avant de répondre.
« Je suis pas sûr, mais je crois que je menais avant que je perde le compte.
— Je pense aussi. Va pour la bouffe alors ! »
Kagami rigole et passe une main dans ses cheveux mouillés de sueur avant de se redresser. Il pêche sa serviette dans son sac de sport et s'éponge le visage.
« Eh ben, vous déconnez zéro tous les deux ! s'exclame Seung, sifflant d'admiration. C'était impressionnant ! »
Kagami sourit :
« Thanks.
— J'avoue, j'avais encore jamais vu ça sur un terrain de street, approuve Takahiro. Si vous faites équipe moi je joue pas en face !
— Froussard ! persifle Seung.
— Bah tu vois bien qu'on est moins bons !
— C'est pas une raison ! s'entête le jeune homme.
— Moi j'ai pas peur de jouer contre les deux », affirme Naoko, qui ne s'avoue jamais vaincue quitte à se montrer de mauvaise foi.
Kagami écoute ces échanges en riant, et descend goulûment sa bouteille d'eau.
« Vous en faites pas, on tâchera de garder des équipes équilibrées ! »
Kuroko écoute l'échange avec amusement. Il s'approche d'Aomine en lui tendant une bouteille. Son ami le gratifie d'un immense sourire.
« Et toi Tetsu ? Ça t'a plu de rejouer ?
— Évidemment. Ça faisait trop longtemps, merci pour l'invitation. Et pour le spectacle. Je... Il y a encore plus longtemps que je ne t'avais pas vu comme ça. »
Aomine se sent rougir de gêne sous le regard admiratif de Kuroko. Il enroule son bras autour de ses épaules et l'étreint un peu contre lui en rigolant, cachant au mieux combien il est touché par ses mots. Mais aussi pour éviter qu'il n'en rajoute.
« La prochaine fois, pour les plus courageux on peut inverser les teams », propose-t-il, franchement curieux de savoir ce que Kagami et lui seraient capables de faire en étant du même côté.
« Ouais ! approuve Naoko en levant le poing, apparemment remise du râteau qu'Aomine lui a mis plus tôt.
— Ça me va, dit Kagami.
— Bon, c'était cool les gars, mais je dois y aller, dit Takahiro.
— Moi aussi... ajoute Seung. C'était sympa de vous rencontrer. J'aime bien ton style, Kuroko !
— Oh euh... merci. Oui c'était sympa.
— Salut les gars, sûrement à une prochaine, ajoute Aomine.
— Attendez je viens avec vous ! » s'exclame Naoko en les voyant s'éloigner. Elle attrape son sac et adresse un signe de la main et un sourire aux trois restants, s'attardant un instant de plus sur Aomine avant de faire volte-face et de courir pour rattraper les autres.
Kagami regarde le brun et dit :
« Tu la veux maintenant ta bouffe ? C'est l'heure du goûter ! Et toi Kuroko, t'as faim ?
— J'en sais rien. Un truc frais c'est possible ?
— Je ne saute jamais le gouter. Et quelque chose me dit que tu vas pas tarder d'avoir faim. »
Aomine le taquine un peu mais vu l'énergie qu'il a dépensé sur le terrain pour le suivre, et son propre état, il est plutôt sûr de ce qu'il avance.
« Je suis mort de faim, confirme Kagami. J'ai même pas fait un vrai déjeuner. On n'a qu'à aller au Maji Burger, ils font des bons milkshakes. Et des muffins sympas aussi. »
Même si lui va probablement opter pour des burgers, il en salive d'avance. Il range ses affaires et passe son sac sur son épaule.
« Prêts ?
— On te suit ! » déclare joyeusement Aomine en entraînant Tetsu.
Un bras sur les épaules de son ami, il parcourt les quelques mètres qui les séparent du fast food. En entrant, les odeurs emplissent ses narines. À cette heure-ci il aurait pu le vivre comme une agression olfactive, mais au contraire ça ne fait qu'accentuer sa faim. Finalement le gouter va finir en encas...
Kagami commande une pile de burgers – ça fait longtemps que ça n'étonne plus aucun employé ici – ainsi qu'un grand verre de soda. Une fois les commandes des deux autres passées, ils s'installent à une table près de la fenêtre, où il attend sa nourriture tant bien que mal, son regard surveillant les cuisines comme un fauve à l'affût de sa proie.
Aomine sent la jambe de son vis-à-vis sous la table qui s'agite et ricane. Il pose un de ses trois teriyaki burger devant l'affamé en ricanant.
« Tiens, mange avant de bouffer quelqu'un. Tu me fileras un cheese... »
Kagami regarde le burger posé devant lui avec désir, puis relève les yeux vers Aomine :
« C'est vrai ?! Thanks ! »
Il n'attend pas et déballe le sandwich dans lequel il mord à pleines dents en poussant un soupir de plaisir, comme si c'était le meilleur plat au monde. Il sait que la nourriture ici n'est pas le summum de la qualité, mais ça lui rappelle son enfance quand sa mère l'emmenait ici avant leur départ aux USA, alors pour lui, c'est toujours un délice. Sans compter que ce match épuisant a dû liquider toutes les calories absorbées au petit-déjeuner.
La réaction de Kagami lui rappelle un peu la veille. Quand il a complètement lâché prise. Son plaisir évident à se remplir la pense lui arrache un sourire et il mord à son tour dans un sandwich, savourant particulièrement la sauce. À côté de lui, Kuroko sirote son milkshake vanille en les regardant tour à tour.
Fascinant... Aomine lui a dit qu'ils se connaissaient depuis quand déjà ? Il ne sait pas ce qui l'étonne le plus, la montagne de burgers qu'a commandée Kagami qui pourrait sauver de la famine un village entier du tiers monde, ou le fait que son vieil ami lui ait donné de son plein gré un teriyaki burger. Les deux dévorent leur pitance en silence, et une fois n'est pas coutume, il se sent totalement invisible.
Kagami enchaîne alors que le reste de ses burgers arrive finalement, il n'y a rien de meilleur qu'un repas gargantuesque après un bon basket. Finalement il ralentit un peu le rythme et relève les yeux vers Aomine.
« Alors t'as pensé quoi de mes potes de basket ? Ils ont pas ton niveau, mais ils sont de bonne volonté. Ils se sont bien accrochés, je trouve.
— Ouais t'as pas tort. Seung manque d'endurance mais il est vif. Takahiro est un bon pivot. » Il se renfrogne un peu en évoquant la dernière, préférant oublier l'audace de la jeune femme. « Et Naoko a la niak. Dommage qu'elle s'empresse, elle a de bons réflexes… Et toi ? Qu'as-tu pensé de mon arme secrète ? »
Il demande en ébouriffant les cheveux de Tetsu comme il l'a si souvent fait. Ce qui lui vaut comme toujours, un coup de coude dans les côtes et un regard assassin. Il encaisse sans broncher, plus amusé qu'autre chose en attendant les impressions de Kagami.
Kagami observe ce geste amical, qui lui enseigne une nouvelle chose sur Aomine : il est plutôt tactile et affectueux. Et évidemment, il trouve ça charmant. Il réfléchit à sa question, contemplant Kuroko quelques secondes avant de répondre sans le lâcher du regard :
« Elle est plutôt étonnante, ton arme secrète. Comment tu fais pour disparaître comme ça ? Y a des moments où c'était comme si... J'avais oublié que t'étais là. »
Un rictus s'étire sur un coin de sa bouche. Aomine est curieux de savoir si Kuroko va lui révéler le truc. Et évidemment de la réaction de Kagami s'il le fait. Laissant la parole à son ami, il entame un des cheeseburgers de son rival. Pas mauvais non plus.
Kuroko lance un regard à Aomine. Il n'a pas l'impression qu'il soit contre l'idée de révéler le pot-aux-rose. Mais plutôt que de lui expliquer, il préfère tenter de lui faire comprendre.
« Je ne disparaîs pas vraiment. Je suis une ombre. Si je peux servir mes coéquipiers, c'est parce que je me sers d'eux. »
Kagami fronce les sourcils devant ce discours qui lui semble totalement mystique et demande :
« Comment ça, tu te sers d'eux ? Je pense pas que c'est aussi simple que de se cacher derrière eux ! »
Bien que quand il y réfléchit, il lui semble qu'il faudrait être plutôt doué pour réussir à se cacher derrière une personne en mouvement.
Aomine se marre à l'idée d'un Kuroko collé à ses basques comme une vraie ombre. Il le met un peu plus sur la voie.
« Il y a un peu de ça. Mais il ne se cache pas au sens propre. »
Kagami mastique son burger, regardant chacun de ses vis à vis tour à tour et se contente de grogner, perplexe, attendant qu'on lui donne de plus amples explications.
Kuroko prend pitié de Kagami, alors que son complice semble prendre un malin plaisir à le faire mariner.
« Et si je te dis que sans lumière, les ombres n'existent pas ? »
Aomine lève les yeux au ciel, déçu de voir le petit jeu prendre fin. Puis pour enfoncer le clou, il sort son sourire narquois breveté, fier que leur duo ait encore si bien fonctionné et ajoute en mordant dans une frite :
« Et plus intense est la lumière... »
Kagami s'arrête de mastiquer quelques instants : il commence à se demander si les deux amis ne sont pas tombés sur la tête, finalement. Puis, il hausse les épaules et reprend la dégustation de son burger.
« J'ai pas tout compris, mais bon, j'imagine que je vois le principe. »
Kuroko et Aomine échangent un regard interloqué. Aomine n'est pas sûr que Kagami ait vraiment saisi mais bon, il imagine qu'il aura le temps de comprendre la prochaine fois qu'ils joueront ensemble. Il boit un peu de soda pour faire passer les sandwichs et revient finalement sur les amis de Kagami.
« Au fait... t'aurais pu prévenir pour Naoko. Elle est du genre direct comme nana. »
Kagami se renfrogne :
« Oh... Yeah. Elle a pas froid aux yeux. Ça m'étonnerait pas qu'elle retente quelque chose, j'pense que tu lui as tapé dans l'œil. »
Et ça doit arriver souvent, ajoute-t-il mentalement, et cette pensée est rageante.
C'est ce qu'Aomine a cru comprendre aussi... Il soupir en s'enfonçant sur son siège, agacé d'avance. Si elle devient trop insistante, il va devoir être plus ferme et il redoute déjà. D'autant que techniquement parlant, il n'a pas vraiment d'excuses pour refuser l'invitation, à part le fait qu'elle ne l'attire pas spécialement et qu'il la trouve trop jeune.
« Mouais... » marmonne-t-il avant de se venger de nouveau sur sa paille.
Kagami lui jette un coup d'œil furtif. Visiblement, Aomine n'aime pas être au centre des attentions de la jeune femme. D'un côté, ça le rassure, mais en même temps, son hypothèse selon laquelle Aomine a déjà quelqu'un en tête refait surface. Ça arrivera tôt ou tard de toute façon, il faut qu'il se fasse à l'idée, même s'il n'en a aucune envie. Et ces pensées le dépriment alors il s'efforce de les repousser une nouvelle fois tandis qu'il termine ses burgers.
Kagami semble soudain perdu dans ses pensées, et sa petite théorie revient chatouiller sa conscience. Il observe son vis-à-vis un moment. Son instinct d'enquêteur le titille mais il se demande si aller sur ce terrain-là ne serait pas franchir une des limites qu'ils ont tacitement décidé d'établir. Mais avant qu'il ne se décide, Kuroko le devance, lançant le plus innocemment du monde, manquant de le faire s'étouffer avec son soda :
« Et toi Kagami-kun ? Tu as quelqu'un dans le viseur ?»
Kagami relève les yeux, pris au dépourvu par la question. Il trouve la terriblement indiscrète, puisqu'ils viennent à peine de se rencontrer, et pourtant Kuroko la pose avec le plus grand naturel. Il prend une gorgée de soda et marmonne :
« Sorry mais j'crois que ça, c'est plutôt mes affaires... »
Kuroko hausse les épaules et retourne à son milkshake. Ignorant royalement le regard meurtrier de son ami qu'il entend plaider pour sa défense.
« Excuse-le... Tetsu n'a pas de filtre. Si tu savais combien de fois j'ai dû le sortir de la merde à cause de ça... »
Aomine est tendu. Il a oublié de mettre sa muselière à Kuroko... Tout se passait bien pourtant, il n'a pas envie que Kagami se renferme ou qu'il le prenne mal.
« C'pas grave... »
Kagami considère Kuroko qui continue placidement à boire son milkshake et se demande à quel autre genre de questions incongrues il doit s'attendre s'ils se revoient.
Kuroko sent le regard inquisiteur sur lui. Il sait que Aomine fulmine à côté, et ça l'étonne un peu puisque tout à l'heure ça ne le dérangeait pas d'embêter Kagami. Il y avait certainement plus subtil comme stratégie mais il n'avait pas le temps pour les questions détournées. Il aspire le fond de sa boisson puis esquisse un mouvement de retraite stratégique.
« Merci pour le milkshake Kagami-kun, ravi d'avoir fait ta connaissance. Je vais vous laisser. J'aimerais me reposer avant mon service. »
Aomine se lève pour le laisser passer, un peu confus. Il ne sait pas s'il doit le suivre ou non. Il n'a pas envie de partir mais en même temps il n'a pas de raison de rester...
Kagami le regarde faire, un peu surpris par ce départ soudain.
« Oh... OK. Merci d'être venu. À plus. »
Puis, il lance un coup d'œil interrogatif à Aomine, se demandant s'il va partir lui aussi.
« Tu veux que je te raccompagne Tetsu ?
— Non ne t'en fais pas ça ira.
— T'es sûr ?
— Oui Aomine-kun je suis sûr. À bientôt. »
Incrédule, Aomine regarde son ami sortir et les saluer une dernière fois en passant devant la baie vitrée. Il aurait aimé pouvoir échanger avec lui sur la journée, avoir son ressenti. Et surtout comprendre pourquoi il a été si familier avec Kagami. Ça ne lui ressemble pas. Il se dit qu'il passera peut-être le voir plus tard pour savoir quelle mouche l'a piqué. En attendant il est quand même content de pouvoir prolonger l'après-midi avec Kagami. Ils vont pouvoir s'organiser de vive voix pour demain. Si ça tient toujours.
Kagami se gratte la tête, perplexe. Il sait qu'il n'est parfois pas des plus diplomates, mais il travaille là-dessus et dans une situation comme celle-ci, il choisit ses mots avec précaution. Kuroko lui a posé une question directe et personnelle, et avec toute la diplomatie possible, c'était difficile de lui faire une autre réponse. Malgré tout, il a un doute, maintenant. Il demande à Aomine quand il se rassoit :
« Hm... Tu crois que je l'ai vexé ?
— Non t'inquiète. Il te l'aurait dit. »
Aomine lui adresse un sourire rassurant. Kagami avait tous les droits de l'envoyer sur les roses, et même si Tetsu s'en était offensé il n'aurait pas vraiment pu le défendre. Quelque part ça le soulage de ne pas avoir eu à statuer.
Kagami se détend à cette affirmation et sirote la fin de son soda. Il a bien vu qu'une amitié solide liait Kuroko et Aomine et il n'aurait pas aimé causer des embrouilles.
« En tout cas c'était intéressant de jouer avec lui, j'avais jamais vu personne se comporter comme ça sur le terrain. Tu crois qu'il voudra revenir ? »
L'ambiance s'allège et il se détend imperceptiblement. Kagami lui prouve encore qu'il n'est pas du genre rancunier. Il est content que le style de son ami lui ait plu. Que Kuroko fasse toujours sensation et la différence sur un terrain. Il sait que ça lui fera plaisir de revenir. Plusieurs fois il lui a confié que le basket lui manquait, mais son jeu est contraignant, seul avec un panier et un ballon, il ne peut pas s'épanouir, quand lui ça lui suffit.
« J'en suis sûr. Il vit un peu en décalé lui aussi, alors j'imagine qu'il sera dispo certains aprèm.
— Okay, nice ! Je connais par cœur la façon de jouer de tous ceux qui viennent sur ce terrain, un peu de changement, c'est cool. Et je suis sûr qu'il intéressera Alex aussi !
— Je comprends. Moi c'est pareil, je tournais un peu en rond avec les mêmes adversaires. C'est chouette de changer. »
Aomine sort son portable et sélectionne l'application météo en terminant son verre dans un gargouillis sonore et caractéristique.
« Bon ! Qu'est-ce qu'il faut regarder pour savoir si on aura de bonnes vagues demain ? »
Kagami sourit.
« Le site de l'asso des surfeurs de Tokyo, ils mettent en ligne des prévisions tous les jours. Attends. »
Il sort son portable et vérifie les conditions pour le spot dont il a l'habitude, et son visage s'illumine :
« Nickel ! Demain y aura de quoi s'amuser.
— Fait voir ? » s'enthousiasme Aomine en se penchant pour apercevoir l'écran que Kagami lui tend.
Il ne savait pas qu'un tel site existait et c'est bien plus détaillé que la météo traditionnelle. Il y a l'ensoleillement et la température, mais aussi celle estimée de l'eau, la force et le sens des vents, et ça pour chaque spot répertorié de la métropole. Il ne comprend pas forcément tous les indicateurs, mais si Kagami pense que c'est bon il veut bien le croire.
« Pratique la technologie, hein ! »
Kagami sourit. À l'idée qu'il pourrait aller surfer régulièrement avec Aomine, son cœur bondit de joie. C'est un sport qu'il aime pratiquer en solitaire, mais ce serait amusant à deux aussi. Il a hâte de voir comment le brun se débrouille sur une planche.
« On peut y aller en train. On pourrait partir en début d'aprem.
— Il n'y aura pas trop de monde ? Si on y va un peu plus tôt on pourrait pique-niquer là-bas non ? » propose Aomine.
C'est vrai qu'à la base, il avait prévu une grasse matinée, mais la perspective de retourner surfer après tout ce temps l'excite trop. Et puis un dimanche, c'est vrai qu'il peut y avoir foule, autant réserver sa place sur la plage le plus tôt possible. Les souvenirs de ses vacances annuelles à Osaka avec la bande lui reviennent plus nettement et plus vivement, lui arrachant un sourire. Les fous rires, les chutes, leurs progressions et leur défis ridicules. Il se note mentalement de leur envoyer une photo demain, histoire de leur rappeler ces bons moments.
Kagami considère la proposition, c'est vrai que c'est tentant, et la mer est agréable le matin. Il sourit et hoche la tête.
« OK, c'est une bonne idée. On part à 11h alors ? »
Aomine acquisse, satisfait. Puis il regarde leur plateaux vides et l'heure sur son téléphone. Le temps qu'il passe en compagnie de son nouvel ami est toujours agréable et il ne le voit pas défiler. Mais il trouverait ça un peu abusé, et peut être déplacé de l'accaparer du vendredi soir jusqu'au dimanche. Il se gratte l'arrière de la tête et s'étire un peu en baillant. Le contrecoup du match et la somnolence de la digestion le guette.
« Je crois que je vais me rentrer. On se retrouve directement à la gare ? Tu m'enverras les horaires de train qui te semblent le mieux.
— OK, ça me va. »
Ils se lèvent et Kagami renfile son sweat avant de quitter le restaurant. Sur le trottoir, il sourit à Aomine :
« On se voit demain alors. Profite de ton samedi ! »
— Merci toi aussi. À demain ! » lui lance-t-il dans un dernier signe de la main en s'éloignant, sac sur l'épaule.
Kagami le suit des yeux un moment, perdu dans ses pensées, avant de se secouer pour partir de son côté. Il revient assez lentement chez lui, repensant à ce match, à sa rencontre avec Kuroko. Il a déjà hâte d'aller au surf le lendemain. Et tandis qu'il entre dans son immeuble et remonte les escaliers, la réalisation le frappe qu'il ne pourra pas "enterrer" ses sentiments envers Aomine. Plus il apprend à le connaître, plus il lui plaît. Il aime sa façon d'être, de s'exprimer, il aime son côté protecteur et attentionné, sa hargne sur le terrain... Alors, il va devoir vivre avec, comprend-il. C'est ce qu'il redoutait depuis le début... Mais il n'a plus le courage de faire marche arrière, de mettre fin à cette amitié naissante. Ce qui les rapproche dépasse cette chose stupide et pourtant si importante qu'on appelle orientation sexuelle. Cela au moins, il en est persuadé, et c'est à ça qu'il se raccroche. Mais c'est cette même orientation sexuelle qui pourrait les séparer, alors... Kagami n'a pas envie de suivre le conseil de Tatsuya. Tenter de séduire Aomine, ce serait risquer de le perdre. Et il ne veut pas ça. Il est déjà trop attaché à lui. Le voir disparaître soudainement de sa vie le blesserait profondément. Il soupire tandis qu'il déverrouille sa porte. Rien n'est jamais simple dans la vie, n'est-ce pas ?
Chapter Text
Une fois chez lui, comme la dernière fois qu'il a passé la journée avec Kagami, Aomine trouve le silence pesant, et son appartement trop grand. Il laisse tomber son sac dans l'entrée et s'affale sur son canapé ne sachant quoi faire de lui. Il ferme les yeux et très vite des images de leur affrontement lui reviennent, couvrant sa peau de chair de poule. Il revoit certaines de leurs actions qu'il n'a pas pris le temps de saluer sur le terrain, trop pris dans l'affrontement. Avant de se laisser glisser dans le sommeil, il se relève en sursaut. Une douche. Il ne peut pas rester tout poisseux comme ça. Sous l'eau chaude qui délasse ses muscles délicieusement, il poursuit le replay du match dans son esprit. Il a l'impression d'y être encore, prisonnier de sa concentration et de la défense farouche que lui oppose son rival, limitant ses mouvements et ses options, le contraignant à sortir des sentiers battus.
Un bruit finit par le sortir de sa méditation. Il tend l'oreille et reconnait le cliquetis de sa porte d'entrée qui se ferme. Il sourit et attrape le gel douche. Il ne sait pas ce qui amène Satsuki, mais il est plutôt content à l'idée qu'elle passe sa soirée avec lui. En sortant de la salle de bain, il la trouve assise par terre devant la télé, manette en main. Elle lui adresse un bref sourire quand il dépose un baiser sur le haut de son crâne. Sur la table basse il attrape le manga qu'il a entamé la veille et s'allonge de tout son long dans son divan dans un soupir de satisfaction.
« Tes copines t'ont lâchées ?
— Nan, ça me disait plus rien de sortir danser. Et je t'ai pas vu de la semaine.
— J'ai plutôt l'impression que c'est ma console qui t'a manquée... » fait-il remarquer à la jeune femme, sceptique.
Son amie se lève et le pousse sans ménagement pour s'installer à ses côtés en marmonnant pour elle-même. Il cale ses jambes sur les genoux de Momoï et revient à sa lecture, jetant de temps à autre un coup d'œil à son avancée dans le jeu vidéo. Apaisé par sa présence, la fatigue finissant par le rattraper il s'endort doucement au son d'un duel acharné.
Après une bonne douche, Kagami balaie du regard son appartement parfaitement rangé et se demande quoi faire. Il n'a pas envie de rester à mariner dans ses pensées. Alors, après une hésitation, il lance un stream. Il y a un RPG qui lui faisait de l'œil depuis un moment et qu'il n'a pas encore eu l'occasion de tester. Ça le sort un peu des jeux d'action dont il a l'habitude, et c'est tant mieux. Il a bien envie qu'on lui raconte une histoire, pour changer. Comme d'habitude, il parle peu mais salue quelques membres de sa communauté qui sont devenus des habitués, et au fur et à mesure de son live, il se détend et prend un peu plus ses aises, commentant davantage l'histoire et ses actions dans le jeu. Il n'est pas déçu par ce dernier qui l'absorbe dans son récit, et il oublie le temps qui passe tandis qu'il vit de nouvelles aventures dans un monde fantasy où il incarne un mage débutant. Il meurt souvent, rage beaucoup, rit parfois, et échange quelques blagues avec un gars de sa team qui est venu voir le live.
Ce n'est que tard dans la soirée qu'il déconnecte. Il se prépare un petit quelque chose à manger qu'il dévore devant une série, et finalement va se coucher. Il met du temps à trouver le sommeil cependant, ses pensées tournées vers la journée du lendemain. L'océan lui fera du bien. Quand il file sur les vagues, il a toujours la sensation que plus rien ne peut l'atteindre. Il défie les éléments et la gravité, se laissant emporter par la puissance sans limite de l'océan. Avec ces images en tête, il finit par sombrer dans le sommeil.
Après sa sieste, Aomine rejoignit la partie de son amie, l'assistant dans des quêtes difficiles à passer en solo. Il se demanda vaguement si Kagami était en train de jouer lui aussi, et cette idée lui plut beaucoup. Peut-être qu'il pourrait partager une game un de ces jours. Il se dit que Satsuki serait sûrement ravie d'avoir un partenaire plus doué que lui, qui passe plus de temps à faire l'andouille qu'avancer dans le jeu. Ils finirent par commander des pizzas, et Satsuki le quitta peu après minuit, préférant le laisser tranquille en apprenant qu'il se levait le lendemain. Pour être certain de ne pas louper l'heure il mit un réveil et se faufila dans les draps avec son livre.
Malgré son petit somme un peu plus tôt, il ne tarda pas à s'endormir. Il passa sa nuit sur une plage. Accompagné de ses anciens coéquipiers, entre souvenirs réels et imaginaires. Un par un, sans qu'il ne le réalise vraiment, ses amis s'évanouirent dans la nature et Kagami apparu à ses côtés. L'invitant à rejoindre la mer dont il pouvait sentir les embruns.
Quand son réveil sonne, il grogne. Aomine est un peu déboussolé. Pas certain de quel jour vient de se lever. Des bribes de son rêve lui revienne ce qui lui donne la sensation étrange d'avoir déjà vécu la journée surf qui était prévu. Dans le doute, il vérifie la date sur son téléphone et c'est avec un sourire qu'il réalise que cette journée l'attend, qu'elle ne fait que commencer.
Le réveil le sort d'un sommeil profond et Kagami envisage de l'éteindre et se rendormir avant de réaliser qu'aujourd'hui, il va surfer avec Aomine. À cette idée, il est soudain tout à fait réveillé et quitte son lit aussitôt. Il se sent fébrile en pensant qu'il va passer la journée avec le brun. Un peu nerveux, peut-être. Mais heureux aussi malgré ses inquiétudes sur l'avenir de leur relation. Il veut profiter autant qu'il le peut, et tant qu'il le peut. Alors il met de la musique, passe sous la douche et prépare son petit-déjeuner. Il fait tout rapidement et efficacement, et il est prêt en avance. Tant pis, il n'a pas envie de patienter comme un tigre en cage en attendant l'heure du départ, alors il prend son sac, sa planche de surf, et quitte l'appartement. En chemin, il envoie un message à Aomine.
[Kagami - 10h20]
Je pars à la gare. Y a des trains régulièrement donc te presse pas. À toute !
Aomine sirote son café, se réveillant doucement. L'esprit encore un peu embrumé de sommeil, il accueille le message avec un ricanement. Kagami à l'air plus en forme que lui. Il s'étire, et d'un pas déjà moins trainant il file s'habiller et préparer son sac. Il y fourre une serviette de plage, sa combi qu'il se félicite d'avoir gardé – ce sera ça de moins à louer – une grande bouteille d'eau, son huile solaire, et des tongs. Un air de vacances souffle autour de lui et son attirail, attisant son impatience. Sur la console de l'entrée il saisit ses lunettes de soleil puis sort de chez lui.
En chemin pour la gare, il achète une boite de gâteau à la boulangerie qu'il aime bien pour leur dessert. La vendeuse lui sert en plus son sourire mielleux auquel il préfère ne pas répondre.
Arrivé à la station il cherche le quai d'où part son train, et dans la petite foule qui s'y est attroupée il repère aisément son ami, dépassant tout le monde d'une voir deux têtes. Il le voit bouger au rythme de ce qui ce qu'il écoute dans son casque et ça le fait sourire, imaginant que c’est une musique qu’il connait. Entre les voyageurs, il se faufile pour le rejoindre.
Kagami se tourne vers lui en le voyant approcher du coin de l'œil. Il s'illumine d'un sourire et retire ses écouteurs.
« Hey. Bien dormi ?
— Comme une masse. Et toi ? T'es tombé du lit ?
— Nan pas vraiment, mais... » Kagami se frotte l'arrière du crâne un peu embarrassé. « J'étais impatient de partir. J'ai fait quelques sandwichs pour ce midi », ajoute-t-il aussitôt.
Aomine lui sourit. Lui aussi avait hâte. Mais il a toujours un peu de mal à démarrer le matin. Hier faisait exception. Il lève le petit sac en papier contenant les mochis qu'il a ramené entre eux.
« Cool, j'ai apporté le dessert ! » Il ajoute en désignant la planche que Kagami tient sous le bras. « J'espère que j'en trouverais une à louer sur place. »
— Oh ouais, y aura pas de problème pour ça. Et merci pour les mochis. »
Kagami tourne la tête vers la droite alors que dans un vacarme caractéristique, le train entre en gare. Ils montent à bord et restent entre deux wagons, sa planche étant plutôt encombrante.
« On en a pour vingt minutes de trajet, annonce-t-il. Tu verras, l'endroit est cool. J'suis content de sortir de la ville un peu !
— Moi aussi. Ça fait longtemps que je suis pas allé à la mer. Pourtant c'est pas loin... »
Aomine se cale contre la paroi, regardant le paysage défiler à travers le hublot de la porte métallique. Les grands buildings s'éloignent pour laisser place à des quartiers résidentiels qu'ils traversent à vitesse de croisière. Il a toujours aimé les voyages en train. Propices à l'évasion et dans son cas, à la réflexion. Son esprit a tendance à vite s'éloigner au gré des panoramas qui se succèdent.
Aomine a un pli sérieux entre les sourcils quand il se plonge dans ses pensées. Kagami détourne les yeux quand il s'aperçoit qu'il le fixe un peu trop, pour regarder sagement le paysage défiler derrière la vitre. Le roulis du train les berce agréablement, et il se laisse envahir par un sentiment de calme, comme si les choses rentraient dans l'ordre, que tout était à sa place dans l'univers, y compris lui-même, avec Aomine dans ce train, sa planche de surf sous le bras. Ils ne parlent pas beaucoup pendant ce trajet, mais le silence est confortable. Finalement, ils arrivent à destination et sortent sur le quai d'une petite gare plus fréquentée par les touristes que par les travailleurs. La mer est à deux pas, et ils s'y dirigent à pied d'une bonne allure.
Le chant des vagues venant lécher le sable le transporte. Avant de descendre les quelques marches qui séparent le parvis de la rue de la plage, Aomine enlève ses baskets. D'un pas guilleret, il rejoint le sable et s'arrête un instant pour en savourer la douce et tiède caresse entre ses orteils. Il penche la tête en arrière et inspire à pleins poumons l'air marin et son parfum iodé familier. Puis il jette un regard vers son compagnon qui lui fait signe de le suivre. Si Kagami a l'habitude de venir, il doit connaître un endroit plus calme et moins envahi de parasols profitant de la fin de saison plus que clémente, attirant encore son lot de vacanciers et de locaux avides de soleil.
Ils remontent la plage vers une anse large où les vagues grondent. Non loin de là, un petit bâtiment en bois abrite un magasin proposant tous les articles dont on peut avoir besoin pour pratiquer le surf. Ils y louent une planche et descendent sur la plage, plus dégagée ici. Quelques surfeurs sont déjà à l'eau, profitant des rouleaux grondants qui se forment au large.
Kagami se déshabille rapidement, le regard fixé sur l'océan, impatient de répondre à son appel. Il enfile sa combi et jette un coup d'œil à son comparse :
« T'es prêt ? Ça va secouer aujourd'hui ! »
Aomine termine tout juste de remonter sa fermeture éclair. Ses jambes tremblent presque sous l'effet de l'adrénaline qui commence à envahir son corps. Il hoche la tête à l'intention de Kagami, saisit sa planche plantée dans le sable et s'élance sur la plage. Il enjambe la première vague, puis une seconde et vient se positionner souplement sur sa planche qu'il fait glisser sur les flots. Il commence à ramer, savourant les sensations qu'il redécouvre. Non loin de lui Kagami fait de même, un sourire radieux aux lèvres. Leurs regards se croisent et il accélère, essayant de rester stable tandis qu'une grosse vague vient soulever sa planche.
À sa gestuelle, Kagami constate qu'Aomine a l'habitude de surfer. Il ne semble avoir aucune peur face à l'océan imprévisible. Un rayon de soleil illumine les eaux émeraude crénelées d'écume, l'horizon semble leur appartenir, vaste et lumineux. Arrivés au bon endroit pour prendre les vagues, Kagami guette le moment idéal, attentif au mouvement de l'eau qui soulève sa planche. Dans ce genre de moment, il ne faut pas réfléchir, se fier à son instinct pour saisir l'opportunité quand elle se présente. Et c'est ce qu'il fait, se dressant sur sa planche et commence à chevaucher la vague qui l'emporte en se levant toujours plus haut. Il reste stable sur ses appuis, fendant l'eau à une vitesse qui ne cesse d'augmenter, lui arrachant un petit rire heureux.
Assis sur sa planche Aomine regarde Kagami se faire emporter par une puissante vague. Il peut entendre son rire à travers le grondement de l'océan. Il partage son bonheur, il est tout simplement communicatif. Quand il est hors de vue, caché derrière le rouleau qu'il a choisi, il se concentre de nouveau, attendant le sien. Il n'est pas certain de débuter avec une vague aussi puissante, il en choisit une moins haute, histoire de se mettre en jambe. Il l'accompagne un peu, et dès qu'il le sent il se redresse, relevant doucement son centre de gravité. Quand la vague accélère il pousse sur ses jambes pour rester dans l'axe. L'euphorie le gagne quand l'air vient fouetter son visage et que l'écume vient embrasser sa peau. Pour l'instant il préfère ne rien tenter, profitant de se laisser porter pour reprendre confiance en ses gestes qui reviennent plus naturellement qu’il ne l’aurait cru.
Kagami l'attend vers le bord, un grand sourire aux lèvres.
« Alors, ça fait du bien, pas vrai ? » Sans attendre la réponse, il se tourne vers l'océan et soupire avec un sourire satisfait : « Ça m'avait manqué. »
Aomine se laisse tomber dans l'eau en approchant de Kagami. Il ressort en riant et s'ébroue.
« Ouais ça décoiffe ! Elle est trop bonne ... On y retourne ?
— Yes ! »
Ça l'amuse de voir Aomine batifoler dans l'eau comme un chat qui aurait un amour incongru pour cet élément. Il se rallonge sur sa planche et pagaie vers le large. Il adore ce moment où l'anticipation monte en lui, créant une tension semblable à celle qu'on peut éprouver dans un grand huit, alors que les wagons gravissent une pente raide avec lenteur, sachant que dans quelques instants, ils vont se lancer à pleine vitesse dans la descente qui s'ensuit. De nouveau, il attend la bonne vague, surveillant Aomine du coin de l'œil, puis il s'élance avec encore plus d'aisance que pour la première. Il ne lutte pas contre la force de l'océan, il la laisse emprunter sa planche et lui, tout ce qu'il a à faire, c'est rester en équilibre et profiter de l'ivresse pure de la vitesse alors qu'il traverse le rouleau au fur et à mesure qu'il déferle, le mur liquide se refermant derrière lui au fil de sa course dans un fracas à la fois effrayant et familier.
Cette fois il se sent prêt à prendre un peu plus de risque. La performance de Kagami lui fait envie. Tordant un peu ses tripes. Il laisse filer des vagues qu'il juge trop petites et en repère une qui lui plait. Il s'élance dessus, emporté par la force de la nature. Souple sur ses appuis, Aomine accompagne le rouleau. Il surf, gauche droite gauche. C'est un peu comme une danse. Un jeu de maîtrise où le calme doit l'emporter sur l'effervescence. Malgré la joie qu'il éprouve il se contraint à la concentration pour ne pas tomber tandis que le rouleau se referme sur lui. Il se baisse un peu plus pour gagner en vitesse et caresse le mur d'eau du bout des doigts. Avant qu'il ne s'écrase sur lui, il tente une figure simple. Elle passe mais malheureusement il perd l'équilibre à la réception et tombe à l'eau sans la moindre élégance. En remontant à la surface il frappe dans une vague un peu rageux. Il a pris la confiance trop vite, il a plus perdue que ce qu'il avait espéré.
Kagami ne peut s'empêcher de rire en assistant à cette magnifique chute finale. Mais Aomine a assuré avant ça. Il n'a pas autant d'expérience que lui sur l'eau, mais il se défend bien.
« Ça arrive aux meilleurs ! » lance-t-il en repartant déjà vers le large.
Il ne sait pas trop s'il doit prendre ça pour un encouragement ou une moquerie. Peut-être un peu des deux. Il enchaîne encore quelques vagues avant de se sentir faiblir. L'océan est redoutable aujourd'hui, la lutte contre cet élément déchaîné le fatigue rapidement. Il fait signe à Kagami qu'il rejoint la plage puis s'assoit sur sa serviette pour reprendre un peu son souffle.
Kagami surfe encore quelques vagues, se ressourçant alors qu'il file sur l'eau, presque aérien. C'est si bon d'oublier la terre ferme, où tout est plus lent et plus lourd. Ici, les couleurs se fondent les unes aux autres dans des nuances de vert, de gris et de bleu, étincelant sous le soleil, tout est en mouvement perpétuel, un monde de liberté où il trouve parfaitement sa place.
De sa serviette, il observe Kagami ne faire qu'un avec l'océan. Il a l'air à l'aise quoi qu'il fasse. Cette impression de force tranquille le frappe encore en regardant son ami faire la course avec un rouleau démesuré. La nonchalance apparente de Kagami s'efface aussitôt qu'il entreprend de se donner dans quelque chose. Que ce soit sur un terrain de basket, dans le e-sport ou sur une planche. Il apprécie son caractère fonceur, l'énergie qu'il met dans ses intentions et ce qu'il dégage. À le regarder faire, tout semble si facile. Pourtant il sait ce qui se cache derrière. Du travail. De la rigueur. De la persévérance. Il l'a compris assez vite, Kagami n'a pas l'air du genre à abandonner facilement et il ne peut qu'admirer cet esprit tenace et combatif.
Finalement, Kagami se décide à rentrer, et ressort de l'eau sa planche sous le bras, l'eau dégouttant sur tout son corps alors qu'il ouvre sa combinaison en rejoignant Aomine. Celui-ci lui tend une bouteille d'eau tandis qu'il s'installe à ses côtés, tout sourire.
« Heureux ? »
Kagami prend la bouteille et se désaltère longuement avant de lui répondre :
« Yes ! Impossible de pas être heureux quand on a des vagues comme ça. Et toi, ça t'a plu ?
— Carrément ! Je suis un peu rouillé mais les sensations sont toujours aussi grisantes. Je reprends un peu des forces et j'y retourne.
— Ça fait combien de temps que t'as pas surfé ? T'allais en faire à Osaka, tu disais ?
— Ouais, c'était un peu une tradition avec les copains. Mais ça fait trois ans qu'on n'a pas trouvé de date qui convient à tout le monde. Et tout seul ça me disait rien.
— Ah ouais, ça fait un bail. Tes potes se sont dispersés un peu partout au Japon, où ils sont trop occupés avec le boulot ?
— Les deux. Tetsu est vite devenue gérant du bar où il a commencé en tant que serveur. Ryota est toujours en déplacement, Shin a fait médecine, j’te laisse imaginer... Seij' s'est investi dans son rôle d'héritier et Atsushi... c'est le genre à ne pas bouger si on n’est pas derrière pour le pousser. Ça devient difficile même de les avoir au téléphone. » Il soupire, un peu triste de réaliser la fatalité des choses et de la vie qui semble les séparer inexorablement puis ajoute. « Tu dois savoir ce que s'est avec Tatsuya à l'autre bout du monde.
— Ouais, et dans notre cas le décalage horaire complique encore les choses. » Kagami marque une pause, regardant l'océan rêveusement, puis reprend. « Mais c'était aussi mon choix de rester au Japon... J'aurais pu retourner là-bas avec lui. Mais... J'avais envie de découvrir cette part de mon identité au lieu de faire un passage en coup de vent. Je sais que... » Il se mordille la lèvre, hésitant un instant à continuer. Et puis, pourquoi s'en empêcher, après tout ? Il a confiance en Aomine et s'ils doivent passer davantage de temps ensemble, autant s'ouvrir un peu. Les yeux toujours fixés sur l'océan, il achève sa phrase : « Que ma mère était très attachée à ses racines nippones. »
Aomine écoute Kagami en triturant le sable de ses doigts. Il pose sa tête sur ses genoux pour l'observer alors qu'il hésite à poursuivre. Il ne le brusque pas, sentant la fragilité dans sa voix qui a baissé d'un ton. Son cœur s'emballe quand il entend sa confession. C'est la première fois qu'il entend Kagami parler de sa mère et il l'évoque au passé... Il est touché, curieux et à la fois il connaît cette douleur et la difficulté de l'aborder. Pourtant si son ami lui en parle, il se dit qu'il ne risque rien à poser la question qui lui brûle les lèvres.
« Tu avais quel âge ?
— Dix ans. J'ai pas eu le temps de beaucoup la connaître... Alors je crois que je la cherche toujours un peu, d'une certaine manière. Ou peut-être que c'est moi que je cherche... Enfin, au bout du compte, ça revient au même, j'imagine. En tout cas, ce que je cherche est ici, je sais pas pourquoi, mais je le sais au fond de moi. » Il sourit et jette un coup d'œil à Aomine. « Donc c'est pour ça que je suis resté, quitte à affronter un peu de solitude. Et puis maintenant, Alex est là, donc c'est mieux. »
Et je t'ai rencontré, ajoute-t-il mentalement, mais bien sûr il ne formule pas sa pensée.
La tête toujours posée sur ses genoux il le regarde. Sa poitrine se sert pour le jeune Kagami. Et forcément il pense à sa propre histoire. Il éprouve un profond respect pour son ami et sa quête. Il imagine très bien combien ça a dû être difficile, et à quel point ça doit le rester parfois de vivre sans sa mère. Il lui offre un sourire, les yeux un peu brillants. Il ne s'était pas attendu à de telles confidences. Doucement il se penche pour bousculer un peu Kagami avec son épaule et lui souffle :
« Je suis désolé. »
À son tour il contemple l'océan, la gorge nouée. Il n'avait pas prévu d'évoquer le sujet. Pas aujourd'hui en tout cas. En fait il l'évite la plupart du temps parce que ça le met encore dans de drôles d'états. Mais ici, l'océan l'apaise, telle une bulle hors du temps, hors réalité et Kagami qui s'ouvre à lui l'incite à partager son fardeau. Un peu comme une façon de lui dire qu'il le comprend, et qu'il n'est pas seul.
« Je... Je cherche un peu mon père aussi avec l'uniforme. Son portrait est même sur un mur au poste... »
Kagami acquiesce, plus pour lui-même qu'autre chose. Il s'était douté d'une histoire de ce genre, dans la façon dont Aomine semblait soigneusement esquiver le sujet, tout liant sa vocation à un passif personnel, et à la façon dont il semble blessé par quelque chose au plus profond de lui-même. Il le regarde et demande doucement :
« C'est arrivé au travail ?
— Ouais... Mort en héros. Alors qu'il aurait dû attendre les forces spéciales. » Souffle-t-il, un peu amer. Ne préférant pas s'attarder sur le sujet il ose une autre question. « Et ta maman, elle était malade ? »
Réfléchissant toujours à ce que vient de lui dire Aomine et d'autres questions lui brûlant les lèvres, celle du brun le prend au dépourvu. Il n'aime pas parler de ça, il n'a que quelques souvenirs fragmentaires, mais quand il se rappelle cette période, il revit cette curieuse et pesante impression de traverser un couloir glacé éclairé violemment au néon, où il n'y a aucun endroit où se cacher, où tout se ressemble, et où tout espoir de sortie diminue à mesure qu'il progresse. Un couloir assez similaire, en fait, à celui d'un hôpital.
« Ouais, dit-il finalement. Cancer du sein. En quelques mois, c'était terminé. »
Aomine sent l'émotion monter en lui telle une des vagues qu'il admire sans plus vraiment les voir. Perdus dans ses souvenirs, essayant de s'accrocher au moment présent pour ne pas se laisser submerger. Ne pas couler. Il inspire profondément pour la faire refluer. Il a soudainement froid malgré la douceur du soleil sur son dos. D'un geste qu'il veut discret il chasse une larme fuyarde en l'écrasant sur son bras.
« La vie est merdique parfois. »
Son émotion n'échappe pas à Kagami, qui se mordille la lèvre, la gorge un peu nouée. Il hésite un instant mais suit son impulsion et pose une main sur son épaule.
« Yeah, it is... »
Sans savoir quoi ajouter, il presse légèrement son épaule dans sa main, tentant de lui montrer par ce simple geste qu'il est là, et qu'il partage sa peine.
Aomine se fige sous le contact. Il se mord durement la lèvre pour étouffer le sanglot qui menace face à cette démonstration de compassion. Il se sent minable. Kagami aussi doit souffrir et il est incapable de le réconforter. Mais il n'y a pas grand-chose à dire de plus de toute façon, rien qu’on ne lui a jamais dit. Doucement, un peu fébrile il vient poser sa main sur celle qui l'étreint. Il ne sait pas combien de temps ils restent ainsi, mais ce simple contact finit par le calmer, le ramenant au présent. Sa voix est un peu rauque quand il l'entend s'élever, brisant le silence relatif du moment.
« Ils sont à quoi tes sandwichs ? »
Kagami sourit à la question et attend qu'Aomine retire sa main pour enlever la sienne. Il attrape son sac et annonce tout en sortant les sandwichs :
« J'ai fait un assortiment. Y en a au thon, au porc pané, et... J'ai cru remarquer que t'aimais la sauce teriyaki, alors j'en ai fait au poulet teriyaki. »
Pas insensible à l'attention, sûrement encore à fleur de peau, sa poitrine se gonfle d'affection. Il se déplace un peu pour lui faire face et s'installe en tailleur. Et malgré l'émotion qui pèse toujours sur son cœur il ne peut retenir un sourire. Il a hâte de gouter !
« Ça a dû te prendre du temps ! Merci beaucoup.
— Oh nan, j'ai l'habitude de cuisiner, ça va vite. »
Kagami sourit, heureux de voir Aomine reprendre un peu du poil de la bête. Réconforter par la nourriture, c'est quelque chose qu'il applique à lui-même, mais qu’il fait aussi pour les autres. Quand Alex ou Tatsuya avaient des coups de déprime, il cuisinait toujours quelque chose de spécial, et il le fait toujours pour Alex. Il se souvient que sa mère le faisait pour lui quand il avait des chagrins d'enfant, et il a pris cette habitude rapidement après son décès. Son père travaillant beaucoup, il fallait bien qu'il apprenne un peu à se débrouiller, et notamment pour se faire à manger. Il prend un sandwich au porc pané et avant d'y mordre à belles dents, il lance :
« Bon app ! »
Aomine note la qualité des sandwichs et de leur emballage expert. Effectivement, ils ont le parfum de l'habitude. Ne se faisant pas prier il attaque aussi et laisse échapper un gémissement de gourmandise. Tout en mastiquant il écarquille les yeux et pose son regard successivement sur Kagami et son casse-croute. Il ne s'était pas attendu à une telle explosion de saveur. Il enchaîne avec une autre bouchée tout aussi savoureuse et il marmonne un peu la bouche pleine.
« La prochaine fois que tu perds, y a moyen que tu cuisines ? C'est trop bon ! »
Kagami rigole franchement à cette demande, mais il y accéderait avec plaisir.
« Ouais, ça peut se faire. Et puis t'inquiètes, pas besoin que j'ai un gage post-défaite pour te préparer un truc si t'aimes ce que je fais. Je cuisine souvent pour Alex et Izumi. »
Kagami l’observe avec un sourire, tout heureux de le voir apprécier son sandwich fait maison.
« T'aurais pas dû dire ça... Oublie pas que je connais ton adresse ! T'étonnes pas si un jour je débarque sans prévenir avec des ingrédients. Tout ce que je sais faire c'est cuire du riz, et encore ! »
Il se marre à son tour en imaginant mettre sa menace à exécution. Décidemment Kagami est plein de surprise. Souvent il se contente de plat tout fait ou à emporter.
« Et encore ? répète Kagami en rigolant. Je vois... Eh bah très bien, débarque avec tes ingrédients, alors. » Puis il se rappelle quelque chose et demande : « Mais, et ta copine qui te materne, elle te cuisine pas des trucs ? »
Aomine manque de s'étrangler.
« Satsuki ?! Ça va pas ! Elle est pire que moi dans une cuisine, je savais même pas que c'était possible. Elle remplit mes placards et mon frigo pour être sûre que j'ai de quoi manger, mais il y a longtemps que je ne mange plus rien qui sort de ses fourneaux.
— À ce point-là ? s'étonne Kagami. Oh... faudra que je lui fasse à manger aussi », réalise-t-il, l'air grave, car la nourriture est une affaire avec laquelle on ne plaisante pas : on ne peut pas se permettre de manger n'importe quoi.
Incrédule, Aomine secoue la tête. Kagami à l'air on ne peut plus sérieux. Il décide de le rassurer.
« T'en fais pas. Elle est encore à la fac, elle mange à la cafet' et sa mère lui prépare des plats aussi pour la semaine. Parfois elle vient en partager un avec moi quand elle veut squatter ma console ou ma connexion internet.
— Ah, c'est bien. »
Kagami est effectivement rassuré à l'idée que quelqu'un fasse bien à manger à cette pauvre jeune femme. Mais maintenant, il s’inquiète des repas quotidiens d’Aomine. Il est sûr qu’ils sont peu réguliers, insuffisants ou pas équilibrés. Bref, catastrophiques.
« Mais toi tu en as sûrement besoin, dit-il en lui jetant un coup d’œil soupçonneux. Je suis sûr que tu manges n'importe quoi avec tes horaires de boulot. »
Aomine attrape un nouveau sandwich au thon cette fois et en croque un bout avant de répondre.
« Bah... Je grignote plus qu'autre chose. Je mange sur le pouce plusieurs fois dans la journée. Les vrais gros repas c'est quand je suis de repos, mais c'est rarement moi qui les prépare. » Il ricane un peu, pas certain d'avoir saisi où veut en venir son vis-à-vis . « Pourquoi, tu veux me préparer à manger ? »
Kagami rougit légèrement, il se laisse un peu emporter, mais ça n'empêche pas qu'il considère sérieusement cette possibilité, et que ça lui ferait plaisir.
« Hm eh ben... C'est à dire que ça me dérangerait pas... C'est toujours sympa de cuisiner autrement que pour soi, pour quelqu'un qui va apprécier ses plats... »
Plusieurs fois il cligne des yeux. Il avait dit ça pour rire mais apparemment il avait bien compris. Aomine déglutit, réfléchissant à toute vitesse à ce que cette possibilité impliquerait. Quelque part ça le gêne énormément. Mais d'un autre côté, si Kagami met autant de cœur à la cuisine que dans tout le reste...
« Je... je ne peux pas vraiment te demander ça. Enfin, j'imagine que si tu me laisses payer pour les ingrédients je pourrais me laisser tenter pour passer quelques commandes. »
Ouais, s'il le prévient à l'avance et achète ce dont Kagami a besoin, il estime que c'est envisageable. Ce serait comme acheter chez le traiteur, sauf que le traiteur en question serait son pote. Pas vrai ?
Kagami sourit et acquiesce.
« Tu fais les courses, je cuisine, ça me semble équitable. Moi je bosse chez moi, c'est plus simple pour gérer les repas. Alors si ça peut te dépanner, et comme on habite pas loin... Bref, c'est pas un problème. »
Il a l'impression de se convaincre lui-même autant qu'il convainc Aomine, en cherchant des arguments rationnels pour justifier sa proposition, car il sait très bien qu'il le fait surtout parce qu'il craque pour lui et qu'il a envie de lui faire plaisir. Mais en y réfléchissant, ses arguments sont plutôt valides, alors il s'en sort bien.
« Deal. »
Aomine hoche la tête, satisfait et impatient de tester leur petit arrangement. Il étouffe la petite voix qui lui murmure qu'il se sert honteusement de la gentillesse de Kagami avec la fin de son repas puis s'étire en soupirant d'aise, requinqué.
« Hmmm pile ce qu'il me fallait. J'crois que je suis prêt à y retourner, tu viens ? »
Kagami range les papiers sales dans un sac en plastique qu'il remet dans son sac et relève la tête pour regarder la mer.
« Ouais, je crois que ça ferait du bien après tous ces sandwichs. »
Et surtout après ces confessions et cette proposition presque indécente ! Se défouler, c'est tout ce dont il a besoin. Il se relève d'un air décidé et enfile sa combinaison avant de se saisir de sa planche, prêt à conquérir les vagues à nouveau.
Le repas l'a aidé à se détendre mais il a vraiment envie de se jeter à corps perdu dans les flots pour se défaire du poids encombrant sa poitrine. Alors il suit Kagami lorsqu'il s'élance au large. Il se sent un peu lourd sur sa première vague avec tout ce qu'il a mangé mais plus il prend de vagues, mieux il se sent. Se libérant l'esprit pour profiter de l'adrénaline qui revient prendre possession de ses membres et l'emmener toujours plus vite.
Kagami enchaîne les vagues, gardant un œil sur Aomine pour vérifier que tout se passe bien pour lui. La mer lui semble plus âpre que tout à l’heure, plus rétive, mais il sait que c'est parce que son état d'esprit l'éloigne de son environnement. Et plus il revient au moment présent, concentré sur ses perceptions et sur son effort, plus il lui semble se fondre de nouveau à l'élément liquide, s'y intégrer comme s'il en avait toujours fait partie, comme si les vagues le poussaient et jouaient avec lui. Le plaisir de la vitesse l'enivre et ses appréhensions s'envolent.
Au bout d'un moment, il s'assoit à califourchon sur sa planche près du bord, et met sa main en visière pour guetter la silhouette d'Aomine, en train de surfer avec aisance au cœur d'un rouleau. Il l'observe en souriant, pendant qu'il reprend son souffle, fatigué par cet exercice beaucoup plus physique qu'il n'en a l'air.
À force, et après quelques chutes, l'insouciance et le plaisir lui sont revenus. Aomine est content, il a même réussi à passer quelques figures qu'il avait du mal à tenir ce matin. Il a eu l'occasion de voir Kagami en exécuter une ou deux, plus difficiles. Il aimerait bien qu'il lui apprenne, ce serait une bonne raison de revenir, parce qu'il s'amuse énormément. En rejoignant son complice, il se demande vaguement pourquoi il s'est privé d'un loisir qu'il apprécie autant, sous prétexte qu'il était seul.
« Comment j'm’en sors ? »
— Super bien. T'as facilement repris les bons gestes. Encore quelques séances et ce sera comme si t'avais jamais arrêté !
— Et combien pour arriver à faire ce que tu m'as sortie tout à l'heure ? »
Kagami rigole :
« Oh ça je sais pas, c'est des années de pratique... Mais bon, comme t'as déjà un bon niveau, tu devrais les maîtriser l'année prochaine !
— Ça veut dire qu'on va devoir revenir souvent alors, s'amuse-t-il. C'était dingue, tu gères comme un pro !
— Thanks. On retourne au sec ? J'ai bien envie de prendre un peu le soleil maintenant !
— Tu lis dans mes pensées... »
Il lui sourit et rejoint la berge. Près de leurs serviettes, il plante sa planche dans le sable et fait glisser la fermeture de sa combinaison pour s'en délester entièrement. Aomine soupire d'aise en s'étalant sur sa serviette, savourant les rayons du soleil venant réchauffer et sécher sa peau. Du coin de l'œil, il observe Kagami faire de même et ne peut s'empêcher de remarquer une trace de bronzage qu'il trouve charmante. Son ami est la preuve vivante que les gamers ne sont pas des vampires reclus dans des grottes sombres.
Kagami évite de trop regarder le corps grâcieux et puissant d'Aomine, encore mis en valeur par l'eau qui moire sa peau caramel. Il se dépêche de prendre sa place sur sa serviette, s'étendant sur le ventre pour sentir le soleil réchauffer sa nuque et son dos fatigué. Il pose son visage contre ses mains croisées et écoute le ressac, avec l'impression qui s'accroche à lui d'être encore sur l'eau, son corps bercé par les vagues.
« Ça faisait longtemps que j'avais pas profité d'un week-end comme ça... C'est vraiment cool », murmure-t-il en souriant, les yeux clos.
Un sourire étire ses lèvres. L'impression de vacances qu'il a éprouvée en préparant ses affaires s'arrime de nouveaux à lui. Le bruit de la mer, le soleil et cette quiétude partagée. Il a l'impression de ne pas avoir travaillé depuis une éternité et ça lui fait un bien fou.
« Hmm c'est clair. J'suis bien content qu'on soit venu. Ça m'avait manqué. »
Aomine se redresse et fouille dans son sac pour s'étaler un peu de soin solaire. Il aime son parfum qui accentue son sentiment d'être loin de son quotidien, comme dans une parenthèse hermétique à tout ce qui n'appartient pas à l'instant, repoussant toutes ondes et pensées négatives.
Quand il a vu Kagami torse nu pour la première fois chez lui, il s'était senti gêné, mal à l'aise. Parce que la situation avait quelque chose d'intime et d'incongrue. Ici, sur la plage il ne ressent aucun embarras à le voir dénudé à côté de lui. Il se permet même de parcourir son dos du regard tandis qu'il se badigeonne les bras d'huile bronzante. Sa position dévoile ses trapèzes, puissants, et fait ressortir ses omoplates saillantes. Sur ses flancs il remarque aussi le début du tracé de ses abdominaux et deux fossettes au creux de ses reins. Il se surprend à penser que même si Kagami s'entretient physiquement, c'est un bel homme.
Tout semble si naturel avec Aomine. Même s'ils se connaissent à peine finalement, quand ils sont ensemble, les choses sont fluides. Et peu à peu ils se dévoilent davantage, se découvrant des points communs. Kagami se dit que c'est vraiment un drôle de hasard que leurs routes se soient croisées de cette manière, par une simple coïncidence, alors que tant de choses les rapprochent. Il se sent attiré par lui dans tous les sens du terme, sa présence lui donne le sourire, et malgré les sentiments qu'il doit taire... il se sent lui-même. Et accepté comme il est. Une petite voix lui souffle qu'il ne doit pas se laisser ainsi conquérir si facilement, qu'il doit garder les pieds sur terre, mais... Il n'en a pas envie. C'est difficile de se persuader qu'on le regrettera plus tard quand on est heureux. Et peut-être aussi qu'après tout, tout ça n'est pas une erreur. Il ne voit pas comment ce serait possible, mais l'espoir s'accroche à lui.
Il sent le parfum ensoleillé de l'huile d'Aomine chatouiller ses narines et de drôles d'images naviguent sous ses paupières closes, quand il se voit masser le corps élancé et musclé de son voisin. Il se donne une claque mentale et s'efforce de passer à autre chose. À la place, il repense à la conversation qu'ils ont eue juste avant le déjeuner, ce qui a le mérite de doucher ses ardeurs. Il comprend maintenant pourquoi Aomine rêve des forces spéciales. Un flic qui sauve des flics... Son cœur se serre en y pensant. Et il s'interroge aussi sur sa mère, qui doit être terrifiée de voir son fils évoluer dans le même métier que son mari.
Il se retourne pour prendre le soleil de face, espérant qu'ils auront l'occasion d'évoquer de nouveau tout ça. Et alors qu'il laisse doucement ses pensées dériver de nouveau, il se dit qu'il a une petite faim et rouvre les yeux :
« Oh, t'avais pas dit que t'avais pris des mochis ?! J'ai un petit creux ! »
La réflexion de son voisin le tire du sommeil dans lequel il était en train de sombrer, errant entre conscience et inconscience, alangui par la chaleur du soleil. Il redresse ses lunettes de soleil sur son crâne et se contorsionne pour attraper le petit sac de pâtisseries.
« Tiens, j'ai pris plein de parfums différents, je... je savais pas trop ce que tu préférais. Il y a fraise, framboise, pêche et citron je crois. »
Il présente la boîte à Kagami et la dépose entre leurs serviettes pour le laisser choisir en premier.
Kagami en choisit un à la pêche et déguste la pâtisserie. Il n'est pas très sucré mais il apprécie les mochis.
« Délicieux ! commente-t-il. Ça fait du bien après tout ce qu'on a donné sur les vagues ! Et puis entre nous, les sandwichs, c'est pratiquement un en-cas plutôt qu'un repas... »
Il ne peut s'empêcher de rire à la remarque. Il a l'habitude des en cas. Mais ce qu'il a vu de Kagami concernant la nourriture, il peut comprendre qu'il soit frustré. Il pioche un mochis fraise et le goute.
« Les meilleurs de la ville. Content que ça te plaise, c'est pas trop sucré alors je me suis dit que ça irait.»
Kagami en prend un autre, au citron cette fois, examinant les vagues tout en mastiquant le petit gâteau. Les surfeurs sont assez nombreux maintenant, mais ils n'ont pas leur talent, visiblement.
« Hm... Il a pris la vague trop tôt, celui-là, commente-t-il, sourcils froncés. Pas étonnant qu'il se casse la gueule. On dirait pas, mais le surf, ça demande une certaine patience. »
Aomine se redresse un peu sur les coudes. Il jette un coup d'œil à Kagami qui observe et juge, tel un prof exigeant surveillant ses élèves. Un énième sourire vient taquiner sa bouche quand il se rallonge. Il croise les bras sous sa tête en réfléchissant à ce qu'il vient de dire.
« Pour ça que ça te va si bien. Et le gaming aussi finalement. » marmonne-t-il plus pour lui-même, comme une conclusion venant valider ses impressions.
Kagami lui lance un regard surpris.
« Tu me trouves patient ? Ouais... après c'est vrai que je sais l'être quand c'est du sport ou du gaming. Obligé, sinon on progresse jamais.
— Hmm patient je sais pas... mais dans le contrôle c'est sûr », précise Aomine, réalisant en l'énonçant à voix haute combien c'est vrai. « En fait t'es un peu une bombe à retardement. Comme au basket hier. Y a fallu que je te nargue pour que tu lâches tout. »
Kagami le fixe quelques instants, désarçonné par cette analyse. Il sait qu'elle est vraie, mais il ne pensait pas que ça se voyait autant. Il en serait presque vexé, mais en l'occurrence, il préfère en rire. Après tout, il a bien conscience que ce trait de caractère est parfois un défaut qui lui joue des tours, et cet aspect de lui est comme en perpétuelle rivalité avec son côté bouillonnant, chacun cherchant à prendre le dessus sur l'autre.
« Ouais... Tu m'as percé à jour, je suis un control freak. Ou tout l'inverse quand le timer de la bombe arrive à zéro.
— Tout feu tout flamme ! » complète-t-il en riant.
Il ne pense pas avoir percé à jour Kagami. Il se découvre à peine. Mais ce besoin de contrôle venant compenser cette énergie débordante lui saute aux yeux à présents. Dans plein d'aspect différents. Son appartement, ses gouts musicaux, ses loisirs, sa carrière... Il faut que ça bouge, vite, et en même temps que chaque chose ait sa place.
« Yeah... Mais tu comptes me narguer à chaque fois que je serai trop en contrôle à ton goût ? s'inquiète Kagami en le regardant suspicieusement.
— Je peux rien te promettre ! Il faut bien que je te teste. » Il rit sous le regard méfiant de son ami et poursuit. « J'imagine que ça dépendra de mon humeur. »
Kagami grimace. Il ne sait pas pourquoi, mais il pressent qu'Aomine pourrait se montrer particulièrement redoutable dans le domaine de la provocation et diverses taquineries.
« À tes risques et périls, si t'as pas peur de mon côté soupe-au-lait...
— Disons qu'on sera quittes... »
Loin d'avoir peur, au contraire il a hâte de découvrir cette facette-là de Kagami. Entendre rugir le fauve qui sommeil. Il ne veut pas le brusquer non plus, ni le froisser. Tout ça reste un jeu pour lui. Pousser ses potes dans leurs retranchements et les faire réagir est une façon de les connaître, de les dérider, d'avoir leur attention aussi parfois. Et puis il faut dire que c'est sacrément amusant. Sa victime préférée qui démarre toujours au quart de tour c'est Kise... Avec Seijuro il ne s'y est jamais trop risqué cependant. Mais il sent un potentiel de réponse en face de lui en la personne de Kagami plutôt alléchant. Il faut juste qu'ils continuent de s’apprivoiser pour définir leurs limites respectives, mais petit à petit il espère que ça viendra.
Kagami observe son voisin et son sourire amusé, et esquisse la même expression. Il sent la complicité naissante entre eux et se dit qu'il pourrait sûrement très bien s'entendre avec Aomine. Et lui aussi, à sa façon semble se sentir un peu seul, malgré Kuroko et Satsuki. Il a confusément l'impression qu'ils ont besoin de l'un de l'autre, qu'ils se comprennent à un niveau intime, même dans certaines choses qu'ils ne disent pas, et il trouve cette sensation terriblement réconfortante.
Il se rallonge sur sa serviette, mais se redresse presque aussitôt. Dans la précipitation ce matin, lui qui est toujours si organisé, il a oublié quelque chose, et lance un coup d'œil timide à Aomine avant de demander :
« Hm... Je pourrais t'emprunter ton huile solaire ? J'ai oublié la mienne... »
Aomine redresse ses lunettes et hausse un sourcil à l'intention de son voisin, faussement choqué.
« Comment ? Monsieur maniaque ne l'a pas mis en premier dans son sac ?! » N'arrivant pas à garder son sérieux à sa propre connerie, il ricane en cherchant l'huile à tâtons et la tend à Kagami.
« Tss... siffle le rouge en la prenant. J'étais pressé d'aller faire du surf j'ai fait mon sac trop vite... »
Il verse un peu d'huile dans sa paume et commence par l'étaler sur ses biceps, profitant de son parfum ambré rappelant toutes les vacances d'été du monde. Il y a peut-être aussi une petite note sensuelle de coco. Il s'occupe ensuite des jambes, masse son torse et ses abdos consciencieusement, et n'oublie pas d'en mettre un peu sur son visage : il n'a aucune envie de se retrouver demain avec un teint et des cheveux assortis.
Ça va, c'est une bonne excuse. Aomine aurait certainement oublié la sienne aussi si elle n'était pas ranger dans le tiroir avec son maillot de bain. Mais il ne lui avouera pas. Aomine note avec quelle précaution Kagami n'omet de protéger aucun recoin, et lorsqu'il le voit se contorsionner sans la moindre souplesse pour s'en appliquer sur le haut du dos il se redresse sans réfléchir.
« Donne, je vais t'aider. »
Kagami lève un regard surpris sur lui, mais lui donne le flacon par automatisme. Tout à l'heure il s'en est bien sorti à fermer les yeux pendant qu'Aomine se tartinait, mais maintenant comment il va faire ? Fermer les yeux pourrait encore empirer les choses... Son cœur s'accélère mais il n'en laisse rien paraître, inutile de rendre la situation plus bizarre que nécessaire, et il murmure un simple "Thanks" tout en se repositionnant pour lui faciliter le travail.
Ce n'est que maintenant qu'il est en possession du flacon qu'il réalise ce que sa proposition a d'intrusif et de familier. Il se secoue mentalement, après tout Kagami a accepté son offre, alors autant ne pas s'en faire toute une histoire à supposer encore des choses sans fondement tout seul avec son imagination. Il fait chauffer un peu l'huile entre ses mains pour la rendre plus malléable et commence à l'appliquer sur les épaules de l'américain. Il n'appuie pas comme il le ferait pour un massage, mais n'hésite pas non plus. Il faut dire qu'il a un peu peur de ce que Kagami pourrait interpréter d'une main incertaine.
Kagami s'efforce de rester détendu, fixant l'horizon, concentré. Les mains d'Aomine sont chaudes sur sa peau, il peut sentir les cals caractéristiques causés par le ballon orange, mais sa gestuelle est douce et naturelle. Alors peu à peu il n'a plus besoin de faire d'efforts pour se détendre, et malgré lui il ferme les yeux, profitant de ce contact apaisant, mais un peu trop sensuel pour qu'il puisse garder toute sa sérénité.
Concentré sur sa tâche, Aomine descend, suivant la colonne vertébrale de Kagami. Sa carrure imposante devient au sens propre du terme palpable. Sous ses doigts les muscles sont solides, et il se perd un peu dans sa fascination de la façon dont ils se contractent quand il passe dessus. Faisant durer un peu plus que nécessaire son étalage de crème solaire. Il passe plus rapidement sur ses reins, de plus en plus conscient de ce qu'il est en train de faire et de l'intimité du moment.
Aomine semble étrangement à l'aise avec cet exercice et Kagami trouverait presque ça suspect. Si c'est une façon de lui prouver qu'il n'a pas peur d'être familier avec lui en dépit de son orientation sexuelle, c'est clair que ça fonctionne. De son côté, lâchement il en profite, l'occasion est trop belle. Et puis... même pour un massage innocent, ça fait une éternité qu'on ne l'a pas touché comme ça. Il ne sort plus tellement, fatigué par les histoires sans lendemain qui lui laissent souvent un léger goût amer. Et de ce fait... c'est encore plus difficile de rester stoïque.
Aomine a toujours été tactile, mettant mal à l'aise la plupart de ses camarades. C'est peut-être en partie dû à son éducation un peu dure qu'il a essayé de compenser en cherchant de l'affection ailleurs. Mais depuis gamin il ressent le besoin de toucher ses proches. Comme une façon d'ancrer leurs liens dans un contact physique et tangible. Une accolade, une poignée de main, un bras nonchalant posé sur une épaule. C'est naturel pour lui, une façon aussi de témoigner son affection quand les mots lui manquent. Montrer plutôt que dire. Mais avec Kagami, il ne sait pas s'il devrait le faire ainsi sans réfléchir. Lui ça ne le dérange pas de le toucher de cette façon, même en sachant son orientation. Mais encore une fois, il doute de comment ça pourrait être reçu. Alors en refermant son huile il se promet de faire plus attention. Parce que tout est tellement facile et simple avec Kagami.... il aimerait que ça le reste, même si pour ça il doit endiguer son naturel tactile.
Kagami émerge de sa transe alors que les mains d'Aomine se retirent et il lui jette un coup d'œil en souriant.
« Merci. »
Il se rallonge sur le ventre, chassant son trouble et dissimulant un début d'érection. Pfiou... C'est passé près. Parfois il envie les femmes de pouvoir rester si discrètes dans ce genre de situation.
« Je parie que toi t'en mets juste par coquetterie », remarque-t-il pour faire diversion, avec une pointe de taquinerie. « Halé comme t'es, ta peau doit bien prendre le soleil...
— Justement ! Je ne veux pas finir tout fripé à 40 piges. Et je suis accro à l'odeur... ça sent le paradis », admet-il en inspirant profondément pour s'imprégner des effluves flottant encore dans l'air.
Kagami rit doucement à ces commentaires auxquels il trouve une certaine candeur, contrastant avec l'air soucieux ou mélancolique qu'arbore parfois son ami.
« C'est vrai que ça sent bon. En fermant les yeux comme ça, on pourrait croire qu'on est sur une île perdue au beau milieu de l'océan. »
Aomine ferait bien remarquer qu'ils sont sur une île au milieu de l'océan mais il comprend ce qu'il veut dire. Il sourit en s'imaginant à l'ombre d'un palmier, sur une plage de sable blanc au bord d'une eau turquoise. Il laisse le chant des vagues combler le silence entre eux, glissant entièrement dans sa rêverie.
Puis les images de littoral laissent peu à peu la place à d'autres paysages. Un terrain de jeu qu'il aime tout autant, si ce n'est plus.
« La prochaine fois on se fait une randonnée si ça te tente. »
Kagami sourit, les yeux toujours clos, en entendant sa proposition. Il s'imagine cavaler dans les montagnes, au beau milieu de nulle part avec Aomine, et cette perspective le séduit.
« Ouais, ça me plairait bien. Une idée de l'endroit où tu voudrais aller ?
— Le mont Gozen-Yama. C'est pas très loin et le circuit prend la journée. Si t'as pas peur de la difficulté... Ça grimpe un peu. »
Contrairement au surf, il ne s'est pas privé de marcher en pleine nature. C'est son petit plaisir secret. Son activité à lui où il emmène rarement quelqu'un. Encore moins sur ce sentier en particulier. Parce qu'il n'est effectivement pas pour tout le monde et surtout long, donc assez isolé. Mais c'est ce qu'il aime justement. Parfois quand il a besoin de s'aérer et de se couper du monde, il le fait sur deux jours. Pourtant, après la journée qu'ils viennent de partager, ça lui ferait plaisir d'emmener Kagami dans son univers, là où l'océan est plutôt celui de son ami.
« Un challenge de plus ? Ça m'intéresse. »
Kagami sourit. Il n'est pas un grand habitué des randonnées mais athlétique comme il l'est, ça devrait le faire. Et effectivement, il n'aime rien de plus que de relever un défi. Et puis...
« Si ça grimpe bien, on doit avoir des super panoramas, non ?
— Sur un lac de montagne et sur le mont Fuji. Mais il n'y a pas que ça ....
— Ah ouais ? » Kagami rouvre les yeux et se redresse sur un coude pour l'observer, intrigué. « Y a quoi d'autre ? »
Aomine sourit, content de son petit effet. Il lui répond en ouvrant un œil pour capter sa réaction.
« Si tu gères bien et qu'on la termine, on est censé arriver sur une station thermale.
— Une station thermale ? Oh... Nice ! Mais comment ça, "si je gère bien" ?! Évidemment que je vais gérer ! Surtout si y a une récompense au bout... » Il rigole.
Ce n'est pas comme s'il doutait de ses capacités, mais au moins maintenant il sait que Kagami est motivé, et ça lui fait drôlement plaisir. Il ricane un peu en se recalant, offrant son visage à la chaleur du soleil.
« Je prends ça pour un oui alors. L'idéal ce serait d'y aller au début de l'automne.
— Ouais ? Pourquoi ?
— Parce qu'il ne fait pas trop chaud, pas trop froid, pas trop humide et on peut encore apercevoir un peu de faune. Sans parler des couleurs qui s'installent... Si t'aimes les jolis panoramas, tu ne seras pas déçu. Je te le garantis !
— Ok, je te fais confiance. » Il sourit. « Vendu pour la randonnée automnale, alors. »
Kagami se rallonge au soleil, mais change de côté, histoire d'unifier son bronzage, et maintenant que son petit souci de tout à l'heure a disparu.
Satisfait, Aomine se projette déjà. Il faudra qu'ils fixent une date pour qu'il puisse demander son jour à Masato, voir deux s'ils veulent bivouaquer au lac. Il a hâte d'y retourner, ça fait un petit moment qu'il n'a pas fait cette randonnée, alors qu'elle est une de ses préférées. Pour toutes les raisons qu'il a évoquées à Kagami. Et c'est la première fois qu'il ne la fera pas seul. Ce qui ajoute à son impatience. Contrairement à ses autres potes, Kagami n'a pas froid aux yeux et semble prêt à relever tous ses défis, l'accompagner dans tous ses délires. Ils sont bien venus ici sur un coup de tête après tout.
Kagami se sent détendu et il est presque somnolent sous le soleil, écoutant le grondement de l'océan en arrière-plan, les quelques mouettes solitaires, alors que le vent tempère sur sa peau l'ardeur du soleil. Se perdant dans ses rêveries, il reste silencieux un moment. Au bout d’un long moment, la pensée désagréable qu'ils sont là depuis longtemps et qu'ils feraient mieux de rentrer point dans son esprit. Il aurait aimé que ce week-end dure plus longtemps... Mais il aimerait toujours que ça dure plus longtemps quand il voit Aomine, semble-t-il. Il se redresse et regarde l'océan, pensif. Peut-être que s'ils ne décident pas de rentrer, le soleil arrêtera de se rapprocher de l'horizon et ils pourront rester indéfiniment.
Quand il s'éveille de sa sieste impromptue dans un bâillement silencieux, il remarque son ami assis à ses côtés l'air pensif. Alors que l'astre solaire trônait bien haut au-dessus d'eux tout à l'heure, il peut le voir se refléter sur la surface de l'eau qui ondule toujours sous le vent, imperturbable. Il doit se faire tard. Comme pour lui donner raison, la brise vient caresser sa peau chaude et le fait frissonner. L'air s'est rafraîchi... Il fouille dans son sac à la recherche de son t-shirt puis s'assoit à son tour, contemplant le spectacle qui s'offre à eux. Le ciel se pare de douces couleurs rosées qui tireront bientôt sur des oranges plus profonds. Pour rien au monde il n'a envie de briser cet instant de quiétude, enveloppé par ce cocon de lumière, bercé par la mer.
Kagami jette un coup d'œil au brun, qui ne semble pas pressé de partir non plus, alors il ne dit rien et continue de contempler le crépuscule qui s'installe. Il n'y a plus grand monde sur la plage maintenant, et tout est baigné d'un grand calme. Il commence à frissonner et se rhabille, et finalement rompt le silence :
« On devrait rentrer, si on rate le dernier train on va se retrouver coincés ici. »
Non que ça lui déplairait fondamentalement, mais ils ont une vie à mener à Tokyo.
« Hmmm... j'ai pas envie. Mais t'as pas tort. » À contre cœur il se redresse, s'étire et demande. «T'es prêt ?
— Ouaip. »
Kagami secoue sa serviette et la range soigneusement avec le reste de ses affaires, puis attrape son sac et sa planche. Ils vont d'abord rendre celle d'Aomine à la boutique, puis remontent le front de mer, direction la gare.
Aomine lève le regard vers l'horloge. Le train ne devrait pas tarder. Il trouve un banc sur le quai et s'y assoit. En attendant il envoie le selfie qu'il a pris de lui plus tôt avec sa planche dans la conversation de groupe de sa clique. Histoire de les faire un peu rager. C'est aussi et surtout une excuse pour leur faire signe. Ces jours-ci, plus il se rapproche de Kagami plus il pense à eux. Pas qu'il a l'impression de les remplacer, mais il ne veut surtout pas reproduire les mêmes erreurs. Alors il se dit qu'en renouant le contact avec eux, il sera capable de ne pas perdre son nouvel ami de la même façon, laissant la distance et le silence s'installer insidieusement, jusqu'à ce qu'ils n'aient plus rien à se dire.
Comme il ne veut pas trop penser à la semaine qui vient, ni à la soirée en rentrant seul chez lui, Kagami compose mentalement son repas du soir. C'est vrai qu'il commence à faire faim, en plus. Il n'a pas non plus envie de réfléchir à tout ce qui s'est passé ce week-end, à ce qu'il a ressenti, à ce que ça implique. Il se sent fatigué et c'est sans doute le blues du dimanche soir qui le rattrape. Le train arrive à quai et ils montent à bord.
« Je suis content que t'aies apprécié la sortie surf, en tout cas, dit-il en s’installant dans le wagon. Et c'était sympa de pique-niquer sur la plage.
— C'était génial. Définitivement à refaire ! »
Il lui sourit, encore sur son petit nuage. Ce week-end était loin d'être reposant, alors que toute la semaine il n'avait attendu que ça, et pourtant d'une certaine façon il l'était bien plus que prévu. Sortir, changer d'environnement, passer du temps avec Kagami lui a vidé la tête, quand chez lui il n'aurait peut-être pas réussi à décrocher du boulot qu'il voit littéralement depuis sa fenêtre. Le cœur gonflé de gratitude pour ces moments en sa compagnie, Aomine s'autorise à lui dévoiler sa pensée.
« Merci pour ce week-end. De m'avoir supporté deux jours d'affilés. Je suis content si ça t'a plu aussi.
— 'Supporté' ? demande Kagami, amusé. J'ai pas eu besoin de te 'supporter'. C'était cool. Et puis, on dirait qu'on a quelques points communs et qu'on apprécie les mêmes loisirs, alors...
— 'Quelques' ? s'amuse -t-il à son tour. C'est vrai. S'en est presque effrayant.
— C'est sûr que c'est une drôle de coïncidence. Quand je pense que ça fait même pas un mois que t'as débarqué chez moi pour faire fuir des visiteurs indésirables...
— C'est tout ! T'es sûr ? »
Il l'observe, ahuri. Il n'avait pas réalisé mais maintenant qu'il y réfléchit, c'est vrai que depuis leur rencontre pour le moins... hors normes, tout est allé très vite. Même s'ils apprennent tout juste à se connaître et qu'il a encore parfois le sentiment de ne pas pouvoir être vraiment lui-même, de se dévoiler au fur et à mesure il a aussi l'étrange sensation de connaître Kagami depuis toujours. Un peu à la manière du temps qu'on trouve parfois très long et très court à la fois.
« Ouais... C'est vrai qu'on dirait que ça fait plus longtemps. » Il regarde Aomine un sourire en coin. « Et en plus on a été pas mal occupés ces derniers jours. »
À ce rythme, Kagami se demande à quoi ressemblera leur relation dans quelques semaines. Seront-ils les meilleurs amis du monde ? Une part de lui se plaît à le penser. Malgré ses appréhensions, il a hâte de voir où tout ça va les mener.
Aomine acquiesce en silence en fronçant un peu les sourcils. Jamais il ne s'est attaché si vite à quelqu'un. Si peut-être... avec Kuroko. Mais là c'est encore différent, sans qu'il n'arrive à se l'expliquer ni à mettre le doigt sur ce qui sépare les deux relations. Il finit par hausser les épaules, ne voulant pas se torturer les méninges en se posant trop de questions. Il profite de la chance qu'il a eu de rencontrer quelqu'un avec qui partager ses passe-temps. De toute façon, les réponses viendront sûrement au fil de leurs fréquentations, ou peut-être pas. Il décide que ce n'est pas très grave, tout n'est pas obligé d'être explicable, d'avoir une raison d'exister. C'est un peu ça aussi qui en fait la magie.
Encore une fois le défilement des paysages dans la nuit tombante l'a emmené dans des réflexions nébuleuses sans queue ni tête, à la philosophie hasardeuse. Il sort de sa bulle méditative lorsqu'il reconnaît les environs de leur terminus, et réalise avec mélancolie que la journée est belle et bien finie.
Quand ils sortent sur le quai, la nuit est tombée. La gare est presque déserte, comme à moitié endormie, et l'atmosphère un peu pesante. Ils traversent les tunnels pour rejoindre la rue et Kagami marque un temps d'arrêt sur le trottoir, tâchant de rassembler son courage pour dire quelque chose qu'il a retourné dans sa tête pendant le trajet en se remémorant leurs conversations. Finalement, il déglutit et se lance :
« Au fait, j'voulais te dire... Si t'as besoin de parler ou te changer les idées... Envoie-moi un message, OK ? Tu me dérangeras pas. »
À ces mots, Aomine se fige. Il ne s'y était pas attendu. Et à dire vrai, il aurait préféré que Kagami oublie son moment de faiblesse, qu’il le laisse sur cette plage. Même si la confiance dont il a fait preuve en se confiant le premier le touche beaucoup. Tout comme ses paroles. Malgré la gêne de Kagami, il peut lire dans son regard doux et franc qu'il est sincère. En parler... Il ne voit pas trop ce qu'il pourrait ajouter de plus sur le sujet. Puis il se détend un peu. Kagami ne faisait peut-être pas référence à ça en particulier. En effet, ça sonne un peu comme une offre qui va de pair avec le rapprochement qui s'est opéré entre eux se week-end. Ils ont changé de niveau, passant à un stade un peu plus intime voilà tout. Il lui offre un sourire qu'il veut rassurant.
« Merci Kagami, je prends note. Hésite pas non plus, surtout si on est trop occupés pour se voir. Ça me fera plaisir. »
Kagami acquiesce avec un sourire, soulagé. Il se sent toujours un peu maladroit à exprimer les choses dans les relations sociales, mais quelque chose en Aomine le pousse encore et toujours à sortir de sa zone de confort.
« Ça marche. Bonne soirée. »
Il lui adresse un signe de la main et s'éloigne rapidement. Il ne voulait pas que ça s'arrête mais il s'aperçoit que toutes ces émotions ce week-end l'ont fatigué, et se poser pour la soirée ne lui fera pas de mal, d'autant qu'il a toujours faim. Il compte dîner affalé dans son canapé et se coucher avec un film. Un programme simple et efficace.
Avant de bifurquer dans une autre rue, Aomine se retourne. Il marque un temps d'arrêt pour regarder Kagami disparaître dans la nuit. Ce n'est qu'une fois hors de sa vue qu'il se décide à reprendre son chemin. Il avance lentement, en traînant un peu des pieds. Une façon de retarder l'inévitable. Il met son trajet à profit pour graver les moments forts de ces derniers jours dans sa mémoire, déjà impatient de vivre les prochains.
Chapter Text
Lundi matin. Après ce week-end hors du commun, Kagami se réveille sans grande conviction. La journée d’aujourd’hui sera forcément un peu terne après ces moments intenses et pleins de joie. Mais enfin, il ne va pas se laisser abattre comme ça. Il y aura d’autres jours comme ceux-là. Et en attendant, il a beaucoup à faire sur le plan professionnel. Après leur prestation au tournoi de vendredi, les propositions pleuvent, il faut s’occuper de tout ça, et aussi établir un solide planning d’entraînement en vue de la prochaine compétition. Ce n’est que le début de l’aventure… Il le sent dans ses tripes, que ça concerne l’e-sport ou… la relation qu’il noue avec Aomine. Cette pensée le réconforte un peu tandis qu’il s’active dans sa cuisine pour préparer son petit-déjeuner. Il aura beaucoup à raconter à Alex aussi, il va falloir qu’il songe à lui envoyer un message, peut-être passer la voir.
Il dresse mentalement sa liste de choses à faire, les classant automatiquement par priorité, marmonnant parfois à voix haute tandis que son cerveau traite les données. Puis, ses pensées dérivent vers certaines conversations qu’il a eues avec Aomine ce week-end. Il n’aurait pas pensé vouloir, ou même pouvoir, s’ouvrir à lui sur certains sujets personnels, mais il n’a pas ressenti de gêne à le faire, et ça s’est passé de manière fluide, naturelle. En y repensant, il réalise qu’il y a certaines choses qu’il n’a jamais pris le temps de faire, les repoussant sans cesse pour des raisons futiles. Tandis qu’il remue ses œufs dans sa poêle, il lance un regard à l’étagère fixée au-dessus de ses écrans de PC. Parmi diverses babioles et quelques livres se trouve un vieil album photos à la couverture rouge passée. Cela fait longtemps qu’il ne l’a pas consulté, car son cœur se serre toujours douloureusement et il a l’impression de ne faire que jeter du sel sur une plaie qui refuse de se refermer. Mais aujourd’hui, il a un objectif. Il cherche quelque chose de précis. Alors, une fois son repas prêt, il le pose sur la table basse et effleure la couverture usée et le nom écrit dans le coin en bas à droite. Kagami Hanae. Il ouvre l’album, tout en enfournant ses œufs brouillés de sa main libre. Les premières pages relatent des fragments de l’histoire de sa mère avant sa rencontre avec son père. Il la voit avec ses amis, en voyage, fêtant un événement avec sa famille. Il y a aussi quelques photos où elle est seule, et notamment un portrait d’elle dans un restaurant, souriant à l’appareil devant une table rien remplie. À côté de la photo, il y a un nom et une adresse. Cet établissement n’existe probablement plus, ou bien il aura changé de propriétaire depuis longtemps… Mais ça vaut le coup d’essayer. Délicatement, il retire la photo de l’album, et termine son petit-déjeuner.
Vers midi, après avoir travaillé un peu – de la paperasse et des tonnes de messages auxquels répondre – Kagami quitte son appartement, la précieuse photo glissée dans la poche intérieure de sa veste. Il ne lui faut que dix minutes pour rallier l’adresse indiquée dans l’album. Tandis qu’il pénètre dans la ruelle du resto, son cœur se met à cogner dans sa poitrine. Il a presque aussi peur d’être déçu que de trouver le restaurant intact, comme dans les souvenirs de sa mère, tout droit sorti d’un passé qu’il n’a pas connu. Après tout, que vient-il chercher ici, sinon des fantômes ? Mais maintenant qu’il est là, autant aller jusqu’au bout. Il avance d’un pas déterminé, et trouve le restaurant à sa place. La porte est ouverte et des effluves alléchants viennent à sa rencontre, l’attirant à l’intérieur.
C’est encore plus petit qu’il n’y paraissait sur la photo, mais confortable et accueillant. Il a presque l’impression de rentrer chez quelqu’un. Derrière le comptoir donnant sur la cuisine ouverte, un vieil homme lève la tête et le salue chaleureusement. Sur son invitation, Kagami s’assoit, choisissant d’instinct ce qui devait être la place de sa mère d’après la photo. Il n’y a personne d’autre, et le cuisinier semble travailler seul. Il attend nerveusement, son regard dérivant sur la décoration vieillotte avant de s’attarder sur le menu. Il note mentalement ce qui lui fait envie, et demande une bière au cuisinier. Il la lui apporte aussitôt et prend sa commande avant de s’en retourner en cuisine. Kagami trempe ses lèvres dans le liquide blond. Elle ne lui semble pas extraordinaire, et pourtant elle a un goût spécial, quelque chose d’amer et de nostalgique, et paradoxalement, réconfortant, comme un jour d’automne pluvieux où se glisse un rayon de soleil. La boisson légère le détend, et il écoute les bruits de cuisine tandis qu’il patiente, pensif. Sa mère était un peu plus jeune que lui quand la photo a été prise. Il n’était probablement même pas encore une idée dans son esprit. Avait-elle l’habitude de déjeuner ici ? Venait-elle seule ? En tout cas, il sait que sa mère était un fin gourmet, alors il s’attend à déguster un bon repas. Quand le vieil homme revient avec son katsudon, Kagami ose le retenir quelques instants :
« Excusez-moi… Vous vous souvenez d’une femme qui venait ici autrefois ? C’était il y a plus de vingt ans… Elle… elle avait des cheveux comme les miens. »
L’homme lui sourit, creusant les rides autour de ses yeux, et commence à secouer la tête quand soudain il se fige. Il l’examine attentivement, le tenant dans un suspense insoutenable, avant de s’exclamer :
« Oh… Mais oui ! Hayashi-san ! »
Kagami le fixe, estomaqué. C’est bien le nom de jeune fille de sa mère.
« Vous vous souvenez ? Vraiment ? Vous vous rappelez son nom ? »
Le cuisinier hoche la tête, un voile passant devant ses yeux tandis qu’il convoque ses souvenirs, toujours souriant.
« C’était une cliente régulière. Au début, je n’y ai pas pensé, mais à vous voir assis à sa place… Vous lui ressemblez tellement. Vous êtes son fils ?
— Oui… souffle Kagami.
— Incroyable, s’illumine le cuisinier, vraiment incroyable. Je l’aimais bien, vous savez. Et pas seulement parce qu’elle me commandait toujours beaucoup à manger ! Elle avait l’air… Comment dire ça… Toujours pressée d’aller quelque part, et pourtant, elle savourait son repas comme si c’était le dernier. Une femme très énergique. Et très franche, quand elle n’aimait pas quelque chose. Pour être honnête, elle m’a aidé à perfectionner ma carte !
— Vraiment ?
— Oui, oui. Tenez, je vous offre le repas. Prenez ce que vous voulez.
— Oh non, je vous en prie, ce n’est pas…
— J’insiste. Ça me fait plaisir de me rappeler de Hayashi-san. Et de vous voir ici aujourd’hui. Profitez de votre repas ! »
Kagami n’a pas le temps de protester davantage ou de poser d’autres questions que l’homme repart déjà en cuisine. Il baisse les yeux sur son bol, le cœur battant, le ventre remué d’émotion. Mais ce n’est pas ce qui l’empêche d’avoir faim, bien au contraire. Et peut-être se laisse-t-il emporter par son désir de se connecter à sa mère, de recomposer les pièces manquantes du puzzle dans sa mémoire, mais il lui semble que ce katsudon le ramène en enfance, par une froide journée d’hiver. La faim, c’est une bonne maladie, disait sa mère en lui donnant son bol, alors qu’il avait encore les joues rougies d’une matinée passée à jouer dans la neige. Son cœur s’emplit d’une chaude tendresse mêlée de peine à l’évocation de ce souvenir, vague et fugace comme un rêve. Il suspend ses baguettes un instant pour boire quelques gorgées de bière. Il ignore pourquoi ça fait remonter tant d’émotions en lui dans un mélange si doux amer, mais après tout, c’est pour ça qu’il est venu. Alors il déguste son kastudon perdu dans ses pensées et ses souvenirs.
Plus tard, quand le cuisinier repasse, il demande :
« Ma mère… J’ai une photo d’elle et je me demandais… Dans quelles circonstances elle a été prise ? »
Il sort la photo de sa poche et la lui montre.
Le vieil homme se penche pour mieux voir.
« Oui… Je m’en souviens, dit-il en plissant les yeux. Elle a dit qu’on ne sait jamais où la vie peut nous mener, alors elle voulait une façon de se rappeler cet endroit, si jamais la vie la portait loin d’ici. C’est moi qui ai pris la photo. Et de fait, c’était l’une des dernières fois où je l’ai vue. Je crois qu’elle a rencontré quelqu’un après ça…
— Oui… Mon père… murmure Kagami.
— Mais vous voyez, elle a bien fait ! Car cette photo vous a conduit ici ! Vous vous êtes souvenu à sa place ! »
À ces mots, son cœur se serre douloureusement, et pourtant il éprouve aussi de la joie, de la surprise, et un sentiment d’accomplissement et de fierté, comme s’il avait réalisé l’un des souhaits secrets de sa mère.
« Yeah… Je suis content d’être venu. Et votre cuisine est délicieuse. Ce katsudon… Il me rappelle celui qu’elle faisait.
— Qui sait, je me suis peut-être inspiré de sa recette ! sourit le vieil homme en lui adressant un clin d’œil. Si vous voulez… Je peux prendre une photo de vous aussi. Pour la ranger à côté de celle de votre mère. »
Kagami déglutit, la gorge un peu sèche. Il hoche la tête sans rien dire, lui tend son téléphone et lui explique rapidement comme s’y prendre.
« La ressemblance vous sautera aux yeux quand vous verrez les deux photos côte à côte ! » assure le vieil homme.
Kagami lui adresse un sourire timide, et le cuisinier prend la photo, puis lui rend son téléphone. Le rouge vérifie qu’il n’a pas l’air complètement stupide sur le cliché, et baisse la tête pour le remercier.
« C’est vraiment gentil à vous.
— Je vous en prie. »
Alors que le vieil homme rejoint sa cuisine, Kagami finit sa bière, en proie à des émotions contraires. C’est à la fois réconfortant et intimidant de marcher dans les pas de sa mère. Avec une certaine appréhension, il examine encore la photo que le cuisinier a pris de lui, et pose celle de sa mère à côté du téléphone. Son regard navigue de l’une à l’autre, et force est d’admettre que la ressemblance est effectivement frappante. Il se reconnaît dans les traits de cette femme qui affiche un immense sourire, franc et heureux. Et bien sûr, dans cette chevelure flamboyante qui cascade jusqu’en bas de son dos.
Lorsqu’il ressort du restaurant, pris d’une impulsion, il va faire imprimer sa photo et l’encadrer avec celle de sa mère. Il n’a aucune photo chez lui, ce sera donc la première. Mais il a envie d’avoir ce rappel, cette assurance réconfortante qu’il ne vient pas de nulle part, que sa mère a bien vécu, et qu’ils sont liés tous les deux. De retour chez lui, il pose la double photo encadrée sur son bureau, là où il pourra toujours la voir. Il se sent mélancolique maintenant, mais quelque part, un peu apaisé, content de lui, avec l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait.
Contrairement à ce week-end, le réveil d’aujourd’hui est plus difficile. Il faut dire que l’idée de retourner travailler après plusieurs jours off n’est pas très réjouissante. Quand bien même, Aomine s’étire et grimace d’inconfort. Tout courbaturés qu’ils sont, ses muscles protestent à faire le moindre effort. Il a beau être un grand amateur de sport, le surf nécessite l’implications plus soutenue de certains muscles, différents de ceux qu’il sollicite habituellement.
Quand il émerge du brouillard, il attrape son téléphone sur le chevet mais reste dans le confort des draps. Aomine sourit en trouvant un message de Kise arrivé dans la nuit. La tornade blonde le noie de questions sans rapport, s’enquiert de sa journée surf, lui confie que ça lui manque aussi, lui parle boulot, lui demande où en sont ses amours et la santé de sa mère. Il lève les yeux au ciel et secoue la tête en reconnaissant bien là son vieil ami, inchangé. Il prend le temps de lui répondre, mettant un soin particulier à lui retourner ses questions. Avec le décalage horaire il se doute qu’il n’aura pas de réponse immédiate mais ce contact, même à retardement le met en joie. Il se dit même que finalement, il a surestimé leur éloignement et qu’il ne tient qu’à lui de le combler. Puis, parce qu’il n’a pas eu le temps de passer le voir comme il l’avait prévu, il appelle Tetsu qui décroche presque immédiatement.
« Yo Tetsu. Bien remis du match ?
—Oui très bien merci. C’était comment le surf ?
— Au top ! Ça m’avait manqué. Mais ça tire un peu ce matin.
—Tu as encore zappé les étirements je parie. »
Il grimace et souffle de dépit. Inutile de nier avec lui… Il ne sait pas si c’est le message de Ryota ou simplement la redescente post week-end, mais ce matin la nostalgie l’étreint.
« On a passé de bons moments à la mer tous ensemble…
— C’est vrai, il faudra le refaire. Si tu t’y prends en assez en avance je pense que ce serait envisageable pour l’été prochain.
— Hum je suis pas le meilleur organisateur.
— C’est ton idée Aomine-kun.
— Ouais j’y penserai… » Un léger silence s’installe, qu’il brise avec l’objet de son appel, plus sérieusement : « Dis je t’appelle parce que je me demandais… pourquoi tu as été si indiscret au Magi avec Kagami ? »
À travers le combiné, il peut entendre son interlocuteur cessé son activité, quelle qu’elle soit. Il a toute son attention.
« Il s’est ouvert à toi après mon départ ? »
La question le rend perplexe. Qu’est-ce que ce filou de fantôme avait encore manigancé comme plan foireux ?
« Euh non… C’était le but ? » Un nouveau silence, plus pesant. Puis un soupir, résigné.
« Aomine-kun... je suis vraiment très content pour toi. Tu attendais un tel rival depuis longtemps. Mais j’ai remarqué qu’il avait l’air inquiet d’un éventuel rapprochement entre toi et Naoko. Et je trouverais dommage que tu le perdes bêtement pour une histoire de fille. Je ne voulais pas être intrusif, seulement l’amener à t’en parler. »
Aomine reste coi, analysant les propos de son ombre. Quand il en comprend le sens, il étouffe un rire. Kuroko pense que Kagami a des vues sur Naoko ? Ça c’est la meilleure ! Son ami n’a peut-être pas perdu la main au basket, mais niveau déduction, il va falloir qu’il revoie sa copie. Un sourire aux lèvres, il décide de le rassurer. Lui non plus n’a pas envie de perdre Kagami. D’ailleurs, n’a-t-il pas éconduit la jeune femme plus ou moins pour cette raison ?
« Merci Tetsu, je gère. Elle ne m’intéresse pas de toute façon. Et je crois que Kagami est assez grand pour me le dire si c’était le cas. Mais j’en doute…
— Il y a quelqu’un d’autre ? »
Tetsu s’est planté, mais il ne perd pas le nord. Il comprend vite. Aomine secoue la tête, toujours amusé. Il n’est sûr de rien, et au fond, malgré sa curiosité – déformation professionnelle – il préfère ne pas le savoir. Au risque que les choses changent entre eux. Et c’est tout l’inverse dont il a envie. Kagami s’est très vite imposé dans sa vie et il n’est pas prêt à devoir s’en passer. Alors c’est tout à fait sciemment qu’il élude la question. Autant pour Kuroko que pour lui-même.
« Ça il te l’a déjà dit. Ça le regarde. Fouineur !
— Aomine-kun, toi et moi savons que je finirai par le découvrir.
— Hahah ouais peut-être, mais d’ici là Sherlock évite les questions malaisantes tu veux ? »
Soudain son portable vibre contre sa joue. Un message interrompt sa conversation. Il grimace en prenant connaissance de son contenu, il pensait avoir plus de temps avant de rejoindre le poste. C’est son chef, le big boss qui lui demande de venir le plus tôt possible.
« Désolé Tetsu je dois filer. Une urgence au boulot. On se voit bientôt d’accord ?
— Quand tu veux. Tu sais où me trouver. »
Il raccroche et sort prestement de son lit, sourcils froncés.
Une fois sur son lieu de travail, il ajuste la chemise qu’il a enfilée en vitesse et se rend directement dans le bureau de Masato. Ce dernier l’invite à entrer après qu’il ait toqué et toujours inquiet de cet appel d’urgence il obéit.
« Un problème chef ?
— Ah ! Daïki, te voilà. »
La bonne humeur de son supérieur le surprend quelque peu mais ses traits reprennent vite leur dureté qui incombe à sa tâche et son rang. Assis dans le siège face au grand bureau de bois sombre il attend de connaître la raison de sa convocation.
« On les tient », lui annonce-t-il simplement.
Aomine ne saisit pas immédiatement mais son visage s’illumine quand il comprend et il demande ravi :
« L’arrestation est pour quand ?
— Dans deux jours. On doit faire vite, l’infos est tombée ce week-end, ils se réunissent en nombre sur les docks pour une livraison.
— Génial, mais… je ne vois pas l’urgence du coup ? Pourquoi tu m’as fait venir ? »
Masato lui sourit tandis qu’il se baffe mentalement pour avoir fourché. Ici, il est son chef, point.
« Parce que j’aimerais que tu en sois Aomine. Tes preuves sur le terrain ne sont plus à faire. Je n’ai que de bons retours et puis, sans tes précieux rapports sur certains membres du gang on manquerait encore d’informations sur leur hiérarchie. Le briefing débute dans une heure. »
Aomine reste un peu sonné. La reprise immédiate et inattendue dans le grand bain surement. Mais il est plus qu’impatient de participer au démantèlement de cette bande de mafieux qui polluent les rues de la ville. S’ils réussissent ce serait une grande victoire pour la police de Tokyo. Il hoche la tête en signe d’accord, solennel mais aussi touché d’une telle marque de confiance. Son travail finit par payer, et sa poitrine se rengorge de fierté.
Avant qu’il ne sorte du bureau, Masato l’interpelle.
« Et Daïki… Appelle un peu ta mère tu veux ? Elle m’a encore harcelé de questions auxquelles je ne peux pas répondre à ta place.
— Oh… oui d’accord j’y penserai.
— Bien. Allez file te préparer.
— Oui monsieur. »
Il insiste sur le dernier mot avec un sourire complice. Quand Masato lui parle comme ça, c’est difficile d’oublier entièrement leur lien, malgré l’uniforme et les galons. Aomine le voit rouler des yeux face à son arrogante politesse au moment de refermer la porte.
Quand il rejoint l’open space, il se note d’appeler sa mère dès qu’il pourra. Il se sent coupable d’oublier de le faire régulièrement. Pas qu’il ne pense pas à elle, mais leur relation n’a jamais été du genre fusionnelle, et elle agit avec lui comme si elle avait peur de le déranger ou d’être intrusive. Il soupir un peu en pensant à tous ces non-dits entre eux qui semblent les éloigner plus que les kilomètres les séparant. Pourtant, il n’a pas envie qu’elle devienne une étrangère, ni qu’elle apprenne ses exploits, ou son quotidien de son supérieur. Après tout, c’est sa mère. Son cœur se serre un peu en pensant qu’il ne profite pas assez de la chance de l’avoir encore, alors que d’autre n’ont plus cette présence auprès d’eux.
Une pensée en entraînant une autre, il revient inévitablement aux souvenirs de la veille. Leurs confidences sur le sable, face à l’immensité de l’océan. Et s’il s’était sentit gêné sur le moment de se montrer si vulnérable, aujourd’hui il est seulement content d’avoir pu s’ouvrir à Kagami. Sans en avoir dit beaucoup, il s’est senti compris et en totale confiance. Il se remémore aussi sa proposition d’en discuter s’il en ressentait le besoin. Peut-être qu’il se laissera tenter…
Deux grandes mains viennent s’abatte sur son bureau pour le sortir de ses réflexions.
« Officier Aomine ! Le commissaire Masato m’a informé que vous vous joignez à l’équipe d’intervention ? Quelle bonne nouvelle, vous ne serez pas de trop. Prêt pour le briefing des opérations ?
— Oui capitaine ! » s’entend-il répondre avec enthousiasme à son lieutenant en bondissant de sa chaise.
Ce dernier lui sourit, amusé par sa réactivité. Décidemment, cette mission semble mettre tout le monde de bonne humeur. Même si la tension dans la salle de réunion est palpable. Ils entrent rapidement dans le vif du sujet et des plus studieux, Aomine écoute attentivement, enregistrant méthodiquement chaque détail important. Le soir même une simulation est prévue au hangar. Une sorte de répétition pour caler les derniers détails et la coordination des équipes. La journée du lendemain, la surveillance sera de mise. Pour s’assurer que leur fenêtre de tir demeure identique. Il échange un regard avec Tadashi, un de ses partenaires de basket et accessoirement un de ses voisins. Celui qui s’était mépris sur sa relation avec Satsuki. Ils s’entendent bien. Plus âgé que lui, son collègue l’a pris sous son aile dès son affectation ici au central. Mais voilà quelque temps qu’ils n’ont pas eu l’occasion de travailler en binôme, puisque ce dernier est monté en grade. Opportunité que leur capitaine vient de leur offrir.
Ça y est, ils y sont. Mercredi, bientôt jeudi s’il en croit l’horloge du tableau de bord, en planque sur les docks, dans l’attente. C’est le grand soir. Avec tous les préparatifs, en plus du travail habituel, ce début de semaine a été plutôt intense. Aomine peut en ressentir toute la tension dans ses épaules. Il fait craquer sa nuque, sur le qui-vive, prêt à réagir au moindre signal. À ses côtés Tadashi brise le silence qui s’appesantit de minute en minute dans l’habitacle.
« Nerveux ?
— Pas toi ? s’étonne-t-il.
— Si bien sûr, mais on dirait que t’as envie d’en découdre comme s’ils s’en étaient personnellement prit à toi.
— Faut qu’on les arrête. On n’a pas le droit à l’erreur ce soir, ça fait trop longtemps que ces gars tournent les forces de l’ordre en ridicule en toute impunité.
— Mouais… donc rien à voir avec le fait que ton père ait failli les faire tomber à l’époque ? »
Aomine se crispe un peu plus à l’évocation de son paternel. Même sans ça, il tiendrait un discours similaire. Mais évidemment, ça ajoute un poids supplémentaire… Il ose un regard vers son partenaire et grogne un peu. Certains jours, son héritage et son nom sont un peu plus lourds à porter. D’autant plus quand d’autres que lui s’en souviennent.
« Si peut être… Mais c’est surtout eux qui me mettent la pression », confesse-t-il en désignant un conteneur du menton.
Son collègue fronce les sourcils et suit son regard, puis il demande avec surprise :
« La SAT ? Ces gars-là te font peur ?
— Mais non Baka ! La Special Assault Team… J’aimerais l’intégrer. »
Cette fois Tadashi siffle, l’air franchement impressionné. C’est vrai qu’ils en imposent avec leur équipement, leur tenue et leur prestance. Il a bien conscience que ce n’est ni le moment, ni l’endroit mais secrètement il aimerait faire bonne impression. C’est la première fois qu’il peut les voir travailler de près et ça ne lui donne que plus envie. Son cœur s’affole rien qu’à l’idée qu’un jour, il pourrait faire partie de ceux qui patientent dans le cube de métal, armés jusqu’aux dents, prêts à lancer l’attaque. Il se secoue pour se reconcentrer. Même s’il est seulement en charge de sécuriser le périmètre, il ne perd pas de vue les risques et l’ampleur de sa tâche.
Ils passent l’heure suivante dans un silence feutré, chacun dans sa bulle, observant la nuit. La tension monte d’un cran lorsqu’une dizaine de voiture arrivent sur le quai. Aomine respire lentement, calme son rythme cardiaque et braque toute son attention sur ce qui se joue plus loin devant eux. Tout de noir vêtus et lourdement armés, plusieurs hommes s’extirpent des bagnoles. Avant de lancer l’assaut sur les nouveaux arrivants, ils doivent confirmer la présence de la tête du serpent. Aomine sait que toutes les équipes retiennent leur souffle, attendant le feu vert. Sans leur chef, toute l’opération de démentiellement serait un échec. Au bout d’un temps qui lui semble durer indéfiniment, le mafieux daigne enfin sortir de son trou, l’arrière d’un énorme 4x4. Suspicieux, l’homme grisonnant surveille alentour en boutonnant sa veste. Un instant plus tard, le temps qu’il aura fallu à la reconnaissance faciale d’identifier formellement le client, la radio grésille.
Une fraction de seconde plus tard, les hommes de la SAT s’élancent hors de leur planque pour encercler les malfaiteurs de renom. Ces derniers ouvrent le feu, et très vite le bruit assourdissant des tirs résonnent sur tout le quai, rebondissant contre les containers qui répondent en écho. Des cris, des ordres, des flashs de lumière. Tout se passe très vite. Un désordre sans nom. L’adrénaline sature son système, Aomine est prêt à l’action, à intervenir si nécessaire. Il comprend que tout ne se passe pas comme prévu. Tadashi réagit en démarrant la voiture. Il allume les pleins phares en même temps que leurs collègues tout autour du périmètre. Le gang est cerné. Pourtant les hommes de main de leur cible principale ne semblent pas enclins à se rendre. Pas sans se battre. Le combat fait rage et il voit des corps tomber. Certains remontent dans les voitures pour tenter de prendre la fuite d’autres s’éparpillent à pied.
L’un d’eux se dirige droit sur leur position. Par reflexe il se baisse pour éviter les tirs. Son partenaire fait de même et avance à l’aveugle pour interrompre la course du fuyard. Un choc sur le capot. Aomine se redresse juste à temps pour voir le mafieux s’élancer en boitant hors du périmètre. N’écoutant que son instinct, il bondit hors de la voiture et court à sa poursuite. Quand il remarque sa présence derrière lui, le gangster lui tire dessus au hasard, sans prendre le temps de viser. Il s’abrite alors derrière un bloc de métal et en profite pour reprendre son souffle. Déterminé, il se rue à nouveaux entre les allées du labyrinthe formé par les conteneurs. Il sait que sa cible n’est pas loin, il peut entendre sa respiration saccadée et son pas claudiquant.
De peur qu’il lui échappe, le jeune flic réfléchit à toute vitesse. Pour lui, ce n’est pas une option envisageable. Il s’arrête un instant pour observer autour de lui et recule un peu. D’un coup d’œil, il estime la hauteur des containers – moindre qu’un panier de basket – et se positionne. Après tout, il a fait ça un millier de fois… Un sprint, un, deux, trois grands pas et il saute. Il gaine son corps pour amortir le choc et sans difficulté particulières il se hisse sur le toit du conteneur, s’y allonge telle une ombre. Le plus silencieusement possible il se redresse et avance accroupi à la recherche de sa proie. Il le trouve bientôt en contrebas, collé à une paroi voisine se croyant hors de danger. Patiemment il guette le moment le plus propice, notant dans un coin de son esprit que les tirs croisés derrières lui ont cessés. Lorsque le criminel se penche pour guetter l’angle de sa cachette, il bondit sur lui, de toute sa hauteur et de tout son poids. Désarçonné, l’homme s’écroule dans un cri et lâche son arme. D’un coup de pied Aomine l’éloigne hors de portée de son propriétaire et plaque le truand au sol de son genoux pour le menotter fermement.
Toujours sonnée, sa victime est difficile à relever. Il le fouille minutieusement pour le désarmer entièrement et le guide à travers les allées des docks, restant attentif au moindre geste suspect, au moindre bruit. Au détour d’un container il se fige, sécurise son détenu et amène une main à son taser. Dans la pénombre il aperçoit un casque et un bouclier de la SAT. Il lève la main et s’annonce calmement. C’est terminé. Ce n’est que lorsque les forces spéciales le délestent de son butin et le raccompagnent au centre des activités qu’il prend conscience des battements frénétiques de son cœur contre ses côtes. En le voyant, Tadashi accourt vers lui en le traitant d’inconscient et lui met une claque derrière le crâne. Il encaisse sans broncher, réalisant à peine tout ce qu’il vient de se passer.
C’est au petit jour que le cortège de voitures arrive devant le poste. Évidemment, une horde de journaliste les attend de pied ferme. Aomine inspire profondément, il déteste ces rapaces qui se mettent bien souvent dans leurs pattes. Il échange une œillade entendue avec son partenaire et descendent du véhicule. Quelques passants matinaux sont là aussi, attirés par la foule. Face aux acclamations et aux applaudissements des habitants, il reste stoïque. Gardant son sérieux et sa concentration. Les réjouissances seront pour plus tard, en attendant il a une mission à terminer.
Il récupère son fardeau à l’arrière du véhicule et le guide vers l’entrée du bâtiment. Devant le public, son prisonnier semble retrouver un regain d’énergie pour sauver le peu de fierté qu’il lui reste. Il lui résiste et tente de se défaire de son emprise dans un mouvement d’épaule. Le malfrat réussit à se tourner face aux journalistes pour déverser sa rage et sa colère avec vulgarité, braillant qu’il ne craint ni la police, ni la justice avant de cracher de dégout à ses pieds. Aomine contracte la mâchoire, exaspéré par ce petit numéro de caïd. Sans ménagement, il le saisit par la nuque pour le remettre dans le droit chemin. Avec poigne, il le contraint à courber l’échine, serrant sa prise sur son cou et tirant ses poignets menottés plus en arrière, arrachant un grognement d’inconfort au futur taulard.
« Tais-toi et avance ! T’auras tout le temps de t’exprimer au tribunal.
— Argh ! Connard ! Tu perds rien pour attendre … »
Pour toute réponse, à bout de patience il appuis un peu plus fort pour stopper ses jérémiades et presse le pas vers le commissariat.
Ce soir-là, la pluie enveloppe la ville d’un halo liquide dans lequel se diffractent les sources lumineuses. Le trottoir laqué de reflets défile sous les pas de Kagami, abrité sous sa seule capuche, qui marche d’un pas vif, les bras chargés de sacs de courses. Dans ses oreilles pulse une musique agressive l’isolant du reste du monde alors qu’il se dépêche de rejoindre la maison d’Alex, qui l’a invité pour dîner. Il dépasse rapidement les artères principales pour s’enfoncer dans un quartier résidentiel où les lumières se font plus éparses, épaississant les ténèbres tombées sur la ville. Enfin, il arrive devant la petite maison nichée derrière son portail coulissant, abritée par quelques cèdres du Japon. Il se hâte jusqu’à la porte d’entrée et l’ouvre sans s’annoncer. Il se débarrasse de ses chaussures dans le vestibule, puis se rend directement dans la petite cuisine qui donne sur l’arrière-cour, pose ses sacs sur le plan de travail, et finalement, retire sa capuche et ses écouteurs.
« Alex, c’est moi ! »
Il entend sa voix lui répondre depuis l’étage, et il commence à ranger ses victuailles et à sortir les ustensiles nécessaires à la préparation du repas. Il chantonne la chanson qu’il écoutait tout en travaillant, à mille lieues ici de l’hostilité du soir trop frais, trop sombre et humide. Il aime cette cuisine chaleureuse où il passe une partie de son temps libre, d’autant qu’elle est plus grande et plus pratique que la sienne.
Alors qu’il est plongé dans ses préparatifs, Alex passe la tête par l’encadrement de la porte.
« Hey Taiga ! What’s up ? »
Il hausse les épaules.
« Pas grand-chose. Mais j’ai passé un week-end sympa avec Aomine.
— Ah oui ? demande-t-elle, les yeux brillants d’intérêt. Tout un week-end, hein ?
— Commence pas à imaginer des trucs ! Ouais, on a fait un basket samedi. Il m’a présenté un ami à lui. Un drôle de numéro. Un gars super discret et pas très athlétique, mais qui a le don pour faire des passes ultra rapides qui semblent sortir de nulle part.
— Vraiment ?! J’aimerais bien voir ça !
— Je m’en doutais, sourit Taiga. T’auras sûrement l’occasion de le croiser un de ces quatre.
— Et dimanche, tu as fait quoi ?
— Sortie surf ! Aomine avait l’habitude d’en faire avant, il est un peu rouillé mais franchement, il se débrouille bien.
— Encore un bon point pour lui, alors ! rigole Alex.
— Hmpf…
— Je suis contente que tu te sois fait un ami, ajoute la blonde plus sérieusement. Tu fréquentes pas beaucoup de gens de ton âge. »
De nouveau, il hausse les épaules. Peu importe qu’il en fréquente beaucoup ou un seul. Ce qui compte, c’est la qualité de la relation. Mais il voit où Alex veut en venir… C’est vrai qu’il mène une vie plutôt solitaire, et ce n’est pas forcément toujours de son propre chef.
« On aime les mêmes activités et on s’entend bien, alors… Ouais, on va sûrement se voir souvent… Enfin, j’espère. Il est pas mal pris par le boulot et… moi aussi, finalement.
— Ça ne t’empêche pas de trouver le temps pour venir me voir, alors oui, je suis sûre que vous aurez l’occasion de vous voir souvent. »
Alex sourit et entre complètement dans la cuisine pour se placer à ses côtés et examiner ses préparations.
« On dirait qu’on va encore se régaler ce soir… J’ai trop faim !
— Izumi se joint à nous pour le dîner ?
— Je pense ! Je l’ai prévenue que t’étais là. Elle a dit qu’elle en avait pour une demi-heure. »
Il sourit.
« On table plutôt sur une heure, alors. »
Une fois sa cuisine terminée, ils s’installent dans le salon pour prendre l’apéro, discutant avec la télé en fond. Soudain, Alex écarquille les yeux, pose une main sur son bras et lui indique l’écran du menton. Il tourne la tête et découvre les images d’un suspect enragé conduit sans ménagement vers le poste par un officier qu’il connaît bien. Alex monte le son et ils écoutent le commentaire racontant le coup de filet sur des trafiquants qui a eu lieu dans la nuit. Alex siffle entre ses dents.
« Eh bah, c’est pas tous les jours que les flics passent à la télé ! Ça devait être un gros coup ! »
Kagami acquiesce, sourire aux lèvres. Il est content et fier pour son ami. C’est peut-être une nouvelle étape dans son parcours pour intégrer les forces spéciales.
« T’as des amis plutôt badass, enchaîne Alex.
— C’est sûr que c’est plus classe que « mathématicien des statistiques ».
— Ouch. Mon pauvre Tatsuya doit avoir les oreilles qui sifflent ! »
Kagami rigole, et ils regardent avec attention la fin du reportage, même si ce dernier, ne montrant plus d’images d’Aomine, perd tout de même beaucoup en intérêt.
Après cela, Izumi finit par sortir de son antre et ils dînent ensemble devant la télévision. Quand il va se coucher, Kagami repense aux images d’Aomine et découvre que ça l’inquiète de le savoir dehors à participer à des opérations aussi dangereuses. Cependant, ça ne risque pas d’aller en s’améliorant… puisque le brun convoite un poste encore plus périlleux. Mais il est trop tôt pour y penser… Avant de glisser dans le sommeil, il envoie un message à son ami.
[Kagami – 23h15]
Hey, je t’ai vu à la télé ! Félicitations pour le coup de filet. J’espère que ça sera bien sur ton dossier pour la suite. Mais prends pas trop de risques quand même !
Chapter Text
Aomine est rincé. Il n'a pas vu passer sa journée, et pourtant il en ressent toute la fatigue. Tellement, qu'il a un peu de mal à se réjouir de leur victoire ce soir. Peut-être aussi parce qu'il ne réalise toujours pas. Même posé chez lui, dans le calme et le silence il lui semble que son esprit est encore coincé sur les docks. Ou quelque part dans une salle de débriefing. Allongé sur son lit, il se refait le film de ces derniers jours sans parvenir à trouver le sommeil malgré son épuisement. Lorsqu'il entend son téléphone vibrer près de lui, il est un peu étonné. Il pense d'abord que Satsuki a oublié de lui dire quelque chose, mais le contact qu'il découvre sur son écran le détrompe. Un sourire aux lèvres, il répond.
Aomine - 23h17
Hey !
Ah... tu as vu ça ? Merci, j'espère aussi.
T'inquiète pas, Prudence est mon deuxième prénom ;)
Kagami - 23h18
Prudence ? Je sais pas pourquoi j'ai du mal à croire ça. Alex t'as vu aussi, elle a dit que t'étais "badass".
Aomine - 23h18
haha pourquoi ? Je suis raisonnable pourtant.
Venant d'une autre badass, je suis flatté ^^
Kagami - 23h19
Yeah, en tout cas ils vont peut-être te donner un peu de repos maintenant ? Si tu veux passer bouffer demain...
Aomine se redresse un peu sur son oreiller, salivant déjà rien qu'à cette idée. Son dernier vrai repas doit remonter à plus de deux jours et il ne saurait même pas dire ce que c'était. Demain, il est effectivement de repos. Et ce week-end en astreinte. La proposition est trop alléchante... mais une idée lui vient. Il se mordille le pouce tandis que l'autre hésite à appuyer sur l'icône "envoyer".
Aomine - 23h21
Puisque t'en parle... Si ta proposition de me préparer à manger tient toujours, je te prête ma cuisine si tu veux. Je dois avoir un sachet de nouilles au fond d'un placard pour survivre ce week-end.
Dans son lit, Kagami se redresse jusqu’au s’assoir tout à fait et hausse les sourcils, intrigué par cette proposition. Aomine, l'inviter chez lui ? Il avait presque cru que le brun tenait à garder cet endroit secret, comme s'il était réticent à voir quelqu'un d'autre que son amie Satsuki y entrer. Et peut-être qu'il y a de ça, après tout. Cela dit, c’est plus que tentant… Il est très curieux de découvrir l’endroit où vit le brun.
Kagami - 23h22
Un paquet de nouilles, tu dis ? Imagine la tête que je fais maintenant. (j'ai pas l'air content, si ça peut te mettre sur la voie. Un brin scandalisé, aussi). Bon... OK. Envoie-moi ton adresse alors !
Aomine ricane en imaginant la tête de Kagami. Il se souvient son air sérieux quand il évoquait la possibilité de préparer à manger pour sa meilleure amie qu'il ne connait même pas, et il admet profiter un peu de sa gentillesse et de son obsession pour la nourriture. Il se surprend lui-même à lui demander de venir. Mais il n'a pas la force d'y réfléchir, il a seulement suivi son impulsion du moment, heureux d'avoir de ses nouvelles.
Aomine - 23h23
J'imagine très bien. Et ça me fait marrer ! Je t'envoie ça. Tu as besoin de quoi ? Envoie-moi une liste j'irais faire des courses.
Kagami considère la question un moment, et se dit que tant qu'à faire, autant mettre les petits plats dans les grands et prévoir large, comme ça Aomine aura à manger pour plusieurs repas. Il lui prépare donc une liste longue comme le bras et l'envoie avec satisfaction. Puis, il repose son portable sur la table de nuit et ne tarde pas à trouver le sommeil, la tête déjà dans ses préparations du lendemain.
À son réveil, Aomine s'étire longuement. Allongeant ses membres au maximum pour éveiller chaque fibre de son corps encore engourdi de sommeil. Il ne se souvient pas d'avoir sombré, et sa nuit était sans rêve. Juste paisible, reposante et réparatrice. Tout ce dont il avait besoin après ces derniers jours. Il se frotte les yeux et cherche son téléphone à tâtons. En parcourant la liste de Kagami, il comprend aisément qu'il ait eu le temps de s'endormir sur son smartphone... Elle est aussi longue que le générique de la guerre des clones ! Il se passe une main sur le visage, ahuri, regrettant presque d'avoir joué avec la serviabilité de son ami. Le karma...
Kagami se réveille de bonne humeur ce matin-là, heureux à la perspective d'aller chez Aomine et de lui concocter un bon repas. En plus, il va lui faire les courses, et ça, c'est un avantage dont il bénéficie rarement : Izumi prétend ne pas avoir le temps de s'en charger et Alex... est juste trop flemmarde. Ça ne le dérange pas vraiment, les deux femmes lui rendent bien ses attentions, juste d'une façon différente.
Alors qu’il pense à son repas, il s'inquiète tout à coup qu'Aomine ne sache pas choisir les ingrédients les plus sensibles, comme le poisson où les légumes. Il s'assoit dans son futon et sans attendre, il prend son téléphone pour envoyer une liste d'instructions supplémentaires et ainsi s'assurer de la qualité des matières premières.
La tête où le soleil ne se lève pas, Aomine sirote son premier café. Il serait bien resté au lit mais avec sa super idée, il se retrouve de corvée courses. Alors qu'il est en train de se demander où il peut trouver ne serait-ce que la moitié de ce qu'il y a sur la liste, il reçoit un texto. S'il n'était pas un brin inquiet de la tournure que prennent les évènements, il s'amuserait du côté autoritaire des instructions supplémentaires qu'il lit en écarquillant un peu plus les yeux à chaque ligne. Il a peut-être un tout petit peu sous-estimé l'implication de son pote dans le projet... Incrédule, ses lèvres s'étirent tout de même en tapant une réponse.
Aomine - 10h47
Ok... tu déconnes vraiment zéro avec ça. Je me suis engagé alors je vais rien dire, mais là je lève les yeux au ciel de consternation si tu veux savoir. Tant qu'à faire, est ce que tu as des magasins à me conseiller ? Je ne sais pas où trouver la moitié de ta liste !
Ah... et bonjour à toi aussi au passage !
Kagami découvre la réponse du brun en sortant de la douche et réalise qu'il s'est peut-être montré un peu trop directif… Il pianote un message pour tenter d’y remédier.
Kagami - 11h00
Yeah... Sorry. C'est juste que j'ai mes petites habitudes... Ouais pour le konbini tu peux aller à celui à côté de la gare, celle à côté du ciné où on est allés l'autre jour. Y a toujours tout ce qu'il faut là-bas ! Je passe chez toi vers quelle heure ?
Aomine - 11h01
Ok c'est pas trop loin. D'ici une heure ? Je pars pour ma quête !
Il termine de s'habiller et avant de sortir, il pense à lui envoyer son adresse et le prévient du registre qu'il aura à signer à l'entrée de l'immeuble.
Kagami se prépare et s'occupe comme il peut en attendant que ce soit l'heure de partir, réprimant son impatience. Il hésite à faire un peu de sport, puis se rappelle qu'il vient de prendre une douche, et renonce. Il fait un peu de ménage, répond à ses mails, et enfin attrape sa veste et quitte l'appartement. Un quart d'heure plus tard, il arrive à la résidence d'Aomine. En se présentant à l'accueil, il se dit que plus aucun inconnu louche n'arriverait jusqu'à lui s'ils devaient signer un registre. Mais enfin, il n'a pas eu d'ennuis récemment... Peut-être que cette histoire est terminée ? Il a quelques doutes, mais profite du répit.
Une fois cette petite formalité achevée, il se hâte en direction de l'escalier et le grimpe quatre à quatre jusqu'à l'étage d'Aomine. Une fois devant sa porte, il réarrange sa chevelure d'une main nerveuse, puis toque à sa porte d’un geste résolu.
Aomine est en train d'arranger le dernier coussin sur le canapé quand il entend frapper à la porte. Il sursaute un peu. Il n'a pas l'habitude, c'est plutôt rare. Les seules personnes qui viennent ici sont accompagnées par lui, ou possèdent la clef et ne s'encombrent pas de la formalité de s'annoncer. D'un pas pressé, vérifiant l'état de son appartement en chemin il va ouvrir à son ami, s'étonnant de ce qu'il éprouve à l'idée de l'introduire chez lui.
Kagami sourit en apercevant son ami. Il est vraiment content de le revoir. Comme toujours, son cœur fait un petit bond, puis il se rappelle de ne pas trop s'enthousiasmer, et s'ensuit un pincement douloureux.
« Hey. Ma liste de courses t'a pas trop donné de fil à retordre ? »
La bouffé de stress inexplicable qui s'est emparé d’Aomine depuis son retour s'estompe face au sourire chaleureux qu'il trouve derrière le battant. Il a soudain l'impression de ne pas avoir vu Kagami depuis plusieurs semaines et se réjouit de sa présence. Il lui rend son sourire en s'écartant pour lui laisser le passage, ouvrant grand sa porte.
« Étonnamment non. Elle faisait peur au début mais tu as répondu à toutes les questions avec tes instructions. J'espères que ça te conviendra.
— Right ! Je savais bien que ces instructions seraient nécessaires ! »
Kagami entre et se déchausse, jetant un coup d'œil autour de lui. C'est un appartement assez modeste, mais propre. Ça manque peut-être un peu de décorations. Il attend que son hôte l'introduise dans le salon et surtout lui présente la pièce la plus importante : la cuisine !
Aomine s'avance dans la pièce principale, vérifiant d'un petit coup d'œil en arrière que Kagami le suit, et aussi pour s'assurer de sa véritable présence. Il trouve ça très étrange de le voir chez lui mais pas de façon désagréable. D'un geste du menton, il lui désigne la cuisine toute équipée qui n'est séparée du salon que par un demi mur, faisant office de plan de travail, comptoir et plus rarement table.
« N'hésite pas à fouiller, je pense avoir tout ce qu'il faut dans les placards. Sinon, la porte là-bas c'est la salle de bain et celle à droite c'est ma chambre. Bienvenue », ajoute-t-il dans un sourire en se massant la nuque.
Kagami hoche la tête en souriant et s'avance dans la cuisine pour ouvrir tous les placards et tous les tiroirs afin de faire un état des lieux rapide.
« Hm... Ouais je devrais avoir tout ce qu'il me faut. » Il inspecte ensuite le frigo et commence à sortir tout ce dont il a besoin. « T'es bien équipé pour un type qui se retrouve avec un paquet de nouilles pour toute nourriture. »
Aomine ricane à la remarque et explique :
« Appartement de fonction, c'est un meublé. J'ai quasiment rien acheté et le peu qui manquait, ma mère me l'a offert quand j'ai emménagé.
— Ah je vois. Pratique ! »
Kagami se lave les mains puis farine le plan de travail avant de commencer à faire sa pâte à gyozas. Il relève la tête pour regarder le brun.
« Bien remis de ton intervention, au fait ? Ça avait l'air d'une grosse opération. » Il fronce les sourcils et après une hésitation, il ajoute : « T'as pas été blessé ? »
Il se doute bien que même si c'était le cas, ça n'aurait été rien de grave puisqu'il a vu Aomine emmener le suspect au commissariat et qu'il se tient devant lui apparemment en forme, mais il a tout de même besoin de demander.
Fasciné par la rapidité avec laquelle son ami s'est emparé de l'espace, Aomine observe ses gestes en se demandant bêtement si son plan de travail a déjà été recouvert de farine. La question de Kagami le tire de ses pensées et il s'installe sur une chaise haute au comptoir.
« Je sais pas trop en vérité. J'ai un peu le sentiment de l'avoir rêvé. C'était tellement intense... Et plutôt imprévu. J'ai su deux jours avant ce qui se tramait et que je serais de la partie. » Le regard perdu au loin, il le reporte sur son invité pour le rassurer, touché par son inquiétude. « Et non je n'ai pas été blessé. Un collègue a été salement touché mais j'ai appris ce matin qu'il allait s'en sortir alors c'est officiellement une immense réussite. »
Kagami sourit, reportant son attention sur sa pâte.
« Tant mieux. C'était ta première grosse intervention ?
— Avec autant de monde et pour un si gros poisson, ouais c'était une première. J'en ai encore la chair de poule. »
Et comme pour se justifier, incapable de trouver les bons mots pour décrire ce qu'il ressent il lève son avant-bras parcouru de frissons à l'évocation de cette nuit. Son corps se remémorant l'adrénaline, la concentration extrême et le puissant sentiment d'être utile, à sa place.
Kagami écarquille les yeux :
« Ah ouais... T'es vraiment fan de ton métier. » Il rigole un peu, cherchant à intégrer les paroles du brun, et ajoute tout en pétrissant sa pâte : « Mais j'imagine que je peux comprendre... J'aime l'adrénaline aussi. Les situations intenses. Alors les miennes en général ne sont pas dangereuses... Mais le principe est sans doute le même. »
C'est vrai qu'il aime son métier. Et puis même si Tadashi lui en a voulu de courir au-devant du danger, seul, pour arrêter le fuyard il ne peut s'empêcher d'être fier de lui. De sa réussite personnelle dans cette victoire commune. Même si un il ne sait quoi lui chatouille la conscience...
« Ouais c'est une sensation assez dingue... L'impression d'être hors de son corps, et d'en avoir pourtant le contrôle absolu.
— Yeah, comme dans un bon match de basket, hein ? »
Kagami met sa pâte de côté pour la laisser reposer, puis nettoie le plan de travail avant de commencer la découpe des légumes.
Rêveur, Aomine acquiesce et pose sa tête sur son poing. Il revient à l'instant présent, délaissant les images de l'arrestation au fond de son crâne.
« Et toi alors ? Quoi de neuf. Pas trop harcelé par les sponsors ?
— Si... répond Kagami dans un soupir. La comm c'est pas mon truc... Mais avec les gars de la team... On pense à prendre un agent. Ça nous facilitera le travail. Aucun de nous n'est très à l'aise avec ce genre de trucs, alors...
— Sérieux ? » demande-t-il en se redressant, son intérêt piqué au vif.
Kagami relève les yeux, amusé par son enthousiasme.
« Ouais... Un agent pourrait s'occuper de nous trouver des contrats et gérer la paperasse. Donc on va sans doute essayer d'en trouver un, faut qu'on en reparle. »
Aomine hésite. Mais en y réfléchissant bien, il se ferait surement tuer s'il elle l'apprenait...
« Bin tu me diras dans ce cas... je connais quelqu'un que ça pourrait intéresser. Et que je recommanderais les yeux fermés.
— Ah bon ? Qui ça ? demande Kagami, intrigué.
— Satsuki. Elle a pas encore son diplôme mais elle aimerait être community manager. Elle est tout le temps connectée sur tout. Les tendances ça la connait et les jeux vidéo, elle y joue plus que moi. Enfin, c'est pas un milieu inconnu pour elle quoi. C'était la manageuse de notre équipe au collège. Elle s'organise comme elle respire... Bref, je veux pas te faire son CV mais si elle apprend ça et que je n'ai pas parlé d'elle... » Il rit un peu en imaginant ce que Satsuki serait capable de lui faire s'il ne la mentionnait pas.
Kagami hausse les sourcils devant ce portrait très flatteur. C'est l'amie d'Aomine alors c'est normal, mais tout de même, ça vaut le coup de creuser cette piste.
« Vraiment ? Oh, bah dans ce cas, faudrait que je la rencontre pour qu'on en parle... »
En plus, si elle débute, la commission qu'elle prendra ne les ruinera pas, et c'est déjà un très bon point, puisqu'à leur niveau on ne peut pas dire que l’argent coule à flots.
Sincèrement heureux qu'il considère l'option avec intérêt, Aomine sourit à Kagami de toute ses dents, imaginant déjà le bonheur de sa meilleure amie. S'il peut les aider tous les deux en les mettant simplement en relation, ce serait génial.
« Quand tu veux ! Si ta team est OK je te filerai son numéro avec grand plaisir », affirme-t-il, très enthousiaste à cette perspective. Puis, d'un bond il descend de son tabouret et demande, affolé de manquer à ses devoirs : « Au fait, je t'ai rien proposé ! Tu veux boire un truc ?
— Yeah, si t'as une bière j'en veux bien une. Pour Satsuki, pas besoin d'en parler à mes coéquipiers avant, si je lui passe un coup de fil et que je la rencontre, je l'aurai pas encore embauchée ! Donc ouais je veux bien son téléphone. »
Kagami assaisonne ses petits légumes et les réserve dans un bol, puis attaque une marinade pour la viande. C'est agréable de cuisiner ici, il y a de la place et c'est bien organisé. Il se sent comme un poisson dans l'eau.
Il ne lui en faut pas plus. Aomine ouvre son frigo d'une main tandis qu'il pianote le numéro de sa meilleure amie de l'autre.
« Envoyé ! » Claironne-t-il satisfait en saisissant deux bières.
Puis, il s'approche de Kagami et se faufile derrière lui pour accéder à un tiroir. Il attrape son décapsuleur, déleste les boissons de leur protection et referme le tiroir d'un coup de hanche. À parler de tout et rien, voir son ami si à l'aise chez lui, il a fini par se détendre et il oublie que c'est la première fois que Kagami vient ici, la première fois qu'on se sert vraiment de sa cuisine aussi. Il tend sa bouteille au jeune chef et lui présente la sienne dans l'attente qu'il trinque avec lui. Il ne sait pas trop à quoi exactement, mais l'atmosphère et son cœur sont à la fête.
Kagami l'observe avec un sourire en coin, amusé de le voir d'aussi bonne humeur. Il trinque avec lui et boit une gorgée.
« Thanks. » Il repose la bouteille et se remet au travail. Il s'est fixé un objectif ambitieux, mais il est sûr de pouvoir tout cuisiner avec que son ami ne s'impatiente trop.
« Tiens au fait... J'ai trouvé... ou presque 'retrouvé' une chouette resto en ville. Ma mère avait l'habitude d'y aller... Y avait une photo d'elle là-bas dans un album que j'ai. J'y suis allé... Et figure-toi que le proprio se souvenait d'elle ! J'ai mangé gratos... »
Tout en buvant, Aomine observe Kagami revenir à ses préparations. Il reste un instant silencieux, prenant le temps d'analyser ce qu'il lui raconte. Il lui semble entendre d'autres mots entre les lignes enjouées et presque trop anodines. Il trouve l'histoire très touchante et il ne peut qu'imaginer l'effet que ça a dû lui faire de partir sur les traces de sa mère. Pensif, il cale son dos au plan de travail et se penche un peu en arrière pour capter les expressions sur son visage concentré.
« Et ça va ? Ça n'a pas dû être facile... »
Kagami relève la tête et lui lance un coup d’œil surpris.
« Oh euh... Ouais. C'est... un sentiment doux-amer, j'imagine. Mais j'étais content. D'en savoir un peu plus sur elle, de rencontrer quelqu'un qui la connaissait... Ça m'a fait du bien. J'aurais dû faire ça y a longtemps... Mais j'imagine que j'étais pas prêt. »
Aomine lui sourit doucement. Rassuré de l'entendre. La chasse aux fantômes, il sait ce que c'est, et combien ça peut être décevant ou douloureux. Sans y penser, il pose une main sur l'avant-bras de Kagami, stoppant sa découpe méticuleuse.
« Dans ce cas je suis content pour toi. Tu penses y retourner ? »
Kagami regarde la main posée sur son bras, étonné par la gentillesse et la compassion d'Aomine. Il en a déjà fait preuve auparavant... Mais en fait, ça l'étonne à chaque fois. Il hoche la tête et sourit.
« Ouais, sûrement. J'pourrais t'y emmener, je pense que ça te plairait. C'est un peu old school, mais chaleureux, et on y mange très bien. »
La proposition surprend un peu Aomine. Peut-être qu'il attache trop d'importance à ce que représente ce lieu pour son ami, transférant sa propre affection à certains endroits où vivent encore les souvenirs de son père. Mais au fond, il se doute que ce n'est pas son imagination. Sa poitrine se réchauffe à la pensée qui l'effleure. Tant pis s'il se méprend, ça lui fait plaisir d'y croire. En l'invitant à partager un repas là-bas, il a le sentiment que Kagami l'invite à rencontrer sa mère, à le rencontrer lui un peu plus. Il lui sourit de nouveaux et avale une gorgée de bière pour dénouer un peu sa gorge.
« Sur la bouffe j'te fais confiance. Emmène-moi où tu veux. D'ailleurs... tu sais la rando dont je t'ai parlé. Le lac qu'on trouve en chemin, c'est là-bas que mon père m'a appris à pêcher », confesse-t-il en se passant une main dans les cheveux.
Il avait pensé lui avouer une fois là-bas, éventuellement, comme une anecdote de voyage sans en faire toute une histoire. Mais Kagami a le don de lui faire dire des choses qu'il ne s'autorise parfois même pas à penser.
Le sourire de Kagami s'accentue en entendant ça. Aomine semble si réservé sur le sujet de sa famille... Il l'interprète comme une marque de confiance de sa part, et ça lui donne encore plus envie d'aller faire cette randonnée.
« Ah ouais ? C'est super ! Et tu pratiques toujours ? Parce que si oui, j'te mets au défi de nous pêcher un super poisson qu'on pourra donner à la cuisine de l'auberge en arrivant !
— Ah ouais un défi ? Je dis jamais non à un défi, s'amuse-t-il dans un rire. J'ai moins le temps avec le taf mais quand je me fais une virée nature, je fais en sorte de pouvoir pêcher. Alors, pari tenu ! Et si on fait ça sur deux jours, je te défie de le cuisiner toi-même au bivouac mon super poisson !
— Hm... Je suis pas vraiment spécialiste en poissons d'eau douce... Mais j'suis sûr que je pourrai improviser un truc ! Au feu de bois, à l'ancienne ! »
Kagami rigole à cette perspective, mais ça serait très intéressant de cuisiner avec le strict minimum. D'ailleurs, en parlant de cuisson... Pour l'instant, il bénéficie de la technologie dernier cri, des plaques à induction. Et il est temps de commencer à faire cuire ses préparations. Il s'y attèle, et très vite, des arômes appétissants s'élèvent de ses poêles.
« Hmm mon appart' n'a jamais senti aussi bon ! Ça donne super faim ton truc. »
De retour sur sa chaise, Aomine est au meilleur poste pour admirer la caramélisation des légumes et capter les effluves qui font gargouiller son estomac d'impatience. Il a hâte de gouter.
Kagami sourit en remuant ses préparations, sûr de lui : « Ouais, je suis presque sûr que ça va être bon. » Il met du riz dans l'autocuiseur et lui lance par-dessus son épaule : « C'est prêt dans une dizaine de minutes. » Puis, il reprend sa bière et reste près de ses poêles pour les surveiller, buvant quelques gorgées. Voilà un jour off comme il les aime.
À cette annonce, l'affamé s'affaire à mettre la table sur le comptoir. Appréciant particulièrement l'ambiance que Kagami a apporté dans sa cuisine, d'ordinaire vide et sans âme. Il sort deux nouvelles bières après avoir demandé d'un geste si Kagami en voulait une autre. Sa tâche accomplie, il revient s'assoir en attendant sagement que les plats soient prêts. Il en profite pour observer son ami à la dérobée, aussi à l'aise dans sa cuisine avec des poêles que sur un terrain de street avec un ballon. Les gestes sont différents, mais tout aussi sur, précis et empreint d'une volonté qu'il peut presque voir dans la tension de ses muscles en action. Le mot qui lui vient pour résumer ce qu'il capte de sa gestuelle, c'est la maîtrise. Kagami sait ce qu'il fait, et pour lui qui a tout juste dompté l'autocuiseur et amadoué le four, c'est un peu impressionnant.
Kagami commence à servir et bientôt, tout est fin prêt et tous les plats sont disposés sur le comptoir. Il a fait vite, mais il y a beaucoup à manger, et même avec eux deux comme convives, il est certain qu'il en restera. Il s'assoit, boit une gorgée de bière et s'empare de ses baguettes :
« Bon app ! »
Émerveillé par la quantité, Aomine répond vaguement, se demandant par où commencer. Il se saisit d'un gyosa et ne peut retenir un soupir de délice lorsque les saveurs se diffusent sur son palais.
« Hum c'est trop bon ! Et dire que ça sort de ma cuisine... Incroyable ! »
Kagami éclate de rire devant cette réaction, mais ça lui fait chaud au cœur. Il n'aurait pas aimé qu'Aomine soit déçu, surtout après l'avoir fait courir avec une liste de courses longue comme le bras. Et puis, il méritait bien ça après sa victoire au boulot.
« Ta cuisine est idéale, explique-t-il. Bien équipée et pratique ! Ici je peux être au summum de mon art ! Je suis content que ça te plaise, je suis plutôt satisfait moi aussi ! »
Même s'il n'a absolument rien à voir avec la conception ou l'agencement de sa cuisine, Aomine prend le compliment pour lui, se rengorgeant d'avoir participé un tant soit peu à un tel chef d'œuvre gustatif.
« Merci, merci... j'peux te la louer si elle t'inspire tant. Tu me paieras avec ce qui en sort. »
Amusé, il croque avec entrain dans une boulette de viande pannée, délicieuse.
« Ouais, ça me paraît un bon deal, rétorque Kagami. Tes voisins vont croire que t'as embauché un chef à domicile en me voyant faire des allers retours à l'heure des repas ! »
Il enfourne un gyoza avec appétit, c'est vrai qu'ils sont plutôt réussis. Toutes ses recettes sont simples, mais elles sont efficaces, et il a ses techniques et ses secrets pour y apporter le plus de saveurs possibles.
Aomine fronce les sourcils en imaginant ses collègues se pointer à l'improviste pour en profiter. Peut-être pas un si bon plan finalement... Il savoure en silence les différents plats, tous meilleurs les uns que les autres, puis entre deux bouchées demande à Kagami :
« T'as un truc de prévu cette aprèm ?
— Non, rien de particulier. T'as envie de faire un truc ? »
Avec un grand sourire, Aomine ne prend même pas la peine de parler. Il attrape une balle imaginaire, la fait tourner sur son index et l'envoie à son voisin, curieux de voir sa réponse.
Kagami hoche la tête vigoureusement, avalant sa bouchée avant de répondre :
« Yeah, carrément. Toujours chaud pour un basket !
— J'en étais sûr ! Tu veux tester celui d'ici ou tu préfères ton terrain ?
— Allons ici, c'est plus simple. Peut-être que cette fois ce sera moi qui aurai l'occasion de tester tes voisins !
— Peut être. Ça fait un moment que j'ai vu personne, ça me plairait bien moi aussi. »
Il réalise en l'énonçant que c'est vrai. Depuis qu'il connait Kagami, il n'est plus allé jouer que contre lui, désertant son terrain habituel.
Kagami rigole doucement en secouant la tête :
« Jouer contre une bande de flics... Honnêtement, c'est un peu flippant. Heureusement que j'ai pas de casier.
— Haha flippant ? Comparé à toi ils sont nuls ! Et c'est plus souvent leurs gosses qui viennent squatter le terrain. T'as pas à t'en faire. »
Il ne l'ajoute pas, mais les flics sont comme tout le monde, ils ne mordent pas. Mais ça l'amuse que ça impressionne son ami, c'est vrai que ce n'est pas commun comme situation.
« Bon je vais pas me faire arrêter si je leur dunke dans la figure alors ? Parce que... j'aime bien faire ça... » avoue Kagami avec un demi sourire.
Aomine sourit en retour. Oui, il a cru remarquer cette petite manie.
« Je vais pas te mentir, il y a quelques mauvais perdants. Mais ils ont l'habitude avec moi, ça devrait aller. Au pire je te protégerai », conclut-il avec un clin d'œil complice.
Embarquer son rival... qu'ils essaient tiens !
Kagami éclate de rire en imaginant ça.
« Bon ! J'ai pas à m'en faire alors. »
Il pioche dans un autre plat et leur conversation se centre sur l'un de leur sujet préféré, le basket. Et notamment la saison de NBA en cours. Ils commentent les résultats et les matchs à venir, se livrant à des pronostics plus ou moins basés sur leurs propres souhaits.
Le repas terminé, du moins… son estomac rassasié Aomine commence à débarrasser, indiquant à Kagami où il peut ranger les restes de ce qu'il a préparé. Il le laisse le temps de se changer et en revenant il avise son jean et lui demande s'il a besoin d'en faire autant, précisant qu’au cas où, il a d'autres survêtements qui pourrait certainement lui aller.
Kagami accepte son offre et quelques instants plus tard, il réapparaît dans un jogging et un t-shirt du brun. Ils font pratiquement la même taille, et même si Kagami et un peu plus large d'épaules, ça lui va tout de même. Il est un peu embarrassé, ça lui fait bizarre de porter les fringues de son crush... mais ça lui plaît aussi. Il sourit et se racle la gorge :
« Bon ! Bah je suis prêt. J'aurais dû me douter qu'on ferait un basket et prendre des fringues au cas où... »
Satisfait, et bêtement content de voir Kagami porter son jogging aux couleurs des forces de l’ordre, Aomine récupère sa balle dans l'entrée. Ils se chaussent et descendent au terrain quasiment au pied de son immeuble. Il n'y a pas grand monde. Et il est même surpris de ne pas le trouver totalement vide à cette heure-ci. En s'approchant il remarque que c'est Haru. Un partenaire régulier, plutôt bon, mais qui ne travaille pas dans le même service que lui. Il s'étonne d'ailleurs de ne pas voir sa fidèle complice en allant le saluer.
« Hey ! C'est rare de te voir sans Yami... elle va bien ?
— Mais regardez qui voilà ! Oui t'inquiète, elle est en promenade avec Neko. » le rassure-t-il en lui serrant la main puis ajoute en avisant Kagami. « Salut ! »
Kagami s'approche, un peu intimidé. S'il peut se montrer un peu rude parfois, déterminé et fixé sur ses objectifs, il a toujours eu un côté timide, mal à l'aise auprès des gens qu'il ne connaît pas. Plus jeune, on se moquait de lui pour ses traits asiatiques et sa chevelure flamboyante, et il lui avait fallu la force tranquille de Tatsuya pour y puiser un peu de sérénité et faire face à ses détracteurs. Et bien sûr, le basket lui permettait de canaliser, d'affronter quelqu'un dans un univers qu'il maîtrisait, plutôt que dans des joutes verbales qui le dépassaient. Il n'a jamais perdu cette réserve confinant à la méfiance, même si à l'âge adulte, il tâche de combattre ses peurs plutôt que de se renfermer sur lui-même. Il adresse un sourire un peu crispé au collègue d'Aomine et serre sa main tendue.
« Salut. Kagami. »
Aomine sent la tension dans la voix de son ami. Il s'étonne un peu, il ne l'a jamais vu froid auparavant. Il ne s'en formalise pas pour autant. Inconsciemment il pose une main sur l'épaule de son ami et la serre un peu en faisant les présentations.
« Un ami du basket, précise-t-il au flic. Kagami, je te présente Haru. Il est maître-chien aux stup'. »
Involontairement, Kagami se raidit d'autant plus et par réflexe, balaie les alentours pour s'assurer qu'aucun chien ne traîne dans les parages. Comme il n'en voit pas, il se détend légèrement, reportant son attention sur le dénommé Haru.
« Enchanté. »
Sous ses doigts, Aomine peut sentir les épaules de Kagami se crisper. Inquiet, il fronce les sourcils et se note de lui demander plus tard. En attendant il connait un moyen efficace de le détendre. Il lui sourit et lui tend son ballon.
« Tu attends quelqu'un où tu veux jouer avec nous ? demande-t-il en allant piquer celui de Haru à la place.
— Tadashi devait me rejoindre, il sera content de te voir ! Ou pas en fait... »
Il rit en mettant un premier panier.
Kagami fait rebondir la balle sur l'asphalte, prenant ses marques sur ce nouveau terrain. Il évalue d'un coup d'œil les paniers, qui ont l'air plus solides que ceux du terrain à côté de chez lui. Il approche de l'un d'entre eux et décide de vérifier par lui-même, bondissant pour mettre un dunk en s'accrochant à l'arceau. La structure métallique se plaint en supportant son poids, mais tient bon. Il retombe sur ses pieds, satisfait.
Alors qu'Aomine nargue Haru qui tentait de lui reprendre sa balle, il entend une voix derrière lui, faisant étrangement écho à l'expression de surprise imprimée sur le visage de son adversaire, qui fixe Kagami du regard.
« Bordel, mais c'est qui ce mec ?
— Ton nouveau pire cauchemar ! Haha » se moque le brun en se retournant vers le nouveau venu.
Tadashi lui donne l'accolade en entrant sur le terrain.
Kagami remarque le nouvel arrivant et s'approche pour se présenter. Soudain, il se demande si ce collègue-là bosse avec Aomine... Parce que dans ce cas, peut-être qu'il est au courant pour ses petits déboires, à cette idée, une bouffée d'embarras lui monte au visage, le faisant rougir malgré lui.
Tadashi le lâche pour saluer Haru puis il s'approche de son ami.
« C'est la première fois que je te vois ici, t'es nouveau ? » demande son collègue en désignant le logo sur le jogging qu'il a prêté à Kagami. Aomine ricane et secoue la tête, répondant pour lui, préférant éviter le quiproquos.
« Nan Baka ! C'est Kagami.
— Oh ! Kagami hein... Donc tu es la raison de l'absence de cet Aho de malheur dans les parages. Enchanté ! »
Kagami lâche un petit rire embarrassé, soulagé que le flic ne semble rien savoir de plus sur lui.
« Justement... Cette fois je viens jouer sur son propre terrain, histoire d'équilibrer les choses. »
Aomine se renfrogne un peu à la pique à peine voilée de Tadashi. Pas de sa faute s'il a trouvé meilleur joueur ailleurs... Mais il est plutôt content d'avoir ramené Kagami. C'est un peu ... incongru, comme si deux de ses univers jusqu'alors nettement distincts entraient en collision, pourtant ça lui semble normal. La suite logique de leur relation. Équilibre... c'est exactement ça. C'est à son tour de lui ouvrir un peu son monde. Donnant donnant. Il sourit à cette idée et de plus en plus impatient il propose :
« Deux v deux les gars ? Qui veut venir avec le gagnant ?
— Du coup... Tu parles de toi ou de moi, là ? demande Kagami, amusé par son assurance.
— Hahah ! Toi, j't'aime bien ! déclare Tadashi dans un éclat de rire. Viens, on lui fait ravaler sa fierté... »
Aomine lève les yeux au ciel en voyant la coalition qui se forme sous ses yeux, mais Haru a l'air ravi d'être son coéquipier. Ce dernier lui donne un petit coup dans l'épaule en rejoignant le centre du terrain, prêt à en découdre.
« Laisses-les parler, Ao. Rappelle-lui qui est le patron ici. »
Kagami sourit en constatant comme les collègues d'Aomine se prennent au jeu. Il a toujours le ballon dans la main et décide donc d'ouvrir les hostilités. Il jette un coup d'œil à Tadashi puis fléchit les jambes, driblant d'une main à l'autre en observant ses adversaires, puis s'élance, fonçant directement sur le duo sans chercher à les esquiver. Il a l'intention de passer en force.
Aomine ne se laisse pas surprendre. Les attaques frontales dès le départ, Kagami en est friand. Et il adore cette façon d'entrer dans le jeu, corps et âme. Ça a le don d'exacerber son instinct de riposte. Il se place sur sa trajectoire, pas du tout prêt à le laisser faire son show tout de suite. Le fauve lancé ne s'arrête pas et lui rentre dedans, le poussant à ancrer ses appuis tandis que Kagami protège son drible de l'autre main. Du coin de l'œil il voit Haru aux prises avec Tadashi, minimisant les opportunités de passe.
Kagami recule d'un pas, mais Aomine suit son mouvement exactement en même temps, comme s'il était connecté à lui, lisant en lui comme dans un livre ouvert. Il pivote de côté, cherchant une échappatoire. Il danse d'un pied sur l'autre, luttant pour se défaire de l'emprise d'Aomine, quitte à le bousculer un peu. Il parvient finalement à se dégager une marge de manœuvre suffisante pour tenter le premier tir.
Aomine change d'appuis aussi vite que son corps froid le lui permet et bondit. Il effleure la balle du bout des doigts mais la trajectoire était parfaite. Il se retourne pour voir si son geste a suffi à la dévier. Elle touche l'arceau, rebondit, et tombe à côté. Il a eu chaud. Kagami lui offre un sourire provocant, lui rappelant qu'il ne doit jamais le sous-estimer, même s'il joue "à domicile". Il fait craquer sa nuque et réceptionne la passe de Haru. Il drible pour se placer à l'attaque, avec puissance et détermination, faisant résonner le rebond sur le bitume au rythme de son pouls, calme et régulier. Il avance lentement, sans lâcher Kagami du regard. Son corps massif légèrement courbé vers l'avant suit le moindre de ses gestes, prêt à réagir. Il remarque le tressaillement de ses doigts impatients et il retient son sourire. Il feinte une percée mais revient aussitôt en retrait, driblant toujours calmement. Il réitère la manœuvre en s'approchant un peu plus cette fois et il obtient ce qu'il cherchait. Titillé, Kagami amorce un pas vers lui et il en profite pour accélérer, filant comme une flèche sur le côté entrouvert de sa garde, surveillant la position de son partenaire.
Kagami tend une main pour lui voler le ballon dans sa course, mais en vain. Il se retourne et court sous le panier, où est déjà positionné Tadashi. Celui-ci observe Aomine approcher, sourcils froncés, apparemment bien déterminé à ne pas lui faciliter la tâche. Kagami reste dans le dos du brun, décidé à le prendre en sandwich. Malgré sa marge de manœuvre réduite, Aomine reste souple et parvient à s'extraire du barrage tout en protégeant sa balle. Mais Kagami ne se laisse pas démonter : au basket, aucune situation ne reste statique bien longtemps. C'est un sport sans impasses, en perpétuel mouvement. Il suit Aomine et quand il bondit pour marquer, il saute dans son dos et tape dans le ballon, qui atterrit directement dans les mains de Tadashi.
Placé un peu en retrait de la mêlée Haru intercepte Tadashi et, presque surpris de s'être emparé du ballon, tire à la hâte. Aomine n'a pas besoin d'attendre pour savoir qu'elle ne passera pas. Trop à gauche. Alors il s'élance dans un nouveau saut pour s'en saisir au vol et l'accompagner au fond du filet. Il apprécie toujours d'ouvrir le score mais délaisse vite cette mini victoire pour rester concentré dans le jeu qui a pris une tournure bien plus sérieuse que d'ordinaire sur ce terrain. Intensité qui a l'air de déstabiliser un peu ses collègues. Il s'excuse mentalement auprès d'eux. Contre Kagami, impossible de faire autrement.
Le rouge grogne un peu en voyant leurs efforts échouer, et il récupère le ballon avant de l'envoyer à Tadashi, le laissant mener l'offensive. Il recule sur le terrain, restant toujours à portée de son coéquipier, qui lui fait la passe dès qu'Aomine vient le menacer d'un peu trop près. Kagami se retourne et trouve Haru sur sa trajectoire, mais il le contourne facilement et profite de son ouverture pour marquer sans attendre, satisfait en entendant le léger "swish" alors que le ballon passe dans le filet sans toucher l'arceau.
Aomine sent que ce match va encore être serré ... Et c'est bien pour ça qu'il aime tant l'affronter. Il devrait s'offusquer de voir le score s'égaliser mais c'est avec un immense sourire qu'il récupère la balle pour préparer le prochain assaut. Cette fois, il le tente plus coopératif et multiplie les passes avec Haru pour qu'il prenne la confiance. Il l'observe affronter Tadashi et se place dans le bon angle pour recevoir le ballon au cas où. Il sent un regard peser sur lui et tourne la tête pour tomber dans les yeux de Kagami, positionné en support lui aussi mais qui n'oublie jamais de le surveiller. Quand il voit son partenaire en difficulté avec Tadashi, qui use de sa taille supérieure pour faire pression, il s'approche pour faire écran et lui permettre de prendre le large. Avant de se faire stopper par Kagami. Sachant que Haru n'a aucune chance face à lui, il le regarde tenter un nouveau tir de loin.
Kagami regarde le ballon partir avec un sourire amusé. Ça lui rappelle ses tous premiers matchs, où il avait le même réflexe de tenter de marquer même s'il était trop loin ou savait qu'il n'était pas prêt. "Un tir de panique", comme disait Alex. Il a ensuite appris à temporiser, à garder le ballon en attendant une configuration plus propice. Sans surprise, le ballon ne passe pas. Ils se repositionnent et reprennent aussitôt les hostilités. L'avantage de jouer avec des flics, c'est qu'ils sont bien entraînés physiquement et peuvent suivre le rythme qu'Aomine et lui leur imposent. Du moins, pour l'instant !
Comme à chaque fois, Aomine perd la notion du temps et c'est son coéquipier qui demande un temps mort pour boire un coup. Il s'éponge le front dans son t-shirt et cale son ballon sous le bras en acquiesçant, un brin déçu d'être coupé dans son élan. Il se désaltère aussi, silencieux, toujours dans le match. Tadashi reprend un peu son souffle près de lui et l'observe en coin.
« Si y a bien un jour où je pensais pas te trouver c'était aujourd'hui.
— Pourquoi ça ? s'étonne-t-il.
— Semaine plutôt hard, je pensais que tu aurais préféré dormir. »
Une ride se creuse sur son front au raisonnement de son aîné.
« Parce que tu te reposes toi peut être ?
— Hahah ouais, pas faux. Disons que j'avais besoin de me vider la tête... »
L'air soudain un peu absent de son collègue le tracasse. Pour avoir vécu la même nuit que lui, il se doute de ce qui le tourmente. Certaines images restent aussi gravées sur ses rétines. Notamment cette arme braquée sur eux, et leur pare-brise criblé d'impacts.
« C'est normal que ça prenne du temps. Sur le moment on y pense pas mais après t'as tout le temps de réaliser. »
Kagami entend de loin la conversation et sent un frisson le parcourir malgré le fait qu'il est en sueur. Il imagine qu'après ce genre d'expérience, on doit se prendre un contrecoup. C'est vraiment un drôle de métier, mais il peut comprendre ce qui attire Aomine là-dedans. Au cœur de l'action, en accomplissant quelque chose d'utile. Malgré ça, il n'aime pas trop l'idée qu'Aomine s'expose ainsi... Et pourtant il n'a guère le choix. Ça ne le concerne en rien. Il chasse ces pensées et boit un peu d'eau avant de retourner mettre quelques paniers histoire de ne pas perdre le rythme.
Tadashi sourit à Aomine et il lui cogne l'épaule amicalement quand Haru prend part à la conversation :
« D'ailleurs, de ce que j'en ai l'occasion félicitations les gars. Hier à l'aéroport, même les gardes de sécu' parlaient de vos exploits.
— Nos ? C'est le sien ! J'étais encore agrippé à mon volant à essayer de comprendre ce qui se passait que ce taré là, il courait derrière un mafieux comme il fait son jogging.
— Haha ! Ça m'étonnait aussi que tu ais vraiment participé à cette arrestation légendaire.
— Enfoiré... » grogne Tadashi en arrosant Haru avec le fond de sa gourde.
Aomine secoue la tête de dépit devant leurs gamineries. Il lui semble pourtant n'avoir fait que son devoir. Avant de rejoindre Kagami à petite foulées il leur lance avec sarcasme :
« Le gentil flic a arrêté un méchant, tu parles d'une légende... »
Kagami n'a pas tout compris à la suite de la conversation, mais ça ne lui a pas échappé qu'Aomine a pris des risques. Des risques inconsidérés ? Difficile à savoir. Mais ça lui fait peur. Est-ce que son ami n'irait pas trop loin, influencé par son rêve d'intégrer les forces spéciales ? Une nouvelle fois, il se débarrasse de ces pensées, les oubliant en bondissant pour remettre un panier.
Aomine récupère la balle qui roule au sol d'un dribble rapide et bas puis s'élance pour dunker à son tour. En atterrissant aux côtés de son ami il lui demande si ça va, le trouvant un peu distant.
« Yeah... I'm good. » Kagami récupère le ballon et dribble en le passant d'une main à l'autre, puis il regarde Aomine : « Ils se débrouillent pas mal tes collègues, remarque-t-il. Même si Haru a tendance à paniquer un peu. »
Aomine ricane et jette un regard à ses potes encore en train de se chamailler sur le bord du terrain.
« Ouais, mais ils font ça pour se détendre. Ils jouent jamais sérieusement très longtemps. »
Naturellement, il se place face à Kagami, laissant son corps prendre une posture défensive comme pour lui démontrer que ce n'est pas son cas, et qu’il en veut encore.
Kagami esquisse un sourire en le voyant se positionner, prêt à faire barrage. Il jette un coup d'œil aux deux autres toujours en train de rigoler, hausse les épaules, puis s'élance de front une nouvelle fois, dribblant d'abord à gauche puis à droite tandis qu'il fait un pas de côté et fonce pour dépasser Aomine. La première partie du match ne lui a pas suffi, il a toujours la bougeotte, d'autant plus pour effacer l'inquiétude qui s'accroche à lui.
Kagami a la sensation que très tôt, il a eu conscience qu'on ne peut pas changer certaines choses. Une sorte de fatalisme né à la suite de la mort de sa mère, sans doute. Cette idée l'a plongé dans une grande tristesse... Mais Tatsuya, puis Alex, lui ont enseigné que ça ne signifiait pas qu'on était totalement impuissant. Alors même si ça n'a pas été facile, il s'est concentré pour agir, sans jamais abandonner, sur toutes les parties de sa vie sur lesquelles il avait effectivement une influence. Sa rigueur et sa discipline sont peut-être nées de là. En tout cas, c'est grâce à ça qu'il a atteint cette maîtrise en basket qui lui permet de s'exprimer à travers le sport.
Une fois Aomine dans son dos, il accélère. Il se sait moins rapide que son rival, mais ça ne l'empêche pas de sprinter en se donnant à fond.
Aomine ne sait pas trop si c'est à mettre sur le compte du terrain inconnu, ou de quelque chose qu'il a en tête, mais il sent Kagami loin de lui. Ou alors, c'est son propre esprit qui n'est pas vraiment là, rappelé sur les docks par sa discussion avec Tadashi. Plus il prend de recul sur cette soirée, plus elle le met mal à l'aise. Pourtant il n'a pas envie d'y penser maintenant, ce n'est pas le moment de démêler tout ça. D'autant que Kagami s'éloigne physiquement maintenant et il ne lui en faut pas plus pour replonger dans la partie, désireux de combler cette distance et de se reconnecter à lui, à leur manière.
Alors il s'élance sur ses talons. D'un mouvement leste il dépasse son adversaire qui se décale dès qu'il entre dans son champ de vision, protégeant la balle en driblant à présent dans son dos. Aomine n'attend pas qu'il tente le passage en force et vient au contact, essayant d'attraper le ballon en encerclant Kagami. Leur corps se frôlent et s'entrechoquent dans la lutte. Et dans l'effort, il ne pense à plus rien d'autre que cette balle, toujours aux mains de son adversaire.
Kagami essaie de se dégager de la zone d'influence d'Aomine mais celui-ci semble partout autour de lui, ne lui laissant aucun répit. Il contracte les mâchoires et se concentre, suivant les mouvements du brun, et quand il tente une percée, il voit le ballon lui échapper et s'écarte aussitôt pour se repositionner et défendre son panier. Aomine parvient à se faufiler derrière lui et il est trop lent pour parvenir à le gêner dans son tir. Il regarde le ballon entrer dans l'arceau et lâche un grognement de frustration.
Aomine ne se préoccupe plus de savoir s'il doit faire une passe, changer son marquage ou porter secours. Seul avec son rival il se sent plus libre. Libre de jouer son basket et ça lui fait un bien fou. Plus qu'une simple distraction, ou une passion, ce sport est son point de repère. C'est là qu'il se ressource et lave son corps de ce qui s'accroche à lui. Pour la première fois depuis longtemps, des années, il n'est pas obligé de le faire seul. Même si Kagami ne se doute pas de ce qui le préoccupe, il est là et l'aide à s'en délester tandis qu'il passe sous sa garde dans un crossover mal anticipé. Si proche du panier, il sait que Kagami va sauter. Plutôt que d'essayer en vain de le contrer il court vers l'arceau, lève les yeux et saute pour basher la balle dans sa courbe avant qu'elle n'entre dans le filet.
Kagami passe en force, en y mettant tout son poids et toute sa rage. Celle-là, elle est pour lui ! Un frisson de plaisir le traverse tandis qu'il réussit à faire passer le ballon dans le cercle. Il s'est souvent senti impuissant sur un terrain de basket, mais chaque fois ça ne fait que souligner le bonheur de surmonter la difficulté. Ils reprennent les échanges sans tarder, ils aiment tous les deux quand ça va vite, quand ils doivent puiser dans leurs réserves et se pousser toujours plus loin pour exacerber leurs facultés sur le terrain. Et ils oublient le temps qui passe, suspendus dans leur propre temporalité, dans un monde où seuls comptent le prochain drible, le prochain panier.
Aomine a perdu le compte. Il sait juste que ça fait un de plus. Pour son adversaire. Il n'a pas envie d'arrêter mais on dirait que la fatigue le rattrape. Il secoue la tête, inspire profondément et reprend son dribble en s'essuyant le front. Il n'écoute pas ses jambes qui tiraillent et passe le ballon entre elles, variant le rythme pour empêcher Kagami de lire son jeu. Mais même ses accélérations ne semblent plus le surprendre. Il tente tout de même le passage, malmenant ses articulations lorsqu'il pivote sur la droite pour se décaler de l'amplitude défensive de son opposant. Il grimace et grogne de douleur mais il donne tout ce qui lui reste d'énergie dans son saut. Lançant la balle dans un geste désynchronisé dont il a le secret avec un certain désespoir. Il ne prend pas la peine de vérifier si elle rentre et s'écroule d'épuisement en atterrissant sur l'asphalte, le souffle court.
Kagami n'a pas réussi à arrêter son dernier tir. En voyant Aomine s’effondrer, il prend toute la mesure de l'effort intense qu'il vient de fournir et s'appuie sur ses genoux quelques instants pour reprendre haleine. Puis, il essuie son visage dans son t-shirt – enfin, celui d'Aomine – et relève la tête pour le regarder.
« Ouais... Moi aussi je suis crevé », constate-t-il avec un léger sourire.
Aomine n'a pas la force de répondre, et à peine celle de sourire. Les bras écartés, les yeux clos, il a l'impression de pouvoir sentir les rotations de la Terre. Ou bien c'est sa tête qui tourne, il ne saurait dire. Un crissement près de lui attire son attention et il peut voir Kagami s'assoir, vaincu par la gravité lui aussi.
Ça fait longtemps que Kagami ne s'est pas autant épuisé au basket et il se demande un peu quelle mouche l'a piqué aujourd'hui. Peut-être les émotions troubles suscitées par l'évocation de l'intervention d'Aomine et Tadashi. Un besoin de se venger sur ce qu'il pouvait contrôler. Et Aomine, lui, avait peut-être besoin de se nettoyer la tête pour éloigner ses souvenirs récents.
Il relève les yeux pour regarder le ciel. Il fait beau aujourd'hui mais l'azur a pris une teinte un peu plus profonde, indiquant que l'après-midi est bien avancé. Peu à peu les battements de son cœur qui résonnaient avec force dans ses oreilles s'apaisent pour faire place à un calme relatif.
Toujours allongé, Aomine laisse ses pupilles suivre un vol d'oiseaux et croise les bras sous sa tête. Il a retrouvé son souffle mais il est toujours incapable de parler. Il se doutait que ça finirait par arriver, qu'il réaliserait un moment ou à un autre mais il pensait être seul quand ça le frapperait. Maintenant qu'il n'y a plus le match pour l'en détourner, un tas de questions et de sentiments confus l'assaillent. Il tourne la tête pour observer Kagami, perdu dans la contemplation du ciel aussi. Un doux sourire étire le coin de sa bouche. Finalement, c'est peut-être mieux. S'il n'avait pas été sur le terrain, ou sans Kagami, il n'aurait pas eu ce moment de quiétude pour mettre le flot de ses pensées sur pause, lui laissant quelques heures de répit. Son esprit privé d'endorphines aurait certainement été plus affuté, plus fourbe et mesquin. Là, malgré tout il est relativement calme et la présence de son ami l'empêche de se laisser aller à des tourments grandissants.
« Merci... » s'entend il souffler.
Étonné par ce murmure, Kagami se détache de sa contemplation du ciel pour reporter son attention sur le brun. Il fronce les sourcils, puis hausse légèrement les épaules.
« Eh bah... Y a pas de quoi. Mais pour quoi au juste ? »
Ayant pensé tout haut, il est un peu confus maintenant que Kagami lui demande de s'expliquer. Il reporte son regard sur le ciel et après hésitation il répond :
« D'être là je suppose. De pas avoir déserté comme les deux bons à rien qui me servent de frères d'arme », se moque-t-il en avisant le terrain vide.
Kagami suit son regard et constate effectivement l'absence des deux autres. En même temps, c'est vrai que ça doit faire un bon moment qu'ils sont là... Il lâche un rire bref.
« Mets-toi à leur place, ils pouvaient pas suivre... » Il s'étire en grimaçant, puis se relève avant de se sentir fusionner avec le goudron. Il tend la main à Aomine : « Allez, reste pas là à te refroidir ! »
Il saisit son avant-bras et se laisse tracter en poussant sur ses jambes meurtries. Déséquilibré et flageolant, il tangue un peu mais Kagami le stabilise. Il lui sourit, un peu gêné de son état et s'écarte doucement avant d'étirer son dos engourdi. Ils récupèrent leurs affaires et il vérifie son portable. Deux messages l'attendent et lui arrachent un ricanement.
« Ils te saluent. Ils n'ont pas voulu nous interrompre et Tadashi a dû récupérer sa fille à l'école. Ça va je leur pardonne... »
D'un geste du menton il fait signe à Kagami de le suivre. Il est temps de rentrer. Il rêve d'une douche chaude et d'une bière fraîche.
Kagami le suit sans protester, lui aussi aurait bien besoin d'une bonne douche. L'avantage, c'est qu'ils n'ont pas à faire beaucoup de chemin avant de retrouver l'appartement. En se déchaussant dans l'entrée, Kagami se dit qu'une fois de plus, le temps a filé en compagnie d'Aomine... Et clairement, ça fait longtemps qu’il n’a pas joué un match aussi épuisant. Il ignore pourquoi, mais un drôle de sentiment chatouille son cœur, l’impression tenace qu’Aomine en avait besoin, même s’il ne peut pas comprendre ce qui lui traverse la tête. Il lui demandera peut-être, plus tard, quand ils auront pris un peu de repos.
Chapter Text
En rentrant, Aomine file en direction de la salle de bain pour allumer le petit chauffage d'appoint et sortir une serviette propre à son invité.
« Tu peux y aller, l'eau chaude est un peu capricieuse, faut attendre avant qu'elle arrive. » En se dirigeant vers la cuisine il ajoute : « Tu préfères une bière ou un thé ou autre chose ? J'ai plein de trucs sympas, je suis allé faire des courses aujourd'hui... »
Kagami sourit :
« Ouais il paraît... Une bière ça me va bien. »
Le rouge rejoint la salle de bain et ouvre le robinet d'eau chaude. Il se déshabille en regardant autour de lui. C'est moins bien organisé que chez lui, mais c'est propre. Il se demande si Aomine a fait le ménage en prévision de sa venue... Peut-être qu'il est du genre souillon d'habitude. S'il considère son intérieur de la même façon que le contenu de ses placards, c'est une possibilité très réelle.
Une fois sous la douche, l'eau chaude détend instantanément ses muscles soumis à rude épreuve, lui arrachant un petit gémissement de satisfaction. Mais il ne compte pas faire attendre son hôte en s'attardant sous la douche, alors il se secoue de sa léthargie et se lave en vitesse.
Quand il se sèche, il se sent déjà revitalisé. Il enfile ses fringues puis ressort de la salle de bain et rejoint le salon.
« C'est bon, tu peux y aller ! »
Aomine lui tend sa boisson et lui dit de s'installer. Il se douche rapidement, massant un peu ses muscles en passant le savon. Lavé et rincé, il enfile un autre jogging, plus confortable que son jean et un léger sweat sans manche. Alors qu'il se sèche brièvement les cheveux il est pris d'un doute. Suspicieux, il ouvre son placard et vérifie que tout y est à sa place. Il en profite pour mettre du déo, là où il l'avait laissé ce matin et termine son séchage express. De retour dans le salon, d'un geste il saisit sa bière et s'affale dans son grand canapé avec un soupir de soulagement.
Kagami, déjà installé avec sa boisson, lui jette un coup d'œil et sourit en reprenant une gorgée de bière :
« C'était un sacré match ! On y est pas allés de main morte aujourd'hui. Mais ça fait toujours du bien de se défouler... »
Après une longue rasade, il cale sa tête sur le dossier du divan et acquiesce.
« Hmm c'est clair. Et j'crois que j'en avais besoin. Même si je risque d'avoir des courbatures demain...
— Yeah, c'est le prix à payer ! »
Kagami écoute le calme ambiant, profitant de ce moment de tranquillité après cette après-midi d'efforts intenses. Puis il tourne la tête pour observer Aomine, se demandant s'il est toujours préoccupé comme il l'a semblé à la fin de match. Ce n'était pas seulement la fatigue, il paraissait un peu ailleurs, comme plongé dans ses souvenirs. Et finalement il se décide à poser la question cash :
« Tu penses toujours à l'intervention ? J'imagine que ça a dû être... angoissant. »
Aomine ne peut retenir l'esquisse d'un sourire. Kagami va toujours droit au but, sans détour. À vrai dire, il n'est pas surpris que son ami pose la question. Et même plutôt content qu'il le fasse... Parce qu'il a tout à fait conscience qu'un basket ne suffira pas à l'apaiser. Il ressent le besoin d'en parler. Il n'avait pas forcément envisagé l'option Kagami, mais son regard sera plus objectif que celui de ses proches. Parce qu'il sait qu'il peut le comprendre d'une façon que Satsuki, ou Tetsu, même Masato ont du mal à saisir. Tout de même nerveux d'aborder le sujet il triture l'étiquette de sa bouteille.
« Ouais, ouais j'y pense... Au début pas trop, comme si s'était pas vraiment moi qui était là-bas mais entendre les autres en parler... Je peux pas me dire que c'est pas arrivé tu vois ? Et pour être honnête, j'étais plutôt impatient et excité. Et c'est ça qui m'angoisse. »
Kagami le regarde, la tête penchée de côté, réfléchissant. Puis, il demande :
« Parce que tu te dis que finalement en y allant, t'avais pas complètement saisi les enjeux ? Et que tu les as réalisés qu'après ? »
Il secoue la tête. Ça aurait pu, et ce serait plus simple à gérer.
« Non. C'est plus tordu que ça... J'avais totalement saisi. D'ailleurs, tu l'as bien compris... J'ai pas été très prudent. Sur le moment j'ai seulement suivi mon instinct. À aucun moment je me suis dit que ce n'était pas mon rôle et j'ai foncé tête baissée. Ça aurait pu mal finir. C'est pas le cas donc tout le monde est content mais je sais pas... je me pose des questions. »
Kagami reste silencieux un moment, réfléchissant à sa réponse. Une part mesquine de lui-même aimerait lui dire qu'il aurait dû être plus prudent et rester à sa place, mais... Ce ne serait pas la vérité. Il a peut-être besoin de se rassurer, mais ça ne change pas ce qu'il pense vraiment :
« T'étais là où on avait besoin de toi, non ? Peu importe si c'était ton rôle ou non. J'imagine que ça aurait pu mal tourner pour n'importe qui d'autre. T'as mis en danger personne, il me semble. Après... Si t'as peur que ton instinct te pousse à te mettre en danger, toi... C'est encore une autre question. Mais je crois... que t'as foncé parce que tu croyais que tu pouvais le faire. Et je pense pas que t'as réussi par pure chance. Et tes collègues ont pas l'air de le penser non plus. »
Aomine observe Kagami, surpris. Son estomac se contracte et une douce chaleur enrobe sa poitrine. Accélérant un peu son rythme cardiaque. Ces mots lui font du bien. Beaucoup de bien. Il n'était même pas conscient de son envie, son besoin de les entendre alors que Kagami n'a sûrement pas dit ça dans ce but. Il est juste sincère. Il déglutit et boit un peu de bière en réfléchissant à ce qui résonne encore en lui. "Tu pouvais le faire"... Certes son sens du devoir l'a poussé à sortir de la voiture, mais c'est cette seule certitude qu'il en était capable qui l'a poussé en avant du danger. Il ne pourra jamais savoir s'il se serait abstenu avec des doutes, mais ça le réconforte quand même que son ami ne le pense pas totalement inconscient.
Il laisse le silence s'installer un peu, sentant le regard de Kagami le couver. Il tourne la tête pour le voir et inspire calmement pour contenir son émotion. Maintenant qu'il a commencé, autant creuser ce qui le ronge vraiment dans cette histoire.
« Kagami... tu lui en as voulu à ta mère ? »
Le rouge écarquille les yeux à cette question soudaine, puis comprend où il veut en venir et secoue la tête.
« Même si j'étais jeune, j'avais bien compris que... ça dépendait pas d'elle. Mais dans ton cas... C'est normal que tu questionnes ton rapport au boulot. Je ne sais pas si ton père a agi exactement comme il aurait dû, et tu n'auras sans doute jamais de réponse définitive non plus. Mais ce qui est sûr par contre... C'est qu'avec ça en tête, toi, tu te poseras toujours la question avant de foncer. »
Aomine hoche la tête doucement. C'est vrai que leurs pertes avaient des circonstances différentes. Il soupire et passe un bras sur son visage. Il entend son cœur battre à ses tempes. Parler de son père lui fait toujours aussi mal. Le temps semble avoir oublié ses blessures... Et dire ces choses à voix haute lui donne le sentiment d’être un fils indigne. Un gamin capricieux qui en veut encore au monde entier. La gorge nouée, il se lance pourtant. Rassuré par l'oreille attentive et sans jugement qui va recevoir ce qu'il tait d'habitude.
« Je lui en veux tellement... C'était mon héros. Et je l'ai détesté d'être mort pour devenir celui des autres. Alors j'ai suivi ses traces. Pour faire mieux que lui, me venger ou je sais pas... le comprendre peut être. Et plus j'avance, plus je suis sur le terrain, plus je comprends en fait. Et c'est dur... » Il s'arrête, ravale un sanglot et poursuit presque dans un souffle. « Comment je pourrais continuer à être en colère contre lui, si je fais exactement la même chose... »
Il deviendrait juste un hypocrite s'accrochant à une colère inutile et dévastatrice. Mais d'un autre côté, s'il arrive à lui pardonner d'être parti, qu'est ce qui lui restera de son père ? Il se mord la lèvre à cette pensée mais ça ne suffit pas à retenir ses larmes qui roulent en silence jusque dans sa nuque.
Kagami pose une main sur son épaule et instinctivement, se rapproche un peu. Il déglutit, le cœur serré d'assister à son chagrin. Sans même savoir ce qu'il va dire exactement, il commence à parler, doucement, d'une voix rassurante.
« Écoute... Je crois pas que t'as choisi cette voie pour pouvoir détester ton père. Tu l'as fait pour trouver des réponses. Donner du sens à ce qui est arrivé. Ce que tu fais de ta carrière, tes choix au quotidien, ta manière d'être flic, elles sont là tes réponses. Tu as besoin de suivre un père que tu admires, mais tu as besoin d'être différent de lui. Tu as besoin de te raccrocher à lui, mais tu as aussi besoin de le laisser partir. C'est normal que tu doutes... Que t'aies peur. Tu fais ça pour trouver la paix par rapport à ce qui est arrivé... Et pour te trouver toi-même. Tu es toujours en train de faire ton deuil... Et je suis sûr que jour après jour, les choses deviendront plus claires pour toi. Mais... faut y aller un jour après l'autre. Souviens-toi que t'as fait du bon boulot. Et t'as tout le temps pour continuer à définir quel genre de flic tu veux être. Et si finalement tu préfères laisser tout ça dans le passé... Tu pourras toujours démissionner et aller faire autre chose. Mais laisse-toi du temps... Tu peux pas démêler ce genre de questions en un claquement de doigts. Alors sois un peu indulgent envers toi-même. »
Aomine sent la chaleur de Kagami près de lui, sa main réconfortante qui le maintiennent dans la réalité du moment. Évidemment qu'il a honte de se montrer comme ça devant lui mais sa sollicitude et sa compassion le touchent plus encore. Il a toute la peine du monde à fermer les vannes maintenant qu'elles sont ouvertes. Le mélange de fatigue, le contrecoup et les paroles de Kagami... ont raison de lui. Il se laisse aller. Il enfouit son visage dans ses mains et s'approche instinctivement de la source de chaleur apaisante, évacue la boule noire qui lui pèse dans les tripes depuis si longtemps. Il sait que s'autoriser à pleurer, à être triste et oui... être fier de son papa c'est déjà une forme de lâcher prise et de pardon. Ce soir, il le laisse un peu partir et ça l'attriste autant que ça le soulage.
Malgré sa douleur, le discours de son ami s'est insinué et gravé en lui, tel un doux pansement. Il a trouvé les mots justes, compris sa détresse et ses angoisses. Il hoche vaguement la tête en écoutant ses conseils. Indulgent... C'est un mot qu'il connait, mais qui ne fait pas partie de son vocabulaire.
N'écoutant que son instinct, Kagami referme les bras autour du brun l'attire contre lui. Il ferme les yeux et caresse son dos, l'invitant à laisser sortir son émotion sans s'inquiéter de rien.
« It's okay... You're okay... Don't worry. You're okay... »
Il murmure d'une voix apaisante sans même s'apercevoir qu'il parle anglais, serrant doucement Aomine dans ses bras. Puis, quand il le sent se détendre un peu, il le relâche et le regarde avec un sourire.
« You'll do great. I know it. I trust you. »
Il se rend compte en le disant à quel point c'est vrai, même s'il le connaît depuis peu, il en sait assez sur lui. Avec lui, l'instinct et l'intuition jouent un premier rôle, et ça l'étonne, lui qui est souvent si timide et mal à l'aise dans les interactions sociales. Il ignore pourquoi c'est si facile avec le brun. Mais il se fiche de savoir pourquoi, au fond. L'important, c'est que ça fonctionne.
Aomine essuie maladroitement ses larmes et aperçoit le sourire chaleureux de Kagami entre ses doigts et ses cils humides. La gêne s'empare à nouveaux de lui et chauffe ses joues mouillées. Malgré la langue étrangère, il a de bonnes notions, et l'intonation rend les mots évidents. Il en saisit le sens et lui sourit timidement en retour en s'écartant de son étreinte. En se levant ce matin il n’avait pas envisagé de finir la soirée dans les bras de Kagami, à pleurer toutes les larmes de son corps. Mais il ne s'était pas attendu à l'entrée de Kagami dans sa vie non plus alors... tout n'est que surprise avec lui, depuis le premier jour. Il a envie de le prendre comme un cadeau de la vie. Une sorte de compensation. Peut-être que le temps ne l'a pas oublié finalement... Ces drôles de pensées sentimentales ne l'étonnent qu'à moitié. Il est à fleur de peau et se sent fébrile, complètement vidé après cette journée pas du tout reposante. Ni pour son corps, ni pour son esprit et encore moins pour son cœur.
Une fois qu'il se sent assez calme et capable de parler il s'excuse d'une voix rocailleuse et incertaine.
« Désolé pour ça... Je… C'est pour ça que j'en parle jamais. »
Kagami hoche la tête et reprend quelques gorgées de bière.
« Yeah... Mais j'pense aussi que t'y étais pas forcément prêt... J'étais là au bon moment ! ajoute-t-il avec un clin d'œil.
— Ouais... faut croire », admet-il dans un demi sourire.
Il l'imite et se réfugie dans sa boisson. La pensée de Kagami fait étrangement écho à la sienne. Cette façon qu'il a de le percer à jour et de le mettre à nu, de dire tout haut ce qu'il pense tout bas, il trouve toujours ça un peu effrayant, désarmant et terriblement réconfortant. Il a le sentiment que Kagami le voit, et il aime croire qu'il le voit lui aussi. Alarmé par le tour que prennent ses pensées, Aomine se donne une claque mentale pour se reprendre et s'éclipse à la salle de bain pour se rafraîchir.
Kagami termine sa bière pendant son absence, se sentant un peu vidé lui aussi après cette journée toute en contrastes. Il a vécu des émotions fortes, et physiquement, il s'est poussé à bout aussi. C'est souvent comme ça avec Aomine, semble-t-il. De l'intensité. Il réalise que c'est quelque chose qu'il recherchait sans vouloir se l'avouer, mais il ne pensait pas pouvoir s'ouvrir de cette façon-là, être aussi proche de quelqu'un. Ou même le vouloir... Mais avec Aomine, les choses se produisent avant qu'il ne se pose de questions, et c'est peut-être pour ça que c'est aussi facile. Il n'a pas vraiment choisi cette intensité... Elle est juste là.
Il se regarde dans le miroir, incrédule de ce qu'il vient de lâcher à Kagami. Il s'arrose encore le visage pour effacer ses pleurs et en s'épongeant, la tête ailleurs, il se demande pourquoi il n'a jamais réussi à dire tout ça à qui que ce soit d'autre. Peut-être que le fait que son nouvel ami soit presque un inconnu rend les choses plus faciles... Mais une petite voix dans son crâne lui murmure que c'est autre chose. Aomine ne sait pas trop quoi faire. Il ne voudrait pas abuser de son temps, mais même s'il est fatigué il ne se sent pas vraiment capable d'être seul ce soir.
Quand il sort de sa cachette, s'étant laissé le temps de reprendre contenance et un minimum d'assurance il s'oblige à marcher la tête haute.
« Je vais me faire un thé, tu en veux un ? Sinon il y a d'autres bières au frais, fais comme chez toi.
— Du thé c'est bien, mais... Je veux pas m'imposer. Je comprends si t'as besoin d'être seul.
— Non ! Non... reste. »
Il détourne le regard, s'affairant à remplir sa bouilloire pour masquer son trouble. À croire qu'il n'a plus aucun filtre. Super...
Kagami sourit et hoche la tête.
« D'accord. » Il se renfonce dans le canapé et ajoute d'un ton dégagé : « De toute façon, j'avais rien prévu de spécial ce soir. Tu sais des fois quand je m'ennuie... Je refais mon ménage. Alors tu m'épargnes peut-être une soirée à récurer un évier immaculé ! »
Et juste comme ça, le brun éclate de rire. Et c'est libérateur. Toute la tension restante et sa gêne s'évapore, juste parce qu'il ne doute pas une seconde que ce soit la pure vérité. Dans son hilarité il arrive à répondre et même le taquiner :
« Hahah oh tu sais... si je peux rendre service. Mais si jamais tu te fais vraiment chier... tu peux t'occuper du miens, je voudrais pas casser tes plans.
— Je suis maniaque mais j'arrive quand même à voir quand je me fais exploiter, alors ton évier tu t'en occupes toi-même ! Tss... »
Kagami fait mine de grogner mais ça lui fait plaisir d'entendre rire Aomine. Et puis, clairement, il ne va pas dire non à une soirée avec le brun... Et même... s'ils ont des sentiments différents... Il peut l'accepter. Peut-être qu'il n'y arrivera pas toujours... Mais ce soir, tout ce qui compte, c'est d'être là pour son ami.
Amusé par cette joute verbale, il lève les yeux au ciel pour la forme mais un sourire étire toujours ses lèvres.
« Tout de suite les grands mots.... Tu veux du sucre dans ton thé ?
— No thanks. À propos de ménage, une question me brûle les lèvres depuis tout à l'heure... C'est toujours aussi nickel ou t'as fait le ménage avant que je vienne ?
— Ah ouais... maniaque à ce point-là ! Un peu des deux. Je tiens mon appart' relativement clean, mais j'ai fait un effort en plus pour toi. Pour éviter que tu aies envie de récurer mon évier par exemple...
— Ouais... ça m'aurait perturbé pour faire ma cuisine, c'est vrai. Finalement c'est beaucoup d'emmerdes pour toi que je te fasse à manger ! » conclut-il en riant.
Il ricane aussi en apportant les tasse sur un petit plateau avec une boîte de gâteaux. Puis mi-taquin mi-sérieux il admet :
« C'est comme les courbatures, c'est le prix à payer ! Mais ta cuisine vaut largement les emmerdes. »
Cette petite remarque, dite sur un ton presque nonchalant, va pourtant droit au cœur de Kagami et il se sent instantanément rougir. Il rit un peu et dissimule sa gêne en soufflant sur sa tasse.
« Je suis content si ça t'a plu. Comme ça en plus pas besoin de se casser la tête pour le dîner, on a encore de quoi faire. »
Aomine lui sourit pour toute réponse et s'installe en tailleur à ses côtés. La chaleur de la boisson entre ses mains termine de l'apaiser. Le thé a toujours eu cet effet sur lui, le ramenant instantanément à un état d'esprit calme. La vapeur s'élevant en douce volutes pour l’envahir du parfum léger et entêtant des arômes. Ça l'invite à se recentrer. Il souffle sur sa tasse en silence puis reporte son attention sur Kagami.
« Tu veux qu'on allume la console ? Ou tu préfères mater un film ?
— Hm... Si t'as un jeu pas prise de tête, pourquoi pas. Sinon un film c'est bien aussi !
— J'ai un jeu d'aventure sympa. Satsuki en est dingue. »
Il se penche pour saisir la jaquette dans le tiroir de sa table basse et la tend à Kagami.
Le rouge regarde rapidement de quoi il s'agit et approuve :
« Ah ouais, j'en ai entendu parler. Pas eu le temps de le tester encore. Ok, let's go ! »
Aomine allume télé et console, sort les manettes et sélectionne une nouvelle partie pour ne pas s'attirer les foudres de sa meilleure amie. Ils passent un certain temps à créer leurs personnages, s'amusant des différentes options et des looks plus ou moins stylés qu'ils peuvent arborer. Il a finalement opté pour un chevalier à l'épée clinquante et à la coiffure iroquoise douteuse.
De son côté, Kagami opte pour un orc barbare maniant une énorme hache à deux mains.
« Voilà, ça, ça fait plus peur que ton chevalier punk... »
— Mais avec ton groin de phacochère à pustules, les PNJ nous aideront jamais pour les quêtes !
— On n'a pas besoin des PNJ ! À part pour leur couper la tête et leur faire les poches », ajoute-t-il avec un sourire sadique, serrant sa manette entre ses mains.
Aomine observe son voisin un brin étonné. Sous ses airs de gars sympas et serviable, en fait, Kagami est un monstre. Ça le fait marrer et il a soudain hâte de découvrir cette nouvelle façon de jouer, définitivement différente de celle de Satsuki.
« Ok va pour la version barbare ! »
Kagami approuve d'un hochement de tête vigoureux. Parfois, c'est bon de se défouler en refusant de faire des concessions, avec le combat comme solution à toutes les situations. Voilà quelque chose qu'on ne peut pas faire dans la vraie vie, alors autant en profiter en jeu !
Leurs personnages apparaissent dans une taverne où on leur confie aussitôt la première quête. Après être partis sans payer et avoir tué les gardes les poursuivant, ils commencent à se balader dans la cambrousse. Le jeu est conçu pour les bagarreurs, car même sans beaucoup d'équipement ou d'aptitudes, ils peuvent progresser sans trop de mal en se taillant leur chemin à la hache et à l'épée, ce qu'il trouve très amusant.
Aomine adore ce jeu ! Il le trouve beaucoup plus fun comme ça, sans avoir à se soucier des problèmes de tel ou tel personnage, ni même de devoir se faire de l'argent pour payer son équipement. N'est-ce pas déjà ce qu'il fait dans la vie ? La méthode gros bourrin le fait rire, amenant des situations cocasses qu'ils règlent dans des bains de sang épiques. La renommée de leur duo sème la terreur dans le pays, attirant les chasseurs de primes à les poursuivre à travers la map.
« On fait un super duo ! rigole Kagami. On règne par la terreur ! C'est vrai qu'il est cool ce jeu. Mais fais gaffe à pas sauvegarder sur l'emplacement de la partie de Satsuki, parce que je suis pas sûr qu'elle va aimer notre façon de jouer !
— Parles pas de malheur... elle me tuerait ! haha ! Mais elle serait impressionnée aussi. On a atteint son niveau en moins de temps qu'elle.
— C'est juste parce qu'on joue comme des gros bourrins. »
Il pose sa manette et s'étire, jetant un œil au brun.
« J'ai faim... Je nous fais réchauffer le dîner ? »
Daïki hoche la tête, restant concentré sur l'écran pour finir de dépouiller leurs nouvelles victimes. Puis il va dans le menu et enregistre leur avancée en prenant garde à sélectionner un nouvel emplacement. Il baisse un peu le son et emporte le plateau avec leurs tasses et la théière dans la cuisine où s'affaire son ami.
Une fois les plats chauds, Kagami les dispose sur le même plateau et se sert dans les placards pour prendre des bols sans même y penser. À croire qu'il se sent déjà comme chez lui ici ! Ils retournent se poser sur le canapé pour manger, de bon appétit après l'après-midi sportive, et Kagami se félicite d'avoir prévu large.
Aomine sait qu'il lui a dit de faire comme chez lui, mais ça lui fait vraiment plaisir que Kagami l'applique. Pensif, il se dit que ses années passées aux États-Unis expliquent la facilité qu'ils ont à communiquer et s'ouvrir l'un à l'autre. Un peu en marge des mœurs et des coutumes sociales qui s'imposent parfois plus que les ressentis. Il se régale du repas, savourant de le partager avec son partenaire de crime.
Ils savourent le repas dans un silence relatif, mais que Kagami ne trouve pas dérangeant. Quand ils sont ensemble, les blancs font un peu partie du reste. Ils n'éprouvent pas le besoin de meubler, et il trouve ça reposant. Une fois le plus gros de leur appétit repu, ils échangent sur leur expérience vidéoludique du jour en riant lorsqu'ils se remémorent les moments les plus rocambolesques.
Ils rient, ils parlent et se chamaillent un peu. Pas d'accord sur lequel d'entre eux a effectué le plus beau kill. Comme à chaque fois qu'il est avec lui, Aomine n'a pas envie que la journée se termine. La vie est simple auprès de Kagami. Un peu comme dans leur folle partie. Il le ramène à l'essentiel. Mais la nuit est tombée depuis longtemps et il ne peut retenir un bâillement. Il voit même un peu trouble, le regard voilé de fatigue et sent sa tête s'alourdir.
Kagami s'en rend compte et rapporte le plateau en cuisine, rangeant son contenu dans le lave-vaisselle.
« Je crois qu'il est temps d'aller au lit ! » lance-t-il tout en terminant sa tâche.
Dans le confort de son canapé, repus, enveloppé de la douce lumière tamisée il se laisse glisser sur l'assise et remonte les genoux sur sa poitrine en soupirant de plénitude.
« J'ai pas envie », proteste-t-il avant d'étouffer un nouveau bâillement.
Kagami rigole devant son attitude enfantine :
« Tu vas pas t'endormir tout tassé sur le canapé alors que t'as un lit qui t'attend ! » Il s'approche et lui donne une légère tape sur le crâne. « Allez du nerf ! Après tu pourras dormir jusqu'à pas d'heures !
— Hmm », grogne-t-il en se massant le crâne.
Aomine se redresse dans un gémissement, lançant un regard torve à son ami qui semble ne pas être totalement sortie de son personnage d'orc barbare et sadique. Il traîne des pieds jusqu'à l'entrée où Kagami enfile déjà ses chaussures.
Le rouge passe sa veste et relève la tête vers lui, souriant. Il ne trouve pas quoi dire, ou plutôt plusieurs choses différentes se bousculent dans son esprit et sur ses lèvres, mais finalement il opte pour un simple :
« C'était cool aujourd'hui. Thanks. »
Aomine se passe une main dans les cheveux, hésitant. Son regard tombe dans celui de Kagami. Et il décide que ce qu'il a partagé avec lui aujourd'hui mérite de se terminer mieux que sur un simple au revoir. Sur le pas de sa porte, l'étrange impression que son ami est sur le point de lui échapper il se laisse guider par son impulsion. Ça le démange de toucher Kagami. Alors il passe un bras autour de ses épaules et l'attire à une étreinte. Il le sert un peu contre lui pour lui témoigner toute la reconnaissance et l'affection grandissante qu'il éprouve pour lui. À courts de mot, il n'y a qu'une chose qu'il arrive à formuler.
« Rentre bien, écris moi quand t'es arrivé. »
Le cœur de Kagami s'affole à cette étreinte. Aomine a semblé légèrement hésitant, mais la façon dont il le serre, doucement mais fermement, a quelque chose de spontané et de sincère qui le bouleverse. Il lui rend son étreinte, tapotant son dos.
« Yeah... I will. »
Quand le brun le libère, Kagami lui adresse un sourire qui se veut rassurant, tâchant de calmer les battements de son cœur.
« Bonne nuit », dit-il d'une voix peut-être légèrement étranglée.
Puis, avant de trahir davantage son trouble, il tourne les talons et s'éloigne dans le couloir à grands pas vers la cage d'escaliers.
Aomine ferme sa porte, et reste un moment planté devant, sans arriver à bouger. Le silence soudain de son appartement lui arrache un frisson. Il se frotte les yeux et se décide à rejoindre son lit. Au passage il éteint la télé, le salon. Il prend son temps pour se laver les dents, avec des gestes lourds et lents, ses paupières se fermant d'elles même, s'ouvrant de moins en moins fréquemment et de plus en plus difficilement. Il se déshabille et se faufile sous les draps avec son téléphone. Résistant au sommeil qui pèse une tonne sur son corps entier.
Fatigué et troublé, Kagami se presse dans les rues de la ville, impatient de retrouver son appartement. Les événements de la journée se mélangent un peu dans sa tête, des bouts de conversations s'entrechoquent, comme s'il était déjà sur le point de s'endormir. Finalement, il arrive devant chez lui et se hâte dans les escaliers. C'est avec un soupir de soulagement qu'il verrouille sa porte devant lui. Sans attendre, il envoie un message à Aomine pour lui signaler qu'il est bien rentré. Il n'y a pas pensé sur le coup, mais c'est étrange que le brun lui ait demandé ça. Il n'habite pas loin, qu'est-ce qui aurait bien pu lui arriver ? C'est sans doute à mettre sur le compte de son état de fragilité émotionnelle...
Une fois le message envoyé, Kagami se déshabille, enfile un jogging et un t-shirt larges. Il passe dans la salle de bain et va ensuite déplier son futon. Il s'allonge en grognant de satisfaction. Il ferme les yeux, et de nouveau, les images de la journée se télescopent dans son esprit. Les mots d'Aomine résonnent jusqu'à perdre leur sens. Et enfin, il s'endort.
Le lendemain après-midi, Kagami regarde nerveusement son téléphone portable. Cela fait déjà une heure qu'il hésite, prenant le téléphone, affichant le numéro sur l'écran, tout ça pour renoncer et reposer l'appareil. Il déteste passer des coups de fil – encore un coup de sa timidité – néanmoins ça lui paraît plus poli de contacter la meilleure amie d'Aomine par ce moyen.
Sa team et lui ont besoin d'aide pour gérer leur nouvelle popularité, alors il ne peut pas se permettre de trop procrastiner. Sans quoi, ils risquent de manquer de bonnes opportunités.
C'est donc poussé par son sens du devoir qu'il se décide finalement à appuyer sur la touche d'appel. Tandis qu'il écoute nerveusement la tonalité, il se racle la gorge, faisant les cent pas dans son petit salon.
Devant sa console, Aomine se marre. Il est en train de montrer à Satsuki comment il faut répondre à l'aubergiste qui réclame son dû. Sa meilleure amie s'offusque de ses manières barbares et se jette sur lui pour récupérer la manette avant qu'il ne puisse donner le coup fatal. Elle est venue partager un repas avec lui, pour célébrer la prise de la police cette semaine. Alors qu'elle râle toute seule en essayant de réparer les dégâts qu'il a causé, elle s'arrête de marmonner lorsque son téléphone sonne sur la table basse. Un sourire étire le coin de ses lèvres alors qu'il jette un coup d'œil à l'écran. Le plus naturellement du monde il demande :
« Qui c'est ?
— Je sais pas, c'est un numéro inconnu, affirme-t-elle en saisissant l'objet.
— Tu devrais répondre, c'est peut-être important... »
Satsuki fronce les sourcils et l'observe, inquisitrice. Il se retient de rire et l'incite à décrocher une nouvelle fois d'un hochement de tête avant de replonger dans sa lecture.
« Moshi moschi ici Momoi. »
Il avait beau s'y attendre, Kagami ne peut s'empêcher de sursauter en entendant la voix guillerette résonner dans le récepteur.
« Oh, euh. Salut. Je... Hm. Aomine m'a donné ton numéro... Je suis Kagami Taiga. »
Il laisse planer un silence, même s'il réalise que son nom ne va probablement rien dire à la jeune femme.
Caché derrière son manga, Aomine ne la voit pas mais il imagine très bien sa moue incrédule, peut-être même contrariée.
Kagami Taïga... elle sait qu'elle a déjà entendu ce nom quelque part. Elle lance un regard en biais à son voisin, et la lumière se fait dans son esprit.
« Kagami... oui bien sûr ! Daï-chan m'a parlé de toi. Vous jouez au basket je me trompe ? »
Kagami déglutit, le cœur battant. Alors elle sait déjà qui il est... Cette information lui réchauffe le cœur, mais pour une raison ou pour une autre, ça le rend encore plus nerveux.
« Ouais... C'est ça. Mais euh... Bon voilà, dans la vie je suis joueur pro... Dans les jeux vidéo, je veux dire... Et y a pas longtemps, mon équipe et moi on a fini deuxième dans un tournoi national. On commence à avoir pas mal de propositions et euh... On voudrait avoir un agent. Aomine... Il a dit que ça pourrait t'intéresser... »
L'avantage du téléphone, c'est qu'elle ne peut pas le voir rougir. Et si Aomine se trompait ? Il se raisonne : dans ce cas, rien de grave, elle n'aura qu'à raccrocher, et lui à chercher un autre agent. C'est pourtant avec une certaine fébrilité qu'il attend sa réponse.
Quand elle entend les explications du jeune homme au bout du fil, elle ne comprend pas tout de suite. Il lui faut un certain temps pour réaliser que le fameux Kagami parle d'elle. Si bien qu'elle a besoin d'un rappel à l'ordre inquiet de son interlocuteur pour retrouver sa voix.
« Je euh... Pardon, il ne m'avait pas prévenu... Oui, oui ça m'intéresse beaucoup, affirme-t-elle avec enthousiasme.
— V-Vraiment ? Parce que euh... Je sais que tu fais des études et je veux pas t'embêter... »
Réalisant qu'elle pourrait se méprendre et penser que c'est lui que ça embête et qu'il l'appelle parce qu'il s'y sent obligé, il s'embrouille en reprenant :
« Enfin, si tu veux c'est super ! Je... Aomine a dit beaucoup de bien de toi, alors... »
Il laisse traîner sa phrase sans savoir comment la finir.
Ne pouvant se défaire de son sourire, la rose observe son ami d'enfance qui fait toujours semblant de l'ignorer. Elle a trop souvent tendance à oublier qu'il prend soin d'elle autant qu'elle prend soin de lui. Il a juste une façon différente de le faire...
« Si ça ne pose pas de problème pour vous d'avoir quelqu'un d'inexpérimenté, ça ne me dérange pas. Je me débrouillerai. Je hum... vous avez besoin de quoi exactement ? Est-ce que tu préfères qu'on se voit pour en parler ? »
Tout en posant la question, elle dresse déjà la liste mentale de toutes les informations qu'elle va devoir récupérer sur l'équipe et les joueurs, ce qu'ils attendent, ce dont ils ont besoin, ce qu'ils sont prêts à faire. Son cerveau en ébullition, la poitrine palpitante d'exaltation elle attend la réponse.
« Euh ouais, ce serait sans doute plus pratique d'en parler de vive voix. Tu es libre cette aprem ? Ou un autre jour ! On pourrait se retrouver dans un café...
— Oui je suis disponible. Envois moi l'adresse qui t'arrange.
— Ok, génial. Merci. D'ici une heure ?
— Parfait pour moi !
— Génial. À tout à l'heure. »
Kagami raccroche, réalisant qu'il a la bouche sèche, et qu'avec toutes ses hésitations, il a sans doute paru ridicule à la jeune femme. Il inspire un grand coup. Ça ne fait rien. Elle ne va pas penser qu'il est un idiot juste parce qu'il est un peu timide. C'est la meilleure amie d'Aomine, après tout... Mais il s'aperçoit que c'est justement ça qui l'inquiète. Il a peur de faire mauvaise impression. L'opinion de Momoi doit être importante pour Aomine.
« Rah, arrête d'être aussi stupide ! » s'exclame-t-il à haute voix, exaspéré par ses propres pensées.
Que dirait Tatsuya ? De garder la tête froide, pour commencer. Et de se focaliser sur son objectif : trouver un agent pour sa team.
Fort des conseils imaginaires de son ami, Kagami se prépare, envoie l'adresse d'un café du quartier qui est idéal pour son ambiance calme et accueillante. Puis, il regarde ses fringues de sport et décide de se changer pour quelque chose qui fasse un peu plus sérieux. Il enfile une chemise rouge sombre et un jean noir, essaie de discipliner un peu sa chevelure toujours rebelle, se passe un coup de déodorant, puis, nerveux, décide de partir immédiatement pour le café.
Quand la tonalité résonne, la jeune femme regarde son téléphone, ébahie. Elle prend quelques secondes pour réaliser ce qu'il vient de se passer. Puis soudain, elle laisse éclater sa joie en bondissant sur le canapé. Elle pousse un cri qui se termine en éclat de rire puis saute sur Aomine qui observe ses gamineries d'un air amusé. Elle le houspille en cherchant à le frapper. Indignée qu'il ne l'ait pas prévenue avant.
« Haha arrête Satsu ! Je ne savais pas quand il appellerait, si j'te l'avais dit tu serais restée collé à ton portable en attendant qu'il sonne !
— Mais j'aurais pu me préparer aussi ! Idiot ! Je vais avoir l'air de quoi moi maintenant, je connais rien de leur parcours ? »
Aomine ricane et lui sourit avec tendresse. Il saisit son visage en coupe pour la canaliser.
« Relax, il veut juste te rencontrer pour savoir si ça peut le faire. Et je suis sûr que oui. T'es faite pour ça. »
Attendrie, Momoi hoche la tête. Elle inspire profondément pour s'inciter au calme. Ce n'est pas vraiment un entretien d'embauche. Juste une piste à explorer qu'on lui propose. Intérieurement, elle remercie sa coquetterie de l'avoir poussée à mettre une jupe aujourd'hui. Elle file quand même à la salle de bain pour réajuster son maquillage et sa coiffure, et avant de se mettre en route, fait quelques recherches sur le tournois dont lui a parlé Kagami.
En enfilant ses bottines et sa veste, elle se dit qu'au-delà de l'opportunité professionnelle incroyable que cette rencontre représente, elle est quand même très curieuse de rencontrer le nouvel ami de Daï-chan. Ce n'est pas tous les jours qu'il se rapproche de parfaits inconnus. Elle a hâte de découvrir ce qu'il peut bien avoir de spécial, ce Kagami, pour susciter autant d'intérêt chez son ami.
Fin prête, elle est sur le point de partir mais sur le pas de la porte elle se ravise, passe la tête dans l'appartement et lance :
« Merci mon Daï-chan, je t'appelle plus tard ! »
Chapter Text
Installé à une table près de la vitrine, jetant des coups d'œil nerveux à la rue, Kagami souffle sur son café. Une musique pop résonne en sourdine dans le café où quelques clients discutent sans élever la voix. L'endroit est décoré dans des tons chauds, et égayé de quelques plantes vertes. C'est un lieu idéal pour réfléchir et se poser.
Mais se poser, Kagami en est bien incapable. Il révise dans sa tête ce qu'il va dire à la jeune femme. Par où commencer ? Sait-il seulement de quoi son équipe et lui ont besoin exactement ? Il aurait dû mieux se préparer...
Du calme, lil'bro, rien n'est acté encore. C'est juste pour faire connaissance.
« Merci Tatsuya... » marmonne-t-il, agacé par les interventions intempestives de son ami.
Hé, c'est toi qui as pensé à moi.
Kagami ne daigne pas répondre à ça. De toute façon, on ne peut pas vraiment répondre à une voix dans sa tête, n'est-ce pas ? Mais c'est vrai que lorsqu'il est confronté à une situation délicate, spécialement du genre qui le rend nerveux, il a tendance à se demander ce que dirait ou ferait son ami. Tout simplement parce qu'il a toujours été de bon conseil.
Par la fenêtre, il voit s'approcher une jeune femme à la tenue colorée. Il la dévisage, se demandant si... Et voilà que la jeune femme ouvre la porte du café et balaie la salle du regard. Hésitant, il lui fait un signe de la main, car il lui semble bien reconnaître le visage qu'il a vu apparaître sur l'écran d'Aomine quand elle l'avait appelé au cinéma.
D'un pas sûr et déterminé, se répétant les noms de chaque membre de l'équipe à chaque pas pour les intégrer, Momoi se dirige vers le café. Elle le connaissait déjà, et c'est vrai qu'il est sympa. En entrant, elle aperçoit un jeune homme qui lui fait signe. Sans le casque sur les oreilles et avec sa chemise, elle met une seconde à le reconnaître. Satsuki sent ses joues rosir un peu. Les photos qu'elle a trouvées pendant ses brèves recherches ne rendaient pas hommage au charme de Kagami qui lui sourit timidement. Elle le rejoint, en lui rendant son sourire.
« Je ne t'ai pas trop fait attendre j'espère ?
— N-Non... Pas du tout. »
Kagami hésite à se lever, et finalement se ravise. Il lui adresse un sourire crispé.
« Ravi de te rencontrer. Désolé de te faire venir comme ça à l'improviste... »
Maintenant qu'elle l'a en face à face, Satsuki s'aperçoit qu'il a l'air mal à l'aise. Elle essaie tant bien que mal de contenir son naturel curieux, gardant son flot de questions pour plus tard. Des grands gaillards un peu revêches, elle en a l'habitude. La priorité c'est de le mettre à l'aise.
« De même. Pas de problème, merci à toi d'avoir appelé. Je ne sais pas ce que Dai-chan t'a dit pour te convaincre mais je suis contente que tu l'aies fait.
— Oh euh... Je sais plus ce que c'était exactement... mais c'était très élogieux ! »
Kagami lâche un petit rire nerveux et reprend :
« Et puis... Si on trouve un accord, à vrai dire ça m'arrange... Je suis sûr que ça serait une plaie de chercher un agent... Et comme on est inexpérimentés même pas sûr qu'on le verrait si on se faisait arnaquer... On a juste... tellement envie d'avancer... C'est pas une raison pour accepter de mauvaises conditions, mais... »
Il s'interrompt brusquement, réalisant qu'il parle trop, puis ajoute de façon plus posée :
« Et comme Aomine a confiance en toi... Je vois pas de raison de me méfier. »
Attentive, elle l'écoute parler. Ce qu'elle comprend, c'est qu'ils ont l'air un peu dépassés, tout en sachant ce qu'il faudrait faire pour atteindre un niveau supérieur. Elle note aussi la confiance que semble porter Kagami dans le jugement de son ami, et forcément ça la touche.
« Ne te fie pas non plus à tout ce qu'il peut dire... mais là-dessus tu peux lui faire confiance. » Elle rit un peu et ajoute. « Félicitation pour votre seconde place au fait. Vous n'avez pas démérité à ce que j'ai compris. Surtout pour une première compétition ensemble. Vous avez beaucoup de potentiel. »
Kagami se passe une main dans les cheveux et lui adresse un sourire un peu gêné :
« Yeah... On s'est surpris nous-mêmes. Mais... Je crois pas que c'était un coup de chance. On peut continuer comme ça. Je pense... enfin, je suis pas sûr, mais... Ça pourrait être un moment décisif. Alors on a besoin de... savoir trier entre les sponsors... trouver les meilleures offres... Peut-être... faire notre promo... Contacter des organisateurs de tournoi... des trucs comme ça. »
Au fur et à mesure qu'il énumère ce à quoi il pense, elle associe les idées à sa propre liste. Elle acquiesce en sortant le carnet qui ne la quitte jamais, puis, pour cerner un peu mieux ce qu'il attend elle entre dans le vif du sujet.
« J'ai remarqué que vous n'étiez pas très actifs sur les réseaux. Certaines équipes qui sont moins bien classées que vous ont plus de visibilité. Est-ce que vous seriez prêts à vous investir un peu dedans ? Je ne vous demanderais pas grand-chose, et je vous aiderais bien-sûr. Déjà, créer un compte pour l'équipe, avec un nom officiel ce serait la priorité. Ce que cherchent avant tout les sponsors c'est d'être assurés de pouvoir toucher leur cible à travers vous. Et là il n'y a pas de secret, c'est la régularité. Tous les algorithmes le prouvent... »
Quand elle remarque les yeux ronds de Kagami, elle s'arrête de parler, un brin gênée de s'être emportée comme si l'affaire était conclue.
« Pardon... Je suis trop technique c'est ça ? »
Kagami secoue la tête, puis grimace en regardant son café qui refroidit.
« Non... Je pense que j'ai pigé... Mais... Si on cherche un agent, c'est parce qu'on a pas spécialement envie de communiquer nous-mêmes... Ça va sonner cliché, mais nous, tout ce qu'on veut c'est jouer... »
Il lui jette un coup d'œil à la dérobée, avant de décider de boire le fond de ce café avant qu'il ne soit tout à fait froid.
Satsuki cligne des yeux, surprise. Un souvenir fugace se superpose à l'instant présent. Elle rit de bon cœur en s'apercevant de la ressemblance et comprend un peu mieux.
« Ok. La stratégie mystérieux et intouchables ça marche aussi très bien. Ce que je peux proposer du coup, c'est de gérer un compte pour l'équipe sur deux ou trois réseaux. Recontacter les sponsors qui vous ont déjà approché pour faire le tri et lancer des appels d'offre. Pourquoi pas des marques dont vous avez l'habitude et que vous appréciez. Par exemple, vous utilisez tous le même matériel ? »
Kagami lève les yeux pour observer Momoi. Elle semble effectivement capable, efficace, avec déjà des idées et un plan. Peut-être que ça pourrait marcher... Et que Momoi pourrait leur faciliter la vie.
« Hm... À vrai dire, j'en suis pas sûr. Mais... On a gagné un peu de sous au dernier tournoi et je sais que y en a qui voulaient changer de matos. En tout cas ça me semble une bonne idée... Faudra qu'on en discute tous ensemble, de toute façon. Je suis pas le capitaine de l'équipe ou quoi que ce soit de ce genre.
— Vous en avez un ? demande-t-elle en souriant, griffonnant sur sa feuille le projet 'achat de matériel'.
— Non... Pourquoi... il en faut un ? demande-t-il en la dévisageant d'un air légèrement soupçonneux.
— Non pas forcément. Je me demandais c'est tout. Ça peut aider quand il y a des situations à trancher. L'un de vous se positionnera peut-être naturellement. Pas besoin d'en faire quelque chose d'officiel. Un peu comme au basket... Il y a le capitaine, et le meneur, celui que l'équipe suit instinctivement. »
Kagami se détend un peu à cette déclaration et lâche un petit rire.
« Normalement c'est quand même mieux que ce soit la même personne... Aomine m'a dit que tu as été sa manager au basket... Y avait un capitaine et un meneur de troupes chez vous ? » demande-t-il, amusé.
Satsuki cale une mèche derrière son oreille et sourit timidement.
« Oui, c'est vrai que c'est mieux... Si tu leur demandais à eux ils te diraient que non, mais de mon point de vue oui. Akashi-kun était le capitaine, personne ne discutait ses décisions, même pas le coach... Mais le cœur de l'équipe, c'était Daï-chan.
— Pourquoi ? demande-t-il, la curiosité l'emportant sur sa timidité. Parce que c'était le plus doué ? Ou le plus passionné ?
— Ils étaient tous très doués. Mais Daïki vivait littéralement pour le basket. Il était au-dessus et les a toujours poussés vers le haut. Même si... ils ne l'admettront jamais ! »
Elle glousse un peu en se plongeant dans ses souvenirs. Après tout, sans lui il n'y aurait pas eu Kise, ni Tetsu. Et quand il a arrêté, ils ont tous fini par suivre sous différents prétextes.
Ces explications attisent d'autant plus la curiosité de Kagami, mais il n'est pas là pour soutirer des informations sur le passé d'Aomine à sa meilleure amie.
« Je vois... Ça avait l'air d'être une chouette équipe. Ça vous arrive encore de vous réunir pour jouer ? » demande-t-il tout de même.
Satsuki s'amuse de la rapidité avec laquelle ils ont changé de sujet. Et de la façon dont ce dernier a immédiatement détendu Kagami. Tiendrait-elle là la clef ? Un autre obsédé du panier ? Elle hausse les épaules et répond sans réfléchir, nostalgique de cette période qu'elle chérit.
« Ça leur est arrivé oui. Et j'ai bon espoir que ça arrive encore. Mais ça fait longtemps...
— Hm j'imagine... On a tous beaucoup de trucs à faire à notre âge. En fait on réalisait pas à quel point on n'avait rien à faire au collège et au lycée ! Enfin... C'est pas pour ça que j'aimerais y retourner.
— Parle pour vous ! J'avais une équipe à gérer moi ! » Elle rit un peu plus franchement cette fois. « Tu n'as pas aimé cette période ? » S'entend-elle demander, curieuse elle aussi d'en apprendre plus sur lui.
Kagami hausse les épaules.
« Ça existe les gens qui ont aimé cette période ? Enfin... Au collège ça allait. Au lycée j'ai déménagé... Ça a pas été simple. »
Elle répondrait bien qu'elle en fait partie, mais ce serait à moitié vrai. Ça n'a pas été des années faciles pour elle non plus. À la mention du déménagement, Satsuki se souvient que Daïki leur avait parlé du passage aux États -Unis de son nouvel ami. Elle imagine que ça a dû être difficile.
« C'est la période des grands bouleversements... D'où les jeux vidéo ? »
Kagami sourit.
« Je sais pas. J'y jouais déjà beaucoup gamin, quand j'étais pas au surf ou au basket. J'imagine que j'ai toujours aimé ça. Aomine m'a dit que toi aussi. »
Elle hoche la tête puis baisse un peu les yeux. Elle a le sentiment de se dévoiler un peu trop, mais comme Kagami, elle a confiance en Daïki sur le jugement des gens. S'il lui fait confiance, elle se dit qu'elle le peut aussi.
« Hum hum... C'était, mon petit truc à moi. Dans le virtuel, je pouvais être qui je voulais... Pas de jugement, c'était plutôt libérateur. Ça m'est resté.
— Ouais... Je comprends. » Il sourit plus franchement. « En tout cas c'est clairement un bon point pour toi ! Je sais pas pour les gars, mais... Moi je préfère de loin travailler avec quelqu'un qui connaît l'univers du jeu vidéo et qui l'aime. »
Satsuki se redresse un peu et ne peut que répondre au sourire chaleureux de Kagami. La pensée qu'il est vraiment beau l'effleure mais ne se laisse pas déstabiliser. Elle n'est pas certaine d'avoir bien saisi et n'ose trop y croire. Un peu fébrile elle préfère s'en assurer.
« Ça veut dire que tu serais d'accord pour m'engager alors ? Sous réserve de l'avis des autres bien-sûr... S'ils ont besoin, on peut organiser un visio ou une autre rencontre.
— Yeah, yeah, we'll do that. Je veux dire... Oui. Je suis d'accord. » Il s'interrompt soudain et écarquille les yeux, puis se racle la gorge, embarrassé. « Oh euh... On n'a pas parlé... de tes tarifs. »
Momoi se dandine sur sa chaise, se retenant de laisser libre court à son excitation. Elle inspire calmement et croise les mains sur la table.
« J'ai une proposition à te faire... Comme je débute, je peux prendre un petit pourcentage des sponso que j'arriverais à vous décrocher. Et si ça fonctionne et qu'on arrive à vous générer des revenus fixes, on reparlera de mon salaire. »
Kagami souffle, soulagé, puis hoche la tête.
« Okay. Ça me paraît bien. On organisera une réunion avec les gars. Je suis sûr qu'ils seront d'accord avec moi... Tu nous enlèverais une sacrée épine du pied.
— Pas de soucis, je t'enverrai mes disponibilités. D'ici là je vais tâcher de préparer une stratégie à leur présenter avec ce qu'on s'est dit. Et puis, c'est une opportunité en or pour moi aussi. Merci de me laisser ma chance. »
Kagami hoche la tête et murmure : « Pas de problème. » Il est beaucoup plus détendu qu'au début de la rencontre, rassuré par la personnalité enjouée et chaleureuse de la jeune femme. Et puis, il a une bonne intuition, il a l'impression qu'ils pourraient être sur la même longueur d'ondes et faire du bon travail ensemble. Et ils ont déjà pleins de points communs : les jeux vidéo, le basket, et Aomine. Même s'il espère qu'ils n'ont pas les mêmes sentiments à son égard.
« Je suis content qu'Aomine m'ait donné ton numéro. Et puis... Il m'a beaucoup parlé de toi, alors c'est cool de te rencontrer », ajoute-t-il un peu gêné, mais sincère.
La jeune femme sourit en rangeant son carnet. Kagami est plus ouvert, et elle se dit que c'est bon signe pour la suite. Elle se note mentalement de remercier Daïki qui a vraiment eu beaucoup d'intuition dans cette histoire. Comme souvent en vérité... Elle n'oublie pas non plus de compter qu'une fois encore, la conversion revient à lui, et chose assez rare, ce n'est pas de son fait.
« Il a un don pour capter les gens... il se trompe rarement. Pour être honnête, j'étais un peu jalouse que Tetsu ait eu la priorité, mais je suis contente de te rencontrer aussi. Il nous présente jamais personne d'habitude. »
Kagami tressaille légèrement en entendant ça. Ça sonne un peu étrangement, comme si... Aomine était son petit ami. Il rougit et se dépêche de chasser cette pensée stupide. Il se ressaisit et triture le sachet de sucre qu'il n'a pas utilisé pour se donner contenance.
« Ouais... On a quelques points communs, apparemment. On se connaît pas depuis très longtemps... Mais on s'entend bien. »
Elle a cru comprendre, effectivement. Elle a peu entendu parler de lui en vérité. Et c'est bien ce qui l'a intrigué. Comme si Daïki cachait quelque chose ou ne disait pas tout, alors qu'il raconte facilement la vie de ses collègues par exemple. Mais elle se fait peut-être des idées. Kagami a l'air timide, Daïki a certainement respecté ça ni plus ni moins.
« Oui, il paraît... D'ailleurs, ça me fait plaisir. Tu à l'air de beaucoup l'apprécier. Et c'est réciproque. » Sous le regard interrogateur de son vis à vis elle sourit avec malice et explique. « Il ne t'aurait pas donné mon numéro si non. Dai-chan est un peu... Surprotecteur des fois », conclut-elle plus pour elle-même, se rendant soudain compte qu'elle en dit un peu trop.
Kagami hésite, mais ces paroles confirment sa première impression.
« C'est ce qu'il m'a semblé aussi... Je suis pas vraiment un exemple en la matière, mais... Je le trouve très secret. Peut-être parfois trop pour son propre bien, d'ailleurs, ajoute-t-il en se souvenant de la soirée de la veille et de la façon dont il a vu son ami craquer.
— Pour quelqu'un qui ne le connait pas depuis très longtemps, tu l'as plutôt bien cerné je trouve... J'ai beau le connaître par cœur, il a toujours l'air... inaccessible. Il a souvent tendance à se perdre dans ses propres pensées et il les partage rarement. C'est peut-être autre chose que vous avez en commun. »
Satsuki s'étonne que son ami d'enfance ait été si rapidement décrypté par Kagami, mais elle est aussi ravie de pouvoir parler de lui avec quelqu'un d'autre que leurs vieux amis.
« Peut-être... » admet Kagami, étonné par la manière dont Momoi le met à l'aise en dépit de ses appréhensions initiales. En un sens, c'est un peu comme avec Aomine. Il a l'impression de l'avoir déjà vue... de la connaître d'une certaine manière.
Et au-delà de ça, il sent son attachement profond pour Aomine. Il sent l'impuissance voilée derrière ces simples paroles. Et il la comprend.
« On a parlé un peu... murmure-t-il. Je crois qu'il est très attaché à son petit cercle dont tu fais partie... Mais qu'il a beaucoup de doutes sur lui-même. Et... C'est pas facile de dire ce qui va pas quand on pense que ça vient de soi. »
À son tour de se perdre dans les méandres de son esprit. Satsuki fronce un peu les sourcils. En dépit des airs arrogants qu'il se donne, elle sait que Daïki a un talent fou pour s'autoflageller et se déprécier. Elle ne pense pas réussir à en comprendre les raisons un jour... mais elle sait mieux que personne comment cette fâcheuse tendance peut influencer ses relations.
« Je ne sais pas ce qu'il t'a dit exactement mais en ce qui concerne les autres, Daï-chan sous-estime leur affection. Il se sent coupable, alors il s'imagine qu'il ne mérite plus leur intérêt. Ce n'est qu'une bande de gros bêtas si tu veux mon avis ! Faut pas hésiter à le bousculer un peu. »
Kagami sourit légèrement. Il comprend ça instinctivement. Et c'est bon de ressentir cette facilité.
« Je crois que je suis un peu pareil. Mais Aomine... C'est là le paradoxe. Personne n'avait jamais été aussi... délicat avec moi. Dans sa manière de formuler les choses, de se comporter... C'est quelqu'un qui a beaucoup d'empathie. Il est pas là pour imposer son point de vue. Se donner de l'importance. Il est très prévenant. Ça m'a beaucoup étonné... et honnêtement c'est aussi pour ça qu'on est amis. »
Il rit un peu, incrédule, contemplant sa tasse. Pourtant, il n'y avait pas d'alcool là-dedans... Mais... Il éprouve le besoin inexplicable de parler d'Aomine à cette personne qui le connaît si bien. À partager ses ressentis... Peut-être ne serait-ce que pour s'assurer qu'il n'invente pas tout.
La réserve de Kagami lui semble lointaine. À croire qu'elle n'est pas venue à sa rencontre pour parler affaire. Elle pourrait presque s'en offusquer... pourtant, le portrait que dresse le jeune inconnu de son ami de toujours lui réchauffe le cœur. Elles sont rares les personnes à qui Daïki dévoile sa vraie nature. Et encore plus rares sont ceux qui en prennent la mesure et savent l'apprécier à sa juste valeur. Ça l'émeut profondément en vérité, d'apprendre que Aomine est toujours capable de s'ouvrir de cette façon. Elle n'a pas souvenir qu'il l'ait fait après la mort de son père, se renfermant sur lui-même, se raccrochant à ses relations déjà tissées avant ce drame. Elle se râcle un peu la gorge et sourit doucement à Kagami.
« C'est le garçon le plus généreux que je connaisse. Mais il a très vite compris que les gentils ont la vie dure. Alors il s'est forgé une carapace. Par pudeur aussi sûrement. C'est pas souvent que les gens cherchent à voir au-delà de ce qu'il veut faire croire. Mais c'est pas pour rien qu'il est entré dans les forces de l'ordre. Ça lui ressemble. Comme ça, il peut aider son prochain en jouant au dur », explique-t-elle sur le ton de la confidence.
Kagami hoche la tête avec un demi sourire.
« Ouais... Sauvegarder les apparences, c'est important. J'espère juste qu'il trouvera son bonheur dans ce métier... Et si c'est pas le cas, qu'il saura en changer. Il doit avoir pas mal de pression. »
Il se ressaisit, se redresse sur son siège et regarde Momoi dans les yeux.
« Évidemment c'est pas à moi d'en juger. Moi, je suis juste un gamer pas trop mauvais au basket. Suffisamment bon en tout cas pour piquer son intérêt ! Parce que c'est clair qu'il a du talent là-dedans. »
Elle glousse et balaie son discours d'une main, amusée.
« Pas trop mauvais ? Tu as réussi l'exploit de lui rappeler ce qu'étaient les courbatures. Quand il me parle de vos matchs, il a des étoiles dans les yeux. Honnêtement, j'aimerais beaucoup voir ce que ça donne. Même Tetsu-kun était sans voix. Pourtant, il n'a pas sa langue dans sa poche ! »
Kagami éclate de rire à cette évocation :
« Clairement, non ! À vrai dire j'ai eu l'impression de gaffer avec lui... Difficile de savoir ce qu'il pense. Mais c'est un gars intriguant et ça me plairait de rejouer avec lui... J'avais jamais vu personne jouer comme ça ! conclut-il, un peu emporté par son enthousiasme.
— T'en fais pas pour ça ! On a tous arrêté d'essayer depuis longtemps. » Elle rit à son tour, sachant pertinemment combien son ami peut être déconcertant. « Crois-moi, contrairement à Daï-chan, Tetsu le fais toujours savoir si quelque chose ne lui plait pas. Si tu l'avais vexé, tu le saurais. Et de ce que j'en sais, il aimerait beaucoup remettre ça aussi. »
Satsuki s'amuse de trouver la même expression et la même flamme dans le regard de Kagami quand il parle de basket, que dans ceux de Daïki. Elle se doute que son ami a dû se reconnaitre aussi dans cette ferveur, même inconsciemment. Elle se demande même si ce n'est pas cette passion commune qui l'a incité à se rapprocher de lui. Comme si le fait d'aimer ou non le basket, était déterminant.
« Good ! Tu devrais venir la prochaine fois qu'on joue avec Aomine. En espérant que Kuroko vienne aussi. Et avec Alex en plus... ça serait génial ! » Il s'interrompt et précise : « Alex, c'est ma mentor au basket. Je l'ai rencontrée gamin aux USA, alors qu'elle venait de prendre sa retraite de la WNBA. Mais maintenant, elle habite ici. »
La jeune femme hoche la tête. Elle se rappelle que Daïki l'a évoquée, mais sans entrer dans les détails, qu'elle s'est fait un plaisir de chercher par elle-même.
« J'en ai entendu parler oui. J'ai hâte de voir ça... Et de la rencontrer. C'est une sacrée carrière qu'elle a eue ! Comment se fait-il qu'elle se soit retrouvée au Japon d'ailleurs ?
— Elle y a vécu plus jeune... Et elle y est retournée parce qu'elle y a rencontré quelqu'un... »
Il hésite un peu, incertain, mais hors de question qu'il ait honte d'Alex ou de son couple. Alors il reprend d'une voix plus assurée :
« Une mangaka. Pas tout à fait le genre de métier qui s'exporte n'importe où. Alors elle a choisi de s'établir ici pour de bon. »
Satsuki écarquille un peu les yeux. Une basketteuse et une mangaka... Dans quel univers cette union est-elle possible ? Elle cale son visage dans ses mains, rêveuse. Elle ne peut pas résister à poser la question qui lui brûle maintenant les lèvres.
« Une véritable love story !? Kawaï !!! Elles se sont rencontrées comment ? »
Kagami rit un peu, amusé par la réaction de Momoi.
« Eh ben... Comme je te l'ai dit, Alex a vécu au Japon. Petite, elle a découvert les mangas, et c'est resté une passion jusqu'à aujourd'hui. Un jour, elle a profité d'un séjour au Japon pour aller écouter une conférence sur le sujet... Izumi était là en tant qu'intervenante. Elles ont discuté après la conférence... Et apparemment, Alex lui a fait suffisamment forte impression pour qu'elle l'invite à boire un verre ! Après, elles ont commencé à se fréquenter régulièrement... Et finalement, elles se sont plus quittées. »
Il sourit, se souvenant de la fois où Alex lui a annoncé fièrement qu'elle avait mis le grappin sur une mangaka, puis quand elle lui a dit qu'elle venait s'installer pour de bon au Japon... Des souvenirs qui réchauffent encore son cœur aujourd'hui.
« Izumi travaille beaucoup, ajoute-t-il. Mais c'est une femme intéressante. Très directe pour une Japonaise... C'est sans doute ce qu'Alex apprécie, parce qu'elle non plus n'a jamais eu sa langue dans sa poche ! »
Satsuki sourit davantage. Elle trouve l'histoire de ces deux femmes super romantique. D'ordinaire elle ne voit ce genre de scénario que dans ses lectures, alors de savoir que ça peut arriver aussi dans la vie la rassure un peu sur son propre avenir amoureux. Toujours à sa rêverie, elle pense à voix haute.
« Comme quoi, il y a des rencontres qui sont écrites. »
Kagami sourit à cette réflexion.
« Je crois pas vraiment au destin, mais... C'est une façon de voir les choses. Et puis... C'est vrai que voir deux personnes heureuses ensemble, ça a quelque chose de... je sais pas. Rassurant, apaisant. »
Il rougit un peu. Décidément, la jeune femme a le don pour le faire parler. Une carrière en communication, c'est définitivement un choix avisé !
Ne s'attendant pas spécialement à une réponse, la jeune femme est un peu surprise d'en entendre une. Pourtant elle ne peut qu'acquiescer en se reculant dans son siège, laissant son regard glisser sur le ciel au dehors.
« Oui c'est vrai. Je crois que si j'aime autant ce genre d'histoire c'est parce que ce sont des preuves tangibles que le bonheur existe quelque part. Et que... tout le monde y a le droit un jour ou l'autre. »
Kagami devine donc que la jeune femme est probablement célibataire, ou malheureuse en amour. Par réflexe, il se montre rassurant :
« Oh, ouais, c'est sûr. J'imagine que si c'est ce qu'on cherche, on finit forcément par trouver ! Quoi que... J'ai l'impression qu'on trouve plus souvent quand on ne cherche pas, ou plus ! »
Il rigole un peu, contemplant sa tasse vide. Lui en tout cas ne cherchait pas quand il a rencontré Aomine. Il n'avait pas vraiment le temps de penser à ça, même si parfois la solitude lui pesait. Enfin... Il est tombé amoureux, mais ce n'est pas comme s'il avait trouvé pleinement le bonheur dans ce domaine-là. Mais c'est déjà précieux d'avoir Aomine dans sa vie.
Satsuki reporte son attention sur Kagami qu'elle trouve pensif lui aussi. Ça lui arrache un sourire de compassion. Elle entend l'expérience dans son discours. Ce qui la rassure un peu plus. Elle a eu quelques histoires, cédant aux avances de prétendants. Mais chaque fois elle a été déçue. Ce n'est pas qu'elle cherche désespérément l'amour à chaque coin de rue, mais c'est une pensée qui ne la quitte jamais vraiment. Elle rit un peu au conseil de Kagami, espiègle.
« Alors ce serait ça le secret pour trouver l'amour ? ... Ne pas le chercher ?! » se moque-t-elle gentiment.
Il rougit de nouveau et lève les mains pour se défendre :
« Hé, j'ai pas de secret, moi, je suis pas vraiment un expert en la matière ! Mais bon... J'imagine que c'est comme dans tout dans la vie. Faut rester positif et aller de l'avant. »
Il se mordille la lèvre en se disant qu'il s'enfonce avec ses discours bateau, mais pourtant, c'est quand même ce qu'il croit au fond de lui, même si c'est plus dur à croire certains jours que d'autres.
Face à sa réaction la jeune femme rit de plus belle. Elle trouve Kagami vraiment adorable d'essayer de la rassurer et de lui donner des conseils. Elle s'étonne d'aborder de tels sujet avec quelqu'un qui lui était étranger il y a encore une heure, et comprend un peu mieux Daïki. Kagami a quelque chose de familier. Il lui inspire confiance, sans parvenir à se l'expliquer. L'intérêt sincère qu'il semble porter à ce qu'elle dit, à son avis ? Peut-être...
« Je t'embête Kagami. Je ne suis pas du genre à me laisser abattre ! Et puis ce n'est pas comme si j'avais absolument besoin de quelqu'un pour être heureuse. »
Et pour l'en assurer, elle lui offre son plus beau sourire.
Il hoche la tête, rassuré. Dans ce sourire lumineux, il lit une volonté forte, et une certaine assurance. Momoi est une jeune femme épanouie qui sait ce qu'elle veut. Il comprend pourquoi Aomine apprécie autant sa compagnie.
« T'as raison. »
Soudain il se dit que ça fait longtemps qu'ils sont dans ce café à discuter, alors qu'au départ ils étaient juste venus parler affaires. En même temps, ce n'est pas comme si Momoi était une parfaite inconnue... C'est la meilleure amie d'Aomine, après tout.
Il jette un coup d'œil à son portable, puis à la jeune femme :
« Bon, je vais peut-être pas te retenir tout l'après-midi. Je te remercie d'être venue. Je suis content. Si tu veux bien... Donne-moi ton mail, ton Skype ou ce que tu veux, ce sera plus simple pour communiquer et voir comment on fait pour la suite. »
Par mimétisme elle regarde l'heure à son tour et pianote un message sur son portable.
« Tiens, je t'envoie mon adresse et les liens de mes réseaux. Tiens-moi au courant des dates qui vous arrangent. J'ai trop hâte de commencer ! Lancer une carrière, c'est pas rien comme mission... » s'enthousiasme-t-elle, prête à relever ce beau défi.
Kagami sourit, approuvant son enthousiasme.
« Ouais... Je suis impatient aussi. »
Il fait signe au serveur et paie avant que la jeune femme n'ait le temps de dégainer son portefeuille. Puis, il attrape sa veste et se lève.
Satsuki le remercie en s'inclinant avant d'enfiler sa veste. Elle passe la porte que le jeune homme lui tient avec un sourire, ajustant son col. Puis avant de s'en retourner dans une pirouette de bonheur, la rose lui adresse un signe de main.
« À très vite Kagami ! »
Souriant, Kagami lui rend son salut et s'en retourne chez lui, repensant à cette entrevue, tout heureux d'avoir fait la connaissance de Momoi et encore étonné par la facilité de leurs échanges, lui qui était si nerveux tout à l'heure au moment de l'appeler.
En regagnant son appartement, la première chose qu'il fait est d'ajouter Momoi à ses contacts sur sa boîte mail et sur les réseaux qu'ils ont en commun, puis il envoie un message à ses coéquipiers sur le salon de discussion qu'ils partagent. Il leur raconte sa rencontre et leur parle des propositions de la jeune femme ainsi que de la rémunération envisagée. Rapidement, il reçoit des réponses enthousiastes, et visiblement soulagées. Il n'était pas le seul à penser que cette partie de leur nouvelle vie professionnelle risquait de se transformer en énorme galère.
Quelques heures plus tard, ils ont tous convenu de créneaux qui les arrange pour une visioconférence avec la jeune femme, et il lui transmet donc l'info, ainsi qu'une invitation à leur salon de discussion pour qu'ils puissent échanger tous ensemble plus facilement.
Puis, soulagé, il repose son casque et s'étire. Il s'avachit un peu dans son fauteuil et envoie un message à Tatsuya pour lui faire un résumé rapide des derniers événements. Il est un peu tard à Los Angeles, mais son ami lui répond rapidement :
Tatsuya - 16h22
Hey, lil'bro. Je suis content pour toi. Faudra que tu me racontes tout en détail. Et tu sais quoi ? Tu vas pouvoir le faire de vive voix. Parce que je débarque bientôt chez toi !
Kagami fixe son téléphone, ébahi. C'est bien Tatsuya, de s'inviter comme ça ! Il regarde autour de lui comme si son frère de cœur allait arriver dans la minute. Et alors que ses réflexions s'emballent, il reçoit un nouveau message :
Tatsuya - 16h24
T'inquiète, je me ferai discret. Je loge chez Alex. J'ai hâte de te voir.
Sans qu'il s'en rende compte, un grand sourire étire ses lèvres. Lui aussi, il a hâte. Il lui renvoie rapidement un autre message pour le lui dire. Aujourd'hui est vraiment une bonne journée... Certainement inattendue, comme la plupart des choses qui lui arrive en ce moment, mais définitivement bonne.
Chapter Text
Quand il ouvre les yeux, Aomine ne sait pas trop où il est. Il se frotte le visage pour émerger, un peu vaseux. Apparemment, il s'est assoupi dans son canapé, sans se voir partir. Il faut dire que sa nuit fut troublée de songes chaotiques. Qui sont revenus le hanter pendant sa sieste. Les images sont encore nettes sur ses rétines, s'accrochant à lui avec férocité. Seule l'arrivée de sa meilleure amie avait fini par l'en détourner.
Il se revoit clairement courir sur les docks, sous une pluie battante à la poursuite du gangster. Mais plus il se rapproche de lui, plus le souvenir se transforme. Il parvient à acculer le fuyard contre un conteneur. Qui l'observe en riant, refusant de se rendre. Puis peu à peu, ses traits se transforment dans son hilarité, laissant place au visage de son père. Sérieux et fermé. Tétanisé, Daïki ne peut rien faire lorsqu’une arme se braque sur lui, se retrouvant soudainement dans ce cauchemar familier, enveloppé d'une épaisse et dense fumée tentaculaire qui l'immobilise et l'étouffe.
Un peu fébrile, l'esprit engourdi de sensations étranges et le cœur battant, il se lève pour se servir à boire. Doucement, il revient à la réalité, au moment présent. Il vérifie qu'aucune urgence ne l'oblige à se rendre au poste puis consulte ses autres messages. Il esquisse un sourire à celui de Satsuki. Elle le remercie et s'excuse d'interrompre leur après-midi. Visiblement son entrevue avec Kagami s'est bien passée et elle a préféré rentrer chez elle pour commencer à plancher sur une stratégie marketing. Ça ne l'étonne pas d'elle... Et il est plutôt content pour ses deux amis si une entente a été trouvée. Néanmoins, égoïstement il aurait préféré qu'elle revienne, pour dissiper un peu les ténèbres.
Il ne sait pas trop quoi faire pour se distraire, et se sent trop fatigué, las pour jouer aujourd'hui. Le match d'hier et son lâcher prise l'ont complètement vidé. Il se sent physiquement et psychologiquement épuisé, alors qu'il sort tout juste du sommeil. Sans réfléchir, il lance l'application de streaming espérant y trouver du contenu qui saura le détourner de ses mauvais rêves et se réjouit de voir qu'une chaîne qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de regarder, est en live.
Kagami passe le reste de la journée sur un petit nuage, entre fébrilité presque angoissée et heureuse anticipation. Les choses semblent s'améliorer... Enfin. Pendant longtemps il s'est accroché sans aucune certitude, craignant pour son avenir mais enterrant ses peurs pour pouvoir continuer à aller de l'avant. Les factures étaient difficiles à payer mais il s'accrochait à son rêve. À sa résolution de faire sa vie ici malgré les sirènes de l'Amérique. Parfois il lui semblait que tout serait tellement plus facile là-bas. Mais il a choisi la difficulté, comme toujours... L'endroit où serait le plus grand défi.
Et maintenant, peut-être qu'il parvient à quelque chose. Peut-être que ce sera pour mieux se casser la figure et devoir tout recommencer... Mais plus que jamais, il a envie d'être là et d'essayer. Il a aussi besoin de faire la paix avec lui-même. C'est son père qui lui a imposé ce retour au Japon et il l'a mal vécu... Aujourd'hui, il a envie de prendre sa revanche, en quelques sortes. Cette vie qu'il a rejetée, il veut l'embrasser pleinement, la faire sienne, et plus quelque chose qu'il subit.
Le soir venu, il est épuisé. Trop d'émotions, trop de pensées qui se sont bousculées dans sa tête pendant la journée. Il se prépare à aller au lit et envoie un message à Aomine :
Kagami - 23h23
Merci pour m'avoir donné le tel de Momoi. Ça s’est super bien passé. Les gars de la team sont contents aussi. On va probablement bosser ensemble. Et puis... Tu te souviens de Tatsuya, mon pote d'enfance qui vit à L.A. ? Il va venir dans quelques jours. J'espère que je pourrai te le présenter. J'espère que toi ça va. Good night.
Malgré la fatigue qui ne l'a pas quitté, Aomine a du mal à s'endormir. Craignant un peu de retrouver ces images perturbantes dès qu'il fermera les paupières. Alors qu'il cherche un film à regarder dans le catalogue des nouveautés, il reçoit un message. Un sourire timide aux lèvres il répond, heureux de cette distraction bienvenue.
Aomine - 23h24
Elle avait l'air ravie aussi, quelque chose me dit que je vais pas beaucoup la voir prochainement... Mais si tout le monde est content, alors je suis content :)
Oh trop cool ça ! Ce sera avec plaisir. On va dire que j'ai connu mieux mais ça va.
Bonne nuit à toi aussi.
Kagami fronce un peu les sourcils en voyant la fin du message. Il devine qu'Aomine doit toujours être perturbé par rapport à son intervention et toutes les choses que ça a fait remonter en lui. Il a envie d'être là pour lui mais hésite sur la manière de le faire pour ne pas se montrer... intrusif.
Il fixe son écran de portable et écrit finalement :
Kagami - 23h33
Tu sais que mon offre vaut toujours. Tu te souviens, après le surf ? Tu peux compter sur moi.
En envoyant le message, ses propres mots résonnent dans son esprit. Aomine peut-il vraiment compter sur lui ? Malgré des sentiments non réciproques ? Il essaie de faire le tri dans ses pensées et de regarder en face ses sentiments, mais chaque fois qu'il le fait, il tombe sur la même et simple réponse : oui. Il sait qu'il risque d'en souffrir, mais ça ne change pas cette réponse.
Le film défile sans capter son intérêt, l'esprit toujours ailleurs. Aomine ne s'attendait pas à ce que Kagami réponde, et encore moins qu'il réponde ça. Il ne voulait pas spécialement qu'il s'inquiète, il n'a tout simplement pas voulu lui mentir. Au souvenir de la proposition de son ami ce jour-là, et de ce qu'il lui a montré de lui la veille il se sent rougir d'embarras.
Aomine - 23h35
Je sais. C'est gentil... Mais tu en as assez fait hier ;)
Cette réponse lui fait froncer davantage les sourcils, et Kagami pianote rapidement un message, presque rageusement.
Kagami - 23h35
Je tiens pas une compta, tu sais ;) T'as pas un quota-semaine. Et t'es pas obligé de parler si t'en as pas envie. Dis-moi juste si tu as besoin de quelque chose. Et t'en fais pas, ça ira.
Comme s'il en savait quelque chose ! Mais c'est pourtant le sentiment qu'il a. Il note dans un coin de sa tête de passer lui déposer un peu de nourriture pour cette semaine. Si Aomine est dans un mauvais état d'esprit, sûrement qu'il ne se préoccupera pas de s'alimenter correctement.
Aomine déglutit. L'insistance de Kagami le touche et pourrait presque le faire flancher de nouveaux. Il se sent encore à fleur de peau. Comme si les émotions qu'il s'était autoriser à ressentir, exprimer hier ne voulaient plus rentrer dans le coffre où il les range soigneusement d'habitude. Elles s'arriment à lui, sans lui laisser de répit. Il soupire et balance la tête en arrière. Tout en observant son plafond, il se demande ce qu'il a à perdre, si ce n'est plus de dignité.
Aomine - 23h42
C'est ridicule. Mais bon, j'imagine qu'un peu plus un peu moins...
J'ai fait des cauchemars. J'ai juste besoin de distraction pour plus y penser.
Kagami lit ce message et se mordille la lèvre. Une distraction ? Comment remédier à ça ? Il réfléchit rapidement. Jette un coup d'œil à l'heure. Il devrait aller se coucher, mais...
Kagami - 23h43
Si jamais t'arrives pas à dormir, on peut se retrouver sur un jeu en ligne. Le genre qui s'installe et s'apprend rapidement.
Aomine - 23h45
Un jeu où j'ai mes chances alors, ou en coop'. Je suis pas d'humeur à me faire éclater, même par un pro.
Kagami rit un peu en lisant son message et s'empresse de répondre.
Kagami - 23h45
Yes of course. Je me mets sur mon PC et je t'envoie un lien. À tout de suite !
Il se dépêche de se lever et de rallumer son ordinateur. Il fouille sa bibliothèque et trouve un jeu fun et sans prise de tête où on joue au foot dans une arène immense... mais avec des voitures. Puis il envoie un message à Aomine pour lui proposer une partie.
Aomine délaisse sa télé pour un autre écran. Kagami n'a pas essayé d'en savoir plus et ça lui va bien. Il télécharge le jeu qu'il connait de nom et de réputation et l'installe sans grande difficulté avant de rejoindre la partie de son ami. Il trouve l'ambiance du jeu tout de suite très sympas. La musique lui met un petit coup de fouet et il prend un peu de temps pour customiser son bolide avec des accessoires aussi loufoques qu'inutiles.
Kagami fait de même dans son coin, et appelle son ami en vocal, sans même savoir s'il est équipé du matériel adéquat, mais ça vaut le coup d'essayer.
Au départ, Aomine se demande d'où vient le bruit par-dessus la musique du jeu puis cherche son casque qui doit traîner quelque part. L'objet retrouvé, il le branche et décroche enfin.
« Yo !
— Hey... »
Kagami sourit, inexplicablement, ça le soulage d'entendre sa voix. Ça ne fait pas si longtemps qu'ils ont discuté, et pourtant la distance spatio-temporelle entre eux lui semblait ne cesser de s'étirer.
« Bon je te préviens, ce jeu peut aussi faire rager... Disons que les déplacements de la balle paraissent parfois... Un peu aléatoires. Même si les grands champions s'en défendent ! Moi je continue à dire que y a une part de chance ! »
Aomine lève les yeux aux ciel mais il sourit. Kagami est bien là, prêt à le dévier de ses ennuis.
« Tu cherches déjà des excuses où je rêve ?
Kagami soupire et reconnaît du bout des lèvres :
« Pour tout te dire... Je suis pas très bon à ce jeu. Mais j'espère qu'on va gagner quand même ! »
Le brun peut presque voir son ami faire la moue en disant ça. Et ça le fait marrer. Il ricane.
« Bon, on va compter sur ma chance du débutant alors ! »
Un court tutoriel lui explique les bases, plutôt simples, et Kagami lui prodigue quelques conseils supplémentaires qu'il tente d'enregistrer. Puis une fois sa prise en main terminée, deux autres joueurs apparaissent sur le terrain et un compteur défile sur son écran.
Kagami démarre son engin du diable qui semble aussitôt se comporter avec sa volonté propre et grimper n'importe où sur les côtés de la map. En plus, il n'a plus bien les contrôles en main et se trompe plusieurs fois de touches.
« Je suis rouillé ! J'arrive ! Laisse-moi un instant ! »
Aomine a loupé l'engagement, et la balle est à leur adversaire. Il profite de sa poursuite pour passer sur un maximum de booster et remplir sa barre d'énergie. Du coin de l'œil il voit la voiture de son coéquipier rouler à la verticale sur la cage limitant le terrain et se moque. Tant bien que mal il essaie de s'emparer de la balle qui rebondit mollement près des buts et déclenche sa super vitesse. Il s'amuse de son accessoire, laissant une traînée de bulles à sa suite qui le distrait de son objectif.
Kagami se ressaisit et finit par retrouver un peu de maîtrise et fonce au milieu du terrain pour récupérer la balle au rebond. Il repère la position d'Aomine et de leurs adversaires et tente une passe quand le brun se trouve près des buts. Il serre les dents, concentré comme s'il était dans une compétition officielle.
Attentif Aomine se positionne là où il pense que le ballon géant va atterrir et donne un coup d'accélérateur pour l'envoyer dans les filets adverses. La trajectoire lui semble idéale mais la balle ne rentre pas, comme repoussée par un champ de force invisible qui l'aurait déviée de sa cible. Il écarquille les yeux, défait.
« Mais quoi ? C'est quoi cette arnaque, à qu'elle heure un tir pareil ça rentre pas !?
— Ha ! Tu vois bien ! Je te l'avais dit ! »
La déconvenue d'Aomine le fait éclater de rire, il adore entendre cette pointe de fierté outragée dans sa voix.
« Bon après faut dire que d'habitude, tu fais rentrer une balle dans les filets avec tes mains, pas avec une carrosserie... »
Il rigole encore tandis qu'il tente d'empêcher l'équipe adverse de s'approcher de leur but en zigzagant entre eux pour essayer d'intercepter la balle.
Aomine grogne pour toute réponse. Il doit bien admettre qu'effectivement, il enrage. D'habitude, il sait quand un tir rentre ou non, et là il en était certain, il devait marquer ! Il comprend que les essais n'étaient là que pour lui apprendre à guider son véhicule mais que les paramètres du jeu sont beaucoup plus complexes qu'il n'y paraît. Agacé de s'être fait avoir, il traverse le terrain comme une flèche, les bulles de savons qui sortent de son pot d'échappement n'arrivant même plus à le distraire. Dans un bond, il réussit à cogner la balle que Kagami a interceptée, mais il a dû mettre trop de puissance parce qu'elle part beaucoup plus vite qu'escompté.
« Mais c'est hyper sensible ce machin ! » s'écrit-il de stupeur.
Une fois de plus, la réaction d'Aomine le fait éclater de rire. Il tâche de rattraper le coup et finit par mettre la balle dans les cages sans trop savoir comment, un coup de chance, probablement.
« Ouais... C'est pas évident de doser ses coups. La physique du jeu est assez spéciale ! On s'y fait, au bout d'un moment... Ou pas, conclut-il en riant de nouveau.
— Bien joué ! Ouais j'ai cru voir ça… Je vais m'y faire, attend deux trois match tu verras. »
Et sur ces mots, il se recale sur sa chaise plus concentré que jamais pour capter les subtilités de cette fameuse physique. Il commence à comprendre que le mode bourrin n'est pas le meilleur pour gagner. Alors il se fait un peu la main sur les touches pour mieux maîtriser son véhicule et mieux appréhender le terrain pour espérer faire des actions plus délicates. Enfin, aussi délicate que son bolide cracheur de bulles le lui permette...
Kagami garde le sourire aux lèvres tandis qu'il observe les actions d'Aomine. Son ami s'adapte rapidement, comme toujours.
« Hm... Tu sais, tu pourrais peut-être faire carrière dans le jeu vidéo. Ce genre de jeu... Tu le comprends vite. T'as des bons réflexes. »
Aomine rigole. Autant de la proposition que du ton sérieux de son ami.
« J'ai jamais joué sérieusement. Mais venant de toi, je prends le compliment. »
Toujours attentif à la partie Daïki intercepte le ballon et dans un dérapage contrôlé marque un but qui lui arrache un sourire fier.
« Hey, bien joué ! »
Le sourire de Kagami s'élargit. Il a lancé l'invitation pour détendre Aomine, mais il s'amuse bien aussi. Peu à peu, ils prennent de l'assurance et tentent des actions plus spectaculaires. Les deux en face n'ont pas un super niveau et la partie est plutôt équilibrée, jusqu'à ce qu'ils parviennent à prendre l'avantage.
« Je crois qu'on va gagner ! De toute façon en face c'est sûrement des gosses qui devraient être au lit ! »
Il rit à nouveau. Aomine réalise le contraste avec son humeur avant l'invitation de Kagami. Il passe vraiment du bon temps. Ce jeu était juste parfait. Ça l'amuse beaucoup d'imaginer la déconfiture de deux gamins qui jouent en douce.
« Te moque pas, il n'y a pas si longtemps je suis sûr que t'étais comme eux. »
— Quoi ? Moi, passer des nuits devant le PC et arriver fatigué à l'école ? Jamais ! Tu vois bien que je suis beaucoup trop sage !
— Sage toi ? Haha c'est pas le premier mot qui me vient à l'esprit ! Je te rappelle que je t'ai vu détrousser d'innocentes victimes de ton plaisir à manier la hache ! »
Le souvenir de Kagami et son sourire sadique lui en plaque un au visage. Il aime découvrir de nouvelles facettes de son ami à travers leurs activités. C'est une façon de le connaître qu'il trouve plus parlante que le plus explicites des discours.
« Ok, j'avoue tout. J'ai passé d'innombrables nuits à manier la hache, la claymore, le fusil à pompe et je sais pas quoi encore. Mais ! Je ne suis jamais arrivé en retard à l'école. Alors tu vois j'ai quand même un côté sage. »
Aomine secoue la tête en réceptionnant une passe. Il accélère de ce qu'il traverse le terrain en essayant de garder le ballon.
« Kagami... Ose me dire que tu ne t'endormais jamais en cours...
— Bon, d'accord. Ça m'est peut-être déjà arrivé. Mais pas tant que ça. Je suis du genre énergique. Et nerveux. »
Kagami rigole, fonçant vers les buts à son tour pour assister son coéquipier. Il freine avant et laisse les deux autres se rentrer dedans dans la précipitation. La balle est déviée et il parvient à la récupérer pour la relancer vers Aomine.
Il salue l'action, se moque du carambolage prend un virage pour l'éviter et pile pour lever son train arrière. Il serre les dents, retient son souffle en voyant le ballon se diriger droit sur l'angle des buts.
« Ah bon ? J'avais pas remarqué ! C'est étonnant...
— Joli, c'est rentré ! Ouais, ouais, moque-toi, toi je suis sûr que tu passais ton temps à pioncer. Je parie que Momoi devait te tirer les oreilles pour que tu fasses tes devoirs !
— C'est faux... Elle pouvait pas les atteindre de toute façon. Elle était plutôt du genre coup de pied dans le derrière ! »
Il ne va pas nier. En cours Aomine faisait acte de présence uniquement parce que son père n'aurait toléré aucun manquement à l'appel mais pour ce qui est de la concentration...
« Mec, je faisais le mur pour aller jouer au basket... Fallait bien que je dorme à un moment donné ! Entre la balle et les maths j'ai dû choisir, c'est tout. Qui peut me blâmer pour ça hein ?
— Je vois... J'avais cru remarquer que tu pratiquais avec un certain brio l'art de la mauvaise foi. À mon avis, t'as des années de pratique. »
Un grand sourire étire les lèvres de Kagami, qui s'amuse autant avec ces voitures infernales qu'avec cette conversation. Il aime toujours en savoir un peu plus sur Aomine, découvrir des bribes de son passé, divers aspects de sa personnalité. Le problème... tout ce qu'il découvre lui plaît. Énormément. Il n'a jamais rencontré quelqu'un comme lui.
« Attention il te fonce dessus ! » crie-t-il en poursuivant l'adversaire qui tente de renverser Kagami. Il donne un coup d'accélérateur et dévie le pick up de sa course en l'envoyant valser dans un nuage de bulles. Laissant à son coéquipier le champ libre pour récupérer la balle.
« Si tu veux tout savoir c'est effectivement un des nombreux domaines où j'excelle. Et pour Satsuki te voilà prévenu. Si vous bossez ensemble... Gare à ton cul ! »
Et il se marre tout seul en imaginant sa meilleure amie mener l'équipe de joueurs pro d'une main de fer en mini-jupe dans un univers essentiellement masculin. Elle va adorer, et il a hâte de voir ça.
« Oui, mais tu vois, la différence entre toi et moi, c'est que moi, j'ai pas besoin de coups de pieds au cul », répond Kagami d'un ton amusé, faussement suffisant.
Quoique Tatsuya penserait sûrement le contraire et qu'il va tout aussi sûrement le lui faire savoir dès l'instant où il posera le pied en terre nipponne. Il lève les yeux au ciel et soupire d'avance en y pensant.
Aomine surjoue une exclamation offusquée. Un brin déconcerté par le répondant de Kagami. Mais dans le fond, il adore leur petite joute verbale. Alors que son ami est devant les buts il lui fonce dans le pare-chocs pour s'approprier le ballon.
« Oups, perdu le contrôle... Tu disais ?
— Hé ! T'es pas censé m'attaquer ! C'est toi qui voulais un jeu en coop ! Tss ! »
Kagami continue de grommeler tandis qu'il reprend le contrôle de son véhicule et malgré ce qu'il vient de dire, il cherche à son tour à s'emparer du ballon, oubliant presque l'équipe adverse.
« T'es bien susceptible je trouve. Qu'est-ce que ça peut faire tant que la balle est à nous ?! »
Il râle et le gronderait presque, mais derrière son écran il a un immense sourire tandis qu'il fait la course avec son coéquipier pour se placer sous le rebond du ballon, dans une nouvelle démonstration de pure mauvaise foi.
« Je t'avais dit que j'étais susceptible. Alors si tu me cherches, tu me trouves ! »
Mais Kagami rit en parlant, donnant peu de crédit à ses mots. Malgré leurs petites chamailleries et la physique étrange du jeu, ils font une bonne équipe.
Le rire de son ami est communicatif. Alors que le match prend fin sur une victoire méritée il reprend plus sérieusement :
« Si vous lui donnez aucune raison de s'énerver, Satsu ne mord pas, promis. C'est juste quelle s'investit énormément et du coup, elle attend la même chose de ses joueurs. Mais j'ai aucune inquiétude à avoir, pas vrai ? »
C'est rhétorique concernant Kagami. Il sait que son ami est déterminé. Mais il préfère s'assurer que c'est bien le cas de toute l'équipe.
Kagami hausse les épaules et fronce un peu les sourcils.
« Je pense pas. Mais je te l'ai dit... Je les connais pas si bien que ça, ces gars... »
Puis il repense à une chose que lui a dit Aomine après le championnat.
« J'imagine que faudrait rectifier ça si on doit continuer à jouer ensemble en équipe... »
Bien qu'il ne peut pas le voir, Aomine hoche la tête d'approbation par réflexe. Plus jeune il avait toujours sous-estimé cet aspect du jeu. Et il n'était pas le seul à rechigner les sorties "cohésion d'équipe" organisées pas sa sœur de cœur. Des journées entières qui consistaient en réalité à s'amuser en dehors du terrain. Aujourd'hui, ces souvenirs lui sont précieux. Il sait que ces moments ont grandement participé à tisser leur lien. Peut-être même plus que toutes les victoires qu'ils ont pu remporter ensemble.
« Hésite pas à lui dire. Elle se fera un plaisir de vous organiser des trucs cool pour changer ça. »
Kagami se mordille la lèvre. Il aime bien jouer en équipe aux jeux vidéo, ça donne des possibilités stratégiques et techniques impossibles en solo. Mais il aime aussi le côté solitaire qui va avec. Il est un peu rouillé aux relations sociales, finalement. Quoique sa rencontre avec Aomine, et ensuite avec Momoi, semble contredire ça. Mais c'est une chose d'avoir des atomes crochus avec une personne qu'on rencontre, une autre de faire connaissance avec tout un groupe réuni par un intérêt commun.
« Yeah... Je garde ça en tête. »
Il regarde l'écran du lobby, se demandant s'il doit relancer une partie ou non.
« On en fait une autre ? »
Il s'amuse trop pour arrêter, mais c'est vrai qu'il est tard, ou très tôt en fait. Il ne peut pas demander à Kagami de veiller toute la nuit, alors il réfléchit un instant avant de s'entendre proposer :
« La dernière en one on one ? »
Maintenant qu'il a pris la confiance et évaluer le niveau de son rival, il ne pense pas prendre trop de risque. Et quand bien même, il aime les défis. Grâce à Kagami, il redécouvre avec délice la sensation d'être le challenger.
Kagami sourit et acquiesce.
« Yeah, okay. Let's go. »
Il lance la partie et fait craquer ses articulations, rassemblant sa concentration. Ils apparaissent sur la map et il regarde le décompte, puis enfonce l'accélérateur pour tenter de s'emparer du ballon en premier.
Aomine frémit en voyant le bolide rouge lui foncer dessus à toute allure, pourtant il ne dévie pas sa trajectoire. Au contraire. Si bien que le choc frontal est assez violent pour envoyer le ballon à l'autre bout de la map et lui avec. Il martyrise son pauvre clavier dans sa course folle, zigzagant sur le terrain pour passer sur le plus de booster possible et recharger sa barre d'énergie. Tant pis si Kagami en profite pour récupérer la balle.
Kagami profite de l'opportunité et tâche d'amener le ballon dans les buts adverses le plus rapidement possible. Il surveille du coin de l'œil Aomine, et un sourire se dessine sur ses lèvres. Il est à deux doigts de réussir à marquer... Mais le brun est presque sur lui. Il donne un coup de volant désespéré pour dévier la trajectoire de la balle.
Aomine n'a plus le temps de s'attaquer à la voiture. Il enclenche la marche arrière et arrive à se placer juste à temps entre les cages et le ballon. Il s'oblige à garder son calme, réfrénant l'envie d'enclencher la super vitesse au risque de perdre son bien. D'une allure qui lui permet de garder le contrôle, mais assez vite tout de même pour étirer la distance le séparant de son adversaire, il se dirige dans le camp opposé.
Kagami, lui, n'hésite pas, et enclenche la super vitesse. Ce sera un exploit s'il parvient à ne pas marquer contre son propre camp, mais il a envie d'essayer. Il fonce en lâchant un petit rire, se positionne à côté de son adversaire et donne un coup de volant qui les envoie tous les deux dans le décor. La balle, elle, semble hésiter un peu mais finalement dédaigne son but.
« Ha ! Je t'ai eu !
— Ah tu veux jouer à ça ? »
Aomine sourit, narquois. Il ne se laisse pas impressionner et accélère pour rouler sur le dôme limitant le terrain. Il use de ses boosts juste ce qu'il faut pour rester à la vertical. Alors que Kagami se rapproche de lui dangereusement, il recule sans prévenir pour faire tomber sa voiture au sol. Il ricane en la voyant s'envoler, sans répondre à aucune des lois de la gravité.
« Tiens prends ça ! Haha !
— Rah, tu vas me le payer ! »
Kagami reprend le contrôle du véhicule pour repartir à l'attaque de plus belle, et pendant un bon moment, ils n'arrivent à marquer aucun point. Puis, il parvient à faire rentrer un but, "par hasard", selon Aomine. Et ensuite, c'est au tour du brun. Mais ils ont du mal à se départager... Comme sur le terrain de basket, pense Kagami en souriant.
Il jubile à la sonnerie annonçant le point. Aomine vient d'égaliser au score dans une action improbable. Même en jouant du mieux possible, chaque geste reste incertain et bien que ce soit frustrant de ne rien pouvoir anticiper, quand c'est à son avantage, ça l'amuse beaucoup. Alors qu'il fête son but dans un dérapage circulaire pour noyer Kagami sous une pluie de bulles dont il ne se lasse décidément pas, le buzzer final retentit.
« Match nul », constate Kagami, son côté compétitif un brun déçu. Mais il retrouve vite le sourire : « C'était plutôt cool. »
Aomine n'a pas vu le temps passer, et il a réussi à ne penser à rien d'autre que le jeu. Il angoisse un peu à la perspective de se retrouver de nouveau seul avec ses idées noires mais le moment qu'il a passé était vraiment cool oui. Assez pour dissiper le brouillard encombrant son esprit et retarder la nuit.
« Carrément. Ce jeu est aussi fun que rageant. Je me suis bien amusé. »
Kagami acquiesce en souriant, content que sa diversion ait fonctionné.
« Ouais, j'crois que le côté rageant fait partie du fun. On pourra s'en refaire une à l'occasion !
— Quand tu veux. La prochaine fois, je teste l'accélérateur à paillettes qu'on a débloqué. Pour que tu me vois bien quand je te dépasse.
Kagami éclate de rire.
« Yeah, évidemment, ça veut du bling-bling. Je suis pas étonné. » Il étouffe un bâillement et ajoute : « Bon... Je vais aller me coucher. Bonne nuit, Aomine.
— T'as la classe ou tu l'as pas... » S'amuse-t-il. Puis d'un ton plus bas, presque murmuré, il salue son ami :
« Dors bien Kagami. »
— Yeah... Toi aussi. »
Kagami coupe la conversation et s'étire. Il est vraiment crevé, mais il ne regrette pas d'avoir passé un peu plus de temps supplémentaire avec son ami ce soir. Il espère que ça lui a donné le cœur un peu plus léger.
Il se glisse dans son lit et ferme les yeux. Il a beaucoup de choses en tête et craint de ne pas trouver le sommeil malgré la fatigue. Il pense à son avenir professionnel, à la venue de Tatsuya, et bien sûr... À Aomine. Mais il n'a pas le temps de tourner en rond dans son crâne ce soir, et s'endort finalement en quelques minutes.
Ce n'est qu'une fois l'ordinateur coupé et dans le silence et le noir de son appartement que la fatigue le rattrape. La journée lui a semblée longue, trop longue. Et même si elle a mieux fini que débuté, il a hâte de passer à la suivante. Espérant que le poids sur sa poitrine continue de s'estomper.
Il ne prend pas la peine d'allumer les lumières sur son passage express à la salle de bain puis se faufile sous les draps avec un certain soulagement. Il essaie de ne pas trop penser. De ne pas ressasser. Pourtant malgré ses efforts, privé de distraction il surprend son esprit en plein blocage, de nouveaux embourbé dans ses angoisses. Aomine inspire profondément et se remémore les mots de Kagami. Patience et bienveillance. Patience et bienveillance...
Il les répète à voix haute comme une litanie et finit par s'endormir, bercé par ce mantra réconfortant qu'il va tâcher d'appliquer.
Chapter Text
Nerveux, Kagami garde les yeux rivés sur le tableau des arrivées.
« L’horaire n’a pas changé depuis les dix dernières secondes », se moque Alex, plantée à côté de lui au milieu de la foule.
Il se contente de grogner. Il hait les aéroports. Trop de monde, trop de passage, trop de stress. Et puis, son naturel inquiet déteste savoir les gens qu’il affectionne embarqués dans un tube de métal volant au-dessus l’océan.
Heureusement, l’avion de Tatsuya n’a pas de retard. Comme l’atterrissage est prévu pour dans cinq minutes, il consent finalement à s’éloigner du tableau funeste pour attendre un peu à l’écart. Dès que le flot des passagers du vol A-485 Los-Angeles-Tokyo commence à franchir les portes, il se tend. Ça fait presque un an qu’il n’a pas vu son frère de cœur. Il sait que les choses ne seront pas différentes entre eux, et pourtant il ne peut empêcher cette pointe d’appréhension de s’enfoncer dans son cœur. Lequel bondit quand il aperçoit enfin la silhouette du brun, son sac sur l’épaule, sa valise dans la main.
Himuro balaie la foule du regard. L’avantage, c’est qu’Alex et Taiga forment une paire plutôt facile à repérer. Une blonde géante et un colosse à la tignasse rouge plantés au beau milieu d’un aéroport, ça se repère comme Hollywood Boulevard en plein L.A. Un sourire éclaire son visage tandis qu’il approche du duo.
« Salut. C’est sympa d’être venus me chercher. »
Il étouffe un cri de surprise – même s’il aurait dû s’y attendre – lorsque son visage se retrouve écrasé contre l’opulente poitrine d’Alex. Mais c’est Alex. Même quand il était ado, les hormones bouillonnantes et de la colère plein le cœur contre le monde entier, il acceptait ce traitement sans broncher. Et ça n’a pas changé aujourd’hui. Une fois libéré, il sourit à sa mentor puis se tourne vers Taiga.
« Hey. T’as l’air épuisé.
— Hein ? Parle pour toi !
— Moi j’ai le trajet et le décalage horaire dans les dents. C’est quoi ton excuse ?
— Euh… Bosser ? »
Himuro rigole et n’insiste pas. En réalité, il voit bien que son frère de cœur est préoccupé et qu’il se passe plein de choses dans sa vie. C’est aussi pour ça qu’il a choisi ce moment pour venir. Une chance que ça coïncide avec une fenêtre grande ouverte pour poser ses congés. En même temps, c’est plutôt facile de prendre des vacances quand ça fait deux ans qu’on n’a pas pris plus de deux semaines pour soi.
Il suit Alex et Taiga à travers la foule jusqu’à ce qu’ils sortent de l’aéroport et débarquent en plein air. Il lève la tête pour observer la ville se découper sur le ciel nuageux, à la fois familière et lointaine, comme issue d’un lointain passé. Il a laissé des parts de lui ici, mais sa vie est à L.A. désormais. Pourtant, dans la voiture, c’est avec une nostalgie émue qu’il retrouve des bâtiments connus, des intersections souvent traversées, des boutiques régulièrement fréquentées. Quand Alex s’arrête devant chez elle, il contemple cette maison où il n’a eu l’occasion de se rendre qu’à quelques reprises au cours des dernières années, et réalise que tout ça, Tokyo, Alex, Taiga, lui avaient tellement manqué.
Il affiche un demi-sourire heureux tandis qu’il ouvre sa portière et va chercher ses affaires dans le coffre. Taiga lui prend sa valise d’office, et ils rentrent dans la maison. Il retrouve l’odeur particulière qui imprègne les lieux, mélange de parfum féminin, de l’encens qu’Izumi a l’habitude de faire brûler, et des effluves qui s’attardent de la cuisine de Taiga. Son cœur se serre. Il est rentré chez lui. Son autre chez lui, mais chez lui quand même.
Alex sourit en regardant son protégé reprendre ses marques dans sa maison. Un élan d’affection lui serre le cœur. Elle n’a jamais voulu d’enfants, et ne regrette pas son choix. Mais ses élèves, elle en est immensément fière. Et elle ferait n’importe quoi pour continuer à les protéger, même s’ils n’ont pas besoin d’elle. Moins besoin d’elle, en tout cas. Car elle ne s’y trompe pas : ces deux-là sont des jeunes hommes déterminés, qui connaissent leurs forces et leurs faiblesses, bizarrement matures pour elle qui les a connus gamins, mais… Ils restent ses gamins. Il y a des tas de choses qu’ils ne peuvent pas connaître à leur âge. Des tas de réflexions qui n'ont même pas encore germé dans leur esprit. Des tonnes d’épreuves pas encore traversées. Et elle sera là pour toutes ces étapes, comme elle a été là pour les guider dans leur enfance, pour leur apprendre à s’aimer, à trouver leur place, à développer leur potentiel. Puis à l’adolescence, pour leur rappeler que le monde n’allait pas s’effondrer même quand ils en étaient persuadés. Et aujourd’hui, pour les aiguiller dans la jungle inextricable du monde ‘adulte’. Alex ne s’est senti adulte que très tard. Probablement en quittant la WNBA. Mais c’était un sentiment fugace… et pour mieux s’apercevoir que la plupart des gens prétendaient simplement avoir trouvé cette « sagesse » dans la maturité. Ils étaient juste devenus plus doués pour faire semblant. Quand elle a fait la paix avec cette certitude, tout est allé mieux. Aujourd’hui, elle se sent profondément épanouie. Elle mène la vie dont elle a rêvé. Et tandis qu’elle regarde ses deux protégés discuter entre eux dans le salon, un sourire heureux se peint sur ses lèvres. Ça lui avait vraiment manqué de les voir tous les deux dans la même pièce.
Exceptionnellement, Izumi sort de son trou plus tôt aujourd’hui. Elle n’allait tout de même pas manquer l’arrivée de l’autre petit protégé d’Alex. Elle connaît moins Tatsuya que Taiga, mais elle apprécie ce jeune homme peu affable, observateur et doté d’une compréhension peu commune d’autrui. Elle lui envie sa patience, bien souvent. Elle aime sa délicatesse et son souci des mots bien choisis. Plus diplomate et à l’aise en société que son frère de cœur, à sa manière Tatsuya est pourtant plus réservé. Sans doute parce qu’il a un caractère moins sanguin que Taiga. Elle s’assoit avec la petite famille réunie et accepte la bière que lui tend Alex, la gratifiant d’un tendre sourire pour l’occasion. Sa compagne semble toujours si rayonnante quand elle a ses deux élèves avec elle. Izumi sait qu’ils partagent pas mal de vécu, des choses qu’elle ne peut pas entièrement comprendre, mais au fond d’elle, elle se sent fière d’être inclue dans leur histoire, de faire désormais partie de leur famille. Izumi a peu d’amis, et plus de liens familiaux. Elle a fait de la solitude sa maîtresse avant de rencontrer Alex. Souvent, elle se reconnaît dans la réticence de Taiga à nouer de nouveaux liens. La vie l’a rendue plus prudente, plus en retrait. À tel point que ça a fini par la paralyser, et c’est Alex qui a su remettre de la spontanéité dans son existence. Elle espère que le jeune homme n’en arrivera pas à de telles extrémités, car plus le temps passe, plus il est difficile de se défaire de vieilles habitudes… Elle secoue la tête, souriant à ses propres pensées. Taiga et elle sont loin d’avoir le même âge… Elle trinque avec la petite bande et boit avec reconnaissance, à cette soirée qui semble tous leur mettre du baume au cœur.
Après un apéritif qui s’est éternisé, ils dînent autour de quelques plats livrés à domicile, puis boivent encore un verre ou deux avant que Tatsuya ne commence à s’effondrer au fond du canapé, assommé par la fatigue du voyage. Kagami se lève, s’apercevant dans le même mouvement qu’il a peut-être un peu abusé. Mais c’est avec l’assurance conférée par l’alcool qu’il lance :
« Basket demain ? En fin d’aprem ou début de soirée pour que tu te reposes.
— Tu veux me faire jouer contre ton Aomine, hein, avoue… murmure Tatsuya, le fixant entre ses paupières à demi-closes.
— Ouais, j’avoue, je suis curieux. Je crois qu’il est libre demain. C’est l’occas.
— Je viens aussi ! décide Alex.
— Je vous garantis rien, proteste le brun. On verra demain. »
Kagami sourit et acquiesce. Il est juste impatient qu’Aomine rencontre Tatsuya et de les voir s’affronter sur un terrain, mais il sait qu’il s’emballe un peu. Si ce n’est pas demain, ce sera après-demain. En tout cas, c’est ce qu’il espère. Pour l’instant en tout cas, il ferait mieux de rentrer. Il pose un baiser sur la joue d’Alex, puis d’Izumi, et tape son poing dans celui de Tatsuya. Puis, il retrouve l’obscurité du vestibule, enfile ses chaussures et sort dans la nuit. L’air frais lui fait du bien, atténuant un peu l’ivresse qui monte. Mais toutes sortes d’émotions se chamboulent ce soir et il ne peut s’empêcher d’envoyer un message à Aomine de suite, tandis qu’il marche sous les lampadaires dans la rue déserte.
Kagami -23h56
Hey. C’est pas sûr que ça puisse se faire, mais demain fin d’aprem ou soirée, t’es libre ? Je prévois un basket avec Alex et Tatsuya.
Il envoie le message, le cœur battant d’espoir d’une réponse positive. Il continue à fixer son portable au détriment de la route et dérape sur le bord du trottoir. Il grogne et range son téléphone. Il a intérêt à bien dormir, sinon ce basket qu’il réclame demain risque de le mettre au tapis…
Aomine s’installe dans sa voiture quand il réceptionne le message. Une intervention l’attend, cependant vu l’heure tardive, il s’inquiète. Alors il se contorsionne sur son siège pour récupérer son téléphone et le consulter rapidement avant de démarrer. Il ne prend pas le temps de répondre à Kagami et s’élance dans les rues sirène hurlante. D’ordinaire il est toujours chaud pour un basket. Et puis il a hâte de rencontrer l’ami de son rival. S’il est aussi bon qu’il l’a entendu dire, ce sera forcément un challenge intéressant. Seulement il a autre chose de programmé demain et il ne sait pas trop combien de temps ça va lui prendre, mais ça l’ennuie beaucoup de refuser. Tandis qu’il roule jusqu’à l’adresse envoyée par le central, il se laisse le temps de la réflexion puis fait le vide en arrivant sur les lieux de sa mission. Il peut déjà entendre les bruits et les cris caractéristiques d’une bagarre qui tourne mal.
Ce n’est qu’une fois revenu au poste, deux gars envoyés en cellule de dégrisement et une déposition de plainte enregistrée qu’il s’autorise à envoyer un texto, bien qu’il se doute que Kagami ne le lira qu’à son réveil.
Aomine – 3h26
Salut. Alors ça y est ton pote est bien arrivé ? Tu dois être content :)
C’est sympa de penser à moi mais je suis pas sûr d’être libre. Tiens-moi au courant. Si ça se fait je m’arrangerai.
Le jeune flic se passe une main dans les cheveux et soupire. Il a hâte de rentrer se coucher mais avant, il doit terminer son rapport. C’est trop dur sinon quand ils s’entassent sur le coin de son bureau, autant en finir maintenant, de ce que c’est encore chaud.
Kagami se réveille en milieu de matinée, encore abruti de sommeil. Il bâille et grogne, se retournant dans le lit, hésitant à prolonger sa nuit... Et puis décide qu'il est assez tard comme ça. Il se lève donc et se dirige vers sa cafetière au radar, passant une main dans ses cheveux en bataille en bâillant une nouvelle fois.
Tandis qu'il regarde d'un œil morne son breuvage couler dans la cafetière, il se remémore la soirée de la veille, et se rappelle la proposition de basket faite à Tatsuya, et le message envoyé à Aomine en rentrant. Cette pensée lui donne un coup de fouet et il retourne dans le salon chercher son portable, impatient de voir la réponse.
Son cœur se serre un peu en lisant le message, qui n'est pas tout à fait celui qu'il espérait. En même temps, Tatsuya ne sera peut-être pas en état non plus. Et ce ne serait que partie remise.
Il se sert son café et le boit lentement, les yeux perdus dans le vague, avant de commencer à préparer le petit-déjeuner. Pendant que ça cuit, il allume son ordinateur et se connecte au salon de discussion. Son équipe, Momoi et lui ont convenu d'une rencontre pour le surlendemain, et les derniers messages de confirmation sont arrivés. Bon, déjà une bonne nouvelle.
Plus tard, après être passé sous la douche et déjà plus réveillé, il demande des nouvelles à Tatsuya. Celui-ci annonce être décalqué, mais motivé à jouer. Kagami sourit. Ça fait un sacré bout de temps qu'ils n'ont pas été sur le terrain tous les deux. Il lui confirme l'horaire puis envoie un message à Aomine.
Kagami - 11h30
Hey. Yeah on a passé la soirée chez Alex, c'était sympa. On se fait un basket vers 20h, sur le terrain près de chez moi. J'espère t'y voir !
L'heure du déjeuner est passée depuis un moment quand Aomine émerge. C'est d'ailleurs la faim qui le tire du lit. Il s'étire de tout son long puis repousse les draps. Dans la cuisine il se sert un grand verre de jus de fruit. Il en savoure la fraîcheur en se disant que c'est quand même agréable d'avoir le frigo et les placards pleins. Il a terminé les restes de ce que Kagami lui avait cuisiné mais il y a encore de quoi satisfaire son estomac.
Il se prépare quelque chose de simple et rapide, quoique déjà bien plus élaboré que ce dont il a l'habitude. Cette petite prouesse en début de journée le met particulièrement de bonne humeur et il mange avec appétit en checkant ses messages.
Daïki sourit, content à la perspective de jouer pendant son jour off. Un vrai rituel qui se met doucement en place et auquel il a très vite pris goût. Pour l'heure ça devrait le faire. Il pose ses baguettes pour demander à Tetsu et Satsuki s'ils sont disponibles. Ils avaient évoqué l'idée de se voir après ses obligations et il espère bien que la présence de Kagami ne les dérangera pas. Puis il répond à ce dernier avant de replonger dans son bol, décidément affamé.
Aomine - 14h05
Cool ! J'y serais. Peut-être un peu en retard mais j'ai trop envie de jouer. J'ai demandé à Satsu et Tetsu de venir. Si tu emmènes ta team, j'apporte la mienne ;)
Kagami est devant son ordinateur à s'entraîner quand il reçoit le message d'Aomine, et il attend la fin de la game avant de consulter son téléphone. Un sourire illumine son visage.
Kagami - 14h19
Great ! On aura sûrement un match intéressant. À ce soir alors.
Enthousiaste à l'idée de passer le début de soirée dehors sur un terrain de basket, c'est d'autant plus concentré qu'il reprend sa session d'entraînement. Une heure plus tard, tous ses autres coéquipiers l'ont rejoint et ils bataillent sévèrement sans voir le temps passer.
Sur sa chaise, dans la salle d'attente, Aomine vérifie l'heure pour la huitième fois en trois minutes. Le temps lui paraît extrêmement long et sa jambe commence à s'agiter d'impatience. Ces rendez-vous obligatoires sont une vraie corvée mais demander à les repousser serait notifié, analysé, interprété ou il ne sait quoi encore. Quand il voit le médecin revenir dans la salle d'attente, il se lève sans lui laisser le temps d'appeler son nom et le salue brièvement.
Il commence à être rôdé. Deux fois par an, il a le droit à un check up complet, physique et psychologique. Personnellement, ça l'agace plus qu'autre chose mais il imagine que dans son boulot, certains collègues peuvent en ressentir le besoin. Il fronce un peu les sourcils à ses pensées. Au vu de sa réaction après leur grosse affaire, toujours très médiatisée, se serait mentir de dire que c'est une totale perte de temps.
Alors qu'il enlève son t-shirt pour que l'infirmier lui pose des électrodes, il répond aux multiples questions du médecin le plus précisément possible. Bientôt il ne peut plus parler, un masque lui est placé sur le visage et le test d'effort débute. Vient ensuite le contrôle de sa vision, de ses réflexes puis une prise de sang pour la route. Lorsque Aomine se rhabille, il sait que le plus long est derrière lui mais il a encore l'étape du psychologue à passer.
Cette fois il n'y a pas trop d'attente avant que ne vienne son tour. Heureusement car l'heure tourne...
À 19h, Kagami repose son casque sur son bureau et s'étire de tout son long. Il frotte ses paupières fatiguées, la tête lourde après l'entraînement. Définitivement, ça lui fera du bien de sortir s'aérer, même s'il a aussi toujours la soirée de la veille dans les pattes. Ça n'a l'air de rien, ces parties en ligne, mais se concentrer intensément des heures d'affilée, c'est épuisant. Au moins la session d'aujourd'hui a été productive. L'ambiance est plus légère dans l'équipe après leur presque victoire au tournoi, et son initiative en trouvant Momoi semble avoir plu au reste du groupe. Il en faudra encore davantage pour définitivement briser la glace, mais Kagami se dit qu'ils sont sans doute sur la bonne voie.
Il profite du temps qu'il lui reste pour manger un bout et se détendre, puis, peu de temps avant 20h, il quitte l'immeuble, son sac de sport sur l'épaule.
Les questions tournent essentiellement autour du travail. En fait, ça ressemble plus à une discussion qu'à une vrai séance de thérapie. C'est plus un moyen pour l'état de vérifier que ses employés sont en bonne santé et non pas au bord du gouffre ou en souffrance. À l'école de police, il se souvient avoir été longuement sensibilisé à la dépression et au renfermement chez les flics. Mais lui est toujours très enthousiaste. Malgré la frustration, la déception, et la colère aussi parfois que peuvent générer certaines affaires.
Mais son dossier n'est pas tout à fait un dossier classique... Inévitablement, comme à chaque entrevue, il a le droit à la question.
« Et par rapport à votre père, comment vous sentez vous ?»
Aomine soupire et se redresse dans le divan. Il essuie sur ses genoux ses mains devenues moites et s'apprête à donner la même réponse que d'habitude. Sauf que cette fois, il y croit sincèrement. Il faut dire qu'il a eu l'occasion de réfléchir à la question, quand jusqu'à il n'y pas si longtemps, il l'évitait purement et simplement.
« Ça va. »
Il n'a pas envie de déballer toutes ses réflexions et ses ressentis. Ils sont à peine en cours de gestation et d'analyse, autant dire qu'il a encore du mal à mettre des mots dessus. Sa discussion avec Kagami lui revient en mémoire. Il doit digérer tout ça, et le démêler progressivement. Tout seul et à son rythme. Cependant, il ajoute à l'intention de la femme qui le fixe dans l'attente qu'il poursuive :
« Je… J'ai pris conscience que c'était pas forcément le cas tous les jours, mais ça va. »
La psy lui adresse un léger sourire et prend des notes. Pour une fois elle n'insiste pas et passe à autre chose. Aomine s'en étonne un peu mais il est trop soulagé pour s'en soucier véritablement.
Quand il quitte le centre de soin, il est tard. Il grogne un peu sur l'horloge de son téléphone et se presse de rejoindre son véhicule. Il a encore un peu de route à faire avant de rentrer, puis il doit se changer et manger avant d'espérer rejoindre le terrain.
Quand il arrive sur place, Kagami constate avec plaisir qu'Alex et Tatsuya sont déjà là. Impatients d'en découdre, sans doute. Il les salue d'un geste de la main.
« Hey. Content que vous soyez là. Pas trop crevé, Tatsuya ?
— M'en parle pas... Il vient ton Aomine, au moins ?
— Arrête avec ça ! C'est pas "mon" Aomine. » Kagami grimace, agacé, puis ajoute : « Il a dit que oui. Il va peut-être ramener les amis dont je vous ai parlé, Kuroko et Momoi.
— Nice ! » Le brun se tourne vers Alex. « Et t'en penses quoi, toi, d'Aomine ?
— Si j'étais hétéro et avec 20 ans de moins, j'essaierais de le mettre dans mon lit.
— C'est pas ce que je voulais dire, dit Tatsuya avec un sourire en coin. Mais je note.
— Ah, tu voulais parler de basket ?! » s'exclame Alex comme si elle n'avait pas parfaitement compris. « Il est très doué. Il a un style très street, mais il se l'est complètement approprié. Un joueur vraiment intéressant. »
Kagami les regarde, les bras ballants, déconfit, se demandant ce qu'il a bien pu faire pour mériter une famille pareille. Enfin, au moins il est d'accord avec l'analyse technique d'Alex. Il se détourne pour poser son sac, retirer son sweat et commencer ses étirements.
Sur le chemin du terrain, Satsuki traîne Kuroko, impatiente de découvrir ce qui a tant marqué Daïki et il faut le dire, très heureuse d'avoir l'occasion de revoir ces deux complices jouer ensemble. À elle aussi, ça lui a sacrément manqué.
« Dépêche-toi Tetsu-kun, je ne veux pas être en retard !
— Je te l'ai déjà dit, c'est juste là, on sera même en avance. »
Kuroko se laisse entraîner, plus amusé qu'offusqué par l'entrain de son amie. Lui aussi, il est excité par ce qui l'attend. Au détour de la rue, le terrain leur apparaît enfin, baigné dans la lumière dorée du soleil déclinant.
Alors qu'il finit son échauffement, Kagami remarque une... non, deux silhouettes s'approcher du terrain. Il reconnaît Momoi et Kuroko et s'illumine, content qu'ils aient pu venir.
« Salut. Je me demandais si on vous verrait ce soir. »
Il se tourne vers ses amis et fait les présentations. Ça lui fait drôle de voir tout ce petit monde réuni sur le terrain... son terrain, celui où il passe une bonne partie de son temps libre.
Satsuki sourit à Kagami puis s'incline devant ceux qu'il lui présente quand Kuroko se contente d'un signe de main et d'un 'salut' faussement indifférent.
« Alexandra-san, enchantée de vous rencontrer. J'ai hâte de vous voir jouer ! »
Satsuki ne parvient pas à se défaire de son sourire. Ces derniers jours ont été surprenant, et ce soir représente un peu la cerise sur le gâteau qu'elle n'attendait pas. Un air de sérénité souffle ce soir. Un vent de nouveauté qu'elle trouve plus que bienvenu.
« J'ai entendu dire que tu t'y connaissais en management d'équipe, dit Alex à Momoi, la regardant avec curiosité. Tu joues aussi ?
— Oh non pas vraiment. Quand j'en ai l'occasion un petit peu. Mais je suis bien meilleure en théorie qu'en pratique !
— Vraiment ? demande Alex, amusée. Moi j'en connais qui sont meilleurs en pratique qu'en théorie. »
Kagami détourne les yeux et s'éloigne prudemment, pas désireux du tout d'être inclus dans cette conversation. Mais Tatsuya, lui, semble partager la curiosité d'Alex.
« La théorie, hein ? Tu es du genre à archiver et croiser les stats des joueurs et établir des plans et des pronostics ? » interroge-t-il.
Satsuki écarquille un peu les yeux et se tourne vers le dénommé Tatsuya. Elle ne sent aucune trace de moquerie dans sa voix, contrairement à ce dont elle est habituée concernant sa petite manie.
« C'est tout moi ! admet-elle en riant.
— Elle avait un classeur par équipe qu'on devait affronter en compétition. Le plus effrayant, c'est que ça marchait... » ajoute Tetsu avant d'aller s'échauffer plus loin.
Himuro sourit et hoche la tête d'un air approbateur.
« T'as raison. Les maths, c'est vraiment utile. Mais personne veut me croire.
— Mais si, moi je te crois, proteste Alex, amusée.
— Mais tu trouves ça super chiant.
— Je ne suis pas parfaite, désolée ! »
Un peu plus loin, cette fois Kagami ne se laisse pas surprendre par Kuroko qui s'approche. Il lui jette un coup d'œil.
« Hey. Euh... Ao m'a pas confirmé qu'il pourrait venir ce soir. T'as des nouvelles ? »
Kuroko reste une seconde surpris que la question lui soit adressé. Kagami ne le regardait pas directement et pourtant il l'a remarqué. Ça lui change agréablement de son quotidien et lui arrache un demi sourire.
« Non, mais il ne devrait pas tarder. »
Toujours sur le bord du terrain, la rose s'amuse de la répartie de ses vis à vis.
« C'est vrai que les maths c'est pas toujours sexy, mais je ne connais rien de plus satisfaisant qu'un modèle que j'ai calculé qui se vérifie sur le parquet.
— Enfin quelqu'un qui accorde de la valeur aux calculs, soupire Himuro, satisfait.
— Parfait ! Vous allez vous entendre comme larrons en foire, alors ! » décrète Alex, donnant une tape amicale sur son crâne.
De l'autre côté du terrain, Kagami acquiesce, vaguement soulagé. Toutes ces nouvelles rencontres et présentations le rendent nerveux. Il commence à mettre quelques paniers, histoire de se mettre en jambes et d'évacuer la tension.
Son sac sur l'épaule, Aomine accélère le pas. Il trottine presque à présent, pressé d'arriver au point de rendez-vous. Il ressent le besoin de se défouler après le stress de cette journée. Les hôpitaux, ça l'angoisse toujours un peu, mais surtout il avait peur d'être en retard ou d'avoir le moral miné par son introspection avec la psy. Ce n'est pas le cas. Il préfère mettre ça de côté pour ce soir et profiter de ses amis. Il a hâte de jouer et ressent une douce euphorie à l'idée de les savoir réunis.
Quand il arrive, il trouve sa sœur en pleine discussion avec Alex et celui qu'il suppose être Himuro. Plus proche de lui, Kagami dribble un adversaire imaginaire. Un sourire irrépressible prend place sur ses lèvres, et ses épaules se relâchent de leur tension quand il lâche son sac. En quelques foulées il se place sous le panier et bondit pour empêcher le tigre de marquer.
Kagami ne l'a pas vu venir et a un mouvement de recul qui lui fait perdre le ballon. Il retombe au sol et parvient de justesse à garder l'équilibre.
« Hé ! Ça va pas de surgir comme ça ?! s'offusque-t-il, content malgré tout de le voir.
— Pardon, trop tentant. » Il rit un peu, puis contrit de l'avoir effrayé il se masse la nuque. « Désolé pour le retard, vous m'attendez depuis longtemps ?
— Oh, nan, pas vraiment. Content que t'aies pu venir. »
Kagami lui sourit, presque un peu intimidé soudain par ce contexte, par l'idée de présenter le brun à son frère de cœur... D'ailleurs, il l'aperçoit du coin de l'œil qui approche.
Himuro a repéré Aomine dès son arrivée et l'observe avec curiosité. Depuis qu'il sait que Taiga est gay, il a appris à regarder les hommes sous un angle plus "esthétique" que ne savent le faire la plupart des hommes hétéros. Et aujourd'hui, connaissant les goûts de son frère de cœur, il ne se trompe presque jamais quand il s'agit de savoir si quelqu'un va plaire à Taiga ou non. Et en l'occurrence... Ça ne l'étonne pas du tout qu'Aomine lui ait tapé dans l'œil. Grand, élancé, musclé, métisse, des yeux d'une couleur étonnante et un regard d'une intensité frappante. Basketteur avec ça ? Pauvre Taiga... Comment aurait-il pu résister ?
« Salut, dit-il en tendant la main à Aomine. Moi c'est Himuro. »
Aomine détourne son regard de Kagami quand le jeune homme qu'il a aperçu de loin s'approche. Il saisit la main tendue et la serre en souriant. Un souvenir fugace de son père lui traverse l'esprit à cet instant. Il disait souvent qu'on peut apprendre beaucoup d'un homme dans une poignée de main. Celle de Himuro est sûr, ferme et franche. Un caractère plutôt affirmé donc, qui contraste avec la première impression que lui fait Himuro. En effet le jeune homme au regard d'acier dégage quelque chose de ... discret.
« J'ai beaucoup entendu parler de toi. Aomine Daïki, enchanté. Pas trop dure le jetlag ?
— Hm... On s'y fait jamais, je pense. Mais bon, je suis jeune et vigoureux, il paraît. En tout cas, je suis content de te rencontrer. Moi aussi j'ai beaucoup entendu parler de toi. »
Kagami le regarde d'un air méfiant, espérant que Tatsuya ne va pas lui ficher la honte.
Son sourire s'élargit. Espiègle il demande en jetant un regard amusé à Kagami :
« Ah oui ? En bien j'espère ...
— Ah ça ! Taiga n'a pas tari d'éloges !
— Tatsuya... gronde le tigre.
— ...Mais Taiga est un type gentil », reprend Himuro en l'ignorant, avec son éternel sourire en coin. « Souvent les défauts des autres lui sautent pas aux yeux. Donc j'imagine que je vais pouvoir vérifier par moi-même ! »
Aomine ricane à la remarque qu'il ne peut pas contredire – Kagami est vraiment gentil – et soutient son regard scrutateur, presque méfiant. Il sait trop bien ce que c'est pour lui en vouloir de jouer les grands frères. D'ailleurs, ça lui fait penser qu'il n'a pas encore salué Satsuki, qui discute toujours avec Alex. Il s'excuse et s'éloigne un peu pour la rejoindre. Comme il arrive de derrière, il la surprend en lui déposant un baiser sur le sommet du crâne et l'enlace d'un bras tandis qu'il tend l'autre main par-dessus son épaule à Alex pour la saluer.
« Yo Alex, content de te revoir. »
La blonde lui adresse un grand sourire.
« Moi aussi. Ça fait plaisir de voir tout ce petit monde réuni. » Elle se tourne vers Momoi et ajoute : « Bon, sachant que Taiga est polyvalent mais meilleur en attaque et bondit plus haut que n'importe qui que je connais, que Tatsuya est un joueur très technique d'une grande habileté, et que je me flatte moi-même d'être plutôt expérimentée au poste d'ailier... D'après toi, quelle composition d'équipe serait la plus intéressante pour nous organiser un petit match ce soir ? »
Satsuki adresse un sourire tendre à Daïki dont elle apprécie la marque d'affection. C'est qu'il est en confiance, et ce simple constat termine de la mettre à l'aise avec ces nouvelles rencontres. Inconsciemment elle se mordille le pouce alors qu'elle réfléchit à la question.
« Hum... pas évident. J'ai un peu peur de déséquilibrer le jeu mais.... Puisque DaÏ-chan est un expert en attaque et Tetsu-kun un passeur, je pense qu'il peut faire le lien entre vous deux. Je suis curieuse de voir la technique de Himuro affronter le style brouillon de Daï-chan…
— Hé il est très élaboré mon jeu de quoi tu parles ? » s'offusque le concerné.
Elle l'ignore en poursuivant :
« Kagami-kun pourra jouer en attaque ou en défense selon le besoin et moi je ferais de mon mieux pour aider. En plus tous les trois vous avez l'habitude de vous affronter si j'ai bien compris, ça doit faire longtemps que vous n'en avez pas eu l'occasion !
— Ça me paraît parfait ! J'ai hâte d'essayer ! Vous en pensez quoi les garçons ?
— Ça nous va, répondent en chœur Himuro et Kagami.
— Génial ! Bon, finissez de vous échauffer qu'on s'y mette ! »
Alex trépigne presque, toute contente de pouvoir découvrir de nouveaux talents et de jouer contre ses petits protégés.
Pour une fois Aomine s'échauffe un peu lui aussi. Il s'étire et joue avec ses articulations en rejoignant Kuroko, seul avec son ballon. Quand son ami le voit il lui lance. D'une main il le réceptionne pour le faire tourner sur son index puis cogne le poing tendu de son ami, tout sourire.
« Cool que t'aies pu venir. Prêt ?
— J'en ai les mains qui me démangent. »
Il éclate de rire en frottant la tignasse de son coéquipier. Son esprit combatif lui plait toujours autant, mais il faut dire qu'il a très hâte lui aussi. Il termine de s'échauffer avec quelques paniers, sentant avec satisfaction l'adrénaline monter en lui et affluer dans ses veines, faisant bouillonner son corps.
Une fois tout le monde prêt, ils se mettent en place sur le terrain. Kagami observe ses adversaires, ça lui fait plutôt bizarre de voir Alex avec Aomine et Kuroko. Puis, il échange un regard avec ses coéquipiers et leur sourit, confiant. Ils ont tiré au sort, et le ballon est pour eux. Il laisse Himuro mener l'offensive pour commencer, se positionnant à sa portée tandis que très vite, Alex vient le marquer. Mais il reste concentré sur Himuro, tout en tâchant de se débarrasser de son pot de colle.
Kagami étant déjà pris, il se positionne naturellement face au porteur de balle, plutôt content de pouvoir le tester. Aomine ne sait pas du tout à quoi s'attendre mais si c'est lui qui a donné son amour du jeu à son nouveau rival préféré, sûrement qu'il doit être bon. Sur ses gardes, il s'approche. Si Kagami l'a habitué à foncer tête baissée, Himuro a l'air de prendre le temps d'analyser la situation. Dans l'expectative, il le laisse faire, observant son dribble précis et régulier.
Himuro examine son adversaire tout en surveillant du coin de l'œil les déplacements de Kuroko, qui lui semble particulièrement dangereux. Il fait mine d'avancer, mais fait une passe vers l'arrière à Momoi qui est démarquée, et prend le large, se préparant à lui porter assistance si nécessaire.
Satsuki panique un peu en réceptionnant la balle. Elle est contente de pouvoir participer, mais elle ne se sent pas à sa place, soudainement intimidée d'être de ce côté de la limite du terrain. Très vite Daïki vient l'embêter et ralentir sa progression. Elle se fige et tente de s'appliquer à ne pas perdre bêtement le ballon. Son ami fronce les sourcils face à elle et se recule un peu.
« Hé, respire Satsu, c'est qu'un jeu et tu le connais par cœur. »
En un coup d'œil il a compris que quelque chose n'allait pas. Sa meilleure amie et son envie de vouloir bien faire se met souvent des bâtons dans les roues toute seule. Elle réfléchit trop. Il inspire profondément sans la lâcher du regard pour l'inciter à se détendre. Elle l'imite puis souffle un bon coup avant de lui sourire timidement. Puis, elle hoche la tête d'un air décidé et reprend son avancée, faisant la passe à Kagami dès qu'elle en a l'occasion.
Le rouge la réceptionne au vol et pivote en étendant un bras pour empêcher Alex de lui dérober son bien, puis il part comme une flèche. Du coin de l'œil, il aperçoit Tatsuya converger avec lui vers le panier. Sur sa gauche, Aomine remonte le terrain à toute vitesse et est déjà presque à sa hauteur. Sans réfléchir, il saute et tire. Comme il l'avait prévu, Himuro bondit pour saisir la balle au vol et lui donner un coup de pouce pour accomplir le chemin restant et atterrir dans l'arceau.
« Wouh ! Joli alley-hoop ! admire Alex. Vous êtes toujours bien rodés à ce truc-là. »
Kagami lâche un petit rire heureux. Effectivement, ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas réalisé ce genre d'action, mais il se rappelle bien que c'est l'une des premières qu'Alex leur a appris quand ils étaient petits. "Au basket, le travail d'équipe bien timé, c'est la clé de la réussite !" disait-elle alors. Et Kagami et Himuro ont eu de multiples occasions de vérifier cet adage.
Impuissant, Aomine ne peut qu'admirer l'ouverture du score lui filer entre les doigts. À les voir faire, on pourrait croire que c'est une action facile. Mais il est bien placé pour savoir qu'il ne suffit pas que d'une passe bien exécutée. Ces deux-là n'ont pas joué ensemble depuis un bail et ils sont capables de ça ? Il grogne en récupérant le ballon, perdu entre admiration et... agacement. Il vient pourtant de dire à Satsuki que ce n'était qu'un jeu, toutefois il prend ce panier comme une déclaration de guerre. Il capte le regard déterminé de Tetsu. Il est sûr que son ami a fait le même constat. Cette paire-là s'avère plus redoutable que prévu.
Il fait craquer sa nuque en retrouvant sa place au centre du terrain face à Himuro. Sans le lâcher du regard, gardant Kagami et Alex dans sa vision périphérique il se lance dans un dribble désordonné pour tout œil non aguerri.
Ce changement d'ambiance n'échappe pas à l'attention de Kagami, qui sent un frisson d'adrénaline le parcourir. Il lance un coup d'œil entendu à Tatsuya, puis adresse un sourire rassurant à Momoi, pouce en l'air, comme pour lui dire : "T'inquiète, ça va le faire".
Ils se replacent sur le terrain tandis qu'Alex récupère le ballon et s'élance. Kagami décide de lui rendre la monnaie de se pièce et se place sur sa trajectoire, l'encerclant de toute son envergure pour la gêner. Elle parvient à reculer comme s'il lui était tout aussi naturel de se déplacer en avant ou en arrière, et passe à Kuroko qui, une fois de plus, a su se faire oublier. Mais Kagami n'est guère surpris que l'œil expérimenté d'Alex ne se soit pas laissé berner. Ce qui le surprend en revanche, bien qu'il ait déjà assisté à ce phénomène, c'est la passe que Kuroko enchaîne aussitôt, projetant le ballon avec la force et la vitesse d'un boulet de canon à travers le terrain, et qu'Aomine réceptionne avec aisance, comme s'il s'agissait d'un ballon de baudruche.
Un sourire effleure ses lèvres lorsque ses doigts rencontrent la peau rugueuse. Sur sa lancée, il ne ralentit pas lorsque l'Américain lui barre la route. Au contraire, il accélère et ne l'esquive qu'au tout dernier moment, l'effleurant dans son cross-over. Trop de monde l'attend dans la raquette, et il a faim de point. Sentant Himuro sur ses talons il fonce presque à la limite du terrain, pivote, saute et tir en même temps. Il retient son souffle tandis que la balle entame la courbe descendante de sa trajectoire impossible. Puis il inspire calmement au doux son du filet qui ploie et de l'arceau qui vibre. Satisfait il repart au centre à petites foulées, cognant le poing de Kuroko au passage.
Même si son équipe vient d’essuyer une égalisation, elle ne peut s'empêcher de sourire, des étoile dans les yeux. Celui-là alors... s'il commence à frimer. Galvanisée par l'ambiance et l'intensité du match Satsuki se replace avec une détermination nouvelle.
Himuro a observé la passe avec la même surprise que Kagami, et s'étonne encore davantage en voyant la méthode de tir peu orthodoxe d'Aomine. D'habitude, les joueurs qui font ce genre de choses ne font que tenter des trucs, il n'y a aucune maîtrise particulière, c'est le genre de tir qu'on prend dans une situation désespérée. Mais Aomine a agi avec naturel et assurance, comme s'il n'avait jamais douté que ça rentrerait. Maintenant, Himuro comprend mieux ce qui a suscité l'intérêt de Taiga... Lui qui aime rencontrer de nouveaux challenges, des joueurs qui sortent de l'ordinaire, il a dû être servi avec Aomine.
Le jeu reprend, Kagami et lui font en sorte que Momoi ne se sente pas oubliée parmi tous ces joueurs plus expérimentés, et il se dit que cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas autant amusé sur un terrain.
Maintenant qu'il a donné le tempo et montré de quoi il était fait, Aomine se sent mieux. Une nouvelle fois, le brun se retrouve face à lui. Le temps de l'analyse semble terminé, puisqu'il tente de s'immiscer dans son jeu de jambe, suivant ses mouvements. Un fin observateur, comme Kagami. Il suppose qu'ils doivent ce talent à leur senseï... Himuro arrive à lire une de ses feintes et parvient presque à se saisir de son bien. La rage de vaincre dans le regard acier de son adversaire lui confirme qu'il n'a plus à prouver quoi que ce soit. Dans une nouvelle fausse tentative de percée, il laisse la balle lui échapper des mains dans un rebond vers l'arrière, où il sait que son ombre se tient prête. Il fait immédiatement écran pour empêcher Himuro de rejoindre le panier et laisser à Alex plus de place pour marquer maintenant qu'elle a réceptionné une autre passe furtive.
Alex trouve cette équipe vraiment étonnante, et ça lui plaît. Elle s'amuse beaucoup à tenter de trouver une méthode pas trop douloureuse pour réceptionner les boulets de canon de Kuroko, à regarder Aomine se mesurer à Tatsuya, et elle est fière de son protégé qui n'hésite pas et conserve toute son assurance face à ce nouveau joueur déconcertant. Et elle se fait plaisir en fonçant vers le panier et en bondissant pour un dunk puissant à la Taiga. C'est vrai que c'est toujours satisfaisant de s'arracher à la gravité puis sentir le panier vibrer sous son poids, lui procurant une sensation de puissance qui lui rappelle ses meilleures années en tant que joueuse pro.
Daïki admire le dunk, impressionné et étonné de réaliser l'opportunité qu'il a de jouer avec une basketteuse de ce niveau. Mais il ne se laisse pas éblouir trop longtemps, gardant sa concentration. Il observe Satsuki qui bouge de mieux en mieux, prenant de l'assurance au cours de la partie. Il est heureux de la voir lâcher prise et s'amuser. Quelque part... elle lui fait penser à Kagami. Ils sont tous deux des bosseurs acharnés, avec le sens du détail et une certaine tendance à garder le contrôle en toutes circonstances. Il se demande vaguement si ce sont ses points communs avec sa sœur de cœur qui l'ont mis en confiance si vite avec lui alors qu'il n'était encore qu'un inconnu. Ce sentiment de familiarité qui s'est installé sans prévenir, comme une évidence. Peut-être qu'il y a un peu de ça... conclut-il en s'amusant de la moue déterminée de Satsuki qui tente d'échapper à son emprise défensive.
Kagami vole à la rescousse de la jeune femme et parvient à récupérer le ballon sans qu'Aomine s'en mêle. Il s'écarte et veut avancer, mais il se retrouve au centre d'une conspiration impliquant Alex et Aomine, qui semblent tout à fait déterminés à l'empêcher de bouger. Mais il ne va pas se laisser impressionner aussi facilement... Il dribble d'une main à l'autre, fait un peu de forcing pour pousser son adversaire en arrière, et finit par se faufiler sous la garde d'Alex, envoyant une passe basse à Himuro.
Celui-ci la récupère juste sous le nez de Kuroko qui attendait en embuscade, et ainsi il se retrouve soudain avec une superbe fenêtre de tir. Il en profite pour prendre juste un instant pour préparer son tir et faire les choses dans les règles de l'art. Il fixe intensément le panier, fléchit les genoux, bondit et, le ballon posé dans le creux de sa main gauche, il lui donne l'impulsion de la main droite, avec juste ce qu'il faut de force. Le lancer est d'une précision chirurgicale. Le geste, fluide, parfait. La balle s'élève élégamment dans les airs, et traverse l'arceau sans un bruit, sans le toucher.
Kagami le regarde faire avec un grand sourire. Voilà longtemps qu'il n'avait pas assisté à une démonstration technique dans ce genre. Du Tatsuya tout craché. Quand il y pense, le style de son frère de cœur est radicalement opposé à celui d'Aomine, un peu comme l'ordre et le chaos. Amusé par cette pensée, il constate d'ailleurs que la technicité du geste n'a pas échappé au jeune flic, qui semble plutôt impressionné.
Tous d'un même mouvement, ils ont suivi du regard la trajectoire de la balle, Aomine déjà certain qu'elle rentrerait, dès que le shooteur l'a lâché. Kuroko n'a pas le temps de s'en vouloir d'avoir manqué son interception, trop occupé à s'émerveiller du tir parfait qui semble avoir retenu tous les souffles.
Fascinée, Satsuki regarde tour à tour le panier et Himuro. Elle n'a même pas vu le filet bouger, pourtant la balle roule maintenant au pied du panier, seule preuve que ce n'était pas un mirage. La seule personne qu'elle a vu effectuer un shoot de cette qualité c'est Midorima. Et encore... La carrure moins dégingandée et plus harmonieuse de Himuro confère à son style une grâce et une élégance qu'elle n'a eu l'occasion d'admirer chez aucun autre joueur. La perfectionniste en elle se délecte du spectacle, repassant déjà la scène en boucle dans son esprit. Son cœur rate même un battement quand le jeune homme atterrit en souplesse, le poignet toujours cassé dans un angle subtil, le sourire du travail accompli illuminant son visage. Un frisson dévale son échine. Ce tir était une master classe absolue.
Non, Aomine n'a rien manqué non plus. Et évidemment, il est impressionné, quoi que pas vraiment choqué de découvrir un tel talent. Himuro est plus dans la finesse, il n'a pas la puissance de Kagami, ni la présence d'Alex sur le terrain mais il est impressionnant à sa façon. Pourtant, ce n'est pas la beauté du geste qui retient toute son attention... Dans son saut, quelque chose qu'il n'avait pas remarqué avant le percute. La chaîne de Himuro est sortie de son t-shirt, un pendentif qu'il reconnait immédiatement se balançant placidement au bout. Ce bijou, il n'a pas le souvenir d'avoir vu Kagami sans depuis qu'il le connait. Incrédule il se tourne vers lui pour vérifier. Le même...
Ce tir parfait semble amener tout naturellement une petite pause pour les joueurs en nage. Chacun se dirige vers sa bouteille d'eau pour la descendre goulûment. Kagami s'essuie le visage dans une serviette et jette un coup d'œil autour de lui, content de voir que tout le monde semble à l'aise sur le terrain et les uns avec les autres. C'était important pour lui que cette rencontre se passe bien... Pourtant, il connaît à peine Kuroko, il a rencontré Momoi tout récemment, et Aomine, ça ne fait pas bien longtemps non plus... Alors il n'est pas sûr de savoir pourquoi il y accorde une telle importance, mais c'est ainsi, et il est soulagé que tout se déroule bien.
Himuro vient taper dans son poing, affichant le même air heureux qu'on peut probablement lire sur son visage :
« On dirait bien qu'on n'a pas perdu la main, lil'bro.
— Carrément ! On n'allait pas oublier des années de pratique aussi vite, de toute façon.
— C'est sûr. Mais bon, y a intérêt, avec ce qu'il y en face... Déjà Alex c'est une plaie, mais avec Aomine et Kuroko en plus... Il est étrange celui-là d'ailleurs... Et particulièrement dangereux. »
Kagami rigole en voyant les sourcils de Tatsuya se froncer, reflétant la perplexité qu'il a lui aussi éprouvée la première fois qu'il a joué contre lui.
« Ouais, je suis d'accord. Il a tendance à se faire oublier. Il a essayé de m'expliquer la technique mais je t'avouerais que j'ai pas pigé grand-chose. Une histoire d'ombre et de lumière ou un truc comme ça...
— Hm... Intéressant », approuve Tatsuya, pensif.
Juste à côté, Satsuki entend la conversation des deux amis et apporte quelques précisions.
« En fait, si j'ai proposé de les mettre dans la même équipe ce n'est pas seulement parce qu'ils se connaissent bien. Tetsu-kun a besoin de Daï-chan pour développer tout son potentiel. »
Un peu plus loin, Aomine écoute aussi, pensif. La nuit s'installe autour d'eux et les réverbères s'allument un par un, donnant une atmosphère plus intimiste au terrain, bien qu'il soit en extérieur, à la vue de tous.
« Et pourquoi lui plutôt que quelqu'un d'autre ? » demande Tatsuya, incrédule.
Elle s'amuse de son intérêt piqué au vif et s'apprête à répondre quand Kuroko s'en charge.
« En fait, je pense que ça pourrait aussi marcher avec Kagami-kun...
— Oui je pense aussi, affirme la rose en le scrutant de bas en haut.
— Hein ? Qu'est-ce qui pourrait marcher ? » s'alarme Kagami, qui se sent tout à coup observé et sur le point d'être de nouveau embarqué dans une conversation incompréhensible.
Cette fois Aomine ne peut se retenir. Il ricane, un brin moqueur puis décide d'abréger les souffrances de Kagami. En retournant sur le terrain, il leur lance par-dessus son épaule d'un ton las :
« Tu pourrais l'effacer, parce qu'on ne voit que toi ... »
L'esprit un peu ailleurs, il préfère la compagnie de l'arceau qu'il ébranle dans un dunk.
Cette déclaration laisse Kagami bouche-bée et son cerveau se bloque en mode freeze général. Il voudrait bien demander "comment ça ?", mais Aomine est déjà loin, et les autres échangent des regards entendus. Il finit par lâcher un grognement confus et contrarié et décide de lâcher l'affaire une fois de plus.
Quelques instants plus tard, ils reprennent le match, les échanges se faisant d'autant plus vifs et rapides que la phase d'analyse est terminée et que chacun est plus à l'aise à son poste et avec ses coéquipiers. Kagami passe la vitesse supérieure et met son endurance à profit pour jouer de façon polyvalente, se rendant utile partout où on a besoin de lui sur le terrain.
Aomine n'est pas dedans. Il vient d'ailleurs de louper une passe de Kuroko, laissant l'opportunité à Satsuki de marquer un joli panier. Il esquisse un sourire en la voyant taper dans les mains de ses coéquipiers mais il n'arrive pas vraiment à se réjouir. Cette histoire d'anneau le perturbe plus qu'il ne veut bien l'admettre, préférant mettre son état sur le compte de la fatigue. En fait, il n'avait pas réalisé à quel point Kagami pouvait être proche de Himuro. Ce n'est pas qu'un ami d'enfance profitant d'avoir un vieux pote vivant à l'étranger pour passer des vacances à moindre coût. Connaissant son orientation, il en vient même à se demander s'ils ont eu une histoire. Si Kagami ne ressent pas plus pour son ami qu'il n'a bien voulu lui dire. Ou même si la venue d'Himuro ne va pas changer les choses entre eux, faire évoluer leur relation. Il sait que ça ne le regarde absolument pas mais à cette pensée, son estomac fait des nœuds. En fait, contrairement à ce qu'il aime croire, il réalise combien de chose il ignore encore sur Kagami. Et c'est d'autant plus déstabilisant quand lui s'est ouvert à lui d'une façon qu'il n'aurait jamais crue possible. Il se sent vulnérable. Comme si Kagami en savait plus que lui et il constate que ce déséquilibre lui déplait. S'il s'était rendu compte plus tôt de ce que Tatsuya représente pour lui, il n'aurait peut-être pas accepté de venir, ne se serait pas montré si familier avec lui. En les voyant si complices, il se sent simplement de trop.
Kagami constate qu'Aomine ne semble pas vraiment dans son assiette et se demande ce qui a pu le contrarier... Il semblait aller tout à fait bien en arrivant. Il regrette de ne pas pouvoir lui demander directement, il n'aime pas voir cette expression soucieuse sur son visage.
Momoi commence à sérieusement fatiguer et Kuroko parait avoir un peu de mal à suivre aussi, sans parler de Tatsuya qui a perdu sa précision de début de match, et dont les cernes semblent s'être encore creusées depuis tout à l'heure. Ils décident donc d'arrêter là. Alex félicite tout le monde, distribuant des tapes amicales et ébouriffant les cheveux, profitant du privilège de l'âge pour exercer ces familiarités, sous le regard blasé de ses deux élèves.
C'est frustré que Daïki quitte le terrain. Malgré son humeur maussade il félicite aussi Satsuki et Kuroko qui affichent un sourire radieux. S'il met de côté ses interrogations, il a passé un super moment dans une ambiance bon enfant avec des joueurs de talent, vivant la même passion. Cette idée a le mérite de lui mettre un peu de baume au cœur.
Satsuki jette des regards en biais à son frère. Elle le sent loin et ça l'inquiète. Pourtant, il avait l'air si heureux.... Elle échange un regard inquisiteur avec Tetsu qui hausse les épaules à sa question silencieuse, pas plus avancé qu'elle.
« Bon, moi je rentre, annonce Tatsuya. J'ai besoin d'une bonne nuit de sommeil... » Il se tourne vers Kuroko, Momoi et Aomine et sourit doucement. « C'était un plaisir de vous rencontrer... J'espère qu'on pourra remettre ça. »
Ils acquiescent de concert et le saluent à leur tour.
« Je pense que je vais y aller aussi. J'ai cours demain et il se fait déjà tard. Tu me raccompagnes Tetsu-kun ?
— Si tu veux, lui sourit Kuroko. Je la ramène à bon port Aomine-kun, bonne soirée. Kagami-kun, Alex à bientôt j'espère. »
Aomine enlace Satsuki et remercie Tetsu sans trop savoir quoi faire de lui-même. Devrait-il rentrer aussi ? Il n'en a pas très envie.
Alex s'éclipse aussi en partant avec Tatsuya, et comme ça d'un coup, Kagami et Aomine se retrouvent seuls sur le terrain. Le rouge frissonne un peu dans la nuit et enfile un sweat, puis il rassemble ses affaires qu'il fourre dans son sac. Ensuite, hésitant, il jette un coup d'œil à Aomine.
« Hey... Ça va ? T'as l'air, je sais pas... Un peu ailleurs depuis tout à l'heure. »
Aomine sursaute presque. La voix de Kagami le ramène sur le terrain. Il se masse la nuque, mal à l'aise d'avoir été percé à jour.
« J'ai été si mauvais que ça ? » demande-t-il en essayant un sourire.
La question fait rire Kagami, qui remarque :
« Pour que tu sois mauvais faudrait que tu tentes un basket par 40 de fièvre, et encore... »
Le brun ricane à l'idée. Un peu soulagé de ne pas s'être totalement ridiculisé non plus. Il aurait eu l'air de quoi après s'être venté d'être imbattable ? Il a une réputation à tenir.
« Si je te dis que j'ai déjà essayé... tu me crois ? » s'amuse-t-il à ce souvenir. Sa mère avait presque dû le ligoter le temps qu'il se soigne.
Kagami le contemple, son cœur se pinçant de tendresse. Il sourit et hoche la tête.
« Yeah... Je te crois. Ça te ressemble bien. » Il jette un coup d'œil à son portable. Il ne sait toujours pas ce qui a causé l'assombrissement de l'humeur d'Aomine, et il n'a pas spécialement envie de terminer la soirée ici. Alors, après une hésitation, il propose : « Tu veux boire un verre chez moi ? »
La légèreté du moment retombe aussitôt. Daïki hésite. Est ce qu'il devrait accepter ? Est ce qu'il a le droit ? Son premier réflexe aurait été d'approuver sans se poser de question. Peut-être que son malaise vient de là finalement... il se pose trop de questions. Tandis qu'il hoche timidement la tête de consentement, il se raccroche à la sensation de naturel qu'il a toujours eu avec son ami. Après tout Kagami n'aurait pas proposé s'il y voyait un inconvénient.
Soulagé par ce hochement de tête, quoiqu'un peu timide, Kagami pose une main entre les omoplates d'Aomine et le pousse doucement vers la sortie en souriant.
Chapter Text
Il ne leur faut que quelques minutes pour rallier son immeuble. Ça fait du bien de retrouver la chaleur de son foyer, sa tranquillité, et le calme après cette session de basket riche en émotions. Kagami allume ses petites lampes d'appoint pour apporter un éclairage tamisé, et va piocher deux bières dans le frigo. Il en tend une à Aomine tandis que celui-ci s'installe dans le canapé, puis il met un peu de musique.
« Je crois qu'Alex s'est amusée comme une petite folle aujourd'hui... constate-t-il en s'asseyant. Moi aussi, j'avoue... Et j'pense que ça a plu à Tatsuya aussi. »
Aomine accepte la boisson avec appréciation. Il en bois quelques gorgées bienfaitrices et se détend doucement dans l'ambiance chaleureuse de l'appartement de Kagami.
« Tout le monde s'est bien amusé. Satsu et Tetsu aussi n'ont pas arrêté de sourire. C'était vraiment cool, j'aurais été déçu de rater ça.
— Ouais... Et c'était sympa de jouer avec Momoi. Et puis c'est clair que ça m'a rappelé des souvenirs... »
Il se renfonce dans le fond du canapé et renverse la tête en arrière, contemplant le plafond avec un léger sourire aux lèvres.
« Ça devait faire pas loin de deux ans que j'avais pas eu l'occasion de jouer avec Alex et Tatsuya en même temps. »
Le bonheur de Kagami n'échappe pas à Aomine. Son sourire est contagieux. Il le comprend plus qu'il ne saurait le dire. Rejouer avec Kuroko, et voir la complicité des trois Américains sur le terrain l'ont aussi ramené quelques années en arrière.
« Je suis content pour toi. Je vous ai jamais vus jouer ensemble avant, mais je pense pas me tromper en disant que vous n'avez rien perdu, affirme-t-il, sincère. D'ailleurs, où est ce qu'il crèche ? J'aurais cru le trouver chez toi après tout ce temps éloignés.
— Alex et Izumi ont une chambre en plus. D'habitude c'est moi qui squatte là-bas, mais du coup... C'est plus simple comme ça. J'ai pas exactement un appartement immense, on se serait marché dessus.
— Ouais je vois... En tout cas, il a un sacré style. Je comprends mieux ce qui t'a donné envie de jouer.
— Yeah... Il est vraiment bon. Mais y a un peu plus que ça... »
Kagami sourit et jette un coup d'œil à Aomine, avant de redresser la tête pour boire quelques gorgées de bière.
« Quand ma famille s'est installée aux USA... Disons que j'ai eu du mal à m'intégrer. J'étais du genre... timide et renfermé. Je savais pas comment aller vers les autres. Tatsuya et moi on était dans la même école, et je sais pas trop pourquoi, peut-être parce qu'on était japonais tous les deux, il m'a pris sous son aile. Je lui ai demandé comment il faisait pour avoir des amis... Il m'a simplement répondu qu'il s'en était fait au sport. Et c'est comme ça que j'ai commencé le basket... Et que je me suis fait un ami ! »
Il rit un peu, les yeux voilés par ses souvenirs, et reprend une gorgée de bière.
Aomine ne s'attendait pas à cette confession. C'est vrai que l'autre fois sur son terrain, il avait remarqué que Kagami était en retrait, moins confiant. Donc ça ne l'étonne pas trop d'apprendre qu'il était timide. D'autant plus dans un pays étranger. La présence de Tatsuya doit lui rappeler un tas de choses et Aomine doit dire qu'il est curieux d'en savoir plus. Surtout si Kagami est d'humeur à les partager, lui qui semble si réservé.
« C'est vrai que c'est un bon moyen de briser la glace. Il a eu une bonne idée de t'initier si tu veux mon avis, déclare-t-il avec un sourire amusé. Tu t'en es fait d'autres j'imagine, ça joue beaucoup là-bas non ? Enfin plus qu'au Japon j'veux dire...
— Ouais... C'est clairement plus ancré dans la culture. Là-bas, des tas de gamins rêvent de devenir basketteur pro. On s'invitait les uns chez les autres pour regarder les matchs à la télé... Alors ouais, avec le temps, je me suis fait des potes... Mais à part Tatsuya, j'ai gardé contact avec personne là-bas. Faut dire que le déménagement au lycée a pas aidé.
— Ouais c'est pas la meilleur période, c'est dommage... Ça n'a pas dû être simple de tout recommencer après avoir réussi à t'intégrer. Sans Himuro en plus. »
Cette histoire ne fait que lui confirmer ce qu'il a cru comprendre. Himuro est vraiment très important pour Kagami. Il est le seul ami qu'il a gardé de son passé. Il est certainement son point de repère. Comme Satsuki l'est pour lui. Ce genre de relation, c'est précieux. Avoir quelqu'un qui vous a vu grandir, qui était là à chaque étape, qui vous connait assez bien pour vous ramener sur le droit chemin quand vous êtes perdu... Aomine ressent une certaine gratitude. Il est heureux que le jeune Taïga ait croisé la route de Tatsuya. Et au fond de lui, une petite voix lui murmure qu'il aurait aimé rencontrer Kagami plus tôt. Bien plus tôt... Il la fait taire un reprenant un peu de bière, essayant d'imaginer les deux garçons enfants.
« Ouais, je te cache pas que les premières années de retour au Japon ont été compliquées. »
Il fronce les sourcils, se remémorant cette époque où il se sentait seul au monde. Il savait déjà se débrouiller seul, il était très autonome pour un ado. Mais le manque de liens, d'affection dans son entourage a ramené au galop son caractère renfermé. Il avait ses propres rêves et ambitions et s'y accrochait avec la même détermination qu'il a toujours eue, mais pour protéger cette énergie, préserver ses rêves, il est redevenu en un sens le gamin fuyant qu'il était avant de rencontrer Tatsuya.
« C'est devenu plus facile quand Alex est venue s'installer ici », avoue-t-il. Il esquisse un sourire et ajoute : « Elle m'a appris beaucoup de choses. Bien au-delà du basket. »
Et ce n'est pas comme si les figures de guide et d'autorité s'étaient bousculées au portillon. Il ne savait rien et n'en avait même pas conscience, et devait gérer tout seul. Maintenant, ça lui apparaît avec davantage d'évidence : il lui doit énormément.
En entendant ça, Aomine a un pincement au cœur. La petite voix murmurant plus fort dans ses tripes. Mais en y réfléchissant, s'il avait croisé la route de Kagami à cette période, il n'aurait pas été en mesure de lui apporter un grand réconfort. Lui-même était brisé. En un sens ils avaient tous deux été très seuls... Même si lui était bien entouré, il avait été incapable de le voir, ou plutôt de l'accepter pendant longtemps. Il le regrette toujours aujourd'hui, encore plus en réalisant que Kagami n'a pas eu cette chance.
Il se rend compte que son humeur maussade et nostalgique s'accroche à lui. Même s'il apprécie ce moment de partage. Il a l'impression d'être plus triste que son ami à l'évocation de ces souvenirs, ce qui n'a aucun sens. Perdu dans ses réflexions, Aomine de répond pas tout de suite. Il se doute facilement de la place qu'a pris Alex. Un parent de substitution. Du peut qu'il en a vu, il estime que c'est réciproque. Il fronce un peu les sourcils à ce constat, réalisant que sur ce point ils sont à l'opposé l'un de l'autre. Quand Kagami a laissé toute la place à Alex, lui a repoussé farouchement la figure paternelle qui s'impose à son esprit.
À cette pensée, soudain une réflexion le frappe. Trop focalisé sur sa peur d'aborder le sujet, il ne s'était jamais posé la question. Mais maintenant qu'il n'a plus à l'esquiver, elle lui apparaît comme une évidence, et elle lui brûle tant les lèvres qu'il la pose sans réfléchir.
« Et ton père dans tout ça ? »
Kagami s'attendait à la question, et pourtant elle lui fait ressentir comme une lame froide se fichant dans son estomac. C'est drôle quand il y pense... Même s'ils ne sont pas de la même nature, loin de là, Aomine et lui ont tous les deux des problèmes avec la figure paternelle.
Il contemple sa bière qu'il fait tourner dans ses mains, et en boit soudain le fond avant de retourner en chercher. Il en pose une aussi devant Aomine, et entame la sienne avant de répondre à la question du brun.
« Disons que mon père est de la vieille école », dit-il finalement d'un ton dont il ne parvient pas à masquer le mépris. « Du genre qui voit des rôles répartis au sein d'une famille. Lui, il était le père, donc son rôle était de subvenir aux besoins de la famille, pas de rester à la maison. Alors quand ma mère est morte... J'imagine qu'il a pas trop su quoi faire d'un enfant à charge. Évidemment, si je veux être juste... » Mais sa voix étranglée laisse entendre qu'il n'a pas vraiment envie de l'être. Il reprend : «... Je suppose qu'il avait aussi sa propre à peine à gérer. En tout cas, on est vite devenus des étrangers... Et on l'est toujours aujourd'hui. »
Le silence de Kagami l'a tout de suite fait regretter sa question. Lui mieux que personne aurait dû se douter que s'il ne l'avait jamais évoqué avant, ça devait être un sujet sensible. Et il constate avec désarroi à quel point c’est vrai. Son ami a la mâchoire contractée quand il parle. Il peut sentir sa colère émaner de lui aussi nettement que si elle lui était destinée.
Aomine est un peu pris au dépourvu, mais il est hors de question pour lui de se dérober ou de changer de sujet. Pas après le soutien que Kagami lui a apporté quand il s'est confié. Il termine sa bière et s'approche inconsciemment de Kagami, cherchant à capter son regard fuyant.
« Merde... je suis désolé. T'as pas à lui chercher d'excuses. Je ne crois pas que ce soit ton rôle. C'était le sien d'être là pour toi. T'étais qu'un gosse Kagami... » Il soupire et se passe une main dans les cheveux, incertain. « Il... il n'a jamais tenté de renouer le contact ? »
Kagami jette un coup d'œil à son ami, le cœur battant. C'est difficile d'évoquer ça, mais ça devait arriver tôt ou tard. Il s'y est plus moins inconsciemment préparé, peut-être aussi quand Aomine a parlé de ses propres relations familiales. Il se détend légèrement et répond :
« À sa façon, si, j'imagine. Honnêtement... j'évite de lui parler, maintenant. Chaque fois, c'est juste bizarre, maladroit, aucun de nous deux n'a envie de continuer la conversation. Alors... ça sert à rien. C'est peut-être pas plus mal. On a chacun nos vies. »
Ce n'est pas entièrement vrai et Tatsuya l'a souligné encore récemment. Il n'y a pas vraiment de statu quo puisqu'il a toujours cette colère en lui. Et qui peut savoir ce que son père éprouve de son côté ? Mais voilà, lui, il n'a pas particulièrement envie de le découvrir.
Aomine imagine très bien. La fracture n'est pas si profonde entre lui et sa mère mais il y trouve des similitudes. Les non-dits et les blessures que chacun essaye de soigner de son côté... Il ne connait pas toute l'histoire, mais ce dont il est certain, c'est que plus le temps passe plus c'est difficile de changer les choses. Chaque partie se confortant dans ses idées, alimentées par les actions ou en l'occurrence, inactions de l'autre.
« Loin de moi l'idée de le défendre mais... Tu t'es jamais dit que c'était difficile pour lui de te parler par culpabilité ? Et pas par manque d'envie ? En plus... t'es super indépendant. Tu as bien été obligé mais je sais pas, j'imagine que ça a quelque chose d'intimidant de revenir dans la vie de quelqu'un qui a fait sans vous et qui s'en est admirablement sortit. »
Kagami lâche un rire bref.
« Ouais je sens son admiration d'ici. Un fils gay qui gagne sa vie en jouant aux jeux vidéos. Il doit être super fier. »
Il soupire et secoue la tête, se passant une main dans les cheveux. Lui-même n'aime pas s'entendre parler comme ça... Il n'est pas comme ça, d'habitude. Sauf avec son père.
« Sorry... souffle-t-il finalement. J'ai du mal à garder mon calme quand je parle de ça. Et au fond je comprends ce que tu dis, enfin en tout cas, je dis pas que c'est impossible, mais... Son éventuelle culpabilité, c'est pas mon problème. De toute façon, c'est pas comme si j'pouvais lui dire que c'était pas grave et que je lui en voulais pas, donc bon... »
Kagami en colère... Très égoïstement, Aomine se réjouit de découvrir cette nouvelle expression. Un masque tombe. Kagami cachait bel et bien quelque chose de bouillonnant. Depuis le début il l'a senti, sans être parvenu à mettre le doigt dessus. Ça a toujours été une impression fugace, un reflet ... Peut-être un écho de la sienne. Persuadé de ça, en cet instant il se sent connecté à lui à un niveau dont il n'avait pas encore conscience. Sachant que c'était là, sans être capable d'en déterminer la nature. Il le comprend, ni plus ni moins.
« T'excuse pas. Pas avec moi... » Il lui sourit et lui presse amicalement l'épaule en poursuivant. « Écoute... ce qu'il pense c'est peut-être pas ton problème mais ce que tu ressens par contre, si. T'as tous les droits de lui en vouloir, et si tu veux mon avis tu devrais arrêter de l'en protéger. Il est assez grand pour encaisser. Je dis pas que ça changera quoi que ce soit, et peut être que comme tu le penses, il s'en tape, mais ça pourrait au moins te faire du bien. Ça te dirait pas d'être un peu égoïste pour une fois ? Et donner un grand coup de hache dans tout ça ? » Il inspire profondément pour reprendre un peu contenance et confesse : « Tu sais, moi aussi je suis en colère, mais je peux juste la digérer tout seul. Toi tu peux lui dire, t'en débarrasser si tu veux... Ma psy de l'époque m'avait conseillé de lui écrire. Si c'est trop dur de vive voix... Si tu savais le nombre de lettre qu'il n'a jamais reçu. »
Kagami considère ses paroles tout en buvant sa bière, les sourcils froncés. Mais Aomine n'a pas tout à fait raison... Visiblement, il a une trop haute opinion de lui. Ça le fait sourire légèrement tandis qu'il le détrompe :
« Je crois pas que ce soit lui que j'essaie de protéger. C'est moi. Je garde cette colère pour des raisons égoïstes. J'ai pas envie de revenir vers lui. J'ai pas envie de savoir ses raisons. Pas envie de savoir ce qu'il ressent. Même pas envie de lui laisser voir cette colère, justement. Je mentirais si je disais que je m'étais jamais imaginé la conversation qu'on aurait pu avoir. Mais ça se finit toujours de la même façon. Lui dire que je lui en veux, ça change rien. Ce qui est fait est fait. »
Il écoute et se penche pour récupère sa bière, sans lâcher l'épaule de son ami. Kagami a beau dire qu'il ne protège pas son père, il garde son avis. Mais il saisit son point de vue.
« Mouais, t'as pas envie de perdre de l'énergie pour être encore plus déçu... C'est compréhensible. N'empêche que si ça te met dans cet état, c'est que t'es pas tout à fait ok avec la situation non plus. Personne te demande de renouer le contact ou d'arranger les choses si t'en n’as pas envie. Tout ce que j'en dis, c'est que ça pourrait t'aider à faire la paix et à mettre ça derrière toi pour de bon. »
Kagami soupire et lève les yeux au ciel avec un léger sourire.
« Je croirais entendre Tatsuya... Si y en a deux qui s'y mettent maintenant... Alors je vais te dire ce que je dis toujours à Tatsuya : 'ouais, ouais, j'y penserai'. Un jour. Quand j'aurai le temps. Et que ça à penser. »
Aomine fronce les sourcils. Il rirait bien aussi mais en vérité ça le contrarie. Il a le sentiment que Kagami minimise la situation. Il en a fait sa normalité et s'en accommode. C'était sûrement salvateur, nécessaire en vérité, mais il n'est pas certain que ce soit une solution durable de tout enfouir et de remettre à plus tard. Il observe Kagami à la dérobé en buvant à nouveaux, pensif. Malgré qu'il ait dû se débrouiller seul et grandir plus vite que ses camarades, son ami lui donne soudain l'impression d'être toujours un enfant de dix ans qui boude son père et refuse de lui parler. Cette idée le fait finalement ricaner aussi.
« Et tu lui dis ça depuis combien de temps ?
— Hm... Je sais pas, six, sept ans ? Ça en dit long sur mon obstination... et la sienne ! »
Kagami hausse les épaules comme pour se débarrasser du sujet. Il ne voit pas cette situation changer de sitôt... Et c'est vrai qu'il a d'autres choses auxquelles penser. Beaucoup d'autres choses.
« Ouais j'ai cru remarquer que tu étais du genre obsessionnel... » S'amuse Aomine en déplaçant la plante trônant sur la table basse du bout du pied, juste pour voir.
Kagami claque de la langue en le voyant faire et remet la plante à sa place, au milieu. Sinon, ça casse l'harmonie.
« Je suis pas si obsessionnel que ça », dit-il sans véritable conviction.
Le brun éclate de rire à ce mensonge et pousse la taquinerie.
« Hum hum... dis, tu l'as récuré combien de fois ton évier cette semaine exactement ?
— Je le récure tous les jours évidemment ! s'offusque Kagami. Enfin... des fois deux fois par jour... » Il secoue la tête, agacé par sa propre maniaquerie. « Nan mais des fois je le fais pas. Je te jure ça m'arrive d'avoir la flemme. »
Mais bien sûr ! Aomine manque de recracher sa bière devant les justifications bancales de Kagami. Il rit à nouveau et se lève, joueur. Il s'approche des étagères près de l'ordinateur de son ami et avise les livres bien rangés, classés, alignés.
« Donc, si je fais ça c'est pas trop grave alors ? » demande-t-il en intervertissant deux bouquins, replaçant même le second à l'envers, un sourire narquois collé au visage.
« Mais arrête ! » proteste Kagami en se levant. Il se dépêche de rectifier la pagaille que sème le brun. « J'ai juste ma façon de m'organiser, marmonne-t-il. Bon, oui, OK, je suis peut-être obsessionnel et maniaque, voilà, t'es content ? Pff... »
Daïki ne bouge pas et le regarde tout remettre en place. Il lui offre le sourire du chat de Cheshire, satisfait.
« Très... » admet-il dans un souffle.
Puis il retourne à son observation, mains dans les poches cette fois pour détendre Kagami qui le surveille, suspicieux. Ces tocs l'amusent beaucoup mais il ne voudrait pas le vexer non plus.
Kagami croise les bras sur sa poitrine, et finalement se détend un peu. Au moins, Aomine a perdu son air soucieux qu'il avait pendant le match. Puis, il regarde de nouveau son étagère et une pensée étrange lui traverse l'esprit.
« Mon déo... C'était toi ! » s'exclame-t-il en fixant son vis-à-vis d'un air accusateur.
Grillé... Aomine ricane à se souvenir, toujours fier de sa connerie et se retourne pour affronter le courroux du tigre.
« Oui et... Tu vas faire quoi, me filer une amende pour bordélisme ? propose le flic dans une moue qu'il veut angélique.
— Dommage que ce soit pas un délit », grogne Kagami. Le rouge le regarde encore un moment comme s'il se demandait ce qu'il allait faire de lui, puis lâche finalement : « Bon, ça passe pour cette fois. »
Il retourne s'assoir dans le canapé, plus détendu maintenant grâce à cette diversion, quoiqu'il ne l'avouera pas. Et puis, il est content que les choses soient redevenues "normales" entre Aomine et lui. C'est étrange comme ils s'entendent si bien, comme tout est facile entre eux, mais comme ils semblent sensibles à ce qui arrive à l'autre, rendant tout plus intense et à la fois délicat à gérer.
« Trop aimable, Monsieur maniaque. »
Aomine ricane encore en entendant Kagami grogner pour toute réponse. Décidément, il aime beaucoup le provoquer. Son petit jeu a au moins eu le mérite de changer les idées de son ami. Le sujet de son père est sensible et il sent bien que Kagami n'est pas prêt à ce que les choses changent. Il se contente de ce qu'il a bien voulu lui offrir et se réjouit d'avoir pu lui rendre la pareille. Une écoute. C'est peut-être tout ce dont il a besoin pour l'instant. Après tout, si Himuro se charge de lui rappeler d'appeler son père depuis des années, ce n'est pas lui qui va tout changer en quelques jours. Il n'a pas cette prétention. Mais leur discussion, bien que difficile l'a étonnement soulagé. Peut-être qu'il n'est pas aussi proche de lui que Tatsuya, mais un peu plus à présent qu'il s'est ouvert à lui sur son passé.
Ses yeux se baladent toujours sur les différents livres, jeux et CD, il en reconnait même certains. Alors qu'il s'apprête à rejoindre Kagami sur le canapé, son regard tombe sur un cadre qu'il n'avait pas remarqué avant. Il se penche un peu pour le détailler et il comprend tout de suite où les photos ont été prises et ce qu'elles représentent. Il sourit en remarquant la ressemblance évidente entre son ami et celle qu'il devine être sa mère.
« Elle était très belle, ta maman. Ça a été pris dans le restaurant dont tu m'as parlé j'me trompe ? »
Kagami tourne la tête pour regarder la photo, même s'il sait déjà de quoi il s'agit. Il n'a quasiment aucune photo chez lui, et encore moins de sa mère, en tout cas pas exposée ainsi à la vue de tous. Il acquiesce, un léger sourire aux lèvres.
« Non, tu te trompes pas. C'est le proprio qui a insisté pour me prendre en photo aussi. Il a dit que comme ça la ressemblance me sauterait aux yeux. Et il avait raison... Ça fait un peu bizarre, j'avoue. Elle avait quasiment mon âge sur cette photo. »
Il revient s'assoir et boit ce qu'il reste de sa bouteille en écoutant les explications de Kagami. L'histoire le touche, et il est sincèrement heureux pour son ami d'avoir cette photo. Il la voit comme une pièce du puzzle manquant qui vient combler un peu le trou dans le tableau de sa vie.
« Il a bien fait. C'est une bonne idée je trouve. C'est un peu comme si tu avais une photo avec elle.
— Ouais... Je crois que c'était un peu l'idée. Y a peut-être d'autres endroits où je pourrais aller... C'était le plan à la base. Reprendre mon vieil album photo et repasser par les mêmes endroits qu'elle. »
Aomine sourit. Sûrement une autre déformation professionnelle, c'est un peu une sorte d'enquête ce jeu de piste. Avec des photos pour seules indices.
« C'est génial. T'en as déjà fait un. Tu devrais t'acheter un album aussi, si tu continus tu risques de manquer de place.
— Ouais... Pas sûr que je me mette au reportage photo non plus ! » Il rigole, se passant une main dans les cheveux. « Mes grands-parents sont plus là, mais... J'pensais passer dans le village où ils habitaient, un de ces quatre. Faut juste que je m'organise un peu parce que c'est paumé en cambrousse.
— T'as le temps. Le village va pas s'envoler. Elle t'as laissé quelque chose pour te souvenir c'est déjà énorme. »
Il sait que ce n'est pas facile à entreprendre comme voyage. Et pas seulement pour une question d'emploi du temps. Il faut être prêt. Prêt à faire face au vide. Même si certains lieux, certaines dates nous rappellent à ceux qu'on a perdu, ils creusent aussi douloureusement la distance, qu'ils apaisent l'absence. Kagami l'a bien décrit quand ils en ont parlé. C'est doux amer...
Kagami relève la tête et regarde le brun. Parfois, il se demande... Est-ce que ce serait plus dur, ou plus facile, s'il était moins attentionné et gentil envers lui ? Il l'ignore, mais ce qu'il sait, c'est que son cœur a tendance à s'emballer quand il reste près de lui trop longtemps... Comme maintenant. Il éprouve des émotions contraires, et il serait même incapable de dire s'il est heureux ou triste en cet instant. Une nouvelle fois, un doute sournois s'insinue en lui. Faut-il vraiment qu'il s'accroche à cette amitié ? Il sait qu'elle est précieuse, mais à quel point ? Car même s'il essaie de se le cacher, il sent bien qu'il a déjà commencé à en souffrir.
Il finit sa bière, profitant de cette diversion pour se ressaisir. Ce n'est pas ce soir qu'il résoudra cette question, de toute façon. Peut-être qu'il demandera conseil à Tatsuya demain... Maintenant qu'il a vu Aomine, son opinion sera peut-être un peu différente.
Il repose sa bière et sourit au brun.
« Au fait, tu bosses demain ? »
Aomine réfléchit avant de répondre. Curieux de savoir si c'est simplement pour faire la discussion où lui proposer quelque chose. Ce dont il s'étonne un peu, Himuro étant là, il aurait compris que Kagami préfère lui accorder tout son temps.
« Ouais mais je remplace un collègue, je commence super tard pourquoi ?
— Si tu commences super tard, t'as le temps de traîner un peu. On pourrait se mater des films, ou jouer un truc, si ça te dit. »
Kagami sait que ce n'est pas raisonnable, il vient même de s'avouer que la présence d'Aomine ne lui faisait pas que du bien... Mais il est faible. Il n'a juste pas envie de le voir partir, et apparemment, ce sentiment est plus fort que les autres.
Un sourire étire le coin de ses lèvres. Chaque fois qu'ils sont ensemble, il a l'impression que l'un ou l'autre repousse le moment de se séparer. Ça le rassure que cette fois ce soit Kagami qui le retienne. Plus il reste avec son ami, plus les inquiétudes qui ont parasité son esprit plus tôt dans la soirée s'estompent. Alors il ne se voit pas refuser.
« Ouais ça me plairait bien. Et si t'as un petit truc à grignoter je dirais pas non, on s'est encore bien dépensé aujourd'hui.
— Hm... Je vais nous faire des sandwichs. Et du pop-corn ! »
Ragaillardi par sa nouvelle mission, Kagami se lève et passe dans sa cuisine ouverte pour confectionner leur en-cas. Il sort aussi de nouvelles bières, et travaille en chantonnant.
Le brun se calle sur le canapé de façon à pouvoir l'observer, amusé par son entrain.
« Alors, Satsu m'a dit que vous avez prévu une rencontre après demain avec toute l'équipe ? Elle est impatiente.
— Ouais, il est temps que les autres la rencontrent. Ça permettra d'acter la collaboration, mais je suis pas inquiet, je pense qu'ils vont tous la trouver super.
— J'en doute pas non plus. » Il ajoute en marmonnant pour lui-même, un brin inquiet. « Pas trop quand même j'espère...
Kagami rigole en entendant cette note d'appréhension dans la voix d'Aomine.
« Même moi je peux voir qu'elle est très jolie. Alors c'est un risque à courir. Mais je suis sûr qu'elle pourra très bien se débrouiller toute seule pour gérer l'attention de ces messieurs », ajoute-t-il en lui adressant un clin d'œil.
Aomine ricane. De ça non plus il n'en doute pas. Sa meilleure amie a toujours attiré les convoitises. Beaucoup plus qu'elle ne le pense... Et c'est ça qui l'inquiète. Même si elle a appris quelques parades efficaces il n'est pas toujours là pour calmer les ardeurs de certains. Il secoue la tête pour se ressaisir, ça ne sert à rien d'anticiper. Un jour, un gars réussira à voler son cœur et tout ce qu'il souhaite c'est qu'il soit respectable et à la hauteur de Satsuki. Il se lève pour récupérer la bière que Kagami a sorti à son intention sur le comptoir et l'ouvre pour en boire une gorgée, toujours dans ses pensées dérangeantes.
Kagami observe sa mine soucieuse, le couteau suspendu en l'air quelques instants, puis il ajoute en reprenant son travail :
« Mais t'en fais pas... Alex m'a fait assez de sermons pour que je sois au courant que c'est pas facile d'être une fille tous les jours. Alors je m'assurerai que personne la mette mal à l'aise ou lui manque de respect. »
Aomine fixe Kagami en entendant ces mots, surpris. Il le soulage d'un poids qu'il ne sentait pas peser sur lui jusqu'à ce qu'il le quitte, au moins un peu.
« Merci... j'te la confie alors », conclut-il en souriant, rassuré de savoir son amie entre de bonnes mains.
Une fois ses sandwichs terminés, Kagami s'attèle au pop-corn, qu'on ne tarde pas à entendre éclater sous le couvercle de sa poêle, un bruit qu'il a toujours trouvé très satisfaisant. Une fois prêt, il transfère le pop-corn dans un grand saladier, et l'apporte avec les sandwichs sur la table basse.
« Un petit film ? propose-t-il. On a fait un ciné une fois... Mais ça me suffit pas vraiment à savoir c'est quoi les genres que tu préfères !
— Hum vaste question ! Si tu veux tout savoir, j'ai un penchant pour les univers fantastiques. Et les films d'aventure en général, ceux qui te collent au siège. Mais je suis pas difficile. Tant que c'est pas un thriller tiré par les cheveux.
— Hm... Je dois avoir ce qu'il te faut, alors. » Il balaie du regard son étagère et tombe sur l'intégrale d'Indiana Jones. « Les aventures stupides et mystiques d'un archéologue avec un fouet, ça te tente ? »
Aomine rit au résumé plus que succinct de la mythique saga. Il s'installe en piochant un pop-corn ou deux.
« Ouais c'est parfait. Et toi quel genre tu préfères ?
— Je sais pas si j'ai vraiment un genre préféré... Mais j'aime bien les films où y a de la bagarre ! » Il regarde le blu-ray qu'il a dans la main. « Quand j'étais petit, je voulais devenir archéologue. Mais j'ai vite compris que les films étaient pas très réalistes. »
Aomine qui s'apprêtait à s'enfiler une gorgée de bière suspend son geste et se tourne vers Kagami.
« T'es sérieux ? Quand j'étais petit, j'étais fan de dinosaures. Mais c'est plus le niveau d'études requis qui a brisé mon rêve », confesse-t-il dans un rire.
Kagami rit doucement tout en mettant le blu-ray dans le lecteur.
« Un archéologue et un paléontologue. On aurait fait un sacré duo. On aurait sûrement fait des tas de films sur nos aventures ! »
Il sourit à l'idée, se voyant déjà à la tête d'affiche d'un remake de Jurassic Park aux allures de documentaire aux côtés de Kagami.
« J'aime beaucoup l'idée ! Je suis sûr que la panoplie chapeau et fouet t'irait bien », se moque le brun en faisant une place à son ami.
Kagami se laisse tomber dans le canapé à côté de lui et lance le film avant d'attraper un sandwich.
« Ouais et toi j'te vois bien en pantalon en toile et jumelles rivées aux yeux en train de t'extasier tel un Sam Neill devant un troupeau de diplodocus. »
Rêveur, Aomine soupire et commente :
« Qui ne s'extasierait pas devant un troupeau de diplodocus ? »
Puis il pique un sandwich et mord dedans avec appréciation en se callant au fond du canapé.
Kagami lui jette un coup d'œil, amusé par sa fascination pour les grosses bestioles des temps anciens. Il commence à son tour son sandwich, constatant qu'il avait un sacré creux... Chose peu commune, il a oublié son estomac pendant un moment. Sans doute encore un effet de la présence d'Aomine, qui a décidément le don de le chambouler. Il reporte son attention sur l'écran et se détend. Quoi qu'il se passe dans sa vie, et aussi compliquées que soient ses émotions, il a envie d'apprécier ce moment de calme et de complicité. Tout le reste peut attendre.
Totalement pris dans le film, ils rient et commentent ce qui se passe à l'écran. C'est plus simple de le faire dans le salon de Kagami qu'au cinéma et depuis qu'ils se connaissent mieux. Il réalise le chemin parcouru avec son ami en repensant à cette sortie. Il a le sentiment que c'était il y a une éternité, alors que ça ne fait que quelques semaines. Aomine jette un regard un coin à son voisin, ne sachant trop quoi penser de cette évolution pour le moins rapide. Il a envie de s'en réjouir, ne pas trop analyser puisque tout se passe bien, mais il y a toujours cette petite voix qui chuchote à l'orée de sa conscience. Cette conviction grandissante qui lui souffle que ce qu'ils partagent et ce qu'ils construisent est vraiment spécial, même précieux.
Kagami laisse la présence d'Aomine, le film, la nourriture et la bière apaiser ses insécurités et ses inquiétudes. Il est bien posé là dans son canapé avec le brun. S'il avait senti ne serait-ce qu'une ouverture, il aurait tenté de l'embrasser. Mais il n'arrive pas vraiment à lire Aomine... Il perçoit toute son affection, et pourtant, il semble y avoir un mur qui les sépare. Ils n'auront jamais une relation romantique. Parfois, ça semble terriblement injuste et absurde, mais personne n'y peut rien. C'est quelque chose qu'il a souvent eu du mal à digérer, et cette fois-ci ne fait pas exception, c'est même pire, en fait. Il doit absolument changer d'état d'esprit s'il veut faire perdurer leur relation. La prendre pour ce qu'elle est. Et elle est déjà belle comme ça, non ? Pourquoi vouloir chercher plus ? Certes, il ne peut pas vraiment s'en empêcher... Mais peut-être peut-il tout de même mettre ça de côté, suffisamment pour avoir un ami à ses côtés, faute d'un petit ami. Au fond de lui pourtant, il sait que ça ne lui suffit pas, et que s'il s'obstine sur cette voie... Ce ne sera pas juste non plus de le cacher éternellement à Aomine. Car ce soir, tandis qu'il regarde les exploits de l'archéologue aux côtés du brun, il ne peut que constater l'évidence si simple, si pure, qui envahit son esprit et son cœur. Il est amoureux d'Aomine. Étrangement, quelque part, le fait de se l'avouer à lui-même l'apaise. Comme s'il acceptait enfin ces sentiments non sollicités. Il ne sait pas encore comment il fera avec... Mais au moins, il ne cherche plus à les nier.
Alors que le dénouement approche, le saladier de pop-corn entre eux presque vide, un bruit sourd retentit dans l'appartement. Assez fort pour couvrir la musique épique de la fin du film. Concentré, Aomine sursaute presque et c'est d'un même mouvement que Kagami et lui se tourne vers la porte derrière eux.
« Tu attendais quelqu'un ? demande-t-il plus par reflexe, connaissant déjà la réponse.
— Sûrement pas à cette heure-là... soupire Kagami. Sans doute encore un de mes "clients". Je me demande vraiment pourquoi ils se pointent tous à cette adresse... Peut-être qu'ils se trompent d'étage ? » Il grogne et met le film en pause. « Bon, je ferais mieux d'aller voir... »
Aomine fronce les sourcils. C'est malheureusement bien ce qu'il pensait aussi. Ça faisait un moment que personne n'était venu importuner Kagami, mais il se rassure en se disant que cette fois, la police est déjà là. Il s'empresse à la suite de son ami et le retient par le poignet, lui indiquant d'un regard et d'un doigt sur les lèvres mimant le silence qu'il s'en charge. Sans bruit, il dépasse son hôte et s'avance vers la porte. Il attend quelques secondes, jusqu'à ce que celle-ci résonne à nouveau sous des coups insistants.
Kagami reste en retrait et croise et les bras sur sa poitrine, observant le brun, assez curieux de voir comment il va gérer cette "intervention" à domicile. Il n'est pas mécontent de pouvoir déléguer la tâche ingrate de refouler les importuns, ce coup-ci. Soudain il pense à la première fois que c'est arrivé, et ça lui donne presque le vertige d'imaginer que c'est comme ça qu'il a rencontré Aomine. Jamais il n'aurait pensé que le brun se retrouverait un jour de l'autre côté de la porte, chez lui.
Après avoir vérifié par l'œil de bœuf qu'il ne s'agit pas d'une connaissance de Kagami, le flic demande à travers la porte, mécontent :
« Ouais c'est pour quoi ? »
Vu le gabarit et l'air revêche du gars de l'autre côté, il se doute que ce n'est pas pour une mission associative, ou une vente de cookies pour les scouts.
Kagami observe la scène, assez amusé de voir l'air mécontent d'Aomine. Il n'aimerait pas trop être à la place du gars de l'autre côté de la porte.
« Je viens voir Hoshi. On a rendez-vous. Allez ouvre ! »
Aomine regarde brièvement Kagami. Hoshi. Encore ce nom. Ça ne peut définitivement pas être une coïncidence. Si les autres visiteurs dont lui a parlé son ami étaient plutôt courtois, celui-là n'a pas l'air de connaître la diplomatie.
« Y a personne de ce nom-là ici, tu t'es trompé d'adresse mec. »
Malgré la présence d'Aomine, le stress monte chez Kagami. S'il a des gars de plus en plus agressifs qui se pointent à sa porte... Un de ces jours, ça va mal tourner. Il va falloir qu'il tire cette affaire au clair... Mais pour l'heure, il est bien content d'avoir un flic en renforts directement à domicile.
De l'autre côté, il peut entendre le malotru grogner et cogner d'un coup sec dans la porte. Il encaisse le coup et serre les dents. Il aurait bien envie de sortir pour lui apprendre les bonnes manières, mais Daïki se ressaisit, se contraignant au calme. La violence ne résout rien, et surtout, il est plus malin que ça. Le fait que ce soit chez son ami le touche plus que ça ne devrait, c'est tout. Il doit en faire abstraction pour gérer la situation.
« Hé elle t'a rien fait ma porte ! Désolé si on t'a mené en bateau mon gars mais j'te l'ai dit, y a pas de Hoshi ici, affirme-t-il plus calmement.
— Pourtant je suis sûr de l'adresse qu'on m'a envoyée. Te fous pas de ma gueule et ouvre. »
Kagami jette un coup d'œil au brun, pas très rassuré par la tournure que prennent les choses.
« Qu'est-ce qu'on fait ? » chuchote-t-il pour que l'autre ne puisse pas l'entendre.
Aomine réfléchit à toute vitesse. Il a assez de métier pour savoir que l'autre ne va pas lâcher l'affaire, et il aurait aimé en profiter pour en savoir plus sur ce qui se trame. Mais l'inquiétude palpable de Kagami le dissuade faire traîner ce visiteur dans le coin. Il répond à son ami qu'il gère dans un sourire qu'il veut rassurant avant de reporter son attention sur la porte qui essuie un nouveau coup. Cette fois, il s'énerve.
« Oh tu te calmes ? J'suis pas sourd. Tu commences à m'emmerder ! Tire-toi avant que les voisins appellent les flics pour tapage nocturne, menace-t-il, rageux.
— T'es qui putain ?
— Pas Hoshi ! Alors dégage de chez moi. Parce que si j'ouvre la porte tu vas pas être déçu du voyage.»
Kagami ne peut s'empêcher de rire un peu en assistant à cette altercation. Il ne peut qu'imaginer en effet ce qui se produirait si cette porte s'ouvrait... Avec son entraînement, Aomine ne ferait sans doute qu'une bouchée de l'importun. Il reste tendu malgré tout, il ne voudrait pas en arriver là. Et il se demande déjà ce qu'il va faire si ce crétin-là revient...
« J'ai trop peur ! J'attends que ça que t'ouvre la porte bébé », se moque l'autre, à présent tout mielleux.
Aomine cligne des yeux, stupéfait. Il a bien entendu là ? Vu l'hilarité qui s'empare de Kagami qui tente d'étouffer un nouveau rire, il se dit que oui. Non mais c'est quoi ce délire ? Il fait signe à son ami de reculer pour ne pas être vu et il ouvre la porte avec hargne, tout du moins, autant que la chaîne le lui permet. Furibond, mâchoire serrée il articule pour que le grand gaillard comprenne bien.
« Vire de chez moi et t'avise pas de revenir, ou 'bébé' va-t’en coller une. »
Aomine a au moins la satisfaction de voir son vis-à-vis reculer, un éclat de panique dans le regard.
En entendant ça, et malgré le stress qui lui noue l'estomac, Kagami plaque une main sur sa bouche pour retenir son hilarité. Il aurait presque envie de voir "bébé" passer à l'action, maintenant.
Entendre le gloussement contenu de Kagami derrière lui ne l'aide pas à garder son calme. Aomine hésite entre exploser de rire, ou exploser le gars qui reste planté là tout court. Ce dernier le regarde fixement avant de soupirer, déçu.
« Oh... T'es pas Hoshi
— Ça fait dix minutes que j'te le dis ! » grogne-t-il.
Finalement résigné, le bougre s'en retourne d'un pas trainant avant de pivoter pour demander :
« Et y a pas moyen de… »
Aomine ne le laisse pas terminer sa phrase. Il enlève la sécurité et sort sur le pas de la porte. Il tant le bras en pointant la sortie et feule :
« DE-HORS ! »
Il observe le gars s'en aller enfin en levant les mains en signe de reddition. Les poings serrés, Aomine bouillonne. C'est donc à ça que Kagami doit faire face ? Ce n'est qu'une fois sûr que l'autre est parti qu'il se décide à rentrer. Il ferme tout et s'adosse contre la porte, les nerfs en boule.
Kagami fixe le brun quelques secondes, sous le choc de ce qui vient de se produire. Et finalement, le stress et l'absurdité de la situation le rattrapent et il est pris d'un fou rire incontrôlable.
« Et il a quand même demandé si y avait pas moyen... » murmure-t-il entre deux éclats de rire.
Aomine est perdu. Ce qui vient d'arriver est complètement lunaire et il ne sait pas comment réagir. En flic ou en civil, ce qu'il est censé être ce soir. Mais le rire de Kagami est contagieux et lui arrache un sourire. Il se passe la main dans les cheveux et lâche prise à son tour en se repassant la scène. Il éclate de rire, se joignant à son ami.
« Je veux même pas savoir à quoi il pensait ! »
Kagami met un moment à se calmer, et il essuie une larme au coin de ses paupières. Il avait bien besoin d'un coup de rigolade pour désamorcer la situation. Puis, il s'adosse contre un mur et lâche dans un soupir :
« Merde... Il avait vraiment pas l'air commode... Qui que soit Hoshi, j'aimerais pas être à sa place... »
Aomine se tient les côtes, douloureuses d'avoir autant ri. Ça lui a fait du bien, mais l'inquiétude est toujours là. Il se laisse un peu plus aller contre la porte et observe Kagami, incrédule. Ne se rend-il pas compte qu'il est à sa place ? Combien d'autre viendront le réclamer, plus ou moins menaçant ? La situation n'est pas gérable selon lui.
« T'en sais rien, peut être que ça lui convient. En revanche toi, t'as rien demandé.
— Ouais... » Il se passe une main dans les cheveux et réfléchit, sourcils froncés. « J'avoue je sais pas trop quoi faire. Je pense pas que ce soit malveillant, j'vois pas trop qui pourrait faire ça... J'veux dire... Je reste dans mon coin, je parle pas à mes voisins... Alors peut-être que y a bien un Hoshi dans cet immeuble et que les gens se trompent de porte. »
Aomine sent bien que Kagami essaye de se persuader d'une solution logique. Et ça se pourrait. Mais il en doute. Une erreur, deux à la limite... mais il vient d'assister à la quatrième.
« J'irai interroger les voisins demain pour être sûr. Et faudra que j'ajoute ça à ton dossier. Ça commence à faire beaucoup Kagami... »
Kagami ne peut s'empêcher de ressentir une bouffée de bonheur et de satisfaction en voyant Aomine s'intéresser de près à cette affaire. Il se rappelle, il n'y a encore pas si longtemps, quand il est passé au commissariat avec le nom de Hoshi, et que la sollicitude du brun l'avait profondément agacé. Il était méfiant, alors... Beaucoup moins qu'il ne l'est maintenant, parce qu'il connaît mieux Aomine. Il sourit et s'approche, posant une main amicale sur son épaule.
« Thanks. Et aussi pour avoir géré ça ce soir. J'dois avouer que c'est... plutôt rassurant. »
Aomine secoue la tête et soupir. Il est content d'avoir pu aider ce soir, mais il ne sera pas toujours là. Il se sent pieds et mains liées à ne pouvoir rien faire de plus. Frustré de ne pas pouvoir tirer cette affaire au clair une bonne fois pour toute. Un sourire désabusé aux lèvres il répond, un peu piquant.
« J'pourrais faire plus, si tu me laissais faire mon boulot... Mais pas de quoi, j'étais là au bon moment.
— Comment ça, te laisser faire ton boulot ? demande Kagami, haussant les sourcils.
— Si tu déposais une plainte, j'aurais plus d'outils pour t'aider. Mais je comprends, c'est pas comme s'il était arrivé quelque chose de grave. C'est juste... j'aime pas me sentir inutile. »
Il ne veut le forcer à rien. Le souvenir de leur dispute au poste le pousse à dévoiler son trouble en justification. Si Kagami ne veut rien faire c'est son droit, et il l'aidera du mieux qu'il peut, avec ou sans uniforme. Son sentiment d'impuissance, c'est son problème.
Kagami soupire et baisse la tête, vaincu.
« Ok... Dans ce cas, je vais porter plainte. C'est juste que... J'veux pas rapporter d'ennuis à ce Hoshi. Il fait déjà un métier difficile et dangereux... C'est pour ça que je voulais pas, à la base... »
Soulagé de l'entendre, Aomine lui presse l'épaule. Kagami est trop gentil. La pensée que son ami n'a vraiment pas l'habitude qu'on s'occupe de lui l'effleure et lui sert la poitrine. A-t-il seulement déjà laissé quelqu'un le faire, lui qui a toujours dû se débrouiller seul ?
« C'est très chevaleresque ça. Mais en attendant c'est toi qui as des ennuis. Qui sait ce que tu vas encore trouver derrière ta porte...
— Yeah... J't'avoue que je suis pas vraiment rassuré. Ok je suis pas une brindille mais c'est pas comme si j'avais l'habitude de me battre...
—Ouais... Faudrait pas que t'aies plus de problèmes non plus. Ça va aller cette nuit ? » s'assure Aomine qui se demande tout de même si l'autre gars ne va pas revenir à la charge.
« Ouais, t'inquiète. Ça m'étonnerait que ce gars-là retente sa chance. » Kagami sourit et croise les bras sur sa poitrine avant d'ajouter d'un air taquin : « Quoique, apparemment, tu lui as tapé dans l'œil. »
Aomine lève les yeux au ciel pour masquer son embarras et grommèle dans sa barbe.
« Ouais ben un peu de plus et je lui tapais dans autre chose... »
Kagami rigole et lui donne une petite claque sur l'épaule, l'invitant à revenir au salon.
« Allez viens, on va mater la fin de ce film. »
Le brun acquiesce et suit son ami. Ce dernier recule le film de quelques minutes pour qu'ils puissent se remettre dedans. Mais malgré ça, il a la tête ailleurs. Kagami n'a pourtant pas l'air de s'en faire une montagne. Tant bien que mal il essaie de se détendre et d'oublier cette histoire. Au moins pour un moment. De toute façon, il ne peut pas faire grand-chose de plus dans l'immédiat.
Ils finissent le film tranquillement, terminant par la même occasion le saladier de pop-corn. Alors que le générique défile, ils échangent leurs impressions d'un ton léger, puis, finalement, l'incident revient à l'esprit de Kagami qui demande :
« Au fait, si je veux porter plainte pour cette affaire... Est-ce que tu pourrais t'en occuper ? J'suis un peu gêné par toute cette histoire...
— Ouais bien-sûr. Faudra que tu passes au poste par contre. Je te dirai quand j'y serai si ça te va. »
Aomine aurait sûrement récupéré l'affaire, puisqu'il a créé le dossier. Autant que ce soit lui qui se charge de cette étape aussi. Il peut facilement comprendre la réticence de son ami à raconter tout ça une fois encore. Il lui adresse un sourire puis regarde l'heure. Il se fait vraiment tard et Kagami a sûrement prévu plein de choses demain. Il se redresse et emmène le saladier dans la cuisine.
« J't’aide à débarrasser et je vais pas tarder je pense. »
Kagami hoche la tête, un peu réticent comme toujours à le laisser partir. Mais lui proposer de passer la nuit ici n'est définitivement pas une bonne idée. Il se lève pour ranger les bouteilles de bière.
« Encore merci pour m'aider avec cette histoire bizarre... Et puis, j'ai passé une bonne soirée. Faudra qu'on se mate les autres de la saga aussi. »
Le brun se masse la nuque et approuve. Ravi de ce rendez-vous sans date. Il a beaucoup aimé la soirée lui aussi et il a hâte de remettre ça. Sans interruption espère-t-il. En récupérant une veste dans son sac il propose :
« On pourra faire le second volet chez moi, on sera sûr d'être tranquille comme ça. Même si je te souhaite pas d'avoir d'autres visiteurs d'ici là ...
— Ah bon, tes collègues flics se pointent pas à ta porte en te demandant si "y a pas moyen, bébé ?" » ne peut s'empêcher de demander Kagami en riant. Il sent qu'il va se rappeler longtemps de cet épisode.
Il enfile sa veste en soupirant, dépité. Celle-là va le suivre un moment, réalise Aomine. Il hausse un sourcil vers Kagami, réprobateur. Mais il ne peut s'empêcher d'esquisser un rictus amusé par le trait d'humour.
« Nan personne n'a encore osé... Alors t'y amuses pas trop non plus », ajoute-t-il en plissant les yeux, menaçant.
— Bon, bon, je serai sage, alors ! » assure Kagami en levant les mains en signe de bonne foi, toujours un sourire aux lèvres. « Rentre bien, Ao. On se voit bientôt. »
Toujours suspicieux, le jeune flic tend son poing à Kagami en guise de salut. Puis avant de sortir, il lâche sur un ton qu'il veut neutre, essayant de ne pas s'imposer de trop. Conscient qu'il est déjà très impliqué dans ce qui arrive à son ami.
« Et plus sérieusement, hésite pas à appeler si t'as besoin. Pour quoi que ce soit. J'suis pas loin.
— Ça marche. Merci. »
Kagami adore quand Aomine fait ça... Et il déteste ça aussi. Quand il se soucie de lui comme ça... Ça lui réchauffe le cœur, mais ça lui fait mal aussi, car ça lui fait voir avec d'autant plus d'évidence ce qui les séparera toujours. Mais il ne laisse rien filtrer et sourit à son ami.
« Bonne nuit. »
Le brun hoche la tête et sort de l'appartement. Il attend quelques instants, écoutant attentivement les cliquetis du loquet et de la chaîne se verrouiller derrière lui. Satisfait, il remonte son sac sur son épaule, et se dirige vers la cage d'escalier les mains dans les poches. Tandis qu'il descend les marches il réfléchit déjà à la procédure qu'il va pouvoir mettre en place pour élucider ce mystère et protéger son ami des prochains visiteurs.
Kagami est fatigué, et il n'a pas envie de ruminer. Alors il ne perd pas de temps et installe son futon pour la nuit, et après un passage rapide par la salle de bain, il va se coucher.
Toutes les lumières éteintes et le silence revenu, les images de la journée lui reviennent à l'esprit. Il se repasse le match, s'attardant sur des détails, réfléchissant à leurs erreurs, à d'autres stratégies possibles. Cette revue technique a le mérite d'empêcher ses pensées de dériver, et apparemment de faciliter son endormissement, car il sombre dans le sommeil alors qu'il examinait mentalement un tir particulièrement étrange d'Aomine.
Les lumières sont éteintes depuis presque un quart d'heure quand Aomine se décide à quitter les lieux. Il a monté la garde encore un peu, pour être certain que l'importun ne rôdait pas dans le coin. Et aussi pour une raison plus sombre qu'il n'a pas envie de mettre en lumière. Un besoin viscéral de s'assurer que Kagami est en sécurité. Peut-être qu'en apprendre plus sur son histoire décuple simplement son instinct de protection envers lui. Aujourd'hui il a appris que d'une certaine façon, son ami a été abandonné, qu'il a dû se débrouiller seul à un âge où la vie n'est censée être qu'insouciance. Il admire d'autant plus sa force de caractère, comprenant toute son ampleur. Aomine rentre finalement chez lui, pensif. Il exécute les gestes du quotidien par automatisme et une fois dans son lit, il tourne un long moment avant de trouver enfin le sommeil.
Chapter Text
Le lendemain, Kagami ouvre les yeux sur la lumière grise filtrant à travers son store, et qui paraît alourdir l’atmosphère, se communiquant à ses poumons, à son cœur et à son estomac. Il se frotte les paupières en lâchant un soupir, tandis qu’il se remémore les événements de la veille. Il a été très heureux de faire ce match de basket et de passer la soirée avec Aomine, mais… L’amertume qu’il a ranimée en parlant de son père, ainsi que la tristesse qui point en lui en constatant l’impasse dans laquelle il se trouve avec le brun lui donnent des idées noires ce matin. Il se sent découragé. Il sait que c’est un sentiment passager, mais ça ne rend pas les choses plus faciles. Il se considère comme quelqu’un de résilient et de déterminé, mais on ne peut l’être qu’en connaissant le découragement et le doute. Et certains matins, le poids à porter semble plus lourd que d’autres. Au moins, il ne travaille pas aujourd’hui. Il a déjà prévenu son équipe qu’il prenait un peu de temps pour lui pendant le séjour de Tatsuya. Il a donc le temps de mettre un peu d’ordre dans ses pensées, de réfléchir peut-être aux questions qui le travaillent en ce moment.
Il met un certain temps à se motiver pour sortir du lit, puis il va se préparer du café et s’installe comme d’habitude derrière son ordinateur pour vérifier ses messages et faire le tour des réseaux sociaux. Il constate avec un léger sourire que Momoi a déjà bien commencé son travail pour faire la promo de l’équipe. Il est certain qu’elle sera un véritable atout pour eux et il a hâte de la présenter aux autres le lendemain. Au moins, même s’il a l’impression que tout le reste stagne, sa vie professionnelle s’améliore nettement. C’est déjà un sacré progrès, étant donné qu’il a eu des hauts et des bas au cours des dernières années, et qu’il n’a pas toujours été certain de pouvoir payer son loyer. Il a travaillé dur en s’offrant peu de choses et en s’autorisant rarement des vacances. Peut-être va-t-il pouvoir enfin souffler un peu. Et en tout cas, ça lui fait un souci de moins et ça allège un peu son humeur tandis qu’il délaisse son bureau pour aller préparer son petit-déjeuner.
Quelques heures plus tard, il se rend dans le café qu’il a choisi pour rencontrer Momoi afin d’y attendre Tatsuya. Il s’installe à une table à l’écart et commande un thé sensha. L’atmosphère résolument calme de l’endroit l’aide à se poser, à endiguer le flot de ses pensées qui depuis son réveil a tendance à le submerger. Malgré tout, il se sent toujours anxieux et agité, et sa jambe droite ne veut pas rester tranquille.
Quand il voit Tatsuya apparaître sur le seuil, il éprouve un certain soulagement, et salue son frère de cœur d’un sourire.
« You look like shit », l’informe gentiment le brun.
Kagami a bien envie de lui renvoyer la pareille, mais le fait est que Tatsuya a l’air d’avoir plutôt bien récupéré de son voyage, et lui paraît tout à fait serein.
« J’ai juste mal dormi… » marmonne le tigre.
Justification à laquelle Tatsuya oppose un haussement de sourcil caractéristique, tandis qu’il continue de le fixer en silence en attendant qu’il crache le morceau.
Kagami soupire, remuant mollement sa cuillère dans son thé très légèrement sucré. Il ne sait pas par où commencer. Ou plutôt, il est très réticent à le dire.
« Tu as fait quoi après le match ? l’aide Tatsuya.
— J’ai invité Aomine à boire un verre chez moi… »
Son ami ne répond rien, mais Kagami lit bien des questions dans ses yeux.
« C’était super… Comme d’hab, ajoute-t-il.
— Mais ? » veut savoir Tatsuya.
Kagami soupire lourdement et avoue finalement à voix basse :
« Je crois… enfin… J’ai des sentiments pour lui. Et je pense que ça me mène nulle part.
— Pourquoi t’en es aussi sûr ?
— C’est pas si dur que ça à savoir, Tatsuya… Quand quelqu’un est attiré par toi il passe pas son temps à se dérober…
— Mais il t’a donné aucun signe ?
— Si, en un sens, et ça me rend dingue. Mais je confonds tout, j’imagine. C’est juste qu’on n’a pas les mêmes attentes.
— Ou alors, qu’il sait plus très bien où il en est…
— Tu parles… J’ai déjà vécu ce genre de trucs. Tu comprends pas.
— Je me suis déjà pris des râteaux, observe Tatsuya.
— Ça a rien à voir. Plus il se rapproche de moi, plus ça me paraît injuste, moins j’arrive à l’accepter…
— Alors ne l’accepte pas. Dis-le-lui.
— Non. Je tiens à lui. Si je lui dis ça, c’est terminé.
— T’en es sûr ?
— Suffisamment pour pas prendre le risque. J’essaie de me protéger aussi. Je suis pas aussi fort que ça, pour aller voir tous les mecs hétéros qui me plaisent et tenter sous prétexte ‘qu’on sait jamais’. T’as une idée comme c’est dur à encaisser de te faire refouler parce que t’as pas le bon genre ? D’être l’éternel pote ? De savoir que tu plairas pas à la majorité des gens qui te plaisent ? »
Cette fois, Tatsuya ne répond pas immédiatement. Au contraire, il prend le temps de réfléchir, les sourcils froncés. Et admet finalement :
« Non. Je suis désolé, lil’bro. Je veux juste que tu sois heureux… Et parfois je m’emballe un peu. »
Kagami soupire, fixant de nouveau son thé.
« Yeah… It’s okay. Je suis juste… » Il se passe une main dans les cheveux, dépité. « Je passe pas une très bonne journée.
— Hey… Ça va s’arranger, ok ? D’une manière ou d’une autre. Si tu veux laisser tomber, je vais pas te forcer à tenter ta chance. Mais moi… J’ai sincèrement l’impression que y a un truc ambigu de son côté. »
Le rouge relève les yeux pour dévisager son frère de cœur, secouant la tête. D’un côté, il peut le comprendre… Quand il y réfléchit bien, parfois la façon de se comporter d’Aomine a vraiment de quoi le troubler… Et en même temps, les choses restent au même point et il refuse de se nourrir de faux espoirs. Quelques ambiguïtés, ça ne lui suffit pas.
« Et si tu me montrais comme t’es devenu un vrai pro aux jeux vidéo, hm ? demande tout à coup Tatsuya.
— Tu veux te faire rétamer ? demande Kagami en haussant un sourcil.
— Ma foi, pourquoi pas.
— T’es un peu bizarre.
— Un ‘peu’ ? Je gagne ma vie avec les maths, je te rappelle, dit Tatsuya avec un sourire en coin.
— C’est vrai… » soupire Kagami. Puis, un léger sourire éclaire son visage. « Okay. Si t’es trop triste après je te préparerai le dîner.
— Tu es trop bon, lil’bro. »
Sur ces entrefaites, les deux amis quittent le café et rejoignent l’appartement de Kagami, où ils se lancent dans une partie de NBA2K, jeu que Kagami maîtrise presque aussi bien que le véritable basket. À vrai dire, il trouve que c’est bien plus facile en jeu vidéo, du moment qu’on a retenu les dizaines de combinaisons de touches pour exploiter toutes les subtilités du jeu. Et ça fait toujours plaisir d’incarner un joueur de légende… Ou bien c’est frustrant, comme pour Tatsuya, qui a beau endosser le rôle du Black Mamba lui-même, a plutôt l’air d’un newbie encore mal dans ses baskets. Ça a le don de faire rire Kagami, qui se détend et ne montre aucune pitié envers son frère de cœur. Très vite, de nombreux cris se mettent à résonner dans le petit appartement, entre bonheur, frustration, rage et désespoir. Bref, ils s’amusent beaucoup, oubliant leurs sujets de préoccupation, et passent un bon moment. Un moment de complicité comme ils n’en avaient pas partagé depuis longtemps, réparateur pour Kagami qui avait besoin de se changer les idées, et pour Himuro qui sait qu’il s’accorde trop peu de temps libre.
Sa nuit sans rêve et réparatrice laisse Daïki parfaitement reposé et plus serein que ces derniers jours. Lorsqu’il émerge totalement et ouvre un œil, le réveil indique presque midi. Rien d’inhabituel pour lui. Il aurait même cru qu’il serait plus tard que ça, vu l’heure à laquelle il s’est couché et l’énergie dépensée au terrain la veille. Pourtant, ces temps-ci il se trouve particulièrement en forme. À cette pensée un léger sourire étire ses lèvres. Un visage flotte dans son esprit et il doit bien admettre que c’est depuis qu’il est entré dans sa vie qu’il a un peu hâte de débuter chaque nouvelle journée. Quand il n’y a encore pas si longtemps, la routine quotidienne lui minait le moral insidieusement, telle l’eau d’un torrent qui ronge la roche et la creuse jour après jour.
C’est aussi par ce qu’il a eu conscience très tôt de sa tendance à se lasser rapidement des choses qu’il a choisi cette voie. Ce n’est pas comme s’il était toujours cloitré dans un bureau à effectuer les mêmes tâches répétitives. Définitivement pas fait pour lui. Étrangement, reprendre conscience de ce détail qu’il a tendance à omettre le met un peu plus de bonne humeur malgré le temps grisâtre qu’il observe par la fenêtre depuis son lit. C’est une raison valable qui n’a en rien à voir avec son père ou son besoin obscur de suivre ses traces. Et puis au fond… peu importe les raisons qui l’ont poussé à prendre l’uniforme non ? Tant qu’il est un bon flic et que ça le rend heureux. En tout cas aujourd’hui c’est cet état d’esprit qui allège encore un peu le poids qui traine sur sa poitrine depuis l’autre soir.
C’est fort de cette conclusion qu’il se décide à sortir des draps pour se sustenter. Ce ne sera pas aussi savoureux que les plats de Kagami, mais il peut toujours essayer de faire mieux que d’habitude. En tout cas, se moquant de lui-même il se dit que ça ne pourra pas être pire qu’un paquet de biscuits ramollis ou des nouilles instantanées trop épicées.
Dans le milieu d’après-midi, après avoir effectué toutes les tâches qu’il devait faire ainsi que des courses qu’il n’avait pas vraiment prévues, Aomine ne trouve plus rien pour le détourner de ce qu’il repousse maintenant depuis des jours. Jusqu’ici il avait toujours une bonne excuse, mieux à faire, un truc urgent… Mais il est arrivé à court. Nerveux il s’installe sur son canapé avec son portable qu’il regarde sans vraiment le voir, perdu dans ses pensées, nourrissant le secret espoir de recevoir un message qui le détournerait un peu plus longtemps de ce qui se retrouve à présent en tête de sa to do liste. Appeler sa mère.
Il sait qu’il aurait dû le faire avant, mais il se sentait déjà tellement à côté de ses Rangers… C’est toujours un peu étrange, douloureux parfois de lui parler, alors quand il est dans un mauvais engrenage, il préfère éviter. D’autant qu’il a énormément de mal à garder son calme lorsqu’il s’agit d’elle. La moindre remarque ou réflexion le pique plus que si ça venait de n’importe qui d’autre. Et par ses réactions excessives, il blesse sa mère involontairement en retour. Avoir pris conscience de ce fonctionnement n’aide pas, au contraire le temps qui s’écoule entre chaque appel semble se rallonger chaque fois un peu plus. Augmentant par la même occasion son sentiment de culpabilité.
Il soupire profondément, essayant de se raccrocher à la bonne humeur qu’il a ressentie en débutant sa journée. Kagami s’invite de nouveau dans son esprit. Dès lors, Aomine ferme les yeux, se laissant aller aux souvenirs de leur soirée. Il sait que les confessions de son ami sur sa relation quasi inexistante avec son père ont certainement contribué à mettre un terme à sa procrastination. Il en revient à la même conclusion que la dernière fois qu’il a pensé à ses rapports avec sa mère. Il ne veut pas en arriver là. Il tient à sa maman. Elle est le seul parent qui lui reste après tout… Et un jour, il espère qu’ils seront capables d’exprimer tout ce qu’ils taisent, des mots jamais prononcés les éloignant plus surement que les kilomètres. Chaque fois qu’ils se voient, il peut presque sentir le poids de ces non-dits qui écrase l’air de la pièce. Une épée de Damoclès dont ils ont tous deux pleinement conscience et affreusement peur du tranchant, menaçant de briser leur lien à tout jamais. Alors ils l’ignorent, comblant les silences avec des banalités du quotidien et des sujets innocents, chacun sur ses gardes pour ne pas dire quelque chose qui pourrait faire dégoupiller l’autre, ou tomber cette épée en équilibre précaire.
Résigné, Aomine inspire un grand coup avant de rouvrir les yeux et d’appeler enfin. Il retient son souffle pendant que les tonalités résonnent à son oreille, puis sa mère décroche et son cœur fait un bond inattendu dans sa poitrine. À force de redouter ce qui les sépare, il en oublie à chaque fois combien elle peut lui manquer.
« Daïki mon chéri c’est toi ?
— Tu as d’autres fils caché dans ton répertoire ? »
Il entend sa mère glousser et le traiter d’idiot. Ça lui arrache un demi sourire.
« Comment tu vas fils ? Je suis contente de t’entendre !
— Ça va bien. Désolé… mais tu peux appeler toi aussi tu sais.
— Je sais que tu es très occupé, j’a toujours peur de te déranger. Et puis j’ai quelques nouvelles par mon frère.
— ‘Man, si tu me déranges je te le dirais. Et Masato est plus occupé que moi.
— Pourtant il m’appelle plus souvent, lui. »
Aomine lève les yeux au ciel. Voilà, premier reproche. Mérité cela dit… et sur le ton de l’humour alors il ravale son agacement sans broncher.
« Et toi ça va ?
— Oui très bien. Je t’ai vu aux informations l’autre jour. Félicitations, j’ai cru comprendre que c’était un gros poisson ! Tu sais ici les nouvelles vont vites, tout le village est venu m’en parler.
— Oh je vois, je suis une star alors ? » demande-t-il, amusé de l’enthousiasme de sa génitrice.
« Et bien disons que je ne me suis pas privé de me vanter d’être ta mère !
— Et moi qui pensait que tu te rongeais les sangs pour ton fils…
— L’un n’empêche pas l’autre Daïki… »
Aomine déglutit. Il se doute bien qu’elle est inquiète. Son aveu lui fait regretter sa plaisanterie, pas certain qu’elle l’ait saisie. Il se racle la gorge et se redresse un peu, préférant changer de sujet.
« Et ton atelier de poterie ? Ça te plait toujours autant ?
— Oui beaucoup ! Je me suis bien améliorée. On va faire une exposition bientôt au centre culturel de la ville, j’espère qu’une de mes pièces sera choisie pour l’occasion.
— Ce serait génial.
— Tu… tu penses que tu pourrais venir la voir ? Ça fait longtemps que tu n’es pas venu, ça me ferait plaisir.
— Faut voir quand ça tombe. Envoie-moi les dates d’accord ? Je te promets rien mais j’ai des congés à poser alors... »
Il sourit à nouveau en entendant l’excitation de sa mère. La connaissant, il n’a aucun doute sur le fait qu’elle va redoubler d’effort pour être exposée. Juste pour lui donner une raison de venir. Sa mère a toujours été très manuelle, un brin artiste, jouant avec crayons et pinceaux à ses heures perdues. Depuis qu’elle s’est inscrite à ce cours de poterie, il paraît qu’elle va mieux. Alors il est content de l’écouter. Même si la méthode de l’émaillage céramique, eh bien… il s’en fiche un peu.
Ils papotent encore un moment de tout et de rien. Elle lui raconte la vie du village, de ses voisins plus qu’elle ne parle d’elle, comme toujours. Une manie qui l’agace autant que ça l’amuse. Comme si elle se définissait par son entourage et son univers plus que par son travail ou ses propres ressentis. Puis elle le questionne sur son quotidien, son hygiène de vie, d’éventuelles rencontres… Il soupire un peu plus lourdement à chaque question, répondant par monosyllabes. Isamu Aomine est une véritable commère et ne manque jamais de lui tirer les vers du nez. Cependant cette fois, il a de quoi satisfaire sa curiosité. Il hésite un peu, de peur qu’elle le harcèle d’un nouveau flot de questions mais il passe un meilleur moment qu’il n’aurait cru et n’a pas vraiment envie d’y mettre un terme. C’est assez rare pour faire pencher la balance du côté de la tentation.
« Non maman je n’ai personne en ce moment si c’est ce que tu demandes. Mais… j’ai fait une rencontre intéressante.
— Oh… ? C’est-à-dire ?
— Il s’appelle Kagami Taïga et il joue au basket. On s’affronte régulièrement. »
Aomine n’espérait aucune réaction en particulier, mais une réaction tout de même. Le silence s’éternise un peu, au point de s’inquiéter que la conversation soit coupée. Il vérifie sur son écran avant d’interpeler sa mère, toujours muette.
« ‘Man t’es là ?
— Oui… oui je suis là. Désolé je… je suis contente de l’entendre. Je ne t’avais pas entendu parler de basket depuis… » Elle s’arrête, pensive.
Son cœur se serre dans sa poitrine. Il n’avait pas spécialement réalisé qu’il avait fait du basket un tabou, ni même que sa mère l’avait remarqué. En tout cas, la nouvelle a l’air de la chambouler et sans trop savoir pourquoi, ça lui noue la gorge. Il peut sentir son dos se couvrir d’une fine couche de sueur, le malaise suintant de ses pores et réveillant une vieille douleur au creux de ses omoplates.
« Il y a un moment que je rejoue tu sais… » se sent-il obligé de lui rappeler. « C’est juste que Kagami est vraiment bon. Et il aime ça autant que moi je crois.
— Je vois… Eh bien je ne pensais pas ça possible te connaissant mais si tu prends du plaisir grâce à lui alors je sais que tu vas bien. Le basket a toujours été important pour toi. »
Il se sent rougir à la formulation de sa mère mais ne peut pas la contredire. Puisqu’il se fait la même réflexion à chaque fois qu’il le voit. Et bien qu’ils ne soient pas les plus proches du monde, sa mère l’a deviné instinctivement, juste avec ces quelques mots qu’il voulait pourtant désinvoltes. Soudainement gêné par la tournure que prend la conversation, il décide d’y mettre fin. D’autant que c’est bientôt l’heure pour lui de partir au poste.
« Rhm… ouais ‘Man. Je vais bien. Vraiment. Je… Je vais devoir y aller.
— Oui bien sur mon chéri. Merci d’avoir appelé. À bientôt ?
— Yeah… à bientôt. Bisous.
— Bonne soirée Daïki, prends soin de toi. Bisous… »
Aomine reste pensif un moment, le regard dans le vide après avoir raccroché. Plein de pensées se bousculent dans sa tête. Cet appel a été surprenant à plus d’un titre et ne fait que le conforter dans sa volonté de renouer le contact avec elle. Il oublie que parfois tout se passe bien. Sa poitrine est encore chaude des rires et de la voix de sa mère, et son demi sourire ne voulant plus le quitter est le témoin silencieux de toute l’affection qu’il lui porte malgré tout. Il aimerait arriver à lui témoigner, à dire les mots mais ils se font engloutir par d’autres plus sombres, tapis dans son cœur. Chez les Aomine, ils ont toujours été très pudiques. Les sentiments, on n’en fait pas étalage. Il n’a jamais vraiment appris à les communiquer autrement que par le geste, pourtant ils sont là en lui, bouillonnant en secret. Les bons, comme les mauvais.
Se sentant agité, à présent il tourne en rond. C’est pourquoi même s’il a échangé ses horaires pour arranger un collège, il décide d’aller prendre son poste. Préférant s’occuper plutôt que de cogiter chez lui en boucle, incapable de se concentrer sur la moindre distraction habituelle. Il a besoin de prendre un peu de recul. Alors il se prépare, remplit un bento avec les restes de sa cuisine approximative mais mangeable et sort de chez lui en écrivant un sms sur la route.
Aomine – 18h43
Hey ! Je sais pas si t’es dispo mais au cas où, si tu veux poser ta plainte je serais au poste :)
Avec Tatsuya, ils sont en train de boire une bière en se racontant de vieilles anecdotes. Le brun a repéré la photo de sa mère au restaurant et a posé des questions, et de là, ils ont dérivé sur plein de choses. Des souvenirs d'enfance, d'adolescence, des personnes qu'ils ont connues, des moments drôles, d'autres beaucoup moins. Kagami réalise que ça lui fait un bien fou de parler de tout ça, de se rappeler toute cette vie qu'il a déjà vécue, l'arrachant à ce perpétuel présent tourné vers un avenir incertain. Ça lui donne la sensation de se recentrer, de se retrouver lui-même. Il reprend conscience de ses racines, d'être une personne avec un passé, et pas juste un jeune adulte anonyme qui n'est qu'un visage dans la rue, un nom sur une boîte aux lettres, un numéro de dossier pour l'administration. Vivre seul lui fait parfois négliger à quel point on peut perdre de sa substance et s'oublier soi-même lorsqu'on ne prend pas le temps de s'occuper de soi et qu'on ne s'inquiète que de préoccupations matérielles à court terme.
C'est alors qu'il reçoit le message d'Aomine. Il fronce les sourcils. Il avait quasiment oublié cette histoire de plainte... Il montre le message à Tatsuya.
« C'est vrai que je t'ai pas raconté ce qui s'est passé hier soir... » ajoute-t-il avant de se lancer dans le récit de la visite d'un nouvel importun particulièrement agressif, vertement remis à sa place par un Aomine furieux.
Tatsuya rit à son récit mais reprend rapidement son sérieux :
« Tu devrais aller porter plainte. Ça te coûte rien et si ça a une chance d'arranger les choses, tu devrais la saisir. Tu ne peux pas savoir à quel point les choses pourraient dégénérer. Mieux vaut être prudent.
— Yeah... I know, soupire Kagami en se massant la nuque. Mais je suis pas sûr d'avoir envie de voir Aomine aujourd'hui.
— Fais-le maintenant, ça te fera au moins une préoccupation en moins. Je viens avec toi si tu veux. »
Kagami hésite, il sait que son ami n'a pas tort. Il n'a pas particulièrement envie d'effectuer cette démarche et risque de se trouver toujours d'autres prétextes pour ne rien faire. Aussi, il finit par taper une réponse pour Aomine :
Kagami - 18h50
Ok thx, je passe d'ici peu. À toute !
Aomine qui n'est pas censé être là fait des heures supplémentaires à l'accueil. En soirée, ils ont toujours plus de monde qui débarque après leur journée de travail alors ils ne sont pas trop de deux pour recevoir les civils et leurs problèmes. Lorsqu'il prend connaissance du message de Kagami, il se rend compte qu'il a été envoyé il y a presque une demi-heure, donc il s'attend à le voir passer la porte d'un moment à l'autre. En attendant, il fait signe à la personne suivante de s'avancer. Une jeune femme à l'air hagard visiblement nerveuse. Il lui adresse un sourire chaleureux pour la rassurer et lui demande l'objet de sa venue avant de jeter un coup d'œil à l'écran de la caméra extérieure.
En chemin, Kagami sent que Tatsuya a quelque chose à dire, à la façon dont il lui jette des coups d'œil réguliers.
« Bon ça va, crache le morceau ! s'impatiente-t-il.
— Non, c'est juste que...
— Quoi ?!
— Je sais que t'as pas envie de parler de ça, mais quand même ça te saute pas aux yeux ? L'attitude d'Aomine hier soir ? Très... chevaleresque, non ?
— Pff... Ok, j'admets, c'est une façon de voir les choses. Mais on peut aussi se dire que c'est juste un bon ami et un bon flic.
— Hm...
— T'es pas convaincu, c'est ça ? »
Tatsuya hausse les épaules.
« C'est ça. Mais bon... mon séjour ici ne fait que commencer ! »
Il sourit, un peu moqueur, ce qui a le don d'agacer Kagami, qui voit bien que son frère de cœur a l'intention de jouer au flic lui aussi, à sa manière. En attendant, ils sont arrivés devant le commissariat, et il enfonce le bouton de l'interphone, un peu nerveux.
Alors qu'il tend le document à la plaignante pour qu'elle le signe, Aomine aperçoit le visage de son ami sur l'écran de surveillance. Il se doutait un peu qu'il serait accompagné, mais il est tout de même content qu'il soit venu. Il appuie sur le bouton pour déverrouiller la porte sans plus de formalités et répond à la question silencieuse de son collègue.
« Une affaire en cours, j'attendais sa venue. »
Il remplit les informations manquantes dans son logiciel et rassure la jeune femme victime d'une annonce malveillante venue par précaution.
« Tenez, s'il vous arrive quoique ce soit, ce document permettra d'attester que vous aviez signalé le problème. Je ne pense pas que vous craignez grand-chose mais prévenez tout de même votre banquier d'être attentif. »
Rassurée, la demoiselle le remercie. Il lui offre en dernier sourire poli puis lève les yeux sur les nouveaux arrivants. Il leur fait signe de patienter deux minutes, le temps de boucler son dossier. Il signale à son collègue qu'il l'abandonne à son sort et lui file une claque derrière le crâne en s'entendant traiter de lâcheur, puis il sort de son poste le sourire aux lèvres.
Kagami répond au sourire que lui adresse Aomine, un peu crispé. Il n'est décidément pas bien dans ses baskets aujourd'hui, et l'environnement formel du commissariat n'aide pas.
« Salut Ao... »
Tatsuya hoche la tête à l'intention d'Aomine :
« Salut. J'ai encore dû convaincre Taïga de venir. Autant il est plutôt responsable d'habitude, autant là il a l'air de vouloir attendre que les choses s'arrangent d'elles-mêmes.
— Hey ! » proteste l'accusé en lui donnant un coup de coude dans les côtes, mais Tatsuya garde son sourire en coin.
Aomine fronce les sourcils à l'intention de Kagami, pas franchement surpris mais un peu déçu qu'il ait encore voulu l'esquiver.
« Mouais, content que tu l'aies traîné là dans ce cas. On ne prend pas les plaintes à domicile, sinon il y a longtemps qu'elle serait enregistrée... Suivez-moi, on sera plus tranquilles à mon bureau. »
Kagami et Tatsuya emboîtent donc le pas à Aomine, et montent les escaliers pour rejoindre le premier étage. Kagami a une étrange sensation d'irréalité, comme s'il s'était endormi tout à l'heure dans le canapé. Sans doute parce qu'il a eu une nuit courte et que la présence de Tatsuya ici lui paraît un peu décalée. Une fois arrivés, ils prennent place dans les deux sièges face au bureau et il regarde Aomine, pas trop sûr de la manière dont les choses doivent se dérouler pour déposer une plainte.
Aomine s'installe, allume son poste et cherche le dossier de Kagami dans l'armoire derrière lui. Il s'installe face aux deux amis et remarque la jambe nerveuse de son vis à vis. Il l'observe du coin de l'œil en ouvrant son logiciel, inquiet. Il le sent particulièrement tendu et se demande si son affaire en est la seule raison. Hier, il avait plutôt l'air de prendre la situation à la rigolade. Autant ne pas s'éterniser, se dit-il. Dans sa pochette il pioche quelques feuillets qu'il tend à Kagami.
« Tiens, c'est les rapports que j'ai fait de ce que tu m'as déjà raconté. Vérifie qu’il y a tout et j'aurais juste à le retranscrire en dépôt de plainte. Ça devrait pas prendre trop de temps. »
Kagami prend les feuillets et doit les relire plusieurs fois, parce qu'il a du mal à se concentrer. Mais tout lui semble exact, pas d'omission importante, en tout cas rien qui lui vienne à l'esprit. Tatsuya se penche légèrement de son côté pour lire lui aussi, ajoutant de temps en temps un commentaire du style « Oh, tu m'avais pas raconté pour celui-là », et déclare quand il a terminé : « Tu fais une bonne action Taiga. Il faut vraiment rendre tous ses clients à Hoshi : imagine, il ne doit même pas comprendre pourquoi ses fins de mois sont difficiles à boucler ! » À ces mots, Kagami ne peut retenir un éclat de rire.
« Ouais... Enfin si ça se trouve, il existe pas, ou il pratique plus, ou il a déménagé très loin...
— Au pire, tu peux toujours envisager l'idée d'arrondir tes propres fins de mois », lâche Tatsuya.
Kagami le regarde bouche-bée. Non mais vraiment, quel sans gêne ! Devant Aomine en plus !
Alors qu'il tape sur son clavier, Aomine suspend son geste à ces mots. Il se tourne pour faire face à Kagami, un sourire narquois aux lèvres. L'entendre rire le rassure et il joue le jeu de Himuro en terminant le rapport de ce qui est arrivé la veille.
« Oh... c'est pour ça que tu rechignais à porter plaintes ? Dis-le-moi si c'est le cas et on arrête tout. »
Kagami pique un fard et regarde Tatsuya et Aomine à tour de rôle, les lèvres entrouvertes dans une expression choquée. Puis, il réalise qu'on se fiche de lui et fronce les sourcils, marmonnant dans sa barbe.
« Ça va, je passe mon tour, merci. »
Aomine ricane à la mine renfrognée de son ami et en récupérant les pages pour recopier les principales informations il souffle :
« Ouais, j'me disais aussi... »
Puis il adresse un demi sourire à Himuro dont il sent le regard peser un peu sur lui.
Himuro observe, attentif. Peu de choses lui échappent d'ordinaire, il a un sens inné du détail. Ça lui a toujours servi dans la vie, pour le sport, la vie professionnelle, aussi bien que dans les relations sociales. Il aime bien ce que dégage Aomine. Un type généreux qui se soucie des autres, devine-t-il. Il lui rend son sourire.
« Taiga m'a raconté que tu avais remis à sa place un importun hier. C'est sympa. Même si tu es flic et tout, je connais des gars plus musclés que toi qui se seraient défilés dans ce genre de situation. Ou qui auraient trouvé ça trop gênant. »
Concentré sur sa tâche, Aomine ne répond pas tout de suite. Repensant au conflit intérieur qui l'avait fait hésiter sur la façon d'intervenir. Puis, toujours affairé à sa tâche il répond finalement dans un haussement d'épaule.
« Pour être franc, j'aurais pas été flic, il en aurait sûrement prit une. Si j'avais été en service il aurait fini menotté. Pour ce qui est des muscles ça veut pas dire grand-chose. De ce que j'ai observé, souvent ceux qui font de la gonflette c'est plus pour l'image que pour s'en servir. Et puis, j'ai déjà vu pire que lui. »
Himuro hoche la tête, prenant bonne note de ces informations. Un tempérament très sanguin ? Ou un attachement particulier à Taiga ? Comme dirait ce dernier, on pourrait voir la situation des deux façons... Il comprend un peu mieux l'incertitude dérangeante dans laquelle se trouve son frère de cœur, et sa difficulté à se positionner.
« J'habite pas loin de Venice Beach, commence Tatsuya... Alors je te confirme pour la gonflette ! J'en vois tous les jours des comme ça ! Les poseurs de la plage, comme on les appelle dans le coin. »
Kagami relève la tête avec un léger sourire à cette évocation.
« Ils font leur show tous les matins, approuve-t-il. Avec la musique poussée à fond et tout. C'est marrant. »
Des images très nettes apparaissent dans l'esprit de Aomine. Il voit très bien le tableau. Il assiste à peu près au même à la salle, l'océan, le sable et les palmiers en moins.
« Haha ouais je vois le genre. Et je suis sûr qu'ils ont des spectateurs, ça doit les encourager dans leur délire. »
— Clairement », confirme Himuro.
Un silence succède pendant que les deux amis attendent qu'Aomine finisse de taper la déposition, puis Kagami demande :
« Une fois la plainte enregistrée, il va se passer quoi ? Tu vas mener l'enquête ? T'avais parlé d'interroger le voisinage... »
Aomine s'interrompt un instant pour faire face à Kagami et lui expliquer ce qui va suivre.
« Eh bien ton dossier passera dans les affaires à traiter. D'ici les prochains jours, moi ou un collègue on passera interroger le voisinage pour savoir s'ils ont aussi eu des visites inopportunes. De mon côté je vais pouvoir faire la demande à la cybercriminalité – officiellement cette fois, se dit-il – de faire des recherche sur ce fameux 'Hoshi' et en fonction de ce qu'il ressort on avisera. Et surtout avec la plainte, si les visites empirent, ça deviendra possible de déployer une patrouille de surveillance. » Se voulant rassurant, il a parlé d'un ton calme et posé, pour lui c'est la routine. Puis dans un sourire qu'il veut chaleureux il poursuit : « J'ai presque fini, j'aurais juste besoin de tes papiers d'identité s'il te plait. »
Kagami fouille dans la poche intérieure de sa veste pour en sortir son portefeuille. Il évite de regarder la photo de sa carte d'identité, il y est sensiblement plus jeune et il a un peu honte de son allure de gamin dessus. Il tend la carte à Aomine et se renfonce dans son siège, impatient d'en avoir terminé avec toutes ses formalités.
Aomine récupère la carte et son visage s'illumine en découvrant Kagami adolescent. Il relève le regard sur lui, puis revient à sa paperasse sans faire de commentaires. Il se dit qu'il n'a pas tant changé que ça. Même tignasse indomptable, même regard flamboyant et déterminé. Quoique peut-être un peu blasé. Des épaules moins larges qu'aujourd'hui mais une stature déjà impressionnante pour son âge, devine-t-il. Sans savoir pourquoi, ça lui fait étonnamment plaisir de découvrir son ami plus jeune. Et alors qu'il tape les derniers renseignements nécessaires, la pensée qu'il aurait vraiment voulu le rencontrer plus tôt revient le titiller.
Son travail achevé, il relit en diagonale avant de lancer l'impression de la plainte.
« Plus qu'un autographe et tu seras libre. Vous avez prévu un truc ce soir ? » s'enquiert il pour faire la conversation en s'adressant aux deux amis.
Kagami regarde Tatsuya, qui hausse les épaules, et se tourne vers Aomine :
« Pas vraiment, sans doute chiller à la maison. Je bosse pas trop le temps du séjour de Tatsuya. »
Aomine se lève pour aller chercher les papiers dans l'imprimante, ses Rangers résonnant dans l'open space qu'il traverse. Il tend les deux exemplaires à Kagami ainsi qu'un stylo et s'entend leur proposer :
« Le bar de Tetsu n'est pas très loin. Si jamais ça vous tente, ça lui fera plaisir.
— Bonne idée, approuve Tatsuya. T'en dis quoi Taiga ?
— Hm... Ouais, pourquoi pas. » Le rouge prend les documents et y appose sa signature avant de les rendre à Aomine. « Merci.
— Celui-là est pour toi », déclare-t-il en rangeant l'autre dans le dossier, un sentiment d'accomplissement envahissant sa poitrine.
Boosté par cette petite victoire pour le reste de son service, il les invite à le suivre vers la sortie. Il les laisse en haut de l'escalier et se passe une main dans les cheveux.
« Tu vois s'était pas si difficile », se moque-t-il gentiment avant de poursuivre : « Si vous allez au Miracles, la première tournée est pour moi, dites à Tetsu de la rajouter à mon ardoise.
— Merci, c'est gentil, » approuve Tatsuya en lui adressant un signe de la main avant de dévaler les escaliers.
Un peu embarrassé, Kagami hoche la tête et salue Aomine.
« Bon, on se voit plus tard alors. Bon courage pour le boulot.
— Merci, bonne soirée. »
Aomine aurait cru que la fin des démarches auraient soulagé son ami, mais il a toujours l'air aussi soucieux quand il se détourne à la suite de Himuro. Aomine fronce les sourcils, croise les bras sur son torse et les observe quitter le commissariat. Ce n'est qu'une fois qu'ils ont franchi la porte qu'il retourne à son travail, pensif. Quoi qui puisse tracasser Kagami, au moins il n'est pas seul ce soir. Et cette idée le rassure autant qu'elle le contrarie. Il regrette presque d'être venu bosser plus tôt, sans ça, il aurait peut-être pu les accompagner...
Kagami et Himuro décident de rejoindre le bar à pied, ce n'est pas très loin de toute façon, et prendre l'air ne leur fait pas de mal. En chemin, Kagami raconte à Tatsuya ce qu'il sait de son presque homonyme, c'est à dire pas grand-chose. Et il ne sait pas trop à quoi s'attendre à propos de ce bar, mais en tout cas, l'idée d'une bonne bière le séduit.
Dix minutes plus tard, ils sont sur place, et poussent la porte du bar. Kagami scanne les lieux à la recherche de Kuroko, qu'il finit par remarquer derrière le bar alors qu'il ne l'avait pas vu la première fois. Il se rapproche pour le saluer.
« Hey. Aomine nous a dit qu'on devrait passer et nous a donné l'adresse. »
Kuroko balance son torchon sur son épaule et un rictus se coince au coin de sa bouche en découvrant les nouveaux clients qui s'installent au comptoir.
« Salut, il a bien fait. Qu'est-ce que je vous sers ?
— Une blonde bien fraîche s'te plaît.
— Whisky, ajoute Tatsuya. Du japonais. Ça fait longtemps. »
Kagami regarde autour de lui, inspectant les lieux. L'endroit est accueillant, lumineux. On s'y sent aussitôt comme chez soi, il a presque l'impression d'être déjà venu ici même s'il est certain que ce n'est pas le cas.
« Chaud ou froid le whisky ? demande Kuroko en remplissant un verre de sa pression pour Kagami.
— Sans glaçons, si c'est ce que tu veux dire, répond Tatsuya, amusé. Les glaçons font que diluer le goût.
— Pas de soucis. »
Avec des gestes sûrs, le jeune gérant sert les boissons demandées et les dépose soigneusement devant les clients envoyés par son ami. Il se demande vaguement dans quelles circonstances il les a envoyés ici, mais ça ne l'étonne pas d'Aomine. Le bar n'est pas bondé ce soir, surtout des habitués. Peut-être quelques étudiants un peu plus tard, en attendant, l'ambiance est tranquille pour l'instant. Alors qu'il observe discrètement les deux acolytes boire leurs premières gorgées en silence, il retourne à sa vaisselle, attentif aux autres clients.
Kagami enchaîne quelques gorgées de bière et s'essuie les lèvres d'un revers de la main, appréciant le goût légèrement amer du breuvage, et sa fraîcheur contrastant avec l'alcool qui lui réchauffe le gosier.
« Alors demain tu revois les gars de l'équipe, c'est ça ? demande Tatsuya.
— Ouais, avec Momoi. Elle a déjà commencé le boulot, elle est super efficace. J'espère que ça va nous aider.
— J'en doute pas. Vous avez le talent, elle se charge de le faire savoir. Ça ne peut que fonctionner. Ce tournoi que tu as fait... C'était que la première étape.
— Peut-être. En tout cas, première chose que je fais si je gagne plus de fric : je déménage ! »
Tatsuya rigole :
« Lassé de tes prétendants ? »
Kagami hausse les épaules :
« J'aimerais bien un truc un tout petit peu plus grand. Surtout pour la cuisine. Peut-être que je pourrais louer une petite maison. Le quartier d'Alex est sympa.
— C'est vrai. C'est tranquille. Et y a un grand parc à côté, idéal pour tes footings !
— Ouais, je pensais à ça aussi. »
Kagami est pensif, il ne veut pas aller trop vite en besogne, mais c'est vrai que c'est agréable d'envisager un peu de changement dans sa vie.
Bien qu'il n'espionne pas particulièrement, le nom de son amie attire forcément son attention. À l'évocation de l'envie de Kagami de déménager, il se rappelle des circonstances dans lesquelles il a rencontré Daïki. C'est vrai qu'à les voir ensemble, il avait oublié que c'est en portant l'uniforme que son ami avait rencontré son rival. En y repensant ça l'amuse. Combien de temps l'avait-il suivi à travers la ville, faisant le tour de chaque terrain de street, à la recherche de nouveaux adversaires ? Et il a fallu qu'il tombe dessus par hasard...
Après leurs verres, ils en commandent aussitôt d'autre, et Himuro n'oublie pas de préciser qu'ils se sont fait offrir la première tournée. Ils prennent la même chose et trinquent à son séjour. Ça lui fait du bien d'oublier un peu la routine, de retrouver Taiga et de partager du temps ensemble. Et ce whisky est vraiment exquis. Il se détend facilement, et trouve le tigre un peu plus relaxé maintenant aussi, la conversation et la chaleur de l'endroit le tenant sans doute éloigné de la mélancolie anxieuse qui le travaille parfois.
Alors qu'il leur sert la seconde vague de boissons, Kuroko remarque leur complicité évidente, les regards et les sourires équivoques que les deux amis échangent. Soudain, un éclair de lucidité le frappe lorsqu'une réflexion de Aomine résonne dans son crâne. Il était si sûr de lui en déclarant que Kagami n'était pas intéressé par Naoko... Et puis il faut dire aussi qu'il a la sainte horreur d'avoir tort. Il voit donc ici la parfaite occasion de mener sa petite enquête, sans risquer de se faire museler ou réprimander par Daïki. En apportant les verres pleins il se poste devant ses clients et avec l'air le plus innocent et détaché du monde il déclare :
« Vous pouvez être tranquilles ici, j'ai zéro tolérance pour les intolérants. Alors ne vous gênez pas surtout. »
Kagami et Himuro échangent un regard interloqué, puis le brun lâche un petit rire.
« Vraiment ? C'est une bonne politique. Je suis heureux de l'entendre.
— Euh... Moi aussi, je suppose... » acquiesce Kagami, confus.
Le fantôme hoche la tête, presque solennel, curieux de voir les résultats de son laïus, puis se dirige vers une table qui l'appelle pour passer commande.
« C'est pas la première fois qu'il dit des trucs chelous... murmure Kagami.
— Je pense qu'il croit qu'on est ensemble, chuchote Tatsuya en retour.
— Hein ?! Mais pourquoi ?
— Ce serait pas la première fois.
— Bah dans les bars gay c'est pas étonnant, mais...
— Soit il a un côté fleur bleue qui aime voir la romance partout, soit il essaie d'en savoir plus sur ton statut. Peut-être qu'il est célibataire et en recherche de l'amour.
— Tu crois ?! s'étrangle Kagami, jetant des regards furtifs à Kuroko qu'il craint de voir attiré par leurs messes basses.
— Qui sait ! dit Tatsuya en haussant les épaules. Tu dis que tu plais à personne mais tu vois pas toujours quand tu plais non plus !
— Hmpf... Tu parles... » se renfrogne Kagami.
Affairé à préparer la commande de la table quatre, il remarque que Kagami et Himuro se sont rapprochés et parlent sur le ton de la confidence, mais il ne capte aucun geste qui pourrait trahir une quelconque romance entre les deux jeunes hommes. Cela dit, ça ne prouve encore rien. Ça l'amuse toujours beaucoup de manier les mots de façon à susciter des réactions chez ses interlocuteurs. L'effet de surprise lui en apprend toujours plus que ce que les gens veulent bien dire. Parce que souvent, ils n'ont pas le temps de se composer un visage dénué d'émotions, ou un mensonge sans bafouiller. C'est quelque chose qu'il a appris avec le temps, quand il était obnubilé par l'observation de ses semblables pour les décrypter plus facilement. Au départ, c'était seulement pour améliorer son basket, mais ça s'est aussi parfois avéré utile dans la vie.
Kagami espère que la dernière hypothèse de Tatsuya n'est pas la bonne. Il ne manquerait plus qu'un triangle amoureux pour parfaire sa vie, tiens ! Mais il n'y croit pas trop... Il n'a aucune idée du genre de personne qui peut intéresser Kuroko, mais il a l'impression que ce n'est pas lui. Sans pouvoir vraiment se l'expliquer, juste une intuition. En tout cas, on dirait que Kuroko cherche effectivement à savoir s'il a quelqu'un dans sa vie, il ne comprend simplement pas pourquoi. Il frissonne à la pensée qu'il aurait pu faire ou dire quelque chose qu'Aomine n'ait pas remarqué, mais Kuroko si. Il chasse cette pensée, il n'en a vraiment pas besoin ce soir. À la place, il se réintéresse à sa bière et reprend la discussion avec Tatsuya, qui lui parle justement de sa dernière copine avec qui ça n'a pas marché.
« Tu travailles trop, en même temps...
— Je pense pas que c'était ça le problème, mais... J'imagine que t'as pas tort. J'y pense plus que d'habitude ces temps-ci... Peut-être que ce serait bien que je ralentisse un peu.
— Évidemment que ça serait bien ! »
C'est plus fort que lui. Bien que Tetsuya se considère comme quelqu'un de très respectueux d'ordinaire, il ne peut s'empêcher d'entendre. Pourtant il est à l'autre bout de son bar, s'efforçant de leur laisser assez d'intimité. Sans trop savoir pourquoi il donne autant d'importance à cette histoire, son ouïe semble s'être décuplée malgré lui. À l'évocation d'une ex petite amie, il arrête d'essuyer son verre une seconde, surpris. Il se retient de se tourner pour observer les micros expressions des deux amis, enregistre l'information et reprend sa tâche, l'esprit en ébullition.
Les deux amis en sont à leur quatrième verre et ils sont bien ici, ils n'ont plus envie de bouger. Plutôt l'envie de reprendre une autre tournée. Alors ils en demandent une, se sentant un peu échauffés par l'alcool, mais au moins ils ont dîné avant de passer au commissariat. Plus rien ne s'oppose à une bonne soirée de discussions, et tant pis s'ils boivent un peu trop, après tout, ce sont les vacances !
Comme Tetsuya l'avait anticipé, un groupe de quelques étudiants débarque dans son bar, et visiblement le Miracles n'est pas le premier qu'ils visitent. Il se charge de les installer et de les servir avant de proposer un cinquième verre à Himuro et Kagami qui acquiescent joyeusement. Il jette un coup d'œil à sa montre et décide de s'offrir une rousse. Quand il est seul, il ne prend pas vraiment de pause, mais tout le monde est servi et l'ambiance est paisible, quoiqu'un peu à la fête au fond du bar.
« Tu bois un verre avec nous, Kuroko ? propose Himuro en levant son verre pour trinquer.
— Pourquoi pas. »
Dans un sourire, il approche son tabouret et se place face à eux, levant son verre pour trinquer.
« Ça fait longtemps que t'as ce bar ? demande Kagami après avoir trinqué et avalé une gorgée.
— Hum ça va faire quatre ans que j'ai des parts dedans. Mais j'y ai débuté comme serveur pendant mes études. Des amis ont bien voulu m'aider à le racheter à l'ancien propriétaire.
— C'est super d'avoir ton propre business à ton âge ! s'enthousiasme Tatsuya. En tout cas l'endroit est sympa. Surtout maintenant qu'on sait qu'il est interdit aux intolérants, ajoute-t-il avec un clin d'œil.
— Merci c'est gentil. J'ai refait toute la déco avec Momoi-kun avant la réouverture. Elle m'aide aussi un peu à l'occasion. Avant, ça faisait plutôt taverne lugubre. Une autre ambiance... »
De nouveau, Kagami parcourt son environnement du regard et commente :
« Ouais, vous avez fait du bon boulot. Peut-être que je reviendrai alors ! J'ai pas trop l'habitude d'aller, au bar, mais bon. De temps en temps, pourquoi pas.
— Quand tu veux, ce sera avec plaisir. Ce que je vais dire n'est peut-être pas bon pour mes affaires, mais je préfère ne pas trop avoir d'habitués », avoue Kuroko, flatté que Kagami pense revenir si ce n'est pas son genre.
Kagami rit un peu à cette confession :
« Ouais... Je comprends. Moi non plus j'aime pas trop quand y a foule. Bah, tant que tu t'y retrouves dans tes comptes, pas besoin de devoir toujours agrandir le business. »
Kuroko hoche la tête, amusé.
« Et toi alors, les statistiques ? Tu bosses pour une grosse boîte ou à ton compte ? demande-t-il à l'Américain.
— Dans une boîte, répond Tatsuya. Je me mettrai peut-être à mon compte plus tard, mais je voulais me faire de l'expérience avant.
— Et ça te plait ? Enfin je veux dire les projets sur lesquels tu travails. Les maths oui j'imagine, on y atterrit pas par hasard, pense-t-il à voix haute, se souvenant de son enthousiasme évident à parler stats avec Satsuki la veille.
— Ouais ça m'intéresse. Au début c'était un peu compliqué, on donnait les tâches ingrates au petit nouveau... Mais maintenant je fais des trucs stimulants. »
Kagami ne peut s'empêcher de lever les yeux au ciel :
« Des statistiques "stimulantes", et puis quoi encore ? De la paperasse amusante ? Un sandwich industriel réjouissant ? »
Tatsuya rigole et lui donne une tape à l'arrière du crâne.
« Un peu de respect, lil'bro !
— Pff », marmonne Kagami pour toute répartie.
Kuroko s'amuse de leurs chamailleries. De vieux souvenirs s'immiscent dans son esprit et lui arrachent un sourire franc. Il lui semble comprendre d'où est venu le sentiment de familiarité dont lui a parlé Momoï après son entretien avec Kagami. Et il ne pense pas se tromper en imaginant que Aomine l'a probablement ressenti aussi.
« Aomine m'a dit que vous vous connaissez depuis longtemps.
— Depuis l'école primaire, oui, répond Tatsuya. On s'est rencontrés aux USA. Moi aussi je suis un peu revenu au Japon entre temps, mais j'étais à Kyoto. On s'est pas trop vus. Maintenant on fait comme on peut malgré les kilomètres !
— Je connais ça. C'est pas toujours facile mais de se retrouver ça fait chaud au cœur. Je suis content pour vous.
— Thanks ! Et Aomine et toi vous vous connaissez depuis le collège, c'est ça ?
— Exact. Ça commence à faire un bail aussi, confirme-t-il avant d'avaler une gorgée de sa bière.
— C'est cool de garder les vieux amis. C'est pas toujours évident. En tout cas je suis content que vous soyez là pour faire un peu de compagnie à Taïga ! Il sort pas assez !
— Hey ! J'ai pas besoin de compagnie ! proteste Kagami, même si ce n'est pas tout à fait vrai.
— Aomine par contre... tu voudras bien continuer de le voir ? Je suis pas toujours dispo pour l'occuper. » Demande Kuroko.
Particulièrement attentif aux réactions de Kagami, il affiche un sourire mutin, fier de son sous-entendu. Si Daïki l'entendait parler de lui en ces termes, il en aurait surement pris une, comme son vis à vis un peu plus tôt. Le concerné grognerait surement un truc du genre qu'il n'est pas un chien qu'on doit promener et qu'il sait très bien s'occuper tout seul, haussement de sourcil graveleux à l'appui.
Kagami rougit à cette demande inattendue et se passe une main dans les cheveux, gêné.
« Ouais euh... Je ferai de mon mieux... »
Même si justement, ce n'est pas le meilleur moment de faire des promesses et que même si ça lui broie le cœur, il n'est pas sûr de continuer à le fréquenter aussi régulièrement. Cela dit... Après tout ce qu'ils ont déjà vécu... Il ne peut pas le laisser tomber plus. Il ne veut pas non plus. Bref... Il n'est pas plus avancé que ce matin sur ces questions, évidemment.
La tristesse qui voile soudainement le regard de Kagami alerte Kuroko. D'autant plus qu'Himuro observe son lil'bro avec compassion. Maintenant, il se sent bête. Ce qu'il voulait plaisanterie, le jeune homme l'a visiblement pris très au sérieux. Malgré son malaise, il ne manque pas d'enregistrer ce détail et tente de se rattraper.
« Je plaisantais Kagami-kun. Je sais que Aomine peut être un peu ... extrême et difficile à gérer. S'il te soûle, t'as qu'à lui dire. Moi je me gêne pas et on est toujours amis », déclare-t-il en haussant les épaules.
Aomine ne lui en a jamais voulu d'être honnête avec lui, même quand ce n'étaient pas des choses faciles à entendre. Et s'il s'en est trouvé plus d'une fois offusqué, son vieil ami est toujours revenu vers lui, comme si de rien était.
Cette remarque fait sourire Kagami, qui reprend une gorgée de bière.
« T'en fais pas, il me soûle pas. »
Il détourne le regard et cherche désespérément un autre sujet de conversation, mais ne trouve rien. Heureusement, Tatsuya est là pour le sauver.
« Et Momoi, elle passe souvent ici ? demande-t-il à Kuroko. D'après ce que m'a dit Taiga, elle a l'air bien occupée !
— Régulièrement oui. Elle est passée après son entrevue avec Kagami. Pour me raconter et squatter ma connexion. Honnêtement, j'ai jamais compris comment elle faisait. Elle est sur tous les fronts, et toujours en forme. Au collège, rien qu'à la voir courir partout, elle nous épuisait. Ça n'a pas changé.
— La clé doit être dans l'organisation, estime Tatsuya. Ou alors elle a un retourneur de temps comme Hermione dans Harry Potter, ajoute-t-il pensivement.
— Ça lui va bien. C'est vrai qu'elle est un peu magicienne notre Satsuki. »
Himuro rit et jette un coup d'œil à Taiga, qui semble avoir retrouvé son humeur maussade. Il n'aime pas le voir comme ça, mais n'est pas vraiment certain de savoir comment l'aider. C'est vrai que sa vie sentimentale n'est pas simple pour lui. Il va falloir qu'il se batte, comme il le fait toujours. Mais Himuro est confiant. Kagami s'en sort toujours, même s'il a parfois besoin d'un coup de main.
Kuroko termine sa bière puis farfouille dans les étagères derrière lui. Il remplit deux verres de son meilleur saké, bouteille qu'il réserve aux occasions spéciales. Il voit bien que Kagami a l'air abattu, et d'une façon ou d'une autre, il sent que c'est de sa faute. Il espère que ce petit remontant lui fera plaisir.
« Tenez, c'est la maison qui offre. »
Sur un signe de tête, il les laisse pour débarrasser une table et prendre des commandes.
Kagami trempe les lèvres dans le liquide et le laisse rouler sur sa langue.
« Hm... Pas mal ce saké.
— C'est vrai, approuve Tatsuya après en avoir bu une gorgée. T'as vu, on est populaires ! On est jamais venus dans ce bar et on se fait déjà payer des verres !
— Yeah... » acquiesce Kagami avec un léger sourire.
Ils repartent dans une discussion sur les films qu'ils ont vus récemment, les jeux auxquels ils ont joués, et finalement décident qu'il se fait tard et qu'il est temps de rentrer. Tatsuya se lève et insiste pour payer l'addition.
« Merci pour les verres, Kuroko. C'était sympa. »
Le gérant les remercie à son tour d'être passé puis leur adresse un signe de la main avant qu'ils ne quittent son établissement. Il les observe s'éloigner bras dessus bras dessous dans la pénombre de la nuit se disant qu'il les aime bien, ces gars-là. Il espère avoir l'occasion de rejouer avec eux avant que Himuro ne reparte, et aussi de lever le mystère qui s'épaissit autour de Kagami...
Chapter Text
Le lendemain, Kagami a décidé de passer la soirée seul, tandis que Tatsuya et Alex sont allés au cinéma ensemble. Il s’en veut car il se sent toujours déprimé et a l’impression de ne pas profiter de son frère de cœur autant qu’il le voudrait… Il se raisonne, il a juste besoin d’un peu d’air, un moment pour se poser et oublier ce qui le préoccupe en ce moment. Mais ce soir il se sent fébrile, agité, et se désintéresse en quelques minutes de toutes les activités qu’il entreprend. Finalement, il va à sa fenêtre et inspire profondément l’air nocturne, s’imprègne du calme relatif du quartier à cette heure. Il écoute la ville bourdonner en sourdine, incertain. Quelque chose l’appelle au dehors et pourtant ça lui paraît étrangement dangereux. Comme une sorte de mauvais pressentiment incongru pesant sur sa poitrine. Et pourtant, il en a marre d’être enfermé, de tourner en rond dans ses pensées, d’être empêtré dans ses doutes. Un long moment, il reste à sa fenêtre, appuyé à la rambarde, à contempler la nuit. Dans le silence relatif qui l’entoure, de nombreuses choses lui reviennent à l’esprit. Les mots de Tatsuya, qui voit un espoir là où lui n’en discerne aucun. Ses propres réflexions sur quoi faire de sa vie. Le sentiment de manquer, sans parvenir à discerner de quoi il manque au juste. La frustration et le vide générés par ses espoirs qu’il sait vains. Sa quête de lui-même, tout juste commencée.
Il soupire, referme sa fenêtre, jette un coup d’œil nerveux à son portable. Il pense à Aomine et ça embrouille encore plus ses pensées. Il se sent coupable de quelque chose qu’il n’a pas dit ou fait. Ses propres sentiments sont un poids honteux qui s’accroche à son cœur et à son corps. Derrière la vitre, la nuit se moque. Il y a même un croissant de lune comme un sourire railleur griffonné dans les nuages, surveillant ses faits et gestes. Fatigué par ses ruminations, il arrête de tergiverser, se change pour troquer son jogging et t-shirt large pour un jean près du corps, des DocMarteen montant à mi-mollet et un t-shirt blanc sans manches mettant en valeur sa musculature. Généralement, cette tenue fait mouche. Il ne sait même pas s’il a envie de ressortir de ce bar accompagné. Il a juste envie… de plaire. De se sentir vivant à nouveau. D’oublier sa solitude et l’impasse dans laquelle ses sentiments amoureux l’ont poussé.
Au début, il n’osait pas venir dans ce bar. L’idée lui semblait bizarre et inconfortable. Et puis il s’était aperçu que ses possibilités étaient assez limitées pour trouver quelqu’un dans le « vrai » monde, surtout qu’il refuse d’utiliser des applis de rencontre. Et puis au moins là-bas, c’est safe. Personne pour vous regarder de travers, puisque tout le monde est comme vous. C’est Alex qui l’a convaincu d’y aller. Un ami à elle se tenait garant que c’était un endroit sympa, et discret. Alors même s’il avait toujours des réticences, un soir, sa curiosité et… d’autres besoins primaires l’avaient mené ici. Souvent, il se demande ce qu’il aurait fait sans Alex. Depuis le début, elle le soutient. Elle l’a aidé à ne pas se renfermer dans sa solitude, surtout après le lycée, quand il s’est retrouvé tout seul avec une vie à construire, dans un pays qu’il refusait de lâcher mais dans lequel les gens comme lui n’étaient que des ombres, presque comme des légendes urbaines, tout juste bons à servir de caution comique dans les mangas et les jeux vidéo. Déjà, il mesure sa chance d’être dans une grande ville : à la campagne, il aurait probablement dû se cacher toute sa vie. Ici, il existe des havres de paix bien cachés dans le tissu urbain, accessibles seulement aux initiés, ou presque, comme si ce qu’ils faisaient était illégal. On s’y rencontre dans une semi-clandestinité, mais à l’intérieur de ce bar, Kagami a l’impression réconfortante que pour une fois, le monde s’adapte à lui et non l’inverse. Parfois, il y passe la nuit entière, à boire, à discuter ou à danser. Cependant, il n’est pas sorti depuis longtemps… pour se concentrer sur le travail, soi-disant. Non que ce soit entièrement faux… Mais c’était surtout pour fuir une part essentielle de lui-même, une part qui ne fait que survivre au quotidien. Là-bas, elle s’épanouit. Là-bas, il oublie qu’en d’autres endroits, cette part de lui est un défaut, une faille, quelque chose à réparer, quelque chose sur lequel tout le monde a un avis.
Le plus ironique, c’est que Kagami n’a même pas réussi à lier d’amitiés là-bas. Quelques aventures, des compagnons de beuverie, oui. Mais pas d’amour, ni d’amitié. Des liens fugitifs. Et il sait qu’au fond de lui, il a toujours maintenu ses distances, ne laissant personne réellement savoir qui il était. Sans doute parce que lui-même n’en était pas certain. Il avait l’impression de n’avoir rien à offrir à autrui, trop concentré sur le chantier qu’était sa vie, trop solitaire, trop méfiant. Peu de gens peuvent en réalité briser sa carapace. Tatsuya, bien sûr, Alex… Et ça s’arrêtait là, jusqu’à récemment, avec Aomine… Mais il ne préfère pas penser à lui ce soir. En fait, moins il y pense, mieux c’est.
À cette heure-là, une bonne partie de la population du bar est bien alcoolisée et les plus raisonnables commencent à partir, tandis que les plus fêtards entament juste leur nuit. Kagami n’est ni l’un ni l’autre, et il prend place au comptoir en faisant signe à Mika, le serveur. Celui-ci le salue d’un sourire et lui sert sa bière habituelle, que Kagami descend à grandes goulées avant de balayer l’assistance du regard. Il reconnaît quelques visages, des habitués, des gars avec qui il a bu toute la nuit une fois ou deux, un avec qui il a dansé pas très innocemment, et même un avec qui il s’est envoyé en l’air. C’était quand ? Six mois ? Sans doute un peu plus… Kagami l’examine attentivement. Peut-être que Hajime est libre et voudrait remettre ça. À vrai dire, ce serait plus facile avec quelqu’un qu’il connaît déjà… Percevant sans doute son regard insistant, Hajime se tourne vers lui. Ses longs cheveux noués en queue de cheval sur sa nuque encadrent un visage anguleux où brillent deux grands yeux en amande, tandis qu’une barbe de trois jours mange une mâchoire carrée mais bien dessinée. Son regard intensément noir se pose sur lui, et un sourire éclaire ses traits en le reconnaissant. Kagami observe sa silhouette élancée, sa taille fine, ses épaules larges et ses biceps saillants. Il ne cherche pas à faire dans la discrétion. Autant que Hajime capte directement le message. Et quelques minutes plus tard, son ex-amant, de quelques années son aîné, se pose sur le tabouret jouxtant le sien.
« Salut Taiga. Long time no see ! »
Kagami ne peut s’empêcher de rire à cette tentative assez pittoresque pour parler anglais.
« Tu te fondrais parfaitement dans la population aux USA, avec cet accent.
— Des sarcasmes, toujours des sarcasmes, se plaint faussement Hajime. Mais plus sérieusement. Ça fait longtemps qu’on t’a pas vu. Tu faisais quoi ? »
Kagami hausse les épaules.
« Occupé par le boulot. Et pas trop envie de sortir. »
Hajime l’observe d’un regard de côté, à moitié dissimulé par une mèche de cheveux noirs. Kagami peut sentir d’ici son parfum familier, mêlé d’une note âcre de tabac. Et d’un seul coup il espère vraiment qu’il est libre ce soir.
« Bon, je suis content que tu te sois pointé, en tout cas, dit Hajime. Je commençais à m’ennuyer.
— Vraiment ? » Kagami esquisse un sourire et ajoute : « Pourtant t’as du succès ici, j’ai l’impression.
— Jaloux ? demande le brun en haussant un sourcil.
— Rêve pas », marmonne le rouge, ce qui fait rire Hajime à son tour.
Hajime commande un verre et ils trinquent, discutant de choses et d’autres pendant presque une heure, avant de décider de mettre les voiles.
Quand ils sortent, la rue est déserte. Même si le quartier est un peu chaud, les affaires qu’on y mène sont généralement discrètes, et à cette heure rien ne bouge, ou si ça bouge, c’est furtivement.
« On va où ? Chez toi ? Ou c’est toujours un secret ? » demande Hajime tandis qu’ils remontent la rue en direction d’une artère plus fréquentée où ils pourront prendre un taxi.
« Hm… Je préfère chez toi », répond Kagami, un peu gêné. Ce n’est pas très sympa de sa part, mais il n’aime pas ramener des presque inconnus chez lui. Cependant, Hajime ne s’en offusque pas. Au contraire d’ailleurs, puisque… il le pousse contre le mur ?! Kagami ouvre de grands yeux :
« Qu’est-ce que tu fous ?! »
La main de Hajime se plaque sur son entrejambe tandis que ses lèvres ravissent les siennes. Et c’est là qu’il se rend compte à quel point il a besoin de ça. Il l’enlace, ses mains se glissant instinctivement sous son blouson, et répond sauvagement à son baiser. Puis, une étincelle de lucidité rallume son cerveau et il le repousse doucement.
« Pas ici… »
Il regarde d’un côté et de l’autre de la rue, honteux à l’idée d’être surpris. D’ailleurs, il aperçoit les phares d’une voiture sur leur gauche.
« On fait rien d’illégal… » sourit Hajime en revenant l’embrasser, mais Kagami le repousse de nouveau en riant un peu, et désigne d’un geste du menton sa main toujours posée sur son entrejambe, et déjà en train de défaire son pantalon.
« Et ça ?
— Hmf… Bon, on se dépêche alors. »
Hajime retire à peine sa main que la lumière des phares les éblouit. Le véhicule passe devant eux et Kagami sursaute en réalisant que c’est une voiture de police. Il regarde dans l’habitacle et pendant un instant, il jurerait croiser le regard d’Aomine. Et il ignore pourquoi ça le fait se sentir coupable.
Aomine reste attentif, aux aguets. Cette nuit il est de patrouille avec Iwao. Un gars qu’il ne connait pas très bien et qui est un peu trop bavard à son goût. Il conduit comme s’il faisait une promenade de santé, sans faire attention à ce qui l’entoure en dehors de la route. Il se dit qu’il a bien fait de prendre le siège passager. Pour compenser un peu et scruter attentivement derrière sa vitre si tout est calme au dehors. D’après l’heure sur l’auto radio, ils entrent dans la partie de la nuit qui se trouve être le théâtre des pires comportements. En plus leur itinéraire les diriges vers une zone réputée pour rester tardivement animée. Raison de plus pour demeurer vigilant.
Leur voiture de patrouille s’engage dans une rue à sens unique, plutôt mal éclairée. Pourtant au loin, il peut clairement apercevoir deux hommes se ruer l’un sur l’autre. Il fait signe à son pilote d’accélérer, la main sur la poignée de la portière, prêt à sortir du véhicule pour intervenir. Mais en reconnaissant la carrure et la coiffure hors du commun de l’un des deux hommes, il se fige. Il y a peu de place pour l’erreur. Kagami. Kagami qui n’a pas du tout l’air contre l’agression dont il vient d’être le témoin. En fait, s’il en croit sa langue dans la bouche de son agresseur, et ses mains qui se faufilent il ne sait où, Kagami ne ressemble en rien à une victime.
Difficilement, il déglutit une bile acide qui lui brûle la trachée, les doigts toujours crispés sur la portière. Leur approche sépare un peu les deux jeunes hommes et s’il avait eu un quelconque doute, il est levé dès lors que deux orbes de feu se posent sur lui. Aomine tressaille. Choqué. Depuis le début il connait les préférences de son ami. Mais entre le savoir et l’avoir sous les yeux, il y a une différence. Une différence qui le dérange énormément. Pire. Qui lui vrille les tripes. Il est le premier surpris de son ressentit. Qu’il juge tout bonnement inacceptable. Kagami peut faire ce qu’il veut, avec qui il veut, ça ne le regarde pas. Et pourtant, même après les avoir dépassé, la vision de son ami pendu au coup de cet homme sature son esprit. L’instant lui semble durer encore et encore sous ses paupières alors qu’il s’est déjà écoulé. Il essaie de se rassurer. Après tout il n’a jamais imaginé Kagami dans cette situation, avec quelqu’un, en couple… Pourquoi l’aurait-il fait ? Alors forcément que ça le trouble d’y être confronté de force. Comme s’il avait surpris malgré lui quelque chose de l’intimité de Kagami qu’il n’était pas censé savoir. Qu’il aurait en vérité préféré ne pas savoir.
Alors pourquoi ne peut-il s’empêcher de les regarder s’éloigner bras dessus bras dessous dans le rétroviseur… Et pourquoi sa poitrine semble se remplir d’un liquide froid et lourd, perforant son cœur d’un millier d’aiguilles à cette vision ?
De très loin, comme s’il se trouvait enfermé dans une pièce blindée il entend Iwao se marrer :
« C’était pas une agression, juste deux pédales qui ne savent pas se tenir ! »
Aomine est tellement déboussolé par la violence de la tempête qu’il essuie intérieurement que les paroles de son collègue ne font pas sens immédiatement, son cœur cogne si fort dans ses tempes que tout le reste s’en retrouve assourdit, presque déformé. Quand il réalise, son sang se glace uniquement pour mieux bouillir et ne faire qu’un tour.
Toute lucidité envolé, mu par une colère fulgurante qu’il n’essaie même pas de maîtriser il s’emporte.
« T’es sérieux là ? Putain mais tu vis où ? Au moyen âge ?! »
À ses côtés, son collègue se tend instantanément, puis bafouille quelques mots d’excuses qui sonnent faux. Ce qui l’énerve un peu plus. Aomine n’a qu’une envie, lui éclater la tronche sur son volant et quitter cette voiture. Sa gorge est nouée, si étroitement que respirer devient difficile. L’air lui manque. Alors n’écoutant que son instinct de préservation et le peu de bon sens qui lui reste, il attend que le véhicule s’arrête à un feu de signalisation et sort à la hâte. Préférant terminer de patrouiller à pied, et surtout se laisser le temps de se calmer avant de rentrer au bercail. Il entend vaguement Iwao lui hurler dessus et klaxonner dans son dos.
Enfin de retour au poste, sa marche rapide n’étant pas parvenue à faire redescendre sa colère grandissante et douloureuse au creux de son ventre, Aomine la laisse se déverser sur la porte du bâtiment qu’il fait claquer, à en faire trembler les vitres. Malgré l’agitation ambiante, tous les regards convergent sur lui, dont celui du standardiste qui sursaute en retenant un cri de stupeur.
Dans son sillage Iwao qui attendait visiblement son retour tente de le retenir par le poignet, penaud et surpris de le voir autant remonté pour « si peu ». Comme brûlé par ces mots et ce contact trop ferme, trop familier et indésiré il se dégage vivement et grogne la mâchoire serrée :
« Lâche moi ou je t’en colle une. »
Son vis-à-vis obéit mais son regard se fait dur. Peu importe s’il l’a offusqué, son niveau de contrariété à lui crève le plafond. Il n’a que faire de l’égo de son collègue mal mené. Le sien le préoccupe beaucoup plus.
Il n’est censé terminer son service que dans une heure mais il ne se sent pas de rester ici une minute de plus. Même son uniforme qu’il chérit tant l’étouffe. D’un pas pressé il file aux vestiaires pour se changer, en claquant de nouveau une porte innocente sur son passage. La rage lui tord maintenant l’estomac, brassant son dernier repas qui menace de s’enfuir. L’incompréhension lui brouille l’esprit. Il se ferait presque peur dans cet état. Mais le plus effrayant, c’est de réaliser qu’il ne saurait expliquer la raison de son pétage de plomb. L’intolérance de son collègue – un frère d’arme – qu’il ait insulté Kagami, ou bien Kagami, se laissant tripoter par un inconnu sur la voie public.
Alors qu’il s’apprête enfin à sortir pour rentrer chez lui, traversant un boulevard laissé par ses collègues repoussés près des murs par son aura destructrice, Iwao revient se mettre en travers de son chemin dans une tentative d’apaisement. Plus parce qu’il craint son lien avec le chef que par pure et noble intension suppose-t-il à son regard inquiet…
« Aomine ne t’en vas pas. Je suis désolé d’accord, c’était juste pour plaisanter je ne pensais pas que…
— Que quoi !? » hurle-t-il, perdant patience.
L’autre flic le fixe d’étonnement puis soudain amusé, il s’approche pour appuyer son index accusateur sur son épaule en soufflant :
« Que ça pourrait te concerner… »
Cette fois c’en est trop. Il explose. Aomine le pousse vivement pour l’écarter de son espace vital. Projeté au mur, il ne laisse pas le temps à Iwao de retrouver ses esprits qu’il fond sur lui, frappant du poing sur le mur à quelques centimètres de sa tête. Il lui cracherait bien que ça n’a rien à voir, que ce genre de propos le dégoute ni plus ni moins, d’autant plus venant d’un homme en uniforme censé protéger, défendre, secourir quiconque sans distinction et sans jugement, mais rien ne sort. Trop occupé à se débattre. Autant avec les deux hommes qui le ceinturent pour l’empêcher de cogner à nouveau, le forçant à reculer, qu’avec ses émotions en pagaille.
Reprenant conscience de la situation, il se contraint au calme. Il inspire profondément et cesse de lutter. Ses deux collègues venus au secours d’Iwao finissent par le lâcher, en faisant tout de même barrage entre eux. L’un d’eux est Tadashi, son partenaire de basket occasionnel et accessoirement un de ses voisins. Ce dernier garde une main sur son épaule qu’il presse doucement, et l’observe avec un air plus inquiet et concerné que grave et réprobateur contrairement aux autres qu’il peut sentir peser sur lui. Aomine répond à sa question silencieuse et se dégage du contact amical.
« Ça va. Laisse-moi rentrer.
— Tu sais que je vais devoir en parler au chef…
— Fais ce que t’as à faire. »
Tadashi hoche la tête et l’escorte jusqu’à la porte. Enfin à l’air libre… L’air frais lui fait du bien, et l’apaise un peu. Sans un regard en arrière, les mains dans les poches et la tête en vrac, il rentre chez lui.
Aomine se trouve dans le brouillard. Sa tête lui tourne et le trou qu’il a dans la poitrine ne s’est pas remplis, malgré tout l’alcool qu’il a ingurgité. Dans le tunnel noir qu’il traverse, à la recherche d’une sortie, une lueur de lucidité lui conseille de rentrer à pied. Le bar va fermer et même s’il n’en a pas envie, vu son état il va falloir marcher. Avec des gestes lents et peu précis, pour ne pas dire grotesques il enfile sa veste et paye la note. Soirée salée…
La fraîcheur de la nuit le dégrise juste assez pour qu’il arrive à s’orienter et décide de s’engouffrer dans les sous terrains de la ville pour raccourcir sa pénitence. Pendant le trajet en métro, il ressasse ces derniers jours. Tournant en boucle sur les évènements. Le trou s’agrandit. Mis à pied. Lui, le flic qui fait du zèle et travaille toujours trop. Il grimace à son reflet dans la vitre, aussi trouble que sa vie. Il s’en veut. Il n’aurait pas dû s’emporter comme ça, encore moins au poste, avec autant de témoins. Il se rappelle la première fois qu’il a perdu le contrôle de lui-même au travail. Un rire désabusé lui échappe quand la réalité le frappe. Cette fois-là aussi, c’était à cause de Kagami.
Kagami… Kagami qu’il n’a pas revu depuis cette fameuse nuit et à qui il a à peine parlé. Il n’a même pas eu le courage d’aller récupérer les plats que son ami a terminé de préparer pour lui. Prétextant être surbooké. Menteur. Il détourne le regard du type flou face à lui qui le fixe, méprisant. Aomine se recroqueville, coudes sur les genoux, paumes sur les yeux. Il tente vainement de dissiper son mal de crâne. Plus il se force à ne pas y penser, plus son ami revient le hanter. Seulement quelques jours, quatre ou cinq peut-être qu’il a décidé de prendre ses distances pour réfléchir, et tout autant que Kagami lui manque. Comme si son corps et son esprit s’étaient ligués contre sa volonté, lui imposant des souvenirs, des pensées et des envies venant parasiter ses réflexions et anéantir ses tentatives de l’oublier plus de cinq minutes. Une mutinerie pure et simple de lui contre lui. Une lutte acharnée pour stopper leurs assauts qu’il a tenté de repousser à coup de diverses occupations, plus ou moins concluantes. Sa dernière option : se mettre minable. Il avait naïvement pensé que boire pourrait les assommer ou au moins les affaiblir. Mais à son grand damne, c’est pire. Loin de les faire taire, l’alcool semble au contraire faire résonner ses pensées plus fort et rendre ses souvenirs plus vifs. C’est sa vigilance qu’il a réussi à endormir. Éreinté, il est pressé de s’écrouler dans son lit. Espérant une nuit sans rêves, profonde et salvatrice.
Devant sa porte d’entrée, il s’agace. Il doit vraiment être plus déchiré qu’il ne le croyait… Parce qu’il n’arrive même pas à faire entrer cette foutue clef dans la serrure. Il en essaie une autre qu’il est pourtant à peu près certain qu’elle ouvre habituellement sa boîte aux lettres, puis se cogne le front contre le battant, consterné d’échouer là encore. Résigné à devoir dormir sur le pas de sa porte, il se laisse couler au sol, vaseux et fébrile. Malgré l’épais nuage qui brouille ses sens, il note tout de même avec étonnement que la moquette du couloir a changé de couleur. Elle est bien plus terne, et plus usée que dans son souvenir. Quoique… c’est la première fois qu’il la voit d’aussi près alors peut-être qu’il se fait des idées. Aomine arrose son esprit de déduction infaillible avec une gorgée du whisky qu’il a acheté en chemin et s’essuie les lèvres d’un revers de main.
Il est bien assis là. C’est calme. C’est silencieux. Mais à peine a-t-il finit de formuler cette pensée que son perfide esprit rebelle l’assaille de nouveaux. Un souvenir cuisant qui contracte ses poings et son estomac, lui donnant la nausée. Kagami. Avec un autre. S’embrassant dans une ruelle à la faveur de la nuit. Puis il les imagine chez lui. Se déshabillant mutuellement pour assouvir leur désir. Aomine grogne sous la douleur. Il a le sentiment que son trou noir pourrait l’aspirer tout entier, et quelque part, il le souhaiterait presque. Disparaître. Ne plus exister pour ne plus penser, ne plus souffrir. Ces images sont insoutenables, il n’en peut plus de les voir encore et encore, tout le temps, de jour comme de nuit. C’est une torture. Aomine se cogne la tête à plusieurs reprise contre le battant de la porte pour les faire passer, changer de chaine. Il trouve la douleur physique plus supportable, ça a au moins le mérite de détourner son attention et d’alléger un peu celle qui lui broie le cœur.
Alors qu’il allait cogner une nouvelle fois contre sa maudite porte pour terminer de s’assommer, celle-ci se dérobe. Son équilibre précaire perturbé par la soudaine disparition de son seul soutien, il tombe à la renverse, s’étalant sur le sol avec autant de grâce qu’un phacochère en tutu. Surpris qu’elle s’ouvre de l’intérieur, il pense tout d’abord à Satsuki. Peut-être est-elle venue squatter son canapé ? Mais le regard qui le surplombe, aussi stupéfait que doit être le sien en cet instant, n’est pas celui de sa meilleure amie. Incrédule, tout ce que Aomine est en capacité de comprendre c’est que l’objet de ses pensées est sorti de l’intimité de sa caboche pour le tourmenter un peu plus en chair et en os. Ça y est, il devient fou. À cette désagréable perspective il fronce les sourcils. Toujours étalé au sol, il pointe son doigt – et la bouteille qu’il tient obstinément – sur le visage flottant au-dessus de lui et ordonne agacé :
« Toi là ! Arrête de faire ça ! »
Kagami fixe son invité surprise avec une incompréhension totale. Tatsuya est parti il y a quelques heures et il a décidé de faire une petite session de live, qu’il a mis en pause lorsqu’il a entendu cogner à sa porte en pleine nuit. Il a regardé par l'œil de bœuf, se préparant à appeler les flics si nécessaire. Quelle n'a pas été sa surprise en constant qu'il n'y avait personne dans le couloir, du moins personne de visible ! Marmonnant dans sa barbe, il a alors ouvert la porte, pour voir s'écrouler sur son lino un Aomine ivre mort qui le menace à présent de sa bouteille.
« Hein ? Arrêter quoi ?! lance-t-il à l'ivrogne. Toi, arrête de cogner sur ma porte ! Et puis d'abord, qu'est-ce que tu fiches par terre ?! »
Pour une raison ou pour une autre, cette question lui paraît plus importante dans l'immédiat que de savoir ce qu'il fiche chez lui, alors que son ami l’a ignoré depuis plusieurs jours. Il faut dire que lui-même ne s’est pas non plus montré très présent… Toujours angoissé et déprimé par ses sentiments, il a tenté de se focaliser sur autre chose, quelqu’un d’autre, essayé de s’ouvrir un peu pour vivre sa vie en dehors d’Aomine… Même si ça n’a pas vraiment fonctionné. Et une part de lui est contente de voir le brun ici, malgré son état.
Aomine ne s'attendait pas à ce que sa vision lui réponde. Quelle impertinence… ! Persuadé qu'il discute avec une invention de son cerveau qui déraille, bien que la ressemblance soit frappante de réalité, il lui répond sans détour :
« Arrête de m'obséder Kagami. Je suis fatigué... »
Il ne sait quoi dire pour la seconde question, et de toute façon il l'a déjà oublié...
Kagami le dévisage en clignant des yeux. « L’obséder » ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Et puis, « fatigué », c’est l'euphémisme de l'année... Il se mordille la lèvre sans trop savoir quoi faire. Aomine n'est pas du tout lucide, il ne peut pas le laisser là.
« Bouge pas », lance-t-il d'un ton bourru avant de retourner devant son ordinateur. Sans rallumer sa caméra, il annonce à son audience qu'il a une urgence. « Rien de grave, vous en faites pas. On se retrouve demain, bonne nuit. »
Aomine rigole. Une urgence... Il ne voit rien d'anormal pourtant, pas de visiteur importun qui menace la tranquillité de Kagami. Si c'est bien le vrai Kagami qui se trouve chez lui. Comprenant néanmoins qu'il s'adresse à d'autres personnes, il lance à son tour :
« Bande de voyeurs ! Heureusement que vous ne pouvez pas voir son cul ... Il est encore mieux sous cet angle !»
Kagami lance un regard mortifié au brun, toujours étalé sur le sol de son entrée. Mais qu'est-ce qui lui prend ?! Qu'est-ce que vont imaginer ses viewers ?! Sans rien ajouter, il coupe rageusement le live. Mais quel idiot, c'est pas possible ! Il prend une grande inspiration, et retourne à la porte d'entrée, tendant sa main à Aomine.
« Allez, lève-toi. Tu vas pas passer la nuit sur le paillasson. »
Un moment Aomine observe la main tendue, hésitant à la saisir. Il se demande vaguement ce que Kagami fout chez lui et comment il a pu entrer mais il est bien content qu'il y ait quelqu'un pour l'aider à rejoindre son oreiller. Finalement il obtempère et saisit l'avant-bras qui patiente. C'est seulement lorsqu'il se sent tracter avec force qu'il envisage la possibilité que ce ne soit pas une hallucination. La chaleur de Kagami est bien réelle, bien trop réconfortante pour être le fruit de son imagination. Maladroitement il tente de se redresser, mais le sol bouge, lui faisant perdre l'équilibre.
Kagami rattrape le brun de justesse et fait passer son bras autour de ses épaules pour le stabiliser. Heureusement qu'il est solide : gérer les ivrognes de ce gabarit n’a rien de facile. Tenant son poignet d'une main, son autre bras passé autour de sa taille, il se débrouille pour le tirer maladroitement dans le salon, et laisse tomber son fardeau dans le canapé. Après quoi, il va refermer sa porte, la verrouille, puis se fige à l'entrée en contemplant Aomine affalé sur son canapé. Il ne comprend pas pourquoi il est ici. Pourquoi il est dans cet état. Mais Aomine n'a pas l'air de le savoir non plus... Tant pis, il faudra attendre demain pour obtenir des réponses.
Il rejoint sa cuisine et ouvre le robinet pour remplir un grand verre d'eau. Puis, il s'approche du canapé et tend le verre au brun.
« Bois ça. En entier. Je vais faire le lit. »
Sa tête lui tourne. Ces quelques pas et l'atterrissage en trombe lui tortillent l'estomac. Il se redresse un peu avec lenteur pour boire le verre qu'on lui propose. Les premières gorgées lui font du bien, rafraîchissantes et purifiantes. Mais soudain, une remontée acide l'oblige à reposer le verre. Il inspire et expire calmement pour refouler son haut le cœur, mais l'eau a visiblement terminé de brasser le contenu de sa panse malmenée. Non sans difficulté il se précipite à la salle de bain pour se soulager. Agrippé à la cuvette des toilettes, il laisse le mal sortir.
Kagami soupire, et égoïstement espère qu'Aomine n'a pas raté la cuvette. D'accord, il éprouve aussi un pincement d'inquiétude pour lui. Et il est heureux de le voir malgré tout. Mais il est en colère aussi… Débarquer comme ça chez lui ivre à en être malade, alors qu'il est en plein stream... Enfin, inutile de s'énerver. Il repousse la table basse comme tous les soirs, sort le futon du placard et le déplie. Il installe ensuite la couette et les oreillers, et ne se donne pas la peine de changer les draps. De toute façon son invité va y mariner dans la sueur d'alcool toute la nuit, alors... Une fois la literie prête, il tend l'oreille et n'entendant plus rien de particulier, il se risque à s'approcher de la salle de bain et toque doucement à la porte entrebâillée.
« Ao ? Est-ce que ça va ? »
Assis devant les toilettes qui ne sont définitivement pas les siens, Aomine attend que ça passe, préférant s'assurer qu'il a tout évacué avant de faire une nouvelle tentative de mise à la verticale. La gorge irritée, il répond douloureusement.
« Ouais... ouais je crois. J'peux te piquer une brosse à dents ? »
Il se sent tellement mal. Physiquement d'abord, regrettant ses excès et vis à vis de son hôte forcé. Kagami l'a hanté si fort qu'il est inconsciemment venu chez lui, cédant à ses pulsions enfouies. L'obligeant à le voir dans cet état lamentable. Alors s'il peut lui éviter en plus l'haleine de fennec, il se dit que ce sera déjà ça...
« Ouais... Y a des brosses à dents neuves dans le tiroir sous le lavabo. Sers-toi. Appelle-moi si t'as besoin de quelque chose ok ? »
Aomine le remercie et se redresse, chancelant. Ses jambes flageolent sous lui, il ne se souvient pas s'être un jour senti si vulnérable. Ce qui ajoute à sa contrariété. Le brouillard qui obscurcit ses pensées est toujours présent, mais moins opaque à présent qu'il est à peu près purgé. Laborieusement il se brosse les dents avec un certain plaisir. Retrouvant par ce simple geste du quotidien, un minimum d'humanité. Il en profite pour se rafraîchir un peu, s'aspergeant le visage d'eau froide, puis rejoint la pièce principale qu'il découvre pour la première fois installée pour la nuit. Gêné de déranger ainsi Kagami il bafouille :
« Je hum... J'vais appeler un taxi, je t'ai assez dérangé comme ça... »
Kagami le fixe d'un regard brûlant et croise les bras sur sa poitrine d'un air menaçant.
« Premièrement, tu débarques ivre mort en tapant à ma porte comme un sourd, alors hors de question que tu te casses comme un voleur sans m'avoir donné des explications. Deuxièmement, tu es pas en état de rentrer chez toi. »
Il désigne le futon d'un geste du menton et s'adoucit.
« Va te coucher, Ao. Je t'ai laissé une bouteille d'eau pour la nuit. On parlera demain matin. »
Un frisson dévale son échine sous le regard menaçant qui le foudroie. Confus et à la fois reconnaissant, il abdique sans résistance. Aomine s'approche en se frottant le crâne, s'inquiétant d'un détail important.
« Et toi... tu vas dormir où ? »
Il y a de la place pour deux sur son futon, mais Kagami préfère éviter.
« Le canapé. »
Il attrape un oreiller et un plaid et les y installe, puis il va faire un tour rapide dans la salle de bain pour se préparer pour la nuit. Quand il retourne dans le salon, il n'est pas sûr qu'Aomine soit encore réveillé, alors il éteint discrètement la petite lampe de son bureau, et s'allonge dans le canapé où il n'a encore jamais dormi. Et évidemment, il est trop petit et étroit pour qu'un gars comme lui puisse y dormir confortablement. Enfin, ce n'est que pour une nuit... Il ferme les yeux, mais sait déjà qu'il va avoir du mal à trouver le sommeil, trop perturbé par ce qui vient d'arriver.
Dès lors que sa tête lourde et bruyante se pose sur l'oreiller, Aomine se détend. Conscient de son cœur qui tambourine contre ses côtes à un rythme anormal, il ne peut ignorer que le parfum de Kagami imprégnant les draps y est pour beaucoup, le berçant dans la torpeur. Pour quelqu'un qui voulait éviter cet homme, se retrouver dans son lit, avec lui qui dort à seulement quelques centimètres au-dessus, on peut dire que c'est raté. Une mission lamentablement échouée, se dit-il en s'enroulant dans la couette. Et le pire, c'est que demain matin il va devoir répondre à des questions dont il n'a même pas eu le temps d'établir les réponses, trop occupé à penser à Kagami et sa vie sentimentale. Il secoue la tête, préférant occulter le fait que peut être, quelqu'un d'autre a été dans ces draps. Il soupire d'exaspération contre lui-même. Cette nuit, il pourra se reposer sereinement, puisque Kagami n'est avec personne d'autre que lui. Son esprit trouvant enfin une forme de paix à cette douce réalité que le souffle régulier de son ami vient appuyer, le sommeil finit par le cueillir.
Comme prévu, Kagami peine à trouver le sommeil. Il se tourne et se retourne sur ce canapé inconfortable. En plus, ça lui fait bizarre d'avoir quelqu'un avec lui. Ça n'est jamais arrivé auparavant. Il soupire, rouvrant les yeux pour regarder les ombres projetées par les lampadaires à travers les rideaux. Il ne cesse de se repasser les détails de la fin de soirée dans sa tête, et définitivement, il n'y comprend rien. Il se dit qu'il est peut-être arrivé quelque chose au boulot d'Aomine, que celui-ci traverse un moment difficile. Mais il aurait pu lui en parler avant au lieu de se mettre dans cet état... Il jette un coup d'œil à la forme sombre qui ne bouge plus dans son futon. Bon, au moins, pour l'instant le brun est en sécurité. Les choses seront un peu plus claires après une nuit de sommeil. Finalement, ses pensées commencent à s'effilocher et l'engourdissement le gagne, et enfin il s'endort.
Chapter Text
Le lendemain matin, Kagami se réveille tôt. Il a mal dormi dans le canapé, et ses rêves ont été remplis d'angoisse. Quand il ouvre les yeux, il se rappelle aussitôt ce qui s'est passé la veille. Il ne sait toujours pas quoi en penser, mais il se sent nerveux et perturbé, et toujours un peu en colère contre Aomine, essentiellement par frustration parce qu'il n'arrive pas à comprendre ce qui s'est passé.
En se redressant, il jette un coup d'œil à son futon, où le brun dort toujours profondément. Il s'adoucit un peu en le voyant et se rappelle sa détresse et sa vulnérabilité la veille. Quoi qu'il puisse y avoir ou non entre eux... Ça reste son ami. Il soupire et se lève, puis il va se rafraîchir avant de commencer le petit-déjeuner dans la cuisine. Il n'a pas fermé le store la veille et un rayon de soleil passe à travers l'appartement, lui remontant un peu le moral, de même que la bonne odeur de bacon qui commence à monter de sa poêle.
La couette remontée jusque sur ses yeux pour éviter la lumière, Aomine est tiré du sommeil par le son délicieux des grésillements d'une poêle et l'odeur alléchante d'un copieux petit déjeuner. Instantanément, son estomac se rappelle à lui, réclamant bruyamment quelque chose de solide. Pourtant malgré la faim qui le tiraille il se sent vaseux. Barbouillé lorsqu'il réalise qu'il n'est pas chez lui et que des bribes de souvenirs se superposent par images désordonnées sous ses paupières qu'il préfère garder closes. Plus il se rappelle la soirée de la veille, plus son ventre se tord. Son rythme cardiaque accélère sensiblement aussi, en comprenant qu'il est dans les draps de Kagami. Dans son dos, un filet de sueur glacé termine de le réveiller. Paniqué à l'idée d'affronter ce qu'il espère être un simple cauchemar, il hésite à sortir de dessous la couverture, le protégeant pour le moment de la réalité.
Il prend un moment pour rassembler ses esprits et tenter de se calmer. Puis il se redresse dans le futon, grognant sous la douleur de sa tête lourde qui tambourine de protestation.
Kagami lui jette un coup d'œil quand il l'entend s'agiter. Il n'a pas l'air frais, mais ça n'a rien d'étonnant. Il met ses toasts au grille-pain et remue ses œufs brouillés, laissant le brun émerger. Il se dit que ce serait bien s'il pouvait lui faire un jus pressé, il en aura besoin pour se remettre, et se rappelle qu'il a encore des oranges au frigo. Il les sort donc et s'attèle à les presser tout en surveillant ses autres préparations.
Kagami ne lui adresse pas un mot, et qu'un bref regard. Il l'observe un moment, appliqué dans ses gestes et peut sentir la tension qui émane de son ami. Il ne s'en offusque pas. Pensant que c'est amplement mérité. Il s'estime déjà chanceux qu'il ne l'ait pas laissé dehors. La honte l'étreint en repensant au spectacle qu'il a offert cette nuit à son hôte forcé. Chancelant il sort du lit et d'une voix éraillée et rocailleuse il demande :
« Ça t'ennuie si je vais prendre une douche ? »
Kagami relève la tête. Aomine a une voix plus grave au réveil. Plutôt sexy. Il chasse ça de sa tête et acquiesce.
« Ouais, évidemment, fais comme chez toi. C'est bientôt prêt. »
Lorsqu'Aomine s'éloigne, il termine son jus d'orange et prend conscience soudain de la tension dans son dos. Il n'est pas à l'aise dans cette situation, avec quelqu'un à la maison, et d'autant plus que ce quelqu'un est Aomine qui a échoué chez lui la veille et n'a pas été capable de lui dire quoi que ce soit de cohérent. Il fronce les sourcils et se reconcentre sur ses préparatifs, tant qu'il est occupé, au moins, il ne laisse pas trop de place à ses interrogations.
Sous le jet d'eau chaude Daïki soupir de soulagement. Peu à peu, il se sent reprendre forme humaine et bien que ses entrailles s'agitent, la migraine s'estompe. Il essaie de se remémorer ce qu'il a bien pu dire hier, mais il ne se souvient pas avoir beaucoup parlé. Néanmoins, il est à peu près certain que son ami ne le laissera pas partir d'ici sans un minimum d'explications. Une bouffée d'angoisse comprime sa poitrine à cette idée. Il s'oblige pourtant à sortir de sa cachette, préférant ne pas le faire attendre trop longtemps.
Lorsqu'il rejoint la pièce principale, Kagami termine d'installer le festin sur la table qui a retrouvé sa place. Il se passe la main sur la nuque, embarrassé et s'avance pour prendre place dans le canapé. Quand son ami s'installe à son tour il lui jette un regard en coin.
« Merci... Pour le petit dej' et... pour pas m'avoir laissé dehors cette nuit. Pas sûr que je mérite tout ça.
— Évidemment que j'allais pas te laisser dehors... Je vais pas te mentir, j'ai pas vraiment apprécié la façon dont t'as débarqué, mais... Visiblement, ça allait pas. J'ai pas vraiment compris ce qui se passait... Mais bon... J'ai l'impression que c'était pas très clair pour toi non plus... Alors... ça sert à rien de s'engueuler pour ça. »
Là-dessus, il empoigne sa fourchette et entame son petit-déjeuner de bon appétit. Même s'il se sent toujours contrarié et nerveux, ça ne l'empêche pas d'avoir faim.
Aomine acquiesce doucement, un brin soulagé par l'état d'esprit de Kagami. Ne pouvant résister plus longtemps, il s'attaque à un toast dans lequel il mord avec entrain, puis gémit presque de plaisir en avalant le jus d'orange frais. La cuisine de son ami a toujours le don de le réconforter et au moins le temps de se rassasier il oublie un peu tous ce qui le tourmente et qu'il va devoir bientôt affronter.
Il ne faut pas beaucoup de temps à Kagami pour terminer son petit-déjeuner qu'il engloutit plutôt qu'il ne le mange. Une fois son assiette terminée, il se lève pour ouvrir la fenêtre et mettre un peu de musique, histoire d'alléger un peu l'atmosphère. Il se pose ensuite pour boire son café, incertain de ce qu'il devrait demander ou non à Aomine. Il ne veut pas le presser... mais il a tout de même besoin de certaines réponses.
« Hier soir... Tu te souviens vraiment pas comment t'es arrivé chez moi ? » demande-t-il finalement.
Aomine qui s'apprêtait à enfourner une nouvelle bouchée de bacon suspend son geste et se redresse, prenant le temps de réfléchir avant de répondre.
« J'étais persuadé d'être arrivé chez moi. J'ai même essayé d'ouvrir ta porte avec mes clés... » Confesse-t-il, désabusé par sa propre bêtise.
Kagami fronce les sourcils, il se demande si ce genre de chose arrive souvent à Aomine, il espère que non.
« Si tu tiens pas l'alcool faudrait éviter de boire autant », lâche-t-il finalement avec une pointe de sarcasme, une esquisse de sourire au coin de ses lèvres.
« Je tiens plutôt bien en général, quoique ce soit pas non plus une habitude... J'avais pas mangé grand-chose non plus faut dire. Bref, j'ai déconné. Désolé que t'ait eu à gérer ça.
— Ok... C'est pas un drame. Ça peut arriver. Et t'as rien détruit donc ça va ! »
Le sourire de Kagami s'élargit un peu, puis il se relève pour aller faire un peu de vaisselle, éprouvant le besoin de s'occuper les mains.
Plutôt content que son ami ne cherche pas à lui tirer les vers du nez, il l'aide à débarrasser après avoir fini son assiette. Accoudé au plan de travail avec le reste de son café, tandis qu'il l'observe s'affairer en silence, une voix lui murmure qu'il lui doit plus que ça. Surement la même qui a guidé ses pas jusqu'ici cette nuit. Celle qui parle de plus en plus fort dans son crâne ces derniers jours et qu'il a vainement cherché à faire taire. Un cri du cœur qu'il ne peut plus vraiment ignorer en vérité.
Son pouls en arythmie, la peur nouant sa gorge il déclare à voix basse :
« J'ai été mis à pied... »
Kagami relève la tête vers lui, choqué par cette déclaration. Aussitôt, l'inquiétude se peint sur ses traits.
« Il... Il s'est passé un truc au boulot ? » demande-t-il prudemment. Aomine tient vraiment à ce travail, alors cette mise à pied peut clairement expliquer son état de la veille.
Aomine soupire, plus trop sûr de savoir ce qu'il a envie de dévoiler ou non. Mais il ne veut surtout pas que Kagami le voit différemment, qu'il laisse cet incident ternir ce qu'il peut penser de lui. Cette simple idée lui est intolérable, alors même si c'est effrayant de jouer carte sur table, la perspective de le perdre est pire.
« Ouais... j'ai pété un câble contre un collègue. Je sais que j'aurais pas dû mais, j'ai pas réussi à garder mon calme. »
Kagami fronce les sourcils en entendant ça, et lâche sa vaisselle, attrapant un torchon pour s'essuyer les mains. Aomine possède un caractère plutôt sanguin donc le fait qu'il ait eu un coup de colère n'est en soi pas étonnant, mais Kagami a du mal à croire qu'il n'ait pas su se contrôler, sur son lieu de travail, alors qu'il y est si investi. Sauf si c'était vraiment personnel... Peut-être que ça concernait son père.
« Ok... J'avoue, ça craint. C'est pour combien de temps ? »
Aomine se redresse et s'adosse à la faïence, le regard rivé au sol de dépit, peu fier de lui.
« Encore une bonne semaine. Puis un mois de mise à l'épreuve... »
Kagami hoche la tête. Ça n'a pas l'air trop méchant malgré tout. Mais il essaie de se montrer réconfortant.
« Ça va vite passer alors. Ça arrive à tout le monde de faire des erreurs. Surtout quand on a trop de pression... Et j'imagine que ce collègue est pas tout à fait innocent non plus ! » ajoute-t-il avec un petit sourire.
Aomine se fige. Ce sourire.... Surpris par sa propre réaction, il se demande si Kagami a toujours eu cet effet sur sa respiration ou si c'est seulement un des résultats de sa récente remise en question slash prise de conscience. Perdu dans le regard bienveillant de son ami, il lui rend tant bien que mal son sourire et confirme ses propos.
« Non... Il a eu qu'une tape sur les doigts mais mon chef va l'avoir à l'œil aussi un moment.
— Okay. C'est pas facile à digérer... Mais ça va aller. Ça remet pas en question tout ce que t'as fait jusqu'à maintenant. Et tu seras très vite de retour au boulot. »
Kagami jette le torchon sur son épaule et reprend sa vaisselle, un peu rassuré maintenant. La situation est moins grave qu'il ne l'avait redouté. Aomine a juste besoin de relâcher un peu la pression.
Sans un mot, Aomine se saisit du torchon et s'applique à essuyer la vaisselle qui sort de l'évier. Il est nerveux à présent que la boîte de Pandore est ouverte. Il pensait que la curiosité de Kagami le pousserait à poser plus de questions, et alors il aurait simplement eu à répondre pour se libérer de ce poids envahissant ses tripes. Sa conscience le traite de lâche, et l'image d'une Satsuki contrariée voire carrément furax le juge en tapant du pied. Il lève les yeux au ciel face à son délire intérieur qui n'est qu'une distraction pour retarder ce qu'il redoute vraiment d'aborder. Pourtant, il n'est pas connu pour faire dans la dentelle ou tourner autour du pot. Prenant son courage à deux mains, il se lance finalement, d'un ton qu'il veut le plus désinvolte possible.
« Au fait, tu m'avais pas dit que t'avais un mec.»
Kagami se fige, l'éponge en plein centre d'une poêle graisseuse. Son cœur s'accélère. Il avait pratiquement oublié... préféré oublier... qu'Aomine l'avait vu ce soir-là. Il n'en était pas totalement sûr, mais il le savait au fond de lui. La culpabilité qu'il a éprouvé revient lui mordre le ventre et ça le met en colère. Pourquoi se sentirait-il coupable ? Il ne doit rien à Aomine... Il serre les mâchoires et reprend son nettoyage, récurant sa poêle avec une certaine hargne.
« Alors c'était bien toi... Je me suis demandé un moment si j'avais rêvé... » Il se racle la gorge et ajoute un peu sèchement. « C'était pas mon mec. Enfin, pas vraiment. »
Bien qu'il ne sache pas comment l'interpréter, le flic note le changement d'humeur et fronce les sourcils. Est-ce que ce gars a fait du mal à Kagami ? Il déglutit la bile acide qui lui brûle la gorge à cette pensée puis prend une grande inspiration. Aomine est conscient que le sujet est sensible et le laisse à fleur de peau, preuve de plus s'il en avait besoin, que Kagami titille un peu trop ses sens. Il ne peut non plus ignorer le vague soulagement qu'il éprouve à cet aveu et s'entend demander d'un ton faussement enjoué mais sincèrement curieux :
« Tu vas le revoir ? »
Kagami lui jette un coup d'œil, perplexe quant à cette curiosité soudaine pour sa vie sentimentale. C'est vrai qu'il n'en a jamais parlé à Aomine... Évidemment. C'est la dernière personne à qui il a envie d'en parler.
« Je sais pas, ça se peut, élude-t-il. C'est rien de sérieux pour l'instant. »
Aomine non plus ne lui parle pas de sa vie sentimentale, quand il pense... Peut-être parce qu'il n'y a rien à raconter, mais il en doute. Peut-être parce qu'il a remarqué la façon dont il le regardait. Cette idée lui cause un frisson désagréable.
Pour l'instant... donc il compte bien le revoir. Aux côtés de Kagami, s'imprégnant de sa présence, les angoisses se sont tuent mais les révélations de son ami ravivent les souvenirs cuisants qui l'ont mené à sa perte de contrôle. La vision de Kagami lové dans les bras d'un autre lui vrille le corps. Comme ce soir-là, il a l'impression de suffoquer. Le flot intarissable de questions que suscite sa réaction viscérale relance la machine infernale de son esprit qui déraille et sa migraine avec.
Devant le silence du brun, Kagami le regarde de nouveau, et lui trouve l'air préoccupé, presque douloureux. Il se sent de nouveau mal à l'aise, coupable. Et perdu. D'habitude, les choses sont si fluides, si faciles avec Aomine... mais ce matin, c'est tout le contraire, et ce constat le déprime. Il a l'impression que les choses sont en train de partir en vrilles, qu'elles lui échappent, sans même qu'il ait pu saisir sur quoi il s'est planté au juste. Il aimerait retrouver cette légèreté et cette joie simple qu'il a pu éprouver au contact du brun, et il a l'impression que depuis ce fameux soir... Plus rien n'est facile. Plus rien ne va de soi. Alors qu'il croyait sincèrement qu'essayer de fréquenter quelqu'un était la bonne décision... Et puis non. Quand il y réfléchit, les choses ont commencé à devenir tendues avant ça. Quand il a réalisé que ses sentiments pour Aomine prenaient trop de place. Alors il s'est éloigné... Ça n'a été que quelques jours, mais la distance entre eux n'est plus seulement temporelle, et c'est sans doute aussi ça qui lui donne cette sensation de malaise. Et il se sent démuni, sans savoir quoi faire maintenant.
Alors qu’il observe Aomine, il lui semble un peu pâle... Malgré le solide petit-déjeuner, la nuit a été rude pour lui.
« Hey... You're okay ? J'ai de l'aspirine si t'as besoin... »
La voix de Kagami le ramène au présent. Et sa sollicitude l'apaise un peu. Mais pas assez pour calmer son agitation. Le trou noir contre lequel il a lutté ces derniers jours menace de nouveau de l'engloutir. Non, ça ne va pas, a-t-il envie de hurler. Mais ça ne fera pas disparaître son sentiment d'impuissance ni la perfide douleur qui l'empêche de raisonner calmement. Et surtout, Kagami n'y est pour rien. Enfin pas vraiment… S'en prendre à lui ne fera que l'éloigner un peu plus. De ça il en est sûr. Est-ce par ce qu'il le sentait si loin qu'il a échoué devant son appartement ? Les mains crispées sur le rebord du plan de travail pour ne pas s'effondrer sous le choc qui l'ébranle une nouvelle fois il hoche la tête et souffle :
« J'veux bien...
— You really don't seem okay... » Il pose une main sur son bras et le ramène au canapé où il le fait asseoir. « Je vais te chercher une aspirine, bouge pas. »
Kagami se rend rapidement à la salle de bain, inquiet. Il a l'impression que quelque chose ronge Aomine, et pas seulement cette cuite qu'il s'est prise la veille ou cette altercation avec son collègue. Il peut le sentir dans ses tripes... Il fouille dans son armoire à pharmacie et en sort un tube d'aspirine, puis revient dans la cuisine pour remplir un verre d'eau où il jette un comprimé effervescent, puis rejoint Aomine et lui tend le verre.
« Bois ça. »
Il s'assoit à côté de lui et le surveille d'un œil, toujours inquiet. Puis, après une hésitation, il se lance :
« Écoute... On n'a pas trop parlé ces derniers jours... J'étais embarrassé que tu m'aies vu et je me suis dit que peut-être... ça t'avait gêné... Et puis... j'avais peut-être besoin de prendre un peu l'air. Mais... on est toujours amis. »
Kagami déglutit, ne sachant pas trop quoi ajouter, regrettant ses propos maladroits, il en dit trop ou il n'en dit pas assez, mais c'est tout ce qu'il peut faire pour l'instant.
Son verre quasi vide à la main, Aomine ricane à ces paroles, sarcastique, nerveux. Il avale le reste du cachet, espérant qu'il agisse rapidement et bascule la tête sur le dossier du canapé. Il grimace quand la bosse derrière son crâne rencontre le meuble, pourtant plus confortable que le battant de la porte... Dans tout le désordre émotionnel qu'il éprouve, l'amertume se glisse dans sa voix, à défaut de pouvoir exploser. Il a un peu de mal à gérer sa vulnérabilité, et surtout que Kagami en soit encore témoin.
« Si ça m’a gêné ? Kagami, tu ne pourrais pas être plus loin de la vérité... avoue-t-il en se massant les tempes.
— Alors explique-moi... » souffle Kagami, le cœur battant.
Il se rappelle ce pressentiment étrange qu'il a eu avant de quitter son appartement ce soir-là, comme s'il allait au-devant d'une catastrophe... Il est alarmé et se sent perdu, et regarde Aomine nerveusement, se demandant s'il va l'envoyer balader et le laisser planté là avec toutes ses questions.
Au pied du mur, ou plutôt au bord d'un précipice dont il ne distingue pas le fond, Daïki tourne la tête pour croiser le regard perdu de son ami. Son cœur se serre face à ses traits tirés d'inquiétude. Exprimer ce qui le ronge à voix haute le tétanise. À choisir, il préfèrerait courser un gangster armé jusqu'aux dents sans renfort que de sauter dans le vide qui s'ouvre sous ses pieds à cette demande pourtant légitime. Tant que ça reste dans sa tête, ce n'est pas vraiment réel, ou tangible. Essaie-t-il d'abord de se rassurer. Mais la voix infernale qui ne s'efforce même plus de chuchoter lui assène que si les émotions sont immatérielles, elles laissent des traces capables de vous trahir. Il ne peut contrer cet argument, lui qui a appris à les reconnaître, les décrypter même pour glaner des informations essentielles pour son travail. Complètement déboussolé, il se raccroche au regard de braise, laissant le silence s'éterniser entre eux.
Pourtant Kagami ne cille pas, ne le brusque pas. Alors il repense à toutes ces fois où il s'est confié à lui. Combien les mots sont faciles entre eux depuis le début. Il se rend compte à quel point ça a été stupide de tenter de prendre ses distances, quand depuis qu'il l'a rencontré il ne cherche que son contact, se rapprocher de lui d'une façon ou d'une autre.
Finalement il inspire pour se donner un peu de courage, après tout, le mieux placé pour l'aider à traverser cette crise existentielle c'est peut-être bien lui. Celui qui en est la cause...
« Ça ne m'a pas gêné de te voir avec un autre ce soir-là, commence-t-il doucement. Ça... ça m'a bouleversé Kagami. Si profondément et violement, que je m'en suis pris au premier venu, incapable de gérer l'information autrement. »
Toujours ancré dans les yeux en fusion, Aomine a tout le loisir de les voir s'écarquiller sous la surprise. Pour être sûr d'être clair tant qu'à faire, pris dans son élan d'honnêteté – quoiqu'un peu honteux de l'avouer – il énonce une vérité toute simple qu'il peine encore à réaliser lui-même.
« Kagami... je ne veux pas que tu le revoies. Ni lui, ni aucun autre d'ailleurs... »
Kagami le fixe encore un moment, essayant d'intégrer ce qu'il vient de lui dire. Bouleversé. Et sa dernière demande lui coupe le souffle. Il comprend peu à peu ce qui se passe dans sa tête, du moins en partie. Aussitôt les mots de Tatsuya lui reviennent à l'esprit. « Il ne sait pas où il en est. » Stupéfié, il ne peut s'empêcher de rire en réalisant qu'une fois de plus, son frère de cœur avait raison. Ces ambiguïtés dans le comportement d'Aomine à son égard, ce n'était pas simplement dû à sa façon d'être, plus protectrice et chaleureuse peut-être que la plupart des gens. Et cette relation si particulière qu'ils entretiennent était effectivement spéciale, et pas que pour lui, et peut-être depuis le début.
« Fuck... Tatsuya was right... » marmonne-t-il en baissant les yeux sur ses mains, son esprit affolé tournant à plein régime.
Il ne s'y attendait pas, il a tout fait pour, éliminant ses espoirs au fur et à mesure qu'ils surgissaient. Gardant le cap avec détermination, jusqu'à ce que la tristesse et le manque prennent le dessus. Et juste au moment où il se fait une raison et abandonne pour de bon, de nouveau tout lui crie qu'il fait fausse route. Il n'y était pas préparé et ne sait pas quoi faire de ces informations. C'est ce qu'il voulait, non ? Peut-être... Car ça lui paraît si soudain. Ça lui donne de nouveau un espoir, et c'est bien ça qui l'inquiète. C'est nouveau pour Aomine et les sentiments sont plus compliqués et ambigus que ne le pensent la plupart des gens. Alors maintenant qu'Aomine laisse une porte entrouverte, il ne sait plus s'il a envie de la pousser. Par crainte de se retrouver, non pas avec une mélancolie chronique cette fois, mais un cœur brisé.
Le cœur battant contre ses côtes, la gorge sèche, Aomine est en chute libre. Il se crispe en entendant le rire de Kagami, jurant qu'il se fout de sa gueule jusqu'à ce qu'il entende le nom de son ami d'enfance. Il fronce les sourcils et se renfrogne, perplexe. S’il ne savait pas vraiment à quel genre de réaction s'attendre, celle-ci lui fait l'effet d'un seau d'eau froide au réveil et n’était dans aucun de ses scénarios catastrophes. Il vient de se mettre à poil devant lui et Kagami détourne le regard, se moque, le privant de sa chaleur rassurante. Sans cet infime contact, il panique. L'envie de fuir le saisit et se fait grandissante tandis que son ami reste silencieux, égaré dans des pensées qu'il ne peut deviner. Une chape de plomb s'abat sur lui, avortant sa tentative pour se lever. Pour la première fois, le silence entre eux le met mal à l'aise, s’ajoutant à l'inconfortable sensation d'être nu et vulnérable. Aomine trouve seulement la force de se hisser jusqu’au bord du sofa, il agrippe sa nuque, l'approchant de ses genoux qu'il peut sentir trembler sous ses coudes. Il se recroqueville, ne supportant plus le vide assourdissant du silence qui le brise lentement mais sûrement.
« Je vois pas trop ce que Tatsuya à avoir là-dedans mais tant mieux si ça te fais marrer. »
Kagami se mordille la lèvre, jouant nerveusement avec ses doigts. Il n'aime pas voir Aomine aussi mal, souffrant visiblement, et cette fois c'est à cause de lui. Il cherche ses mots, essaie de mettre de l'ordre dans ses pensées, alors qu'il ne comprend même pas ce qu'il ressent.
« Look... I'm sorry... Je ne savais pas... C'était la dernière chose à laquelle je m'attendais... Je me suis blindé, Ao... Tu sais ce que c'est, non ? Quand t'es au boulot, tu mets tes émotions de côté quand il le faut pour avancer. Avec toi... J'ai fait pareil », termine-t-il dans un souffle, d'une voix un peu étranglée.
Aomine redresse le visage avec un demi sourire malgré le foutoir dans sa tête. Parce qu'il s'y était attendu lui peut-être ? La comparaison avec son travail l'aide cependant à comprendre sa réaction. Cloisonner le boulot et le privé, c'est une nécessité absolue pour rester concentré, et ne pas vriller une fois seul chez lui. Bien que ce ne soit pas toujours facile. Une part de lui ne peut s'empêcher de jubiler, prenant conscience qu'il avait eu raison pour les sentiments de Kagami à son égard, mais très vite la culpabilité lui fiche un coup de poing dans l'estomac. S'il est paumé en ce moment, la douleur dans la voix de son ami lui assure que ça n'a pas été simple pour lui non plus.
« Ouais je comprends », soupire-t-il. Puis triturant ses ongles, le regard rivé au sol il poursuit. « J'suis désolé moi aussi... Parce que je crois qu’au fond je le savais. Et au lieu de prendre mes distances j'ai fait tout l'inverse. C'était égoïste mais ... y a ce truc qui me pousse toujours vers toi. Regarde… même quand j'essaie de t'éviter, j'arrive à débarquer chez toi.
— Je t'ai pas évité non plus... J'ai cherché à te voir, à te revoir... » Kagami se passe une main lasse dans les cheveux, la fatigue de la mauvaise nuit lui retombant dessus maintenant que la tension se relâche un peu. « Depuis qu'on se connaît... J'ai pas cherché à fréquenter quelqu'un... Mais... je me sentais seul et je voulais juste... avancer. »
Cette confession percute Aomine avec la force d'un bulldozer. Il se laisse retomber dans le fond du divan, sonné, les mains sur le visage. Lui non plus, n'a cherché à voir personne depuis qu'il le connait. Même pas pour une nuit de passion sans lendemain... et son abstinence volontaire ne lui avait même pas mit la puce à l'oreille ? Lui pour qui séduire et "chasser" a toujours été un jeu et un exutoire efficace aux tensions qu'il accumule ? Incrédule face à l'ampleur de son aveuglement il laisse un ricanement blasé lui échapper et pense à voix haute :
« Merde... j'crois que tu me plais vraiment. J'ai pas envie que t'avance... » souffle-t-il plus pour lui-même, conscient qu'il n'a pas le droit de lui demander un truc pareil.
Son cœur se serre douloureusement aux paroles d'Aomine. C'est quelque chose qu'il n'espérait plus entendre... Est-ce vraiment possible ? Il reste sans bouger, le cœur cognant contre ses côtes, des émotions contradictoires se disputant dans sa poitrine. Il inspire un grand coup et souffle doucement par le nez, puis se lance finalement :
« Okay... Je crois qu'on a besoin d'éclaircir tout ça... Et ce qui est sûr... C'est que ce sera pas possible si on fréquente d'autres personnes... »
Il n'a pas demandé à Aomine, il ne veut pas le savoir, qui il a vu, combien de fois, quand... Il est bien content que le brun ne lui ait jamais parlé de ça.
« Alors... Je reverrai pas le gars que tu as aperçu l'autre jour », conclut-il à voix basse.
C'est un peu difficile à dire, à admettre, car il n'est sûr de rien et qu'après tout ça, il n'a pas envie de céder si facilement. Il reste encore prudent, sur la défensive. Mais il sait au fond de lui que ce serait stupide de rejeter Aomine par fierté et simplement pour se protéger. Il doit prendre au moins un petit risque.
Aomine revient braquer son regard dans celui de Kagami. Il ne déborde pas de son assurance coutumière, mais il lit une forme de détermination qui le rassure quelque part au fond de lui. Ce qu'il a ressenti l'autre soir... il se sent incapable de le vivre au quotidien, son imagination le torturant bien assez pour ne pas y ajouter une dose de concret. Et bien que le constat le terrifie, de par ce qu'il implique, il se doit d’admettre qu’il est soulagé de savoir que Kagami ne compte pas revoir ce mec. Au moins le temps qu'il fasse la lumière sur ce qui lui arrive, qu'il trie un peu le bordel qu'a laissé la tempête dans son crâne.
« Merci... » Murmure-t-il avec reconnaissance.
Il déglutit la boule de peur qui obstrue sa trachée et d'une voix plus assurée confesse une des rares choses dont il est encore sûr.
« Je ne sais pas vraiment ce que je veux Kagami, ni ce que je suis prêt à te donner. Bordel... je ne sais même plus qui je suis là tout de suite. » Il laisse échapper un rire creux, réalisant combien c'est vrai puis reprend. « Tout ce dont je suis sûr c'est que je peux pas renoncer à te voir. Même si tu me dis que tu préfères oublier tout ça, continuer comme avant, je m'en contenterai. »
Kagami hoche la tête, les mots d'Aomine confirmant ce qu'il pensait avoir compris de son état d'esprit. Mais la fin le fait sourire un peu douloureusement.
« Ça peut pas être comme avant, Ao... C'est pour ça qu'on en est là. Mais je comprends que tu ne saches pas non plus encore ce que tu veux ou ce que tu attends... Mais je te promets que je vais pas m'envoler, alors... on a le temps. »
Il lui sourit un peu plus franchement, se voulant rassurant. Car au fond de lui, il a la certitude qu'il ne veut pas le perdre. Mais les choses vont-elles changer maintenant ? Ce serait facile pour Aomine de fuir ses propres sentiments et se réinstaller dans la routine des meilleurs amis un peu tactiles et fusionnels. C'est ce qu'il craint le plus... Mais il veut lui laisser, leur laisser une chance.
Si son estomac se dénoue un peu, c'est uniquement pour faire une embardé inattendue. Kagami ne va pas l'abandonner. Kagami va l'aider. Il va traverser ça avec lui et c'est tout ce dont il a besoin de savoir là maintenant. La fatigue le submerge et fait briller ses yeux. Cette conversation à cœur ouvert, plus que sa courte nuit le laisse vidé et éreinté. Un frisson le parcours, le froid commence à l'envahir, anesthésiant ses pensées en pagaille et sa poitrine douloureuse. Le soulagement aussi commence à l’étreindre, contre coup de ne plus avoir à lutter contre ce qu'il éprouve, ce qui le rongeait, grignotant ses tripes à coup de morsures déchirantes et qui avait simplement besoin de sortir de lui pour exister.
À présent qu'il a baissé les armes, une envie réprimée depuis longtemps se fraye un chemin à l'orée de sa conscience. Ses efforts constants pour freiner ses pulsions tactiles de peur qu'elles soient mal interprétées, semblent insuffisants à contenir le besoin qu'il éprouve de toucher Kagami en cet instant. À la lumière de ce qu'il n'arrive plus à nier, Aomine se dit que se priver de cette proximité physique était sûrement un moyen inconscient de se protéger. De ne pas alimenter ce besoin presque viscéral qu'il a de sa présence. Comme si une infime part de lui avait su dès le départ que Kagami changerait tout et qu'elle avait eu peur, préférant demeurer aveugle et sourde à tout ce que son ami déclenchait en lui.
Épuisé de lutter contre lui-même, malgré ses craintes et la peur qui accélère le rythme de son cœur, il se rapproche de son ami et vient l'enlacer doucement pour sceller cette promesse. Kagami est là. Kagami ne le laissera pas.
« Ok...»
Plus que les mots d'Aomine, cette étreinte fait bondir son cœur qui palpite comme un oiseau paniqué dans sa cage thoracique. Lentement, il noue ses bras autour de lui à son tour et le serre contre lui. Il ferme les yeux et déglutit difficilement à cause du nœud dans sa gorge. Il perçoit sa chaleur, son parfum légèrement épicé, et même de légers tremblements parcourant son corps. Il commence à caresser son dos doucement, envahi du besoin viscéral de le protéger et le rassurer.
« It's okay... I'm here... I won't let you down. »
Il prend une inspiration un peu tremblante, une larme roulant sur sa joue, et il ajoute en chuchotant :
« Je tiens à toi... La vie est plus belle depuis que tu y es... J'ai découvert plein de choses... Ça a été intense... Ça m'a fait du bien. Je veux pas que ça s'arrête. »
La friction de la main chaude de Kagami dans son dos l'apaise, le rassurant sur son élan d’affection et son besoin de le lui témoigner, qu’il accepte sans ciller. Mais ce qu'il entend l'affole. Résonnant en lui comme un écho. Il n'arrive pas bien à déterminer si c'est de la panique, ou du bonheur pur qui lui donne soudainement aussi chaud mais il ne s'attarde pas sur la question. À la place, il resserre son étreinte sur le corps puissant de son ami, s'arrimant à cette unique vérité. Il tient à lui. Puis il cale sa tête sur son épaule, l'impression de solidité qui s'en dégage le réconforte, le soulèvement de son torse au rythme de sa respiration le berce imperceptiblement et son odeur devenue si familière le calme. Il ne tremble plus quand il parle, mais sa voix résonne de façon incertaine entre eux.
« Moi non plus je veux pas que ça s'arrête... J'ai jamais ressenti tout ça avant, et ça me fou un peu la trouille. »
Kagami hoche la tête, cherchant à calmer un peu les battements de son cœur alors qu'il continue à caresser le dos du brun.
« I know... Je suis pas très rassuré non plus... » Une pensée le traverse et un petit rire le secoue alors qu'il a envie de pleurer, toutes ses émotions se mélangent. « Si j'avais su que j'allais déclencher tout ça en appelant les flics... Mais je suis heureux de l'avoir fait. »
Aomine glousse à son tour en se redressant, sans se défaire de la prise de Kagami. Quand il repense à cette fameuse nuit, ça lui tire un sourire. Et dire qu'il avait cru à une fausse alerte de tapage nocturne, un simple canular.
« Et je suis heureux d'avoir été dans le secteur pour répondre en premier. Même si je suis complètement paumé aujourd'hui. »
Le brun rit à nouveau, adressant un sourire à son ami malgré le vertige qui l'assaille en réalisant le chemin parcouru depuis cette intervention.
« Ouais... Ça aurait pas fait le même effet avec l'un de tes collègues. »
Kagami le regarde avec une certaine tendresse, se remémorant divers moments qu'ils ont partagés. C'est vrai qu'elles ont été riches en émotions, ces quelques semaines... Et on dirait bien que la suite s'annonce sous les mêmes auspices. Mais maintenant qu'il tient Aomine dans ses bras, il se sent prêt. Après tout... Il a confiance en lui. Même si ça doit mal finir... Il ne sera pas seul.
« Tu sais, tout à l'heure j'ai dit que Tatsuya avait raison... Alors, je le reconnais, il est du genre observateur et perspicace, mais... Il y croyait plus que moi. Il savait que t'en pinçait au moins un tout petit peu pour moi. »
Kagami l'observe avec un sourire taquin, il ne veut pas le brusquer, mais il éprouve le besoin de dédramatiser un peu la situation.
Aomine cligne des yeux plusieurs fois, se demandant comment quelqu'un qui ne le connaissait pas il y a encore une semaine a pu le percer à jour alors que lui-même se voilait la face. Il éprouve un élan d'admiration pour cet exploit. Puis son regard glisse sur le torse de Kagami. Là où pend placidement son anneau dont il connait à présent le jumeau. Il fronce les sourcils, prit d'un doute. Se rappelant au passage le désagréable sentiment qu'il n'avait pas su nommer le jour où il a rencontré Himuro.
« J'avoue, il est balaise. Il l'a su avant moi... »
Kagami sourit devant l'expression d'Aomine.
« Yeah... Il me connaît par cœur, j'imagine qu'il est d'autant plus attentif à ceux qui me sont proches et à la façon dont j'interagis avec eux. En un sens il agit toujours comme un grand-frère et parfois ça m'exaspère... »
Le brun réalise qu'il était tendu en sentant ses muscles se relâcher. Cette possessivité fulgurante est l'élément déclencheur qui a levé le voile sur son attirance pour l'homme entre ses bras. Ça lui est encore très étrange de le penser mais les faits sont là. Kagami l'attire, d'une façon différente qu'aucun autre de ses amis. Et savoir quelqu'un si proche de lui, plus qu'il ne peut l'être, lui hérisse apparemment le poil.
« Ouais... je vois le genre. C'est ton Satsuki quoi, comprend-il, amusé. Et qu'est-ce qu'il a dit d'autre à mon sujet, si je peux me permettre ? demande-t-il soudain curieux de l'avis du "grand-frère" sur sa personne.
— Il t'aime bien. Il te trouve beau. En tout bien tout honneur évidemment ! ajoute Kagami en rigolant. Il trouve que tu es un bon joueur de basket. Il pense que t'es un mec bien. »
Aomine perd un peu contenance. Il n'en attendait pas tant. Il se racle la gorge, embarrassé puis marmonne :
« J'l'aime bien aussi. Et il est doué au basket. Moins que toi mais il a du style. » Concède-t-il dans un haussement d'épaule.
Ces propos mesurés font rire Kagami.
« Yeah... Je lui transmettrai ton admiration sans bornes. » Il se recule un peu pour examiner le brun. « Est-ce que ça va mieux ? L'aspirine a fait effet ? »
Aomine grimace pour toute réponse à la moquerie, ne trouvant pas meilleure répartie. Il hoche la tête. La migraine ne joue plus de la batterie dans son crâne mais il a toujours la tête lourde et bourdonnante du millier de questions sans réponse. Il retire ses bras de la taille de Kagami pour se masser la nuque.
« Ça va. Je me sens toujours dans le coltard mais ça m'élance plus. Cela dit, pas sûr que mes excès soient seuls responsables, admet-il avec un rictus à l'attention de son ami.
— Yeah... Probablement pas. Si tu as envie, reste un peu. On pourrait se regarder un film. J'ai rien de spécial prévu aujourd'hui. »
Il considère la proposition, et la simple perspective de rentrer dans un appartement vide sans rien qui l'attend à part peut-être de nouveaux maux de tête suffit à le convaincre. Même s'il ne sait absolument pas comment il est censé se comporter maintenant avec Kagami, il préfère de loin rester avec lui à s'abrutir devant un film.
« La suite des aventures d'Indiana Jones ?
— OK. »
Kagami sourit, un peu soulagé qu'Aomine choisisse de rester. Il a besoin de réfléchir, mais ça lui semble trop tôt pour voir le brun partir. Il a besoin de sentir se relâcher ce qui reste de tension, retrouver une part de leur complicité. Et aussi, être sûr qu'il va bien. Ça doit déjà être suffisamment compliqué pour lui, il ne peut plus aller travailler alors qu'il se passe plein de choses dans sa tête... Tout seul, le jeune flic risque de ruminer.
Il se lève et commence par leur resservir du café, puis il allume sa télé et lance la suite de la saga. Il se réinstalle auprès d'un brun et lui propose un coin de son plaid, qu'il soulève d'un air interrogateur.
Aomine sourit à la réponse silencieuse et s'installe en tailleur sous le plaid. Il se penche pour attraper son café fumant, le parfum corsé et la chaleur de la tasse l'enrobant dans un cocon bienfaiteur. La peur lui tiraille encore les entrailles, son trou noir oppresse toujours sa poitrine, mais c'est supportable. Ça le rend fébrile et à fleur de peau mais pour l'instant ça ne fait plus si mal. La surcharge émotionnelle laisse peu à peu place au vide et à l'apaisement lorsqu'il se concentre sur ce qu'il se passe à l'écran. Une diversion salutaire, bien qu'il ait pleinement conscience de la proximité de Kagami et de l'effet qu'elle a sur son rythme cardiaque.
Kagami observe Aomine du coin de l'œil. Il a l'impression de le voir différemment maintenant. À la fois plus lointain et plus proche, comme un mystère à déchiffrer. En tout cas, il est soulagé de voir ses traits se détendre peu à peu. Il sirote son café lentement, et au bout d'un moment, il cède à son impulsion et passe un bras autour des épaules d'Aomine. Il éprouve le besoin de le sentir proche physiquement, et toujours cet étrange instinct de protection qu'il sait réveiller comme personne.
Aomine observe la main de Kagami se glisser sur son épaule, figé de panique. Il se contraint au calme en inspirant profondément. Ce n'est pas la première fois qu'ils se retrouvent si proches. Seulement, avec ce qu'ils se sont dit, ça change la donne. La signification est tout autre et elle comprime son estomac. D'autant que d'ordinaire, il en est l'instigateur. C'est plus le fait que Kagami soit entreprenant que son geste qui le surprend. Plus de proximité physique ? Ok. Il peut gérer. À vrai dire, s’il veut être honnête avec sa conscience ce bras protecteur enroulé nonchalamment autour de sa nuque est loin d'être désagréable. Il sourit discrètement pour lui-même en replongeant dans sa tasse puis se rapproche de Kagami, acceptant l'invitation sans essayer de la décortiquer plus que nécessaire.
Kagami soupire imperceptiblement de soulagement, il a craint un instant qu'Aomine ne le rejette. Il se sent plus complet, plus lui-même maintenant qu'il le tient contre lui, et peut se reconcentrer sur le film. Il n'y a plus ce poids sur son estomac, et peu à peu la tension se dissipe dans son dos, et il éprouve un certain bien-être, posé au chaud devant un film qui lui rappelle son enfance, avec Aomine qui ne le fuit pas et semble même plutôt détendu lui aussi.
Dans la chaleur des bras de Kagami, sous le plaid douillet et surtout la turbine de son esprit enfin en pause, Aomine s'endort sans s'en rendre compte malgré la caféine. Cependant, il ne sombre pas profondément. Il est toujours partiellement conscient de la musique du film qu'il entend au loin et du corps contre lequel il s'est échoué. Il se sent bien. Nimbé dans une bulle protectrice du monde extérieur, et de ses questions intérieures mise en veilleuse par son état léthargique. Peu à peu, la torpeur le gagne tout à fait et lorsque son portable vibre dans sa poche, il est trop loin pour s'en soucier.
Chapter Text
Lorsque le téléphone d’Aomine se met à vibrer, le brun, profondément endormi, ne semble pas le moins du monde le remarquer. Kagami n'ose pas aller le récupérer, et puis de toute façon, il n'irait pas répondre au téléphone à sa place. Alors il laisse tomber et attend que la vibration s'arrête.
Dans son sommeil, Aomine tâte sa poche et éteint son téléphone qu'il jette à l'autre bout du canapé. Il ne sait pas qui insiste de la sorte, mais il n'a pas envie d'être dérangé ou même d'y penser alors que pour la première fois depuis des jours il profite d'un vrai repos. Ce n'est pas comme s'il était appelé pour une urgence au boulot de toute façon... Il gigote un peu pour se recaler contre Kagami et se laisse couler dans les limbes une nouvelle fois sans aucune difficulté, tant il est exténué.
Kagami rit un peu en voyant le geste du brun, clairement il n'a aucune envie d'être tiré du sommeil maintenant. Il jette un coup d'œil au téléphone, calme pour le moment, mais il se dit qu'il regardera qui appelle si ça se reproduit. On ne sait jamais... Ça pourrait être une urgence. L'endormi grogne de frustration lorsqu'il sent son oreiller se contorsionner sous lui, mais Morphée l'étreint trop étroitement pour que ça ne suffise à le faire émerger.
Quelques instants plus tard, le tigre sursaute quand ce n'est pas le téléphone d'Aomine, mais le sien, qui se met à vibrer. Il se dépêche de l'extraire de sa poche et a la surprise de voir le nom de Momoi s'afficher. Sans plus attendre, il décroche et répond d'un ton bas :
« Allô ? »
Satsuki s'en veut de déranger Kagami mais elle ne sait plus quoi faire. Il est son dernier espoir d'avoir des réponses avant de devenir folle. Alors quand elle entend sa voix, elle laisse s'exprimer la panique.
« Kagami ? Désolée de te déranger, je sais que tu es en off ces jours-ci mais je suis morte d'inquiétude ! Est-ce que tu as des nouvelles de Daï-chan ? Tu sais où il est ? Il ne me répond pas, je le trouve nulle part et… J'étais tellement occupée ces jours-ci, je ne l'ai pas vu je savais pas… »
La jeune femme, toujours dans l'appartement vide de son ami plaque une main sur sa bouche pour étouffer un sanglot.
Kagami se redresse, alerté par la peur qu'il sent dans la voix de la jeune femme, et s'empresse de la rassurer :
« Il est avec moi... On est chez moi. Il va bien. Il s'est endormi, c'est pour ça qu'il a pas répondu à ton appel. Il est là depuis hier soir... Désolé que tu te sois inquiétée... »
Cette fois, elle laisse le hoquet l'emporter et les larmes de soulagement couler. Il va bien. Elle se répète les mots de Kagami tandis qu'elle s'astreint à se calmer. Il lui faut quelques seconde pour relâcher la pression et être de nouveau en mesure de parler.
« C'est pas la première fois qu'il disparaît sans rien dire mais là... je suis passée au poste pensant l'y trouver et on m'a dit qu'il avait été mis à pied. Il ne m'a rien dit... Son boulot compte tellement, j'ai paniqué. »
Kagami déglutit, le cœur battant. Il ne pensait pas qu'Aomine s'était renfermé sur lui-même au point de ne rien dire même à sa meilleure amie... Cela dit, il n'est pas entièrement surpris.
« Je l'ai appris hier soir aussi... Il était pas bien, mais je crois que ça va un peu mieux ce matin. Je... je peux le réveiller si tu veux... »
Si Satsuki n'était pas autant soulagée de le savoir en sécurité, elle s'offusquerait presque que son meilleur ami soit aller trouver quelqu'un d'autre qu'elle dans ce moment difficile. Mais tout ce qui compte, c'est qu'il ne soit pas seul et qu'il se soit tourné vers quelqu'un pour un peu d'aide, ce qui a le don de la rassurer un peu plus. Daïki a toujours tendance à fuir et ignorer les problèmes, jusqu'à éviter les mains tendues.
« Non. Non merci ça va, laisse-le dormir. Je suis contente qu'il se soit tourné vers toi plutôt que de faire une bêtise. Tu… il t'a raconté ce qui s'était passé ? On m'a dit qu'il avait agressé un collègue, j'ai dû mal à y croire... »
Kagami se frotte l'arrière du crâne, embarrassé. Il y a des choses qu'il ne peut pas lui dire, car c'est à Aomine de le faire...
« Yeah, on a parlé un peu, répond-il prudemment. J'ai pas tous les détails, mais... Je suis sûr qu'il t'en parlera de lui-même. Je lui dirai de t'appeler dès qu'il sera réveillé, ok ? »
La jeune femme acquiesce, la boule au ventre et frustrée de ne pas en savoir davantage.
« D'accord. Merci Kagamin... Dis-lui que je suis toujours chez lui, je comptais dormir là ce soir de toute façon. »
— Ok, je lui dirai. Désolé encore, si j'avais su, je lui aurais dit de t'envoyer au moins un message...
— Te blâme pas. J'aurais dû passer le voir plus tôt, mais j'avais trop la tête dans le guidon... Je t'embête pas plus, merci d'avoir pris soin de lui. Qu'il se presse pas pour rentrer, je l'attends. Bye Kagamin. »
Kagami la salue à son tour, puis raccroche, un peu troublé. Il jette un coup d'œil à Aomine, qui semble toujours profondément endormi. Il se raisonne et se dit qu'il ne peut rien faire de plus pour l'instant... Le brun a vraiment besoin de cette dose de sommeil supplémentaire. Alors il se recale plus confortablement dans le canapé et retourne son attention sur le film.
Lorsqu'il émerge du sommeil, groggy, Aomine sent une main sur son épaule. Il se souvient s'être endormi avec ce contact et se réveiller avec étire le coin de sa lèvre. Seule différence, il repose non plus sur l'épaule de son ami mais sur sa cuisse, et à moins qu'Indiana Jones ait trouvé une machine à voyager dans le temps – ce dont il n'a pas souvenir – le film a changé. Dans un bâillement il s'étire mais n'ose pas se redresser.
Kagami sent Aomine bouger contre lui et musèle l'envie de passer sa main dans ses cheveux, il est probablement encore trop tôt pour ce genre de geste, même si c'est difficile de s'en abstenir quand le brun repose ainsi contre lui.
« Hey sleepy head... » murmure-t-il avec un sourire.
Aomine tourne le visage pour croiser le regard de Kagami et répond à son sourire.
« Hey... J'ai pas ronflé j'espère ? » s'inquiète Aomine en se frottant les yeux pour en chasser le sommeil.
Kagami laisse échapper un petit rire.
« Nan... T'as été très calme. Sage comme une image !
— Ça va alors … »
Puis cette fois il se redresse, mais vient se coller à Kagami, peu enclin à s’éloigner de sa chaleur rassurante. Il fixe l'écran, essayant de déterminer s'il a déjà vu le film qui s'y joue et demande :
« Qu'est-ce que j'ai loupé ?
— Quelques cascades, explosions et serpents, une énième victoire d'Indy... Là on est passés au troisième film de la saga ! » Il hésite un peu puis reprend : « Hm... Faudrait que t'appelles Momoi. Elle a essayé de te joindre, elle était inquiète alors elle m'a appelé. »
Aomine sursaute à l'évocation de Satsuki. Bordel... Un sentiment de culpabilité lui glace la poitrine et la bulle éclate. Penser à Satsuki, aux réponses qu'elle va exiger, lui rappelle qu'il y a un monde en dehors de ces murs. Un monde où il a des sentiments troublants pour un homme. Un monde différent de celui qu'il a toujours connu, qui lui semble pour l'heure des plus hostiles. Une sourde angoisse revient le hanter. Évidemment le répit ne pouvait pas durer indéfiniment, la vie va devoir reprendre son cours et cette parenthèse de sérénité, bien que toute relative, va devoir se refermer. Le regard dans le vague, il triture le plaid entre ses doigts.
« Elle va m'étriper... C'était sympa de t'avoir connu. J'espère que tu viendras à mes funérailles », tente-t-il de plaisanter pour masquer son trouble.
Kagami sourit et lui donne une légère tape sur le crâne.
« Tu lui as fait peur, c'est tout. Rassure-la et excuse-toi, et tout ira bien. Et puis, c'est ma faute aussi... Alors tu peux faire peser un peu de responsabilité sur moi. Je suis prêt à affronter les effroyables conséquences. »
Aomine sourit, appréciant le soutien. Mais ce n'est pas vraiment d'affronter la furie de sa meilleure amie qu'il appréhende.
« Si y avait que ça... Je… je lui ai jamais menti Kagami. Et quand elle va me demander pourquoi j'ai pété les plombs... Je sais pas quoi lui dire », déclare-t-il dans un soupir défait.
Kagami réfléchit quelques instants, puis baisse les yeux sur Aomine, pressant légèrement son épaule entre ses doigts.
« Alors dis-lui que tu sais pas. Que t'es perdu, que tu sais plus trop où tu en es. Et puis... Peut-être qu'elle sera de bon conseil. Mais pour ça il faut que tu lui dises ce qui te perturbe. T'as pas besoin d'avoir des réponses toutes prêtes. Explique-lui juste ce qui s'est passé. »
Aomine hoche la tête. Ça, ce ne serait pas mentir. Il connait Satsuki, il sait combien il compte pour elle, pourtant il ne peut s'empêcher de se demander ce qu'elle en pensera. Si ça ne va pas changer quelque chose entre eux quand elle saura.
« Ouais... et puis c'est pas comme si s'était le genre de fille à vouloir tout savoir et qui analyse tout, tout le temps, conclu-t-il avec un sourire crispé.
— Justement, ça peut aider. C'est ta meilleure amie... Alors t'as pas à t'en faire. Elle te laissera pas tomber et elle saura te comprendre. Tu la connais depuis toujours, non ? Alors donne-lui un peu de crédit.
— Je sais que t'as raison... C'est juste... À part avec toi, je suis pas le genre à me confier d'habitude.
— Je comprends... Je suis pas vraiment comme ça non plus... Mais parfois, c'est nécessaire. Elle a besoin que tu lui parles... Et je pense qu'au fond, t'en as besoin aussi.
— Sûrement... » admet-il en énumérant mentalement tous les sujets qui lui viennent à l'esprit et qu'il rumine seul dans son coin.
Satsuki lui a toujours assuré qu'il pouvait tout lui dire. Ce n'est pas un manque de confiance où qu'il n'en a pas envie. Parler de ce qu'il a dans la tête et sur le cœur, c'est simplement un exercice dont il n'est pas familier. Parler, ça rend aussi tout plus réel. Il n'est pas doué avec les mots et quand il est sur la défensive, souvent ils passent de travers. Seulement, il se connait assez bien pour savoir que garder autant de trucs pour lui n'est pas bon. Il s'est déjà fait aspirer une fois par cette spirale infernale d'auto-destruction, lorsqu'il avait réussi à se convaincre que personne au monde ne pourrait le comprendre et qu'il était seul. Il frémit à se souvenir, luttant contre son premier réflex qui serait de fuir sa meilleure amie. De se renfermer en l'ignorant comme ces derniers jours. Mais il connait cette pente raide, et où elle le mènera. Il pousse un long soupir de résignation, se préparant psychologiquement à affronter ce qui le pèse.
Kagami le contemple, il peut presque voir les rouages tourner dans sa tête, et il ne peut s'empêcher de sourire en voyant ses sourcils froncés dans la concentration, une expression qu'il trouve craquante.
« Écoute... Commence par l'appeler pour la rassurer. Ensuite... Tu t'arranges avec elle pour passer un peu de temps ensemble... Et le reste viendra tout seul. Ok ? »
Pensif, Aomine acquiesce. Il farfouille sous le plaid à la recherche de son téléphone, et quand il le rallume il écarquille un peu les yeux. Le nombre de notifications renforce sa culpabilité. Apparemment Satsuki a appelé tout le monde dans sa quête pour le retrouver, et évidemment, tout le monde s'est inquiété. Il sourit en lisant les messages échangés sur leur groupe. Ils ont beau être en silence radio pendant des lustres, manquez à l'appel et ils sont tous au garde à vous. Il envoie un message, bien que Satsuki les ait déjà rassuré, assurant qu'il est vivant et essuie juste une sale gueule de bois. Préférant éviter ce qui touche au boulot pour le moment, il ne répond ni à Masato, ni à Tadashi que la visite de sa meilleure amie a alarmé. Avant de composer le numéro de cette dernière il ricane.
« J'y crois pas, un peu de plus et elle aurait convaincu Akashi d'engager des recherches pour ma disparition. » Il secoue la tête en s'éloignant pour appeler, certain de ne même pas exagérer.
Kagami le suit des yeux, soulagé qu'il se décide à appeler sa meilleure amie. De son côté, il envoie un SMS à Tatsuya... pas pour le faire jubiler en lui disant qu'il avait raison, certainement pas. De plus, il préfère rester discret sur les événements vu qu'Aomine ne sait pas vraiment comment se positionner. Lui-même n'a pas non plus envie de trop parler d'une relation sur laquelle il n'a aucune certitude... Il est lui aussi dérouté et désorienté. Cependant, il ne veut pas non plus lui cacher des choses... Alors il lui explique qu'il a changé d'avis à propos d'Aomine... et qu'il va voir comment évoluent les choses. Puis, il envoie un message à Hajime qui justement en attendait un... Kagami a promis de lui dire quand il serait dispo pour un autre rendez-vous. Même s'il n'y a rien de sérieux entre eux, il se sent tout de même coupable pour lui avoir fait miroiter un faux espoir. Il s'excuse et lui explique qu'il ne donnera pas suite... Puis il envoie le message et range son téléphone dans sa poche. Il croise les bras sur sa poitrine et regarde l'écran figé sur pause, pensif.
Satsuki décroche à la première sonnerie et plus que la colère à laquelle il s'attendait, c'est une voix étranglée de sanglots qui l'accueille.
« Daï-chan ! Tu vas bien ? Mon dieu j'ai eu si peur... »
Aomine se masse la nuque, penaud. La peine qu'il a causé à la rose lui revient comme un boomerang. Il déglutit avant de répondre sans réfléchir.
« Pas vraiment... Mais j'ai pas très envie d'en parler au téléphone.
— Oh... oui bien sûr, d'accord.
— J'appelle juste pour te rassurer. Un peu plus et je me réveillais avec un avis de recherche collé au cul, dit-il pour la taquiner.
— C'est ça rigole ! Si un jour tu m'obliges à en arriver là, je te zigouille et personne retrouvera jamais ton corps. Compris ?! »
Il rit sous la menace, imaginant parfaitement la moue renfrognée qu'elle doit arborer.
« Ok ok, j'y penserai. Désolé Satsu.... T'es où là ?
— Toujours chez toi.
— Tu restes dormir ? On commande de la malbouffe et je te raconte ?
— Bien-sûr si tu veux oui. Tu seras là bientôt ?
— Je sais pas trop. Je t'écris en partant ok ?
— Ça me va, à tout à l'heure Daï-chan.»
Il la salue et raccroche, content d'avoir ramené la voix enjouée de Satsuki. Quand il revient au salon, il trouve un Kagami perdu dans ses pensées. Il reprend sa place à ses côtés et demande presque timidement :
« Ça va ? »
Kagami tourne la tête vers lui et lui sourit.
« Yeah... J'ai "rompu" avec mon rendez-vous de l'autre soir. Et toi ? Ça a été ? Tu t'es fait engueuler ? »
Il jubile intérieurement, heureux que Kagami ait tenu parole aussi vite. Voilà une question de moins qu'il aura à se poser pour l'instant.
« Même pas. Je lui ai vraiment fait peur...
— Okay... Quand est-ce que tu la vois ?
— Elle m'attend à l'appart. Mais je lui ai pas donné d'heure.
— D'accord. Dans ce cas, on a qu'à regarder la fin du film, et tu décolles après ?
— Ouais, ça me semble une bonne idée. »
Aomine sourit, content d'avoir encore un peu de temps pour se préparer à ce qui l'attend. Il serait bien resté dans sa bulle avec Kagami, mais il se dit aussi que ce n'est pas plus mal de prendre un peu de recul. Surtout qu'il n'est pas seul à en avoir besoin.
Kagami relance le film et reprend sa position initiale, un bras autour des épaules d'Aomine. Ça n'a pas eu l'air de le gêner, d'ailleurs le brun s'est carrément endormi sur lui, et lui, ça le rassure de maintenir le contact physique. Comme pour s'assurer que tout ce qui s'est passé ce matin était bien réel, et ne va pas s'évaporer dès qu'Aomine franchira la porte de son appartement.
Aomine se replonge dans l'action, savourant le contact de Kagami. L'esprit déjà bien trop saturé, il n'essaie pas d'en rajouter en se demandant inutilement s'il a le droit d'apprécier ce contact, ce que ça lui fait ou comment il devrait réagir. Il balaie tout ça en se focalisant sur le poids rassurant qui l'ancre au moment présent, où rien d'autre n'a d'importance que le film, et la compagnie de Kagami.
La deuxième partie du film passe vite, trop vite. Quand le générique défile, Kagami sait que la parenthèse se termine et ce sera le retour de l'incertitude... Il n'a probablement jamais éprouvé dans sa vie le sentiment de perdre autant le contrôle, mais il s'efforce de ne pas paniquer. Objectivement, il a été dans des situations pires que celle-ci. Mais c'est certain qu'il va devoir trouver de quoi s'occuper pour battre l'anxiété en brèche.
Il se redresse et s'étire, il a des fourmis dans les jambes, il va sans doute aller à la salle de sport... Besoin de se défouler. Il regarde Aomine et sourit :
« Bon... Plus qu'une demi-douzaine à voir pour terminer la saga, c'est ça ? »
Aomine s'efforce de ne pas paniquer. Une part de lui aimerait bien les regarder maintenant, pour ne pas avoir à sortir d'ici mais il se raisonne. Il va seulement rentrer chez lui, et passer du temps avec Satsuki. Pas de quoi craindre le programme. Il se lève à son tour.
« Ouais je crois que c’est ça. »
Kagami accompagne le brun dans l'entrée, et vérifie qu'il n'a rien oublié... Quoiqu'il soit venu pratiquement sans rien. Il ne sait pas trop comment agir maintenant, et cette séparation, paradoxalement, est plus difficile que les précédentes. Au fond de lui, il est terrorisé à l'idée qu'Aomine change d'avis et qu'il ne le revoie plus jamais. Mais il chasse ces idées. Le brun a été honnête avec lui et n'a pas fui. Il ne va pas le faire maintenant. Parce que c'est un type bien. Alors il s'arme de courage et lui sourit malgré le nœud dans sa gorge.
« Bon courage avec Momoi... Mais je suis sûr que ça va bien se passer. Et... donne-moi des nouvelles, ok ? Juste pour me dire si t'as pu arranger les choses. »
Aomine lui sourit en retour. Puisant le courage qu'il lui faut pour ouvrir la porte dans ses paroles bienveillantes.
« Merci. Ouais j'te dirai... »
Alors qu'il s'apprête à franchir le seuil, il se retourne et enlace Kagami d'un bras. Il le sert brièvement contre lui puis laisse glisser sa main jusqu'à son épaule en le relâchant, rechignant à briser le contact.
« À bientôt ? »
Kagami hoche la tête et sourit encore, son cœur battant trop fort, trop vite, il a l'impression qu'Aomine pourrait l'entendre.
« Yeah, of course. Prends soin de toi, Ao. Et passe le bonjour à Momoi de ma part. »
Puis, Aomine s'en va, et il referme la porte, le cœur en vrac, la tête pleine de questions confuses. Il se sent perturbé, pas vraiment lui-même. Il ne range même pas les tasses utilisées pour le café... Il se rend directement à son placard et prépare ses affaires de sport. Dans l'immédiat, il ne peut penser à rien d'autre qu'à se défouler et tenter d'évacuer un peu du stress qui l'envahit.
Comme Aomine l'avait prévu, le bourdonnement revient alourdir son crâne d'un million de pensées si rapides qu'il n'a même pas le temps de s'arrêter sur une seule en particulier. C'est une cacophonie sans nom qui l'embrouille et le perturbe au point qu'il ne voit rien de ce qui l'entoure pendant le trajet jusqu'à chez lui. Raison pour laquelle il est surpris lorsqu'il arrive devant son immeuble, le dépassant presque. Il inspire profondément avant de déverrouiller la grande porte, puis le cœur battant à ses tempes, il s'élance dans la cage d'escalier.
Devant sa porte d’entrée, Aomine insère les clés dans la serrure d’une main incertaine. Quand il referme le battant, il trouve son appartement calme et silencieux. Et bien qu’il redoute sa conversation avec Satsuki, il angoisse encore plus de se retrouver seul dans son chez lui trop grand, après l’intimité partagée dans le studio de Kagami. En se déchaussant, il entend finalement du bruit provenir de sa cuisine. Il y trouve sa meilleure amie affairée à faire du thé. Elle sursaute lorsqu’elle le voit approcher, visiblement perdue dans ses pensées elle ne l’a pas entendu rentrer. Il lui adresse un sourire confus et lui rend son étreinte lorsqu’elle se plaque contre son torse. Elle le serre avec une force qu’on ne soupçonnerait pas. Il la laisse faire sans rien dire, lui caresse les cheveux jusqu’à la sentir enfin se détendre, expirant toute son angoisse dans un long soupir.
Tandis qu’elle emporte les tasses au salon, il sort un paquet de biscuit de ses placards. Il n’a pas vraiment faim après son copieux petit déjeuner, de plus son estomac noué n’acceptera sûrement pas autre chose que la boisson chaude mais il l’emporte au cas où. Satsuki est déjà installée, prête à l’écouter. Peut-être qu’il cherche à retarder encore un peu le moment mais une idée lui vient. Une envie surtout. Daïki lui tend la main et l’invite à se relever. Il se saisit des tasses fumantes après lui avoir fourré un plaid entre les bras.
« Viens, suis moi.
— On va où ?
— Tu verras. »
Elle l’aide à refermer son appartement puis il la guide à travers le couloir de la résidence, jusqu’à la cage d’escalier. Au dernier palier il déplie la petite échelle fixée au mur, monte les barreaux et se hisse à travers le velux inondant l’espace bétonné de lumière. Satsuki lui fait passer leurs boissons et la couverture avant de le rejoindre sur le toit. À quelques pas, il lui indique un recoin à l’abri du vent d’où ils ont une vue imprenable sur la ville. D’ici ils peuvent l’entendre vivre en contre-bas, mais ce qui prédomine est la sensation de liberté qu’il éprouve à se retrouver plus proche du ciel, au-dessus du monde. C’est en hauteur qu’il a toujours trouvé refuge, comme si la distance physique avec le sol et son effervescence l’aidait à prendre du recul sur sa propre vie. Avec l’horizon dégagé, il finit souvent par y voir plus clair. Il espère qu’une fois encore, cette perspective dissipera le brouillard paralysant son esprit.
« Sur le toit hein… ? C’est du sérieux alors », constate la rose en s’installant à ses côtés.
Il lui tend sa tasse avec un demi sourire, sans pouvoir la contredire. Il prend le temps de boire un peu, humant les arômes du thé fleuri. Satsuki l’imite, sans chercher à le faire parler. Plus calme à présent, il se calle contre le mur leur servant de paravent et inspire profondément. Suivant les conseils de son ami, il commence par le début, espérant que le reste des mots suivra.
« Je suis désolé de t’avoir inquiété. Je n’avais pas prévu de disparaître. J’aurais préféré que tu apprennes ma mise à pied autrement mais j’avais honte d’en parler… »
Sans l’interrompre, Satsuki l’écoute raconter les faits qui l’ont mené à la suspension. La rencontre fortuite de Kagami et sa conquête, les mots de son collègue, sa colère fulgurante. Elle le regarde tantôt avec des yeux écarquillés, puis les sourcils froncés. Il peut lire dans son regard les questions qu’elle brûle de lui poser, et les rouages de son esprit tourner à la recherche de réponse.
« Donc voilà, je ne suis pas fier de moi sur ce coup-là et j’ai eu un peu de mal à le digérer. Alors hier je me suis soulé pour noyer le problème et j’ai tellement bien réussi qu’au lieu de rentrer chez moi, j’ai atterri chez Kagami. »
Aomine sait qu’il n’a pas tout dit. Qu’il a omis le plus important de l’histoire. Mais il connait assez bien Satsu pour savoir qu’il n’y échappera pas. Il se dit juste que se sera plus simple s’il répond à ses questions, que de devoir faire lui-même le tri dans tout ce qu’il a dans le crâne. Après un moment de silence, il sent la main de sa meilleure amie presser son genou avec compassion.
« Ok Daï-chan. Je comprends que t’aies pas voulu en parler tout de suite, d’autant que d’après ce que tu dis, la punition est mérité et même plutôt clémente… » commence-t-elle avec une œillade réprobatrice. « Mais ce que je comprends pas, c’est pourquoi ça t’a mis autant en colère. J’veux dire, ok ton collègue à l’air d’un con, mais pourquoi tu l’as pas juste ignoré et fait un rapport sur son comportement ?»
Aomine ricane face à la perspicacité de Satsuki. Il baisse la tête, la nervosité tordant ses tripes.
« J’ai mis un moment à percuter moi aussi. Et je commence tout juste à en comprendre la portée. » Un soupir tremblant lui échappe avant d’admettre : « Ça me brûle la langue de le dire mais Iwao avait raison. Si j’étais en colère c’est parce que je me suis senti directement concerné. J’ai pas pu ignorer ses propos parce qu’ils m’ont blessé.
— Je suis pas sûre de comprendre Daï-chan… Je sais que tu peux être très empathique et très protecteur mais de là à perdre le contrôle…
— Ouais… il n’y a que la vérité qui fâche comme on dit. Mais t’as raison, c’est pas lui qui m’a fait vriller. C’est la jalousie…
— La jalousie ?» répète Satsuki perplexe.
Il hoche la tête et lui adresse un regard timide lui laissant le temps d’intégrer sa confession. Elle reporte son attention sur l’horizon, lui donnant l’opportunité d’admirer son profil délicat et sa mine concentrée. Peu à peu il lui semble lire sur ses traits l’étonnement au fur et à mesure qu’elle comprend.
Il est évident que Daïki ne sait pas comment lui dire le fond de sa pensée. Il n’a jamais été du genre bavard, préférant garder ses ressentis pour lui. Pourtant, il lui semble que cette fois ce n’est pas l’envie qui lui manque mais plutôt les certitudes. Les mots tout simplement. Elle sent son regard veiller sur sa réflexion, dans l’attente d’une réaction. Elle le sent fébrile, comme s’il retenait son souffle tandis qu’elle décide du verdict. Un accusé en probation. Voir son ami de toujours dans un tel état de nervosité l’alarme plus que sa crise de colère. La dernière fois qu’elle l’a senti si vulnérable… Son cœur se sert au souvenir de son Daï-chan démoli par le chagrin. Or cette fois, il lui parle de sentiment différents de celui du deuil.
La jalousie. Elle est surprise d’apprendre que Kagami est gay et se demande si Ao s’en doutait avant cette soirée. La jeune femme se remémore les mots de Daïki, son récit. Puis d’autres souvenirs lui reviennent, faisant petit à petit la lumière sur la pièce manquante du puzzle. Daïki lui parlant d’un nouvel adversaire avec enthousiasme. Daïki avec un sourire aux lèvres en répondant à un message. Daïki partant surfer avec un quasi inconnu. Daïki retrouvant l’envie permanente de jouer. Daïki lui présentant Kagami… Kagami n’ayant que le nom de leur ami commun en bouche. Daïki et Kagami s’affrontant comme si rien d’autre n’existait. Daïki allant chercher refuge inconsciemment chez Kagami. Daïki jaloux, d’avoir surpris Kagami avec un autre homme.
Son cœur bat fort dans sa poitrine. Maintenant, les agissements de son frère de cœur lui paraissent plus cohérents. Le sujet est des plus sérieux, Aomine est complètement perdu et il a besoin d’elle. Alors elle boit de son thé qui refroidit vite à l’extérieur, prend le temps d’y tremper un biscuit puis sourit aux nuages paresseux qui les surplombent, cherchant les mots pour le rassurer.
« Tu as toujours eu bon goût Daïki… En plus d’être adorable, Kagami est vraiment canon. »
Aomine cligne des yeux, stupéfait par la réaction de Satsuki. Elle ne bronche pas, ne cille pas, boit tranquillement comme s’il venait de lui annoncer la météo du lendemain et non qu’il ressentait des trucs ambigus pour un homme. Elle daigne enfin le regarder avec un sourire secret alors qu’il reste silencieux, bouche bée. Il réalise qu’il respirait à peine lorsque ses poumons se gorgent de l’air frais qui s’y infiltre de nouveau pleinement. Incrédule, il secoue la tête dans un rire de soulagement, puis la laisse reposer sur l’épaule de Satsuki le temps de calmer son arythmie cardiaque et son fou rire. Elle lui caresse doucement les cheveux en riant avec lui.
« T’avais si peur que ça de me le dire ?
— M’en veux pas. Je sais déjà pas comment prendre cette révélation alors anticiper ta réaction…
— Hum tu as l'impression que ça arrive de nulle part, et je vais pas mentir tu me prends un peu de cours là. Mais si j'y réfléchis bien, ça ne me surprend pas plus que ça. »
Daïki redresse la tête, intrigué. Satsuki se moque de son air ahuri et glisse ses doigts fins entre les siens pour l’apaiser. Instinctivement, il les serre dans sa paume.
« T'as toujours plu Daïki. Aux filles comme aux mecs et tu le sais. C'est naturel pour toi, draguer et flirter a toujours été un jeu plus ou moins innocent. Mais peut être que ça ne l'était pas temps que ça. Tu ne t'es jamais posé la question parce que c'était facile, tu pouvais avoir toutes les filles que tu voulais, et puis c'était "la norme". Mais non, je ne suis pas vraiment choquée d’apprendre que Kagami te plait. Je me sens même plutôt idiote de ne pas l’avoir compris avant. »
Sans lâcher sa main, Aomine considère les paroles de sa meilleure amie qui lui sourit avec tendresse. Il protesterait bien, pourtant il voit clairement à quels genres de comportements elle fait allusion. Satsuki le côtoie depuis si longtemps et de si près qu’elle sait tout de ses manèges dont il n’a même plus conscience. Les phrases à double sens, les clins d’œil complices, son contact facile, les sourires charmeurs et les regards aguicheurs. Jamais trop, mais suffisants pour laisser planer le doute. Elle a aussi raison quand elle affirme qu’il ne s’est jamais demandé quelle était son orientation sexuelle. Vaste question qu’il a préféré éluder. Son premier amour de toute façon était platonique et retenait toute son attention à la période où ses camarades commençaient à se chercher au travers de partenaires. Lui s’est intéressé au reste uniquement quand le basket l’a laissé tomber. Et avec les filles ça semblait plus évident, plus naturel. Souvent très entreprenantes, il s’est laissé porter dans le batifolage sans saisir l’opportunité de découvrir s’il ne désirait qu’elles. Pourtant s’il est honnête avec lui-même, il a toujours eu conscience des regards masculins, quoique plus discrets et en était tout aussi flatté. Aucunement révulsé. Lui-même s’est rarement privé d’admirer un corps bien fait, homme ou femme, sans pour autant se demander ce que ça dévoilait de lui. D’ailleurs, celui de Kagami ne l’avait pas laissé indifférent l’autre jour à la plage. Il se surprend même à redessiner mentalement les courbes de son dos musclé à cette pensée.
« Dit comme ça, je suppose que ça parait évident. Pourtant je l’ai vraiment pris comme un choc. Je sais pas… c’est comme si je ne me connaissait pas vraiment, que je me voilais la face et je me demande sur quoi d’autre j’ai pu me tromper. C’est flippant de découvrir que je ne peux même pas me faire confiance… C’est si énorme Satsuki, comment j’ai pu passer à côté ?
— Je comprends que ce soit déroutant. Que tu sois perdu. Et même si je ne trouve pas ça étonnant, ça ne veut pas forcément dire que c’était l’évidence même avant aujourd’hui. Ton attirance pour les hommes était peut-être tapie au fond de toi depuis toujours, ou alors c’est vrai uniquement pour un seul. Ça, ce sera à toi de le déterminer, si tu en a envie, et quand tu seras prêt. Ne te pose pas trop de questions Daï-chan. Accepter ce que tu ressens est déjà assez complexe, d’autant plus ici… » dit-elle en désignant la ville d’un geste las.
Aomine se rapproche de Satsuki. Il pose sa tête lourde et douloureuse sur son épaule, elle en profite pour emprisonner son bras qu’elle gratifie de douces caresses. Il n’est toujours pas serein, ni plus près d’accepter ce qui lui arrive mais véritablement délester de pouvoir en parler sans crainte d’être rejeté. Surtout réconforté par la présence de son roc, plus solide que jamais pour le soutenir dans ce moment de doute. Alors qu’il voyait son monde imploser, Satsuki est là près de lui, l’accepte envers et contre tout, même quand il n’y parvient pas. Pour la première fois depuis qu’il a pris conscience de ses sentiments, il trouve dans leur étreinte la force de se dire que ce n’est peut-être pas si grave, ni insurmontable.
« Daïki… dans le fond, est-ce que c'est si important de savoir le pourquoi du comment c’est arrivé ? Kagami t'attire, assez pour que tu te poses la question sur ta sexualité maintenant. Et je suis fière de toi. Tu fais face, tu ne fermes pas les yeux, tu en parles. Et je pense que c’est ça qui compte.
— Ouais… de toute façon, ce que je ressens quand je suis avec lui. Notre… connexion. C'est trop évident, trop important pour que je prenne la fuite.
— Tu savais qu’il était…
— Gay ? Oui, depuis un moment. Il ne s’en n’est jamais caché.
Satsuki acquiesce, grignote un autre biscuit puis poursuit.
« Vous en avez discuté ? J’imagine qu’il a voulu savoir pourquoi t’as débarqué chez lui en pleine nuit…
— Ouais… ouais on en a parlé. Je lui ai dit qu’il me plaisait, que j’étais paumé et que je ne savais pas ce que je voulais.
— Je vois, c’est un bon début. Et qu’est-ce qu’il a pensé de tout ça ? » s’enquiert la rose qui se tend un peu contre lui.
Il inspire et expire plusieurs fois pour calmer les battements de son cœur que cette conversation affole avant de lui répondre dans les grandes lignes.
« Il est perdu aussi. Parce qu’il s’était fait une raison. Mais il a aussi dit qu’il ne verrait personne d’autre le temps qu’on comprenne ce qui se passe entre nous.
— C’est génial Daïki ! s’exclame-t-elle visiblement soulagé de l’apprendre.
— Ça fout la trouille ! s’insurge-t-il.
— Haha oui aussi… » s’amuse son amie.
Ils restent encore un long moment en silence à observer la danse des nuages qui voilent le ciel tokyoïte. Jusqu’à ce que la lumière décline et que les couleurs chatoyantes du soleil couchant l’embrasent. Encore une fois, ses pensées dérivent vers Kagami et ce fameux jour où ils ont admiré ensemble un spectacle similaire. Avant qu’il ne fasse trop sombre, ils se décident à redescendre, laissant à regret la quiétude de son observatoire. Si les mots de sa meilleure amie n’ont pas réussi à dissiper toutes ses angoisses, ils ont au moins allégé un peu son cœur et désencombré son esprit.
De retour chez lui, la faim au ventre ils commandent des plats réconfortants qu’il se sent capable d’avaler. Satsuki le questionne à nouveaux avec bienveillance. L’aidant à trouver les réponses avec ce qu’elle sait de lui. Elle le rassure, l’encourage à continuer quand il a envie de se refermer. Ils rient aussi, de ses humeurs en dent de scie et de leurs souvenirs qui viennent ponctuer les déductions de Satsuki. Puis la soirée s’étire et Aomine passe de déposant à confident. Réalisant au fil de leur discussion combien ils parlent peu de cette façon et combien sa sœur peu se sentir seule aussi parfois. Un mal universel semble-t-il. Ils continuent à bavarder une bonne partie de la nuit, de choses et d’autres, de la vie. Aomine se livre aussi sur ce qu’il a confié à Kagami concernant son père, ses peurs et ses cauchemars. Ils se chuchotent leurs secrets comme lorsqu’ils étaient enfants et qu’aucune barrière ne les entravaient. Ils resserrent leur lien dans l’écrin de la nuit, pansent des maux et inventent des rêves jusqu’à sombrer de fatigue.
Satsuki endormie sur son torse, Daïki n’a plus aucune raison de lutter. Pourtant avant de se laisser happer tout à fait par le sommeil il vérifie une dernière fois si Kagami a répondu à son message.
Aomine – 21h13
Tu avais raison. Ça s’est bien passé avec Satsuki. Elle est plus douée que moi pour les interrogatoires, mais ça aide. Je crois…
J’espère que toi ça va.
Plus tôt dans l’après-midi…
Casque sur les oreilles, Kagami se dirige à pas vifs vers la salle de sport. Isolé par la musique, il ne porte aucune attention particulière à son environnement, juste assez pour esquiver les passants et éviter de se faire écraser en traversant. Il est absorbé par ses propres pensées, des scènes fugaces de cette étrange matinée qu’il a passée avec Aomine flashent dans son esprit en une succession d’images qu’il a du mal à considérer comme bien réelles. Ils viennent de se quitter, et pourtant les derniers événements lui semblent tout droit surgis d’un rêve. D’ailleurs, il se sent l’esprit embrumé comme au réveil, évoluant à travers un monde cotonneux où tout semble assourdi, y compris la musique pourtant poussée à plein volume dans ses oreilles.
C’est avec soulagement qu’il arrive finalement à la salle. Il se change en vitesse dans les vestiaires puis se dirige vers le rameur, où il s’installe après quelques échauffements. Il se concentre sur sa respiration et entame sa session, attentif à sa coordination. Comme toujours, il lutte un peu au début, puis son corps se réchauffe, ses muscles se réadaptent aux gestes familiers, et doucement, l’effort devient constant, ni trop facile ni trop épuisant. Il continue sans s’arrêter, adoptant un rythme de croisière plutôt élevé aujourd’hui. Il a besoin de brûler toute cette énergie négative qui sature son système, mélange de panique, d’incertitude et d’une étrange mélancolie qu’il a du mal à comprendre. Il devrait se réjouir, puisqu’il a finalement une chance avec Aomine… Mais il se souvient surtout de la détresse de son ami, de son air perdu, et de sa propre décision de renoncer à avancer pour laisser toutes les chances à cette relation de s’épanouir. Mais Aomine ne sait même pas ce qu’il veut… Il se considérait comme hétérosexuel hier encore… Alors oui, il a du mal à se réjouir.
Il inspire en étirant ses jambes et en ramenant ses bras à lui, expire en repliant son corps vers l’avant de la machine. À mesure qu’il travaille et que son cœur s’accélère, il trouve un certain réconfort dans la répétition mécanique du geste sur lequel il focalise toute son attention. Peu à peu, son esprit se vide, laissant place aux pures sensations physiques. La musique le guide dans son effort, l’aidant à se concentrer et à garder le rythme et il enchaîne avec une détermination rageuse, cherchant à se purger de cette désagréable sensation cotonneuse qui l’enveloppe encore.
Une heure plus tard, après avoir usé diverses machines et évacué toute l’énergie malsaine qui formait une boule de stress au creux de son estomac, Kagami est en sueur, et il se sent un peu mieux. Après un passage express aux douches, il renfile son jean noir et son sweat capuche bien ample, puis retourne chez lui avec une idée en tête. Il éprouve le besoin de se recentrer sur lui-même et d’oublier temporairement un ouragan nommé Aomine passé ce matin dans sa vie. Alors, une fois rentré chez lui, il ouvre l’album de sa mère et consulte les photos en se mordillant la lèvre, indécis. Il tourne les pages dans un sens, puis dans l’autre, s’attarde sur une photo, puis renonce. Au bout d’un long moment, il se décide finalement pour une photographie montrant sa mère dans une boutique de disques, tenant un album de Hiromitsu Agatsuma dans la main. C’était un artiste qu’elle aimait beaucoup, et il se souvient encore vaguement en avoir entendu dans le salon de leur appartement à Los Angeles. Peut-être que la sonorité du shamisen prisé par l’artiste apaisait son mal de pays… Le disquaire figurant sur la photo n’existe sans doute plus, mais on ne sait jamais. Après tout, il a été surpris avec le restaurant… Et quoique les disques deviennent peu à peu des reliquats d’une époque révolue, il y a sans doute encore des amateurs. Il envisage tout de même une solution de repli, et prend aussi avec lui une photo d’un parc situé dans le même quartier. C’est aussi celui du restaurant… Sans doute sa mère habitait-elle là-bas avant d’épouser son père, ou bien y avaient-ils un appartement au début de leur relation… Difficile à dire. Kagami connaît très mal l’histoire de ses parents, finalement… Sa décision prise, il renfile sa veste, repositionne son casque sur ses oreilles, attrape ses clés et quitte son appartement.
Il lui faut une petite demi-heure pour rallier le quartier où sa mère a semé tant de souvenirs. À l’adresse indiquée sur le dos de la photo – sa mère semblait très méticuleuse avec son album, presque comme si elle avait anticipé la quête qu’il entreprendrait jeune adulte – Kagami tombe nez à nez avec une salle d’arcade. Il s’y attendait, mais cela n’empêche pas la déception de planter un petit aiguillon glacé dans son estomac. Il se sent comme spolié de quelque chose qui lui était dû… Car c’est son héritage, après tout, non ? Cet album, c’est tout ce qui lui reste de cette figure maternelle à la fois omnipotente et vague et fragile, comme si elle risquait de s’évaporer de sa mémoire à tout instant. Il pense souvent à elle, il la cherche quand il se regarde dans le miroir, il essaie de reconstituer le puzzle de sa vie, de lui donner substance pour qu’elle existe un peu plus dans son esprit que sous la forme d’un souvenir déformé par le temps. Il le fait parce qu’elle a laissé son empreinte dans sa vie, même si c’est sous la forme du manque, d’un vaste point d’interrogation qui l’empêche parfois de se sentir vraiment lui-même, faute de savoir qui il est. Des sentiments assez similaires, réalise-t-il, à ceux qu’il éprouve aujourd’hui vis-à-vis d’Aomine.
Il se sent stupide à rester planté devant cette salle d’arcades, sa photo du disquaire à la main. Il la range dans sa poche et cherche le chemin du parc, qui n’est pas très loin d’ici. Il n’est pas très grand, mais situé dans une petite dépression au cœur de la ville. Entre les arbres, il distingue le miroitement las d’un étang alangui entre les roseaux. Il descend près de l’eau et s’assoit dans l’herbe, laissant son regard dériver sur la surface verte frissonnant sous la brise. Puis, il prend son téléphone et cherche Hiromitsu Agatsuma. Le premier titre sur lequel il tombe lui dit quelque chose. Kaze. Le vent. Il appuie sur Play.
Quand les premières notes de shamisen se détachent sur les plages atmosphériques, il est saisi d’une impression déroutante. Est-il possible de n’avoir aucun souvenir d’un morceau, et pourtant, de le reconnaître ? C’est la sensation qu’il a, en tout cas. Les quelques notes mélancoliques se détachent, pures et nostalgiques, emportant son esprit dans une vie qu’il n’a pas vécue. Il imagine sa mère assise dans le salon dont la baie vitrée donne sur les immeubles frappés de soleil de L.A., à rêver de son pays natal. Peut-être même de cet endroit précis, un îlot de calme improbable flottant en plein Tokyo. La pente naturelle du parc empêche de voir la ville, et avec un petit d’effort d’imagination, on pourrait presque oublier la ville amassée derrière les frondaisons denses des pins et des cèdres. Il sort la photo de sa poche, et regarde alternativement l’image et l’étang devant lui. Il est précisément à l’endroit où la photo a été prise. Même les poules d’eau passant sur la photo sont là, batifolant dans un coin entre les roseaux. Son cœur se serre, alors qu’il imagine sa mère à son âge, se posant ici pour… Pour quoi, au juste ? Venait-il ici pour se détendre, seule, ou pour faire un pique-nique avec ses amis ? Avait-elle eu des rendez-vous romantiques avec son père ici ? Il n’a aucun moyen de le savoir, et peut-être qu’il projette son propre état d’esprit ou qu’il est influencé par la musique, mais l’endroit lui semble mélancolique. Un coin de nature volé à la ville dévorante, un carré de silence où les notes du shamisen d’Agatsuma s’élèvent vers le ciel entravé pour que le vent les emporte ailleurs. Lui aussi aimerait que le vent s’empare de ses pensées, qu’il les fasse flotter très loin là-haut, puis les disperse entre les nuages. Peut-être même que les nuages sont en réalité des pensées agrégées, et quand le vent répond aux prières, il les soulève du sol et les amasse dans le ciel. Et elles finiront en pluie bien loin d’ici et nourriront d’autres êtres, d’autres pensées. Kagami se laisse porter par sa rêverie, trouvant enfin un peu de repos tandis que son esprit se perd, oublie d’être rationnel, de raisonner, d’analyser, mais ne fait que divaguer, laissant libre cours aux souvenirs, pensées vagues, rêves et prières qui montent vers le ciel piégé entre les arbres.
Il écoute le même morceau en boucle pendant un long moment, sans savoir combien de temps exactement, mais il finit par avoir faim, et simplement envie de rentrer chez lui. Il se sent un peu plus calme tandis qu’il prend le chemin du retour. Cependant, il a eu sa dose de solitude et ne compte pas ruminer ce soir. Il pensait lancer un live, mais y renonce. À la place, il préfère aller chez Alex. Il trouve sa mentor et Tatsuya affalés dans le canapé à regarder un film. Il se contente de les saluer et se rend directement dans la cuisine avec les courses qu’il a faites à l’épicerie du quartier, et commence à préparer le repas. Au bout d’un moment, Alex passe la tête dans la cuisine :
« Ça va, Taiga ?
— Ouais… J’ai juste eu une journée bizarre. »
Alex le regarde d’un air pensif quelques instants, mais n’insiste pas.
« Qu’est-ce que tu nous prépares de bon ?
— Je fais dans le classique ce soir. Udon.
— Nice ! » s’exclame Alex, toujours ravie qu’il cuisine.
Elle reste à l’observer et Kagami finit par grogner :
« Qu’est-ce que tu veux ?
— Tu as l’air soucieux. Un problème ? »
Le couteau de Kagami se suspend au-dessus de sa planche à découper où sa ciboule attend patiemment. Et là, comme ça, inattendue et inopportune, l’émotion remonte dans sa gorge qui se serre à en avoir mal. Il s’aperçoit qu’il se sent épuisé, désorienté, et juste triste.
Alex s’approche dans son dos et le serre contre elle. Il lui en veut car ça lui fait monter les larmes aux yeux. Il en voit une s’écraser sur la patiente ciboule alors qu’il essaie de refouler les sanglots.
« It’s okay… » murmure Alex.
Il perçoit son parfum. Des notes de violette. Il se rappelle le flacon qu’Izumi lui a offert. Alex n’a jamais porté de parfum avant, mais c’est l’odeur préférée d’Izumi. Il l’inspire en essayant de calmer les battements de son cœur. C’est vrai que cette fragrance a quelque chose d’apaisant, qui rappelle le printemps et le soleil frais et neuf.
« Maman me manque, dit-il soudain avant d’avoir pu ravaler les mots.
— I know… » répond Alex en le serrant un peu plus fort.
Il pleure silencieusement, maintenant c’est impossible à refouler. Il ne sait pas pourquoi ça ressurgit si fort ce soir, sans doute à cause de tout se passe dans sa vie en ce moment, parce qu’il a besoin de se raccrocher à quelque chose, à quelqu’un.
« Je sais qu’elle est irremplaçable et qu’elle te manquera toujours, dit Alex. C’est une bonne chose. C’est le signe de l’amour entre vous, qui existe même maintenant. C’est pour ça que ça te fait mal. Je ne suis pas elle, mais tu sais que tu peux tout me dire. »
Kagami réalise que c’est ce dont il a besoin, d’autant qu’Alex est la mieux placée pour comprendre les problèmes qu’il rencontre dans sa vie sentimentale. Alors, après avoir pris un instant pour se calmer, il reprend le découpage de sa ciboule, Alex lui donne une bière et s’adosse au frigo non loin de lui, et il commence à lui raconter ce qui s’est passé avec Aomine ce matin. Il ne se formalise pas quand Tatsuya les rejoint et écoute lui aussi. Il n’a personne de plus proche au monde qu’eux deux. Et ce soir, son cœur est trop lourd pour préserver ses secrets. Il n’entre pas dans les détails, mais trace les grandes lignes. C’est plus de lui que d’Aomine dont il veut parler, de toute façon. Alex et Tatsuya écoutent sans l’interrompre, si ce n’est pour de brèves questions. En terminant, il réalise qu’il n’a pas parlé ainsi depuis très longtemps, et se dit qu’au moins, il a appliqué les conseils qu’il a donné à Aomine ce matin. À la fin de sa confession, il se sent encore plus vidé et épuisé, mais un peu soulagé aussi. Il a continué à cuisiner par automatisme, et laisse les casseroles au chaud en proclamant qu’il a besoin d’une nouvelle bière. Alors le petit groupe se rapatrie dans le salon et ils boivent un verre en prolongeant la discussion. Tatsuya et Alex mettent l’accent sur une chose en particulier : il n’y arrivera pas s’il ne pense pas un peu à lui. Il doit se préserver, et c’est possible, même s’il a fait un choix risqué. Il doit avancer pas à pas. Renouer avec Aomine sans se mettre la pression d’aboutir à quelque chose, juste en sachant que cette fois, l’horizon des possibles est vaste. Recommencer, en quelques sortes… Cette idée a le don de le terrifier, car il redoute de perdre ce qu’ils ont déjà construit. Mais il est d’accord sur le fond.
Alors, au moment où ils passent au dîner, il se sent nettement plus serein, libéré de cette profonde mélancolie tapissée d’anxiété qui l’a emprisonné toute la journée. C’est juste une autre page de sa vie qui s’ouvre, avec des possibilités plus nombreuses, ce qui entraîne plus d’incertitudes, mais au fond, quelle importance ? Il n’a pas l’intention de lâcher Aomine. Et il a déjà accepté d’arpenter les nombreux chemins qui s’offrent à eux, alors, prêt ou non, ce n’est plus important non plus. Car on n’est jamais prêt pour les choses qui comptent vraiment.
Chapter Text
Quand il rentre chez lui vers 23h après avoir passé la soirée chez Alex, Kagami découvre le message d’Aomine qui l’informe que la troisième guerre mondiale n’a pas éclaté avec sa meilleure amie. Le rouge est claqué et se met au lit sans tarder, puis, allongé dans son futon, il envoie une réponse au brun :
Kagami - 23h30
Je suis content si ça s'est bien passé. C'est bien que vous ayez pu parler. Moi ça va. Good night.
Il repose son téléphone près de son oreiller et ferme les yeux. Le silence et l'obscurité lui font du bien, après toutes les pensées bruyantes qui ont traversé son esprit aujourd'hui, et le tumulte d'émotions qu'il a vécu. Enfin, il trouve un peu de repos dans la tranquillité de la nuit. Personne ne l'attend, il n'a rien à faire d'urgent, tous les problèmes peuvent attendre demain. Il peut sombrer dans l'engourdissement salvateur du sommeil et se laisser dériver, au chaud sous la couette. Il s'endort rapidement.
Aomine esquisse un sourire en lisant la réponse. Il la trouve brève mais ne se sent pas capable de faire mieux. L'écran lui brûle les yeux déjà meurtris de fatigue alors qu'il rédige un mot que Kagami trouvera au réveil, vu l'heure tardive. À peine a-t-il appuyé sur l'icône 'envoyer' qu'il s'endort dans un profond sommeil aux rêves flous et sans contours.
Aomine - 3h38
Je suis content aussi. Repose-toi bien.
Chose exceptionnelle, Kagami dort jusque tard dans la matinée. Même quand il streame tard, il a tendance à se réveiller tôt, au pire en milieu de matinée. Jamais si près de midi. Mais il a dormi d'un sommeil lourd, sans rêve, et il a l'impression d'avoir à peine bougé dans la nuit. En se réveillant, il se rend compte que c'était salvateur et qu'il était vraiment dans un état d'épuisement avancé la veille.
Il commence sa routine matinale, encore dans le brouillard, puis lit le message d'Aomine alors qu'il avale une gorgée de café. Ce n'est pas grand-chose et pourtant son cœur se pince légèrement, il sent entre les lignes une certaine tendresse, à moins qu'il n'ait juste envie de l'imaginer.
Quand il est habillé et sustenté, il reprend son portable. Il ouvre un message et reste un moment à se mordiller la lèvre, hésitant. Il a envie d'écrire à Aomine, sans être sûr de savoir quoi lui dire. Et puis, est-ce que ce n'est pas trop tôt ? Est-ce qu'il ne va pas se sentir harcelé ? Il se rabroue intérieurement : c'est juste un message.
Kagami - 12h10
Hello. Bien dormi ? Moi, comme une masse... Mais bon, c'est plus ou moins les vacances en ce moment. Pour toi aussi même si t'as pas choisi... Essaie d'en profiter ! À plus tard.
Il envoie vite le message avant de se poser trop de questions sur son contenu, puis en envoie un à Tatsuya pour lui demander si ça lui dit d'aller à la mer aujourd'hui. Le temps n'est pas idéal pour le surf mais il est sûr que son frère de cœur ne dirait pas non à un petit footing en bord de mer.
Le réveil est difficile. Il n'aurait pas dû veiller si tard... Comme si la journée n'avait pas été assez éprouvante. Entre deux mondes, le corps lourd, Aomine reste dans le confort de la couette chaude. Profitant de cet état semi léthargique pour revenir à lui en douceur. Des pensées se télescopent, s'entrechoquent, se mélangent aux souvenirs fugaces de ses rêves qui s'effacent, mais elles résonnent moins fort dans son esprit cotonneux. Il les laisse simplement défiler sans s'y attarder. Lorsque sa conscience émerge, il entend la télé en sourdine. Satsuki. Avant de la rejoindre, il attrape son portable par réflexe. D'un œil il aperçoit la notification et se frotte les yeux pour distinguer plus nettement les mots. Il écrit puis efface une réponse au moins trois fois avant d'être satisfait.
Aomine - 14h18
Hey :) Oui, plutôt bien. C'est que t'en avais besoin. Ouais... je sais pas trop ce que je vais faire encore. Et toi quoi de prévu aujourd'hui ?
Tel un chat paresseux, Daïki s'étire et depuis sa chambre il rejoint la salle de bain pour vivifier un peu son corps alangui. La douche lui fait du bien. Un café n'est cependant pas de trop pour parfaire son réveil. Il en propose un à Satsuki qui a de petits yeux et ensemble ils reprennent la partie qu'elle avait entrepris.
Quand il reçoit le message d'Aomine, Kagami est déjà dans le train avec Tatsuya, et l'océan se profile derrière les vitres, miroitant sous le ciel qui ne semble pas vouloir se décider entre beau temps et nuages. Il aime quand la météo est changeante, imprévisible, créant de nombreux reflets et nuances de couleur sur la mer. Et puis, ça correspond bien à son baromètre moral qui ne cesse d'osciller ces temps-ci... Il détourne le regard de ce paysage invitateur et tape une réponse au brun.
Kagami - 14h20
Je vais à la mer avec Tatsuya. Courir un peu et manger une glace. Enfin, si on se prend pas une averse ;)
Aomine - 14h35
Cool ! Passe-lui le bonjour. Je croise les doigts alors :)
À plus tard.
Il échange téléphone contre manette sous l'œil moqueur de sa meilleure amie et lui tire la langue pour masquer sa gêne. Ils ne se sont rien promis, pourtant de l'avoir à portée de message le rassure. Kagami est bien là et leurs confessions de la veille n'est pas que le fruit de son imagination ou d'un fantasme enfoui.
Au bout d'un moment, le jeu vidéo l'ennuie. Il propose donc à Satsuki d'aller prendre l'air et de trouver un endroit sympa pour manger. C'est vrai que le temps est incertain, mais voilà des jours qu'il reste enfermé chez lui à cogiter. Il a besoin de s'aérer l'esprit et de se reconnecter un peu avec le monde extérieur. S'apitoyer sur son sort ne le fera pas avancer de toute manière.
Kagami et Tatsuya arrivent dans la petite gare balnéaire sous une belle éclaircie, et ils laissent leurs sacs sur la plage avant de se lancer dans un footing près du ressac. Ça fait bien longtemps qu'ils n'ont pas fait de sport ensemble, et Kagami apprécie la sensation revigorante de l'air du large fouettant son visage tandis que sa foulée régulière soulève de petites gerbes de sable. À ses côtés, Tatsuya ne se laisse pas distancer : son travail a beau l'absorber, il ne l'empêche pas de s'entretenir physiquement. Et à voir son expression détendue, lui aussi apprécie cette course au bord de l'horizon, et ce sentiment de liberté qui les porte alors qu'ils luttent contre le vent et le sol un peu traître du rivage.
Au bout d'un moment, ils font demi-tour d'un commun accord et finissent par rejoindre leurs affaires. Ils s'effondrent dans le sable, soulagés et fatigués, et se désaltèrent à grandes goulées. Mais ce moment de répit est rapidement interrompu par de grosses gouttes de pluie qui s'écrasent dans le sable tout autour d'eux en créant de minuscules cratères.
« Shit ! On va être trempés ! s'exclame Tatsuya.
— Y a un resto pas loin ! » répond Kagami en ramassant son sac en toute hâte.
Ils rejoignent le front de mer et se mettent à courir sous une pluie battante sur le trottoir, riant comme des gamins tandis qu'ils filent comme s'ils pouvaient esquiver les gouttes.
Ils arrivent au restaurant hors d'haleine et s'excusent pour leur tenue, mais la propriétaire affiche un sourire indulgent et chaleureux tout en leur indiquant une table où s'installer. Affamés, ils se commandent des bols généreux de ramens qu'ils se mettent à dévorer comme si leur vie en dépendait. Ils sont trop occupés pour converser et échangent de brefs commentaires sur la nourriture, jetant parfois un œil par la vitre pour regarder la pluie faire fuir les derniers promeneurs se pressant sous des parapluies ou détalant à la recherche d'un abri.
Kagami sourit à ce spectacle, apaisé par la nourriture et cette course vivifiante. Cette après-midi lui rappelle celles de son enfance après l'école, où Tatsuya et lui se précipitaient à la mer, le sac à dos encore plein d'affaires de cours battant sur leurs reins. Aujourd'hui, il éprouve une joie similaire, pure et stimulante, quelque chose qui lui fouette de sang, et il réalise qu'il avait vraiment besoin de ça. Un peu de légèreté, une petite escapade en dehors de son quotidien... Et il a l'impression que ça ravit également Tatsuya. Alors même si le temps ne s'y prête pas vraiment, ils fêtent ce moment avec une glace en dessert, comme avant. Et comme avant, Kagami en choisit une à la pistache, tandis que Tatsuya opte pour la fraise.
« Comme quoi, tout ne change pas dans la vie, constate Tatsuya.
— On dirait bien que non », confirme Kagami, et ça lui réchauffe le cœur, même si ce n'est qu'un petit détail. Il est vraiment heureux que son frère de cœur soit venu lui rendre visite, et il n'aurait pas pu choisir un meilleur moment pour le faire.
En ville, l'averse arrive plus tard, poussée par les vents du Sud. Avec Satsuki ils sont déjà à l'abri, il devine le changement de météo aux tenues humides et aux parapluies gouttant sur le sol, marquant le passage de leur propriétaire de trainées de gouttes glissantes.
Il y a longtemps qu'Aomine n'a pas mis les pieds dans une salle d'arcade, et le contraste avec sa semaine morose est presque trop violent. Les couleurs néons brillant sous la lumière noire, les musiques entêtantes et la foule, on est loin de son antre aux volets tirés où il errait telle une ombre solitaire... Il regrette un peu d'avoir cédé, mais le temps maussade avait donné le point à son amie. Cette dernière fait d'ailleurs tout pour le dérider, jusqu'à le provoquer en duel sur un centre de tir. Voilà bien un jeu auquel elle ne fera pas le poids. Ses heures d'entraînement face à des cibles plus ou moins éloignées, bougeant en tous sens rendent l'exercice trop facile pour lui. Il aura au moins eu le mérite de lui remonter un peu le moral. Être doué dans quelque chose fait toujours du bien à l'égo. Voir son score s'afficher au top du classement de la borne lui dessine un petit sourire teinté de fierté, qui s'agrandit face à la mine déconfite de sa meilleure amie.
« C'est pas juste, c'est ton boulot de savoir viser...
— C'est toi qui as insisté pour venir j'te rappelle !
— On verra si tu te débrouilles aussi bien avec tes pieds... » marmonne la rose en le tirant vers un jeu de danse.
D'abord il proteste, clamant l'injustice dans le choix de la borne mais promet de se venger. Très vite, ils attirent une petite foule de curieux. C'est vrai qu'ils sont au-dessus de la moyenne d'âge des autres joueurs. Mais ils se débrouillent plutôt bien. Si on oublie qu'il manque de rythme, sa coordination n'est pas si terrible. Il remercie intérieurement le basket pour ça. Et puis il prend même plus de plaisir qu'il n'aurait cru à se défouler sur les flèches s'illuminant sous lui. Plus le morceau avance, plus il y met de conviction et les rires de Satsuki terminent de lui faire oublier la situation incongrue dans laquelle il est.
Une fois repus, Kagami et Tatsuya ont siroté un thé en parlant de tout et de rien. Ils ont volontairement esquivé tout sujet ayant trait aux relations amoureuses, et c'est définitivement le cœur plus léger que Kagami monte dans le train du retour. Alors qu'il cale comme il peut ses jambes dans l'espace étriqué entre son siège et celui de devant, ses pensées reviennent à Aomine. Il se rappelle leur propre escapade au bord de la mer, et s'aperçoit que ça lui manque. Il pense aussi à cette randonnée que le brun lui a proposée dans la montagne. Il réalise qu'il a toujours envie de faire tout ça avec lui, quoiqu'il puisse se passer entre eux, et cette pensée a quelque chose de réconfortant.
Une fois installé à peu près confortablement, il envoie un message à l'objet de ses pensées.
Kagami - 17h12
Hey. On s'est pris l'averse. Mais c'était marrant. On rentre à Tokyo. J'espère que t'as passé une bonne aprem.
Malgré leur repas tardif, alors qu'ils déambulent à présent dans les allées bondées et inondées de lumière du centre commercial où ils sont venus se divertir, Aomine offre une gaufre à Satsuki. Il se demande vaguement si c'était là son but en le ramenant en enfance, mais il retrouve dans cet après midi un peu d'insouciance. Il réalise alors que ça fait une éternité qu'il n'a pas simplement pris le temps. De s'amuser tout simplement. De faire l'idiot en bonne compagnie. Et ça lui fait un bien fou. En fait, c'est un peu après ça aussi qu'il courait en jouant contre Kagami, ce sentiment de vivre le moment présent sans penser à rien d'autre. Pourtant même avec lui, il finit toujours par regarder sa montre, reprenant conscience du quotidien qui se déroule sans considération et dans un rouage bien huilé qui le ramène invariablement à ses responsabilités. Pas aujourd'hui. Il a tout le temps du monde et aucune urgence ne risque de le faire détaler d'ici. Peut-être que ses amis avaient raison. Il travaille trop. Ces vacances forcées sont peut-être bien ce dont il a besoin au final. Un vrai break pour respirer.
Il lutte tout de même contre ses réflexes durement acquis pour ne pas repérer la moindre sortie, un individu suspect ou même laisser traîner son oreille dans une conversation se voulant discrète. La vibration de son téléphone le sort de son introspection et il retire son bras des épaules de Satsuki pour l'attraper dans sa poche.
Aomine - 17h14
Ah ! Pas trop mouillé ?
Yes. Je profite ;)
Et pour preuve, il joint un selfie de lui mordant généreusement dans sa gaufre pleine de crème chantilly, tandis que Satsuki fait un signe à moitié cachée derrière lui.
Kagami - 17h16
Nice ! Pour nous c'était ramens et glace. On a fui la pluie juste à temps.
Il est content qu'Aomine semble avoir passé un bon après-midi. Lui aussi avait besoin de se détendre et de souffler un peu, et ça le soulage de savoir que le brun n'a pas ruminé et est sorti avec sa meilleure amie. Aucun doute que ça lui a fait du bien, comme lui-même a profité de sa sortie.
Une fois rentré chez lui et Tatsuya ayant regagné son logement chez Alex, Kagami file sous la douche, puis se fait du thé et s'installe sous un plaid, allumant la console pour jouer un peu. Mais ses pensées retournent régulièrement à Aomine, et il ne peut s'empêcher de se demander quand il le reverra. Il ne sait pas s'il doit attendre ou bien lui proposer... Et comme il ne parvient pas à résoudre son dilemme, il se reconcentre sur son jeu, jusqu'à ce qu'il se pose de nouveau la question sans pour autant trouver la réponse, et ainsi de suite.
À contrecœur, Aomine ramène son amie chez elle. Il la remercie une fois encore et comme d’habitude, attend que la fenêtre de sa chambre étudiante se soit allumée pour rentrer. Il appréhende un peu la solitude qui l'attend, mais d'un autre côté, l'intensité de ces deux derniers jours l'ont lessivé. Il a la sensation d'être une serviette éponge qu'on aurait imbibée d'un tas d'émotions, puis essorée jusqu'à ce qu'il ne soit plus capable d'en ressentir aucune. Ce qui étrangement est plutôt reposant.
Un peu de calme ne lui fera pas de mal, et puis même s'il l'a subi parfois, il a toujours aimé ça, la solitude. Pourtant ce soir, il n'arrive pas à l'apprécier. C'est un de ces moments où il pense la désirer et qu'elle l'étouffe plus qu'elle ne l'étreint. Ne sachant plus vraiment si c'est ce qu'il cherche, ou ce qu'il se dit pour mieux accepter la fatalité. Il tente de tromper cette sensation insidieuse qui vient tâcher les effets positifs de sa journée avec divers passe-temps, sans succès.
Comme si ce n'était pas assez difficile, tout ce qu'il essaie le ramène d'une façon ou d'une autre à Kagami. Cédant à son envie de le voir, il le cherche dans ses abonnements Twitch, espérant l'y trouver en ligne. Déçu, il s'arrête sur une autre chaine en jouant nerveusement avec son téléphone. Au bout d'un moment, il se fait une raison. Son envie ne passera pas. Ne sachant trop quoi dire et il faut le dire, un peu nerveux, il opte pour une suite d'émoji qu'il veut équivoque. Une voiture, un ballon, des bulles et un point d'interrogation.
Un sourire se dessine sur les lèvres de Kagami lorsqu'il découvre ce rébus qu'il déchiffre aisément. Il renvoie un simple pouce en l'air et rejoint son PC en s'ouvrant une bière. Il envoie une invitation à Aomine et patiente dans le lobby du jeu, un peu nerveux tout à coup alors qu'il lance un appel vocal. Il a parlé à Aomine hier et pourtant ça lui semble il y a une petite éternité. La conversation qu'ils ont eue a été difficile et décisive, mais on dirait que ni l'un ni l'autre n'a envie de prendre l'air pendant encore longtemps. Quelque part, ça le rassure qu'Aomine recherche sa compagnie, même au travers d'un jeu, car une part de lui craint toujours qu'il ne finisse par fuir et renonce à explorer une relation trop compliquée. Et il ne pourrait pas vraiment l'en blâmer... Mais il repousse ces pensées, sans quoi il va se mettre à déprimer, et c'est trop tôt pour penser à ça. Il s'éclaircit la gorge et choisit son véhicule et le customise en attendant qu'Aomine réponde.
Tandis que son ordinateur démarre, Aomine se prépare un petit encas. Il préfère ne pas anticiper ce qui va se passer, ce qu'ils vont se dire. Il a juste envie de sa présence, de retrouver la légèreté de leurs échanges même s'il se doute au fond de lui que plus rien ne pourra jamais être comme avant.
Il accepte l'invitation et choisit quelques accessoires, dont celui qu'il a débloqué la dernière fois et qu'il rêve d'essayer depuis. Son bolide bleu électrique crachant des paillettes turquoises lui rend le sourire. Ce contraste l'amuse décidément beaucoup et il a hâte de colorier le terrain de ses exploits.
Malgré l'excitation qu'il éprouve de retrouver Kagami, Aomine est fébrile en enfilant son casque. Il décroche, la gorge soudainement sèche. Il se contraint au calme et déglutit avant de lancer un "Hey" qu'il aurait voulu moins timide.
Quand la voix d'Aomine retentit dans ses oreilles, son cœur fait un léger bond. Il a toujours cette impression tenace qu'ils ne se sont pas parlé depuis longtemps... Les choses sont différentes entre eux maintenant. Mais pas complètement différentes, se rappelle-t-il. Ce qu'ils ont partagé jusqu'à maintenant n'a pas disparu, et l'amitié entre eux non plus.
« Hey. Alors ça y est, t'as obtenu tes paillettes ? demande-t-il a pour engager la conversation.
— Yep ! Apelle moi la fée clochette ! »
Aomine se face palm mentalement d'avoir dit un truc aussi débile mais ne peut s'empêcher de rire à sa propre connerie. Ok, il est nerveux. Parce que même s'il ressent des trucs pas nets pour son ami depuis le début, en avoir conscience les rendent aussi plus compliqués à gérer. Il a peur d'oublier comment être naturel avec lui, ce qui accélère un peu plus les battements de son cœur.
Kagami éclate de rire à sa réplique :
« Really ? Tu veux vraiment que je t'appelle "la fée clochette" ? Non parce que ça peut se faire, mais bon... Pas sûr que tu t'habitues très bien au surnom ! »
Et si Aomine est la fée clochette, alors son ami Kuroko est une diva extravertie... Au moins, l'idée a le don de le faire rire et de soulager un peu la tension qu'il éprouve à ces sortes d'étranges retrouvailles qui n'en sont pas vraiment.
Kagami règle ses derniers paramètres et lance la partie à deux contre deux. En face, une voiture arbore un look aussi tape-à-l'œil que celle d'Aomine, mais version dorée, l'autre est plus sobre. La sienne est d'un rouge profond avec des flammes ornant portières et aileron.
Aomine se racle la gorge et saisit l'occasion de se rattraper. Cette entrée en matière lui laisse un sourire dans la voix, même si le rire de Kagami a noué un peu plus son ventre. Quoique... pas de façon désagréable.
« Nan oublie, je préfère encore 'bébé'... mais pas sûr de m'y faire non plus ! »
Le décompte est lancé et sans se consulter, chacun prend sa place. Il laisse Kagami à l'engagement tandis qu'il cherche déjà le parcours optimal pour recharger son turbo boost au maximum.
Kagami sourit en se rappelant l'audace du type à la porte, qui avait rendu Aomine furieux et lui avait donné une bonne rigolade. Au moins, le brun prend ça avec humour.
Il accélère sans hésiter et fauche le ballon à l'engagement, puis l'emporte avec lui en décrivant une courbe plus ou moins maîtrisée, jusqu'à le lâcher à proximité du véhicule bleu électrique, en espérant qu'Aomine parvienne à l'intercepter.
« Momoi t'en veut pas pour hier alors ? » demande-t-il. Il se sent toujours un peu coupable même si Aomine reste le principal responsable de la panique de la jeune femme.
Aomine manœuvre pour placer son véhicule sous l'ombre du ballon géant et parvient à le récupérer. Il galère un peu avec les touches, mais ça lui revient plutôt facilement. Il trésaille à la question de Kagami mais reste concentré sur la partie et ne daigne répondre qu'une fois sa passe envoyée.
« Non ça va elle a compris. Mais le prochain faux pas signera mon arrêt de mort ! » Il ricane mais ajoute plus sérieusement. « Je vais faire plus attention, j'aime pas l'inquiéter.
— Ok. Tant mieux si c'est réglé. Si tu te fâches avec ma chargée de comm, ça va pas aller ! »
Kagami rit un peu et se rend compte qu'il va entrer en collision frontale avec le véhicule doré, braque au dernier moment et perd le ballon aux mains, ou plutôt aux roues de l'adversaire. Il marmonne dans sa barbe et pivote aussi sec pour partir à la poursuite de son bien.
Aomine claque sa langue contre son palais en voyant le pick up bling-bling repartir à toute berzingue. Il utilise son turbo pour éjecter le partenaire du voleur qui lui colle au train et se positionne sur la trajectoire de la balle. Il freine, passe la balle au bolide enflammé puis repart en marche arrière.
« T'as pas à t'en faire, t'inquiète. Et cette glace en bord de mer alors ? s'enquiert-il pour changer de sujet.
— On a eu le temps de faire un petit jogging, mais la glace ça a été à l'intérieur après un bon repas. Ça faisait du bien de se défouler près de la mer. L'air du large, y a que ça de vrai ! »
Kagami crispe la mâchoire inconsciemment tandis qu'il fonce tout droit sur les buts, surveillant ses arrières de coups d'œil furtifs et tâchant de maintenir une trajectoire impeccable. L'un de ses adversaires fond sur lui en remontant le terrain sur sa droite, mais il est certain que ça passe, alors il ne se laisse pas distraire et continue à filer droit. Il parvient à envoyer la balle dans les buts et vire aussitôt de bord, prêt à reprendre les hostilités.
« Yeah bien joué ça ! » admet le brun.
Celui-ci sent que leurs adversaires sont plus agressifs, ce qui le contraint à ne pas s'éloigner trop de son partenaire. Ainsi ils peuvent plus facilement protéger le porteur de balle. En pleine course poursuite pour éviter un but, il revient à la conversation :
« Ouais ça fait du bien y'a pas à dire. Mais l'air de la montagne, y a pas plus pur tu verras. » Aomine se fige une seconde en réalisant ce qu'il dit et ajoute rapidement : « Enfin si t'es toujours partant pour la rando. »
Kagami a un instant d'hésitation et son cœur et sa voiture font une embardée assez similaire. Aomine en a parlé spontanément, alors c'est qu'il en a toujours envie lui aussi. Il reprend le contrôle de son véhicule et hoche la tête en souriant.
« Yes, toujours partant. Tu me l'as si bien vendue, cette randonnée... Maintenant je compte bien y aller ! Mais si tu me laisses y aller tout seul je risque de me perdre alors c'est toi qui vois. »
Il rougit un peu mais assume sa taquinerie, et tant pis si ça peut passer pour du flirt. Il ne va pas contrôler et peser tous ses mots même si la situation est délicate... Car ça ne leur ressemble pas, qu'ils soient amis ou peut-être plus.
Aomine sent ses joues s'étirer dans un sourire incontrôlable. La première fois qu'il lui a proposé, il n'avait pas trop réfléchi. Aujourd'hui il comprend un peu mieux pourquoi il a envie d'emmener Kagami, et pourquoi c'est important pour lui. Son cœur s'emballe en les imaginant sur le parcours. Maintenant qu'il sait que c'est réciproque, il a encore plus hâte.
« J'aime pas vraiment l'idée de te perdre. Je vais voir ce que je peux faire pour t'accompagner, c'est plus sûr... »
Porté par une douce euphorie et peut être aussi l'assurance de Kagami, il ose répondre sur le même ton, parfaitement conscient de son sous-entendu.
Une sensation chaude fait palpiter son estomac aux mots du brun, qui le réjouissent plus qu'ils ne le devraient, probablement. Il a un peu plus de mal à se concentrer sur la partie en cours, son esprit dérivant facilement vers cette randonnée, et vers Aomine dont il imagine les expressions derrière son écran. Mais cette sensation est loin d'être déplaisante, alors tant pis s'il loupe quelques actions. Et puis en plus, ils mènent au score !
Si la partie a démarré sur les chapeaux de roue, Aomine se laisse distraire. Son partenaire ne lui en tient cependant pas rigueur. Leurs adversaires quant à eux prennent un peu trop la confiance à son goût, et un contre plutôt audacieux le ramène dans la partie. Il réussit à se reconcentrer, tout en réfléchissant à l'organisation de cette sortie en montagne.
« Il est censé repartir quand Himuro ? »
Kagami jette un coup d'œil à son calendrier et répond :
« Dans quelques jours. Il sera parti le week-end prochain. »
Il esquive de justesse le bolide qui veut visiblement l'éjecter et après avoir repris le contrôle de son véhicule, il réceptionne une passe d'Aomine et prend un large virage pour échapper au deuxième opposant, semant des bulles dans son sillage pour gêner ses adversaires. Une fois libéré, il trouve son coéquipier pile bien positionné pour marquer, et il tâche de réussir une passe correcte même si ce véhicule lui fait toujours un peu l'effet d'une savonnette. Ce qui est cohérent avec les bulles, remarque.
Aomine fronce les sourcils en réceptionnant la passe puis donne un coup d'accélérateur juste assez dosé pour marquer. Ce dernier point assoit leur supériorité et le chronomètre ne laisse pas assez de temps à leurs rivaux pour remonter au score. Ce match est pour eux.
« Ok. Bin si ça te dit on peut la faire à ce moment-là. Avant de reprendre le boulot et que la météo devienne trop instable. Sinon plus tard, j'ai des congés à poser donc comme ça t'arrange. »
Dans l'excitation du moment, Aomine a oublié ses incertitudes. Préférant mettre en sourdine les interrogations qui viennent grignoter ses tripes. Mais il ne les perd pas de vue. Il se connait, il sait qu'elles reviendront assez vite semer le doute dans son esprit. En fixant d’ores et déjà la date, c'est une façon pour lui de mettre une balise, un point de repère dans la tempête qui menace de lui faire quitter la route. Peu importe ce qui pourra bien se passer entre eux d'ici là, ce rendez-vous le rassure. Une certitude dans un futur incertain. Un objectif à atteindre, un cap à tenir, c'est tout ce dont il a besoin.
Kagami contemple l'écran des scores sans vraiment le voir, son cœur battant fort dans sa poitrine. Le week-end prochain... Ça va arriver très vite. Il éprouve une pointe d'inquiétude, mais l'impatience et l'enthousiasme l'emportent. Il est rassuré qu'Aomine veuille fixer cette excursion dans un avenir si proche.
« Le week-end prochain, ça me va, répond-il avant même d'avoir réellement pris la décision. Faudra juste que j'achète quelques trucs... Des chaussures de randonnée, pour commencer. »
Il commence méthodiquement à faire l'inventaire mental de tout ce dont il aurait besoin pour ce genre d'excursion, et la liste s'allonge vite.
Aomine ricane. Oui, ce n'est pas une mauvaise une idée.
« Ouais c'est le minimum requis. Mais pour le reste j'ai tout ce qu'il faut. Je vérifierai quand même pour être sûr mais te ruine pas en matos. Des vêtements un peu chauds, un sac à dos et un duvet c'est tout. »
Kagami se mordille la lèvre. Confier à Aomine toute l'organisation ? Ça va à l'encontre de son besoin de contrôler... Mais c'est lui l'expert en randonnée. Il doit lâcher un peu de lest.
« Ok, concède-t-il finalement. Je te fais confiance et j'éviterai de dilapider tous mes gains du tournoi ! »
Aomine apprécie l'effort de son ami mais il est quasi sûr qu'il viendra plus équipé quand même.
« Il vaut mieux ! Pas dit que vous remportiez le prochain... taquine le brun, joueur.
— Si je gagne pas, je sais pas si j'aurai encore les moyens de te faire à bouffer... réplique Kagami sur le même ton. Alors à ta place je serais plutôt team supporters !
Aomine rit de l'argument. Il se retrouverais bien bête. Maintenant qu'il a goûté à sa cuisine, il se voit mal s'en passer.
« Ok c'est quand ? Je ferais une banderole. »
Kagami éclate de rire à cette idée d'Aomine dans le public brandissant sa pancarte.
« Bon tout bien réfléchi, je me contenterai du soutien discret ! Et je sais pas encore quand c'est... honnêtement maintenant, je me repose un peu plus sur Momoi pour ce genre de trucs... Et ça me soulage beaucoup ! »
Aomine sourit encore. Il avait peur pour rien finalement. Oui il est nerveux, mais Kagami est son ami avant tout et ça reste facile de lui parler, de le chambrer, de le faire rire malgré le virage qu'ils ont pris. Ce constat le rassure, et la légèreté du moment lui fait du bien.
« J'aurais qu'à lui demander les détails alors. Tant mieux si elle t'aide. Et c'est peut-être pas une mauvaise chose pour moi de connaître ta manageuse en fait ! »
Kagami garde le sourire aux lèvres tandis qu'ils terminent la partie sur une victoire arrachée de peu.
« J'espère juste qu'on pourra lui rendre la pareille. Parce que pour le moment on peut pas la payer... »
Aomine s'est lassé des paillettes. Pas assez visibles à son goût. Pour la partie suivante, il opte pour des flammes. Bleues évidemment.
« Elle m'en a parlé. Mais tant qu'elle n'a pas son entreprise, c'est pas plus mal. Et puis c'est pas comme si elle avait absolument besoin de cet argent pour l'instant. Vous trouverez bien un arrangement d'ici qu'elle ait son diplôme.» Argumente-il-avec les propos de sa meilleure amie.
Plus que l'aspect financier, c'est l'expérience qu'elle cherche le plus dans leur partenariat, il ne doute pas que le reste suivra. C'est du donnant donnant dans cette collaboration.
« Ouais, j'espère. Pour tout te dire c'est assez stressant de se lancer dans un travail à plein temps sans savoir si on va encaisser assez d'argent... Enfin, c'est comme ça depuis longtemps mais à chaque nouvelle étape je me pose les mêmes questions ! »
Kagami lance la partie suivante et fait craquer ses doigts, prêt à tenter la deuxième victoire.
Cette fois Kagami lui laisse l'engagement, il se concentre alors que le décompte défile sur son écran. Il réussit à prendre l'avantage et file à bonne allure vers leur but, puis fait une passe au bolide rouge en meilleure position.
« J'imagine oui. Mais pour cette étape-là t'es pas tout seul. Satsuki est douée, vous aussi, je vois aucune raison pour que ça ne fonctionne pas. Et puis le stress, c'est aussi la preuve que ça te tient à cœur. Même si c'est pas facile, tu fais ce que t'aimes. C'est pas le cas de tout le monde, alors t'as déjà de quoi être fier. »
Kagami rit légèrement, n'attendant pas ce compliment.
« Thanks. Je suis surtout une tête de mule. Toi aussi il me semble, alors tu dois savoir que ça suffit à obtenir pas mal de choses dans la vie, ne serait-ce que par usure ! »
Il fait prendre un virage contrôlé à son véhicule, et a la satisfaction de voir le ballon atterrir souplement entre les poteaux.
Plus à l'aise avec les commandes, Daïki fait faire un looping à son pick-up pour célébrer leur but puis se lance à la poursuite de leurs adversaires. Il ricane aux propos de Kagami. Oui, il voit très bien ce qu'il veut dire.
« Je plaide coupable. Ajoute à sa un peu de fierté et même ce dont j'ai pas vraiment envie je l'obtiens. Suffit qu'on me dise que j'y arriverai pas. Même mes potes ont fini par arrêté de me défier.
— Ah ouais à ce point-là ?! Je les comprends... Tu dois être fatigant quand on te connaît bien ! »
Kagami rigole encore, jouant sans plus trop penser à ce qu'il fait, en pilote automatique, son attention davantage concentrée sur la voix du brun caressant ses oreilles.
— Hey j'te permet pas ! J'suis un gagnant c'est tout ! »
Et toi aussi ... ajoute-t-il mentalement. Sans même le savoir, son ami le challenge tout le temps. Et les défis, il adore ça. C'est sur le terrain que ça se vérifie le plus souvent, car Kagami ne renonce jamais. Un frisson coule dans son dos à ce souvenir. Ça lui manque. Des jours qu'il n'a pas joué, et ça devient dure de rester si longtemps sans toucher le ballon orange. Mais pour l'instant, il tente de récupérer une autre balle avant de prendre un point.
La mauvaise foi d'Aomine le fait sourire, et il esquive un adversaire, fait le tour du terrain en passant par la structure métallique qui le surplombe, s'amusant toujours de voir son bolide défier la gravité.
« Mais faut savoir perdre pour être un vrai gagnant... Du coup faudra qu'on se refasse un one-and-one. »
Il sourit, cette provocation devrait suffisamment énerver le brun pour qu'il obtienne une confrontation sous peu. Car oui, il en a envie. Il a l'impression que sur le terrain, ils ont trouvé une connexion qui échappe aux normes, aux pressions, à leur propre regard sur eux-mêmes, et il a envie de retrouver cette sensation.
« Hmm dis pas des trucs comme ça... À deux doigts de me changer et de débouler sur le terrain pour t'apprendre à perdre. »
Et il ne plaisante même pas. Sa jambe tremble rien qu'à cette idée. Le manque, plus la provocation effrontée occultent tout bon sens.
« Ben vas-y, je t'attends. »
Il sourit, il doute qu'Aomine sorte de chez lui à cette heure pour un basket nocturne, mais peu importe, puisqu'il répond à sa provocation, il continue sans se laisser troubler.
Aomine reste coi une seconde. Il en loupe la passe de Kagami et son cœur s'emballe l'instant suivant. Est ce qu'il est sérieux ? Ne vient-il pas de le mettre en garde ? Est ce qu'il le test ? Sans rien dire, il fonce pour récupérer la balle aux roues de leurs adversaires, mue par une énergie nouvelle. L'adrénaline se déverse dans son corps à la perspective de céder à sa folie. Il sait que ce ne serait pas raisonnable. Pourtant, il doit lui rester trop du sucre de l'insouciance qu'il a goûté plus tôt dans la journée, parce que la perspective devient très vite un projet. Il n'a pas envie de réfléchir, seulement de jouer. De jouer contre Kagami, se reconnecter à lui dans l'effort après les jours tumultueux qu'ils ont traversé.
Il zigzag sur le terrain jusqu'aux cages, marque un but pour faire sa part puis file se changer avant que la voix de la raison ne le retrouve. Toute fatigue envolée, il récupère son casque et sans l'enfiler il annonce dans le micro d'une voix déterminée.
« Dix minutes, douze max. À tout de suite. »
Il abandonne le jeu, et son appartement. Il enferme ses craintes à l'intérieur et file en direction de chez Kagami. En sortant de son immeuble, le sourire aux lèvres, il réalise combien il a besoin de ça. Il se demande même vaguement pourquoi il n'est pas allé jouer avant pour se défouler, plutôt que d'aller boire seul dans un bar.
Malgré le silence qui l'a fait douter, Kagami est surpris par cette réponse, car il s'y attendait... mais sans vraiment y croire pour autant. Il reste le cœur battant devant son écran, fixant la partie inachevée, à s'interroger s'il se passe bien ce qu'il croit qu'il est en train de se passer. Mais le silence dans son casque est éloquent. D'un seul coup, il a l'impression d'être un adolescent qui s'apprête à faire le mur. Il se secoue et quitte la partie, posant son casque sur le bureau. Puis, il va chercher ses affaires de sport et se change, fébrile. Enfin, il quitte son appartement et dévale les escaliers.
Chapter Text
Quand Kagami sort de son immeuble, direction le terrain de basket à deux pas d’ici, la nuit est calme, contrastant avec ses battements cardiaques qui résonnent dans ses oreilles. Il serre son ballon contre son flanc et se dirige d'un pas résolu vers le rectangle de bitume. Un doute s'insinue en lui : Aomine viendra-t-il vraiment ? Mais le brun n'est pas du genre à se défiler… C’est étrange de se retrouver seul sur ce terrain, à la lumière des réverbères, comme si cette nuit leur était réservée. Le tigre s’étire, inspirant profondément l’air teinté de fraîcheur. Puis, il commence à faire rebondir le ballon sur l’asphalte, son bruit mat et familier gommant celui des battements de son cœur.
Sur les derniers mètres, les mots de Kagami résonnent dans son esprit. Je t'attends. Aomine sait que c'est vrai. De plus d'une façon... Mais il repousse ses pensées pour l'instant en accélérant le pas pour les fuir. Ne laissant de place qu'à leur rivalité sportive et au défi que lui a lancé Kagami.
Un sourire étire ses lèvres lorsqu'il le trouve en train de faire des paniers à la lueur des réverbères, tout juste assez vaillants pour éclairer tout le terrain. Il passe le grillage et pose son sac à côté de celui de son adversaire. D'un geste assuré, il positionne sa casquette à l'envers et s'avance vers son ami.
« Pas trop attendu j'espère ? » demande-t-il dans un sourire narquois.
Kagami se tourne vers son adversaire du soir et son cœur fait un petit bond en réalisant qu'il est bien venu. Évidemment qu'il est venu.
« Je commençais à m'endormir sur le panier », répond-il en dribblant d'une main à l'autre.
Il a du mal à cacher sa fébrilité. Il ne veut pas trop en dévoiler, il déteste être demandeur de quoi que ce soit, mais il devine que c'est pareil pour Aomine.
« En dix points ? propose-t-il. Le premier à les atteindre remporte le match. »
Aomine aime son répondant. Son mordant. Sa façon qu'il a de répondre à chacune de ses provocations sans en prendre ombrage. Kagami joue toujours son jeu, et surenchérit, maîtrisant les règles implicites préétablies. Aujourd'hui, il est capable de dire qu'il trouve ce trait de caractère séduisant. Il sent ses joues s'échauffer à cette révélation inopportune mais le bruit familier du cuir sur l'asphalte focalise rapidement toute son attention.
Il valide d'un hochement de tête les règles énoncées et se positionne en défense, prêt à en découdre.
Kagami dribble face à son adversaire, étudiant ses mouvements. Il ne sent plus aucune peur dans son esprit, tout lui semble clair, d'autant plus avec la nuit qui les entoure, isolant le terrain dans une bulle de lumière. Il feinte à droite, puis à gauche, recule d'un pas et prend le large, faisant passer le ballon dans sa main gauche pour l'éloigner de la portée de l'autre fauve, et court vers le panier aussi vite que ses jambes le lui permettent.
Direct dans le vif du sujet, Aomine s'est laissé déstabiliser. Il monte en puissance avec le temps, et un match en dix, c'est court. Qu'à cela ne tienne, la vitesse est son point fort. Il double Kagami avant qu'il ne tente un saut et se place devant lui pour protéger son panier dans un dérapage contrôlé. Cette fois plus attentif aux micro mouvements précédant une feinte.
Kagami bondit dans les airs sans réfléchir, quitte à bousculer un peu son adversaire. Aomine réagit directement et il sent son corps heurter le sien, s'envoler avec lui, il éprouve la résistance qu'il lui oppose tandis que son bras se lève pour tenter d'amener la balle dans l'arceau... Et le brun le repousse, déviant son tir et lui faisant manquer son panier. Il retombe au sol, frémissant, aussi frustré que stimulé par cette mise en échec. Il a rencontré peu de basketteurs capables de s'opposer à lui quand il mène le duel dans les airs.
« Joli, souffle-t-il sans pouvoir retenir un sourire carnassier.
— Je sais », réplique Daïki dans un haussement d'épaule, cachant mal un sourire rayonnant.
Contrairement aux fois où ils jouent à plusieurs, Kagami ne retient pas ses coups quand ils sont en one and one, et c'est ce qu'il préfère. En attaque cette fois il opte pour le passage en force. Pas le temps de tournicoter pour trouver une faille, il doit saisir l'occasion d'ouvrir le score. Il se heurte au torse de son rival qu'il repousse de son avant-bras, gardant la balle loin de ses pattes habiles. Ce contact rude l'électrise jusque dans ses Jordan's. Il force encore pour le faire reculer d'un pas mais les appuis du tigre sont trop solides. Néanmoins cette bousculade ouvre une brèche dans laquelle il s'engouffre telle une anguille. Un cross over plus tard, il lance la balle en direction du panier, malgré l'angle défavorable.
Kagami est trop loin pour tenter le contre, et il observe le ballon se poser sur l'arceau, hésiter un instant puis tomber dans le filet. Il fronce les sourcils et le récupère sans tarder, déterminé à rendre ce panier à Aomine immédiatement. Il n'a pas la souplesse du brun, et instinctivement Kagami cherche un coéquipier des yeux pour faire la passe avant de se rappeler qu'ils sont seuls ce soir. Mais ça n'en rend le défi que plus stimulant, et il n'est pas non plus dénué d'adresse. Il attend le bon moment et s'élance en avant, changeant de jambe d'appui au dernier moment pour contourner son adversaire, passant le ballon sous son genou pour le dérober à la main leste du brun. Il le récupère de la gauche et se rapproche du panier, tirant à mi-distance dès qu'il se trouve à portée. Il sent Aomine dans son dos mais cette fois il ne se laisse pas repousser et a la satisfaction de voir le ballon passer le filet.
Daïki grogne un peu pour la forme et va chercher le ballon en trottinant. Il profite du trajet retour jusqu'au centre du terrain pour ajuster son dribble. Il se demande brièvement comment la jouer cette fois-ci, puis prend un instant pour se détendre. En basket, les questions n'ont pas leur place. La concentration l’entraîne un peu plus profondément dans ses eaux tranquilles. Il se fait plus souple sur ses chevilles et baisse son centre de gravité. Face à son adversaire il dribble, varie les rythmes. Il avance puis recule, testant les réactions de Kagami qui le suit tel son reflet. Puis d'un coup sans prévenir il fonce à droite. Pile net quand Kagami réussit à frôler le ballon, engage une rotation pour partir à l'opposé et prendre un peu d'avance. Avant de se faire rattraper il shoot. Cette fois, l'angle est optimal, mais pas sûr que ça suffise. Sa courbe n'est pas assez haute...
Le ballon rebondit sur l'arceau et Kagami saute pour le récupérer au vol, et à peine ses pieds touchent terre, il reprend la direction du panier opposé. Alors qu'il gagne en concentration, il laisse parler l'instinct, tous ses sens aux aguets. Le battement rythmique du ballon sur l'asphalte, son propre souffle haletant, son cœur pulsant, et même le froissement des vêtements d'Aomine, il entend tout, tandis que ses yeux sont perpétuellement en mouvement, notant inconsciemment des détails dans la posture de son adversaire qui l'amènent lui-même à adapter sa tactique au fur et à mesure. Il retrouve rapidement ses marques, c'est à la fois très difficile et très facile de jouer avec Aomine. Difficile parce que ce dernier est très fort, mais facile parce que c'est comme une chorégraphie improvisée qu'il adopte d'instinct, comme si son basket et celui d'Aomine se complétaient, c'est un joueur qu'il comprend sans parvenir pour autant à le prévoir.
Kagami bataille un moment avec lui sous le panier, tentant de s'imposer et de repousser son adversaire juste assez pour s'ouvrir une marge de manœuvre et tirer. Il bondit, balance le ballon d'un geste puissant qui balaie le contre du brun. Ce qui lui donne une avance qu'il compte bien conserver.
Comme à chaque fois qu'Aomine joue contre un adversaire de taille – a fortiori Kagami – le basket prend une nouvelle envergure. Un sens bien moins futile qu'un simple jeu ou un exutoire sportif. Ce point-là termine de le faire sombrer. Plus rien autour de la zone éclairée n'existe. À cet instant, le monde pourrait bien s'écrouler autour d’eux qu'il ne le verrait même pas. Tout ce qui compte est en face de lui. Derrière Kagami. La haute silhouette courbe du panier. Il sent au creux de son ventre la chaleur familière de la faim qui le dévore. Sa soif intarissable de victoire. Il ne plaisantait pas tout à l'heure. C'est un gagnant. Pendant longtemps il s'est défini comme tel, s'ajoutant une pression intenable sur les épaules pour coller à son personnage en toutes circonstances. Avec l'âge, sa vision des choses s'est un peu distillée, nuancée. Aujourd'hui il se considère plus comme un battant, parce que les défaites ne l'ont finalement pas tué. Pourtant, ça n'empêche pas ses instincts primaires de ressurgir quand il se sent menacé, ne serait-ce que d'un tout petit point.
Sans penser à rien d'autre que son objectif, Aomine se lance dans une danse endiablée avec Kagami. Rapides, agiles, ils se tournent autour dans un ballet les guidant à travers le terrain, passant d'un camp à l'autre. Aux aguets, la panthère casse leur harmonie dès qu'il sent le moment venu pour filer sous le panier. Son rival le rejoint et saute au contre, sans surprise. Il change simplement de main en vol et tire de derrière lui, dans une courbe ample, hors de portée de Kagami. Il égalise avec satisfaction.
Kagami peut sentir la rage de vaincre du brun, comme une aura qui flamboie autour de lui, densifiant et électrisant l'atmosphère à son contact. C'est un combattant infatigable et acharné, aussi vif qu'agressif. Lui se définit plutôt par sa capacité à endurer, à encaisser, à tenir envers et contre tout. Et il aime la sensation qui chatouille ses entrailles quand il se sent monter en puissance, quand il saisit le rythme de son adversaire et parvient à profiter d'une opportunité juste en le prenant légèrement à contre-temps. Même quand il se sent bloqué et sans solution pour vaincre, il continue d'essayer, jusqu'à ce qu'il y parvienne. À chaque échange, il impose sa présence, il ne recule pas, il refuse de se laisser intimider. Et ainsi ils dansent un moment, mettant des points d'un côté et de l'autre. Quand il a une occasion, il n'hésite pas et tente d'arracher trois points. Pas sa spécialité, mais son tir est précis et cette fois, il a su surprendre Aomine. Son cœur bondit de joie dans sa poitrine lorsqu'il voit le ballon rentrer. Il est si proche de la victoire...
« Fuck ! Tu veux la jouer comme ça ? ... Ok ! »
Sans attendre de réponse Aomine fonce à toute allure pour remonter au score. Il hésite un instant à tenter lui aussi les trois points mais s'il rate, Kagami aura la balle de match. Et s'il réussit... il gagne et leur échange prendra fin. Un pincement au cœur vient troubler sa concentration. Ses tripes protestent, criant qu'il peut l'achever maintenant mais il n'en a pas envie. Comme toujours, il veut que ça dure, il prend beaucoup trop de plaisir et surtout il ne veut pas que cette parenthèse se referme, que cette journée se termine. Il a trop peur de ce qu'il pourrait éprouver demain. Son pouls pulsant dans ses tempes, il dépasse la limite des trois points et réduit l'écart d'un tir impossible dont il a le secret, s'offrant par la même occasion un nouveau round. Encore quelques minutes de répit avec Kagami.
En défense, Aomine le fixe du regard et lui colle au corps pour limiter le moindre de ses mouvements. S'il l'empêche de marquer, il retardera encore un peu l'échéance. De quoi le motiver un peu plus si c'est nécessaire à gagner ce duel.
Kagami a l'impression qu'Aomine aurait pu tenter le trois points, et ça la surprend qu'il n'ait pas essayé. Un soudain manque de confiance ? Ça ne ressemble guère au brun... Mais il ne s'attarde pas là-dessus. Il n'est qu'à un point de la victoire et malgré la défense resserrée d'Aomine, il est certain qu'il peut le faire. Il garde un peu de prudence mais se fait plus agressif, il pousse en avant. Si Aomine veut la jouer au corps à corps, ça ne lui pose aucun problème. Il peut sentir son souffle l'effleurer, son odeur s'exhale plus forte sous l'effort, le troublant quelque peu, mais il repousse ces sensations et pensées, se focalisant sur son but. Il finit par tenter le tir, pivotant pour se débarrasser de son pot-de-colle, mais celui-ci est vif et parvient à lui dérober son bien au vol. Kagami étouffe un grognement rageur et se tient prêt à protéger son panier.
Son cœur vibre dans sa poitrine et il n'est pas certain que l'effort en soit la seule cause. Encore un round, encore une chance. Kagami adopte le même pressing, il le contraint et le gêne avec férocité. Mais loin de l'inquiéter, ça lui arrache plutôt un sourire. Le fauve sort les griffes... Il ne saurait dire lequel du joueur ou du gars attiré par son ami en est le plus satisfait.
Aomine se retourne entre les bras de Kagami pour lui faire dos et le pousse de ses hanches, essayant de pivoter dans la lutte pour retrouver le panier. Il parvient presque à se positionner en face lorsque le tigre tente de lui arracher son bien. Il se voit contraint de céder un peu de terrain pour le protéger de justesse. Le poids de Kagami dans son dos et son souffle sur sa nuque lui arrache un frisson qu'il ignore tandis qu'il saute. Il ajuste sa trajectoire dans les airs faisant barrière de son corps à l'envergure menaçante de son opposant qui le colle toujours.
Kagami fait une tentative désespérée pour dévier le tir, mais Aomine est plus rapide que lui et fait rentrer le ballon dans l'arceau sous ses yeux. Il retombe au sol et s'appuie des deux mains sur ses genoux, hors d'haleine. Il vient de perdre et ça le fait enrager, mais ce sentiment n'est pas aussi intense que d'habitude. Maintenant que la pression retombe, le trouble revient l'envahir. Ces derniers échanges étaient particulièrement physiques et il ne peut ignorer l'effet que ça lui fait. Ça le désoriente et le stimule à la fois, c'est intense et étourdissant comme un sport extrême. Il essuie son visage dans son t-shirt, reprenant doucement conscience du calme de la nuit autour d'eux. On n'entend que le bourdonnement urbain familier, et leurs respirations précipitées.
« La prochaine elle est pour moi » affirme-t-il, les yeux rivés sur le bitume.
Aomine sourit et acquiesce en silence. Il essaie tant bien que mal de calmer sa respiration défaillante. Il marche un peu pour que son pouls se calme graduellement. Mais ça ne suffit pas. Toujours sous l’effet de la concentration, les sens en alerte, il est bien trop conscient de la présence de Kagami à ses côtés. De son souffle, de son parfum que la brise nocturne lui ramène obstinément. Il peut presque encore sentir son corps contre le sien alors que plusieurs mètres les séparent. L'adrénaline quitte peu à peu son corps, mais pas la tension qui l'agite. À présent il retrouve sa nervosité, et il n'y a plus la distance ni d'écran interposés entre eux pour la camoufler.
Il finit par arrêter ses cents pas et lève le nez au ciel, y cherchant quelques étoiles que les lumières de la ville n'auraient pas effacé. Mais les nuages de la journée divaguent toujours dans le ciel sombre, voilant le spectacle.
Jouer en ligne contre son ami était facile, lui parler par téléphone plus qu'il n'aurait cru, l'affronter en one and one stimulant, comme toujours, et pourtant pas tout à fait de la même façon. Tout à son excitation, il n'a pas anticipé l'après match, cet instant de calme où l'euphorie les étreint encore. Pas assez fort cependant pour étouffer les doutes. Soudain, il se sent fébrile et ne sait plus quoi faire, ni quoi dire.
Kagami remarque l'agitation du brun et n'est pas vraiment surpris. Après tout, il se passe beaucoup de choses entre eux ces temps-ci, et l'atmosphère est chargée. Bizarrement, lui se sent plutôt calme. Le basket l'a vidé, et... Il ignore ce qui l'apaise, si on peut dire ça comme ça, mais ce soir, aucune question ni pensée parasite ne vient l'encombrer. Peut-être une sorte de fatalisme mais sans le côté négatif. Il sait qu'il s'est engagé sur un chemin incertain où il n'a pas toute la maîtrise de la situation. Il devrait détester ça, mais ça a aussi un côté libérateur.
Il retourne près de son sac et boit à sa bouteille, puis remballe ses affaires et sourit à Aomine.
« Je devrais t'en vouloir parce que j'ai perdu, mais c'était un beau match. Et... je suis content que tu aies tout lâché pour venir en pleine nuit. »
Aomine qui retrouvait tout juste des pensées plus cohérentes sent son cœur se serrer en comprenant que Kagami est sur le départ. Il le rejoint pour se désaltérer. L'eau lui fait du bien et dénoue un peu sa gorge. Il réfléchit à toute allure pour trouver un truc à répondre qui soit satisfaisant, traduisant son ressenti. Mais c'est difficile quand on ne sait même pas vraiment ce qu'on ressent. Il est perturbé, ce qu'il a vraiment envie de dire lui semble insensé. Trop en décalage avec ce qu'il devrait.
« Les vrais gagnants savent perdre... pas vrai ? » Le cite-t-il avec un demi sourire avant d'ajouter plus bas : « Je suis content aussi, j'avais besoin de ça...
— Yeah ? Tant mieux... moi aussi je crois », approuve Kagami. Il sourit de nouveau et pose sa main sur l'épaule d'Aomine, la pressant doucement. « Well... Je vais me coucher. On se voit bientôt. »
En le disant, il a la certitude que c'est vrai, c'est pourquoi il est prêt à partir sans avoir le cœur lourd. Il est peut-être disposé, après tout, à vivre un jour après l'autre et avancer pas à pas...
Une douce chaleur vient chatouiller son estomac à ce contact plus affectueux qu'amical. Il ne sait pas si c'est la fatigue, mais il sent Kagami serein. La force tranquille qui émane de lui à cet instant apaise un peu la tempête qui couve en lui.
« Ouais, à bientôt. Bonne nuit Kagami. »
Kagami serre encore un instant son épaule dans sa main puis finalement la lâche et s'éloigne, il a toujours un peu de mal à réaliser qu'ils ont improvisé ce basket aussi vite alors qu'ils étaient en pleine partie de jeu vidéo et se sentaient aussi nerveux à l'idée de se voir. Finalement, c'était sans doute une bonne chose de suivre leur impulsion, ce basket a dissipé le malaise et l'anxiété qui aurait pu s'accrocher à eux.
Il se dépêche de rentrer chez lui pour filer sous la douche. Alors qu'il se détend sous l'eau chaude, ses pensées dérivent vers le brun, revivant leur match, la sensation de son corps près du sien, l'intensité de leurs échanges, la flamme bleutée dansant dans ses yeux. Il soupire en s'appuyant contre le carrelage, regardant son sexe dressé. Pourtant, il ne fait rien pour soulager la tension... Sachant que la dimension physique de leur relation est potentiellement un problème, il ne peut se résoudre à se toucher en pensant à lui. Et... il a du mal à penser à autre chose qu'à lui.
Il pousse un nouveau soupir et sort rapidement de la douche. Après s'être brossé les dents et avoir enfilé un caleçon et un t-shirt ample aux couleurs des Lakers de L.A., il déploie son futon et se couche. Il reste un instant les yeux grand ouverts dans le noir, puis attrape son portable pour envoyer un message à Aomine, mais il ne trouve pas ses mots. Alors finalement, il repose son téléphone et ferme les yeux à la recherche du sommeil.
Aomine a fait mine de ranger ses affaires et de partir à son tour. Mais ses pas le ramènent finalement en arrière. S'il rentre maintenant, il ne trouvera jamais le sommeil et finira par se noyer dans une nébuleuse de tourmente sans étoiles, comme la nuit de ce soir. Il sort son ballon de son sac et commence à dribbler. Il a besoin d'évacuer le reste de l'électricité circulant dans son corps. Vu son état de fatigue, il ne force pas trop, le but n'est pas d'aller se blesser. Mais le basket l'a toujours calmé, même si cette fois les souvenirs frais de leur affrontement ne semblent qu'attiser son agitation.
Il enchaine les paniers, quelques dunks puis se laisse aller dans un drible, déversant le reste de l'énergie fourmillant sous sa peau dans ses gestes et sa technique. Il ne sait pas combien de temps il reste sur le terrain dans la nuit qui s'épaissit. Le temps qu'il faut pour se sentir assez calme et prêt à affronter la solitude qu'il a redouté jusque-là. Il sait qu'il en a besoin à présent. Qu'il ne pourra de toute façon plus y échapper, alors autant l'apprivoiser. Cependant, avant de partir il jette un coup d'œil à l'immeuble de Kagami. Le savoir juste là avait quelque chose de rassurant. Ce qui est paradoxal en un sens, puisque c'est sa présence physique qui l'a troublé plus qu'il ne l’aurait imaginé.
Quand il se faufile enfin entre ses draps, encore humide de sa douche, il est épuisé. Le contrecoup du match, de la journée et du stress le terrasse. Il n'a même pas le temps de se demander s'il va ruminer ou devoir lutter pour trouver le sommeil qu'il s'endort déjà.
Chapter Text
Aujourd'hui, c'est le dernier jour du séjour de Tatsuya. Kagami passe donc la journée avec lui, essentiellement à jouer aux jeux vidéo et à manger dix fois trop. Le temps passe vite et Kagami oublie un peu le brun qui hante ses pensées, il se concentre sur son meilleur ami, il a le cœur un peu serré à l'idée de le voir partir. Mais Tatsuya lui fait promettre de venir à L.A. dans les prochains mois, et il accepte. En plus, l'idée de revoir la Californie réveille une certaine nostalgie en lui, et il réalise que cet endroit lui manque. Il s'imagine le faire découvrir à Aomine, improviser un basket avec les locaux, se balader sur la plage, boire un verre après le surf... Puis il se secoue. Il s'avance beaucoup trop... mais il ne peut s'empêcher de rêver. Rêveries que ne manque pas de remarquer son frère de cœur, qui se moque de son air distrait et absorbé.
« Je pars demain et tu passes ton temps à penser à quelqu'un d'autre !
— Hey ! C'est pas vrai. Mais ouais... Je suis un peu distrait, j'imagine.
— Je plaisantais, sourit Tatsuya en lui mettant un gentil coup de coude. Hé, si on sortait ce soir ? On pourrait retourner au bar de Kuroko et inviter Aomine et Momoi à nous rejoindre. »
À cette idée, le cœur de Kagami bondit. Oui ça lui plairait beaucoup... Il repêche son téléphone dans sa poche et tape un message en hâte.
Kagami - 18h11
Hey, Tatsuya s'en va demain et on pensait passer la soirée au bar de Kuroko. On se demandait si Momoi et toi aimeriez venir.
Aomine a passé la majorité de sa journée au lit. Comme il s'en doutait, les instants de quiétude volées la veille n'ont pas duré et la réalité l'a rattrapé. Une réalité où il est hanté par des images et des souvenirs de Kagami, son désir d’être proche de lui, de le toucher dévorant son ventre. Son cœur n'a cessé de battre lourdement, et plus vite qu'il n'aurait dû. Il peut sentir chaque pulsation jusque dans sa gorge, lui laissant le souffle court. Son estomac n'a rien voulu savoir non plus. Ne rien avaler de la journée a certainement empiré sa sensation de faiblesse. Il déteste être malade, mais il aurait préféré. Au moins ce serait une raison valable pour se retrouver dans cet état léthargique.
Il n'a néanmoins pas complètement fait l'autruche. Discutant un peu avec Satsuki. Sur ses encouragements, il a trouvé la force de sortir de l'obscurité de sa chambre pour reprendre des forces. Au début il s'est forcé, mais plus il avalait de bouchées, plus la faim grandissait. Il s'est même autorisé deux desserts pour se sustenter. Sa boule au ventre ne s'est pas dissipée, mais au moins son pouls est stable. Alors qu'il s'apprêtait à rassurer son amie, il trouve le message de Kagami. Un bond dans sa poitrine encore douloureuse et une sueur froide coulant dans son dos le font hésiter. Il ne sait pas s'il sera de bonne compagnie, et vu l'état dans lequel il s'est mis la dernière fois, il préfèrerait éviter les bar. Mais si c'est celui de Kuroko...
Aomine - 18h25
Je pensais que vous auriez préféré être entre vous mais ouais, pourquoi pas.
Vers quelle heure ?
Kagami -18h27
On décolle d'ici une demi-heure. Momoi vient ?
Le rouge sourit, content qu'Aomine ait accepté. Une part de lui s'inquiète toujours de le voir fuir, délaissant une situation trop compliquée pour arpenter d'autres horizons où il sera plus à l'aise. Cette pensée lui noue les tripes, car il a bien conscience que les risques sont grands. Mais que peut-il faire d'autre que vivre avec ? Car en ce qui le concerne, il n'a pas envie de fuir. Comme Alex et Tatsuya lui ont recommandé, il tâche de se préserver, de voir un jour après l'autre, mais cela n'empêche pas son cœur de s'emballer à l'idée de voir le brun.
Aomine - 18h29
Ok, on se retrouve là-bas. Elle y est déjà.
Sors-la de son écran en arrivant tu veux bien ?
Il esquisse un rictus en imaginant Kagami mettre son ordinateur hors de portée de Satsu. S'il était moins nerveux et perturbé à l'idée de revoir son 'ami' il en rirait presque. Il regarde l'heure et décide d'aller courir un peu sur le tapis de la salle de sport au rez-de-chaussée. Juste vingt minutes se dit-il. Juste pour éviter de trop penser et de changer d'avis.
Lorsqu'il remonte pour se préparer à sortir, il réalise qu'il sera en retard, mais la course lui a fait du bien. Les endorphines dissipent le gros de son stress. Tandis qu'il transpirait dans l'effort, comme cette nuit sur le terrain, ses pensées étaient moins bruyantes. Présentes mais pas assez violentes pour le paralyser comme aujourd'hui. Ça lui a permis de réfléchir un peu, alors il ne se blâme pas trop pour le temps supplémentaire qu'il a pris pour lui. Toutefois, il fait vite sous la douche et ne se sèche que brièvement les cheveux.
Devant son armoire, il hésite un moment. Il se demande quelle tenue apprécierait le plus Kagami, puis en réalisant le tour que prennent ses pensées, il secoue la tête et prend les premières pièces qui lui tombent sous la main. À savoir son jean délavé préféré, un peu baggy et une chemise blanche dont il retrousse les manches et ouvre un peu le col pour faire plus décontracté. Alors qu'il ne l'est pas du tout ! Décontracté ... Il soupire en enfilant ses Jordan's spéciales sortie. Il va devoir faire avec, ce n'est pas comme s'il allait annuler maintenant de toute façon.
Quand Kagami et Himuro arrivent au bar, ils repèrent immédiatement la rose, effectivement plongée dans son ordinateur portable. Kagami adresse un salut de la main à Kuroko qui nettoie des verres derrière le bar, puis il s'attable avec Tatsuya face à la jeune femme. Comme elle ne les remarque pas, il se racle la gorge et s'adresse à elle d'un ton mi gêné, mi amusé :
« Salut... Désolé mais on a pour instruction de te "sortir de ton écran"...
— Et j'ai pas envie de froisser la police juste avant de partir, appuie Tatsuya d'un air mortellement sérieux. Alors je préfère coopérer plutôt que de me retrouver au poste. »
Trop concentrée sur son travail, Satsuki sursaute presque en entendant la voix de Kagami. Elle fronce un peu les sourcils en analysant leurs paroles puis hausse les épaules en retournant à sa rédaction.
« Salut, commence-t-elle. C'est pour toi que je bosse, je te ferais remarquer. Et bien que ce soit tout à ton honneur, Daï-chan n'a plus d'autorité jusqu'à lundi, alors tu ne crains absolument rien, déclare la rose dans un sourire enjôleur à Himuro.
— Ah, mais c'est vrai ça ! s'enthousiasme Tatsuya. Bon pas de problème alors. Tu peux continuer à travailler », conclut-il avec un clin d'œil.
Kagami hausse les épaules et va leur chercher des bières au comptoir, jetant un œil nerveux à son portable en attendant d'avoir l'attention de Kuroko. Il aimerait savoir quand Aomine va arriver. Il ne peut s'empêcher de se demander ce qu'il va porter. Lui en tout cas n'a pas misé sur la séduction pour ce soir, préférant un vieux t-shirt délavé à l'effigie d'un bar de L.A. dans lequel il est à l'aise, et un simple jean noir.
« Elle n'a pas voulu t'écouter non plus ? demande Kuroko à son nouveau client en désignant son amie d'un geste du menton.
— Non... » Il la regarde d'un air pensif. « J'imagine qu'elle est du genre bosseuse. Et puis, je peux comprendre. Quand t'as pas fini un truc... »
Kuroko secoue la tête. Des heures qu'elle n'a pas levé le nez. Il fait signe à Kagami de ne rien dire puis se dirige vers la zone d'encaissement de son bar pour éteindre la box. Aux grands maux les grands remèdes. Il ne faut que quelques secondes à Satsuki pour s'indigner, pestant contre sa connexion hasardeuse.
« C'est le destin Satsuki-kun. Tu veux boire quoi ? » lui demande-t-il sans rien laisser paraître. « Et vous ? Deux bières ? »
Kagami regarde amusé cette méthode expéditive pour régler le problème, comme un parent débranchant la console d'un ado trop absorbé par son jeu.
« Ouais une bière ce sera bien », répond-il à Kuroko, puis il retourne s'asseoir.
Satsuki râle encore un peu en rangeant son pc mais le regard que Tetsu lui lance en lui apportant son cocktail préféré lui arrache un soupir résigné. Ok, c'est bon pour aujourd'hui... D'autant que Daïki ne devrait pas tarder et elle préfère être entièrement présente pour lui, alors ce n'est peut-être pas plus mal que la connexion ait sauté. Elle se radoucit immédiatement en pensant à lui.
« Désolée les garçons... C'est sympa de vous revoir. Content de ton séjour Himuro ?
— Oui. Ça m'a fait plaisir de revenir ici, ça faisait longtemps. Il y a toujours des trucs qui me manquent à L.A. Des petits détails parfois... Tu sais, comme une marque de thé introuvable à l'étranger ! »
Kagami boit pensivement sa bière. Il tourne le dos à la porte et à son grand dam, il ne peut pas la surveiller. Cependant, ce n'est peut-être pas plus mal, inutile de rester sur le qui-vive et de se stresser pour rien... Alors il écoute d'une oreille distraite, mais peine à se concentrer.
La jeune femme hoche la tête. Elle n'a quitté le Japon qu'une fois, et pour un séjour de courte durée. Un voyage scolaire, alors elle ne peut qu'imaginer ce que vit le brun. Et certainement Kagami, à l'inverse.
« Pour ce genre de chose tu peux me passer commande si ça te manque vraiment », propose-t-elle en souriant. Elle le fait parfois pour Kise quand il part de longues semaines. Un colis de plus ou de moins ne la dérangera pas.
« Tu es plus prévenante que Taiga ! approuve Tatsuya avec un grand sourire.
— Comme si tu m'envoyais des trucs, toi... grogne Kagami.
— Je t'ai déjà expliqué que je pouvais pas t'envoyer de burgers par la poste...
— Hmpf... » rétorque vaguement Kagami avant de reprendre une gorgée de bière.
Elle rit de leurs chamailleries, inexplicablement touchée par leur échange.
« Ouais... on va éviter la nourriture fraîche ! Mais pour le reste n’hésite pas. Et toi Kagamin, à part les burgers, L.A te manque pas trop ? » Demande-t-elle un brin moqueuse.
Il ignore son ton sarcastique et prend le temps de réfléchir avant de répondre :
« C'est plus facile d'aller à la mer, et l'été est plus long et beaucoup moins pluvieux. Et les Américains sont moins... formels que les Japonais, parfois, ça facilite les choses. »
Satsuki hoche la tête, considérant ces paroles avec un pincement au cœur. Elle se doute de quoi Kagami veut parler. Au-delà des conventions qu'elles sait culturellement beaucoup plus présentes dans son pays natal qu'à l'étranger, les relations en règles générales sont très taboues ici. Elle est inquiète en pensant à sa situation peu confortable, et potentiellement celle de Daïki...
« Je veux bien te croire. C'est fou comme le Japon peut être avancé et aussi... archaïque à la fois.
— Oh tu sais y a plein de gens très 'archaïques' aussi aux USA, tempère Tatsuya avec un sourire en coin. Prêts à te poursuivre une Bible dans la main et une arme dans l'autre si tu menaces leur "mode de vie" !
— Pas faux ! » ricane la rose un peu gênée de sa propre naïveté.
Lorsqu'il arrive au niveau du bar, Aomine repère tout de suite le trio à la table préférée de Satsuki depuis le trottoir. Il est content de voir qu'elle ne travaille pas, et de la voir tout court en fait. Il frotte ses mains moites sur son jean avant d'ouvrir la porte partiellement vitrée. Il adresse un hochement de tête à Himuro qui l'a repéré et se dirige directement vers le bar pour commander et saluer Kuroko.
« Yo Tetsu, ça va ?
— Mieux que toi visiblement. T'as l'air fatigué.
— Trop aimable, merci ! Ouais... j'ai joué tard. Admet-il en grognant.
— Je vois... » déclare Tetsu, scrutateur.
Il détourne le regard, trop en vrac pour le soutenir ou jouer au jeu des apparences. Son ami finit par lâcher l'affaire et lui sert une pinte de bière rousse, sans qu'il ait à le lui demander.
« Merci. Tu nous rejoins ?
— Plus tard peut être.
— Ok. »
Il sent le regard azur peser sur sa nuque alors qu'il rejoint la tablée où une place l'attend. Dans un soupir de contentement, il se hisse à côté de Satsu et imprime un sourire sur son visage en les saluant.
Kagami a entendu la voix d'Aomine quand il est entré dans le bar et a fait un effort pour ne pas se retourner. Mais quand il s'assoit à table il relève la tête et son cœur manque un battement. Bien que visiblement fatigué, Aomine lui semble rayonnant. Sa chemise blanche fait ressortir son teint foncé et ses yeux à l'étrange bleu outremer, qui semblent tourmentés et pleins de nuages aujourd'hui. Il lui adresse un sourire sûrement un peu crispé tandis que la chaleur lui monte au visage.
« C'est sympa de venir me dire au revoir », dit Tatsuya avec une pointe subtile d'ironie, puis qu'il sait bien qu'il n'a probablement pas grand-chose à voir avec ses motivations.
« C'est sympa d'inviter », réplique Aomine avec un rictus.
Il ne relève pas le ton narquois et lève son verre à l'intention du brun avant d'en boire une longue gorgée. L'amertume lui reste en bouche mais ça lui fait du bien. Il garde dans un coin de son esprit de ne pas trop abuser non plus, il a les idées assez embrouillées sans rajouter une nouvelle gueule de bois par-dessus. À côté de lui, sa meilleure amie glousse en le regardant, et il comprend pourquoi lorsqu'il sent de la mousse lui chatouiller le haut de la lèvre. Sans réfléchir il passe sa langue dessus puis s'essuie le coin de la bouche. C'est là qu'il croise le regard de Kagami face à lui, fixé sur ses lèvres. Un coup de chaud soudain accélère son cœur et il replonge dans sa bière pour le dissiper.
Kagami détourne rapidement le regard, tâchant de dissimuler son trouble qui lui semble pourtant se voir comme le nez au milieu de la figure. C'est étrange, sans le basket pour les occuper et avec leurs amis autour, il se sent plus vulnérable et à fleur de peau. Il s'inquiète tout à coup : si ça continue comme ça, Aomine va sûrement trouver une excuse pour annuler cette randonnée. Mais il ne peut pas pour autant marcher sur des œufs ou faire semblant de ne rien éprouver... Il fixe obstinément sa bière et prend une inspiration. Il faut commencer par se détendre. Il écoute la conversation de Tatsuya et Momoi, cette dernière semblant encore curieuse de savoir à quoi ressemble la vie à L.A., et il apporte quelques commentaires de temps à autres.
Égaré dans ses pensées, Aomine observe son vieil ami remplir tout un plateau de verres sans vraiment le voir. Est ce qu'il était dans cet état hier aussi ? Il se fait l'effet d'un gamin timide – qu'il n'a jamais été – un jour de rentrée des classes dans une nouvelle école. Le basket cette nuit lui a servi de rempart, son ballon de bouclier. Ce soir il n'y a rien pour le protéger de l'évidence. Dans sa tête ça résonne en boucle, haut et fort : Kagami me plait, Kagami me plait, Kagami me plait. Et plus troublant encore, il aime beaucoup constater que c'est réciproque. Pourtant son vis à vis ne tente rien. Il l'évite même du regard, alors qu'une part de lui meurt d'envie de presser son genou contre le sien sous la table. Ce qui a le don d'ajouter à ses tourments. Attend-il un pas de sa part ?
Satsuki visualise parfaitement la ville que lui dépeint Himuro. Ça lui donne des envies de vacances. Elle rit et échange facilement avec les deux garçons, gardant à l'œil l'état de Daïki. Pour le ramener parmi eux et le détendre, elle lui presse doucement la cuisse.
Tout en discutant avec Momoi, qu'il trouve aussi intéressante que jolie, Himuro observe à la dérobée son frère de cœur et l'objet de ses pensées. C'est assez drôle de les voir s'éviter du regard et se comporter comme deux enfants timides. En fait, à cet instant-là, il a l'impression de revoir Taiga gamin, ses sourcils froncés, son regard fuyant, la façon dont il marmonne quand il n'est pas à l'aise, se protégeant derrière son air bourru. Il ne l'a pas souvent vu en compagnie de quelqu'un qui lui plaisait, mais il devine qu'il a toujours plus ou moins ce genre d'attitude quand c'est sérieux et qu'il n'est pas sûr du gars en face.
Au fond de lui, Himuro espère qu'Aomine va affronter ce qu'il ressent et en tirer les conclusions qui s'imposent, quelles qu'elles soient, et assez vite pour ne pas briser le cœur de Kagami – car c'est déjà arrivé par le passé. Parfois, imagine-t-il, les gens sont flattés quand ils sont l'objet d'attention, et ils confondent peut-être ce sentiment agréable avec l'attirance qu'ils éprouvent, ou dans le pire des cas, ils s'en servent tout simplement pour nourrir leur ego. Il n'est pas sûr de ce que c'était pour Taiga, mais ce qu'il sait en revanche, c'est que l'autre gars a tergiversé, fait miroiter un espoir, puis s'est débarrassé d'une relation encombrante... d'une personne encombrante. Après ça, Taiga s'est encore un peu plus refermé sur lui-même et même si Himuro est tout prêt à accorder le bénéfice du doute à Aomine, d'autant qu'il a une bonne intuition à son sujet, il redoute tout de même de voir l'histoire se répéter pour son frère de cœur.
La main de Daïki repose à présent sur celle de Momoi et serre doucement ses doigts. Elle lui adresse un sourire en retour mais elle s'inquiète pour lui. Elle sait que ce qu'il éprouve pour Kagami est très sérieux, tout simplement parce qu'il n'essaie pas de jouer les séducteurs. Ça l'a frappée très vite. Alors qu'il était joueur et taquin avec lui il n'y a encore pas si longtemps, depuis qu'il a réalisé que c'était plus qu'une belle amitié, il est dans ses petits souliers. La sadique qui vit en elle s'en amuse, elle ne l'a jamais vu comme ça... Si peu sûr de lui. Pourtant, même lorsque Kise était en pamoison devant lui, il ne s'était pas démonté et se permettait de flirter pour mieux le rembarrer. Un jeu tordu entre eux dont elle n'a jamais saisi les règles. Il ne doit vraiment plus savoir où il en est s'il en oublie son naturel charmeur. Ou alors c'est autre chose, pressent-elle.
Elle se régale des souvenirs d'enfance des deux amis, constatant avec ravissement le plaisir que prend Himuro à embarrasser Kagami. Elle rit à sa moue renfrognée.
« Ça me rappelle Daï-chan. Une vraie tête de bourrique. Une fois on a dû s'y mettre à cinq pour réussir à le faire bouger du terrain. »
Son surnom lui fait tourner la tête. Il fronce les sourcils, des flashs de ce souvenir s'imposent immédiatement à son esprit, l'arrachant à ses réflexions.
« Hé ! C'était par fairplay comme stratégie ! Suffisait de demander gentiment ! »
Content que l'attention ne soit plus focalisée sur lui, Kagami se fait oublier de son mieux. Il jette un coup d'œil à Kuroko, se disant que son pouvoir de ninja doit parfois être très utile.
En tout cas, d'après ce qu'il entend, Aomine ne semble pas avoir changé tant que ça depuis l'époque des anecdotes rapportées par Momoi. Mais ça lui fait aussi réaliser qu'il en sait très peu sur son passé... Finalement, il y a tant de choses qu'il ignore à son propos, et même s'ils se sont rapprochés rapidement, même s'ils ont la sensation d'avoir un lien fort et spontané, ils ne se connaissent pas vraiment. Il n'aime pas la sensation que ce constat provoque en lui, car ça lui rappelle que quoi qu'il ait pu ressentir, leur relation reste fragile encore. Il s'emballe vite, et il a l'impression qu'Aomine aussi, mais qu'est-ce que ça signifie, finalement ?
Les doutes l'envahissent, et avec eux, la mélancolie le rattrape. Les souvenirs du passé, la perspective du départ de Tatsuya demain, toutes les incertitudes qui ressurgissent, tout conspire à noircir sa soirée. Il écoute un peu plus distraitement et sourit à Kuroko qui lui rapporte une bière. Pour l'instant, l'alcool arrondit les angles et en dépit de la mélancolie, il sent une légère brume cotonneuse l'entourer.
Aomine accepte la seconde bière mais se promet de ne pas aller plus loin. Il observe Satsuki discuter avec Himuro. Ils ont l'air de bien s'entendre ces deux-là... se dit-il en les écoutant parler de maths à présent. Au moins, elle a cessé de se moquer de lui. Il ne peut s'empêcher de remarquer que Kagami s'est retiré aussi de la partie. Il joue avec une capsule de bière distraitement et une sensation désagréable l'envahit en lisant son air soucieux. Instinctivement il cède à sa pulsion, sans plus se demander s'il devrait oser ou non, s'il a le droit ou pas. Il se laisse glisser sur son fauteuil, il ne lui manque pas grand-chose pour que ses longues jambes rencontrent celles de Kagami. Le contact lui fait prendre conscience de son geste, son estomac se noue mais il ne recule pas. Parce qu'au moins maintenant, son ami le regarde.
Kagami sursaute quand il sent la jambe d'Aomine contre la sienne, et bizarrement ça a l'air volontaire puisque le brun ne s'excuse pas ni ne retire sa jambe. Il le fixe quelques instants, mais il ne parvient pas à lire dans son regard et détourne le sien, très conscient de leur contact et du coup ne bougeant plus du tout, si ce n'est pour boire son verre, sans doute un peu plus vite maintenant.
Aomine sent le rouge lui monter aux joues et remercie son teint sombre de le préserver. Bien qu'il ait l'impression que sa voisine pourrait entendre les battements de son cœur. Il imite Kagami et boit de sa bière, à défaut de savoir quoi dire. Réaliser que son ami n'en mène pas large non plus le rassure plus que la présence de Satsuki en cet instant. Parce que même si ce n'est pas nouveau pour le tigre d'être attiré par des hommes, il n'a pas l'air d'être plus informé que lui sur la marche à suivre dans ce genre de situation étrange.
« Tu comprends un truc à ce qu'ils racontent toi ? » demande-t-il sur le ton de la confidence.
Kagami est surpris par la question et soudain réalise qu'il n'a quasiment pas échangé un mot avec lui depuis le début de la soirée. Il sourit rapidement, nerveusement, et secoue la tête.
« J'ai décroché il y a un moment... Au moins, ils s'entendent bien » ajoute-t-il en se disant qu'effectivement, dans l'hypothèse où les choses se passeraient bien... C'est important que leurs meilleurs amis mutuels s'entendent.
Aomine acquiesce en leur jetant un nouveau coup d'œil. Il se demande si finalement s'était une bonne idée de venir. Kagami a l'air ailleurs, comme lui... Pourtant il l'a invité. Il a peur de poser la question mais il ne veut pas non plus gâcher la dernière soirée de son ami avec son frère. Il se racle la gorge avant de demander incertain.
« Tu_ tu préfères qu'on vous laisse ? Je comprendrais tu sais...
— Uh ?! » Kagami se redresse et se frotte la nuque, embarrassé. « Non désolé... C'est moi qui vous ai invités. Je suis juste... » Il esquisse un sourire et ajoute d'un ton bas : « J'ai un peu le cafard, c'est tout. »
Aomine sourit doucement, rassuré et en même temps compatissant. Il appuie un peu plus son genou sur celui de Kagami en guise de soutien.
« Je me doute... je sais pas ce que je ferais si Satsuki partait vivre à l'autre bout du monde. T'as pu profiter de lui comme tu voulais ?
— Ouais, c'était bien. Et puis de toute façon maintenant faut que je bosse... Les compétitions vont pas se gagner toutes seules !
— C'est sûr ! Tu vas vite avoir de quoi t'occuper.
— Ouais... Et toi tu crois que tu vas pas trop tourner en rond en attendant de reprendre le travail ?
— Honnêtement ? J'ai pas vraiment repensé au travail, admet-il en jouant nerveusement avec sa chope. J'envisageais même de poser quelques jours de plus. Après la rando j'ai peur que le retour à la réalité soit trop violent. Je me disais que ce serait l'occasion de passer voir ma mère, ça commence à faire longtemps...
— Ça me paraît une bonne idée... C'est peut-être pas plus mal que tu penses à autre chose qu'au boulot et que tu prennes du temps pour toi. »
Kagami note qu'Aomine amène de lui-même le sujet de la randonnée, alors il doit toujours être décidé à la faire... Ça le surprend presque, et il s'aperçoit qu'il se laisse vraiment trop rattraper par les doutes et la mélancolie ce soir. Il n'est pas exactement optimiste dans la vie de tous les jours, il dirait plutôt déterminé, et certainement pas pessimiste. Mais bien sûr... il y a des jours sans.
Un rictus étire le coin des lèvres d’Aomine. Non, ce serait même le moment parfait pour le faire. Parce qu'il a encore l'horrible sensation d'avoir loupé des choses d'une importance capitale, alors qu'il pensait bien se connaître... À bien y réfléchir, dans le fond c'est plus ça qui le dérange vraiment que d'avoir un crush pour Kagami – même si ça reste déroutant. Évidement ça lui a pris quelques jours pour le réaliser, mais son envie de le voir, de partager des moments avec lui, de le connaître plus n'a pas vacillé d'un pouce. Maintenant il sait juste pourquoi ça lui tenait tant à cœur. Parce qu'il tient à lui, différemment de la façon dont il tient à ses autres amis. Entre ça, quoique ça puisse être ou... devenir et la remise en question de sa carrière la semaine d'avant, il sent qu'un break s'impose.
« Ouais, je pense aussi. J'ai besoin de temps pour me poser les bonnes questions et en bossant, j'y arriverai pas. »
Kagami hoche la tête d'un air sérieux. Il ne sait pas quelles sont ces bonnes questions exactement, ni même, au fond, ce qu'Aomine doit réellement démêler. Mais c'est certain que passer son temps au travail ne permet pas forcément de faire les introspections nécessaires.
« Yeah... Je comprends. On est dans un cas typique de "un mal pour un bien", du coup », ajoute-t-il avec un léger sourire.
Le brun ricane un peu à l'expression, et aussi parce que ça fait du bien de sentir cette tension entre eux se dissiper doucement.
Satsuki aussi peut sentir l'ambiance s'alléger. L'humeur des deux fauves n'est pas au beau fixe, mais elle ne s'attendait pas à autre chose vu l'état de Daïki aujourd'hui. Elle a même été plutôt surprise de le voir accepter l'invitation. Elle a entendu malgré elle des bribes de leur conversation. La jeune femme est plutôt d'accord avec Kagami. S'il a besoin de temps pour lui, c'est bien qu'il le prenne. Ça pourrait être inquiétant, pourtant pour quelqu'un qui a l'habitude de faire l'autruche elle trouve la démarche au contraire assez rassurante. Daïki n'a pas envie de fuir ce qui lui arrive, il a seulement besoin de comprendre.
Elle profite que son interlocuteur pose les yeux sur le duo qui la préoccupe pour se pencher vers lui et demander d'un ton complice :
« Toi qui es expert en statistiques ... combien de chances ils ont à ton avis ?
— Hm... Il me manque pas mal de données alors je peux pas faire mieux qu'un banal 50-50, navré ! admet Tatsuya avec un sourire en coin.
— Quelle genre de données ? s'intéresse Satsuki, amusée.
— Eh bien... J'ai pas grand-chose sur Aomine. Difficile de savoir à quoi m'attendre quand je connais pas l'une des deux parties concernées !
— Certes... Dit comme ça. » Elle les observe se sourire en silence, avale le fond de son cocktail et affirme à Himuro avec un doux sourire. « Moi je donnerais un... 60-40. »
Il hausse un sourcil et appuie son menton sur sa main :
« Ah oui ? Explique-moi... »
Satsuki s'approche un peu plus pour éviter que les autres n'entendent sa confidence.
« Et bien pour commencer ... Daï-chan est là... » commence-t-elle en ménageant son effet. « Avec une chemise. Il n'en porte jamais s'il n'est pas obligé », conclut-elle dans un haussement d'épaule.
Cette révélation le fait éclater de rire.
« Je vois ! Ça a l'air sérieux en effet. »
Il jette un coup d'œil à Taiga, c'est sûr que lui n'a pas fait d'efforts de ce côté-là. Clairement il n'est pas en opération séduction ce soir, car Himuro sait de source sûre qu'il sait très bien se mettre en valeur quand c'est le but recherché. Puis il regarde Aomine, et se dit qu'effectivement, la chemise lui va bien, la couleur fait ressortir son teint et ses yeux, il est certain que Taiga l'a noté.
Satsuki sourit à nouveaux, satisfaite d'avoir arraché un rire à Himuro.
« Je pense aussi », admet-elle plus sérieusement.
Elle se demande vaguement si Daïki a fait un effort intentionnellement et se note de lui poser la question plus tard. Si l'occasion se présente de le taquiner un peu à ce sujet, elle ne s'en privera pas.
Himuro est content de savoir que la meilleure amie d'Aomine pense que c'est sérieux... De toute façon, le fait qu'il lui ait parlé de tout ça plaide en sa faveur. Ce n'est pas facile d'admettre qu'on a des sentiments pour quelqu'un de son propre sexe quand on a toujours été attiré par le sexe opposé. Ça l'inquiète un peu de laisser Taiga dans cette situation délicate, mais enfin, il ne doit pas le surprotéger et le laisser vivre sa vie.
« Tu surveilleras tout ça pour moi ! dit-il à Momoi en lui adressant un clin d'œil.
— Évidemment. »
Elle lève les yeux au ciel pour la forme. Comme si elle avait besoin qu'il lui dise. Mais dans le fond la jeune femme est contente que Tatsuya s'en inquiète autant qu'elle. Sa relation avec Kagami la touche. D'humeur enjouée après cette discussion secrète, elle se lève et pose les mains sur la table pour attirer l'attention de toute la tablée.
« Qui veut boire quoi ? »
Elle note les commandes de chacun et se hisse sur Daïki qui ne semble pas vouloir bouger pour la laisser sortir de son trou. Elle fait l'idiote en passant, s'accrochant à lui de façon tout à fait exagérée et inutile pour terminer de le dérider, à grand renfort de "oups pardon, excuse-moi" les moins sincères possibles. Elle glousse en réponse à ses grognements de protestation et lui envoie un baiser par pure provocation en s'éloignant vers le bar.
Kagami assiste à cette démonstration d'un œil mi-surpris mi-amusé. C'est un peu étrange pour lui de voir une relation aussi tactile sans qu'il y ait d'ambiguïté, mais il se dit que ça doit être une question de caractère. Après tout, Alex par exemple est du genre tactile, quand Himuro et lui ne le sont pas.
En tout cas, ça a le mérite de faire sourire Aomine, et on dirait que ça amuse aussi Tatsuya. D'ailleurs, Kagami se demande si son frère de cœur n'est pas un peu sensible au charme de la jeune femme. C'est toujours difficile à dire avec lui... Lui-même n'est pas forcément des plus expansifs, par contre il est plus expressif, ce qui l'agace parfois, car ça doit être bien pratique d'avoir une poker face comme le brun.
Satsuki ne prend pas la peine de demander à Tetsu de les servir. Il a l'air débordé ce soir. Elle passe derrière le bar, rempli leurs quatre verres puis fourre un calpin dans la poche arrière de son jean, et un torchon dans l'autre. Ensuite elle apporte le plateau aux garçons et sur le retour s'occupe de quelques commandes et du débarrassage des tables dont Kuroko n'a pas eu le temps de s'occuper. Elle se retourne pour faire signe à ses compagnons qu'elle revient et croise le regard gris de Tatsuya. Son plan pour prendre un peu de distance n'a pas l'air de fonctionner. La preuve, son cœur loupe un battement. Charmée par un étranger sur le départ, bin voyons...
Aomine a beau râler du manège de sa meilleure amie, il ne peut s'empêcher de sourire quand elle s'éloigne. Une bouffée d'air frais cette fille... Il se passe une main dans les cheveux pour se recoiffer et soupire lourdement.
« Encore une fois, elle avait juste à demander gentiment... marmonne-t-il en défroissant sa chemise malmenée par la rose.
— Ça avait l'air plus amusant de passer comme ça », remarque Tatsuya, ce qui lui attire un haussement de sourcils de la part de Kagami. « Oh ! Non que j’ai particulièrement envie de te grimper dessus », ajoute-t-il à l'intention d'Aomine, et faisant cette fois lever les yeux au ciel à Kagami.
Daïki plisse les yeux, suspicieux. Il répliquerait bien qu'il aurait bien aimé l'y voir, lui, mais se retient juste à temps lorsque l'image de la scène le percute. Il referme la bouche dans la seconde. Non, il n'a pas envie de voir ça finalement ! Il se renfrogne et opte pour une autre réponse :
« Tu peux toujours essayer, mais je préfèrerais que tu demandes, comme les gens normaux... »
— Je vois, monsieur a des principes, raille Tatsuya. J'en prends bonne note. »
Kagami secoue la tête, dépité. Au moins, il n'a pas été inclus dans les moqueries de son frère de cœur cette fois. Un peu ivre, il se demande vaguement si Aomine dirait oui s'il lui demandait gentiment l'autorisation de lui grimper dessus, et ça le fait un peu ricaner.
Cette fois Daïki se tourne vers Kagami. Il se cale sur le dossier de la banquette se voulant grognon, mais son rictus incontrôlable doit forcément le trahir.
« C'est ça ... moquez-vous.
— T'en fais pas, ta belle chemise est toujours bien lisse », le rassure Kagami.
Cette fois Aomine pique un phare. Il se fige sous le regard approbateur qui accompagne la raillerie de Kagami et l'esquive en plongeant dans son verre de soda. Cependant il se reprend vite et retrouve sa répartie dans les bulles chatouillant sa langue.
« Oh elle te plait ?
— Ouais. C'est sexy. »
Kagami le fixe du regard, comme pour le défier d'accepter le compliment.
Tandis qu'Aomine soutient son regard de braise, un frisson coule dans sa nuque et une chaleur agréable se répand dans son ventre qui n'a rien à voir avec celle de l'alcool.
« C'est bon à savoir. »
Kagami acquiesce et retourne à son verre, le cœur battant. Clairement, il a voulu tester le brun. Savoir s’il pouvait accepter ce genre de compliment ou si ça le mettait mal à l’aise. Et il semblerait qu’il ait réussi le test.
Himuro quant à lui profite de l'occasion pour essayer d'en savoir plus sur Aomine, et il l'interroge sur ses loisirs, ses passions en dehors du basket, son travail. Ce n'est pas vraiment un interrogatoire en règle, il essaie de garder tout ça amical et léger, mais Aomine doit tout de même se sentir un peu passé sur le grill, ce qui n'est pas plus mal. Après tout, il doit savoir que Himuro l'a à l'œil.
Aomine répond de bonne volonté, préférant rester dans les bonnes grâce du frangin. Parce que même s'il sera bientôt loin, il se doute que Kagami attache beaucoup d'importance à son avis. Il s'amuse aussi de sa façon détournée, ou disons plus diplomate de poser ses questions, quand le tigre est plus direct. Parler de ce qui l'anime ne l'ennuie pas, par contre dès que l’américain touche au domaine plus intime de son passé, il reste plus évasif. Son ami en connait quelques bribes mais il n'a pas envie d'en dévoiler plus dans ce contexte, d'autant que parler de son père lui fout toujours le cafard. Ce serait dommage de casser l'ambiance alors qu'il se sent plus détendu qu'à son arrivée, ce qui l'aide à s'ouvrir un peu malgré tout. Assez il espère, pour marquer quelques points dans ce qu'il identifie clairement comme une évaluation.
Alors qu'il cherche ses mots pour répondre à une question sur son boulot, soudain il réalise qu'il veut vraiment 'plaire' à Himuro. Ce constat le rend un peu plus nerveux mais a au moins le mérite d'apporter quelques réponses sur ce qu'il attend de sa relation avec Kagami. Avec un peu de cette nouvelle confiance, il glisse discrètement son genou sur celui de son voisin dans une légère caresse.
Kagami a l'impression d'assister à un entretien d'embauche avec un patron sympa. Mais il ne peut pas vraiment en vouloir à Tatsuya d'essayer de connaître un peu plus Aomine afin de se faire une opinion de lui, puisqu'il est devenu si important dans sa vie. Et il perçoit, un peu surpris, l'effort que fait Aomine pour répondre honnêtement aux questions et laisser Tatsuya se faire sa propre idée. Ça lui fait plaisir qu'il se montre ouvert, comme s'il comprenait que c'était important pour Tatsuya, et pour lui.
Il tressaille en sentant son genou sur le sien. Il ne répond pas à la caresse mais ne se dérobe pas. Il se dit que c'est probablement un bon signe qu'Aomine initie le contact physique, et quand il réfléchit à son attitude de ce soir... Il pourrait voir beaucoup d'autres 'bons signes'. Mais tout ce qui est arrivé lui a fait prendre beaucoup de recul et sa prudence naturelle revient au galop. Il sait qu’il ne faut pas qu’il se laisse submerger par ce sentiment, sans quoi, c’est lui qui finira par faire marche arrière. Cependant, il n’a pas vraiment le temps de traiter ce problème ce soir et il laisse ces pensées de côté.
Himuro, lui, est satisfait. Il avait eu une bonne première impression, qui se confirme ce soir. Aomine est un type gentil, impulsif mais qui réfléchit beaucoup de son côté. Trop parfois, devine-t-il aussi. En tout cas, il lui semble prévenant, et sérieux, y compris en ce qui concerne Taiga. Alors il relâche un peu sa vigilance et pour équilibrer les choses, il rend la pareille et parle de lui, de sa vie et de ses loisirs.
Pas mécontent de pouvoir souffler, Aomine écoute avec attention. La première fois qu'il l'a rencontré, il l'a trouvé discret, presque en retrait, alors ça lui fait plaisir d'en apprendre plus sur l'ami d'enfance de Kagami. Il aime se dire que c'est une façon de l'inclure, de l'inviter en quelque sorte. Il demande quelques détails, rit à certaines révélations. Il trouve ce gars plutôt sympa tout compte fait. Son air fermé et presque froid ne reflète pas la personnalité qu'il devine. Himuro est calme et posé, il n'a qu'un an de plus que lui mais lui donne l'impression d'être beaucoup plus mature, il impose une sorte de respect sans avoir à lever la voix. D'un regard il sait se faire entendre. Il se demande d'ailleurs comment ces deux-là peuvent être si proches alors que ce qu'ils dégagent diffère tant. Si l'un est le feu, l'autre est assurément la glace.
Satsuki surveille de loin. Elle est rassurée de voir que Daïki est plus détendu. Elle entend même son rire à une ou deux reprises. Elle termine d'essuyer les verres sortant du lave-vaisselle, jette un œil à Kuroko pour s'assurer qu'il gère et sur son approbation elle rejoint les garçons.
« Excusez-moi cher ami, auriez-vous l'obligeance de me laisser rejoindre ma place s'il vous plait ? »
Aomine lève les yeux au ciel à sa courbette moqueuse et lâche un soupir de dépit en se levant pour lui laisser le passage.
« Qu'est ce j'ai manqué ?
— Pas grand-chose, répond Kagami en haussant les épaules. Ces deux-là étaient occupés à raconter leur vie. »
Satsuki lui sourit et d'un air faussement contrit elle demande aux deux amis :
« Il a été sage au moins ?
— Satsu... t'es sérieuse là ? »
La jeune femme balaie ses paroles d'un geste de la main, comme on le ferait avec un enfant agaçant.
« Très sage, confirme Tatsuya avec un sourire.
— Trop sage ? » s'interroge Kagami.
Aomine qui était occupé à fusiller Satsuki du regard, la découpant en morceaux dans sa tête se demande s'il n'a pas une hallucination auditive. Le rictus qu'affiche Himuro lui laisse penser que non. Stupéfait, il observe Kagami un instant. Trop sage ? Sa réflexion de tout à l'heure lui revient. Il se demande encore si ce dernier n'attend pas un signe de sa part pour que les choses avancent entre eux. Un geste pour lui prouver qu'il est sincère. Pourtant il lui semble en avoir fait plusieurs. Trop subtils peut être ? Ou est-ce que Kagami le provoque ? Puis ses mots de la veille résonnent à l'orée de sa conscience : "je t'attend"...
« Ah bon tu trouves ? demande-t-il naïvement alors que son pied cette fois part à la recherche de son complice.
— Je sais pas, t'es plutôt agité d'habitude », marmonne Kagami surpris de nouveau en sentant qu'Aomine... lui fait du pied ?!
Il a lâché cette phrase sans vraiment penser à ce qu'il disait et faisait surtout référence à l'attitude posée d'Aomine ce soir, répondant sagement aux questions de son frère de cœur, et maintenant il se retrouve surpris par cet appel du pied, au sens propre comme figuré. Ça l'embrouille et il se dit qu'il ferait mieux d'arrêter de se poser des questions, mais ce n'est pas facile à faire, même quand on a quelques verres dans le nez.
« Toi aussi t'es plutôt agité d'habitude, et très sage ce soir, remarque Tatsuya.
— Ça m'arrive aussi... » se défend mollement Kagami.
La réaction, ou plutôt non-réaction de Kagami le refroidit. Son cœur s'emballe dans la panique et il se redresse au fond de son siège pour couper le contact. Est ce qu'il a mal interprété les choses ? Ou est ce qu'il a seulement entendu ce qu'il voulait entendre pour se donner une excuse ? Le doute l'envahit. Il est tellement troublé qu'il ne sait plus ce qu'il fait, perdu entre ses désirs, les convenances et ce qu'il imagine des attentes de Kagami. Cette situation va finir par le rendre fou. Tout est flou, tendancieux et ambigüe. Si d'ordinaire il aime bien flirter avec ces limites-là, faisant partie intégrante du jeu de séduction, ce soir il ne sait plus sur quel pied danser. Certainement parce que pour une fois, ce n'est pas lui qui tient les rênes. Il sait qu'il plait à Kagami, pourtant il le repousse pour le chercher l'instant d'après. Il n'y comprend plus rien. Ça lui donne même un peu le vertige. Il avale une longue rasade de son soda et s'éclipse pour aller se rafraîchir aux toilettes, se sentant le plus idiots de tous les idiots.
Kagami le suit des yeux et se sent coupable. Il devrait rassurer Aomine au lieu du lui donner des signaux contradictoires, mais ce soir... il n'est plus aussi sûr que ça de pouvoir gérer tout ça. Ses insécurités ressurgissent et il n'est plus en position de rassurer qui que ce soit. Et surtout, il ne sait pas ce qui se passe dans la tête du brun, qui dit ne pas être prêt mais qui cherche le contact alors même que leurs amis sont là. Il n’est pas vraiment le seul à envoyer des signaux contradictoires. Il tâche de faire bonne figure et de mettre tout ça de côté, d'autant que c'est la dernière soirée de Tatsuya, que c'est lui qui a proposé qu'ils se voient tous ensemble. Et c'était une bonne chose, car il est content que Tatsuya ait pu passer un peu plus de temps avec Aomine et Momoi. Mais quant à lui, il a l'impression d'avoir commencé à se planter dès le début de la soirée et de continuer à s'enfoncer. Il a le cœur lourd et prend sur lui pour ne pas dévaler davantage cette pente glissante, et tâche de se concentrer sur les conversations et pas sur ce qui le trouble.
Aomine s'asperge le visage pour s'éclaircir les idées. Il s'observe dans le petit miroir au-dessus du lavabo puis la secoue doucement, sa nuque ployant sous le poids de ses tourments. Il s'oblige à respirer profondément pour retrouver son calme, les mains agrippées à l'évier. Ok, il est peut-être allé trop loin. Il s'en veut d'avoir fait preuve de tant d'audace mais il semblerait que Kagami ait le pouvoir de lui donner des ailes et de lui faire oublier toutes bonnes manières. C'est bien simple, il a beau se torturer l'esprit, dès qu'il est en sa compagnie l'évidence reprend ses droits. Il se rassure tant bien que mal, se rappelant que c'est Kagami qui l'a invité, qu'il apprécie son effort vestimentaire, que s'il n'a pas répondu à ses avances, il n'a pas reculé non plus. Ce n'est peut-être tout simplement pas le bon moment. Même si l'ambiance est un peu à la fête, ce n'en est pas moins le départ de son meilleur ami. Et puis, ça ne doit pas être facile pour lui non plus. Faire renaître l'espoir d'une relation enterrée d'avance ne doit pas être plus simple que d'en accepter une qu'on était à des années lumières d'imaginer. Sans compter un détail qu'il a trop facilement tendance à oublier. Kagami et lui se connaissent depuis peu de temps, il ne sait rien de ce qu'il a pu vivre ou expérimenter avant.
Avant de sortir, Daïki se fixe une dernière fois, résolu à prendre sur lui. Non, ce n'est pas simple. Mais il n'a jamais reculé devant la difficulté avant aujourd'hui. Il décide de se focaliser sur l'énumération des signaux positifs et de garder le rôle d'un simple ami pour le reste de la soirée. Après tout, c'est ce qu'il est en premier lieu, et ce soir, Kagami n'a peut-être pas besoin de plus compliqué que ça.
Avant de les rejoindre il passe par le bar pour le ravitaillement.
« Et voilà, celle-ci elle est pour moi ! »
L'initiative est saluée par des remerciements enthousiastes. Kagami prend sa bière... même s'il risque d'avoir la gueule de bois demain. Mais tant pis, dès que Tatsuya sera parti, il passera sa journée sous la couette, pour une fois. Il jette un coup d'œil à Aomine, qui a l'air plus serein que tout à l'heure, allégeant un peu son sentiment de culpabilité. Momoi et Tatsuya semblent bien s'amuser et décidément, ils s'entendent à merveille. Il est content de les voir ainsi, et même s'il aurait aimé être dans de meilleures dispositions ce soir, l'esprit plus libre et le cœur moins troublé, il profite tout de même de la présence de ses amis.
Contrairement à lui, Satsuki est restée aux boissons alcoolisées. D'ordinaire, elle n'a déjà pas froid aux yeux, ni sa langue dans sa poche, mais là Aomine se sent obligé de lui mettre une main devant la bouche pour stopper son flot de bêtises. Elle se tortille pour se défaire de sa poigne mi énervée, mi amusée. Il se décide à la relâcher avant qu'elle essaie de le mordre – il sait de source sûre qu'elle en est capable – et fait un signe à Kuroko de lui apporter un verre d'eau.
Himuro, lui, est plutôt ravi par toutes ces bêtises, mais il commence à se faire tard et il a un avion à prendre le lendemain.
« Bon, c'était une soirée vraiment charmante, mais je ferais mieux de rentrer, dit-il en enfilant sa veste.
— Tu veux que je te raccompagne ? demande Kagami, même s'il n'en a pas vraiment envie, car ils ne vont pas dans la même direction.
— C'est plutôt toi qui aurais besoin d'être raccompagné ! sourit Tatsuya. Nan, t'inquiète, c'est bon.
— Ok. Je vais rentrer aussi. »
Aomine lui tend la main pour le saluer.
« Rentre bien, content de t'avoir rencontré. »
L'euphorie de Satsuki s'évapore. Et puis elle se sent soudain un peu vaseuse à la perspective de voir Himuro partir. Ou alors ce sont les cocktails... Pourtant elle ne laisse rien paraître et adresse au brun son plus beau sourire en lui souhaitant bon voyage.
« Je suis content d'avoir fait votre connaissance, j'espère qu'on se reverra bientôt ! »
Tatsuya sourit aux deux amis puis s'éclipse vers la sortie, saluant Kuroko d'un geste de la main au passage.
Kagami s'apprête à le suivre, et se lève, constatant que la gravité a augmenté depuis le début de la soirée... Vivement son lit. Il regarde tour à tour Aomine et Momoi :
« Merci d'être venus... C'était sympa. Bonne nuit. »
Aomine l'observe et calcule mentalement son temps de trajet.
« Ça va aller ? Je peux te raccompagner si tu veux, je ramène Satsu aussi, ça me dérange pas. »
Kagami ignore où habite Momoi, et sait qu'il n'a pas besoin d'être raccompagné, mais il accepte quand même. Une part de lui en a envie même s'il refuse de le reconnaître, et il a assez lutté contre lui-même pour ce soir.
« Ok... Let's go. »
Daïki hoche la tête puis aide Satsuki à se relever. Il la soutient par la taille alors qu'elle se dirige vers Tetsu pour lui dire au revoir. Il fait de même, regrettant que son ombre n'ait pas pu se joindre à eux puis sort de l'établissement. Il se félicite d'avoir opté pour sa voiture malgré la courte distance à parcourir depuis chez lui. Son instinct lui dictant que ça pourrait s'avérer utile.
Garé non loin, ils ne tardent pas à trouver son véhicule. Il y installe Satsuki à l'arrière et l'attache avant de passer derrière le volant.
« J'ai été bête j'aurais dû proposer à Himuro aussi... » réalise-t-il en fermant la portière.
Kagami se laisse tomber sur le siège passager et boucle sa ceinture. Il n'avait pas réalisé qu'ils renteraient en voiture, mais ce n'est pas plus mal, il se sent vraiment fatigué maintenant.
« Alex habite pas très loin... Et puis il aime bien marcher seul.
— Ok... Bon, premier arrêt pour Satsu, ça fera moins de détour. »
Il s'engage dans la circulation, et prend la direction du campus. Les terrasses alentours sont encore animées à cette heure-ci. Ils roulent en silence jusqu'à ce que sa passagère reconnaisse les lieux. Elle ronchonne, prétextant qu'elle ne voulait pas rentrer. Il se marre et lui lance un argument contre lequel elle ne peut rien, coupant court à ses protestations.
« Si tu veux pouvoir bosser un peu demain, il vaut mieux que tu dormes.
— Bonne nuit Momoi », dit Kagami en se tournant vers elle.
La jeune femme lui répond d'un sourire et s'extrait du véhicule avant de rejoindre son bâtiment d'un pas plus ou moins assuré.
« Et dire qu'au début de la soirée elle voulait pas lâcher son ordi... remarque Kagami avec un léger sourire.
— Panne de wifi ? suppose-t-il avec un sourire complice.
— Ouais, apparemment... On dirait que la connexion pas super fiable dans ce bar !
— À se demander pourquoi elle y va encore ! ricane-t-il. J'arrive pas savoir si elle a compris le pot aux roses ...
— Hmm, possible. Après tout Kuroko a l'air du genre têtu aussi, donc elle a peut-être renoncé à argumenter...
— Peut être... Ou alors ça l'arrange de faire semblant, ça lui donne une excuse pour s'arrêter. »
Il se penche un peu pour vérifier que la lumière à sa fenêtre soit bien éclairée puis il redémarre.
Kagami se réadosse au fond de son siège tandis qu'il regarde les lampadaires défiler derrière la vitre. Et finalement, comme il sent toujours cette culpabilité s'accrocher à lui, il murmure :
« Désolé d'avoir été distant ce soir. J'étais pas vraiment au sommet de ma forme. »
Aomine se tend un peu, il ne s'attendait pas à aborder le sujet. Mais les excuses de Kagami lui mettent du baume au cœur. Il observe son voisin à la dérobée, le regard fixé au dehors.
« T'en fais pas, j'ai compris. Et c'est plutôt à moi de m'excuser... désolé si je t'ai embarrassé. »
Kagami tourne la tête dans sa direction et le contemple quelques secondes.
« Embarrassé ? J'étais pas embarrassé... Surpris, plutôt... »
Et même perplexe... Il croyait avoir compris à peu près où en était Aomine, mais peut-être que pas du tout, finalement. Peut-être qu'il surinterprété des choses en y projetant ses propres peurs. Il ne sait plus.
Ça, Aomine peut l'entendre. Il s'est surpris lui-même à vrai dire... Il réfléchit à comment tourner les choses pour être le plus clair possible, conscient que la situation est déjà bien assez complexe.
« J'imagine. Moi aussi, je sais pas trop ce qui m'a pris... Ça va te paraître bizarre mais... même si c'est compliqué en ce moment dans ma tête, quand je suis avec toi c'est plus simple. » Il ricane puis précise : « Enfin, c'est pas limpide non plus mais disons que j'arrête de trop réfléchir, je suis un peu plus mon instinct. »
Kagami hoche la tête, essayant d'intégrer ces paroles. Mais finalement, ça ne l'avance pas tant que ça, alors il finit par demander d'un ton hésitant :
« Et... C'est une bonne chose ? ... »
Aomine fronce les sourcils en se posant honnêtement la question. Finalement il ne voit qu'une réponse.
« Je vois pas pourquoi ça le serait pas... il m'a rarement trompé.
— Je vois... »
Kagami se mordille la lèvre, ses émotions sont aussi confuses que ses pensées, et il se sent arrivé à saturation. Il respire profondément et ferme les yeux pour dire ce qu'il doit dire avant d'en perdre le courage :
« Tu sais... C'est difficile pour moi de comprendre ce que tu peux ressentir ou ce à quoi tu peux penser ces temps-ci. Alors du coup, j'imagine. Et moi aussi y a des trucs qui me font peur, alors... J'ai tendance à transposer ces trucs-là sur toi et je me dis que c'est ça que tu penses ou que tu ressens. Et ça... C'est pas une bonne chose. Mais c'est dur de s'en empêcher. »
Son cœur bat dans ses tempes. Il écoute attentivement ce que lui confesse Kagami. Il comprend ce qu'il veut dire. Lui aussi essaie d'agir en fonction de ce qu'il estime répondre à ses attentes. Mais supposer ce qu'ils ont dans la tête ne les avancera à rien. Il laisse le silence prendre de la place le temps d'arriver devant l'immeuble de son ami, puis inspire pour répondre une fois le véhicule à l'arrêt.
« Écoute Kagami... c'est vrai que ça m'a chamboulé de découvrir que tu me plais. Mais ça me fait pas peur. Moi aussi ça me perturbe de pas savoir ce que t'attends de moi ou non. D'autant plus quand j'me plante, comme ce soir... Je ne sais pas comment me comporter, ce que j'ai le droit de dire ou faire et j'avais jamais eu ce soucis avant, ce qui ajoute à la confusion. Ça a été une longue journée donc pas sûr que ce soit le bon moment mais, si tu veux en discuter demain ou n'importe, je pense que ce serait une bonne idée.
— Right... souffle Kagami en se redressant dans son siège. OK... On en reparle, alors. »
Il déboucle sa ceinture, un nœud dans la gorge, et sourit à Aomine.
« Thanks. Bonne nuit. »
Il a à peine le temps de lui répondre que Kagami s'enfuit presque de sa voiture. Pris de court, il le regarde se faufiler dans son immeuble impuissant en se demandant ce qu'il a encore pu dire de travers. Il vide l'air de ses poumons, le front appuyé sur son volant. Il se frappe la tête dessus en grognant avant d'estimer que ça ne suffit pas. L'estomac en vrac et le cerveau en ébullition il pousse un cri de pure frustration et de colère contre lui-même.
Kagami éprouve un profond soulagement en refermant la porte de chez lui. Cette soirée a été bien plus difficile qu'il ne l'avait anticipé. Mais en se donnant une chance à lui et à Aomine, il a fait un pari et il s'est peut-être un peu surestimé sur ce coup-là. Avancer comme ça dans le noir et espérer que tout se passe bien, c'était peut-être trop se demander à lui-même à ce stade de sa vie. Ou alors, c'est juste qu'il a vraiment le cafard ce soir.
Il est exténué et ne tarde pas à se mettre au lit, il veut juste arrêter de se torturer et se reposer un peu. Il se roule en boule sous la couette, enfouissant la tête sous l'oreiller, et tâche de faire abstraction de tout, y compris du mal de tête qui commence à pulser dans ses tempes, pour se laisser glisser dans le sommeil.
Chapter Text
En rentrant chez lui, Aomine tremble presque de tous ses membres. Il a mal au ventre. C'est la pagaille dans ses émotions et elles se mélangent en un gros sac de nœud étouffant. Il aimerait pouvoir se l'arracher de la poitrine pour s'en débarrasser et ne plus rien ressentir du tout, tellement ça devient encombrant. Son estomac a l'air de trouver l'idée intéressante, parce ce qu'il se soulève dans un spasme qui l'oblige à se ruer dans sa salle de bain. Il reste un moment sans que rien ne se décide à sortir à part de nouveaux cris, un peu de bile et des larmes. Sentant la migraine débarquer pour parfaire le tableau, il prend une aspirine. Mentalement épuisé, il sait qu'il ne trouvera pas le sommeil dans cet état. Il se change, prend son vieux carnet à idées noires et un plaid. Un instant il hésite mais décide de laisser son portable ici pour éviter toutes tentations, puis rejoint le toit et l'air frais de la nuit.
Kagami dort mal cette nuit-là, un sommeil superficiel, entrecoupé, et hanté de mauvais rêves. Aussi, c'est presque avec soulagement qu'il voit le jour se lever. Lui qui pensait traîner aujourd'hui ne peut pas rester en place, une énergie négative sature son système, le rendant nerveux et agité. Alors il se lève, effectue sa routine matinale, et commence à faire son ménage en attendant l'heure d'accompagner Tatsuya à l'aéroport. Il se vide la tête en récurant tout son appartement, ne se laissant presque aucun instant de répit pour ne pas que son esprit se remette à carburer, ignorant la fatigue, son estomac barbouillé et son mal de tête.
Enfin, il se met en route pour rejoindre Alex et Tatsuya. Il déteste dire au revoir à son frère de cœur à l'aéroport, mais il n'allait pas le laisser repartir sans l'accompagner. Il s'installe à l'arrière de la voiture et écoute les discussions des deux autres tandis qu'ils traversent la ville. Dans cet instant de calme, il repense à la soirée de la veille et se dit qu'il devrait envoyer un message à Aomine. Le brun a raison, ils doivent parler. Il espérait qu'ils n'aient pas à le faire, que les choses seraient plus naturelles et aisées, mais ce n’est pas le cas… Et la culpabilité s’accroche à lui en se disant que c’est en partie de sa faute. Alors il doit au moins essayer d'arranger les choses. Il regarde son portable nerveusement, il lui semble que jamais de sa vie il n'a été si hésitant.
Il y a longtemps que ça n’était pas arrivé à Aomine de s'endormir sur le perchoir où il était allé se réfugier. Sur celui-ci, c'est même la première fois. La fatigue l'a emportée seulement depuis quelques heures lorsque le soleil le réveil. Aomine a mal partout et grelotte de froid, pourtant il n'arrive pas à se résoudre à bouger. Il admire le spectacle encore un peu avant qu'il ne devienne trop aveuglant. Il récupère son carnet dont il a noirci des pages entières. D'abord rageusement pour évacuer ce magma noir et innommable torturant son corps, puis plus sporadiquement, dès qu'une pensée, une question ou un raisonnement lui venait. C'est une habitude qu'il a perdu avec le temps, mais écrire l'avait aidé au pire moment de sa vie. C'est par réflexe s'il s'est tourné sur cette solution à défaut d’en connaître une autre.
Groggy et courbaturé, il rejoint son appartement. Il se réchauffe à l'aide d'une douche brûlante qui termine de l'apaiser. Les mots et les doutes ne sont plus dans sa tête, dans son ventre ni dans sa poitrine à prendre toute la place. Il les a déposé hors de lui, ne laissant qu'une coquille vide et épuisée, anesthésiée. Au radar, Aomine s'effondre dans son lit, pas certain de retrouver le sommeil, mais au moins un peu de confort et de sérénité. Il n'a pas la force de relire ce qu'il a dégobillé sur les pages blanches à la lueur d'une ville qui ne dort jamais, il a même un peu peur de ce qu'il pourrait y trouver. Transcendé par l'exercice, il ne se souvient pas exactement de tout. Et il préfère retarder encore le moment, parce que ce silence intérieur lui fait du bien.
C'est le cœur serré que Kagami étreint brièvement Tatsuya, dans le grand hall impersonnel de l’aéroport.
« Prends soin de toi, murmure-t-il, la gorge un peu nouée.
— Toi aussi, lil'bro. Et reste pas à ruminer des trucs tout seul, OK ? Y a une solution pour tout même si tu la vois pas forcément sur le moment.
— Yeah... I know. Thanks. »
Il sourit au brun, puis regarde Alex, un peu émue elle aussi, lui donner une étreinte beaucoup plus franche et plus longue. Puis, ils laissent partir Tatsuya qui se retourne une dernière fois avant de franchir la douane.
« Merde... Je déteste vraiment ce genre de moments, murmure Alex.
—Moi aussi. »
Ils retournent dans la voiture, et cette fois, Kagami prend son courage à deux mains et rédige un message :
Kagami - 13h30
Hey... T'as dit qu'on devrait parler et t'as sans doute raison. Alors si t'es dispo ajd... Dis-moi où et quand.
À son second réveil, Aomine se sent déjà mieux. Pas assez pour manger, mais il avale quand même un grand café en relisant ses notes. C'est brouillon, ça part dans tous les sens, mais au fil des pages ça s'éclaircit, l'écriture est plus régulière, plus lisible. Maintenant qu'il peut les voir écrites noir sur blanc, ses pensées lui semblent moins effrayantes. Comme si le fait de pouvoir les déchirer ou les brûler lui donnait le pouvoir qui lui manquait dessus. Maintenant qu'il a réussi à s'en détacher, il aimerait avoir le temps de prendre un peu plus de recul avant de les partager avec Kagami. Il remplit son sac de sport avec quelques affaires, enfile son casque, et file à la salle. Il répond au texto sur le chemin avec une pointe d'appréhension.
Aomine - 14h13
Salut... Si tu veux oui. Chez moi fin d'aprèm ? Ou chez toi, comme ça t'arrange.
Kagami arrive juste chez lui quand il reçoit la réponse d'Aomine. Il est soulagé et en même temps, il éprouve un regain de stress.
Kagami - 14h15
Ok, je te rejoins chez toi tout à l'heure.
Son appartement est déjà tout propre, Tatsuya est dans son avion. Il se laisse tomber dans son canapé sans savoir quoi faire de lui-même. Puis, il se rappelle qu'il n'a pas mangé et que ça explique aussi pourquoi il se sent aussi faible. Alors il se prépare rapidement quelque chose et mange devant une série à laquelle il ne prête pas grande attention, mais qui a au moins le mérite de le faire penser à autre chose.
Quand il a terminé son repas, il réfléchit à ce qu'il va dire à Aomine, mais rien ne lui vient. On dirait que son esprit si bouillonnant la veille est aujourd'hui une page blanche. Peut-être que ce n'est pas plus mal, il a trop cogité et s'est embrouillé. Peut-être vaut-il mieux maintenant retrouver un peu de spontanéité et éviter de s'embourber à nouveau dans des spéculations.
Il finit par somnoler, engoncé dans son plaid, écoutant d'une oreille peu attentive la télévision bruisser à la lisière de sa conscience.
Aomine s'essuie dans sa serviette et boit un coup. Il mange deux barres de céréales pour faire le plein, enfin, pour ne pas s'effondrer d'hypoglycémie puis délaisse le tapis pour le rameur. La course ne lui a pas laissé le temps de réfléchir, il a profité de la musique, se laissant encore un peu de répit.
Au fil de ses allées et venues sur la machine, Aomine visualise les pages de son carnet. Ça lui permet de traiter ses inquiétudes séparément, sans se disperser. Au bout d'un moment il s'arrête net. Il vient de mettre le doigt sur la raison pour laquelle il ressentait ce besoin étrange et presque sadique de disséquer tout ça. Sa vue d'ensemble s'élargie et le réconforte, lui donne du courage. Il réalise avec stupéfaction que chacune des questions qu'il s'est posé vont dans le même sens. Un peu sonné il reprend ses mouvements en douceur, jusqu'à avoir fait le tour de ce qu'il voulait.
Léger, rasséréné et prêt à avancer, Aomine retrouve son appartement. La sensation de rentrer chez lui qu'il n'avait plus éprouvé depuis quelques temps, sans arriver à définir depuis quand exactement, lui tire un sourire. Il prend le temps de rincer toute cette sueur et de manger quelque chose de consistant avant d'écrire un message à Kagami.
Aomine - 16h57
Je suis chez moi, passe quand tu veux.
Le vibreur de son téléphone le fait sursauter, l'arrachant à son sommeil précaire. Il se redresse et se frotte le visage. Il va se passer le visage sous l'eau et se change rapidement. Puis, il prend son téléphone.
Kagami - 17h06
Je suis en route.
Il attrape sa veste et enfile ses chaussures. Il est nerveux, manque de faire tomber ses clés en voulant refermer sa porte. « Damn it... » marmonne-t-il, puis il dévale les escaliers. Son cœur cogne durement dans sa poitrine, il se sent désorienté, à peine réveillé. Il profite du trajet pour s'éclaircir l'esprit, marchant d'un pas vif, les mains enfoncées dans ses poches.
Au message de Kagami, la nervosité le guette. Si lui a fait le point et y voit plus clair, il n'a pas pensé une minute que Kagami pourrait faire marche arrière. Il ouvre rapidement son carnet pour griffonner cette idée, se rappelant que s'ils se voient, c'est pour répondre à tout ça. Il ferme avec énergie le cahier.
« Là, pas bouger ! » ordonne-t-il à son vilain doute.
Quand il arrive finalement à l'immeuble d'Aomine, il se dirige directement vers l'escalier et se fait rabrouer par le concierge qui agite un stylo dans sa direction. Ah oui, signer le registre... Il revient sur ses pas et appose sa signature, puis monte les escaliers quatre à quatre. Il arrive enfin devant la porte du brun et inspire un grand coup, se passant une main dans les cheveux. Puis, il frappe trois coups.
Un cri lui répond :
« Vas-y entre, c'est ouvert ! »
Kagami ouvre la porte et l'odeur de l'appartement lui saute à la figure, familière et terriblement réconfortante. Son cœur se serre, il se sent idiot et vulnérable. Mais tant pis... il peut faire avec. Il retire ses chaussures et s'avance dans le salon. Il aperçoit Aomine dans la cuisine et un léger sourire se dessine sur ses lèvres.
« Salut... »
Aomine se tourne vers lui et lui rend son sourire. Kagami n'a pas bonne mine mais il a évité son propre reflet toute la journée alors il ne dit rien.
« Hey... tu veux boire un truc ? J'ai fait du thé mais j'ai un peu de tout.
— Du thé ça ira... Thanks. »
Il fait le tour du salon, ne sachant quoi faire de lui-même, puis se plante devant la fenêtre et contemple le paysage urbain de l'autre côté, éclairé par un soleil oblique. Finalement, quand il voit Aomine arriver avec le thé, il s'assoit dans le canapé, le cœur battant la chamade, les mains moites.
Aomine se doute de la réponse mais il ne peut s'empêcher de demander...
« Ça va ? Pas trop durs les au revoir ?
— Je déteste ce genre de moment... Mais ça va. Et puis, on se reverra bientôt. »
Kagami se masse la nuque, gêné. Le poids des non-dits alourdit son estomac. Il inspire profondément, puis expire. Il faut qu'il se détende un peu... Il jette un coup d'œil de biais à Aomine :
« Et toi ça va ?
—En comparaison des derniers jours... mieux », assure-t-il dans un demi sourire.
Kagami le regarde un peu plus franchement, surpris par cette réponse.
« Well... Je suis content alors. » Il se mordille la lèvre, hésitant, cherchant ses mots.
« Look... » Il s'interrompt, se rappelant de parler japonais, puis reprend :
« Écoute... Je sais que j'ai foiré. Au départ, je voulais te faciliter les choses, mais... Tout ça... ça s'est avéré plus difficile que je le pensais. Alors... j'ai eu des doutes et j'ai paniqué », avoue-t-il, la gorge nouée.
Aomine le scrute. Il avait cru comprendre que Kagami n'était plus si sûr, sans savoir pourquoi. Alimentant ses propres doutes et insécurités.
« Je pensais que s'était plus simple pour toi, je me suis inquiété que de mon cas. Et quand j'ai voulu faire un pas vers toi, je m'attendais pas à cette distance. Maintenant je me dis que t'as peut-être aussi de bonnes raisons qui font que c'est pas si simple. Et c'est pas grave. Je peux pas vraiment te blâmer pour ça.... T'as rien foiré du tout, puisqu'on est là.
— Yeah... J'imagine. » Il se sert un thé et enveloppe son mug des deux mains, avouant dans un souffle : « Je sais pas vraiment par quoi commencer... »
Le brun l'imite s'installant en tailleur se laissant le temps de la réflexion.
« Hm tu pourrais me dire de quoi t'as peur ...
Kagami hoche la tête et regarde son thé, puis prend une petite gorgée. Le goût légèrement fumé, la rondeur des arômes, ainsi que la chaleur du liquide dans sa gorge contribuent à le détendre.
« J'ai compris que je te plaisais, commence-t-il, que tu t'y attendais pas, et que tu t'interroges là-dessus. Jusqu'ici, ça paraît assez naturel. Mais... je me dis... t'aurais sans doute préféré que ce soit pas le cas. J'ai eu peur que tu fuies parce que... ça en vaut pas la peine. De prendre ces risques... D'autant que... t'étais peut-être pas si sûr. Peut-être qu'au fond, tout ça, ça te dégoûte. Peut-être que tu te dis : ce que je ressens pour ce mec c'est fort, mais du coup, ça signifie qu'on doit coucher ensemble ? Et là... c'est le moment où tu t'en vas. Ou pire, plus tard, quand t'auras trouvé quelqu'un d'autre, une fille, et que je serai plus utile... »
Il repose son thé et se prend la tête dans les mains. Ses propres paroles sonnent ridicules à ses oreilles et il s'en veut d'être incapable de maîtriser les angoisses qui le rattrapent.
« Fuck... I'm sorry... Dit comme ça... bien sûr tu ferais pas tous ces trucs, enfin pas comme ça, mais... »
Il laisse sa phrase en suspens, secouant la tête, son cœur battant frénétiquement dans sa poitrine.
Son cœur se serre violement en écoutant les craintes de Kagami et la déchirure dans sa voix. Il réalise que ses peurs sont loin d'être ridicules. Pourtant, quelque part il se sent blessé aussi. Il décide de faire abstraction, de ne pas le prendre pour lui, puisqu'après tout, il ne lui a pas donné de raisons tangibles de penser le contraire. Il se souvient de ce que son ami lui a offert quand il s'est livré à lui, complètement perdu et n'hésite qu'une seconde. La gorge nouée il pose sa tasse et glisse sa main chaude sur la nuque de Kagami pour le masser doucement, lui laissant le choix de se rapprocher de lui ou non.
« Hé... t'excuse pas Kagami. Ce sont des questions légitimes vu les circonstances.
— Yeah... Mais surtout, je l'ai déjà vécu, Ao... Alors ça me hante... C'est pas rationnel, chaque personne est différente, mais... ça m'a vraiment blessé, alors... »
Il ferme les yeux, laissant retomber ses mains sur ses genoux, et prend une inspiration tremblante alors qu'il tente de lutter contre l'overdose d'émotions.
Les doigts d’Aomine se figent un instant à ces mots. Ok... s'il a déjà été blessé par un hétéro incertain, il comprend mieux pourquoi Kagami a fait ce qu'il voit comme un pas en arrière. Il passe son pouce sur le muscle tendu de sa nuque, sentant son pouls battre sous la pulpe de son doigt.
« Est ce que j'aurais préféré ne rien ressentir pour toi ? ... répète-t-il dans un souffle. J'en sais rien, ça aurait sûrement été plus facile, mais c'est pas le cas alors, la question ne se pose pas. Est-ce que j'ai pensé à fuir ? Bien sûr, j'ai même essayé... on sait tous les deux où ça m'a conduit... belle réussite ! Est-ce que ça me dégoute de coucher avec toi ? Honnêtement, je suis pas encore allé jusque-là. Mais je suis bien conscient que le sexe ça fait aussi partie de tout ça et que la question reviendra. Et pourtant, je suis là... »
Kagami se concentre sur sa voix, sur ses mots, sur son pouce qui masse sa nuque endolorie par le stress, et peu à peu il lâche prise. Il pose une main sur le genou d'Aomine et le serre doucement dans sa paume. Il se laisse un peu de temps, pleure un peu puisqu'il ne peut pas faire autrement, puis hoche la tête et s'essuyant le visage.
« Ok... J'avais besoin d'entendre ça. C'est pas que je voulais pas aborder le sujet, mais... j'avais peur de te braquer en en parlant alors j'ai essayé de mettre de ça côté... avec le succès que tu vois ! »
Il rit un peu en effaçant ses larmes, soulagé d'avoir enfin posé des mots sur ce poids énorme qui le paralysait. C'est dur de reconnaître qu'on ne s'en sort pas si bien que ça quand on essaie d'être un soutien pour les autres…
Aomine presse sa nuque, se permettant de glisser un doigt à la frontière de ses cheveux pour l'aider à se calmer. Puis il ricane avec lui.
« On est super doués pour tenir nos résolutions, tu trouves pas ? plaisante-t-il.
— Yeah... Il paraît que c'est le problème des résolutions : on se surestime toujours quand on en prend... »
Kagami se redresse et reprend sa tasse, puis murmure :
« C'était ça qui me tracassait hier... Mais... J'ai toujours pas envie de faire marche arrière... Et je suis reconnaissant que tu sois là. »
Si tout remonte en lui avec une telle intensité, c'est parce qu'il tient à Aomine. Qu'il veut que ça marche. Et à cause de ça, il s'est mis trop de pression.
Il sent Kagami se détendre et ça lui fait plaisir. Marcher sur des œufs, avoir peur de chaque mot qu'on pourrait dire, c'est épuisant. Et surtout il n'a pas envie que Kagami soit différent avec lui.
« Je comprends mieux les signaux contradictoires », pense-t-il à voix haute.
Aomine avale un peu de thé pour dissiper son angoisse grandissante. Il sent que son tour approche et même s'il est plus calme vis à vis de ce qui l'effraie, ça reste un exercice difficile de se livrer. Alors il commence par ouvrir une brèche, sentant la chaleur envahir son visage.
« Je... j'ai pas envie de faire marche arrière non plus... »
Kagami relève la tête et regarde le brun, percevant son trouble. Il hoche la tête et presse de nouveau son genou.
« OK... C'est quoi qui t'inquiète ou te dérange ? » demande-t-il sans détours, comme Aomine l'a fait tout à l'heure. Il trouve que c'est bien plus facile de répondre à une question directe, tant qu'elle est posée avec gentillesse.
Aomine considère la main sur son genou et la fixe comme point de repère. Cherchant à mettre de l'ordre dans ses idées. Il inspire puis se lance.
« Comme je te l'ai dit hier, j'ai beau me poser des questions, quand on se voit c'est plus facile. Surmonter ça et arriver à être complice malgré tout c'est rassurant. Ça me prouve que je cogite trop. Mais ça m'empêche pas de le faire quand je suis tout seul... En fait, je n'ai jamais eu de vraie relation. La plus sérieuse a duré quelques mois au plus. Je pensais pas être du genre à vouloir me poser avec une meuf, être en couple. Alors… avec un mec ? J'ai paniqué. Je me suis torturé avec des questions du genre : est-ce que c'est pareil ? Est-ce que je saurais faire ? Est-ce que je suis prêt pour ça ? Est-ce que le sexe va poser un problème ? Est-ce que Kagami ne mérite pas mieux qu'un gars qui se pose ce genre de questions ? »
Il fait une pause pour respirer, se rendant compte qu'il parle trop vite. Mais la main pressant son genou l'apaise et l'encourage à poursuivre.
« Bordel, tu… tu voulais avancer avant que je débarque et casse tes plans.... J'ai pas envie d'être un boulet pour toi, de te retenir dans une relation qui te conviendrait pas. Et pourtant je me sens incapable de renoncer à toi. Alors ouais... j'imagine qu'entre nous, si ça ne peut plus être comme avant, ce sera ou tout ou rien. Mais tout, je sais pas faire. J'ai jamais fait », confesse-t-il presque honteux de l'admettre.
Kagami écoute attentivement, l'esprit beaucoup plus clair maintenant qu'il a confié ses craintes à Aomine. Il se reconnaît dans plusieurs choses que dit le brun, et ses inquiétudes, paradoxalement le rassurent. Il lui semble bien mieux comprendre ce qui est en jeu et à quoi pense le brun.
« OK... Je comprends. Y a plein de questions que je me suis posées aussi... Y a quelques nuances mais au fond ça revient au même... »
Il le regarde dans les yeux, sentant enfin revenir sa détermination.
«La vérité c'est que ni toi ni moi on sait encore ce que ça signifie, d’être ensemble. J'attends pas de toi que tu correspondes à un idéal de relation parce que honnêtement... J'en ai pas. J'ai déjà été en couple et oui j'avais envie de me poser, mais ça n'a pas fonctionné au final. Je cherche pas à retrouver quelque chose que j'ai déjà eu... Et je cherche pas non plus quelque chose qui serait déjà défini dans ma tête. Je veux qu'on découvre ce que c'est, pour nous. Tu peux pas être sûr de toi à tous les points de vue et ça je le comprends, c'est pareil pour moi. Mais si c'est "juste" ça... Alors je veux essayer. Et cette fois je suis sûr de moi. »
Aomine soutient son regard. Hypnotisé par la lueur qui danse au fond de ses prunelles. Il sent les siennes s'embrumer au fil de son discours qui lui ôte mots après mots, le poids énorme qui croupit au fond de ses tripes. Kagami n'a pas d'attentes qu'il sera incapable de combler. Peut-être que ça viendra, mais il a envie de les découvrir avec lui. Voilà un concept qu'il n'avait pas envisagé et qu'il trouve plutôt séduisant. Ça, il pense pouvoir gérer. À ce moment-là il aimerait dire un truc intelligent, qui déborde de maturité mais une image d'aventurier s'impose à lui et étire un coin de sa bouche.
« Ok... Donc si je comprends bien, on embarque dans la même bagnole mais sans carte, sans boussole et juste avec une vague idée de la destination. »
Kagami lâche un petit rire à cette métaphore.
« Yeah... Je crois que c'est à peu près ça. Alors y a plus qu'à se guider au soleil et aux étoiles... »
Maintenant qu'il a retrouvé l'espoir, Aomine lui semble soudain plus beau, plus attirant que jamais. Il écoute son cœur pulser, cette émotion plus pure et plus nette envahir sa poitrine tandis qu'il contemple le brun. Il attrape sa main et la serre dans la sienne, éprouvant le besoin de se rassurer par ce contact, et de transmettre ses émotions à Aomine peau contre peau.
Le cœur d'Aomine s'emballe. Le soleil, les étoiles... Pas de soucis, Satsuki a été scout, il lui demandera des infos. Il note vaguement que ses idées divaguent, s'étiolent et s'entrechoquent pour ne former plus qu'un brouhaha lointain. Avec tout ce qu'ils se sont dit, il est plus que conscient de la présence de Kagami, de son parfum entêtant et de ce contact. Il a toujours été tactile, c'est un langage qu'il comprend... et il se retient depuis si longtemps avec Kagami, que son attention lui envoie une décharge électrique tout le long de son bras. Sans réfléchir, puisqu'il en est momentanément incapable, il croise ses doigts entre les siens sans pouvoir détacher son regard de leurs mains liées, aussi fasciné qu'affolé.
Une sensation presque douloureuse enveloppe le cœur de Kagami lorsqu'Aomine imprime une pression sur sa main. Il laisse passer quelques instants comme pour apprivoiser ce contact, puis il porte la main halée à sa bouche et y presse ses lèvres doucement. Enfin, il relève la tête sourit au brun.
« Alors... Ça va bien entre nous ? »
Aomine regarde ses doigts se faire embrasser sans les retirer. Il a soudain très chaud. Comme si le souffle de Kagami venait d'un désert brûlant. La gorge sèche il n'arrive pas à dire grand-chose. Alors il hoche la tête en souriant bêtement.
« Hm hm »
Kagami répond à son sourire, heureux de voir cette expression sur son visage. Il rit de soulagement, même, alors que la tension épuisante de ces deux derniers jours se relâche enfin. Il garde la main d'Aomine dans la sienne, caressant délicatement ses doigts.
« Et tu étais vraiment sexy dans cette chemise hier soir », murmure-t-il en souriant.
Le rire de Kagami et son sourire rayonnant lui chatouille le ventre. Aomine découvre que les sensations sont familières, amplifiées peut-être parce qu'il y prête attention, et qu'il sait leur donner un nom. Le compliment le touche alors qu'il connait son potentiel séduction. Mais plaire à Kagami c'est différent des regards d'inconnus qui se retournent sur lui... c'est ce qu'il veut.
« Content qu'elle t'ait plu... je la mettrai peut être plus souvent.
— Yeah... Bonne idée. »
Kagami se cale au fond du canapé, sirotant son thé sans lâcher la main d'Aomine. Il ne veut plus rompre le contact maintenant, et il espère qu'ils ont passé le plus dur. En réalisant qu'il aurait pu le perdre, son ventre se noue d'appréhension. Mais à présent, les incertitudes qui lui restent ne sont plus si terribles et oppressantes.
« J'ai vraiment hâte de faire cette randonnée avec toi. J'aimerais déjà y être ! remarque-t-il avec un petit rire.
— Ouais ? Plus que quelques jours... le temps de se préparer. J'ai hâte aussi, c'est un de mes endroits préférés. »
Avec toute cette pression, Aomine avait presque oublié leur sortie. Il se félicite intérieurement d'avoir fixé la date dans un moment de lucidité. L'idée seule de changer de décors, se ressourcer dans un lieu familier et pourtant hors du temps a déjà des biens faits. Et le faire accompagné l'enthousiasme encore plus. Il voit ça comme un challenge, en plus de gravir une montagne, ce sera l'opportunité de répondre à quelques-unes de ses questions. Leurs... questions. Ça a quelque chose d'intimidant, mais savoir qu'ils vont pouvoir avancer est toujours mieux que ce statu quo malaisant.
« Et puis, si t'en as marre de moi à un moment donné, ce sera facile de me semer ! » reprend Kagami, le tirant de ses pensées.
Aomine rit à la perspective. Il se voit bien planquer dans la forêt à attendre que Kagami finisse par appeler à l'aide.
« Me tente pas... Mais je vois pas trop pourquoi j'en aurais marre de toi ... » Il fronce un peu les sourcils. « À moins que tu comptes gâcher tous les poissons que je vais pêcher ! »
Kagami éclate de rire.
« Non, j'ai hâte de les cuisiner. D'ailleurs, j'amènerai aussi les sandwichs, je ferai la popote... Donc tout bien réfléchi, je suis pas sûr que ce soit une bonne idée de me semer. »
Le brun tourne la tête vers lui, renversant un peu de thé dans la manœuvre.
« Les mêmes qu'à la plage ? T'as raison... je vais peut-être nous attacher finalement, genre lien de survie.
— C'est bien ce qui me semblait, tu es du genre à penser avec ton estomac... J'en prends bonne note ! rit Kagami.
— Je vois pas de quoi tu parles. J'aime les bonnes choses c'est tout... » ment Aomine avec aplomb.
Kagami l’ignore et poursuit :
« Non mais plus sérieusement, j'ai pas l'habitude de randonner en montagne, mais je devrais pas avoir de mal à suivre ton rythme. Ça t'a peut-être échappé mais je suis plutôt du genre sportif !
—J'ai bien noté ça, crois-moi... admet Aomine en lui jetant un coup d'œil, sourire en coin. L'endurance c'est une chose, mais l'altitude s'en est une autre. Le moindre essoufflement, il ne faut pas le prendre à la légère. On reparlera des règles de sécurité mais tu pars avec de bons avantages.
— Oui, chef ! s'amuse Kagami. D'ailleurs, cette randonnée, tu l'as déjà faite avec Momoi ? »
Aomine se tend légèrement à la question. Il plonge dans sa tasse avant de répondre et sert un peu les doigts de Kagami toujours rivés aux siens.
« Nan... tu seras le premier que j'emmène en fait.
— Really ?! » Cette nouvelle lui fait plus plaisir qu'elle ne le devrait. « Je suis un privilégié alors... Je te cache pas que l'idée me plaît ! ajoute-t-il dans un sourire.
— Ouais vraiment. Je sais pas, jusqu'à maintenant ça me semblait pas... c'était un truc entre mon père et moi tu vois. Mais je me dis que la refaire en duo ce sera aussi une étape de franchie pour le laisser partir. »
Il ne l'avait pas encore dit à voix haute et ça donne une dimension un peu trop fataliste à ce qu'il aimerait être un bon moment. Aomine attend bien plus de ce week-end qu'il ne le pensait au départ. Il en espère une espèce de transition. Comme si la montagne allait le délester de tous ses problèmes et le rendre changer à son quotidien.
Kagami est touché par ses paroles, qui le font se sentir encore plus privilégié. Il hoche la tête, caressant le dos de la main d'Aomine de son pouce.
« Je comprends. J'espère que ça t'apportera un peu d'apaisement. »
Aomine observe les doigts de Kagami danser sur sa peau, peinant encore à croire ce contact doux. Il acquiesce doucement, un rictus au coin des lèvres. C'est vrai qu'il se sent toujours bien là-haut. Et il espère que Kagami appréciera aussi.
« T'as raison, changer un peu d'air ça fera du bien. »
Kagami renverse la tête sur le dossier du canapé, fermant les yeux quelques instants, se concentrant sur la sensation chaude de la main d'Aomine dans sa main. Un sentiment d'irréalité l'enveloppe, mais il aime le bien-être que ça lui fait ressentir. L'espoir est revenu et tout est possible, ça rend les choses un peu vertigineuses, mais pour le moment, ça lui est égal. Il rouvre les yeux et regarde Aomine sans bouger la tête. Il éprouve le besoin de dire ce qu'il a sur le cœur, et accueille sans le repousser le sentiment de vulnérabilité que cela fait naître en lui.
« Je suis content qu'on ait pu parler... J'étais inquiet, avoue-t-il. Je voulais pas te perdre. »
Aomine accueille la confession avec un pincement au cœur. Lui non plus ne voulait pas le perdre. C’est même précisément pour ça qu'ils en sont là aujourd'hui... Il aurait pu ignorer ses drôles de sentiments, faire comme s'ils ne voulaient rien dire de plus que ce qu'il a cru au départ. Mais le fossé qui s'est creusé entre eux lorsqu'il a essayé de fuir lui a finalement fait plus peur que son attirance pour lui. Il sait que ce ne sera pas toujours facile à accepter, ni à gérer, pourtant il a sincèrement envie d'essayer. Ne pas fermer la porte à cette relation qui semble les dépasser. Nerveux, il serre un peu plus ses doigts entre les siens et ose rendre ses caresses à Kagami. Sans parvenir à détacher son regard des iris qui le fixent il murmure presque :
« J'étais pas serein non plus. Et je sais bien que ce sera pas une promenade de santé tous les jours mais... je suis content aussi de moins être dans le flou. Savoir que tu veux essayer aussi. »
Un sourire se dessine sur les lèvres de Kagami alors qu'il écoute le brun.
« Yeah... Et puis, y a encore beaucoup de choses qu'on sait pas l'un sur l'autre. Je pense que... ça sera peut-être plus facile en se connaissant mieux. Tout est intense et va vite depuis le début, et ça me va... Mais en ce qui me concerne je sais qu'à cause de ce truc ambigu entre nous... C'était pas facile de m'ouvrir non plus. Alors j'espère que ça va changer un peu. »
Le brun reste pensif un moment. Réalisant que pour lui, ça a plutôt été l'inverse. Il s'est en effet à sa grande surprise et celle de ses proches, très vite attaché et ouvert à Kagami. Quand son instinct l'a poussé sans qu'il ne prenne le temps de réfléchir, plus conscient de la situation, Kagami a pensé d'abord. Ce constat lui fait froncer les sourcils.
« J'avais pas pensé à ça... admet-il. J'avais pas conscience que t'étais sur la réserve... Je_ j'ai pas envie que tu te retiennes.
— Moi non plus... C'est fatiguant de faire ça. Mais c'est aussi dans mon caractère... Disons que c'est une vieille habitude. »
Il a du mal à expliquer... Avec certaines personnes, et Aomine en fait partie, sa réserve peut tomber et il a l'impression par moments d'être vraiment lui-même. Mais de nombreuses choses dans sa vie l'ont poussé à prendre de la distance et il a développé un caractère peu sociable et réservé. Un mauvais caractère, diraient certains, car ça ne l'empêche pas d'être aussi impulsif et parfois colérique.
Les vieilles habitudes... Aomine voit le genre, et malgré le peu qu'il en sait, imagine très bien quelques-unes des raisons qui l'ont mené à se protéger de la sorte. C'est même plutôt logique quand il y pense. Alors comment lui en vouloir... Après tout, avant lui, il n'a pas vraiment tissé de nouveaux liens non plus. Il s'entend bien avec certains collègues, accepte une invitation de temps à autre mais ne s'est jamais confié à eux comme à des amis. Même à ses amis, il ne se confie que rarement. Non vraiment, Kagami fait office d'exception... Le brun soupire pour la forme, mais adresse un sourire qu'il veut encourageant à Kagami.
« Et bien j'imagine que je vais devoir être patient. Le temps que tu laisses tomber ta carapace. »
Le rouge laisse échapper un léger rire puis lui lance un regard taquin :
« Okay... Il va falloir qu'on passe beaucoup de temps ensemble, alors ! »
Aomine ricane à son tour.
« Oh... plus que d'habitude tu veux dire ?
— Ouais, pourquoi pas ! T'as des objections ? Je te fatigue déjà ? Parce que j'suis à peu près sûr que c'est toi le plus fatiguant de nous deux !
— Eeeeen MOI ?! T'avais pas trop l'air de t'en plaindre jusqu'ici pourtant ! s'offusque le brun en retenant difficilement son sourire.
— C'est parce que je suis résistant et endurant, ça prend du temps pour m'user totalement ! » rigole Kagami.
Un image déconcertante lui traverse l'esprit à cette déclaration. Une part de lui préfèrerait la repousser, occulter cet aspect-là pour le moment. Mais l'air taquin de Kagami attise son esprit joueur.
« J'aurais plutôt dit borné, voire carrément têtu, se moque-t-il. Mais... je prends note, sous-entend Aomine en haussant un sourcil, goguenard.
— Bah, c'est la même chose ! grommelle Kagami en haussant les épaules. Mais j'imagine que trouver nos limites mutuelles, ça fait partie du processus pour faire connaissance...
— Ouais, j'imagine... »
Aomine observe Kagami en biais, un sourire amusé collé au visage. Il se penche pour boire un peu de son thé presque froid, sans lâcher cette main ancrée dans la sienne.
« Du coup, se voir plus me paraît indispensable. Pour le processus j'veux dire.
— Yeah... C'est important de suivre le processus. Je suis sûr que Momoi validerait. De la méthodologie en toute chose, non ? En tout cas Tatsuya valide.
— Elle nous ferait même un planning si on le lui demandait... Mais j'irais pas jusque-là non plus. ricane-t-il. Je préfère notre méthode.
— Hm ouais... Le planning ça va trop loin, admet Kagami. J'ai rien contre un peu d'impro. »
Il sourit au brun, il a oublié depuis combien de temps il est là, il a oublié son thé qui est froid, il a oublié le mal-être qu'il ressentait encore juste avant de toquer à sa porte. Mais il y a une chose qu'il n'oublie pas : son estomac, qui commence à sa manifester.
« Je crois que c'est bientôt l'heure du dîner... » remarque-t-il.
À cette remarque, Aomine sent son ventre se réveiller. Maintenant que le gros du nœud est démêlé, la faim se rappelle à lui. Avec d'autant plus de force qu'il n'a pas très bien mangé ces derniers jours... Il se relève du canapé, invitant Kagami à faire de même.
« Et il me semble que tu m'en dois un... J'ai gagné la dernière fois, tu te souviens ? »
— Hmpf... Ouais... Ok, tu veux manger quoi ? demande Kagami en se levant.
— Ce que tu pourras faire avec ce que j'ai. Et si besoin on peut toujours descendre faire trois courses. »
Kagami se dirige donc vers la cuisine pour mener une inspection en règle des placards et du frigo.
« Ça ira, je peux bricoler quelque chose », conclut-il.
Il se met immédiatement au travail, méthodiquement, avec des gestes emprunts d'une longue habitude. Il constate qu'il se sent comme chez lui dans la cuisine d'Aomine, comme la dernière fois, ça lui semble aussi naturel de préparer le repas ici que chez lui ou chez Alex. Comme si d'une certaine façon, il avait déjà sa place ici, et cette sensation lui réchauffe le cœur.
Aomine en profite pour mettre un fond de musique, débarrasser le thé puis vient s'installer sur un des tabourets pour observer Kagami s'activer de l'autre côté du comptoir. Il le regarde faire, admirant la précision et la rapidité des gestes. Après avoir autant parlé, il trouve ça reposant, ce silence partiel. Il ne le trouve ni gênant, ni pesant comme ça a pu être le cas ces derniers jours. Il lui semble qu'un cap a été franchi ce soir et il s'en réjouit. Où que ça puisse les mener, tant qu'ils sont sur la même longueur d'onde... ça ira. Au bout d'un moment il brise pourtant la tranquillité ambiante, trop curieux et impatient.
« Alors, qu'est-ce que tu nous prépares chef ?
— Je rends hommage à l'un de mes coéquipiers en faisant un okonomiyaki à ma façon. C'est un des premiers plats que j'ai appris à faire, c'est facile et y a plein de variations possibles. Alors j'ai tout testé jusqu'à mettre au point ma recette idéale !
— Okonomiyaki façon Kagami ? demande -t-il plus pour lui-même. Ça sent déjà super bon. Je crois que je ne m'en lasserais pas... Et pourquoi tu dis rendre hommage à un de tes coéquipiers ? Il y a déjà gouté ?
— Non, c'est son pseudo. C'est naze, hein ? » Il rigole et ajoute : « Mais je reconnais que c'est un très bon plat. Et un bon joueur, en l'occurrence. »
Aomine se marre. Il se demande vaguement pourquoi choisir un nom pareil mais bon...
« J'en ai déjà goûté. C'est vrai que c'est pas mal. »
Il profite que Kagami ait la tête dans son frigo pour chiper un peu d'une des préparations qui lui fait de l'œil, en attente sur le plan de travail.
Quand il se retourne, Kagami remarque immédiatement que quelque chose ne tourne pas rond. Il identifie rapidement le problème et fixe un regard sévère et flamboyant sur le brun.
« On ne touche pas ! Mes proportions sont précises ! »
La bouche pleine, Aomine se contente de sourire pour masquer son crime. Ça l'amuse de voir Kagami s'énerver et se demande où se trouve sa limite dans ce domaine... Néanmoins, il ne cherche pas à récidiver et cale sa tête sur son poing pour suivre la suite des préparatifs. Il essuie quelques regards méfiants du cuistot mais reste sage, préférant éviter de voir son bon repas lui filer sous le nez.
Un quart d'heure plus tard, le plat est fin prêt et ils s'installent dans le salon pour manger.
« J'espère que ça te plaira », dit Kagami, tout à coup un peu nerveux. C'est naturel pour lui de cuisiner, mais il ne connaît pas encore bien les goûts d'Aomine et ça lui tient à cœur qu'il aime ce qu'il prépare. Et puis... il veut lui faire plaisir.
L'eau à la bouche face à son assiette, il remercie Kagami pour le repas et sans plus attendre, plante ses baguettes dans la crêpe moelleuse. C'est si bon qu'il en ferme les yeux pour deviner chacune des différentes saveurs. Un gémissement de contentement lui échappe lorsqu'elles se mélangent et explosent sur son palais.
« Hmm c'est une tuerie ta recette ! Les épices restent un peu en fin de bouche mais pas trop non plus. J'adore ! »
Un grand sourire se dessine sur les lèvres de Kagami tandis que la chaleur lui monte au visage, ravi du compliment.
« Je suis content que ça te plaise... Un moment j'ai douté de la perfection de ma recette ! »
Il rit un peu et dévore sa part, c'est un plat qui réconforte et qui tient au corps, qu'il se fait souvent lorsqu'il n'a pas trop d'idées et besoin de quelque chose de solide.
« J'ai pas de comparaison avec tes autres essais, mais c'est clairement au-dessus de celles que j'ai gouté ailleurs. »
Aomine replonge dans son assiette, se forçant à ne pas tout dévorer en trois minutes. Il s'étonne encore de constater qu'on peut faire du très bon avec si peu et sans y passer des heures. Même s'il se doute qu'étant moins aguerri que Kagami, ça lui prendrait plus de temps s'il s'y essayait.
« Tu crois que tu pourrais m'apprendre celle-ci ou c'est top secret ? Ce serait bien pratique avec le boulot et tout de savoir faire ça...
— Really ? Tu veux un cours de cuisine ? » Kagami le regarde incrédule et sourit. « C'est pas secret, donc ouais je peux t'apprendre si tu veux. »
Aomine détourne le regard en s'enfilant une autre bouchée. À choisir, il préférerait que Kagami devienne son cuisinier exclusif et attitré, mais il se dit que c'est quand même plus raisonnable d'apprendre. D'autant que cuisiner autre chose que du riz et des œufs lui serait vraiment utile...
« Bin ouais pourquoi pas ... Tu pourras pas toujours me faire à manger, et il serait temps que j'apprenne. Alors autant que ça me plaise.
— Comme c'est raisonnable de ta part ! s'amuse Kagami. Mais t'as raison, si tu te nourris pas bien, tu pourras pas rattraper les gangsters... Donc j'approuve ce projet !
— Raisonnable, c'est tout moi ! se vante-t-il en carrant les épaules. Le gangsters n'ont qu'à bien se tenir... et puis ça nous fera une raison de plus pour se voir plus souvent », conclut il clin d'œil à l'appui.
Kagami se marre doucement devant ce numéro et ne peut s'empêcher d'être séduit, y compris par ce clin d'œil. Il faut dire qu'Aomine a beaucoup de charme, et du bagout, et qu'il sait certainement en jouer...
« Okay, marché conclu alors. » Il termine rapidement sa part et soupire de plaisir. « Pfou... Ça va mieux maintenant. »
Satisfait, Aomine l'imite en prenant un peu plus son temps, savourant jusqu'à la dernière miette. L'idée lui est venue sur un coup de tête, mais il s'y voit déjà. Tandis qu'il s'affaisse dans son canapé, repus, il laisse son imagination divaguer à différents scénarios et lui tirer un sourire.
Après s'être laissé aller quelques minutes au plaisir d'avoir le ventre bien rempli, Kagami se lève pour faire un peu de rangement. Même s'il n'est pas chez lui, ça lui déplaît de laisser des choses traîner, ça lui donne l'impression tenace d'avoir oublié quelque chose. Alors il met la vaisselle dans l'évier et range tout ce qu'il a sorti, puis s'attèle à nettoyer le plan de travail.
Malgré la gêne de le voir faire le ménage chez lui, Aomine ne proteste pas. Il sent que ce serait de toute façon peine perdue. Se doutant que son invité risque de la faire ensuite, il le devance et s'occupe de la vaisselle, toujours pensif. Cette impression de facilité entre eux lui revient dans la fluidité de leur conversation, les rires partagés, leurs silences aussi. Et ça le rassure de retrouver cette complicité, cette légèreté apparente quand il sait qu'au fond rien n'est simple, ni si léger... D'ailleurs, la proximité de Kagami dans sa cuisine, partageant une tâche quotidienne des plus banales, emballe son cœur, lui rappelant instantanément la force de ce qu'il éprouve à son égard.
Faire le ménage à deux après avoir partagé un repas, ça a quelque chose de presque intime que Kagami apprécie, surtout après la tension des derniers jours. Mais quand il repense à la soirée de la veille, c'est un souvenir amusant qui lui traverse l'esprit, et il demande à Aomine par-dessus son épaule :
« Au fait, Momoi a réussi à émerger aujourd'hui ? Déjà moi j'ai pas trop hésité à lever le coude, mais elle, elle m'a battu à plate couture hier ! »
La question le tire de ses réflexions et le fait rire. C'est vrai qu'il a rarement vue Satsuki lâcher autant prise. Trop perturbé par sa propre condition, il n'y a pas porté trop d'attention sur le moment mais elle n'y est effectivement pas allée avec le dos de la cuillère.
« Ouais elle m'a écrit en début d'aprèm. C'est rare de la voire comme ça ! On dirait pas mais elle encaisse la fourbe. Faut pas se fier aux apparences avec Satsu, jamais. Mais je crois qu'elle s'est bien amusée hier, admet-il en souriant.
— Ouais, je crois que Tatsuya y est pas pour rien... On dirait qu'ils s'apprécient pas mal ces deux-là, remarque Kagami en essuyant une assiette.
— Quoi ? Comment ça ? Il t'a dit quelque chose ? demande Aomine en lâchant presque une tasse sous la surprise.
— Panique pas, rigole Kagami devant sa réaction. Non, il m'a rien dit. En les regardant interagir, j'ai juste eu l'impression qu'ils se plaisaient, quoi... Mais bon, avec Tatsuya je suis jamais sûr de rien. »
Aomine plisse les yeux, suspicieux. Il ne connait pas bien Himuro alors il ne peut pas savoir ce qu'il en est. Son cerveau turbine sur les souvenirs de la veille. Si c'est vrai que Satsuki a été très amicale avec l'Américain, il n'estime pas plus qu'avec n'importe qui d'autre. Elle est de nature joviale et assez extravertie, alors comment être sûr.... Surtout que s'il y a bien un domaine sur lequel elle lui fait des cachoteries, ce sont ses amours, à son grand damne. Depuis qu'elle a compris que Tetsu ne lui retournerait jamais ses sentiments, il ne l'a pas entendu parler d'un autre. Il a donc simplement supposé qu'il n'y avait personne. Et ce constat l'effraie. Aurait-il là aussi, vu ce qui l'arrangeait de voir ?
« J'aurais aimé pouvoir dire le contraire de Satsuki mais ce serait mentir. J'en sais foutrement rien non plus.
— J'imagine que tu le lui fais pas savoir non plus dans la minute chaque fois que y a quelqu'un qui te plaît, le taquine Kagami, amusé par son air mortifié. Faut bien avoir son jardin secret.
— Non évidemment... »
Il tente un demi sourire, mais il vient de réaliser que le jardin de sa sœur est peut-être beaucoup plus secret que ce qu'il pensait. Après tout ils ont le même âge... ce serait logique qu'elle ait aussi son lot d'expériences dans le domaine, surtout vue le nombre de prétendants qu'elle laisse dans son sillage. Aomine secoue la tête pour dissiper la panique qui accompagne sa prise de conscience, préférant changer de sujet.
« D'ailleurs, en parlant de Himuro, il ne devrait pas tarder d'atterrir non ?»
Kagami a fini son ménage et se sèche les mains avant d'attraper son téléphone.
« Hm ouais ça devrait plus tarder. Il m'a pas encore envoyé de message en tout cas. »
Aomine range les derniers ustensiles dans l'égouttoir puis se calle sur son plan de travail, bras croisé en observant Kagami.
« Ça te manque pas trop ? L.A...
— Hm... Parfois. Ça va, ça vient. Mais je me suis fait à la vie ici. C'est aussi chez moi... J'ai mis du temps à avoir ce sentiment... Mais ça commence à venir. »
Il sourit légèrement, c'est vrai qu'au lycée, il ne pensait qu'à repartir... Jamais son lui de seize ans n'aurait cru que son diplôme en poche et son indépendance acquise, il serait toujours là. Et pourtant...
Il ne peut s'empêcher d'être attendri par la réponse. Daïki a du mal à s'imaginer la situation. Avoir deux chez soi... Tout ce qu'il sait, c'est que l'unique endroit où il a éprouvé ce sentiment sans jamais le remettre en cause lui manque. Alors il peut comprendre un peu.
« Content de l'entendre. Ton jeu de piste doit aider un peu non ? suppose-t-il en repensant à la photo sur le bureau de Kagami.
— Ouais... J'ai essayé de retrouver un disquaire, l'autre jour. Évidemment, ça existait plus... » Il hésite un peu et ajoute : « Mais j'ai trouvé un parc où ma mère allait souvent et j'ai écouté sa musique préférée là-bas. C'était un peu triste... mais c'était bien aussi », conclut-il pensivement.
Aomine sourit malgré son cœur qui se serre à la mélancolie qui s'invite dans le regard de son ami.
« C'est dommage pour le disquaire... Tu t'es renseigné ? Ils ont peut-être simplement déménagé.
— Possible, mais j'en doute. C'était y a longtemps et les disques c'est plus vraiment à la mode... M'enfin, c'est pas grave. Il me reste pas mal d'autres endroits à visiter.
— C'est pas faux... J'te souhaite d'y trouver ce que tu cherches alors », déclare Aomine sincère, en lui posant une main sur l'épaule qu'il presse doucement.
« Thanks... Ça me fait penser que je t'ai pas encore emmené au resto que j'ai découvert. On peut faire ça demain si tu veux. »
Aomine acquiesce souriant.
« Ouais bien sûr, quand tu veux .
— Nice. »
Kagami sourit, se sentant embarrassé tout à coup. Il se passe une main dans les cheveux et ajoute :
« Il commence à se faire tard... Peut-être que je ferais mieux d'y aller. »
Un peu surpris, Aomine laisse tomber sa main mais ne proteste pas. Il n'a pas spécialement envie de le voir partir, mais ne tient pas à retenir Kagami non plus, ça fait encore pas mal de chose à digérer et s'ils se voient demain...
« Comme tu veux, je te mets pas dehors. Mais je comprends...
— Je sais que tu me mets pas dehors, baka. »
Kagami sourit et rejoint le vestibule pour enfiler ses chaussures et sa veste. Puis, il regarde Aomine qui l'a suivi. Son cœur se met à battre très vite. Mais il laisse faire. L'adrénaline s'engouffre dans son système. Il surfe la vague. Il fait un pas en avant. Pose ses mains en coupe sur le visage d'Aomine. Un autre pas en avant... Et ses lèvres rencontrent celles du brun. Furtivement... mais pas assez pour ne pas marquer le baiser. Puis, il se recule, sourit encore au brun. Et avant de se laisser tourner la tête, il ouvre la porte, et s'enfuit pratiquement, la texture et la chaleur des lèvres d'Aomine encore imprimées sur les siennes.
Chapter Text
Sous le choc, Aomine regarde sa porte se refermer et reste planté dans l'entrée, portant ses doigts à ses lèvres sans s'en rendre compte. Quand il sort de sa léthargie après un temps indéterminé, il réalise que son rythme cardiaque ne veut pas se calmer et que sa tête lui tourne d'avoir retenu son souffle. Il a vu Kagami s'approcher, il se doutait de ce qui allait suivre, mais il s'est figé. Incapable de lui rendre son baiser, et maintenant il se sent comme un con. Kagami l'a embrassé... et il a à peine eu le temps d'en profiter. C'était trop court, ou alors il était trop occupé à analyser la situation... Certainement un peu des deux...
Alors que son corps se décide enfin à lui obéir, il sent un sourire idiot étirer ses lèvres. Il s'était fait tout un tas de films sur ce moment. Et Kagami l'a pris au dépourvu. Il n'a pas eu le temps de stresser, ni de se poser la question. Kagami l'a embrassé avec douceur, et il a aimé ça. Vraiment aimé ça. Plus que ce qu'il aurait cru.
Il récupère son téléphone abandonné sur un meuble et envoie un message au fuyard.
Aomine 21h18
Voleur...
Kagami marche vite, il court presque. La dernière scène de son passage chez Aomine se rejoue en boucle dans son esprit. Il ne regrette pas son geste, mais la peur le talonne, mélangée à une étrange euphorie. Celle d'avoir osé. Quoi qu'il arrive, il fallait qu'il le fasse. Ça, il le sait dans ses tripes. Il sait aussi qu'Aomine ne s'y attendait pas, et c'est pour ça qu'il devait le faire à cet instant précis. Il voulait prendre le risque.
Il croise des gens sans les voir, et son cœur bat toujours aussi fort. Quand son téléphone vibre dans sa poche, il tressaille comme si on venait de le bousculer. Il s’arrête et en lisant le message du brun, il éclate d'un rire joyeux et spontané, un rire de gamin.
Kagami - 21h20
Je suis même pas désolé. C'était ma façon de 'sortir de ma réserve'. À charge de revanche...
Il envoie son message, souriant, tandis qu’il repart à grands pas. Ce n'est plus la peur qui le talonne. Ce soir... l'espoir brille plus fort que tout le reste. Il voulait tenter sa chance, il se l'est enfin autorisé. Et pour l'instant, il ne veut retenir que ça... Parce que ça fait un bien fou.
Son sourire ne veut pas quitter Aomine. Il en a même mal aux zygomatiques. Un florilège d'émotions le traverse en repensant au départ de Kagami. Parmi elles, la peur. La peur de rester figé la prochaine fois aussi. La satisfaction, et le soulagement. Au moins de cette façon, il n'a pas eu le temps de paniquer, ni de reculer. Aussi, il ne peut s'empêcher d'être un peu fier de lui d'avoir passé ce cap, même s'il n'a fait que "subir" le baiser.
Et Kagami continue de le surprendre avec sa réponse. Il le provoque encore au lieu de s'excuser comme il l'imaginait. La gêne qui aurait pu s'installer se volatilise, tuée dans l'œuf et ajoute un peu d'éclat à son allégresse. Ce soir, il ne voit aucune ombre au tableau. Il a confiance.
Aomine - 21h23
T'as de la chance que je sois mis à pied :p
Compte sur moi ...
Kagami - 21h24
Je suis impatient. Essaie de te remettre de tes émotions d'ici là... ;) À demain.
Kagami ne laisse pas la place au doute ou à l'hésitation. Aomine a réagi de manière positive, et ça lui suffit pour pousser son avantage. Ce n'est pas toujours facile de parler de ses sentiments, mais au moins il peut agir. Et il a toujours du mal à croire que ça ait marché... Mais il en éprouve un bonheur profond. Il ne se sent plus le dos au mur, dans une impasse sentimentale. Il peut redevenir lui-même. Il serre son téléphone dans sa main, arrivant à son immeuble sans que le sourire ait quitté ses lèvres. Et il a comme l'impression que ce soir, il va dormir d'un sommeil profond.
Une fois chez lui, contrairement à ses habitudes, il jette ses fringues en vrac dans le salon et se met directement sous la couette. Le sommeil ne viendra pas tout de suite... Mais il a juste envie de rêvasser. Ne rien faire et laisser son esprit partir à la dérive, s'autoriser de nouveau à rêver, à fantasmer, laisser entrouvertes les portes hier encore verrouillées à double tour. Il veut juste flotter sur son petit nuage.
La tête ailleurs, planifiant déjà sa vengeance, Aomine se prépare pour la nuit. Il ne sait pas trop quoi faire de lui-même et les réflexes d'une routine ancrée prennent le relais tandis qu'il rêvasse. Il hésite à en parler à Satsuki. Mais il préfère garder ça encore un peu pour lui. Pour eux... se reprend-il en souriant de nouveau comme un gamin. Est-ce qu'ils peuvent dire qu'ils sont ensemble du coup ? De nouvelles interrogations pointent le bout de leur nez, pourtant il les accueille sans trop y réfléchir. Les rangeant dans un coin de son esprit pour plus tard. Là il préfère profiter de son apaisement. De son bonheur, s'il ose nommer son état ainsi.
Il s'échoue au milieu de son lit, incapable de s'endormir, ni de se concentrer sur quoique ce soit d'autre que Kagami.
Aomine - 21h33
Tu m'en demandes beaucoup là ...
Bonne nuit Kagami
Cette réponse fait bouillonner le cœur de Kagami, mais aucune n'est douloureuse. Il soupire, croisant les mains sous l’oreiller, et les yeux rivés sur le plafond aux ombres mouvantes. Immobile, il écoute le silence relatif des lieux, le bourdonnement de son frigo à l'intérieur, celui de la circulation à l'extérieur. Il fait le vide en lui, revisitant mentalement les derniers jours qui se sont écoulés. Parfois, il éprouve un pincement de regret ou de culpabilité, mais vu la façon dont la soirée s'est terminée, ça n'a plus aucune importance. Il rêve à Aomine, se représente son visage, ses petites manies, ses tics de langage, son odeur, sa présence qui a toujours le don de l'électriser. Il n'anticipe pas le lendemain... Il a eu bien assez d'émotions pour aujourd'hui. Et finalement, il s'aperçoit qu'il est épuisé. Bien avant son horaire habituel, le sommeil l'emporte avant qu'il ne réalise qu'il sombre.
Lorsqu'il ouvre les yeux le lendemain, Aomine se découvre sur le canapé. Petit à petit, les souvenirs de la veille se rassemblent et il se revoit investir le salon pour regarder une série, puisqu'incapable de trouver le sommeil. Il n'a cependant pas le souvenir de s'être endormi, et c'est la série qui a fini par le regarder. Il se redresse en baillant, d'autres images de sa soirée en tête. Le coin de ses lèvres se retrousse. Encore dans le brouillard, il se demande s'il n'a pas rêvé la scène qui se déroule sous ses paupières mi-closes. Il s'étire dans un grognement, son dos lui faisant payer les deux nuits de suite hors du confort de son lit. Il a intérêt de rectifier le tir s'il veut être en forme pour la randonnée qui approche.
C'est cette dernière pensée qui termine de le réveiller, déclenchant le listing de tout ce qu'il a à faire avant de partir en excursion. D'abord, un café. Histoire d'être efficace au plus vite. Son envie d'évasion est étonnamment décuplée ce matin, et son impatience entre en conflit direct avec sa flemme matinale. Alors que la cafetière coule dans un ronronnement caractéristique en rompant le silence des lieux, il se saisit naturellement de son vieux carnet pour y noter ce qui tourne en boucle. Il avait presque oublié les bienfaits de l'écriture, mais en ce moment il en ressent le besoin impératif. Même pour les choses anodines du quotidien. Il avise le nombre de pages restantes et ajoute "nouveau carnet" sur sa liste de courses, avant de savourer son millésime, l'esprit plus tranquille.
Kagami a émergé au lever du soleil et pour la première fois depuis un petit bout de temps, il s'est senti réellement reposé. Plein d'entrain à l'idée de commencer la journée, préparer la randonnée, flirter... discuter avec Aomine, il s'est mis sans tarder à la préparation du petit-déjeuner. Alors qu'il regarde l'autocuiseur à riz accomplir son office d'un air rêveur, il se remémore la fin de la soirée de la veille. Au fond, il est plutôt fier de lui. Finalement, il n'avait eu besoin que d'un petit coup de pouce pour se jeter à l'eau. Et Aomine a fait bien plus que de lui donner un petit coup de pouce. Il se retient de lui envoyer un message tout de suite, et achève la préparation de son petit-déjeuner avant de s'installer pour le manger devant l'ordinateur. Ensuite, il procède à quelques exercices physiques, quelques abdos et push-up au beau milieu de son salon, va prendre une douche, et enfin ose envoyer un message au brun. Il est encore tôt, l'autre dort sans doute encore, mais tant pis.
Kagami - 10h30
Hello. J'espère que t'as bien dormi. Je vais acheter quelques trucs pour la randonnée ajd. Hâte d'y être !
Ce n'est qu'une fois prêt à sortir que Daïki consulte son téléphone, le cœur battant. Autant d'appréhension que d'anticipation. Ne sachant pas s'il préfèrerait y trouver un message ou non. Alors quand il voit que Kagami lui a déjà écrit, une légère bouffé d'angoisse le traverse, vite estompée par le plaisir de lire son enthousiasme. Voilà pourquoi il a boudé son portable. En un clin d'œil il se fait happer par un tourbillon d'émotions qu'il n'arrive plus à endiguer. Kagami lui retourne les tripes, affole sa poitrine et l'empêche de réfléchir. Autant de sensations dont il n'a pas l'habitude et qui l'effraient un tantinet. Cependant pas assez pour le faire descendre de son nuage.
Aomine - 11h03
Hey. Ça peut aller et toi, tu as fait de beaux rêves ?
Ok, je vais rassembler ce qui faut moi aussi.
Kagami n'a pas voulu se l'avouer, mais il a attendu cette réponse dès l'instant où il a pressé la touche d'envoi de son message. Il s'emballe trop, mais il s'est déjà fait cette réflexion mille fois depuis qu'il connaît Aomine, et essayer de ralentir n'a fait que lui mettre des bâtons dans les roues. Il s'emballe, c'est parce qu'il est amoureux, c'est normal. C'est risqué, oui. Mais depuis quand est-ce qu'il fuit le risque ?
Kagami - 11h05
Aucun rêve, j'ai dormi comme une souche ;) Prépare tout bien, hein ! Parce que je vais tâcher de rester raisonnable dans mes achats.
Aomine salue l'homme derrière la vitre de la régie d'un signe et se marre en consultant la réponse, attirant un regard curieux sur lui.
Aomine - 11h07
Haha ! Tout ce que tu achètes, tu le portes ! Si ça peut aider dans tes choix...
Kagami - 11h08
Hm. Bon argument. À plus tard :)
Kagami presse le pas tandis qu'il se dirige vers la gare non loin d'ici. Juste quelques stations, et il sera au magasin d'activités en extérieur où il se fournit pour le surf. Il sait qu'il trouvera tout ce qu'il faut pour sa randonnée là-bas. Lorsqu’il pense à ses futurs achats, il se sent impatient comme un gamin le matin de Noël. Cette randonnée, ça va être une aventure, et d'autant plus qu'il va la vivre avec Aomine. Sur son téléphone, il sélectionne une musique agressive qui lui donne de l'énergie. Son casque et sa musique, c'est son bouclier en ville. Ça l'isole de l'excès de sollicitations visuelles et auditives, et c'est plus facile de se faufiler à travers la foule qui ne fait que le retarder sur le chemin de son objectif. Rasséréné par les rafales de guitare électrique, il arrive à la gare et se faufile dans la rame du train à quai avec un flot de voyageurs dont la plupart a sans doute une journée moins intéressante que la sienne.
Aomine répond brièvement à Kagami puis nerveux, il change de destinataire pour le message suivant. La réponse ne se fait pas attendre et le détend un peu. Pas de risque de le croiser. Bien, ce n'est pas qu'il veut l'éviter à tout prix, mais vu leur dernière conversation, il se doute que celle qui l'attend ne sera pas beaucoup plus agréable, alors s'il peut la retarder ça l'arrangerait. Il n'est pas très loin de sa destination, mais il s'engouffre tout de même dans sa voiture garée dans la rue. Autant déjà tout ranger dans le coffre.
Quelques minutes plus tard il se gare dans l'allée vide après avoir sonné à l'interphone et qu'on lui ait ouvert le portail. Une petite silhouette l'attend déjà sur le seuil de la maison de banlieue.
« Daïki quelle surprise ! Je ne t'attendais pas !
— Je sais désolé oba-san c'est un peu à la dernière minute.
— Ne dis pas de bêtise, tu es toujours le bienvenu ici. »
Aomine sourit en retour à sa tante qui s'écarte pour le laisser entrer. Il se déchausse et sent une vague de gêne l'envahir en constatant qu'il ne se souvient pas de la dernière fois qu'il est venu ici.
« Comment tu vas ? On s'inquiète pour toi tu sais... »
Il se masse la nuque en suivant la femme qui lui adresse un regard attestant de ses paroles. Il soupire et hausse les épaules. Il tente de la rassurer sans trop en dire, préférant écourter son passage ici au maximum.
« Ça va. C'était dur à encaisser les premiers jours mais je crois que j'avais besoin de vacances...
— Je comprends. Tu es comme ton oncle... C'est plus qu'un travail, mais il faut savoir recharger les batteries. »
À l'évocation de ce dernier, Aomine se rembrunit et ne peut s'empêcher de lever les yeux au ciel. Sa tante le remarque et lui offre une moue complice avant de lui proposer à boire.
Kagami a préparé sa liste et il est efficace. Des chaussures de randonnée, une gourde, une boussole – parce qu'on ne sait jamais – un pantalon imperméable et une veste qui l'est tout autant, une casquette en cas de soleil... Il prend aussi un peu de vaisselle de camping et de quoi dépiauter un poisson si Aomine lui en pêche un alors qu'ils sont en pleine nature. Il prend aussi un sac de couchage, une polaire... Et se réfrène. Pour le reste, il va devoir faire confiance à Aomine. Il en a déjà pour une belle petite somme et se dit qu'il va falloir prévoir des randonnées plus souvent pour rentabiliser... Mais l'idée lui plaît bien. Alors il ne réfléchit pas trop et s'autorise à être un peu impulsif alors qu'il s'apprête à passer en caisse.
Une fois dehors, il se sent comme libéré – et soulagé d'une bonne partie de son budget du mois. Il rentre chez lui, la tête déjà dans la randonnée, anticipant les paysages qu'ils vont traverser et la sensation que ça fera de respirer l'air pur dans les montagnes, et ne rien avoir qui arrête le regard... Il a l'intuition que c'est exactement ce dont il a besoin.
Lui qui avait redouté de venir, Aomine se surprend à apprécier ce moment en tête à tête. Il avait prévu de dire bonjour, récupérer ses affaires et repartir mais c'était sans compter sur la joie évidente de Sanaé Masato de le revoir et son regard de cocker déçue à l'approche de son départ. Elle évoque – sûrement à dessein se dit-il – des souvenirs qui ne manquent pas de le rendre nostalgique et ne peut refuser de partager un repas lorsqu'elle le lui propose, gagnant encore un peu plus temps.
Il se fustige mentalement d'être aussi faible. Son excès de bonne humeur peut-être, ou le fait qu'il ait toujours eu de bons rapports avec sa tante et qu'elle ne lui tient pas rigueur d'être si peu présent. Ou alors cette randonnée pour laquelle il est ici, et qui a un lien direct avec son passé, la famille cassée qui lui reste et qu'il prend soin de fuir. Comme si passer par ici, était la première étape de l'ascension.
Aomine s'astreint donc à répondre aux questions, badine sur tout et rien pour la satisfaire. S'enquiert à son tour pour prendre des nouvelles. Gardant toujours un œil sur l'horloge.
« Tu pars en randonnée alors ? Ça faisait longtemps, mais tes affaires n'ont pas bougé.
— Oui, ça va me faire du bien et après ça je verrais, j'irais peut-être voir maman.
— Oh... s'exclame sa tante, surprise. Ce serait super, je sais que tu lui manques beaucoup.
— Je sais », souffle-t-il en se levant pour débarrasser.
Sa tante le gronde et l'intime d'aller dans le garage pour récupérer ce dont il a besoin tandis qu'elle s'occupe de ranger. Ne voulant pas la contrarier, et trouvant là une belle excuse pour éviter la conversation, il s'exécute.
Il ouvre la grande porte du garage puis le coffre de sa voiture pour y déposer la tente, les matelas de fortune, deux mugs en laiton cabossés puis quelques outils qu'il pioche çà et là sur les étagères de l'établi.
De retour chez lui, Kagami est plein d'énergie nerveuse. Il range ses achats et se pose devant son ordinateur. Une bonne session d'entraînement avec ses coéquipiers, voilà qui l'aidera à se canaliser.
Depuis qu'ils se sont revus pour rencontrer Momoi, la dynamique a un peu changé dans son équipe. Ces gars timides et méfiants ont laissé tomber le masque, et l'ambiance est plus cordiale. Il est vrai qu'ils commencent à sentir le vent tourner, et que ça motive tout le monde à se donner à fond et s'ouvrir davantage aux autres. Okonomiyaki s'est révélé plus peureux que son attitude en jeu n'aurait pu le laisser prévoir, Komugi, un jeune stratège brillant, s'est montré affable et charmant, Nagato, leur sniper d'élite, leur a fait découvrir une personnalité pleine d'humour, et Hawke, qui assure le soutien dans leur équipe, s'avère plus charismatique que sa petite voix fluette et sa manie de baisser les yeux quand on le regarde en face ne le laissait présager. Kagami est heureux de les connaître un peu mieux, d'avoir franchi cette barrière invisible qui sépare les gens qui ne sont pas familiers les uns des autres, et de commencer à construire quelque chose auquel ils ont tous envie de croire. C'est même un sentiment plutôt exaltant qui attise sa bonne humeur pour la session d'aujourd'hui. Les choses semblent plus faciles, plus fluides, et il sait qu'il peut remercier Momoi pour ça, qui les a beaucoup aidés à s’ouvrir, et qui leur a présenté des solutions simples et efficaces alors qu'ils se sentaient un peu perdus dans le monde très concurrentiel de l'e-sport.
Alors, pendant quelques heures, le casque vissé sur les oreilles, les yeux suivant chaque déplacement à l'écran, communiquant avec ses coéquipiers par quelques mots brefs pour se coordonner, il s'adonne à son activité favorite et toute la tension qui l'habitait se dilue dans sa concentration intense.
Sanaé a essayé de le retenir un peu plus, mais cette fois il a su rester ferme. Il lui promet de repasser bientôt, ne serait-ce que pour ranger son attirail. Le cœur serré par l'embrassade quasi désespérée de sa tante, il quitte la maison. Avant de rentrer il passe faire les courses dont il a besoin, profitant d’avoir sa voiture pour en faire des plus conséquentes que d’ordinaire.
De retour dans son appartement, il en fait le tour pour regrouper ce qui manque. Sur la dernière étagère de sa penderie il attrape son sac et le rempli de ses accessoires, s'assurant qu'il y ait tout, fouillant bien chaque poche. Un sourire doux étire ses lèvres lorsqu'il dépose son paquetage près de la porte. Il se penche un peu et du bout des doigts, il caresse les badges ornant le tissu râpé de son sac de voyage. Encore une fois, il se laisse entraîner vers de vieux souvenirs que les petits boutons colorés ravivent. S'en apercevant, il secoue la tête et les laisse dans l'entrée, sachant avec certitude qu'ils reviendront de toute façon lui tenir compagnie pendant la marche.
Il avise l'heure et se décide à prendre une bière dans son frigo, puis s'installe dans son canapé. Après avoir checké mentalement les cases de sa liste de chose à faire, il s'autoriser à se détendre.
Aomine - 17h48
Alors tu as dévalisé le magasin ?
Il est plus de 20h quand Kagami déconnecte de Discord. Il se renfonce au fond de son siège et s'étire longuement, les bras bien levés en l'air, avant de bâiller à s'en décrocher la mâchoire. Il n'a plus aucune nervosité en lui, il est juste crevé. Il jette un coup d'œil à son portable et son cœur bondit quand il voit un message d'Aomine, auquel il s'empresse de répondre.
Kagami - 20h11
Hey ! Je sors de ma session d'entraînement avec les gars. J'ai fait un trou dans mon budget mais j'ai refréné mes achats compulsifs. Au moins je suis bien équipé ! Et t'as intérêt à pêcher parce que je vais pouvoir faire un super plat de poisson même paumé en pleine nature.
Aomine est justement en train de préparer quelques appâts lorsque son portable annonce l'arrivée d'un message. Il sourit à son écran en pianotant sa réponse.
Aomine - 20h12
Ouais... ça peut vite monter, pour ça que je t'ai dit de prendre que le minimum. Mais bon... si c'est pour me préparer un festin pourquoi t'en priver ! ;)
Kagami est parti pour aller s'ouvrir une bière quand il se rappelle soudain quelque chose qu'il a dit la veille. Aussitôt, il retourne à son téléphone et renvoie un message.
Kagami - 20h14
À propos de festin... T'as déjà mangé ? Parce ma proposition vaut toujours pour aller à ce resto dont je t'ai parlé :)
Aomine - 20h16
J'ai failli croire que t'avais oublié ! Chez toi dans 15 min ou rdv là-bas ?
J'ai la dalle...
Kagami -20h16
Chez moi ça sera plus simple. À toute.
Soudain dans l’urgence, le tigre renonce à sa bière pour aller se changer. Il choisit la chemise "atout charme" qu'il a revêtue pour rencontrer Momoi, avec sa couleur rouge qui fait ressortir ses yeux. Puis, il enfile son jean noir le plus ajusté et file dans la salle de bain pour tenter de mettre de l'ordre dans sa chevelure. Toute sa nervosité est revenue, mais c'est le genre de sensation qui lui donne de l'adrénaline. Ce soir, c'est le genre de soir où il voit plutôt des possibilités et non des obstacles, où ses insécurités reculent pour laisser davantage de place à un joyeux "pourquoi pas".
Il termine ses préparatifs par un coup de déo, puis s'observe dans le miroir. Son reflet le satisfait. Il a l'air volontaire, il est plutôt séduisant dans cette tenue. Le gamin renfermé sur lui-même s'est fait discret, laissant un peu plus de place au jeune homme qu'il est devenu, qui lutte pour se faire une place dans ce monde. Il hoche la tête à l'intention de l'image dans le miroir, s'encourageant mentalement. Tout va bien se passer.
Ravi de la réponse, quoique soudain un peu affolé par le timing, Aomine abandonne ses hameçons pour aller se changer. Il troque sa tenue confortable d'intérieur pour son style de prédilection. Un jean foncé grunge, son t-shirt à manches longues fétiche, le blanc, celui qui est cintré. Il se coiffe rapidement avec un peu de cire, et ajoute une touche de parfum. C'est en exécutant ce geste qu'il réserve d'habitude aux occasions spéciales que Daïki prend conscience de sa nervosité. Est ce qu'il peut considérer ce restau de dernière minute comme un rencard ? Il avise sa tenue qui répond pour lui mais ne prend pas le temps d'y réfléchir ou de changer de vêtements au risque d'être en retard.
Et cette dernière pensée l'achève. Fuck... Aomine Daïki qui a peur de faire attendre. Manquait plus que ça. Son rythme cardiaque accélère lorsqu'il enfile sa veste en cuir. S'il aime bien se faire désirer par les femmes qu'il prend la peine de sortir, il ne s'imagine pas une seconde faire poireauter Kagami. Au contraire, il a hâte de le voir.
Chapter Text
Kagami tourne en rond en attendant l'arrivée du brun. Il n'a plus rien à faire, alors il tente un peu de ménage même si c'est inutile. Il espère qu'Aomine ne sera pas en retard... Mais à sa grande surprise, il entend frapper à sa porte alors qu'il commence à peine sa poussière. Il repose son plumeau et se lave rapidement les mains avant d'aller ouvrir.
« Hey, t'as fait vite. Cool, je suis affamé aussi », dit-il avec un sourire qui lui paraît trop grand, mais tant pis.
Aomine n'avouera pas qu'il a presque couru, juste pour donner à son cœur une bonne raison de s'emballer. Mais quand Kagami apparaît dans l'embrasure de la porte, ce traitre de muscle lui rappelle avec violence que son pseudo footing n'a rien à voir avec son euphorie. S'il avait des doutes, impossible de nier l'effet que Kagami lui fait en cet instant. Preuves supplémentaires s'il en faut, son regard qui le détail comme s'il le rencontrait pour la première fois et ce silence qui s'éternise.
« Sympa la chemise... » Finit-il par articuler.
Kagami rougit un peu sous le regard inquisiteur d'Aomine, et esquisse un sourire à son compliment, à la fois content et gêné.
« Thanks... » Il ouvre la porte en plus grand pour le laisser passer. « Laisse-moi juste prendre mes affaires, et on peut y aller ! »
Aomine entre mais ne s'avance pas dans l'appartement. Il garde ses mains trop moites dans ses poches le temps de se calmer un peu. Il a beau être déjà sorti avec Kagami, ce soir il se sent fébrile. Tandis qu'il l'attend dans l'entrée il tente de se rassurer. Ça reste Kagami, pas de quoi s'en faire une montagne. Si ?
« Il aura de la place tu penses ? Il fallait peut-être réserver…
— Oh, nan, pas dans ce genre de resto. C'est un petit resto de quartier comme y en a tant d'autres, ça m'étonnerait que ce soit plein. »
Kagami va refermer sa fenêtre, attrape ses clés et sa veste, puis enfile ses chaussures.
« Let's go ! »
Ils n'en auront pas pour longtemps à rejoindre l’établissement, quelques stations de métro et un peu de marche. Le temps de discuter un peu du menu, Kagami s'imaginant déjà ce qu'il voudrait tester. La carte est assez rudimentaire, mais d'après ce qu'il a goûté l'autre jour, la cuisine compense bien le peu de variété.
Aomine se laisse guider à travers les souterrains et la bonne humeur de Kagami le déleste peu à peu de son trac. Il n'est pas là pour prouver quoique ce soit après tout. Juste partager un bon repas dans un endroit qui compte pour son crush. Il essaie de ne pas faire attention à la foule qu'il y a encore dans les rues malgré l'heure tardive, comme il en a l'habitude. Pourtant, c'est un exercice beaucoup moins facile ce soir. Et bien qu'il se foute royalement de l'avis d'autrui, une part de lui ne peut s'empêcher de se demander ce qu'ils pensent à les voir ensemble. Parce qu'il a l'impression dérangeante que ce qu'il ressent est écrit sur son front, que tout le monde peut lire la façon dont il regarde Kagami qui rayonne plus que jamais.
Le restaurant se situe dans une ruelle qui les éloigne de l'agitation des grands boulevards, son entrée signalée par une ribambelle de petits lampions blancs. À l'intérieur, c'est tout aussi calme, il n'y a que quelques clients qui discutent dans leur coin et ne font pas attention à eux. Le propriétaire en revanche leur fait signe depuis sa cuisine, son sourire s'élargissant lorsqu'il reconnaît Kagami. Il les invite à s'asseoir où ils le désirent, et par réflexe, le rouge se dirige vers l'endroit où il s'est installé la dernière fois, la place qu'occupait sa mère sur la photo. Ça le trouble un peu quand il le réalise, car cette fois il n'est pas seul, mais quelque part, ça lui semble naturel et juste, comme si c'était la bonne chose à faire. Il pose sa veste sur le dossier et s'assoit, souriant à Aomine.
« Tu vois, c'est tout calme. On sera tranquilles. »
Aomine acquiesce en silence en s'imprégnant de l’ambiance des lieux. C'est chaleureux et chargé de cette atmosphère particulière qu'ont les endroits pleins d'histoires. Avec du vécu. C'est rare dans une grande ville en perpétuelle évolution, assez pour être noté et apprécié à sa juste valeur.
« J'aime bien cet endroit, déclare-t-il d’un ton bas pour ne pas briser l'ambiance paisible des lieux.
— C'est vrai ? s'illumine Kagami. Cool. J'aime bien le côté intimiste et traditionnel. Tout va à l'essentiel. »
Et en parlant d'essentiel, il s'empare du menu pour trouver ce qui va sustenter son estomac affamé.
« Ouais... on dirait un peu une capsule temporelle », assure Aomine avec un sourire.
Puis, il imite son vis à vis et survole le menu dont il avait déjà une idée de la teneur. Il profite que Kagami soit concentré sur sa carte pour l'observer à la dérobée. Un léger sourire fleurit sur ses lèvres face à sa mine indécise. Un mouvement dans sa vision périphérique le tire de sa contemplation silencieuse et il avise le vieil homme qui s'approche d'eux tout sourire.
« Bonsoir, Kagami-san, salue le propriétaire en s'inclinant vers le rouge. Je suis heureux de vous revoir. Et bienvenue à votre ami, ajoute-t-il en s'inclinant de même.
— Merci... J'ai été bien accueilli et j'ai bien mangé, alors je ne pouvais que revenir ! répond Kagami en souriant, un peu gêné par cet accueil qui en même temps lui fait chaud au cœur.
— Merci, j'ai hâte de goûter votre cuisine. J'en ai entendu beaucoup de bien », confie Aomine en glissant un regard entendu du côté de Kagami.
Le vieil homme rit un peu, visiblement ravi, et Kagami s'empresse de commander une bière et des takoyakis accompagnés de riz, ainsi qu'un ramen au porc.
Le brun ajoute une bière à la liste, un assortiment de gyozas en entrée et le plat qu'avait pris Kagami la première fois. Leur commande prise, le gérant leur laisse de quoi picorer en attendant.
« Il a vraiment l'air content que tu sois revenu, fait remarquer Aomine, amusé par l'enthousiasme du vieillard.
— Ouais, je m'attendais pas forcément à ce qu'il se souvienne de moi... rit Kagami. Remarque, ça doit pas être tous les jours non plus qu'il prend des clients en photo !
— Il se souvenait de ta mère... comment il aurait pu t'oublier ? demande-t-il dans un ricanement incrédule.
— Ouais, vu comme ça... » Il s'écarte un peu tandis que le vieil homme revient avec leurs bières et les dépose sur la table. Il s'empare de la sienne et trinque avec Aomine. « Eh ben... à un bon repas, j'imagine ! »
Aomine acquiesce, et déguste sa bière avec appréciation. Puis il se cale sur le dossier de sa chaise pour contempler le restaurant plus en détail, cherchant des morceaux de vies oubliés çà et là sur les murs. Il remarque une famille attablée plus loin et à leur façon d'être, pas si différente que s'ils étaient dans leur propre salle à manger, il les devine habitués de l'établissement. Cette vision entraîne ses pensées vers la mère de Kagami. Il se demande si elle l'aurait emmené ici un jour, si elle avait pu.
Kagami sirote sa bière en observant Aomine à la dérobée, il semble content d'être ici et moins nerveux que lorsqu'il est arrivé à son appartement. C'est vrai que cet endroit a quelque chose d'apaisant.
« Toi qui aimes pas trop cuisiner, tu vas souvent au resto ? demande-t-il au brun, curieux.
— Pas tant que ça. Comme je suis plutôt en décalé, j'arrive souvent en fin de service.
— Ouais mais y a les jours de repos aussi ! Moi j'y vais de temps en temps... Pour découvrir des trucs et trouver de l'inspiration aussi !
— J'avoue que ça ne m'a jamais traversé l'esprit. Je suis plutôt du genre à commander. Comme je suis dehors la plupart du temps, quand je suis chez moi, j'aime bien y rester. Mais je suis content d'être là et de découvrir de nouveaux endroits, assure-t-il avec un sourire. C'est juste que tout seul, j'y vois pas trop l'intérêt.
— Tous les restos livrent pas, donc l'intérêt, c'est la bouffe ! » souffle Kagami en levant les yeux au ciel, consterné devant cette incapacité à voir l'évidence. « Mais bon, heureusement que t'es content d'être là, sinon la prochaine fois, j'invite Momoi ! » ajoute-t-il d'un air taquin.
Aomine se marre, prenant tout de même la menace très au sérieux.
« Nan ça va, tu sais que j'aime la bouffe en plus ! C'est juste de la flemme. Mais une bonne compagnie pourrait me motiver... affirme-t-il sur le même ton, regard à l'appui.
— Je vois... » rigole Kagami, amusé par ce regard séducteur. Il n'a pas trop l'habitude qu'on le drague, il voit bien que c'est naturel pour Aomine, mais en même temps il le fait d'une manière probablement pas aussi experte qu'il le croit. Mais comme il est charmant et effectivement séduisant...
« Je note, alors. Toi tu m'emmènes dans des coins perdus en rando, moi au resto et au surf ! »
Aomine lève son verre à cette déclaration, scellant l'accord d'une rasade de mousse. Faire rire Kagami lui tire un sourire satisfait. Son trac s'est évaporé dans les volutes de saveurs qui flottent dans la pièce. Remplacé par ce sentiment de plus en plus familier de plénitude, contaminé par l'aura sereine de son voisin. L'intimité des lieux l'aide aussi sûrement, et il repousse les inquiétudes que cette idée fait ressurgir. Il s'y attardera plus tard, il préfère se focaliser sur ce qui les attend bientôt.
« Dis-moi, est ce que tu as déjà pêché ?
— Jamais, dit Kagami en s'essuyant les lèvres d'un revers de la main. Pourquoi, tu comptes m'apprendre ?
— Si ça te dit. Ça pourrait te servir si tu te perds en pleine cambrousse un jour.
— Mais faudrait que je me balade tout le temps avec me canne à pêche, réfléchit Kagami en faisant la moue.
— Un détail... » balaie Aomine d'un geste, levant les yeux au ciel.
Kagami se demande s'il doit en déduire qu'Aomine se balade partout avec une canne à pêche, et l'idée le fait rire. À ce moment-là leurs plats arrivent, et il remercie le vieil homme tandis qu'il se penche vers la nourriture, alléché par l'odeur des bols fumants.
Les portions généreuses et le fumet délicieux le font saliver. Dans un grondement impatient, son estomac lui rappelle combien il a faim, et sans plus attendre il s'empare d'un beignet aux légumes et l'enfourne presque entièrement. Évidemment, il se brûle dans la manœuvre et ignore le regard moqueur de Kagami en plongeant dans son verre pour éteindre le feu sur sa langue.
Kagami attaque son repas avec un peu plus de prudence mais tout autant d'appétit. Il mâche avec enthousiasme et reste silencieux quelques minutes, profitant des saveurs simples, franches et parfaitement équilibrées.
« Ouais... Je confirme ma première impression. Il est vraiment bon ce resto », constate-t-il.
Le brun savoure ses plats, il se régale lui aussi. Cependant, le dernier repas que son cuisinier préféré lui a préparé lui reste en tête. Mais il note l'avis de Kagami, plus expert que le sien. Ce n'est pas comme s'il avait beaucoup de point de comparaison.
« C'est vrai, et c'est généreux ! Il fait partie de ton top alors, toi qui fais beaucoup de restaurants ?
— Probablement, mais je suis pas vraiment objectif... Celui-ci a clairement une valeur sentimentale, ajoute-t-il avec un léger sourire.
— Je comprends... Mais je pense pas que tu te trompes. Ça n'a rien à voir avec le premier restau qu'on a fait, assure-t-il avant de prendre une nouvelle bouchée.
— Ouais, c'est vrai. Je suis content que tu aimes en tout cas. »
Il sourit, ça lui fait vraiment plaisir, pouvoir passer du temps avec le brun et partager un bon repas, surtout ici où il a non pas vraiment des souvenirs, mais un attachement un peu indéfini. C'est une façon de consolider ses liens avec Aomine, sans pression et en toute simplicité.
« Oui beaucoup. Merci pour la découverte. »
Aomine lui sourit en retour, attendri. Sans qu'il n'ait à le dire, il comprend que c'est important pour Kagami et il s'en trouve touché. Il aime aussi la symbolique de cet endroit pour leur "nouveau départ". Son ami peut être pleinement lui-même maintenant qu'ils ont parlé de ce qui les hantait, et ici, où il a trouvé un petit morceau de son histoire, ça prend tout son sens. Il réalise alors qu'il en sera de même pour lui sur le sentier de randonnée qu'ils vont arpenter. Et ça le fait sourire. Sans même le savoir, il avait déjà prévu de se dévoiler entièrement en proposant de cette excursion. Ça l'effraie presque de constater à quel point il a pu être aveugle.
« Alors c'est quoi ton plat préféré ? demande Kagami en continuant la thématique cuisine. Et les desserts ? Et la cuisine étrangère, y a des trucs que t'aimes bien ?
— T'es bien curieux », s'amuse le brun avant de répondre le plus sérieusement du monde : « Poulet teriyaki, sans hésiter. En dessert, je suis pas difficile mais la forêt noire... j'ai pas encore trouvé mieux. Quoique les mochis maison... me demande pas de choisir ! s'affole Aomine, le cœur déchiré en deux rien qu'à l'idée. Et la cuisine étrangère... la pizza ça compte ?
Kagami éclate de rire, ravi de voir qu’Aomine peut prendre les choses à cœur quand il s’agit de nourriture.
« Ouais, j'imagine que ça compte... Hm... Je sais pas faire de forêt noire, mais je chercherai la recette. Par contre quand j'y pense, je sais faire des pizzas, si t'en veux maison un de ces quatre. »
Le rouge a les yeux qui brillent en imaginant leurs futurs repas. C'est vrai qu'il aime cuisiner et manger mais ça a toujours une saveur particulière quand c'est partagé, et puis, il a envie de faire plaisir au brun.
« Sérieux ? Et tu sais faire quoi d'autres comme plats exotiques ?
— Hm... Je sais faire des éclairs. Quelques autres plats italiens, comme des risottos ou même des pâtes maison... Des tartes au citron... Le poulet frit à l'américaine... Pas mal de trucs, en fait, conclut Kagami, satisfait.
— Kagami... si tu comptes me faire goûter tout ça, il va falloir qu'on joue plus souvent si je veux garder la forme. À moins que m'engraisser ne fasse parti de ton plan machiavélique pour pouvoir me battre... s'inquiète Aomine, faussement suspicieux.
— Comme si j'avais besoin de ça pour te battre ! s'esclaffe Kagami. Mais j'admets que va falloir maintenir un bon rythme en sport si tu veux garder ta silhouette d'athlète. Moi j'ai un métabolisme rapide, donc en général je m'en sors bien, mais tout le monde a pas ma chance, fanfaronne-t-il.
— Frimeur... marmonne Aomine. Je sais pas ce qu'il en est de mon métabolisme, j'ai toujours fait assez de sport pour compenser. Mais j'imagine qu'un peu plus ne fera pas de mal. Surtout qu'on avait déjà prévu de passer plus de temps ensemble... » souligne le brun en retournant à son plat.
À ces mots, Kagami perd un peu de sa belle assurance tandis qu'il se sent rougir. Passer plus de temps ensemble... Une expression anodine, mais qui déclenche une anxiété impatiente, ou une joie teintée de peur, ou une envie remplie d'appréhension... ou tout ça à la fois.
« Yeah... Et comme on est tous les deux sportifs... je me fais pas trop de soucis pour ta ligne » dit-il rapidement entre deux bouchées.
Aomine ne laisse rien paraitre et se contente de savourer son repas. C'est vrai qu'ils en ont parlé dans un contexte différent mais cette perspective semble toujours d'actualité. Étrangement, ce soir elle prend un peu plus de poids, ravivant sa nervosité. Comme si le cadre extérieur et le ton sur lequel ils l'évoquent cette fois-ci rendaient le tout plus sérieux et plus concret. Son ventre se noue d'anticipation en imaginant déjà leur prochain match.
Kagami a terminé son ramen et s'attaque à ses takoyakis qu'il trouve divins. Il n'a pas le souvenir d'en avoir mangé de tels depuis une éternité. Il savoure, son anxiété redescendant un peu grâce à ce plat réconfortant. Il observe Aomine à la dérobée – ou plutôt, il l'admire à la dérobée, remarquant une nouvelle fois la finesse de ses traits, la façon inconsciemment élégante dont il bouge, la note sérieuse dans ses yeux d'un bleu sombre, les nuances caramel alléchantes de sa peau...
De nouveau, Kagami détourne le regard et se concentre sur sa nourriture, le cœur battant. La présence du brun près de lui l'électrise, d'autant plus maintenant qu'il s'autorise à ressentir tout ça. Il se sent un peu impressionné, comme un gamin à son premier rendez-vous, anxieux de plaire et embarrassé à l'idée de dire ou de faire quelque chose qui aurait l'effet contraire.
Il se rappelle l'un des buts premiers de cette sortie : continuer à se découvrir... Alors il reprend la conversation avec une question.
« Au fait, tu m'as pas raconté comment t'es tombé dans le basket ? Vu que c'est pas un sport si populaire que ça au Japon... »
Perdu dans ses pensées, Aomine est d'abord surpris par la question. Puis il sourit en réalisant qu'il pensait justement au basket. Il se redresse et se cale sur sa chaise de façon à pouvoir regarder Kagami bien en face. Un coude sur le dossier, il l'observe un instant en silence puis se passe une main dans les cheveux dans un ricanement amusé.
Il y a longtemps que personne ne lui a posé la question. Et puis le basket fait tellement parti de lui aujourd'hui qu'il a un peu du mal à croire qu'un jour il a pu vivre sans. Et pourtant... il n'est pas né avec un ballon entre les mains.
« C'est drôle comme tournure de phrase... En fait, c'est plutôt le basket qui m'est tombé dessus. Littéralement, affirme Aomine, immergé dans son souvenir. On rentrait de l'école à pied avec Satsuki et ce jour-là, le terrain de notre quartier était occupé. Comme souvent, je ne regardais pas vraiment où j'allais et j'ai pas fait attention. J'ai reçu un ballon en pleine tête. Assez fort pour me faire tomber. Les gamins plus vieux qui nous accompagnaient ont filé pour prévenir ma mère. En attendant, les lycéens qui jouaient nous ont surveillé après s'être assuré que j'avais rien et pour se faire pardonner, ils m'ont laissé essayer de dribler. J'arrivais à peine à faire rebondir le ballon à une main, je me souviens qu'il me paraissait énorme à l'époque... pourtant ça a été le coup de foudre. Quand ma mère a débarqué en panique, elle pensait me trouver en pleurs, les genoux écorchés, pas en train de rire et de courir. »
Se remémorer cette histoire lui fait chaud au cœur et un sourire irrépressible se peint sur son visage. Depuis ce jour il avait continué de s'arrêter au terrain pour jouer avec les plus grands après l'école, Satsuki aux premières loges.
Kagami rit un peu à l'écoute de cette histoire, qui bizarrement ne l'étonne pas tant que ça. Il se représente parfaitement la scène et ne peut s'empêcher de s'attendrir devant le petit Aomine de son imagination. Et quand la silhouette enfantine s'efface devant l'homme qu'il a devant lui, il est captivé par son sourire.
« Je vois... On pourrait appeler ça un signe du destin, si on croit à ces trucs-là. »
Le brun rit franchement cette fois, le visage de Shin s'imposant à lui. Son vieil ami lui avait dit quelque chose dans le genre, mais il n'est pas certain d'y croire. Il hausse les épaules.
« Ouais possible. Mais peu importe le pourquoi du comment. Sans ça, je ne pense pas que j'aurais eu l'occasion de m'y intéresser et sans le basket ... j'ai du mal à imaginer qui j'aurais pu être. »
Kagami hoche la tête, essayant d'imaginer sa propre vie sans basket. Ça ne semble guère avoir de sens, il a toujours eu ce sport dans sa vie. C'est une passion autant qu'un exutoire, et une activité qui lui a beaucoup appris sur lui-même et sur autrui.
« Ouais... Je vois pas trop non plus. Peut-être que je ferais plus de surf... Mais le surf c'est pas pareil, c'est un sport solitaire, alors... ça apporte pas la même chose », réfléchit-il à voix haute.
Aomine acquiesce. Il sait que Kagami a un rapport au basket similaire au sien et qu'il peut le comprendre là où d'autre ont eu du mal. C'est plus qu'un jeu ou qu'un sport amusant. C'est toute une mentalité, un esprit et des valeurs qui l'ont complètement façonné.
« C'est sûr. Et même si c'est un sport d'équipe, on peut s'amuser aussi en solo. »
Et heureusement, ajoute-t-il pour lui-même. Si non, il aurait eu à traverser des heures bien plus sombres et bien plus solitaires que ce qu'il a connu. Même sans coéquipiers, sans adversaires, il y avait toujours un ballon à portée pour lui tenir compagnie et un panier quelque part pour encaisser ses humeurs.
« J'ai choisi mon quartier parce que y avait un terrain... avoue Kagami. On en trouve pas partout ! Et puis c'était pas cher aussi, ajoute-t-il en riant.
— Je note tes priorités, s'amuse Aomine de la confidence.
— Y avait aussi la cuisine. La mienne est petite, mais t'imagines pas les horreurs qu'on peut trouver. Sans doute conçues pour des gens comme toi qui ont jamais rien dans leur placard ! s'offusque Kagami rien que d'y penser.
— Hé ! Je m'améliore je te ferais remarquer ! » s'indigne Aomine avant de lancer : « Toi qui aimes tant découvrir de nouveaux restos, ça t'aurait pourtant fait une excuse toute trouvée.
— Ouais mais j'aime pas que la bouffe, j'aime cuisiner aussi ! Franchement, ça me déprimerait de pas pouvoir cuisiner chez moi...
— Et récurer ton évier ensuite... » se moque le brun.
Kagami lui envoie un regard noir devant cette moquerie éhontée à laquelle il choisit de ne pas répondre, non par maturité, mais parce qu'il ne trouve aucune répartie. Il se contente donc de grogner et continue son repas.
Aomine ne peut s'empêcher de rire face à sa réaction. Il s'aperçoit qu'il aime autant leurs joutes verbales que le moucher. Ok, le côté maniaque de Kagami, sujet sensible. Ce n'est pas la première fois que son ami se renfrogne lorsqu'il titille ce point précis. Il l'imite, préférant ne pas insister, mais il voit là quelque chose d'important à creuser. De peur de le braquer, il demande d'un ton plus curieux que taquin cette fois :
« Tu as toujours été aussi exigeant ? Avec la propreté et tout le reste je veux dire »
Kagami relève la tête, un peu surpris par la question.
« Oh euh... Je suppose, ouais. » Il réfléchit un instant en mastiquant sa bouchée, puis reprend : « J'ai jamais été bordélique, en tout cas. J'imagine que j'ai appris comme ça et c'est juste ce qui me semble naturel. »
Aomine l'observe. Penchant un peu la tête à cette réponse pour en saisir toutes les subtilités. Ça en dit long sur Kagami. Il sent là plus que le désir ou le besoin d'avoir un intérieur propre. Quand pour lui ce ne sont que de simples corvées, c'est bien plus ancré chez son ami. Plus de l'ordre de la nécessité. Il parierait qu'il est du genre à ne pas pouvoir se concentrer si son environnement est en désordre.
« Je vois.
— Ça te dérange ? interroge Kagami, saisi d'un doute tout à coup.
— Non pas du tout, j'aime bien tes tocs, le rassure-t-il. Moi je suis plutôt du genre bordel organisé donc j'ai du mal à saisir c'est tout.
— Je crois pas que c'est le genre de trucs qu'on peut comprendre. Par exemple, y a des gens qui adorent le baseball... » Kagami hausse les épaules. « Les gens sont bizarres, et toi et moi parmi eux », conclut-il.
La comparaison le fait rire.
« T'as raison... J'ai jamais rien compris à ce jeu.
— Moi non plus. Pourtant c'est plutôt populaire aux USA. Tatsuya a déjà essayé de m'expliquer... Mais j'crois que j'ai jamais écouté jusqu'au bout.
— Je te crois sur parole, s'amuse-t'il en visualisant la scène. Par contre... je savais pas que je faisais partie des gens bizarres.
— Vraiment ?! » Kagami éclate de rire. « D'après toi tu es 100 % normal ?! »
Aomine relève ses baguettes dans un geste désinvolte, mimant la réflexion, cherchant en quoi il peut être aussi détraqué que les fans de baseball...
« Bah... peut-être pas 100% mais j'dois pas en être si loin...
— Tu ressembles à personne que je connais, en tout cas », déclare Kagami avant de boire la fin de sa bière tout en l'observant.
Le brun hausse un sourcil sceptique, puis décide de le prendre comme un compliment. Ses yeux s'embrasent dès lors qu’ils rencontrent ceux de Kagami et son sourire se pare d'une arrogance à peine surjouée.
« Oh d'accord... Si par bizarre tu veux dire hors norme ou exceptionnel, alors oui, je suis loin d'être normal... »
Heureusement, Kagami a terminé sa bière, ce qui lui évite de devoir la recracher en riant.
« Ah ouais, je vois. Rien que ça. À côté de ta grandeur, mes petites manies sont bien misérables. Je me rends compte que ça va être dur de vivre si proche du soleil. »
Content de lui Aomine offre son sourire Colgate à Kagami et clin d'œil. Il fait l'idiot sûr de lui mais au fond, son cœur bat la chamade. Il se serait attendu à se faire rembarrer, mais non. Il a même droit à de nouvelles éloges, enfin s’il oublie le sarcasme dont elles sont teintées.
« Je serais pas allé jusqu'à me comparer au soleil mais... c'est pas moi qui l'ai dit. Et puis t'as vécu à Los Angeles, tu dois avoir l'habitude.
— Je sais pas, je trouve que le soleil à L.A. est moins... présomptueux » continue à railler Kagami. Il secoue la tête en souriant et s'attèle à terminer ses takoyakis.
Aomine lève les yeux au ciel pour la forme. Content que Kagami entre dans son jeu. Il joue le rôle qu'il aime se donner, mais il n'est pas assez suffisant pour penser sincèrement ce qu'il dit. Il termine son repas dans l'atmosphère détendue, nourrissant l'espoir secret d'un jour coller à l'image qu'il se donne.
Alors qu'ils finissent leurs bols, Kagami demande :
« Tu prends un dessert ?
— Hum ouais je pense que je vais me laisser tenter. »
Kagami regarde la carte d'un air pensif.
« Ouais, moi aussi. Pourquoi pas des dorayaki. »
Les petites crêpes fourrées aux haricots rouges ne sont pas des plus légères, mais... Il a encore de la place.
Aomine penche plutôt pour quelque chose de plus sucré et plus léger à base de glace. Il a mené la vie dure à son estomac récemment et il ne voudrait pas le contrarier avec une overdose de nourriture.
« Je vais prendre un kakigori », choisit-il en faisant signe au gérant pour passer leur commande.
Celui-ci s'approche et s'enquiert de la qualité leur repas, et sourit en hochant la tête aux nombreux compliments que lui adressent les deux jeunes hommes. Il prend leur commande et emporte leurs plats paisiblement, juste avant de réapparaître avec de nouvelles bières.
« C'est la maison qui offre, déclare-t-il.
— Oh, merci, proteste Kagami, mais ce n'est pas la peine de...
— J'insiste, dit le vieil homme sans se départir de son sourire bienveillant et tranquille.
— Dans ce cas... Merci beaucoup », murmure Kagami en rougissant un peu, touché et embarrassé par sa gentillesse.
« Je crois qu'il veut que tu reviennes », déclare Aomine avec un léger rictus.
Il trouve l'embarras de Kagami touchant en goutant à sa bière gratuite. Quand il rosit comme ça, il le trouve plus vulnérable, et il s'aperçoit qu'il aime bien cette couleur sur ses joues. Même s'il préfère quand c'est lui qui provoque ce changement de teinte.
« Yeah... J'ai ramené quelqu'un cette fois en plus ! Mais je suis content d'être revenu aussi... Et aussi de partager ce dîner avec toi », avoue-t-il en plongeant le nez dans sa bière.
Jusque-là, il s'est retenu du moindre contact avec Kagami, le souvenir de sa dernière tentative de rapprochement encore un peu amer. Pourtant l'impulsion du moment est trop forte... Alors il presse brièvement son genou sur celui de son vis à vis lorsqu'il souffle :
« Je suis content aussi, je me sens honoré sachant ce qu'il représente pour toi. »
Kagami relève les yeux et lui sourit, son cœur bat un peu plus vite en sentant son genou contre le sien.
« Tu m'emmènes en rando à un endroit qui te rappelle des souvenirs... Alors c'est normal que moi aussi je partage. »
Aomine ne peut que sourire en réponse. Heureusement il est sauvé par l'apparition de leurs desserts qu'il entame avec enthousiasme après avoir remercié le propriétaire. Un gémissement de gourmandise lui échappe à la première cuillère et poursuit avec que plus d'entrain.
Kagami reste quelques instants fixé sur le brun et sur sa dégustation un peu trop sensuelle pour qu'il puisse feindre l'indifférence à temps. Puis, il se dépêche de baisser les yeux sur son propre dessert et de l'enfourner à toute vitesse en espérant qu'Aomine n'ait rien remarqué.
L'envie de plaire à Kagami est une des vérités qui l'ont poussé à se remettre en question. Flirter avec lui ouvertement lui procure la sensation grisante de jouer avec le feu. Pourtant, sentir son regard brûlant qui le détaille comme s'il était le dessert qu'il attendait après une semaine de jeûne a le don de le faire transpirer. De gêne, de peur, il ne saurait dire. Il a l'habitude des jeux de regards, d'attiser la convoitise, d'être déshabillé des yeux. Mais l'intensité de Kagami le consume. Heureusement son dessert glacé l'empêche de fondre de l'intérieur, mais le contraste n'en est que plus évident. Il connait cette chaleur, il la connait très bien... Et bien qu'il ait sincèrement envie d'explorer ce qui se passe entre eux, ça reste totalement déroutant de l'éprouver pour un homme. Alors qu'avec une femme il aurait sauté sur l'occasion pour jouer de ses charmes et évoquer son propre désir, là, il fait profil bas. Feignant de ne rien avoir remarqué, espérant que son teint mat parvienne à masquer ses joues échauffées.
Kagami avale son dessert en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et au moins, à présent que son estomac est bien rempli, il a l'impression de retrouver un peu ses moyens. Il reprend sa bière et évite de trop regarder Aomine qui n'a pas encore fini. Il a chaud et ce n'est pas seulement l'effet de la bière et du bon repas. Il ne sait pas si Aomine a conscience de le troubler. Comme toujours, c'est ambigu. Parfois il a l'impression qu'il en joue, parfois il semble s'en tenir rigoureusement à l'aspect amical de leur relation. Il essaie de ne pas trop s'attarder là-dessus : le brun a été clair sur sa confusion et Kagami ne veut pas le presser. Au moins, il a accepté son baiser la veille, et depuis il ne lui a envoyé aucun signal qui pourrait lui laisser croire qu'il le regrette. Il faut qu'il arrête de gamberger.
Il boit rapidement le reste de sa bière et demande :
« Alors ce dessert ? Aussi bon que le plat ? »
Aomine redresse le nez et ose un regard en coin vers Kagami qu'il trouve nerveux. Ce constat a le mérite de le rassurer sur son propre état. Il n'est peut-être pas le seul à être submergé et Kagami lui tend une perche bienvenue pour sortir de sa torpeur et de ses inquiétudes.
« Pile ce qu'il fallait ! Je te demande pas pour le tien... » s'amuse-t'il en désignant du menton son assiette vide.
Kagami rit un peu se passe une main nerveuse dans les cheveux.
« Yeah... Tu commences à me connaître, je mange beaucoup... Et en plus effectivement c'était très bon. » Il jette un coup d'œil à son portable et s'entend proposer avant d'y avoir réfléchi : « Tu veux aller boire un verre chez Kuroko après ? »
Aomine tique à la proposition. Son esprit s'emballe et s'imagine tout un tas de scénarios plus ou moins vraisemblables mais dans aucun desquels Kuroko ne l'épargne. Il aimerait bien prolonger la soirée, mais s'il pouvait éviter d'avoir à gérer Tetsu et ses frasques ce soir, ça l'arrangerait.
« Ou au bar où on est allés après ton tournois ? Il était sympa. »
Kagami hausse les sourcils, surpris qu'Aomine veuille éviter le bar de son ami. Puis, il comprend que c'est à cause de lui, et du fait d'y aller ensemble. Pourtant, la dernière fois le brun ne s'est pas gêné pour lui faire du pied, littéralement, au risque d'être remarqué par un Kuroko qui lui a aussi semblé très curieux. Il fait un gros effort pour éviter d'en tirer des conclusions. Mais il ne peut s'empêcher de poser la question :
« Peur des questions inquisitrices, hein ? Je peux comprendre. La dernière fois, il a voulu savoir si Tatsuya et moi on était ensemble. »
Il croise les bras sur sa poitrine, observant attentivement le brun.
Aomine en recrache presque sa bière. Le sale petit... Arhg... Voilà exactement pourquoi il veut l'éviter. Il sait que son ami se doute de quelque chose, et la dernière fois qu'ils ont été là-bas, il lui a donné sans réfléchir, matière à se poser des questions... Quoiqu'il se demande si Tetsu a vu quoi que ce soit, occupé comme il était. Il se serait attendu à des messages, un appel ou même une visite de son ombre mais rien. Du coup, il préfère ne pas pousser sa chance trop loin. Tandis qu'il reprend contenance et tente de calmer sa toux il note la posture défensive de Kagami.
« Tu vois que j'ai de bonnes raisons ! » s'indigne-t-il de la nouvelle. Puis il soupire et reprend plus sérieusement en se massant la nuque. « Écoute... j'admets j'ai un peu peur qu'il vienne fouiner. Je préférerais avoir les réponses à lui donner avant de subir son interrogatoire... Ça t'ennuie ? »
Kagami ne peut pas lui en vouloir et au fond, il comprend. Il sait que sa méfiance reprend le dessus et il ne doit pas la laisser gagner davantage de terrain, sans quoi il va se braquer et se remettre à broyer du noir. C'est paradoxal, autant il fait entièrement confiance à Aomine pour l'aspect amical de leur relation, autant pour le reste... Il reste travaillé par les doutes. Il inspire un grand coup. Il doit faire preuve de patience et être un peu compréhensif.
« Honnêtement ? Un peu. Mais... Je comprends, aussi. Je sais que t'es quelqu'un d'assez secret qui aime pas faire étalage de ses sentiments, alors... Allons dans l'autre bar. »
La réponse lui plante une aiguille dans le cœur mais elle a le mérite d'être honnête. Il ne doit pas oublier que Kagami a choisi de lui faire confiance malgré ses déboires passés, et il ne veut surtout pas le décevoir. Ce n'est pas comme s'il voulait le cacher à ses amis, juste avoir un peu plus de temps pour comprendre avant de pouvoir l'expliquer. Il baisse un peu les yeux et acquiesce.
« Ouais mais y a pas que ça... il a certainement déjà capté de toute façon et... Je passe une très bonne soirée alors... j'ai pas envie qu'il vienne nous déranger », confesse-t-il trop timidement à son goût.
Kagami esquisse un sourire en coin, pas tout à fait convaincu par cette raison-là, mais il se détend un peu et décroise les bras.
« Right... Bon, je vais payer, et on peut y aller ! »
Sans attendre la réponse, il se lève pour régler l'addition, discutant un peu avec le gérant et notamment de sa recette de takoyakis de laquelle il s'inspirerait bien.
Aomine profite d'être laissé seul un instant pour reprendre ses esprits. Il s'en veut d'avoir gâcher l'ambiance et se frotte le visage pour laisser cette fausse note derrière lui. La soirée n'est pas terminée. En enfilant sa veste il s'intime de faire bonne figure, et s'approche des deux hommes toujours en train de discuter au comptoir. Sans les interrompre, il glisse discrètement un billet dans le bocal à pourboires puis s'adosse au mur pour les écouter parler recettes, sourire en coin. Il note avec attention la façon dont le visage de Kagami semble s'illuminer lorsqu'il parle de cuisine dans des termes qui dépassent à présent ses propres connaissances. La simple découverte de la joie sur les traits de son ami termine de chasser son malaise.
Kagami prend finalement congé et promet de revenir bientôt, la recette détaillée des takoyakis rédigée par le gérant dans la main. En se détournant il remarque Aomine qui les observe et lui sourit.
« Let's go. »
Chapter Text
L’addition payée, Aomine salue le gérant d'un signe de main en sortant et se glisse dans la ruelle pour rejoindre leur prochaine étape. À côté de lui, il donne un léger coup d'épaule à Kagami pour attirer son attention.
« Merci.
— Pour quoi ? C'était le deal que je te paie le repas. Mais je te préviens, ça sera pas resto tout le temps ! Même si je vais gagner la prochaine fois, achève Kagami en grommelant.
— C'est vrai ça, il m'était dû ce repas ! Ricane-t-il. On verra, en attendant j'aime bien manger à l'œil !
— Tu m'étonnes... T'habitues pas trop. »
Ils traversent rapidement le quartier, animé à cette heure avec ses nombreux bars et restaurants. Il aime bien ce coin qui reste assez simple, sans immenses boutiques débordant de marchandises, comme si ici tout était un peu plus à dimensions humaines. Ils ne tardent pas à rallier leur destination et s'installent dans un coin tranquille de la salle.
Aomine apprécie l'atmosphère de l'endroit autant que la première fois. Elle est même plus animée lui semble-t-il. Revenir ici lui donne un peu le vertige, il prend toute la mesure de combien les choses ont évolué entre eux. Il délaisse son perfecto, retrousse un peu ses manches et file au bar pour passer commande avant de s'installer sur la banquette au cuir élimé mais confortable.
« Toujours aussi cool l'ambiance
— Yeah... J'aime bien cet endroit aussi. Même si comme je le disais à Kuroko je suis pas trop du genre à sortir au bar... commente Kagami en retirant sa veste.
— J'ai pas eu l'impression... » relève Aomine un brin surpris.
Kagami rigole, un peu gêné, et s'adosse au fond de la banquette :
« Ouais... Mais c'est parce que Tatsuya était là et parce que je te fréquente... C'est pas ma routine en tout cas ! »
Le brun ricane en retour. C'est vrai qu'il y a des circonstances atténuantes.
« Essaierais-tu de dire qu'on a une mauvaise influence sur toi ?
— Ouais, ça se peut ! J'ai un rythme de vie plutôt régulier même avec mon boulot qui a pas vraiment d'horaires... » Il sourit et ajoute plus bas : « Enfin... C'est bien de changer un peu aussi.
— Moi, accusé de dévergondage... on aura tout entendu ! » s'indigne faussement Aomine en roulant des yeux.
Il note toute l'ironie de la situation, que ce soit avec Kagami qui le chamboule au point de remettre en question toute son existence ou bien le fait qu'il ait peut-être déjà soi-disant, contaminé le pur et innocent Kise de ses vices. Les versions divergent encore selon le point de vue...
« Bizarrement, je pense que c'est pas la première fois qu'on t'accuse d'un truc comme ça », note Kagami tandis qu'on leur apporte leurs boissons. « Tu me donnes l'impression d'avoir peut-être un côté fêtard... » ajoute le rouge en plissant les yeux comme pour mieux l'analyser.
Aomine se contente de soutenir son regard en buvant sa bière. C'est vrai qu'il a eu une période de débauche qui a commencé plus tôt qu'elle n'aurait dû. Il apprécie toujours de sortir, mais il doit bien admettre que c'est devenu rare sans son acolyte et encore plus depuis qu'il a tendance à repérer les sales types plutôt que de profiter. Préférant laisser planer le mystère, il lance dans un sourire amusé :
« Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat.
— Je vois... À ce point-là alors. »
Kagami sourit et n'insiste pas. Après tout, il n'est pas vraiment certain de vouloir savoir comment Aomine s'amuse d'ordinaire. Et pour sa part, malgré son côté sage, il a fait son lot de bêtises et de soirées arrosées aussi, même s'il est vrai que ça lui semble remonter à loin et que ce n'est que récemment qu'il a recommencé à sortir.
Mais Daïki, soucieux de ne pas le laisser s'imaginer n'importe quoi non plus, consent à lâcher quelques informations. Après tout, ils sont aussi là pour apprendre à se connaître, non ?
« Rien de bien méchant. Peut-être un peu d'abus... Mais pour ma défense, Kise avait accès à des soirées légendaires, ça aurait été difficile de faire autrement.
— Des soirées légendaires ? » répète Kagami un peu ahuri, se demandant bien à quoi ça peut bien ressembler, d'autant plus si c’est une soirée à laquelle on a "accès". « Et c'est qui, Kise ? Une sorte de star ? ajoute-t-il, perdu.
— Un de mes anciens coéquipiers. Je t'en ai déjà parlé, c'est un de ceux avec qui je partais en vacances. Eh bien figure-toi qu'il était mannequin. Parfois il était payé pour assister à des fêtes privées, et souvent il était invité par des connaissances. Mais les gens du milieu, disons qu'ils savent s'amuser... Ryota en a vite fait le tour et a commencé à m'incruster pour pas se sentir seul. Et le comble ! Depuis, il m'accuse de l'avoir initié à une vie de débauche.
— Oh... OK. » Kagami hoche la tête, même s'il a beaucoup de mal à imaginer en quoi on pourrait passer un bon moment dans ce genre de soirée – lui, ça le fait frissonner rien que d'y penser. « J'imagine que pour la vie de débauche, c'était un travail d'équipe, ajoute-t-il avec un sourire en coin.
— Pff... tu parles ! Comme si j'avais eu le choix. Qui sait dans quelles emmerdes il se serait fourré si j'avais pas été là », explique-t-il agacé en repensant à certaines soirées plus que glauques. Puis il soupire et s'adoucit. « M'enfin, j'étais jeune et con et Kise avait beau dire que c'était pour le dépanner, je sais que c'était surtout pour me changer les idées. Alors j'imagine que oui, c'était du travail d'équipe... »
Kagami acquiesce, constatant qu'Aomine a l'air plutôt proche de ce Kise... Mais il a cru comprendre qu'il avait gardé des liens forts avec les anciens de son équipe. Il est un peu envieux et jaloux, sa vie sociale lui semble bien morne et inintéressante à côté. En tout cas, ces paroles semblent confirmer le côté protecteur qu'a Aomine... Avec Momoi, avec lui, et avec ses autres amis aussi apparemment.
« Et il se fourre plus dans les ennuis ton Kise maintenant ? demande-t-il.
— Oh si certainement... mais il est plus souvent à l'étranger qu'ici alors je peux pas grand-chose pour lui », répond-il en haussant les épaules avant de relever, narquois : « Et puis mon Kise est une cause perdue de toute façon, c'est un problème à lui tout seul.
— Hm ouais... J'ai noté ta tendance à l'exagération aussi, sourit Kagami en reprenant sa bière.
— Nan je t'assure... si t'as la malchance de le rencontrer, tu verras... »
Aomine aime bien l'idée que le ton de Kagami laisse entendre l'écho de la jalousie. Mais il se demande s’il ne se fait pas des films. C'est vrai qu'il est proche du blond, ou qu'il l'a été. Pourtant en imaginant la potentielle rencontre entre les deux, il a l'intuition féroce que le plus jaloux des deux sera sa tête de linotte préférée...
« Yeah... Je jugerai par moi-même. »
Si Kise est aussi haut en couleur que Kuroko et qu'Aomine lui-même, Kagami n'est sans doute pas au bout de ses surprises, ce qui finit par l'inquiéter un peu d'ailleurs.
Pensif, Aomine boit un peu de bière et se demande ce qui peut bien se passer dans la tête de son vis à vis. Son estomac se contracte en repensant au soir où il avait compris la force du lien entre Kagami et Himuro. Ce sentiment d'être un étranger, celui qui dérange, celui de trop. L'angoisse de ne pas avoir assez de temps pour tisser une relation aussi précieuse, tout en espérant y parvenir. L'amertume de découvrir qu'il n'était peut-être que de passage dans sa vie, quand d'autres la partageaient depuis plus longtemps. Il ne sait pas trop comment rassurer Kagami s'il éprouve quelque chose de similaire, ni s'il doit le faire. Alors au risque de prendre ses rêves pour la réalité, ou de transférer ses angoisses, il change de sujet.
« Demain faudra que t'en profite pour te reposer, oublie pas que les deux jours qui vont suivre seront épuisants. »
Kagami relève la tête pour regarder son vis-à-vis, son cœur se réchauffant à cette évocation. Il contemple quelques instants le brun sans rien dire, animé d’émotions contraires. Ce n’est pas la première fois qu’il joue au jeu de la séduction, dans ce genre de soirée où l’on apprend peu à peu à se connaître, mais il y a une différence de taille : il ne l’a jamais fait avec quelqu’un avec qui il avait déjà tissé des liens amicaux auparavant. Il a un peu l’impression de jouer aux funambules et il sent chez le brun la même prudence tandis qu’ils traversent ce territoire inconnu, en équilibre sur cette ligne au centre de laquelle ils essaient de se rejoindre.
« Je m'inquiète pas trop », annonce-t-il sincèrement, avant de railler : « Mais d'accord, je ferai bien attention à ne pas me coucher trop tard et à manger équilibré.
— C'est ça moque toi... on en reparle à l'arrivée hein, marmonne Daïki dans sa chope.
— En vrai, comme j'ai jamais fait de randonnée en montagne... Possible que ça m'épuise. Peut-être que tu devras m'attendre des fois !
— Le contraire m'étonnerait. Mais comme ça fait un moment pour moi, il me faudra sûrement un temps d'adaptation.
— De toute façon on n'est pas pressés. Cette fois, c'est pas une compétition, remarque le rouge avec un sourire complice.
— C'est vrai, t'as pas tort. J'aimerais juste rejoindre le lac avant le coucher du soleil mais si on part assez tôt on n’aura pas besoin de courir, affirme Aomine affichant un sourire en réponse.
— Alors on partira aux aurores. De toute façon y a rien de plus agréable que de marcher au grand air de bon matin », affirme Kagami, avant d'ajouter d'un ton rêveur : « Quand je suis à L.A... J'adore aller à la plage au lever du soleil. Parfois je vais surfer, parfois je fais un footing au bord de l'eau, parfois je me pose juste dans le sable pour regarder l'océan. À cette heure-là c'est comme si... les couleurs étaient plus pures. »
Il rit, un peu embarrassé par ces aveux, faisant tourner son verre de bière dans sa main.
Aomine l'écoute, un peu surpris par la confession mais il s'imagine très bien Kagami en lève tôt, s'adonnant à toutes sortes d'activités pendant que la plupart des gens dorment, lui inclus. Pour sa part, il est plutôt d'accord avec le côté grand air mais se lever aux aurores pour en profiter reste problématique... C'est pour ça qu'il a plutôt tendance à admirer les couchers de soleil, mais il comprend ce qu'il veut dire. À l'aube tout semble plus clair, intact. Presque immaculé. D'autant plus en pleine nature, dans sa montagne.
« C'est ce qui était prévu. Et puis si tu aimes les levers de soleil, là où je compte établir le bivouac tu seras servi.
— C'est vrai ? J'ai hâte de voir ça », sourit Kagami.
Aomine répond à son sourire, amusé par son enthousiasme. Si ça peut lui faire plaisir, il est encore plus impatient, ne serait-ce que pour voir sa réaction face au spectacle qu'offre cet endroit. Les photos qu'il a pu prendre ne rendent jamais hommage à ses souvenirs.
« Moi aussi. J'ai besoin d'une piqure de rappel. »
Se sentant toujours en équilibre sur ce fil ténu tandis qu’ils font connaissance et se tournent autour comme pour se jauger, Kagami en revient à une valeur sûre qui fonctionnait déjà dans leurs rapports amicaux. Il décide de le provoquer un peu tout en cherchant à en savoir un plus sur lui, et reprend d'un ton gentiment moqueur :
« Et de toute façon, faut bien que tu te bouges un peu pendant ton repos forcé, sinon effectivement tu vas finir par engraisser, surtout si j'y mets mon grain de sel… Et puis, je suis sûr que t'es du genre à aimer paresser mais à devenir invivable sans un truc pour te défouler !
— Hé j'te permets pas ! » s'offusque Aomine en donnant un léger coup de coude à son voisin. « Je suis toujours hyper agréable à vivre. Et même si j'ai pas ton métabolisme, je m'entretiens je te signale. Juste... pas au lever du soleil, y a que les psychopathes pour faire ça si tôt, affirme-t-il joueur avant de siroter sa bière.
— Toujours agréable à vivre ? » répète Kagami sans tenir compte de sa dernière remarque. « Ça c'est le genre de choses dont je vais me souvenir ! » Il rigole, doutant fortement de la véracité de cette déclaration.
Le brun sait que s'ils passent plus de temps ensemble, Kagami finira par le démasquer, découvrir son visage d’ours mal léché. Il plaisante bien sûr, et son ami le devine mais joue le jeu.
« Oui parfaitement... du moment que je n'ai ni faim, ni sommeil et eu ma dose d'adré, je peux être charmant.
— Hm je vois... Je note pour veiller sur ces trucs-là et profiter de ta charmante compagnie alors ! »
Kagami avale le fond de sa bière. Lui-même n'est pas sûr de pouvoir se définir comme "agréable à vivre". Il se voit comme un gars gentil, mais il a parfois mauvais caractère et certainement tendance à être grognon. Mais il est vrai que l'estomac bien rempli et bien défoulé, lui aussi sait se montrer "charmant". Et il espère bien savoir montrer cet aspect de lui à Aomine.
Le brun lui adresse un sourire satisfait et décide de changer de sujet. Même s'il aime bien leur petit flirt, il ne se sent pas encore assez à l'aise, ou ivre pour le poursuivre, encore moins en public. De toute façon, il n'a pas pour but de mettre sa "conquête" dans son lit ce soir. Ils ont le temps pour ça. Il... a besoin de temps pour ça.
« Tu m'as pas raconté, comment ça se passe ton taf en ce moment ? Tu as repris les entraînements ? »
Kagami considère la question, tâtonnant un peu au fil de son émotivité pour parler d’un sujet qui lui semble presque trivial dans ce contexte. Car à cet instant, son travail et ses activités quotidiennes lui paraissent bien lointaines. Il s’éclaircit la gorge et répond finalement :
« Ouais j'ai repris, ça se passe plutôt bien. On a l'occasion de participer à un autre tournoi dans un mois. Pas en IRL, cette fois, un truc sur Internet. Donc va falloir bien se préparer dans les prochaines semaines.
— Ouais ça tu m'en as parlé. C'était cool à suivre la dernière fois, si je peux j'y jetterai un coup d'œil aussi.
— Je te dirai sur quelle chaîne c'est diffusé. J'ai hâte d'y être, mais on a encore pas mal de trucs à bosser », ajoute Kagami en fronçant les sourcils. Il parle rarement de son travail et se sent un peu maladroit dans l’exercice, mais après réflexion, il explique : « Notre équipe est encore jeune. Ça fait quoi, un an qu'on l'a constituée ? On a pas mal de marge de progression. Sans compter qu’on n’est pas non plus encore des experts individuellement parlant dans ce genre de jeu.
— C'est une bonne chose alors, ce n'est que le début. Tant qu'il y a des points à améliorer ça reste stimulant. Du coup vous avez eu des propositions de sponsors j'imagine depuis votre presque victoire, vous en avez déjà choisi ?
— Ouais, c'est en cours de négociation. Une marque de hardware. Ça devrait pas mal nous aider. Heureusement qu'on a Momoi, qu'est-ce que c'est chiant cette partie-là ! » Il lève les yeux au ciel, frémissant à l'idée de discuter avec des sponsors et négocier des clauses de contrat. La paperasse et les palabres, très peu pour lui !
« C'est génial ça comme nouvelle ! Les négociations et la paperasse c'est son truc. Je crois que plus elle en a à gérer, plus elle est heureuse. Je te jure, des fois je rêve de pouvoir lui refiler mes rapports... » confesse-t-il avec une moue dégoutée.
S'il y a bien une chose qui ne lui manque pas trop du boulot en ce moment, c'est bien cette partie-là.
« C'est marrant, on a tous les deux un ou une meilleure amie avec des goûts bizarres », note Kagami en se détendant un peu dès qu’il parle de son frère de cœur. « Mais bon, vu qu'ils aiment aussi le basket et les jeux vidéo... Ils sont pas irrécupérables.
— C'est vrai, on doit pouvoir en tirer quelque chose de bien », confirme Aomine entre deux ricanements. Puis en fixant le fond de sa bière il déclare, pensif : « N'empêche j'me suis toujours demandé pourquoi elle m'avait choisi. On n'avait rien en commun à cet âge-là, même pas le basket. M'enfin... je suppose que je ne suis pas irrécupérable pour elle non plus. »
Kagami hausse les épaules :
« Je pense pas qu'on se choisisse par affinités de goût quand on est gamins, mais par affinités tout court. Question d'alchimie, quoi ! »
Il sourit, c'est vrai que pour sa part il s'est tout de suite bien entendu avec Tatsuya, sans même trop savoir pourquoi. Leur amour pour le basket leur a certes permis de renforcer leurs liens et de passer plus de temps ensemble, mais ils auraient probablement été amis sans ça.
Daïki réfléchit un peu aux propos de Kagami. Ils lui tirent un demi sourire. Il ne peut s'empêcher de penser que c'est tout aussi vrai à tous les âges. Même si en vieillissant, les activités et les hobbies permettent de favoriser les affinités de goût, parfois il y a des rencontres et des attachements au-delà de toute logique. Une œillade sur le côté et un sourire de connivence échangé appuie un peu plus le raisonnement de Kagami. L'alchimie. Ouais... c’est peut-être bien ça qui crépite dans l'air entre eux à chaque fois.
Ils se commandent une nouvelle bière et discutent de choses et d'autres, sans trop voir le temps passer dans l'atmosphère musicale agréable du bar. Il y a un peu de monde mais pas assez pour surcharger l'ambiance, et ils n'ont pas besoin d'élever la voix en parlant. Il commence à se faire tard et bien que ce soit toujours un peu à contrecœur, Kagami se résout à rentrer. Et puis, il se raisonne. Après-demain, ils vont se revoir. Loin de la ville, loin de leurs connaissances, de leur travail. Il ne peut s’empêcher d’espérer que ça va tout changer. Pour eux. Se sentant presque obligé de se justifier de ce départ, il lance au brun avec une œillade malicieuse, son ton contredisant l’émotion qui serre son cœur :
« Après tout, t'as dit que fallait que je me repose !
— C'est marrant, je t'aurais cru moins obéissant que ça... se moque Aomine en retour.
— Je sais faire preuve de discipline, c'est tout », réplique Kagami en haussant les épaules.
Il se lève et enfile sa veste tandis qu'Aomine en fait de même, puis ils paient leurs verres et sortent dans la nuit. Il fait un peu frais ce soir et Kagami frissonne avant d'enfoncer les mains dans les poches de son jean.
Aomine n'est pas du genre frileux, mais il remarque que Kagami rentre la tête dans ses épaules au fur et à mesure qu'ils marchent. D'instinct, il a envie de le rapprocher de lui pour qu'il ait moins froid. Pourtant quelque chose d'indicible le retient. Il hésite, tiraillé entre l'envie et la bienséance. Comment son geste sera-t-il perçu ? En a-t-il le droit ? Noyé dans ses réflexions, il est distrait par les battements de son cœur désynchronisé et n'écoute Kagami que d'une oreille. Une petite voix assez remontée contre lui pour une obscure raison, lui rappelle qu'il a toujours eu très peu de considération pour l'avis d'autrui et initié ce genre de contacts avec ses amis sans jamais se poser de questions. Finalement, c'est un nouveau frissonnement de son voisin qui met un terme à ses tergiversations. Il en a bien trop envie pour pouvoir résister de toute façon, et l'air frais de ce soir lui donne une excuse toute trouvée pour se justifier auprès de sa conscience qui le regarde de travers.
Alors nonchalamment, comme s'il s'était toujours autorisé ce geste familier, il vient enrouler un bras autour de la nuque de Kagami et laisse sa main s'échouer sur son épaule tout en poursuivant leur discussion sur la saison de basket qui les anime, le cœur battant.
Kagami tressaille légèrement, surpris par le geste. Il s'efforce de ne pas se laisser distraire et de continuer à discuter normalement. Il peut sentir le poids de son bras autour de lui, très conscient de sa proximité physique. Il éprouve un trouble diffus, pas désagréable. Faute de vraiment le réchauffer physiquement, ce geste a le mérite de le faire pour son cœur. Il sourit sans s'en apercevoir, acquiesçant aux propos du brun et ne faisant plus trop attention à ce que lui-même est en train de raconter. Oubliant ses bonnes résolutions, il n'a plus très envie d'arriver chez lui et aimerait prolonger la balade tard dans la nuit, à déambuler sans but dans les rues de la capitale.
Daïki réalise qu'ils n'ont jamais été si proche physiquement, à part peut-être dans un one on one. Ainsi accolés, il a parfaitement conscience de la stature de Kagami, de son parfum qu'il se surprend à reconnaître et de sa voix s'échouant si proche de son oreille. Il en frissonnerait presque s'il n'avait pas si chaud. Il ne se souvient pas avoir ressenti ça avec qui que ce soit d'autre dans une accolade, toujours plus fraternelle que... que quoi au juste ? Il ne parvient pas à mettre de mots dessus, le définir. Il ne peut que constater l'effet que ça lui fait.
Ils finissent par arriver en vue de l'immeuble de Kagami, une pointe de déception dans le creux du ventre à l'idée de devoir le lâcher bientôt.
Une fois devant l'entrée, Kagami hésite quelques instants, la main déjà posée sur la poignée, avant de déclarer à voix basse, un sourire au coin des lèvres :
« Cette fois je vais pas te voler un baiser... Merci pour la soirée. Ça m'a fait plaisir. »
Le brun se sent rougir, il ne pourrait nier qu'il y a pensé aussi. Il n'aurait pas dit non pourtant... bien qu'il ait l'étrange sentiment que le prochain qu'ils échangeront doit venir de lui. Après tout il a promis une vengeance à Kagami pour ce vol éhonté. Peut-être que le faire languir un peu, pourrait faire partie du châtiment se dit-il en retrouvant son sourire de conspirateur.
Il fait un pas en avant pour s'approcher de Kagami qui vient de déverrouiller la porte de chez lui. Il prend appui sur le cadrant et lui demande à voix basse, taquin :
« Pourquoi, on a peur des représailles ? »
Et avant qu'il ne puisse réagir ou se retourner, il pose un baiser léger sur la joue de sa victime.
« Ça m'a fait plaisir aussi », souffle-t-il en s'écartant d'une souple impulsion.
Kagami déglutit, le cœur cognant contre ses côtes. Aomine lui fait trop d'effet, d'autant qu'il découvre juste son côté séducteur. Son sourire tremble un peu tandis qu'il hoche la tête.
« Bonne nuit, Ao. »
Il se dépêche d'ouvrir sa porte avant que son trouble ne se voit trop, mais il ne peut s'empêcher de jeter un coup d'œil par-dessus son épaule tandis qu'il entre dans le vestibule. Il sourit encore au brun, espérant lui transmettre dans ce regard ce qu'il éprouve à cet instant, bien que ce soit confus pour lui-même. Ses sentiments pour Aomine tempêtent dans sa poitrine, cette attirance magnétique, cette tendresse, cet espoir mêlé de joie et de peur qui fait battre son cœur si fort. Il se retourne rapidement et se hâte vers l'escalier, le feu aux joues.
Toujours le sourire aux lèvres, Aomine regarde Kagami s'enfuir. Il se demande vaguement ce qui le retient de le rejoindre, le suivre jusqu'à son appartement mais cette fois aucune voix ne se manifeste pour lui donner le courage de franchir le pas. Son rythme cardiaque ne parvient pas à se calmer tandis qu'il rejoint son propre immeuble, repassant la scène encore et encore dans son esprit, se maudissant d'avoir esquivé sciemment ses lèvres et se félicitant de son petit jeu l'instant d'après. C'est comme si deux entités distinctes bataillaient continuellement pour imposer leur volonté lorsqu'il est près de lui. Aomine le séducteur invétéré sûr de ses charmes qui sait ce qu'il fait, et Daïki, intimidé d'être attiré par un homme et qui ne sait pas comment réagir. C'est aussi grisant qu'épuisant, mais ce soir, c'est l'euphorie qui semble l'emporter.
Une fois chez lui, Kagami se prépare pour la nuit avec des gestes automatiques, ses pensées tournées vers le brun. Il se repasse les détails de la soirée, et se dit qu'au global, elle peut être considérée comme encourageante. À part ce petit bémol lorsqu'Aomine a refusé d'aller au bar de Kuroko, l'atmosphère est restée détendue, presque comme avant... Mais il le sait, et il l'a dit à Aomine, ça ne sera pas comme avant, lorsqu'ils étaient "juste amis". Et c'est tant mieux. Avant, ça ne lui convenait pas. Ce qui les attend est incertain, mais au moins ils avancent et se laissent le temps d'explorer leur relation. Ce week-end de randonnée lui apportera sans doute plus de réponses... Il est curieux, impatient et anxieux de les découvrir.
Avec ses pensées en tête, il se glisse sous la couette et croise les bras sous son crâne, le regard fixé sur les ombres mouvantes sur son plafond. Sa joue picote à l'endroit où se sont posées les lèvres d'Aomine. C'était un baiser pour le moins pudique, mais c'était déjà beaucoup. Kagami ne peut s'empêcher d'y voir un signe. Quelque chose qui le conforte dans l'idée que le brun a vraiment aimé cet autre baiser. Qu'il pourrait en aimer d'autres. Il ferme les yeux à cette idée, ses pensées dérivant rapidement, et il lui faut un assez long moment avant de parvenir à s'endormir.
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Après leur soirée, Aomine s'est senti flotté sur un nuage. Retrouver sa complicité avec Kagami et pouvoir discuter comme avant lui a fait du bien. Rire et flirter avec lui l'a conforté sur sa décision. C'est ce qu'il veut, et pour une première il trouve que ça s'est bien passé. Il ne se souvient pas des rêves qui l'ont bercé cette nuit-là, mais ils ont été doux. Assez pour qu'il prolonge sa nuit jusque tard dans la matinée. Ce après quoi il s'est attelé à la préparation des derniers préparatifs, vérifier leur itinéraire, terminer son paquetage le tout ponctué par l'échange de quelques messages avec Kagami.
Lorsque le réveil sonne à l'heure convenu avec son ami la veille, Aomine grogne. Il est tôt, beaucoup trop tôt pour lui. Il lui faut quelques secondes pour réaliser pourquoi la sonnerie le harcèle, mais lorsque sa conscience émerge il sort du lit quasiment d'un bond. Enfin, aussi vite que son corps ensommeillé le lui permet.
Méticuleusement, il se prépare et bois un café bien corsé avant de quitter son appartement pour quelques jours. Par acquis de conscience il vérifie une dernière fois que tout ce dont il a besoin est à sa place, puis envoie en message à Kagami pour le prévenir qu'il part. L'excitation de la journée prend peu à peu le dessus, le sortant des brouillards de la nuit alors que les premiers rayons du soleil ne l'ont pas encore percé.
[Aomine- 5h30]
Ready ?
Ce matin, Kagami s'est réveillé sur le pied de guerre. Il a eu du mal à s'endormir, et pourtant dès que l'alarme le tire du sommeil, il est sur le pont, plein d'énergie et prêt à s'activer. Quand il reçoit le message d'Aomine, il tourne en rond depuis dix minutes déjà.
[Kagami - 5h31]
Super prêt ! Je te rejoins à la gare.
Sourire aux lèvres, il rempoche son téléphone, vérifie son paquetage et surtout ses précieux sandwichs, puis il enfile sa veste et attrape ses clés, jetant un dernier regard circulaire sur son appartement pour s'assurer qu'il n'a rien oublié. Satisfait par son inspection, il referme la porte derrière lui et dévale les escaliers avant de sortir dans l'air vif et pur de la fin de la nuit. Tout est encore silencieux et endormi, et ça rend ce moment encore plus spécial, comme si ce début de journée n'était encore qu'à lui, libre d'influences et de bruits parasites. La ville lui appartient, et tout à l'heure, il verra le lever de soleil à travers la vitre du train. Un sourire étire ses lèvres à cette idée, et il presse le pas vers la gare.
Aomine laisse sa voiture sur le parking de la gare presque désert à cette heure-ci. Le premier train de la journée les attend. Son sac sur le dos, il se hâte de rejoindre le quai. Comme le laissait présager le reste des lieux, il est quasiment vide. Il n'a donc aucun mal à repérer Kagami qui l'y attend déjà, visiblement bien équipé. S'il ne le savait pas, il ne se douterait pas que c'est la première fois qu'il part en randonnée. Sauf peut-être grâce à l'aspect neuf de son équipement, quand le sien a son lot d'accros et traces d'usure. Son cœur frémit dans sa poitrine en réalisant qu'ils y sont. Sur le départ de l'excursion dont ils parlent depuis des jours. Un sourire serein sur le visage, il le rejoint.
Quand il aperçoit la haute silhouette d'Aomine se déplacer sur le quai désert dans la lumière rare de ces quelques instants qui précèdent l'aube, un sentiment déstabilisant d'euphorie le prend aux tripes. D'un coup, il a du mal à réaliser que c'est bien réel, que ça va se passer maintenant. Il part en week-end avec Aomine. Cependant dès qu'il s'approche, même si l'impression onirique s'accroche à lui, il éprouve aussi sa présence toute proche, son sourire réchauffe son cœur. Suivant son impulsion, il tend le bras et le passe dans le dos d'Aomine, le poussant vers lui pour une brève étreinte. Il ferme les yeux un instant et sourit dans la pénombre du quai.
« Je suis content de te voir », dit-il simplement.
Agréablement surpris par son accueil, Aomine lui rend son étreinte. Ce simple contact accélère son pouls et élargit son sourire. Si Kagami commence à être tactile avec lui, il s'inquiète un peu de pouvoir se contrôler à l'avenir. En effet, Aomine réalise qu'il aime un peu trop sa proximité pour son propre bien.
« Moi aussi. T'es en forme j'espère ?
— Yeah... En quelques sortes ! J'ai eu du mal à dormir... j'avais hâte de partir. »
Sans se départir de son sourire, Kagami observe le brun, qui lui a l'air plutôt bien réveillé vu l'heure extrêmement matinale.
« Toi, t'as l'air en forme, en tout cas. »
Aomine hausse les épaules. Le sommeil le fuit rarement, et la perspective de ce week-end a su tenir les cauchemars de ces dernières semaines à distance.
« J'ai bien dormi. On a deux heures de train si tu veux te reposer un peu avant le gros de la journée », rappelle Aomine.
Kagami acquiesce en souriant, frissonnant dans l'air frais du petit matin. Une petite lueur par-delà le brouillard urbain laisse deviner l'aurore qui pointe. Il a toujours sa main posée entre les omoplates d'Aomine et la laisse là, éprouvant le besoin dans ce silence et ce froid matinal de maintenir un contact physique.
« J'essaierai... Mais tu connais le train : c'est pas conçu pour des grands gaillards comme nous ! »
Le brun sourit et ricane, visualisant parfaitement le problème.
« Vu le monde qu'il y a, je pense pas que ça dérange si tu prends deux sièges... » Propose Aomine avec un air de conspirateur.
Il sent les vibrations du béton sous ses pieds avant de voir le train. À regret, il se penche pour récupérer son sac, laissant glisser la main de Kagami de son dos. L'anticipation et l'impatience circulent dans ses veines, le faisant trépigner. Il se fait l'effet d'un gosse à qui on a promis une journée au parc d'attraction. Quand le train approche, il lance un regard à Kagami, les yeux brillants d'exaltation.
Le train finit par s'immobiliser dans un vacarme aigu désagréable brisant la tranquillité du quai, mais Kagami bouillonne d'impatience. Ils montent dès que la porte de la rame s'ouvre pour laisser passer un homme pressé, mallette à la main. Sa journée ne pourra sans doute pas être plus différente de la leur, et Kagami s'en félicite. Ils montent dans le wagon et se placent dans un coin tranquille, il y a peu de passagers et la moitié d’entre eux finit sa nuit ou la commence. Il cale son gros sac dans l'espace au-dessus des sièges puis s'installe à côté d'Aomine qui a pris la place près de la fenêtre. Pour le petit somme, il avisera, mais pour l'instant il a envie de rester près d'Aomine... Et regarder l'aube avec lui.
La grosse machine se met rapidement en branle pour les emmener vers d'autres horizons. Daïki a toujours aimé voyager, en train particulièrement. Il invite à la rêverie, à la réflexion et à la contemplation. Pourtant il n'est pas d'humeur à méditer, trop conscient de la proximité de Kagami. Il se colle au fond de son siège pour lui permettre de voir au mieux à travers la fenêtre le jour qui tente de poindre.
« Tu veux échanger de place ? » propose-t-il en se rappelant qu'il aime observer les levers de soleil.
Kagami secoue la tête en souriant.
« Non, ça ira. »
Il observe le paysage qui devient plus défini et plus clair avec le jour qui augmente, il a conscience de son bras qui touche celui d'Aomine alors que le train les emporte vers leur aventure. Ce matin, il se sent libre d'attaches et heureux. Ça ne lui fait plus peur de ne pas savoir ce qui l'attend pour ces deux prochains jours. Il a déjà tout retourné dans sa tête de multiples fois cette nuit, et alors que le jour vient les cueillir, il a oublié ses angoisses. L'excitation de l'aventure clarifie tout, comme le soleil qui se lève. Il a juste envie d'observer, et de vivre chaque instant.
« Même si je me lève souvent tôt... Ça fait longtemps que j'ai pas regardé un lever de soleil... » murmure-t-il, le regard perdu par la vitre.
Le menton posé dans sa main, Aomine sourit. Lui ne se lève jamais tôt, et pourtant c'est le second qu'il voit en peu de temps. Bien que les deux fois se produisent dans des circonstances totalement différentes. Il préfère de loin celui-ci, avec Kagami assez près de lui pour apprécier sa chaleur irradier, que celui qui l'a surpris sur le toit de son immeuble lors de sa nuit d'insomnie.
« C'est bizarre d'être levé avant lui... Confesse-t-il sur le même ton rêveur.
— C'est plutôt cool... On a l'impression que tout nous appartient... Ou en tout cas que tout le monde sera levé trop tard pour nous empêcher de nous échapper ! » Il rigole un peu et ajoute en lui donnant un petit coup de coude : « Oh en parlant de ça, t'as dit à Momoi où t'allais cette fois ?! »
Échapper ... le mot choisi par Kagami lui fait penser qu’ils prennent la fuite. Et quelque part, il y a sûrement un peu de vrai. Il se tourne brièvement pour lui répondre, amusé par la question.
« Ouais t'inquiète pas, elle sait que je ne serai pas facilement joignable. Et je crois qu'elle était un peu jalouse d'apprendre que je t'emmenais.
— Oh non... D'abord tu disparais et tu réapparais chez moi, ensuite tu t'enfuis avec moi... Elle va finir par me détester, et je peux pas me le permettre : c'est ma community manager ! » Kagami fixe Aomine en roulant les yeux mais il fait de gros efforts pour s'empêcher de rire, et finit par craquer. « Désolé... faut croire que le voyage de si bon matin, ça me rend taquin. »
Cette fois il abandonne le paysage pour observer Kagami qui rit de sa bêtise. Le voir plaisanter lui réchauffe le cœur. Il se fend d'un sourire malicieux, partageant l'amusement de son voisin.
« Je vois ça... j'ai bien fait de te proposer cette aventure alors ! » Il se penche un peu pour lui confier, clin d'œil à l'appui : « Si jamais tu veux remonter dans ses bonnes grâces, elle se damnerait pour des cookies.
— D'accord, mais comme c'est ta faute aussi, tu les fais avec moi ! Ça paraît un bon deal ? »
Kagami garde son sourire alors que son cœur bat fort. Sa bonne humeur le rend plus audacieux mais il semble qu'Aomine soit réceptif... Et ça fait du bien de retrouver cette légèreté, parfaite pour un départ pour l'aventure... Il se sent plus jeune ce matin, retrouvant des émotions qui lui ont manquées. Et puis... il a bien envie d'initier le brun à l'art de concocter de bons cookies aussi croquants que moelleux.
Aomine est séduit par l'idée. Il se voit déjà plus recouvert de farine que sa cuisine, Kagami hilare à ses côtés. Et puis ça fera plaisir à Satsuki de savoir qu'il a mis la main à la pâte. Même si elle ne lui a jamais demandé frontalement, il sait qu'elle aurait aimé venir, alors quelque part il se sent un peu coupable. Et de toute façon, il a déjà demandé à Kagami de lui apprendre à cuisiner.
« Ok deal, ça n'aura qu'à être ma première leçon de cuisine.
— Ta première ? répète Kagami en haussant un sourcil. Tu as pour projet de me préparer toi-même à manger pour quand tu perdras au basket ?
— Non, ce serait pas juste. Tu perdrais peut-être même l'envie de gagner si tu goutais ma cuisine ! » Explique Aomine en étouffant un rire. « Je me disais qu'il en faudrait plusieurs, c'est tout.
— Je vois, sourit Kagami. Ok pour les leçons de cuisine, alors. »
Alors qu'il finit sa phrase, son regard dérive de nouveau sur le paysage, baigné de lumière dorée perçant dans les intervalles entre les immeubles et éclaboussant la vitre. Son sourire s'adoucit et se fait plus rêveur, tandis qu'il anticipe la sortie de la ville, quand le paysage s'ouvrira sous leurs yeux pour laisser place à des étendues plus sauvages.
Le temps sera avec eux ce week-end. Le ciel s'éclaircit à vue d'œil pour laisser place à un bleu encore profond, mais sans nuage. Ça changera sûrement en prenant de l'altitude, pense Aomine, mais il a promis une vue magique à Kagami, ce serait dommage que la météo gâche ses plans. Alors que la grande ville laisse place aux plus petites, son esprit divague déjà sur le chemin de montagne, se remémorant le trajet qu'il préfère emprunter. Mais Kagami est si proche qu'il peut sentir son souffle effleurer sa nuque, ce qui l'empêche de sombrer pleinement dans ses souvenirs, invitant même d'autres images derrière ses rétines.
À mesure qu'ils approchent, Kagami sent son impatience grandir. Aomine et lui ne parlent plus beaucoup, observant attentivement le paysage, essayant de deviner leur destination loin devant eux. Kagami jette de fréquents coups d'œil à son téléphone pour estimer le temps de voyage restant, et malgré sa courte nuit, à aucun moment le roulis régulier du train ne parvient à induire une quelconque somnolence. Son esprit est trop occupé à imaginer les paysages qui les attendent, la sensation de l'air pur et frais dans ses poumons, l'isolement parfois effrayant mais également grisant dans lequel ils se trouveront sur le chemin de randonnée.
La campagne s'installe sous leurs yeux, le relief environnant découpe à présent l'horizon dans une dentelle crénelée de pics et de vallées, floutée par le brouillard matinal. La végétation plus dense et plus sombre lui indique qu'ils sont bientôt arrivés. Aomine compte mettre ce temps à profit pour parler des quelques règles de sécurité qu'il n'a pas encore abordé jusque-là.
« On y est presque. J'ai quelques petites choses à te dire avant de monter si tu veux bien. »
Kagami s'arrache à sa contemplation, intrigué par le ton sérieux, presque professionnel d'Aomine. Il sourit et croise les bras sur sa poitrine :
« Je vous écoute, monsieur l'agent. »
Le brun l'observe du coin de l'œil et retient son sourire. On ne plaisante pas avec la sécurité...
« Bien ! Au début ce sera facile, une simple balade. Mais tu verras le dénivelé va devenir moins progressif. Ça va se corser. À partir de là, j'aimerais que tu fasses vraiment attention à la moindre gêne. Que ce soit respiratoire, des nausées, des maux de tête... Tu joues pas les warriors, faut me le dire. Pour ce qui est du terrain, normalement les sentiers sont clairs et dégagés, mais regarde toujours où tu poses les pieds quand on sera sur de la caillasse. Et sinon, chacun son rythme, c'est pas une course. Tant que je peux garder un œil sur toi et t'entendre, tu fais comme tu le sens. »
Kagami écoute ses recommandations en hochant la tête, attentif mais toujours souriant.
« C'est noté. Et tu crois qu'on risque de tomber sur des ours ? »
Il demande ça en plaisantant, mais se dit qu'en fait c'est tout à fait possible, et espère qu'Aomine a prévu du spray anti-ours.
Aomine fronce un peu les sourcils, soucieux. Il réfléchit un instant avant de répondre.
« C'est pas exclu. Mais en général ils préfèrent se planquer dès qu'il y a du bruit.
— Ok. On fera attention alors. »
Le train ralentit alors qu'ils approchent de la gare, et ils se lèvent aussitôt pour attraper leurs sacs. Enfin, ils vont pouvoir se dégourdir les jambes et commencer la balade. Ils rejoignent la porte, regardant le quai défiler de plus en plus lentement, et enfin le train s'immobilise et la porte s'ouvre. Kagami pousse un soupir de soulagement tandis qu'il retrouve la terre ferme et lève la tête vers un ciel ensoleillé.
« On va avoir une super journée. »
Aomine a des fourmis dans les jambes. Autant d'avoir été immobilisé que d'impatience. L'empressement évident de Kagami le fait sourire tandis qu'il le suit de près. En sortant de la modeste gare, il ajuste la sangle de son énorme sac et en décroche sa casquette qu'il se visse à l'envers sur le crâne, comme pour répondre à l'affirmation de son compagnon. Il check rapidement son téléphone avant de le sécuriser dans une des poches de son treillis puis ouvre la marche.
« Let's go ? Première étape, la traversée du village. »
Kagami acquiesce et le suit à travers la localité, un lieu tranquille comme figé dans le temps. En s'y déplaçant, il peine à croire que deux heures encore auparavant, il se trouvait en plein Tokyo, loin des montagnes. Il se sent déjà ragaillardi, le sentiment d'aventure l'appelant vers les sommets qui se dévoilent droit devant eux.
Le regard d’Aomine erre de droite à gauche en contemplant les vieilles bâtisses. Il les connaît comme on connait le village de ses aïeules. Il sait quels jardins sont fleuris, lesquels sont laissés à l'abandon. Les quelques visages qu'ils croisent sont ceux des commerçants, presque familiers. Après le petit bureau de poste, il bifurque à droite pour grimper en direction du temple qui surplombe le village.
En levant la tête, Kagami commence à saisir vraiment à quel genre de montées ils vont avoir affaire, et comprend les recommandations d'Aomine. La randonnée ne sera certainement pas de tout repos, mais ça ne lui fait pas peur. Tandis qu'ils montent vers le temple, il commence déjà à avoir chaud, alors que le soleil caresse sa nuque avec une insistance grandissante.
Aomine emprunte le chemin dallé traversant le jardin de l'édifice spirituel où reposent des tas de figurines en tous genres, censées porter bonheur. Il y en a de partout, jusque dans les arbres qui bordent les allées du lieu. C'est un paysage pour le moins atypique et quelque peu oppressant, avec autant de paires d'yeux tournées vers eux. Il jette un regard en arrière pour voir la réaction de Kagami. Comme il s'y attendait, il peut lire la surprise sur son visage alors qu'il ne sait plus où donner de la tête.
« On aurait dû apporter quelque chose ? Genre une offrande pour nous porter chance ? » demande Kagami avec un rire qui dissimule une pointe d'appréhension.
Il connaît mal les traditions mystiques et religieuses du Japon. Ça lui semble quasi exotique et il trouve ce sentiment dérangeant, comme s'il était un étranger ou un mauvais élève, car il aurait dû savoir toutes ces choses.
« Non, pas obligé, répond Aomine. Depuis que j'ai découvert cet endroit, je l'ai fait qu'une fois. C'est juste qu'on voit pas ça de partout. En dehors des boutiques souvenirs je veux dire.
— Yeah... C'est plutôt étrange... »
Il frissonne légèrement et ils poursuivent leur chemin, laissant derrière eux le temple et ses mystères pour cette fois commencer réellement à s'enfoncer dans la nature sauvage.
La forêt n'est pas encore dense et le chemin est large. De temps à autre, ils ressortent du couvert des arbres pour longer un champ, traverser une ferme. Pourtant ils ne croisent pas âme qui vive, accentuant le sentiment d'être seul au monde. Le silence est loin de régner entre le bruissement des branches et le chant des oiseaux, pourtant la différence avec le tumulte assourdissant de la ville laisse cette impression de calme et de tranquillité qu'ils sont venus chercher.
Kagami s'imprègne des lieux, tous ses sens aux aguets. Il respire à pleins poumons l'air empreint de senteurs boisées, aiguilles de pin et résine, tandis que son regard enregistre les nuances de vert, de brun et de gris que la lumière décline dans les sous-bois. Il écoute le moindre craquement, et bien qu'il n'y ait personne, tout semble tellement vivant autour d'eux. Il a la sensation tenace que la forêt, emplie de présences invisibles, les observe. La sensation est plus intrigante qu'effrayante, en tout cas elle attise sa soif d'aventure. Et alors qu'il prête l'oreille, non loin devant lui, lui servant de guide, il perçoit le souffle régulier d'Aomine et le froissement de son treillis tandis qu'il avance avec assurance sur ce chemin qui lui est de toute évidence familier.
Aomine lève les yeux sur la canopée. Il prend un instant pour se gorger des rayons du soleil qui percent entre les feuilles, marbrant le sol de trouées de lumières au gré de la légère brise. Gamin, il adorait garder le nez en l'air face à ce kaléidoscope naturel, accroché au sac de son père. Il ferme les yeux pour profiter quelques secondes de ce souvenir, le temps que Kagami arrive à sa hauteur. Lorsqu'il l'entend s'arrêter il demande :
« Droite ou gauche ? »
Kagami lui lance un regard interrogatif et éclate de rire :
« Quoi, t'es déjà perdu ?! Pourtant tu sais que je peux pas t'aider dans ce cas-là ! »
Aomine ricane puis délaisse sa contemplation pour le regarder.
« Mais non Baka ! Le sentier se sépare. Les deux branches rejoignent le principal un peu plus loin, c'est le seul endroit où tu pourras choisir. »
Kagami regarde alternativement l'un et l'autre sentier.
« Hm... Gauche ? propose-t-il. Ça a l'air plus joli.
— Excellent choix ! » se réjouit Aomine.
Le chemin de droite est plus court et plus plat aussi. Il n'a pris le sentier de gauche qu'une fois avec son père, attendant qu'il soit assez grand pour passer la difficulté qui les attend. Ils ont une bonne allure, donc largement le temps pour ce chemin-là.
Kagami réalise rapidement la difficulté du chemin, mais il a de l'énergie à revendre et se concentre, tâchant de trouver son rythme de croisière alors qu'il navigue entre les gros rochers qui empiètent sur le sentier et gravit des dénivelés courts mais raides qui tirent sur les muscles de ses cuisses. C'est un effort très différent de ses activités habituelles, quelque chose qui demande davantage d'endurance que de pure puissance, tout en restant attentif à son environnement. Il se fait l'effet d'un explorateur, et sourit en se rappelant leur conversation sur les aventuriers et autres paléontologues.
Les vieux réflexes regagnent Aomine sans qu'il ne s'en aperçoive. Parfois, au lieu de passer entre deux rocs, il en escalade un, saute sur le suivant puis atterrit d'un saut mesuré sur le sentier devant Kagami. Il lui adresse un sourire conquérant en reprenant sa route. Ici, loin de tout, ses pensées se décousent. Ils les laissent dériver entre passé et présent, jouant avec un brin d’herbe entre ses doigts. Il se serait attendu à être triste à ce stade, mais il y a trop longtemps qu'il ne s'est pas adonné à ce plaisir pour laisser la nostalgie gâcher son aventure. Tout simplement heureux et détendu, il se surprend à siffler un air qu'il a en tête, se joignant au concert des oiseaux qui les observent, curieux.
Kagami voit se révéler un nouvel aspect d'Aomine, qui cavale en tête, à l'aise dans un territoire qu'il maîtrise. Comme au basket, mais sans la fibre compétitive, et dans une activité plus portée sur la contemplation. Il sent son compagnon serein, et il le suit tant bien que mal sur le sentier accidenté qui ne cesse de grimper. Il ne perd pas sa concentration et détache son regard d'Aomine pour faire plus attention où il met les pieds, trouvant un plaisir simple et gratifiant dans l'effort. Cette marche sportive a le don de purifier son esprit, de l'ancrer dans le moment présent, et il se sent plus léger à chaque pas qu'il fait vers les hauteurs. Il a hâte de parvenir à un lieu plus dégagé d'où ils pourront observer le panorama.
Bientôt, un tas d'éboulis leur barre la route. La première fois qu'il s'est retrouvé devant, Aomine l'avait trouvé immense. Aujourd'hui pas tant que ça, et puis il connait l'endroit le plus simple pour l'escalader. Il profite d'être bloqué pour faire une pause et boire un coup tandis que Kagami arrive à sa hauteur.
« Ça va ? »
Kagami hoche la tête et s'essuie le front dans son t-shirt.
« Ouais... Effectivement c'est pas du tout repos. » Le rouge observe l'éboulis avec une certaine indécision et ajoute : « Wow, c'était prévu, ça ? »
Aomine suit son regard et opine du chef.
« Yep, c'est plus facile que ça en a l'air. Et juste après on retrouve le chemin initial, plus de terre que de caillasse. Un peu plus loin, il y a une clairière sympa où on pourra manger et faire une pause. C'est ok pour toi, tu te sens de faire un peu d'escalade ? s'assure Aomine qui n'avait pas imaginé le contraire possible jusqu'ici.
— Ouais, ça va le faire », acquiesce Kagami qui prend sa gourde à son tour pour en descendre quelques gorgées avant de s'attaquer à l'ascension. « Je te suis ! » lance-t-il ensuite en rangeant sa gourde.
Le brun l'observe en quête d'un quelconque signe de fatigue, puis lui sourit en réponse, satisfait. Il ajuste son sac à dos et prend soin d'attacher la sangle autour de sa taille pour éviter tout déséquilibre puis longe les gravas jusqu'au flanc de la falaise qui borde le chemin. Les rochers sont massifs et les prises nombreuses par ici. Assez larges pour s'y arrêter sans soucis. Après quelques pas, il regarde par-dessus son épaule pour voir Kagami débuter son ascension. Le savoir derrière lui l'emplit d'allégresse, un sentiment qui lui confère une énergie nouvelle et rend cette randonnée plus facile qu'il ne l'aurait cru, même si physiquement ses cuisses commencent à le tirailler.
Kagami avance dans les pas du brun, faisant bien attention à ses prises. Il n'a pas peur, mais s'il aime les sensations extrêmes, il n'en est pas moins de nature prudente, et ce serait vraiment idiot de se blesser au début de leur randonnée. Cependant, il prend rapidement ses aises et progresse à bon rythme à la suite du brun.
Il ne faut pas longtemps à Aomine pour arriver au sommet du monticule de pierres, mais cette petite étape est toujours grisante à passer. Il se souvient comme il était fier la première fois... Alors qu'il n'était pas vraiment serein, il n'en avait rien montré pour ne pas décevoir son père. Avant de se satisfaire de la vue au-dessus des arbres sous lesquels ils étaient plus tôt qu'offre ce promontoire naturel, il ne lâche pas son compagnon du regard, s'assurant qu'il trouve les bonnes prises. Lorsque ce dernier s'approche de la fin, il lui tend le bras pour le hisser à sa hauteur.
Kagami attrape son bras et atteint son niveau, où il s'arrête et contemple le chemin parcouru en poussant un léger soupir de soulagement. Puis il se redresse et sourit au brun.
« Et tu faisais déjà ça gamin ? »
— Jusqu'à mes 13 ans, on prenait le chemin de droite. Mon père aimait bien me tester mais il a quand même attendu que je puisse atteindre les prises », explique-t-il, le regard perdu sur l'horizon qui s'étend à perte de vue sous leurs pieds.
Kagami suit son regard et se plonge dans cette vision somptueuse, embrassant d'abord le tableau dans son ensemble avant de s'attarder sur les détails, le dessin des crêtes embrumées dans le lointain, les nuances de couleur dans les arbres habillant les pentes escarpées, les nuages épars s'étirant rêveusement dans le ciel bleu...
« C'est magnifique », souffle-t-il.
Aomine sourit. C'est vrai que ça fait quelque chose. Quand il est en hauteur, ici plus particulièrement, il se sent minuscule et paradoxalement tout puissant, au-dessus de tout. Il se penche un peu sur son voisin et pose une main sur son épaule pour le faire pivoter légèrement sur sa gauche. En contre bas, il pointe le temple qu'il devine dans la végétation.
« Tu vois la petite tâche rouge là-bas ? C'est de là qu'on vient. »
Kagami écarquille les yeux et siffle entre ses dents.
« Ah ouais quand même ! Je vais pas dire que j'ai pas senti passer la montée, mais quand même, on se rend pas compte qu'on prend autant d'altitude...
— Et c'est pas fini ! » fait-il remarqué enjoué. « Mais on a bientôt fait le plus gros », le rassure-t-il en pressant un peu son épaule avant de s'écarter.
Kagami sourit, son cœur se réchauffant à ce simple contact. Son estomac gargouille soudain de façon sonore, et il tressaille en se tenant le ventre, embarrassé.
« On arrive bientôt à cette clairière ? J'crois que je suis affamé... »
Aomine ricane tandis qu'il range son téléphone. Satsuki sera contente de voir au moins quelques photos.
« D'ici un quart d'heure. Tu vas pouvoir tenir ?
— Yeah... Let's go. »
Des images de sandwichs dansant la ronde plein la tête, Kagami reprend la marche d'un bon pas, indifférent tout à coup à l'effort exigé par l'ascension.
Aomine s'amuse de cette motivation par la bouffe, mais il mentirait s'il disait ne pas avoir faim. Il guide Kagami à travers les derniers rochers pour retomber sur le chemin promis. Ils se retrouvent de nouveau sous les arbres, avec un sentier moins dégagé qu'au départ et plus étroit. Il faut lever les jambes plus haut pour éviter les ronces et se baisser parfois pour passer sous une branche. La végétation a changé, laissant plus de place aux conifères, plus résistants au froid. Malgré les obstacles, il garde le regard haut pour ne pas manquer le repère gravé sur un tronc qui ne devrait plus être très loin.
Kagami regarde les arbres autour d'eux, savourant le parfum résineux qui embaume l'atmosphère, et quand il trébuche sur une ronce, il attrape par réflexe le sac d'Aomine et parvient à ne pas se casser la figure. Il lâche un petit rire.
« Désolé... Voilà ce qu'on gagne à avoir le nez en l'air... »
Aomine s'immobilise d'instinct, avant de se retourner pour s'assurer que Kagami va bien.
« Ça va ? Tu t'es fait mal ?
— Yeah... Pas de soucis. »
Le rouge lui adresse un sourire rassurant, ne pouvant s'empêcher d'être touché par son inquiétude. Depuis le début, il apprécie ce côté attentionné d'Aomine, mais ces temps-ci, il a tendance à trouver ça de plus en plus craquant...
Rassuré, Daïki reprend la traversée du bois jusqu'à ce fameux tronc marqué. De là, il s'écarte de la piste qui ne fait que longer la clairière sans y passer. Beaucoup de randonneurs passent à côté sans en profiter. Ce qui est dommage et en même temps, tant mieux. Ainsi elle reste préservée et complètement sauvage. Encore quelques mètres et ils débouchent sur un espace dégagé, une prairie d'herbes hautes parsemée des dernières fleurs de l'été mourant. Aomine laisse Kagami passer devant lui pour qu'il découvre les lieux, profitant par la même occasion d'admirer son profil séduit.
Kagami admire les alentours, sauvages et préservés, une beauté simple qui lui procure une profonde sérénité. Il sourit et s'avance de quelques pas avant de se laisser tomber dans l'herbe en poussant un soupir heureux.
« Alors ? Ça vaut le pique-nique sur la plage ? demande Aomine en se délestant de son sac près de lui.
— Ouais, c'est différent mais tout aussi bien, acquiesce Kagami. C'était ton spot de pique-nique aussi avec ton père ?
— Ouais, sous le gros chêne là-bas. Ça nous est même arrivé de croiser des daims une fois ou deux. Y a un ruisseau de l'autre côté, du coup c'est pas rare qu'ils passent par ici.
— Super ! Figure-toi que j'ai déjà vu un ours noir en randonnée à Yellowstone... Mais un daim, jamais ! »
Kagami rigole et s'attaque aux fermetures de son sac pour en extraire la panoplie de sandwichs qu'il a prévue.
« Sérieux un ours ? La chance ! s'exclame Aomine, envieux.
— Il était loin ! Mais c'est vrai que c'était un coup de chance... Je suis allé qu'une fois à Yellowstone. Mais j'avoue qu'avec cette petite randonnée... ça me donne envie d'y retourner !
— C'est pas la réserve où il y a des geysers ?
— Si, c'est ça. Les paysages sont super impressionnants là-bas. »
Il donne la moitié de ses sandwichs à Aomine.
« Voilà pour toi ! Je t'en ai refait au poulet teriyaki puisque t'avais l'air d'aimer ça ! »
Aomine sent son estomac rugir de satisfaction. Il salive déjà, rien qu'à l'énoncé de ce qui l'attend. À présent affamé, il défait l'emballage méticuleux de Kagami et inspire avec gourmandise le parfum de son repas avant de mordre dans le premier sandwich sans aucune retenue. La bouche pleine, il tente un sourire et grogne un merci de contentement, tellement que c'est bon.
Ravi de voir cette expression de bonheur sur le visage du brun, Kagami s'attaque à son propre sandwich de bel appétit. Tandis qu'il mastique une solide bouchée, relève le nez pour contempler le ciel, écoute le vent chuchoter dans les épines des pins, et trouve que l'instant est absolument parfait.
Alors qu'ils sont cachés dans cet écrin herbeux, Aomine profite du silence et de la sérénité de l'endroit, savourant son repas. Non loin, il peut apercevoir les branches tortueuses de l'arbre qui l'a vu grandir et souvent accueilli entre ses bras noueux. Il lui fait l'impression d'une sentinelle silencieuse qui veille sur eux, un peu comme si son père était là, faisant sa sieste au-dessous.
Après son deuxième sandwich, Kagami retrouve sa langue :
« Jusqu'ici, j'adore cette randonnée. Ça fait du bien de prendre de la hauteur... Et puis on dirait qu'on est seuls au monde... C'est plutôt grisant. Merci de m'avoir emmené », ajoute-t-il en adressant un sourire chaud au brun.
Perdu dans ses souvenirs, Aomine est presque surpris d'entendre son ami s'adresser à lui. Il lui sourit doucement à son tour.
« Content que ça te plaise. C'est en partie pour ça que j'adore venir ici, et la rando en général. Quand j'ai besoin d'être tout seul, y a pas mieux.
— J'espère que je trouble pas ta sérénité alors ! » plaisante Kagami en achevant son sandwich qu'il arrose d'une bonne rasade d'eau.
Le sourire du brun se fait plus franc. Évidemment que ça lui fait bizarre de ne pas être seul. Et en même temps, ça a aussi quelque chose de réconfortant. Depuis la mort de son père il ne s'était pas autorisé à partager ce passe-temps, comme si quelque part il avait l'impression de le trahir, de le remplacer. Pourtant l'envie de le vivre avec Kagami a été plus forte que la culpabilité. C'était même plus de l'ordre du besoin que de l'envie.
« Non t'inquiète, je t'aurais pas proposé sinon.
— Yeah, je me doute. Et ça me fait plaisir que tu l'aies fait. »
Kagami le contemple, et tandis que son cœur se remplit de tendresse, il cesse de se poser des questions et se penche pour poser un baiser sur sa joue.
Aomine s'était attendu à recevoir un nouveau baiser. Il se surprend même à être déçu que Kagami n'ait pas visé ses lèvres. Ce qui a le don d'accélérer son rythme cardiaque, autant que le geste en lui-même. Il se sent rougir et se cache derrière sa gourde pour retrouver une contenance. Faire languir Kagami pour le prendre par surprise devient difficile, une part de lui aimerait l'embrasser ici, maintenant. Surtout s'il continue à le regarder comme ça. Mais il a tellement pensé à ce moment qu'il ne veut pas le gâcher. Et au fond, même s'il ne veut pas l'admettre, c'est aussi une façon de gagner du temps, de se préparer mentalement à franchir ce pas qu'il voit plus haut que le mur de rocs qu'ils ont escaladé pour venir ici. Grisant, attirant mais terrifiant.
Kagami observe encore quelques instants le brun visiblement troublé, puis détourne le regard et s'intéresse à son prochain sandwich, en demandant d'un ton nonchalant :
« On sera où à peu près ce soir à ton avis ? Où on va dormir ? »
Aomine regagne son entrain en pensant à leur bivouac, quoique toujours un peu nerveux. En déballant le sandwich suivant il explique la suite de ce qui les attend.
« Un peu plus haut. Je veux pas gâcher la surprise mais on a plus que deux heures de grimpette environ avant d'arriver sur un plateau. De là on aura une vue imprenable sur la vallée.
— Cool ! J'ai hâte d'y être. »
Kagami a les yeux qui brillent à cette perspective, enchanté de découvrir de nouveaux paysages. Et pas fâché non plus à l'idée d'un terrain plus plat pour terminer la journée. Et aussi... il ne peut s'empêcher de penser à leur nuit... partageant la même tente... Ses joues s'embrasent à cette évocation qu'il tente de balayer rapidement en se reconcentrant sur son repas.
Aomine remarque le changement chez Kagami qui évite presque son regard. Il se demande vaguement à quoi il pense mais ravale sa question en poursuivant son repas. Il sent le terrain glissant, et les idées qui lui traversent maintenant l'esprit ont tendance à lui donner chaud.
Une fois sa pile de sandwichs terminée, Kagami s'allonge dans l'herbe, les mains croisées derrière la tête, contemplant le ciel. Son estomac apaisé, il se sent légèrement engourdi, d'autant plus avec le soleil qui le réchauffe, et il laisse ses pensées dériver. Elles lui semblent plus légères maintenant, se détachant pour flotter dans le ciel, et il ne s'inquiète plus de rien, n'anticipe même plus leur soirée... Chaque chose en son temps, et pour l'instant il est juste bien.
Aomine ne sait pas exactement combien de temps il reste là à l'observer avant de l'imiter. Mais il s'allonge sagement dès qu'il surprend son regard parcourir le corps alangui de Kagami. Résistant une nouvelle fois à l'envie de gouter ses lèvres sans défense. Il se cache sous sa casquette pour se protéger du soleil autant que pour se maudire en silence de sa lâcheté. Il se console en imaginant qu'il arrive à rendre son baiser à Kagami, et c'est avec ces images en tête qu'il s'endort sans même s'en apercevoir, bercé par la brise faisant onduler l'herbe autour d'eux et caressant sa peau.
C'est un papillon curieux qui vient troubler son repos, mais il se sent requinqué. En se redressant sur ses coudes il s'aperçoit que Kagami n'est plus là mais il suppose qu'il ne doit pas être bien loin. Il en profite pour aller remplir leurs gourdes au ruisseau qu'il sait pur, alimenté par une source souterraine un peu plus en amont. Il a toujours aimé cet endroit, presque secret et caché des Hommes. Il fait le moins de bruit possible lorsqu'il s'enfonce entre les arbres, au cas où il aurait la chance de croiser un animal venu se désaltérer comme lui.
En rejoignant la clairière, Kagami aperçoit la silhouette d'Aomine accroupie entre les arbres et s'approche pour découvrir un ruisseau qui serpente dans un murmure rafraîchissant. Il ne dit pas un mot mais ne cherche pas à dissimuler sa présence, et s'accroupit aux côtés du brun, prenant un peu d'eau entre ses mains pour s'asperger le visage.
« Goute. » Propose Aomine en lui tendant sa gourde.
Au bord de l'eau il récupère quelque brins d'une plante qu'il connait et qui serviront pour le repas de ce soir. Il aimerait bien trouver des oignons sauvages sur le plateau, ou des champignons avant de quitter les bois pour accompagner les poissons qu'il compte attraper.
Kagami boit quelques gorgées d'eau pure et s'essuie les lèvres d'un revers de main.
« Elle est meilleure que celle du robinet ! » s'exclame-t-il en riant.
Aomine lui sourit avant d'en prendre une lampée.
« Elle peut, elle vient directement de la source.
Kagami le regarde sans se départir de son sourire, captivé par l'aura que dégage Aomine dans cet environnement. Il est autant chez lui ici que sur un terrain de basket, et Kagami découvre une facette plus posée de sa personnalité dans la nature à laquelle le brun semble être si attentif, l'appréciant dans ses petits détails.
Se détachant de sa contemplation, il se relève et rend sa gourde à Aomine avant d'épousseter son pantalon.
« Bon, on s'y remet ? J'ai complètement récupéré, je suis prêt pour une autre ascension ! »
Aomine l'observe par en dessous un instant, heureux de le voir si motivé. Il se doutait que l'activité en plein air lui plairait, mais il ne s'attendait pas à ce que ça lui réchauffe autant le cœur. Son air déterminé et volontaire, c'est un des traits de caractère du jeune homme qui ne le laisse pas indifférent. À présent il est en mesure de le comprendre un peu mieux. Ce feu en lui l'attire comme un aimant, comme un papillon de nuit attiré par la lumière. Il se redresse souplement et sans réfléchir il saisit la main de Kagami pour le guider au centre de la clairière où leurs sacs les attendent.
Surpris par ce geste, Kagami a l'impression qu'un courant électrique se transmet directement entre leurs paumes. Après un instant où il reste saisi, il presse doucement la main du brun dans la sienne, son sourire s'élargissant tandis qu'ils regagnent trop vite la clairière où il doit le lâcher à regret pour remettre son sac à dos.
Il réalise son audace une fois que la chaleur de Kagami quitte sa prise. Il préfère ne pas s'y attarder, ni se poser de questions. Il l'a fait parce que ça lui semblait naturel, et son ami ne s'est pas dérobé. C'était plus facile et plus spontané que lorsqu'il avait passé son bras autour de ses épaules l’autre soir, et ce simple constat suffit à lui redonner un peu confiance. Suivre son instinct... Ça fonctionne toujours.
Ils se dirigent d'un bon pas vers la sortie de la clairière, regagnant le chemin de randonnée qui se remet presque aussitôt à grimper assez raide. Kagami reprend son rythme doucement, sans forcer tandis que son corps se réchauffe peu à peu. Même si cette activité physique est différente de celles dont il a l'habitude, en tant que sportif il sait comment doser son effort et connaît ses propres ressources. Et son côté raisonnable s'occupe du reste. Mais cela n'empêche pas son côté moins raisonnable de s'enthousiasmer à l'idée de ce qui l'attend là-haut, et inexorablement il commence à accélérer le pas.
Aomine retrouve les sensations de l'effort constant qui sollicite absolument tous ses muscles. S'il préfère ce genre d'activité plutôt que la musculation qui cible une zone précise, c'est justement parce qu'il est entièrement focalisé à sa tâche, dans le contrôle et attentif à tout son corps. À la différence du basket où il doit rester concentré sur le jeu et ses adversaires, s'adonner à cet exercice en plein air, loin de tout le reste lui offre l'occasion d'entrer dans un état quasi méditatif qui s'étend à son esprit, l'obligeant à être présent et ancré, en privé avec lui-même. Et c'est libérateur.
Mais il n'est pas seul aujourd'hui, alors il garde une partie de sa conscience en veille sur Kagami. À l'affut du rythme de ses pas et de son souffle de plus en plus proche derrière lui. Il jette un regard en arrière pour constater qu'il le talonne et il n'en faut pas moins pour réveiller son esprit de compétition. Sans se lancer dans une course, il pousse plus fort sur ses appuis pour se caler sur sa cadence. À cette allure, ils arriveront plus tôt que prévu à destination, mais ça ne laissera que plus de temps pour en profiter.
Kagami ne relâche pas ses efforts quand il constate qu'Aomine a également accéléré le rythme. Il le suit de près, se synchronisant sur lui. Il lui sert de repère dans son environnement accidenté et imprévisible, lui facilitant la progression. Bientôt, une certaine harmonie s'établit entre eux et ils avancent à bonne allure. À part quelques bruissements d'insectes et trilles d'oiseaux, dans le silence de la montagne, on n'entend que leurs respirations concentrées.
Aomine s'essuie le front en avisant le virage devant lui, la dernière ligne droite et la dernière pente. Pas des moindres... Il inspire profondément pour reprendre un peu son souffle. Son regard luit de fierté et de défis lorsqu'il se pose sur Kagami qui a suivi sans broncher et avec plus d'aisance que celle à laquelle il s'était attendu. Pour une première, il doit dire qu'il l'impressionne.
« J'espère que t'en as encore dans les mollets, ça se corse devant. » prévient-il.
Kagami lève les yeux pour contempler la pente qui les attend, prenant la mesure de l'effort qui lui reste à fournir. Imitant Aomine, il prend une grande inspiration et hoche la tête d'un geste ferme, déterminé.
« Ça va le faire, assure-t-il.
— J'en étais sûr... » souffle Daïki plus pour lui-même.
Cet aspect téméraire et qui ne refuse jamais un challenge. Jamais encore il n'avait rencontré quelqu'un prêt à le suivre dans sa quête d'adrénaline. En entamant l'ascension il prend conscience qu'il avait besoin de tester Kagami, de s'assurer que ce qu'il pressentait était réel et non pas le fruit de son imagination ou de sa propre volonté. Exactement comme il l'a fait en le défiant au basket dès leur rencontre.
Le rouge croit sentir l'approbation d'Aomine dans ce murmure, et il sourit, content de lui. Il ne savait pas vraiment à quoi s'attendre en venant ici, mais il était sûr qu'il voulait suivre le brun jusqu'au bout, et partager l'aventure avec lui sans se laisser distancer. Et il est heureux d'être en capacité de le faire. Son enthousiasme renouvelé, il se lance à la suite du brun tandis qu'ils gravissent la pente. Ses muscles s'échauffent et le tiraillent, mais il a encore de la réserve et ignore la douleur alors qu'il poursuit son ascension.
Un caillou se dérobe sous le pied d’Aomine et le contraint à étirer sa jambe en une fente douloureuse. La glissade lui arrache un grognement sourd, son muscle proteste violement lorsqu'il le sollicite au pas suivant mais il serre les dents tandis qu'il poursuit, non sans prévenir son compagnon.
« Attention, caillou ! »
Kagami a sursauté quand il a vu Aomine perdre ses appuis, et il s'assure de rester stable tandis qu'il reprend son ascension.
« Thanks ! Tu t'es pas fait mal ? »
Le brun espère que non, mais à chaud la douleur s'estompe déjà.
« Nan t'inquiètes, ça va. »
Kagami acquiesce et ils continuent la montée sans autres obstacles majeurs, et c'est pantelants qu'ils parviennent au sommet, sur le plateau dont avait parlé Aomine. Kagami pose les mains sur ses genoux pour reprendre son souffle, et jette un coup d'œil derrière son épaule pour jauger le chemin parcouru.
« Pfiou ! Sacrée montée ! »
Aomine a beau la connaître, la vue lui coupe toujours le souffle. C'est vrai qu'ils en ont bavé mais face à l'immensité qui se déploie face à eux, il se souvient pourquoi. La récompense vaut mille fois l'effort... D'ici on ne peut pas encore voir le mont Fuji, mais la tâche turquoise miroitante au creux de la vallée laisse deviner le lac qu'ils vont longer et surplomber pour le reste de la randonnée. Sans parler du panorama sur la chaîne de montagnes se prélassant au soleil, dans leur tranquillité sereine et silencieuse.
« Une vue pareille ça se mérite... » Souligne-t-il sans parvenir à détacher son regard de l'horizon, le souffle encore court.
Kagami relève la tête pour regarder autour de lui et il marque un temps d'arrêt, frappé d'émerveillement devant le paysage qui se déploie devant lui. Il s'avance à la hauteur d'Aomine et passe un bras autour de ses épaules, un immense sourire sur les lèvres.
« C'est magnifique. Ça valait bien l'effort. »
Aomine sent le poids sur ses épaules et il frémit presque à ce contact inattendu alors qu'il s'imprègne de la majesté des lieux. Absorbé par sa contemplation, son cœur s'emballe malgré tout, rendant ce moment encore un peu plus magique que d'habitude. En silence, il récupère son portable dans la poche de son treillis et invite Kagami à se tourner en glissant son bras dans son dos. Un immense sourire aux lèvres, il prend un selfie d'eux sur le sommet du monde.
Kagami, qui déteste d'ordinaire être pris en photo, ne fait pas sa mauvaise tête cette fois – au contraire, il offre un beau sourire à l'objectif. C'est... leur premier souvenir ensemble immortalisé. Ce constat accélère son rythme cardiaque déjà emballé par l'effort, et il lâche un petit rire euphorique. Ce n'est pas si fou et pourtant il a l'impression d'être un explorateur qui aurait battu un record d'escalade.
« Tu m'enverras la photo ! » dit-il en pressant le brun contre lui un instant avant de le relâcher et d'avancer sur l'étendue plus ou moins plane, tournant la tête dans toutes les directions en tentant de graver la configuration des lieux dans sa mémoire, pour ne jamais oublier ce premier souvenir... Car il compte bien revenir randonner ici dès qu'il en aura l'occasion.
Aomine observe le cliché de longues secondes avant de ranger précieusement son butin. La brise plus fraîche et plus prononcée ici vient ébouriffer les cheveux déjà fous de Kagami qui se gorge de la vue, tandis qu'il se délecte de lui. Minuscule face à la puissance de la nature, et pourtant fier et droit, se détachant nettement dans le paysage gigantesque. Son cœur bat toujours vite et fort dans sa poitrine lorsque Kagami lève le visage vers le soleil pour en apprécier la douce chaleur. Dans l'euphorie post effort, l'esprit libre et saturé d'endorphine, cette fois il ne résiste pas. Ses pas le guident vers lui, ses membres semblant guidés par leur volonté propre. Il profite de ce moment de vulnérabilité avant que son courage ne disparaisse, emporté par le vent. D'une main ferme, Daïki saisit la nuque de Kagami et vient doucement poser ses lèvres sur celles qui le hantent depuis qu'elles lui ont dérobé leur premier baiser. Dès qu'elles entrent en contact, il sent sa poitrine sur le point d'exploser, réalisant pleinement ce qu'il est en train de vivre.
Kagami se fige sous ce baiser si inattendu qu'il provoque un choc profond. Il met quelques instants à comprendre qu'Aomine l'embrasse, puis relève les bras pour l'enlacer, pressant ses lèvres entre les siennes tandis qu'il peut sentir battre son cœur dans sa gorge, dans son ventre, pulser dans tout son corps. Des frémissements électriques parcourent ses nerfs tendus, lui donnant l'impression que sa peau s'épanouit, devenant une vaste surface sensible et réceptive au moindre souffle de vent. Il relâche ses lèvres pour mieux les happer de nouveau, il lui semble que le vent les rapproche encore et se noue autour de leurs corps enlacés, les rendant plus légers, comme prêts à s'envoler.
Finalement, Kagami se recule légèrement, se plongeant dans les yeux du brun. Il ne dit rien, se contentant de le serrer dans ses bras, réalisant doucement ce qui vient de se passer. Et dans son étreinte ferme, sa main plus légère se promenant entre ses omoplates, il tente de lui faire sentir à quel point il tient à lui.
Aomine a la tête qui tourne. Ce baiser lui a donné le vertige et il se sent fébrile, comme si lutter contre cette envie vorace et y céder enfin l'avait laissé sans force. Il s'agrippe à la taille de Kagami autant pour lui rendre son étreinte que pour se stabiliser. Son pouls faisant palpiter son cou et martelant ses tempes, il lui faut un moment pour atterrir. Perdu dans le regard de Kagami, un sourire presque incrédule fleurit sur ses lèvres. Il se demande vaguement ce qui lui avait tant fait peur alors qu'il n'a qu'une envie, recommencer. Son pouce caresse sa nuque dorée et s'égare sur la ligne de sa mâchoire si bien dessinée tandis qu'il plante un nouveau baiser plus léger sur sa bouche offerte. Puis il finit par le lâcher, empli d'un sentiment d'accomplissement, de fierté et d'allégresse, heureux de laisser ce secret aux montagnes.
Kagami n'entend plus le silence qui enveloppe le plateau, seulement son cœur qui pulse sourdement dans ses oreilles. Il inspire un grand coup pour retrouver son calme, mais est-ce qu'il a vraiment envie de se calmer ? Ce sentiment d'euphorie qui le gagne est grisant, étourdissant. Il ne se souvient plus de quoi il avait si peur il y a quelques jours, tout s'est évanoui dans l'évidence de ce baiser.
Il ne laisse pas Aomine s'éloigner trop et attrape sa main tandis qu'ils reprennent la route. Il a l'impression que son sac ne pèse plus rien et même le sol lui semble différent, comme s'il marchait sur un nuage. Il laisse son regard dériver de nouveau autour de lui sur les paysages majestueux, avant de retourner sur Aomine qui lui apparaît encore plus beau dans cette lumière.
La paume de Kagami dans la sienne le garde sur terre, dans la réalité où il a embrassé un homme, et aimé ça plus que de raison. La marche quant à elle l'aide à se concentrer, à ne pas céder à ce qui bouillonne en lui et qu'il a un peu de mal à identifier. L'air est moins riche en oxygène en altitude, ce qui l'oblige à prendre de plus grandes inspirations. Quoique ... il n'est pas certain de devoir son souffle court uniquement à la hauteur. Malgré sa beauté, il voit le panorama sans le voir, revivant la scène en boucle dans son esprit. Il a enfin osé... Comme pour s'en persuader, il sert un peu les doigts de Kagami dans les siens alors qu'ils arpentent le sentier accidenté.
Kagami sourit en sentant la main d'Aomine se presser sur la sienne. Il l'a surpris, à initier le baiser à ce moment-là... Mais il en est ravi. Jusqu'à maintenant, il craignait de le brusquer ou le braquer. Mais de toute évidence, le contact passe bien entre eux... et ce rapprochement physique semble les satisfaire autant l'un que l'autre. À cette pensée, son cœur se remplit de bonheur. Il n'aurait jamais osé y croire... Même quand il avait un peu d'espoir, jamais il ne s'est projeté à ce point. Il savait au fond de lui que cette fois, c'était particulièrement important. Aomine est spécial.
Kagami sourit à cette pensée, il sent son compagnon troublé, un peu essoufflé, mais ils prennent leur temps cette fois, avançant à une allure plus réduite que ce matin. Et ça lui va bien, ce rythme de promenade lui permet de rêvasser de tout son soûl et de profiter de cette randonnée, d'Aomine, de ce moment qu'il veut graver dans sa mémoire.
Chapter Text
Tandis qu'ils avancent en silence sur le chemin qu'il connait par cœur, Aomine s'égare dans ses souvenirs. Jamais en arpentant son parcours fétiche ces dernières années il ne s'était imaginé le faire de nouveau en duo, et encore moins tomber sous le charme d'un homme. Il fouille dans sa mémoire les moments de partage et les rares discussions importantes qu'il a eu ici même avec son père. Cherchant parmi elles un indice, un mot, une phrase qui pourrait lui indiquer ce que son père en penserait...
Il sait parfaitement que c'est le genre de questions qui pourrait l'empêcher d'avancer avec Kagami. Parce qu'elles son vaines et resteront sans doute sans réponses. Et puis même s'il en avait, Daïki n'est pas certain de vouloir les découvrir. C'est seulement qu'ici, plus que nulle part ailleurs elles s'imposent à lui et le tourmentent. Et si son père n'approuvait pas ? Le voyait d'où il est et lui en voulait ? Il s'arrête presque de marcher à cette dernière pensée qu'il préfère refouler. Il lève le regard sur le paysage qui s'étend devant lui, immuable et chargé de cette aura de puissance qui l'encre de nouveau dans le présent. Il se calme un peu grâce aux montagnes et à la chaleur de la main toujours dans la sienne, qui semble le retenir alors qu'une infime part de lui a envie de fuir.
Quand il sent Aomine ralentir le pas, le rouge tourne la tête dans sa direction et s'exclame :
« Me dis pas que c'est toi qui es fatigué en premier ! La sieste a pas été assez longue ? » le nargue-t-il, mais son sourire reste doux.
La voix de Kagami l'a tiré de ses pensées devenues moroses sans prévenir. Il met un instant à comprendre qu'il se moque de lui puis lui sourit en retour.
« Nan je suis en pleine forme ! J'étais juste ailleurs », admet-il sans s'étaler.
Kagami hoche la tête dans un sourire, et n'insiste pas. Il a bien assez à penser de son côté pour ne pas trouver le silence pesant, et il ne lâche pas la main du brun tandis qu'ils reprennent une allure un peu plus rapide, progressant à travers le plateau alors que le soleil se dirige lui aussi avec constance vers l'horizon. Kagami se demande s'il fera très froid cette nuit... Il a prévu de quoi se protéger, mais tout de même. Il n'a jamais dormi en altitude. Il espère que le temps restera clair... On doit voir plein d'étoiles d'ici, et il a hâte de contempler ce spectacle.
Au fur et à mesure qu'ils avancent, le chemin commence à descendre en direction des berges du lac miroitant dans le creux de la vallée. Après un grand virage qui les fait virer de cap, la vue qu'il avait promise à Kagami se dévoile. Plus haut que les autres, la tête dans les nuages, le mont Fuji les accueille. Un sourire vient illuminer le visage du brun, comme s'il revoyait un vieil ami après une longue absence.
« On est bientôt arrivés, regarde... »
Kagami s'arrête pour observer le paysage, admirant la beauté du lac qui reflète le ciel et les montagnes environnantes. Il relève les yeux vers le mont Fuji, trônant dans une légère brume.
« C'est vraiment sublime. Et donc c'est dans ce lac-là que tu comptes pêcher ? »
Aomine acquiesce fièrement, soudain impatient de s'y mettre.
« Lui-même ! Tu voudras essayer ?
— Pourquoi pas, répond Kagami avec un sourire. Et du coup on campe au bord du lac ?
— C'est ça. Tu vois jusqu'où descend le sentier ? Vers le bois là-bas, il y a un spot parfait.
— Ok. Let's go ! »
Enthousiaste, Kagami reprend la route à bon pas, traînant presque Aomine derrière lui dans son impatience de découvrir l'endroit où ils vont se poser.
Amusé par son regain d'énergie, Aomine se laisse embarquer, profitant d'être un peu en retrait derrière lui pour l'observer. Son regard suit ses mouvements assurés, le balancier régulier de ses hanches et vient caresser leurs mains toujours liées. Une bouffé de chaleur s'épanouit eu creux de son ventre à cette vision pourtant anodine.
À cette allure, il ne leur faut pas longtemps pour atteindre le terrain plus plat qui borde le point d'eau. Il laisse un instant à Kagami pour en admirer la pureté et son nuancier de couleurs tirant du bleu au vert avant de l'inviter doucement vers le bosquet.
Kagami découvre un bois paisible donnant sur les berges du lac. S'il n'avait pas peur que l'eau soit glacée, il irait bien piquer une tête. Il peine à croire que c'est ici qu'il va passer la nuit, ça a un côté si... romantique. La pensée le fait sourire. En tout cas, ils seront seuls au monde... Partir ici en solo, ça doit être plutôt impressionnant. Mais avec Aomine il n'a peur de rien, et puis, il se fie entièrement à l'expertise du brun.
Il se rappelle ce que son père lui a expliqué la toute première fois qu'ils sont venus camper ici. Il lui a appris à s'orienter pour connaître le sens des vents, où serait le soleil au matin, et comment choisir l'emplacement le plus à l'abri possible. Il évite donc la petite plage de gravier et se rapproche du couvert des arbres. Rapidement il trouve le foyer qui leur servira pour le feu, vestige de ses dernières visites.
Dans un soupir, il dépose son fardeau au sol et s'étire le dos en grognant de contentement. Il est encore tôt, ils ont le temps d'installer le campement avant la nuit. En saisissant sa gourde il lance :
« On a bien mérité une petite pause non ?
— Ouais... Je suis d'accord. » Kagami pose son sac et inspecte les alentours avec curiosité, avant de se tourner de nouveau vers le brun. « Je sens qu'on va super bien dormir ici !
— Si la météo change pas, y a de grandes chances », confirme-t-il en s'approchant de l'eau frémissante sous la brise.
Le rouge le suit et s'assoit au bord de l'eau, soupirant d'aise tandis qu'il laisse son regard dériver sur la surface translucide.
« T'es déjà allé te baigner dans ce lac ou c'est vraiment trop froid ? » demande-t-il.
Aomine adresse un sourire taquin à Kagami avant de délasser ses chaussures.
« Ça m'est arrivé... pourquoi t'es du genre frileux ?
— Un peu... » Il se penche pour tremper ses doigts dans l'eau et un frisson le parcourt. « C'est glacé ! »
Aomine s'esclaffe en voyant la mine effarée de son voisin, puis il ôte ses chaussettes. Doucement, il étend ses jambes et remonte son treillis sur ses mollets pour ne pas le mouiller. Il sert les dents à la morsure du froid mais se détend rapidement. Rien de mieux après une longue marche. C'est son petit rituel, peu importe la période de l'année. Et puis c'est connu de tous les sportifs de haut niveau, le froid aide à récupérer plus vite.
« Essaie, ça fait du bien tu verras. »
Kagami fixe ses pieds nus dans l'eau froide, doutant très sérieusement du bien-fondé de cette affirmation. Puis, avec une certaine réticence, il finit par retirer chaussures et chaussettes et plonge un orteil dans l'eau, peu convaincu.
« Ça pique au début mais tu seras vite anesthésié. Le mieux c'est quand on en sort, ça donne la sensation de flotter et de pouvoir repartir sans problème », explique Aomine en barbotant tranquillement.
Kagami réplique par un grognement et consent finalement à plonger ses pieds dans ce bain glacé. Il serre les dents quelques instants, puis commence à se détendre doucement.
« Je sais pas comment ils font, les poissons... » marmonne-t-il.
Aomine ricane. Ne sachant trop quoi répondre à ça. Ce n'est pas comme s'ils pouvaient comparer avec les températures du Pacifique... Les poissons d'ici sont acclimatés eux, contrairement au tigre californien. Il change de sujet pour tenter de détourner son attention.
« T'as géré aujourd'hui. Pour une première tu peux être fier de toi. C'était pas la plus facile des randos... »
Kagami relève la tête et s'illumine au compliment qui lui fait chaud au cœur. Il se passe une main dans les cheveux, souriant avec une certaine timidité.
« Thanks... Je savais pas trop comment j'allais réagir, mais finalement ça s'est super bien passé. Je suis content. T'as même pas eu à m'attendre ! »
Aomine lui sourit, sincèrement content que ça lui ait plu.
« Oui j'ai vu. T'avais raison, le fait d'être sportif t'a aidé, mais les courbatures sont pas exclues...
— Dans ce cas, tu me feras un massage ! » lance-t-il spontanément avant de sentir la chaleur lui monter au visage.
Le brun se tourne vers lui, surpris par la demande. Mais quand il voit l'air gêné de Kagami il ne peut s'empêcher de rire.
« Si ça peut m'éviter de te porter au retour... » se moque-t-il en lui donnant un petit coup d'épaule.
Kagami grimace.
« Bah, j'ai l'habitude des courbatures. Et puis... j'ai essayé de me restreindre dans mes achats mais j'ai quand même pris du gel d'arnica ! Je me suis dit que ça pourrait nous être utile. »
Aomine secoue la tête sans se défaire de son sourire. Il s'en serait douté.
Il resterait bien là jusqu'au départ, mais il se dit que le campement ne va pas se monter tout seul. À regret il se redresse et s'étire encore en sortant de l'eau. Il se sent revitalisé, assez pour faire ce qui doit être fait. Mais la fatigue ne va pas tarder à tomber sur eux, comme la nuit.
« Tu viens ? On va monter la tente », dit-il en proposant son bras à Kagami pour l'aider à se lever.
Le rouge s'agrippe au bras tendu et se hisse sur ses jambes, puis le suit direction le campement.
Tandis qu'il déballe le nécessaire, il se concentre pour être méthodique. Les activités manuelles vont l'aider à se canaliser, car la perspective de passer la nuit ici avec Aomine l'enchante, mais le rend fébrile également. Après tout, la seule fois où ils ont dormi ensemble, il était dans le canapé et Aomine totalement pinté dans son lit. Là, ils vont être seuls tous les deux dans l'espace étroit de la tente... Non, définitivement, il ne vaut mieux pas trop s'attarder sur cette pensée.
En quelques indications ils parviennent à se coordonner, si bien que la tente est sur pied en quelques minutes. Le brun enfonce la dernière sardine dans la terre meuble puis vérifie les cordages avant d'installer les tapis qui feront office de matelas. Pas assez épais pour assurer un confort digne de son lit adoré mais au moins, ça les isolera du froid et atténuera les inégalités du sol. Satisfait de leur travail il sourit à Kagami, poings sur les hanches.
« T'es prêt pour la mission suivante ?
— Ouais ! C'est quoi ? Préparer le feu ? demande Kagami, masquant mal son impatience.
— Bingo. Il nous faut du petit bois et des grosses buches pour cette nuit. »
D'un geste de la main il invite son compagnon à le suivre dans le sous-bois qui leur sert d'arrière-cour. Il ramasse rapidement deux branches pour lui montrer celles qui conviendront le mieux à allumer le feu. Puis ils partent chacun en quête, sans trop s'éloigner de la lisière.
Kagami sélectionne avec soin les branches lui paraissant fournir le meilleur carburant, assidu à la tâche mais perdant un peu de temps en tergiversations. Il garde un œil prudent sur le brun, il n'a aucune envie de se perdre bêtement et de mourir d'hypothermie dans les bois alors qu'il pourrait être au chaud dans cette tente avec Aomine, et... Il se secoue, se rabrouant pour ses nouvelles divagations, puis finit par revenir au campement où Aomine a déjà rapporté sa part.
Aomine inspecte brièvement les rameaux rapportés par son ami en lui indiquant le tas qu'il a commencé puis repart à la recherche de plus gros morceaux qui leur assureront une nuit douillette. Il préfère avoir le stock, puisque Kagami lui a avoué être frileux. Il craint que les températures viennent gâcher son expérience qui jusque-là, a l'air de beaucoup lui plaire.
Pendant qu'Aomine repart dans les bois, Kagami commence à organiser l'intérieur de la tente, disposant les sacs de couchage, accrochant une lampe, posant des gourdes et tout le nécessaire pour passer une nuit confortable et tranquille. Il sait que ce ne sera pas le grand luxe, mais ça lui est bien égal. Il a hâte de découvrir le silence des nuits en montagne.
Dans ses aller-retour, Aomine récupère des branches qui pourraient convenir à la création d'un support de fortune à la marmite. Lorsqu'il est content de son tas de bois, il s'attèle à disposer savamment quelques branches fines et de l'écorce dans le foyer. Puis il tâte ses poches à la recherche de sa pierre à feu, sans succès. Il passe alors la tête dans l'ouverture de la tente et s'arrête en constatant que Kagami a su en faire un endroit confortable avec peu, alors que d'ordinaire, il s'accommode de moins.
« Elle fait plus grande rangée comme ça, remarque-t-il dans un sourire appréciateur. Tu peux m'attraper mon sac s'te plait ? »
Kagami attrape son sac et le lui tend, ravi du compliment.
« Thanks. On sera aussi confortables que possible en dormant dehors ! » s'exclame-t-il avant de se détourner pour terminer son petit aménagement.
Aomine apprécie le geste. Il se surprend même à penser ce que Kagami pourrait inventer en plein été pour améliorer sa couchette, s'il devait dormir sans tente à la belle étoile. Peut-être qu'il aura l'occasion de le découvrir s'ils reviennent ici lorsque les températures seront plus propices.
En attendant ce jour prochain, il trouve son silex dans l'une des multiples poches de son sac. Il doit s'y prendre à trois ou quatre reprises pour obtenir des étincelles qu'il transforme rapidement en flamme. Avec délicatesse, il nourrit son départ de feu en prenant garde à ne pas l'étouffer. Lorsqu'il entend le crépitement caractéristique des branches sèches qui se consument, il s'autorise une petite pause. Le sourire aux lèvres, il admire son œuvre, fasciné par les mouvements hypnotiques des flammes grandissantes.
Kagami le rejoint en entendant le crépitement des flammes, et passe un bras autour de ses épaules, contemplant son œuvre.
« Quelle maîtrise du feu ! » siffle-t-il sans même se moquer, admiratif du joli petit brasier.
Le brun ne bronche pas sous le contact, il se fige seulement une demi seconde de surprise avant de se détendre. Le compliment lui fait plaisir mais il se doit de rétablir la vérité. Il présente son outil à Kagami et lui montre que ce qu'il a fait n'est en rien un exploit.
« Un coup de main à prendre, dit-il simplement en haussant les épaules toujours enveloppées d'un bras puissant.
— Quand même, faut avoir la technique ! sourit Kagami. Et dis-moi... Tu pêches ce soir ? On a encore un peu de temps avant le coucher du soleil.
— Ouais j'allais m'y mettre. Je le sens bien, répond-il en souriant, les yeux rivés sur le lac. Tu peux venir essayer ou profiter du campement, comme tu veux.
— Je vais au moins regarder comment tu t'y prends ! »
Kagami pose un baiser dans ses cheveux puis s'écarte pour le laisser prendre ses affaires, impatient de le voir pêcher.
Le brun reste un instant interdit face à cette nouvelle marque d'affection. Un frisson lui coule dans la nuque à la sensation des lèvres chaudes de Kagami sur le haut de sa tempe. Troublé, il se baisse et fouille dans son sac à la recherche de son étui et la boite d'appâts qu'il a préparé avant de venir. Ensuite il rejoint la berge, la longe en direction de l'Ouest jusqu'à son spot favori. Un énorme rocher fait office de promontoire et plonge directement dans une zone du lac un peu plus profonde. Il y grimpe en quelques enjambés, vérifiant par-dessus son épaule que Kagami le suit toujours sur son perchoir. Un fois en haut, il ouvre l'étui contenant sa canne à pêche. Heureusement, la ligne est déjà montée, il n'a plus qu'à tout assembler.
Kagami escalade le rocher puis contemple le lac qui s'étend à leurs pieds, prenant une grande bouffée d'air pur. Affichant un sourire heureux, il s'assoit au bord en laissant ses pieds se balancer dans le vide.
« C'est super, ici, constate-t-il. J'ai vu que t'as pas hésité un instant... C'est toujours là que tu viens pêcher ? »
Aomine se concentre et lance sa ligne le plus loin possible d'un geste ample et vif. Il s'assure que son bouchon flotte correctement avant de s'assoir aux côtés de Kagami pour lui répondre.
« En fin de journée oui. J'ai le soleil dans le dos et d'ici j'ai une vue sur le campement et le sentier. Et c'est aussi un super plongeoir, ajoute-t-il avec un sourire taquin.
— Tu sautes d'ici ?! s'étonne Kagami, se penchant pour regarder vers le vide. C'est haut quand même !
— Pas tant que ça », avoue le brun en reportant son attention sur son bouchon.
Le petit flotteur est facilement repérable pour l'instant, l'eau d'un bleu azur tranchant avec ses couleurs vives. D'ici une heure, avec le coucher du soleil, les reflets et scintillements dorés rendront sa tâche plus ardue. Alors autant être efficace dès à présent.
Kagami se détend, laissant son regard dériver sur les eaux translucides. Puis, il renverse la tête pour se plonger dans le ciel d'un bleu plus clair, bien qu'il commence à s'assombrir à mesure que le soleil décline. Et en tendant l'oreille, il n'entend absolument rien d'autre que le vent qui frissonne dans les bois et un clapotis occasionnel. Toutes les perspectives sont ouvertes autour d'eux, rien n'arrête le regard, lui procurant un sentiment enivrant de liberté.
Le silence s'installe entre eux, mais ça ne le dérange pas. En plus, il ne veut pas troubler la séance de pêche d'Aomine – il paraît que les poissons s'effraient facilement. Alors il se contente de balancer ses pieds dans le vide, jetant de temps en temps un œil en direction de leur campement pour vérifier que tout est bien en place.
Focalisé sur sa cible, Aomine en oublie un peu le reste. Comme si le fait de se concentrer intensément allait faire mordre plus sûrement les poissons. C'est un vol d'oiseaux qui le distrait et attire son regard. Il suit les deux volatiles dans leur course qui ressemble à s'y méprendre à un jeu. Alors qu'ils deviennent deux points noirs indistincts, il reprend conscience de son environnement. De la présence à ses côtés. Les montagnes dressées entre eux et le reste du monde, la pureté du lac qui ne saurait mentir, la nature dans sa plus grande quiétude, immense et vierge. Il inspire une grande bouffée d'air qu'il exhale lentement. Chez lui... lui murmure la brise.
De son côté, Kagami reste silencieux, se contentant d'apprécier le calme des lieux. Aomine l'observe du coin de l'œil tandis qu'il reporte son attention sur le bouchon au bout de sa ligne. Le sourire heureux de son voisin est contagieux, contaminant son visage du même bonheur simple.
Kagami émerge de sa rêverie alors qu'il entend un clapotis plus sonore et tourne la tête en direction de l'appât, et pousse une exclamation étouffée :
« On dirait que t'en tiens un ! »
Aomine acquiesce d'un hochement de tête, déjà affairé à ramener sa prise. Il laisse le poisson partir pour être sûr que l'hameçon ne se décroche pas puis tire sa canne en arrière en moulinant vivement. Il réitère le geste jusqu'à ce que le poisson émerge de la surface de l'eau. Une prise correcte d'une vingtaine de centimètres et peu coopérative. Il se bat encore un instant, puis finit par attraper l'animal qui se balance au bout de sa ligne, frétillant d'indignation. Dans un sourire victorieux, il le présente à Kagami.
« Et d'un ! »
Le rouge l'examine d'un œil critique, visualisant déjà la découpe et la cuisson.
« Hm ouais ça m'a l'air plutôt pas mal ! Mais j'ai faim, il nous en faut d'autres ! »
Aomine ricane tandis qu'il décroche sa proie pour installer un nouvel appât. Il s'apprête à lancer la ligne lorsqu'une idée lui vient. Il ne se laisse pas le temps de réfléchir ni d'être déstabilisé par son envie. Cette fois il agit sans tergiverser, rassuré par l'écrin familier et emporté par sa joie d'être ici. Il se place derrière Kagami, se rassoit en glissant ses cuisses de part et d'autre des siennes puis lui met sa canne entre les mains sans la lâcher pour autant.
« J'te montre ? » souffle-t-il à l'oreille du tigre.
Kagami frissonne, il peut presque sentir la chaleur d'Aomine irradier dans son dos. Son cœur se met à battre fort dans sa poitrine tandis qu'il s'agrippe à la canne à pêche pour ne pas que ses mains tremblent. Il déglutit et acquiesce en balbutiant un peu :
« OK... Montre-moi. »
D'un mouvement de balancier, Aomine montre le geste du jeté à Kagami. Il l'incite à prendre le bout de la ligne de son autre main pour essayer, l'accompagnant en douceur sans influencer son lancer quelque peu hésitant. Il observe la courbe qu'emprunte l'hameçon avant de plonger dans l'eau avec entrain.
« Pas mal ! assure-t-il, fier de son élève. Plus qu'à attendre et surveiller maintenant. »
Kagami hoche la tête, le regard rivé sur le flotteur, un peu tendu dans cette proximité physique inattendue. Aomine est décidément imprévisible, le prenant chaque fois au dépourvu dans la manière dont il initie les rapprochements, alors qu'il semble intimidé chaque fois que c'est lui qui tente. En y pensant, un sourire se dessine sur ses lèvres. Ils se tournent autour comme s'ils vivaient leur premier crush, tour à tour confus, joueurs, entreprenants ou hésitants.
Kagami entre ses bras, sans rien d'autre à faire que d'observer le même point que lui à la surface de l'eau en inspirant son parfum chaud et musqué, Aomine a tout le temps à présent de penser à son geste impulsif. Il se dit que ce n'est pas plus mal que Kagami ne puisse pas voir son visage, car il n'en mène pas large. Son cœur bat la chamade et il doit lutter de toutes ses forces pour ne pas enfouir son nez dans le creux de son cou qui semble prêt à l'accueillir. Il s'évertue à reprendre contenance en donnant des explications au rouge, attentif.
« Si tu le vois bouger, attend un peu. Parfois ce sont juste des petits curieux. Laisse-le couler entièrement avant de réagir. »
Kagami hoche la tête. Le souffle du brun dans son cou le déconcentre, mais il n'a pas vraiment envie de l'ignorer non plus... Cette caresse légère lui donne des frissons. Il se prend à rêver de sentir ses lèvres se poser sur sa peau et peine à repousser cette pensée envoûtante. Heureusement, le flotteur s'enfonce sous la surface, lui fournissant une diversion idéale. Il se redresse un peu, tâchant de ne pas faire de geste inconsidéré, peu désireux de perdre sa prise.
« J'en ai un ! Qu'est-ce que je fais ?! »
Aomine lui intime de ne pas bouger. Il peut le sentir se tendre contre lui, prêt à réagir. Lorsque le bouchon plonge une seconde fois, il guide Kagami en plaçant ses mains sur les siennes.
« Reste calme, il est bien ferré, tu as le temps. Mouline, et tire doucement pour le rapprocher. Voilà comme ça, encore. »
Kagami suit avec application les instructions d'Aomine, qui s'avère étonnamment pédagogue. Il arrive donc du premier coup à sortir le poisson de l'eau, et le remonte prestement de peur qu'il ne lui échappe. Tenant sa prise à bout de bras, il se tourne vers le brun avec un sourire radieux :
« Mon premier poisson ! »
Aomine ne peut s'empêcher de rire, enchanté par cet immense sourire auquel il répond. Dans un élan de tendresse, il dépose un baiser sur sa joue pour le féliciter.
« Bravo, belle bataille ! »
Kagami sourit, s'empourprant devant ce compliment et ce baiser fugace. Il dépose le poisson dans le seau avec le premier et tend de nouveau la canne à Aomine :
« Je laisse la suite aux experts... Je vais jeter un coup d'œil au feu et rapporter de quoi préparer les poissons. »
Aomine hoche la tête en approbation, change l'appât et se reconcentre pour pêcher le reste de leur dîner. Maintenant qu'il se retrouve seul, il reprend contenance, réalisant ce qu'il a réussi à faire. Quand il ne se met pas de bâtons dans les roues tout seul avec ses interrogations et ses doutes, la frontière qui semble encore parfois l'empêcher d'agir comme il aimerait avec Kagami s'estompe. Laissant place à une proximité nouvelle qu'il apprécie de plus en plus, car elle est loin de le laisser indifférent. Ce qui en soit est une très bonne chose, puisque s'apercevoir qu'il est aussi physiquement attiré par Kagami lève quelques-uns de ces fameux troubles. Perdu dans son raisonnement, il observe son flotteur sans vraiment le voir. Il se dit alors qu'il n'y a qu'en dépassant ses peurs qu'il pourra les comprendre et les faire disparaître. Un cercle vertueux en quelque sorte...
Kagami revient près du feu et l'entretient, surveillant les petites branches pour qu'elles prennent bien, et guette aussi les étincelles. Il ne voudrait pas mettre le feu à leur beau campement ! Puis, il prend son matériel dans son sac et revient auprès d'Aomine.
« Je pense que je vais faire des brochettes », annonce-t-il en s'approchant pour récupérer leurs prises.
Aomine qui ne l'a pas entendu arriver sursaute un peu puis il se retourne pour lui passer le seau.
« Bonne idée. Je te préviens dès que j'en ai d'autres. T'as tout ce qu'il te faut ?
— Ouaip, t'inquiète. Côté cuisine, je gère. »
Kagami lui adresse un clin d'œil et emporte les poissons. Il ne s'éloigne pas, restant au bord de l'eau pour vider les poissons en se servant d'une pierre comme plan de travail. Il lève les filets, puis découpe la chair en petits morceaux, concentré sur sa tâche.
Le brun ne peut s'empêcher de noter une fois de plus les gestes experts du tigre et un sourire taquine ses lèvres. Voir que Kagami ne semble pas perdu le moins du monde en dehors du confort d'une cuisine toute équipée le rend étonnement heureux. Des images de prochaines randonnées plus longues et autre road trip viennent effleurer son esprit. La vie d'aventurier, les dinosaures en moins.
Ses premières brochettes prêtes, Kagami retourne auprès du brun : la cuisson sera probablement rapide, mieux vaut qu'ils aient tous les poissons dont ils ont besoin avant de se lancer. Il se sent d'humeur particulièrement légère, d'autant qu'il sent Aomine plus confiant et détendu, et ça lui fait très plaisir. Ils avaient vraiment besoin de ça. S'évader juste tous les deux, sans pression.
Il observe le flotteur, puis le pêcheur concentré, et remarque :
« Ça mord bien dans le coin ! On a pas mis beaucoup de temps à avoir deux poissons ! Heureusement que tout le monde connaît pas cet endroit ! »
Alors qu'il entame la lutte contre le troisième poisson, plus vif que les premiers, Aomine ne quitte pas sa ligne du regard. Il profite d'un instant où il laisse la truite s'épuiser pour répondre.
« Oui, c'est encore la bonne période. En hiver vaut mieux monter avec des conserves. Ici on est un peu hors-piste, l'accès au lac est pas indiqué sur les guides touristiques, ça aide à préserver l'endroit. »
D'un coup sec il tire sur sa canne et mouline rapidement pour réduire le leste de la ligne. Il sent plus de résistance, ça doit être une belle prise.
Kagami observe le duel, captivé, d'autant que son estomac commence à grogner.
« T'as vraiment tous les bons plans sur cet endroit. J'aurais pas pu rêver meilleur guide ! »
Il est admiratif, et heureux aussi de partager ça avec le brun, d'entrer sur son territoire, un peu dans son passé aussi. Et encore plus qu'Aomine ait envie de partager ça avec lui.
Aomine lui lance un sourire par-dessus son épaule, acceptant le compliment sans broncher. Puis il termine de sortir sa prise qui se débat encore furieusement. Il en viendrait presque à culpabiliser de le manger. Mais il sait d'expérience que l'effort rend le repas meilleur.
« Tiens, tu peux m'attraper l'épuisette ? Il serait capable de se décrocher ou de casser ma ligne celui-là ! » demande-t-il en grognant.
Kagami lui tend l'objet demandé, un peu inquiet à l'idée de voir leur nourriture leur échapper. Ils parviennent avec succès à maîtriser le poisson, et il s'exclame avec enthousiasme :
« Il est gros celui-là ! »
Aomine s'essuie le front d'un revers de main et étudie son poisson, plutôt fier. Il ne se souvient pas d'en avoir déjà pêché un si gros. Enfin si, mais avec une canne appropriée.
« Ouais, belle bête ! J'ai presque envie de le relâcher tellement qu'il s'est bien battu, admet-il en le décrochant avec précaution.
— Mais la bouffe... murmure Kagami, effrayé à l'idée qu'Aomine laisse filer leur proie.
— T'inquiète baka ! J'ai dit presque. Moi aussi j'ai la dalle... » le rassure-t-il en riant.
Kagami souffle de soulagement. Après cette journée et malgré le déjeuner conséquent qu'il a prévu, il meurt de faim ce soir.
« Ok, alors avec ce qu'on a apporté, ça devrait suffire ! On peut aller manger ! » affirme-t-il davantage qu'il ne pose la question.
Un sourire amusé étire ses lèvres. Aomine en aurait bien pêché plus, mais plus pour le sport que par besoin. Il se résigne donc à ranger sa canne et son matériel tandis que Kagami emporte son butin, visiblement impatient de le cuisiner.
Kagami s'empresse de préparer le nouveau poisson et compose des brochettes comme avec les autres, puis s'assoit devant le feu pour les faire griller. Ils n'entendent presque que le crépitement du feu, les craquements occasionnels des branches dans la brise, et le clapotement étouffé de l'eau. Il n'a jamais cuisiné au feu de bois mais la façon dont la chair grésille, en tout cas, lui donne l'eau à la bouche.
« Je pense que ça va être tendre et juteux... » commente-t-il rêveusement en contemplant sa cuisson.
Le brun l'a rejoint une fois tout son matériel rangé à sa place. Il salive d'anticipation à ces mots, les yeux braqués dans les flammes léchant paresseusement les brochettes. Une odeur délicieuse de poisson fumé envahi le campement, ne faisant qu'accentuer sa faim. Un grondement sonore perturbe d'ailleurs le silence relatif. Par réflexe il pose une main sur son estomac pour calmer son impatience.
« Je crois que je vais les dégommer... »
Kagami lâche un petit rire en entendant ce grognement qui répond à ceux de son propre estomac. Heureusement, les brochettes ne tardent pas à être prêtes, et il en tend une à Aomine avant de mordre à belles dents dans la sienne. Il sourit aussitôt, le goût fumé vient envelopper la chair légèrement fade... Et de toute façon, même si c'était mauvais, il aurait probablement savouré de la même manière, grisé par les circonstances et le plaisir de manger au grand air quelque chose qu'ils ont pêché eux-mêmes.
Aomine se force à mâcher lentement, savourant chaque bouchée. C'est vrai qu'en terme de saveur il y a mieux, mais Kagami a su rendre son traditionnel poisson au feu de bois encore meilleur. Ou alors c'est le simple fait de le partager avec lui. En tout cas la satisfaction donne un assaisonnement supplémentaire inégalable. Il se régale de son repas autant que de la vue, maintenant colorée des rouges et oranges du soleil qui glisse derrière les montagnes où s'installent les ombres. Il a beau être venu des dizaines de fois ici, ce n'est jamais pareil. Et ce soir il lui semble que le spectacle est encore plus beau que dans ses souvenirs.
« Je suis content que tu sois là... » Souffle-t-il avant de reprendre une brochette.
Kagami lève les yeux vers le brun et souffle, sourire aux lèvres :
« Moi aussi. »
Le rouge aimerait pouvoir exprimer à quel point c'est important pour lui, mais c'est difficile à faire avec des mots, c'est difficile à faire tout court. Cependant, il ne s'en formalise pas. L'important, c'est de profiter de leur moment... Une part de lui est redevenue très optimiste et il a repris confiance : ils trouveront leur chemin... Il le sait car ils ont déjà commencé à arpenter celui qui leur convient.
« Je sais que cet endroit compte pour toi, reprend-il. Et je suis très content de le découvrir et de t'accompagner. Des fois... j'aime bien randonner en solo. Mais ce week-end... je suis heureux de pas être seul. »
Aomine s'interrompt et croise le regard de Kagami. À la lueur des flammes, il lui paraît encore plus intense, plus brillant. À moins que ce ne soit l'émotion qu'il décèle dans sa voix. Celle-là même qui lui étreint la gorge à cet instant. Il tente un sourire, mais la vague de nostalgie qui l'envahit doit sûrement le déformer. Il ressent la même chose. Il était temps qu'il ramène quelqu'un ici. Pour faire de cet endroit et d'un de ses loisirs favoris autre chose qu'un pèlerinage de souvenirs ou une pénitence funeste qu'il s'infligeait parfois.
Son père lui manque de façon plus pernicieuse ici. Sa voix, son image, sa mémoire imprégnant les lieux. Comme s'il avait décidé de venir reposer là. Il n'a jamais demandé si cet endroit comptait pour lui, il le regrette... Mais il aime aussi l'idée de partager avec quelqu'un ce que son père lui a transmis à l'époque. Une façon différente de lui faire honneur. Lui rendre hommage en transmettant son savoir. Le faire revivre un peu à travers eux. Les mots de Kagami lui confirment qu'il a fait le bon choix. Inconsciemment, il tenait à ce que ce soit quelqu'un partageant son gout de l'aventure, quelqu'un capable d'en apprécier chaque aspect même les plus difficiles, et surtout quelqu'un capable de le comprendre.
Soudain trop ému pour parler il prend simplement la main de Kagami dans la sienne. Il presse doucement ses doigts sans le lâcher du regard, espérant lui faire passer ce qu'il éprouve.
Aomine ne dit rien, mais Kagami n'en a pas besoin. Cette fois, son silence et sa main qui presse la sienne lui en apprennent bien plus que ses mots n'auraient pu le faire. Il lui rend cette légère étreinte, contemplant son visage à la lueur des flammes, et après quelques instants, il s'approche doucement, jusqu'à pouvoir cueillir ses lèvres entre les siennes. Il noue aussitôt sa main sur sa nuque, comme pour l'empêcher de s'écarter, le retenant contre lui, avec lui.
Ce baiser est telle une caresse sur son âme ébréchée. Il est doux et d'une tendresse qui le bouleverse un peu plus. Son cœur cogne vite contre ses côtes. La main chaude et presque autoritaire sur sa nuque contraste avec la douceur des lèvres jouant avec les siennes. Elle le sécurise, lui intime de rester dans l'instant et de ne pas se laisser happer par la tristesse qui menace. Alors docilement il obéit, se focalise sur Kagami et les sensations qu'il fait naître en lui. Doucement il entrouvre les lèvres pour accueillir la langue du tigre. Sa main venant naturellement se poser sur sa hanche pour se rapprocher de lui et approfondir l'échange qui l'enivre, le maintien à la surface.
Kagami est enivré par ce baiser, de sentir Aomine céder à sa tendresse et se livrer un peu à lui. Il enlace le brun et savoure ses lèvres et sa langue, massant doucement sa nuque sous ses doigts, le cœur battant d'émotion. Il veut prolonger ce baiser, ne plus lâcher Aomine, il éprouve encore ce besoin viscéral de le protéger et peut-être de lui montrer qu'il n'a pas à lutter tout le temps.
Pendant un long moment, Kagami l'embrasse, puis doucement se détache de ses lèvres et le regarde à la lueur des flammes. Il lui adresse un doux sourire tandis qu'il suit le dessin de sa pommette du bout des doigts, descendant au creux de sa joue avant de souligner ses lèvres. Il a envie de lui dire qu'il l'aime, mais il retient encore les mots et se contente de vivre pleinement l'instant, son cœur pulsant sourdement dans ses oreilles et couvrant presque le crépitement des flammes qui les réchauffent.
Aomine reste immobile, frissonnant sous la caresse. Les gestes de Kagami et son regard perdu sur ses lèvres l'hypnotisent. Jamais personne ne l'a regardé de la sorte. Avec autant de tendresse, de profondeur et d'autre chose qui reste en suspens, comme un secret dont il n'a pas encore la clé. Ce baiser, comme celui qu'ils ont échangé plus tôt le laisse un peu étourdi. Une nuée de papillons lui dévore le ventre tandis que son cœur essaie de ralentir. Si le feu les étreint d'une douce aura de chaleur, celle qui prend place dans sa poitrine et le creux de ses reins est plus vive.
Sa main remonte lentement, se mouvant grâce à une volonté qui lui est propre le long du flan de Kagami. Il sent sa chaleur à travers ses vêtements, le réveillant de sa transe. Il est troublé par ce qu'il ressent, mais il n'a pas peur. Plus confiant, rassuré par l'énergie que dégage le tigre il glisse ses doigts dans sa chevelure flamboyante. Un geste qui lui procure une satisfaction si intense, qu'il réalise avoir longtemps rêvé de se l'autoriser. La douceur des mèches folles glissant entre ses phalanges l'électrise. La main de Kagami se resserre sur sa nuque en réponse et il cède. Dans un soupir de soulagement et d'abandon, il pose son front sur celui de Kagami, savourant leur proximité et son souffle chaud sur sa peau.
Les yeux clos, Kagami sourit, de délicieux frissons courant dans sa nuque à la caresse de la main d'Aomine dans ses cheveux. Il a l'impression que ça fait une éternité qu'on ne l'a pas touché ainsi, et quoi qu'il en soit, ça n'avait pas fait le même effet, il n'en avait pas éprouvé la même satisfaction, le même émoi teinté de désir. Il écoute le silence qui règne autour d'eux, comme si le monde se retirait dans les ombres pour ne pas les déranger.
Ils restent ainsi presque immobiles un temps indéterminé, puis il se détache du brun avec douceur, tout en restant près de lui, et sans rien dire lui tend le plat de brochettes, après tout, ils ont à peine commencé à manger.
Les joues rosissant lorsqu'ils se détachent l'un de l'autre, Aomine se sert une nouvelle brochette, la faim se rappelant à lui. Ils sont toujours proches mais à présent qu'ils ne se touchent plus, il a presque froid. Une sensation étrange alors qu'il ne s'est jamais vraiment autorisé à être tactile avec lui. À présent qu'il y a gouté, il ne pense pas pouvoir y renoncer. C'est trop grisant...
Sans rien dire, il poursuit son repas, glissant de temps à autre un regard envieux sur son voisin. Quand il le surprend, Kagami lui sourit et il sent son visage s'échauffer à nouveaux. Aomine se réprimande mentalement d'être dans cet état de fébrilité. Il n'est pourtant pas novice aux jeux de regards...
Kagami s'étonne de la quasi-timidité du brun, mais c'est presque rassurant de lui découvrir un côté moins sûr de lui. Et puis, il aime ces regards à la dérobée, tout cet échange muet qui établit peu à peu la complicité entre eux. Lui qui avait si faim, il mange bien mais n'est plus très concentré sur la nourriture, bien plus absorbé par son voisin.
Quand ils terminent finalement leur repas, il en profite pour passer un bras autour des épaules du brun et le serrer contre lui, le sentant un peu frissonnant près de lui. Tout en ranimant le feu en le remuant avec un bout de bois, il lève les yeux et voit quelques étoiles apparaître entre les arbres.
« T'as jamais peur quand tu viens camper tout seul ? demande-t-il. Et quand t'étais enfant, même avec ton père, ça devait être impressionnant... »
Sans se défaire de l'emprise de Kagami il se penche pour récupérer une buche, l'aidant ainsi à raviver le feu. Il se recale près de lui avant de suivre son regard.
« Nan, pas vraiment. Je me sens bien ici. Sur d'autres parcours par contre ça m'est arrivé. Et gamin aussi évidemment. Tout est tellement immense ici... je me sentais pas le bienvenue.
— Ouais... La nature a un côté hostile, et on s'y sent minuscule. Mais je vais pas avoir peur, avec un randonneur aguerri et futur membre des forces spéciales en plus ! » Kagami rigole, mais c'est vrai que tout seul ici, il n'aurait pas fait le malin.
Aomine esquisse un rictus, le rire ne franchissant pourtant pas sa gorge.
« C'est pour ça que j'aime autant ça aujourd'hui. Ça remet les choses en perspective. D'ici les problèmes paraissent insignifiants. Tu trouves pas ? »
Kagami considère la question, levant de nouveau les yeux vers les étoiles.
« Hm... Ouais, comme s'ils étaient plus lointains... Ou plutôt qu'on les avait laissés en bas de la montagne ! »
Soudain, il semble se rappeler quelque chose et se lève pour aller chercher son sac. Il regarde Aomine, l'air content de lui, et lance :
« Tu sais ce que font tous les campeurs américains ? »
Intrigué, Aomine le suit du regard puis lève un sourcil dans une interrogation silencieuse. Il allait hocher négativement la tête quand une image furtive traverse son esprit. Soudain intéressé il tente :
« Ils font griller des guimauves au-dessus des flammes ? »
Kagami se rassoit en souriant, sortant de son sac d'autres piques à brochettes, un paquet de chamallows, une tablette de chocolat et un paquet de biscuits.
« Yeah... Mais encore mieux, t'en fais un sandwich en calant la guimauve grillée entre deux biscuits et un carré de chocolat. C'est tellement bon qu'on appelle ça des "s'more", la contraction de "some more". »
Tout en parlant, il prépare ses brochettes. Ça lui rappelle de rares souvenirs de vacances au camping avec ses parents et une douce nostalgie baigne son cœur.
Les yeux de Daïki brillent de gourmandise en le regardant faire. Il saisit sans se faire prier le pique que Kagami lui tend et le laisse rôtir au-dessus du feu. L'odeur de sucre fondu vient rapidement chatouiller ses narines et lorsque la coloration lui plait il goute son dessert.
« Oh fuck... lâche-t-il avant d'engloutir le reste.
— T'as vu ?! s'exclame Kagami en riant. Tout simple, mais super efficace. J'en avais pas mangé depuis gamin... Et c'est aussi bon que dans mon souvenir !
— Encore ! » S'exclame Aomine en se léchant les doigts.
Autant de sucre en une bouchée devrait être interdit mais ce n'est pas comme s'ils avaient mangé le plus calorique des dîners non plus. Il enregistre les gestes de Kagami lorsqu'il prépare sa prochaine portion en se moquant de lui. Il lui tire la langue pour la forme mais ne s'en offusque pas, il sait qu'à cet instant il a l'air d'un gosse mais il y a aussi tout le contexte à prendre en compte, se rassure-t-il intérieurement.
Kagami est heureux de la réaction du brun. Le voir aussi détendu et souriant lui réchauffe le cœur, et puis, lui aussi ça lui fait du bien de s'empiffrer d'un dessert si régressif et sucré. Il est ravi d'avoir eu cette idée, et ils se font une petite orgie sucrée au coin du feu en échangeant de légères railleries et plaisanteries.
Le brun se régale, préparant ses propres munitions à présent. Il se surprend à rire en imaginant ce qui pourrait rendre ce moment plus parfait. Il ne voit pas grand-chose, si ce n'est...
« Si tu me dis que tu as une guitare dans ton sac pour parfaire le tableau, je veux bien plonger dans le lac ! »
Kagami secoue la tête en riant.
« Désolé... Je suis pas vraiment musicien. Toi si ? »
Aomine lui sourit, taquin.
« Non... j'ai de nombreux talents mais pas celui-là. La musique je me contente de l'écouter et de la vivre.
— Ouais... Pareil pour moi. Mais même si j'adore écouter de la musique... J'avoue que j'apprécie le silence ici. On n'a jamais ce genre de silence en ville.
— C'est clair. La nature a ses propres mélodies. Je trouve ça apaisant. »
Kagami écoute ce silence, empli de petits bruissements, la brise légère dans les feuillages, des branches qui craquent dans la forêt, une chouette ululant dans la pénombre... Ça pourrait être une atmosphère inquiétante, mais pas ce soir. Il se sent bien ici avec le brun, et rien ne vient troubler cet instant.
« Ouais... Définitivement apaisant », approuve-t-il.
Ils ont dévoré la plus grosse partie du paquet de chamallows, mais finalement ils ne peuvent plus rien avaler, et il range le reste de leurs victuailles dans son sac.
Aomine s'étire, rassasié puis se laisse tomber en arrière. Une main sur son ventre plein, il passe son autre bras sous sa nuque pour contempler les étoiles qui ont pris place dans la toile noire du ciel. D'un regard il invite Kagami à l'imiter. Tout près de lui, il peu sentir son parfum chaud, mélange de l'effort, de la fumée, des shamallows et du feu irradiant sa peau. Cette fois il accueille son émotion plus sereinement et n'essaie pas de s'en cacher, ni de détourner le regard. Kagami lui fait de l'effet et ce soir la lune pourra en témoigner.
Étendu aux côtés du brun, Kagami sent son cœur battre sourdement. Cette première journée de randonnée les aura indéniablement rapprochés, gommant la gêne et l'incertitude qui auraient pu s'accrocher à eux tandis qu'ils avancent maladroitement l'un vers l'autre. Il pose une main sur celle d'Aomine et mêle ses doigts aux siens alors qu'il se perd avec lui dans la contemplation des étoiles qui palpitent en sourdine entre les branches.
« C'était une super journée, commente-t-il avec un sourire. Et j'ai déjà hâte de voir ce que demain nous réserve... C'est quoi le programme d'ailleurs ? »
Aomine acquiesce en silence. Pour lui aussi cette journée a compté. Il réfléchit en caressant distraitement la main de Kagami de son pouce avant de répondre.
« Demain on n'est pas pressés. La descente se fait plus rapidement. Après on pourra profiter des sources chaudes à l'onsen et y rester dormir si tu veux, ou rentrer à Tokyo. »
Kagami est déjà sûr qu'il aimera passer une autre soirée et une autre nuit avec Aomine, mais il musèle son enthousiasme.
« Ça fait une éternité que je suis pas allé à l'onsen... J'avoue que c'est plutôt tentant. »
Aomine lui adresse un regard en coin.
« Moi non plus, confesse-t-il. De toute façon on n'a pas le choix de le traverser, c'est la fin du circuit. On décidera demain... » conclut-il dans un haussement d'épaule.
Kagami acquiesce, heureux d'avoir encore toute une journée à passer avec le brun, à profiter sans se presser ni chercher à atteindre un objectif. Maintenant qu'ils sont posés et qu'ils ont dîné, il commence à sentir la fatigue de la journée lui tomber dessus et il bâille plusieurs fois. Il faut dire que la randonnée n'a pas été de tout repos, et la journée riche en émotions.
Kagami réussit à lui arracher un bâillement alors qu'il se perdait dans sa contemplation astrale. Il faut dire que toute la journée, et même celles qui ont précédé le départ, il a préféré occulter le fait qu'ils allaient partager un couchage. Plutôt exigu... S'attarder sur ce détail n'aurait fait qu'augmenter l'angoisse et l'appréhension. Quant à aujourd'hui, il était trop occupé à se remémorer le passé et à profiter du présent pour anticiper la nuit. C'est pourquoi il a retardé ce moment le plus longtemps possible. Il le savait inévitable, mais il ne se sent pas prêt. Comme lors d'un examen qu'il n'aurait évidemment pas révisé malgré les injonctions de Satsuki. Cependant, il se contraint au calme en profitant des derniers instants au clair de lune qui semble l'encourager de son sourie bienveillant et lumineux. Il ne passe pas un examen, ni un test. Même si Kagami attend quelque chose de lui, il sait aussi qu'ils ont parlé d'aller à leur rythme. Il lui fait confiance.
Malgré tout, il est un brin nerveux lorsqu'il se tourne vers lui.
« On va se coucher ? La journée a été longue...
— Yeah... Je suis claqué. »
Kagami se relève et s'étire, et tend la main au brun pour l'aider à se hisser sur ses pieds. Toute la journée, il a été fébrile à l'idée de partager une tente avec lui, mais à présent il est étrangement calme. Certes, son cœur continue de cogner dans sa poitrine et il est à la fois impatient et intimidé, mais l'inquiétude qui s'accrochait à lui s'est évanouie. Il sait ce qu'il veut... Et ce qu'il veut, c'est la personne face à lui. Il est prêt à investir le temps et la patience nécessaire tant qu'il sentira qu'Aomine a aussi envie d'être avec lui.
Kagami ne lâche pas sa main alors qu'il le guide jusqu'à la tente. Aomine se faufile alors à sa suite et rejoint son couchage tant bien que mal. Leur amplitude de mouvement est limitée, ce qui les oblige à bouger chacun leur tour. La situation plus comique qu'embarrassante a le mérite de le détendre un peu et de le faire rire. Une fois son compagnon assis, il se glisse dans son sac puis entreprend d'ôter quelques couches. Sa veste et son tee-shirt rejoignent le fond de son paquetage d'où il tire un débardeur pour la nuit. Ensuite, il se contorsionne pour retirer son treillis sous la lumière vacillante de la lampe qui remue au gré de son imitation involontaire d'une chenille empotée.
« Te moque pas ! Ce machin a rétréci depuis la dernière fois, j'en suis sûr ! » grommèle-t-il en tanguant dangereusement.
Kagami rigole à la vue de cet effeuillage maladroit et ne fait rien pour l'aider, profitant du spectacle. Quoique lui-même ne s'en sort pas beaucoup mieux, et après avoir bataillé en grognant aussi, il se retrouve finalement en t-shirt et en caleçon, et peut enfin s'allonger sereinement dans son sac de couchage. Il éteint la lampe qu'il a suspendue au-dessus d'eux et soupire légèrement, très conscient de la présence d'Aomine presque collé à lui à travers la trop grande épaisseur des sacs de couchage. Après quelques instants, il se tourne sur le côté et sort un bras de son sac pour enlacer le brun, fourrant son nez dans ses cheveux qui sentent bon.
Aomine se fige un peu la première seconde mais se détend aussitôt. Il ne s'attendait pas à l'attitude possessive et protectrice de Kagami. Ça lui plait de le sentir aussi demandeur que lui de contact. Alors à la faveur de l'obscurité, dans l'un de ses endroits préférés au monde il ne musèle plus ce besoin et se blottit avec délice contre Kagami. Il glisse une main entre eux pour la déposer au creux de son épaule, le cœur affolé, hésitant entre excitation et panique.
Kagami peut sentir la fébrilité du brun, sa légère hésitation. Il pose de légers baisers dans ses cheveux et sa main caresse son dos avec lenteur. C'est si bon de pouvoir enfin le toucher, lui exprimer ce qu'il ressent par ce contact physique auquel il n'a pas osé rêver, auquel il s'est même si longtemps interdit de penser, mais qui paraît tellement naturel ici, tellement plus facile. Son corps réagit fortement à la présence du brun mais il ignore son propre désir, il veut juste le rassurer, lui montrer qu'il n'y a rien à craindre.
Sous ces attentions, Aomine essaie de se détendre. Son esprit turbine à toute allure, contrant leurs effets positifs. Il mène un combat intérieur quelques minutes pour reprendre le dessus de ses émotions et le contrôle de ses pensées. Tout va bien. Il inspire profondément, se concentre sur la présence de Kagami qui continue de le rassurer. Il se demande vaguement si s'éloigner de lui l'aiderait mais il voit plus cette solution comme une défaite. Un aveu de faiblesse, une forme de renoncement. Battre en retraite ne servira à rien. S'il est si nerveux, c'est aussi parce qu'une part de lui qu'il découvre encore a très envie de cette proximité. Il lui faut juste un peu de temps pour s'y habituer et apprendre à la gérer. Et comme il n'est pas du genre à reculer devant un obstacle, il décide plutôt de foncer. Doucement, il redresse le visage à la recherche des lèvres de Kagami. Lorsqu'il les trouve, il l'embrasse avec toute l'affection qu'il lui porte. Comme si par ce moyen il pouvait lui faire comprendre qu'il est bien là, une excuse silencieuse et peut-être aussi une promesse.
Ce baiser spontané fait faire un bond au cœur de Kagami, qui resserre son étreinte tandis qu'il happe ses lèvres et mêle sa langue à la sienne. Cette fois la caresse lui paraît d'autant plus intime, dans l'étroitesse de leur tente, dans la pénombre, sur le seuil du sommeil. Il sent le désir se soulever telle une lame de fond dans son ventre, le faisant frissonner tout entier. Il redécouvre cette sensation pourtant familière, qui ce soir lui paraît éclatante et pure, terriblement addictive. Il l'accepte dans son intensité, même s'il sait qu'il ne peut pas pousser trop loin sa chance ce soir et qu'il doit museler ses ardeurs. Même si cela crée de la frustration, ça ne le contrarie pas... il est trop heureux pour ça.
Ainsi collés l'un à l'autre, Aomine ne peut ignorer le désir de Kagami. Une pointe de culpabilité serre sa poitrine déjà lourde de trop d'émotions. Il note dans un coin de son esprit que ça ne le repousse pas. Psychologiquement, il n'est pas prêt à y répondre, pourtant, il peut sentir son sang s'épaissir et aiguiser ses sens, réchauffer son bas ventre et lui tourner la tête. Il préfère tout de même calmer le jeu et ralentit la valse de sa langue avant qu'elle ne devienne trop fougueuse. Il s'écarte doucement, pose un baiser qu'il veut chaste sur la bouche du tigre avant de murmurer tout contre :
« Je pourrais devenir accro ... »
Il réalise en l'avouant combien c'est vrai. Jamais il n'a pris un tel plaisir à embrasser quelqu'un. Il a toujours vécu ça comme une contrainte, une attente de ses partenaires à combler, un prémisse à ce qu'il aspirait vraiment. Mais les baisers de Kagami ont une saveur particulière, un gout d'évidence… terriblement addictif.
Kagami prend quelques instants pour se ressaisir, observant Aomine dans la pénombre, distinguant à peine les traits de son visage. Il laisse glisser ses doigts dans ses cheveux, le souffle court, les derniers mots du brun résonnant dans son esprit. Accro ? Clairement, lui aussi... Il sent son corps vibrer en réaction à la présence d'Aomine, son cœur bouillonner d'émotions.
Quand il est assez calme, il sourit et pose à son tour un baiser plus chaste sur ses lèvres.
« T'en auras d'autres demain alors, promis. »
Aomine fixe la lueur dans les prunelles de Kagami, reflet de la faible lumière du feu qui filtre dans leur tente. Il s'y perd, un doux sourire collé aux lèvres avant de se blottir de nouveaux contre lui sans gêne. La fatigue a raison de lui, elle lui arrache un bâillement incontrôlable.
« Bonne nuit Kagami... »
Le tigre resserre son étreinte, heureux de le sentir proche physiquement, n'hésitant pas à lui prodiguer de la tendresse. Il murmure un "bonne nuit" en retour et ferme les yeux, écoutant la nuit bruisser autour d'eux. Il fait frais mais Aomine est si chaud contre lui. Son parfum, légèrement épicé, l'enivre et le fait rêver. Il pense à la journée qui les attend le lendemain, à d'autres baisers qu'ils pourront échanger, il pense à tout ce qui leur reste à découvrir l'un de l'autre et tout le chemin qui leur reste à parcourir, et la chaleur de l'optimisme réchauffe sa poitrine après ces semaines de doutes et de tergiversations. Oui, ce soir l'espoir est définitivement de retour. De toute façon, il est bien trop tard pour reculer. À présent, il a accepté la possibilité d'avoir le cœur brisé. Il l'aura de toute façon s'il renonce à Aomine... Alors il va suive la voie qu'il a choisie jusqu'au bout.
Chapter Text
Aomine dort d'un sommeil lourd et réparateur, l'effort physique fourni dans la journée et le sac de nœud émotionnel qu'il a traîné jusqu'en haut de cette montagne aidant. Au petit matin, c'est le chant des premiers oiseaux qui le tire de sa léthargie. Cependant il n'ouvre pas les yeux immédiatement. Il a besoin de temps pour émerger, comprendre où il est, à qui sont ce corps étendu près de lui et ce bras entourant sa hanche. Doucement, sa mémoire lui transmet les images de la veille. L'effet ne se fait pas attendre et son cœur change de rythme. Il n'ose toujours pas bouger, ni ouvrir les yeux. Il profite encore de la pénombre précédant l'aube et de l'étreinte détendue de Kagami pour revisiter son rêve qui se dissipe déjà. Il croit se souvenir d'une baignade au clair de lune et cette sensation étrange que laisse parfois un mauvais pressentiment. Peut-être le début d'un cauchemar... il ne s'en souvient pas.
Finalement, lorsqu'il perçoit le changement dans le souffle de son compagnon, il s'étire autant que son sac de couchage le lui permet et ouvre un œil.
Kagami sent le brun s'agiter et il commence à émerger doucement. Malgré la fatigue, il a peu dormi cette nuit, les pensées bourdonnant et tournoyant dans son esprit. Il a refait tout le film de sa relation avec Aomine depuis le jour où ils se sont rencontrés, réécrit des conversations dans sa tête, avant de commencer à anticiper celles à venir. Il a visité toutes sortes de scénarios, est passé au travers de toutes sortes d'émotions, et ce matin il se sent lourd et engourdi de sommeil, mais l'esprit plus clair. Il se tourne sur le dos et étouffe un bâillement tout en marmonnant :
« Hm... Morning... »
Aomine se redresse et entreprend de s'habiller. Il est encore trop tôt pour lui, mais il devine que le soleil n'est pas encore levé. Il frissonne en s'extirpant de son sac de couchage et enfile une couche supplémentaire de vêtement. Tout à sa tâche il demande à son voisin :
« Bien dormi ?
— Yeah... Et toi ? Pas eu froid ? »
Un bras passé sous sa tête, Kagami observe Aomine, toujours ensommeillé et perdu dans ses rêveries nocturnes, puis il finit par détourner le regard en s'apercevant qu'il le fixe. Il s’assoit et cherche ses vêtements pour s'habiller à son tour.
« Nan, tu tiens chaud... réplique le brun avec un sourire en coin avant de poursuivre enjoué : Je vais rallumer le feu pour faire le café. Te rendors pas, tu veux pas louper ça... »
Puis, il défait la fermeture de leur refuge et se hisse au dehors en laissant planner le mystère. Dans le matin frais et gris il s'étire entièrement. Il grimace en sentant ses muscles protester sous sa peau frissonnante. Il fait quelques mouvements pour se réchauffer puis s'accroupit devant le foyer où quelques braises rougeoient toujours. Avec des gestes habitués il fait bouillir de l'eau dans une petite casserole qu'il verse ensuite dans sa cafetière italienne. D'une simple pression, le breuvage est fin prêt. Le gris se délave doucement au-dessus de lui, témoignant de l'arrivée imminente de l'astre solaire.
Kagami repousse son sac de couchage et finit de s'habiller, passant une main dans ses cheveux en bataille dans une vaine tentative pour y apporter un peu d'ordre. Puis, il enfile ses chaussures et s'extrait finalement de la tente, inspirant l'air frais et boisé qui se mêle aux effluves de fumée et au parfum corsé du café. Il se rapproche du feu et pose une main sur la nuque d'Aomine.
« Hm... Il sent bon ce café. »
Pile à temps, songe Aomine. Décidément de bonne humeur, il se redresse pour lui offrir un sourire. Sa cafetière et deux tasses dans une main, l'autre vient chercher les doigts de Kagami. En les entremêlant dans les siens il murmure :
« Viens... je t'avais promis un spectacle. »
Il le guide vers le rocher où ils ont pêché la veille, qui se trouve être juste en face du mont Fuji, derrière lequel se cache encore la star du show. Leurs pas crissent sur les cailloux humides du bord du lac, dérangeant la douce mélodie de la nature qui s'éveille.
Kagami suit le brun, serrant doucement sa main dans la sienne, enchanté par cette promenade matinale. Son regard dérive sur le lac parfaitement immobile à cette heure. Il n'y a pas un souffle de vent et la surface reflète le ciel avec une telle précision que c'en est troublant.
« C'est magnifique... » murmure-t-il.
Aomine suis son regard un instant et acquiesce. Un véritable miroir. Puis ils s'installent sur le promontoire naturel qui fera office de tribune ce matin. Lorsqu'il voit Kagami secoué d'un frisson, il lui tend une tasse pleine de café chaud et se place derrière lui, ses cuisses de part et d'autre de ses hanches.
« T'as pas trop froid ça va ? »
Kagami frémit, surpris par son geste. Aomine sait toujours l'étonner quand il se montre attentionné. Il ferme les yeux un bref instant et souffle doucement, s'appuyant un peu contre le brun. Il pose une main sur son genou et le caresse doucement.
« No thanks... I'm good... »
Son regard se perd sur le paysage splendide, la lumière qui augmente et inonde le lac, perçant peu à peu à travers les brumes qui flottent sur le mont Fuji. Il souffle sur son café et en avale une gorgée, avec l'impression finalement de s'être rendormi et de faire un très beau rêve.
Les caresses de Kagami lui envoient de petites décharges électriques chaque fois qu'il frôle l'intérieur de son genou. C'est agréable et ça a le mérite de réveiller son corps, à présent en alerte, guettant le moindre contact. Le parfum encore chaud de sommeil de Kagami et son corps pesant contre le sien le détournent presque de ce qu'il attendait. Il sirote son café et profite de l'instant. Du silence, leur proximité nouvelle et enivrante, des couleurs roses qui habillent à présent le ciel et offrent une toute autre ambiance au lieu. Aomine savoure ce moment de quiétude loin de tout, laissant même ses pensées au placard, il les laisse flotter et dériver dans son esprit sans s'y attarder.
Tout est si paisible, lumineux, pur. Kagami se sent léger, toujours envahi par ce sentiment d'irréalité, d'autant plus lorsque le soleil surgit finalement de son écrin de brume et baigne le lac de lumière. Il prend la main du brun et la porte doucement à ses lèvres. Il embrasse sa peau halée, remontant vers son poignet tandis que son regard s'égare sur un lever de soleil tel qu'il n'en a jamais vu.
Aomine se fige, autant d'émotion que de surprise. Les baisers de Kagami le font frissonner. Tout d'abord, il reste immobile. Mais le spectacle enchanteur a ce pouvoir mystique de lui donner confiance, de lui rappeler que si certaines choses comme la course du soleil sont immuables, d'autres sont faites pour changer, évoluer. Aujourd'hui il se sent prêt à tout. Certainement un des effets secondaires de l'ascension. C'est le genre d'exercice qui vous fait pousser des ailes... Alors il se laisse guider par la tendresse de Kagami et y répond sans hésiter. Il vient déposer une pluie de baisers papillons dans sa nuque jusque sous son oreille avant de caler son menton dans le creux de son cou. En cet instant, il ne voudrait être nulle part ailleurs, et il se dit que c'est peut-être le plus beau levé de soleil qu'il a pu admirer de sa vie... Comme si la présence de Kagami rendait tout plus lumineux, plus chatoyant et plus intense.
Kagami a refermé les yeux pendant que les lèvres du brun se posaient avec légèreté sur sa peau, créant des sensations trop intenses pour un simple effleurement, et il se laisse enivrer, jusqu'à ce que finalement il rouvre les yeux pour se replonger dans la contemplation de l'aube. Il se sent bien, complet, comme si quelque chose au fond de lui s'était finalement apaisé. Sa nervosité latente s'évanouit et un calme profond descend en lui, à l'image de ce paysage empli de sérénité. Il boit son café à petites gorgées, il est juste assez corsé et amer, parfumé, puissant.
Ils restent silencieux un moment, s'offrant encore quelques baisers et caresses distraites en admirant le ciel changer de couleur progressivement, passant du rose au violet à l'indigo. Ce n'est que lorsqu'il prend sa teinte bleue et que les rayons du soleil les atteignent, levant l'ombre dans laquelle ils ont trouvé refuge qu'il ose briser le silence. Sans bouger ni lâcher le tigre il soupire :
« Et Kagami... si on redescendait jamais d'ici, ce serait grave ? »
Le rouge rit doucement à ces mots et repose sa tasse de café vide sur la pierre, se sentant légèrement engourdi par l'euphorie et sa nuit trop courte.
« Eh ben... Je suppose qu'il faudrait juste se cacher des hélicoptères et des battues envoyées par nos amis pour nous retrouver... »
Aomine fait la moue et grogne de mécontentement. Il n'avait pas pensé à cette éventualité. Il voit d'ici Satsuki et Alex mener les recherches, ses collègues à leur suite.
« T'as raison... et puis, on n'a pas pris de ballon de basket...
— Ouais, et j'ai pas envie de manger du poisson grillé pour tout repas jusqu'à la fin de mes jours. Donc je propose qu'à la place, on revienne ici régulièrement. Ça paraît moins risqué.
— Ok, deal. Ici c'est mon refuge, mais puisqu'il te plait, je veux bien partager. »
Une part de Aomine aimerait vraiment rester ici. Parce qu'il se sent seul au monde, libre et au-dessus de tout ce qui l'inquiète et obscurcit son jugement aux pieds des montagnes. Il se sent plus proche de Kagami ici, chaque kilomètre gravi leur a permis d'enlever une brique du mur dressé entre eux. Il espère ne pas le voir se reconstruire sur le chemin retour. Alors il grave en lui ces sensations, la joie et la plénitude qu'il éprouve à le tenir simplement contre lui, sans plus avoir peur de le blesser avec des gestes déplacés. Son côté plus raisonnable a conscience qu'il va falloir repartir, et il est aussi curieux de voir comment vont évoluer les choses entre eux, sans cette barrière invisible. La perspective suffit à lui tirer un sourire, qu'il vient coller dans le cou chaud de Kagami.
Le rouge frissonne en sentant son souffle glisser sur sa peau. Il sait que cet endroit est important pour Aomine et ça lui fait plaisir qu'il l'y accueille sans réticence. Il prend encore quelques instants pour s'imprégner de la vue superbe, et comme le soleil monte dans le ciel, il se secoue un peu de sa léthargie.
« Hm... Peut-être qu'on devrait songer à manger un truc et à démonter le camp ! »
Déconfit rien qu'à l'idée, Aomine se laisse tomber en arrière, les bras en croix. C'est vrai qu'il commence à avoir faim, mais pour rien au monde il ne l'avouera, préférant de loin son cinéma dramatique. Si sa carrière de flic de choc s'avère foutue, il pourra toujours tenter acteur...
« Ahrg, pourquoi tu gâches tout ! »
Kagami se tourne en l'entendant se laisser tomber en arrière, et l'observe en haussant les sourcils. Il décide de tester la méthode "enfants" qu'il met au point pour se préparer aux inévitables futurs gamins que fera Tatsuya et qui le prendront pour leur oncle :
« Tu peux rester là si tu veux. Mais t'auras pas à manger. C'est comme tu veux. »
Aomine ouvre un œil en sentant l'ombre de Kagami obstruer la lumière du soleil sur son visage. Ce dernier s'étire et s'apprête à l'abandonner à son sort, sans aucun remords. Il fait mine de s'en ficher en croisant les mains sous sa nuque, mais avant que le tigre ne soit plus à portée de voix il lance :
« Ça dépend... on mange quoi ?
— J'ai fait des muffins » rétorque Kagami par-dessus son épaule, sans s’arrêter de marcher.
À ce mot, son estomac gargouille. Il se redresse tel un clown dans sa boîte et descend souplement de son perchoir. En quelques foulées il rattrape Kagami. Tandis qu'il le dépasse de grandes enjambées pressées, c'est avec toute la mauvaise foi du monde et un sourire de sale gosse qu'il le nargue :
« Bah allez dépêche, je t'attends, moi. »
Kagami lève les yeux au ciel, mais au fond il est amusé par le comportement du brun, qui lui semble d'humeur particulièrement joyeuse ce matin. Il prend son temps pour rejoindre le campement, il ralentit même le pas pour exaspérer Aomine, puis commence à fouiller dans son sac avec une minutie exagérée.
Pris à son propre jeu, Aomine fulmine. Il a envie de souffler avec exagération mais ça ferait trop plaisir au roublard Kagami qui a décidément le don de lui couper l'herbe sous le pied. Alors en attendant que son rival en mesquinerie retrouve leur petit déjeuner, il leur refait du café.
Kagami rit sous cape en notant l'agacement du brun, et sort finalement ses muffins soigneusement emballés dans du papier et placés dans une boîte hermétique. Malgré ses précautions, ils ne seront pas tout frais et il espère qu'ils seront quand même bons. Il ouvre la boîte et la pose près du feu.
« Le petit-déjeuner est servi ! Y en a aux myrtilles, d'autres à la framboise », annonce-t-il.
Aomine lève des yeux méfiant sur lui, cherchant l'arnaque. Sous ses airs de mec serviable, ce n'est pas la première fois qu'il devine un Kagami joueur. Et malgré sa déconvenue, comme toujours, il apprécie son répondant. Au sourire encourageant de son compagnon, il attrape un gâteau au hasard en échange d'un mug de café.
« C'est toi qui les as faits ? » demande-t-il en ôtant le petit papier avec précaution.
Kagami sourit en hochant la tête.
« Bien sûr. À part si je suis très malade, j'achète jamais ce genre de trucs, je les fais toujours moi-même ! »
Il boit une gorgée de café et attrape un muffin à son tour, mordant dedans à belles dents. La pâtisserie est encore moelleuse et il en est plutôt satisfait.
Aomine l'imite. À la tâche de couleur bleu qu'il aperçoit dans la génoise, il devine qu'il a pioché myrtille. C'est bon, moelleux et sucré. Il adresse un compliment à Kagami tout en piochant un second muffin. Petit déjeuner en pleine nature a quelque chose d'un peu incongru. Ça lui rappelle même s'il a encore du mal à y croire, qu'ils ont dormi ensemble cette nuit. En y pensant il sourit, content d'avoir partagé ce moment d'intimité avec lui. En dehors de Satsuki, il n'a jamais dormi avec personne. Enfin... dans le seul but de dormir évidemment. Peut-être Kise une fois... mais ils étaient trop déchirés pour s'en soucier ou s'en formaliser.
Kagami aussi repense à cette nuit, et plus généralement à la façon dont ils se sont rapprochés. Il se demande soudain si maintenant, Aomine le considère comme son "petit ami". Probablement pas... Il n'y a sans doute même pas pensé encore. Alors que lui est sur le point de lui déclarer sa flamme à chaque moment de tendresse. Mais il sait qu'il doit être patient... Et il a le sentiment qu'il vaut mieux ne pas poser de questions sur leur relation pour l'instant. Il vaut mieux profiter à 100 % de ce week-end et voir comment les choses évoluent entre eux... Tout ça est encore très neuf, après tout.
Il termine son muffin et en reprend un aussitôt. Ça fait du bien de regagner un peu d'énergie, et ils vont en avoir besoin, car la descente n'est pas forcément plus aisée que l'ascension. Cette pensée le ramène à l'onsen et tout à coup il est frappé d'une révélation : l'onsen, on y va nu, non ? Chose qui lui avait échappée la première fois qu'il en avait visité un, et qu'il avait de nouveau oubliée jusqu'à maintenant – aux USA ce genre de choses n'existe pas. Un vent de panique se lève en lui. Aller dans l'eau, nu, avec Aomine ? Ça risque d'être chaud... dans tous les sens du terme...
Aomine remarque l'air ... inquiet ? Il ne sait dire, de Kagami. Il a la tête de quelqu'un qui se rappelle d'avoir oublié d'éteindre le gaz avant de partir. Ça l'amuse un peu de voir ses sourcils hors du commun se rapprocher, creusant sa ride du lion comme lorsqu'il est concentré sur une partie difficile. Il se demande vaguement à quoi il peut bien penser... Il hésite à demander, mais sa curiosité et son flair de policier – déformation professionnelle – l'incitent à creuser.
« Hé... ça va ? »
Kagami relève la tête en le regardant sans comprendre, puis sourit en se frottant l'arrière du crâne, un peu gêné.
« Yeah, yeah... T'en fais pas. Alors tu préfères quoi ? À la myrtille ou à la framboise ? » demande-t-il vite pour détourner l'attention du brun.
L'empressement à changer de sujet est limpide. Le tigre essaie de noyer le poisson. Aomine n'est pas dupe mais il laisse couler. Cependant, il garde en mémoire que leur difficulté à parler leur ont causé du tort avant de parvenir à s'ouvrir l'un à l'autre. Ce n'est peut-être rien de grave, mais il se note d'être attentif.
« Une question existentielle de bon matin ? T'es dur ! ricane-t-il. Mais s'il faut choisir, framboise.
— Hm... Ouais, je suis d'accord avec toi. Des fois j'en fais au citron aussi... Mais là j'en avais pas. »
Il sourit, soulagé qu'Aomine ne le presse pas davantage de questions, et entame vite un nouveau muffin. La boîte remplie de gâteaux ne va pas faire long feu...
Aomine termine son second café dans le calme, rassasié. Il profite de ces derniers instants où il est un peu chez lui, avant de devoir lever le camp et rendre son bout de terrain à la montagne. Il s'imprègne de la vision paisible du lac dans son écrin de sommets et seulement lorsqu'il s'est assez gorgé de la magie des lieux, il s'active à ranger. Il profite de sa corvée vaisselle pour faire un brin de toilette au bord de l'eau. Lorsqu'il revient, il verse le contenu de sa casserole sur le foyer pour éteindre les dernières braises. Prudent, il étale les cendres et les recouvre de terre avant de s'atteler au démontage de la tente que Kagami a déjà pris soin de vider.
Quand ils ont terminé de tout ranger, ils renfilent leurs sacs à dos et prennent la direction du retour. On est en milieu de matinée et un beau soleil éclaire leur route. Kagami avance à un bon rythme, peu enclin à traîner des pieds, même pour profiter de la balade.
Le brun s'étonne un peu d'entendre Kagami si proche derrière lui. Pourtant, il lui a dit qu'ils n'étaient pas pressés. Amusé par son enthousiasme et parce qu'il n'a pas envie d'accélérer le rythme il s'arrête pour lui faire face.
« Tu veux passer devant ? propose-t-il en souriant.
— Ok... Tu me dis si je me plante de route ! »
Kagami sourit et le dépasse, reprenant son allure rapide et profitant de cette marche pour se délester un peu de la fébrilité qui l'a envahi à l'idée d'aller à l'onsen ce soir. Cette nervosité lui donne plein d'énergie malgré le manque de sommeil, et il pressent que cette nuit il va dormir comme une masse. Tant mieux, car si jamais il voit Aomine à poil, il va lui falloir être bien assommé pour espérer trouver le sommeil. Il secoue la tête, atterré par ses propres pensées, et tâche plutôt de se concentrer sur la beauté des paysages.
Aomine secoue la tête en le voyant partir comme une flèche. Il sent bien que Kagami n'est pas d'humeur à flâner, alors il le laisse prendre de l'avance. Prenant garde à toujours le garder en visuel, auquel cas il accélère. La descente n'a pas de bifurcation, donc pas de souci éventuel d'orientation. En revanche, certains passages seront raides, notamment les portions du sentier à découvert, à flanc de falaise. En attendant de tomber sur ces difficultés, il s'autorise un rythme plus lent, redécouvrant les paysages, toiles de fond de ses souvenirs. Si la veille il se sentait encore triste, aujourd'hui il se sent plus léger. Il sait alors qu'il a déposé un peu de son fardeau et une part de son chagrin en haut de la montagne. Une idée qui lui plait et le soulage. Après tout, il est aussi venu pour ça. Alors il profite de sa presque solitude pour faire le tour de sa mémoire sans avoir peur qu'elle le blesse. C'est une victoire en soit qui le rend heureux. Son avenir a beau être des plus incertains depuis longtemps, pour une fois, son passé ne fait plus si mal. Et il s'en réjouit.
Kagami finit par se sentir un peu seul et se retourne pour apercevoir Aomine assez loin derrière lui. Du coup, il décide de faire une petite pause et s'assoit sur un rocher en sortant sa gourde, la marche lui a donné soif. Il boit de longues goulées puis s'essuie les lèvres, le regard dérivant sur les montagnes qui se déploient paresseusement, offrant leurs flancs boisés au soleil chaud. Il inspire l'air pur et minéral, et tend l'oreille pour s'imprégner du silence profond qui règne ici. C'est vrai que ça ne donne pas envie de redescendre...
Aomine trouve Kagami perdu dans une contemplation qu'il ne comprend que trop bien. Mais cette fois, ce n'est pas le panorama qui gonfle sa poitrine. C'est vrai qu'il s'était déjà fait la réflexion, mais il ne s'est jamais vraiment autorisé à le penser à voix haute, en pleine conscience. Assis là, le regard perdu dans le vague entouré de son aura pleine d'assurance, il le trouve particulièrement beau. Et puisque ses pas le guident vers lui avant même qu'il l'ait décidé, il peut se risquer à dire qu'il est même carrément attirant. Son avenir est peut-être aussi flou qu'un tableau d'impressionniste, mais en cet instant il est sûr d'une chose. Il ne veut pas que Kagami sorte du cadre. Il est là dans son élément, dans son univers et il ne se voit plus revenir en arrière. Sans un mot et sans y réfléchir, il vient glisser une main dans ses mèches indisciplinées et lui sourit tendrement, vraiment heureux qu'il soit là. Il a la folle pensée, l'espoir secret peut-être que son père l'aurait apprécié, lui et sa fougue, sa détermination sans faille et sa façon de repousser ses limites.
Kagami frémit délicieusement en sentant cette main se glisser dans ses cheveux, et en croisant son regard, son cœur fond au sourire qu'il lui adresse. Il s'attarde sur ses lèvres, et ne pouvant résister à leur attrait, il pose une main sur la nuque du brun pour l'attirer à lui et l'embrasse.
Il sourit de plus belle contre ses lèvres. Lui qui parlait de sa fougue justement... Il lui rend son baiser en se calant face à lui, entre ses genoux. Ce contact est grisant, l'affole et le rassure à la fois. Contrairement aux autres qu'ils ont échangés, il n'est plus sur la réserve. Il joue de sa langue et l'enroule sensuellement autour de sa jumelle, savourant les sensations exquises qui lui picotent l'épiderme et lui retournent le ventre. Kagami est beau, et il embrasse comme il n'a jamais été embrassé. Avec une passion évidente, contagieuse, dévorante.
Le tigre ressent comme un changement dans le comportement du brun, la façon dont il répond à son baiser plus sauvage et franche. Ça lui fait tourner la tête et il prolonge le baiser, satisfaisant une faim profonde, qui reste toujours insatiable mais qu'il peut apaiser un peu au contact de ses lèvres. Ça fait bien longtemps qu'il n'a embrassé personne de cette façon, amoureusement, savourant chaque instant et déclenchant une myriade de sensations frissonnant sous son épiderme. Finalement il se recule un peu, légèrement haletant, et regarde Aomine les yeux brillants, un sourire relevant le coin de ses lèvres :
« Alors... Toujours accro ? »
Son air satisfait et son ton presque arrogant lui arrache un rictus narquois. Il se garde bien de lui confirmer par les mots mais ne peut pas mentir, ni résister à cette bouche. Alors il attrape sa lèvre inférieure entre ses dents et la tire doucement. Il la mordille pour le punir d'avoir raison et rétorque sur le même ton joueur :
« Pas plus que toi Baka... »
Kagami le fixe avec un sourire qui s'adoucit, se faisant plus tendre.
« Guilty », lâche-t-il en revenant happer ses lèvres entre les siennes.
Le rouge a envie de s'enivrer de ses baisers avant de repartir, de faire durer ce moment encore un peu. Il a toujours ce sentiment d'irréalité qui l'enveloppe, et comment faire autrement quand c'est un rêve qui se réalise ? Il espère juste que ce rêve ne se dissipera pas une fois arrivés en bas...
En vérité, il a un peu prêché le faux pour avoir le vrai et il aime la réponse de Kagami. Alors qu'hier il hésitait encore à l'embrasser, accepter son attirance et son envie de le toucher, aujourd'hui il a du mal à le lâcher. Peut-être parce qu'Aomine pressent qu'ici c'est plus facile, donc il embrasse Kagami autant que son envie d'être physiquement proche de lui, il lâche prise et goute encore ses lèvres. Lorsqu'il quitte sa bouche, il garde quand même sa main dans ses cheveux, laissant ses doigts jouer sur sa nuque.
Kagami le contemple un moment, comme s'il voulait photographier ses traits dans sa mémoire, et finalement s'écarte doucement.
« On ferait mieux de repartir. Sinon on va rester là jusqu'au soir, et passer la nuit sur des rochers ça m'a pas l'air idéal !
— T'as raison... » souffle-t-il presque à regret.
Quand ils reprennent la route, Aomine reste derrière lui mais se cale cette fois sur son allure, décidément pas prêt à le revoir s'éloigner. Il avait seulement besoin de ce moment seul avec lui-même pour se recentrer.
Une heure plus tard, Kagami trouve que son petit-déjeuner commence à remonter à longtemps, comme en témoigne son estomac qui gargouille. Il se tourne vers le brun et lui lance par-dessus son épaule :
« T'as faim ? On s'arrête pour manger ? »
Aomine sourit. Évidemment que Kagami a faim.
« Ouais si tu veux. Un peu plus bas y a un spot sympa avec une cascade, tu pourras pas la louper. »
Il ne s'y arrête jamais d'habitude, avec son père ils partaient plus tôt et terminaient la randonnée avant l'heure du déjeuner. Mais ça changera, ça pourrait même devenir leur spot à eux... Se dit il en se projetant déjà sur leurs prochaines fois.
Kagami reprend son chemin en quête de cette fameuse cascade, et dès qu'il entend le bruit de l'eau, il accélère le pas, impatient de découvrir la vue... et de se poser pour manger. Il descend encore une pente raide, et d'un coup se retrouve face à la chute d'eau. Il s'arrête aussitôt, un sourire se peint sur ses lèvres tandis qu'il lâche un "Wow" étouffé.
Quelques instants après, Aomine atterrit à ses côtés. C'est vrai qu'elle n'est pas immense mais impressionnante. Cette eau qui bouillonne, c'est la nature dans toute sa force. Il laisse Kagami à sa contemplation tandis qu'il cherche un endroit pas trop humide et assez confortable pour s'installer.
Pendant ce temps, Kagami marche droit vers la cascade qui rebondit sur les rochers en formant un petit ruisseau. Il s'agenouille au bord de l'eau et s'en asperge le visage, soupirant de plaisir à la sensation de fraîcheur sur sa peau échauffée par le soleil. Il se redresse en secouant sa crinière humide, rasséréné.
Le brun s'aperçoit qu'il le fixe seulement quand il croise son sourire moqueur. Il se sent rougir légèrement mais ne détourne pas les yeux pour autant. Il le soupçonne presque d'avoir fait exprès de jouer les mannequins. Ou alors il est vraiment plus atteint qu'il ne le pensait... Cette éventualité le laisse un peu hébété. Réaliser que Kagami lui plait ne suffisait donc pas ? C'est comme si cette révélation n’était en fait qu’un verrou débloqué quelque part au fond de son esprit, et maintenant que la porte est entrouverte, il découvre l'ampleur de la pièce et tout ce qu'elle contient. Ça a quelque chose d'intimidant et de très déroutant aussi, de se rendre compte à quel point on peut se tromper sur soit même. Avec quelle facilité on est capable de se mentir, de se voiler la face sur des vérités qui paraissent pourtant toutes simples à son contact.
Kagami observe Aomine, qui lui semble réellement troublé. Le brun a commencé à réaliser qu'il était attiré par lui, c'est certain, mais au fond de lui il se demande toujours jusqu'à quel point... Cependant, même si ça l'inquiète en toile de fond, il veut lui laisser le temps de se découvrir, de le découvrir. Et puis... il y a une part de lui qui aime beaucoup le voir troublé par des gestes anodins de sa part. C'est... réconfortant. Ça lui assure qu'il ne fait pas fausse route, qu'Aomine ne va pas se réveiller un matin en ne voulant plus jamais entendre parler de lui.
Il se relève et rejoint le brun, ouvrant son sac pour sortir les sandwichs qu'il lui reste. Il sourit et constate :
« C'est un endroit génial... Idéal pour un pique-nique. »
Perdu dans ses réflexions philosophiques, Aomine met un temps de latence à comprendre que Kagami s'est adressé à lui. Il sort de sa rêverie en secouant la tête, prenant conscience qu'il était parti un peu loin.
« Hum ? Oh ici ? Oui c'est pas mal. C'est la première fois que je m'y arrête pour manger.
— C'est vrai ? » Cette information semble faire plaisir à Kagami, qui s'assoit dans l'herbe et lui tend un sandwich. « Y a quand même quelques 'premières fois' pour toi sur ce trajet bien connu, alors », ajoute Kagami.
Ce dernier se rend compte comme cette déclaration peut sembler suggestive et rougit en riant un peu, mais ne se corrige pas. Laisser turbiner un peu Aomine n'est pas une mauvaise chose non plus.
Ce dernier comprend le sous-entendu et il baisse les yeux sur sa pitance avec un sourire embarrassé. Il ne peut pas vraiment le contredire... Et en fait à bien y réfléchir, même en dehors de ce sentier il a eu quelques premières fois avec Kagami. Et il se doute qu'il y en aura d'autres, non en fait, il l'espère. Parce que tout ce qu'il découvre, ce qu'ils partagent pour l'instant lui plait. Malgré les doutes et les incertitudes, ça lui plait beaucoup.
« Ouais... quelques-unes », admet-il finalement en haussant les épaules.
Kagami sourit et mord dans son sandwich à belles dents. Il aurait été meilleur fait ce matin, mais c'est quand même plutôt bon, et surtout ça satisfait son appétit dévorant après cette matinée de marche à bon pas.
« Ahhh... Ça fait trop de bien ! » s'exclame-t-il avant d'engloutir une nouvelle bouchée.
Aomine approuve en dévorant son repas. C'est vrai qu'il avait faim lui aussi.
« Merci d'avoir gérer les repas... dit il entre deux bouchées.
— On s'est partagés le travail : t'avais le matos et l'expérience, moi je me suis occupé de la nourriture ! Faut dire que c'est mon rayon », ajoute-t-il avec un clin d'œil.
Le brun sourit et sa pensée franchit spontanément la frontière de ses lèvres sans qu'il n'ait le temps de la retenir.
« On fait une bonne équipe ! »
Kagami relève les yeux à ces mots, et son visage s'éclaire d'un sourire joyeux.
« Yeah... C'est vrai. Un vrai duo d'aventuriers ! Et cette aventure-là n'est sans doute que la première ! »
Rassuré par la réaction enthousiaste de Kagami, l'image d'eux en tête d'affiche d'un film sur un duo d'explorateurs intrépides lui revient. Il ricane et s'autorise même à renchérir :
« Tu crois qu'on devrait investir dans la panoplie complète ? Au cas où on rencontre des alligators dans la prochaine ?
— Ça paraît une bonne idée ! On n'est jamais assez bien préparés à une aventure ! »
Le rouge rigole en les imaginant en costumes d'aventuriers à vivre des histoires trépidantes dans les lieux les plus insolites. L'idée est plutôt séduisante... Il a envie d'essayer plein de choses avec Aomine. Chaque fois qu'ils sont ensemble, l'harmonie se crée et tout ce qu'ils vivent ensemble prend une saveur particulière. Chaque moment est spécial... et précieux.
À leurs bêtises qui ont des allures de projets, il sent la gêne s'estomper. Avec tous ses changements, il a tendance à oublier ce qui a fait tilt dès le départ entre eux. Ils ont de nombreux points communs, s'entendent bien, se comprennent. Ils sont amis avant tout et ça fait du bien de s'en rappeler en riant ensemble de leurs aventures hypothétiques.
« Complètement ! ... Je crois qu'il me faut des jumelles... réalise-t-il en se prenant au jeu.
— Ouais... Indispensable pour observer d'éventuels diplodocus. Parce qu'on est d'accord... Y a vraiment une île paumée quelque part dans l'océan avec des dinosaures dessus, pas vrai ?!
— Évidemment ! On pourrait même devenir les premiers à la découvrir ! Ou alors, on commence par la cité d'El Dorado ?!
— Ah ouais, c'est tentant aussi... Probablement moins difficile à trouver que l'île des dinosaures, ça pourrait nous faire une bonne première expérience ! On remontera l'Amazone en pirogue et tout... »
Kagami se prend à rêver à cette fantaisie, il se la représente étrangement bien. Il prend ça pour un bon signe... même si c'est un rêve, c'est agréable de se projeter ainsi. Avec Aomine pendant longtemps, malgré leur amitié il n'a pas su sur quel pied danser... Mais à présent, ça devient plus facile de refaire confiance, de s'ouvrir, de rêver et plaisanter. Et c'est... plus libérateur qu'il ne l'aurait cru. Aujourd'hui, il se sent léger, très léger, et ça fait un bien fou.
Aomine se laisse embarquer dans cette aventure imaginaire, se voyant déjà trouver la légendaire cité d'or en résolvant des énigmes et remportant des épreuves en tout genre. Il aime entendre le rire de Kagami et encore plus en être la cause. Alors il poursuit ses imitations douteuses et se surprend à rire aux commentaires bancals de son compagnon. Il ne sait pas si c'est l'environnement sauvage dans lequel ils évoluent depuis deux jours qui fait déborder leurs imaginations mais il passe un super moment, s'inscrivant dans la lignée des précédents.
Avec tout ça, il s'attendrait presque à trouver un vélociraptor au détour de la forêt qui leur reste à traverser, ou peut-être même qu'un tricératops va venir s'abreuver à la cascade...
« Ça fait envie ! Mais on devrait finir celle-ci avant tu crois pas ?
— Ouais, t'as raison. Celle-là, c'est déjà pas mal ! Je la trouve géniale. »
Kagami range les reliefs de leur repas et s'étend dans l'herbe, entraînant Aomine avec lui. Il soupire de contentement, perdant son regard dans le ciel où s'effilent quelques longs nuages vaporeux. Le soleil réchauffe doucement leurs ventres repus, et le temps paraît comme suspendu. Kagami s'emplit les yeux de ce bleu vibrant de lumière. Contre son épaule, il sent celle d'Aomine, et il attrape sa main et la serre doucement.
Une sensation qu'il commence à bien connaître empli sa poitrine où son cœur s'emballe au contact de Kagami. Il y a toujours une fraction de seconde de réticence, ou plutôt d'hésitation avant de se rappeler que c'est ok. Non seulement c'est normal, mais il a tous les droits d'aimer ça. C'est juste... jamais auparavant dans sa vie il ne l'avait envisagé, ou considéré comme possible. Il apprend doucement, s'habitue petit à petit, essaie d'y trouver une forme de légitimité. Comme si le fait de s'être considéré hétéro toute son existence faisait de lui une fraude, un imposteur dans ces moments de bonheur simple. Il chasse cette pensée négative en entrelaçant leurs doigts pour se raccrocher à sa seule certitude, se prouver que tout est bien réel et a la place d'exister.
Kagami se sent presque somnolent après ce déjeuner, tandis qu'ils paressent dans l'herbe les yeux perdus dans le ciel, mais une autre part de lui a envie de reprendre la route et de découvrir ce que le sentier leur réserve cette après-midi. Sans compter qu'une certaine fébrilité l'habite toujours à l'idée de ce qui l'attend ou non ce soir... Et c'est difficile de ne pas y penser. Finalement, il se redresse et regarde le brun :
« On repart ? »
Il était bien lui étendu là... Il sait qu'ils sont bientôt arrivés et il n'est pas encore prêt à laisser la sérénité de la montagne derrière lui. Pourtant il se laisse convaincre par l'énergie de Kagami et la lueur de curiosité qui anime son regard. Il lui offre un sourire en coin et hoche la tête doucement avant de ne plus avoir de courage du tout.
Kagami se hisse sur ses pieds et tend la main pour aider Aomine à se relever. Il retourne à la rivière pour se rafraîchir avant de remettre son sac à dos. Puis, il contemple le sentier qui descend en serpentant, scrutant les paysages distants comme pour discerner leur destination. Il rejoint le brun et pose une main sur son épaule tandis qu'il demande :
« À ton avis, on en a pour combien de temps pour redescendre ?
— Ça dépend... à quelle allure speedy ? le taquine Aomine en ajustant son sac à dos.
— Hm... » Kagami réfléchit, sourcils froncés, puis reprend : « Ouais, à vitesse max, combien de temps ? Pas que je compte forcément garder le rythme mais... juste pour avoir une idée !
— Hum.. trois quarts d'heure j'dirais, peut-être moins. Si non d'ici il reste grand max une heure trente de marche. »
— Oh, déjà ! »
Kagami regarde à nouveau le chemin qui s'étale sous le soleil, pris d'une certaine anxiété en songeant à finir si vite cette belle parenthèse... Le cœur battant, il réfléchit à toute vitesse. Il sait déjà ce qu'il a envie de demander, mais il n'ose pas. Il se rabroue intérieurement pour ses tergiversations inutiles et redresse le menton avant de déclarer :
« Si ça te tente... J'ai bien envie de prolonger un peu le séjour en s'arrêtant à l'onsen. »
Il a dit ça d'un ton qu'il juge suffisamment dégagé, mais intérieurement les émotions se bousculent, frôlant la panique tandis qu'il attend la réponse du brun.
Ce dernier lève le regard vers lui, content à la perspective de repousser encore un peu le retour à la réalité. Il refoule sa bouffée d'angoisse lorsqu'il réalise qu'ils vont partager une autre nuit, les couches de sac de couchage en moins entre eux. Aomine décide qu’il avisera à ce moment-là. Et puis, ce n'est pas comme si l'idée lui déplaisait... Alors il énumère d'autres arguments, comme pour s'empêcher de se défiler.
« Ouais ? Tu verras il est cool, ça nous évitera un peu les courbatures, et puis on y mange super bien. »
Ces mots rassurent Kagami aussitôt. Il craignait de pousser un peu sa chance... mais il a la nette impression qu'Aomine a autant envie que lui de prolonger encore un peu l'aventure. Soudainement plus détendu, il demande :
« Ah ouais ? T'y es allé souvent, alors ?
— Assez pour y avoir mes entrées... » dit-il en jouant des sourcils, se voulant mystérieux.
Kagami lâche un petit rire à sa mimique.
« Really ? On te donne la meilleure suite, et tout ?! Dîner à volonté ?
— Ça dépend si elle est libre mais ... ouais ce genre de choses », admet-il tout fier avant d'expliquer: « Les proprios me connaissent depuis un bail, et je leur ai apporté quelques clients depuis que je recommande leur établissement. Je m'arrête toujours dire bonjour, même quand j'y dors pas. »
Il omet de préciser que son père a longtemps fait de même, et qu'il les considère un peu comme de la famille éloignée, celle qu'on voit uniquement lors des grandes réunions. Des grands oncles et tantes peut-être. Ou les gentils voisins de vos grands-parents. Le genre de personnes qui connaitraient tout de votre vie, alors que vous savez si peu d'eux, juste leur nom et leur bienveillance.
Kagami écarquille les yeux, l'air impressionné.
« Ah ouais ! Super classe ! Raison de plus pour s'arrêter, alors. Ils t'en voudraient sûrement si tu passais pas au moins dire bonjour ! »
Il affiche un grand sourire, d'une certaine manière, savoir que cet endroit est déjà familier pour Aomine le rassure. Parce qu'ainsi, le brun sera en territoire connu et en contrôle. Alors... Kagami a moins peur de l'intimider... avec sa tendresse pour lui, avec son désir. Il relève la tête tandis qu'ils s'engagent dans une descente assez raide et lance :
« Du coup, peu importe si on arrive en avance. Ça a l'air d'un endroit vraiment sympa où se poser. »
Aomine reste attentif à leurs pas lorsque le terrain devient plus accidenté. Il reste proche de Kagami, assez pour le garder à portée, mais pas trop pour ne pas se faire entraîner dans une éventuelle chute. Concentré sur le chemin le plus sûr, il répond vaguement :
« Yep, c'est presque aussi bien que là-haut. »
Ils retombent dans le silence tandis qu'ils descendent le chemin irrégulier semé de gros rochers et de cailloux un peu traîtres. Kagami se concentre sur sa foulée et sur ses appuis. Ses cuisses commencent à chauffer sous l'effort, la descente n'a absolument rien de plus aisé que la montée, ça fait travailler plus durement les jambes pour retenir son propre poids. Concentré, Kagami ne voit pas le temps passer, et c'est seulement arrivé en lieu plus sûr qu'il ralentit le pas et relève la tête pour observer les alentours. Le paysage a changé, devenant plus hospitalier en regagnant des altitudes plus basses, mais le cadre est toujours aussi majestueux.
Il a hâte que le sentier termine cette boucle. Juste après, il y a une petite surprise dont il n'a pas parlé au tigre. Aomine a une pointe d'appréhension, se demandant si Kagami a le vertige... Si tel est le cas, traverser le grand pont suspendu au-dessus de la rivière risque d'être... Intéressant. Cela dit, ce n'est pas comme s'ils avaient le choix. Si ce n'est rebrousser chemin, jusqu'à leur point de départ. Après cette épreuve ils ne seront vraiment plus très loin de l'onsen, niché dans un creux de verdure un peu plus bas.
Quand le pont se dévoile au détour d'un virage, Kagami marque un temps d'arrêt. Il n'est pas sujet au vertige, mais il porte une confiance très modérée à cette structure qui lui paraît un peu trop usée à son goût. Il attend qu'Aomine arrive à sa hauteur et lui demande :
« C'est safe de passer là ? »
Aomine savoure son air dubitatif et pose une main sur son épaule. D'humeur taquine il souffle :
« Et bin alors ? J'croyais que t'étais un vrai aventurier moi ... »
Puis autant pour le rassurer que le narguer il s'avance sur la première planche qui grince sous son poids. Il regarde loin devant et teste chaque planche avant d'y poser son pied, comme son père le lui a enseigné. Après quelques pas, il regarde par-dessus son épaule.
« Tu vois, c'est solide. Attend que je sois au bout pour avancer, et fais-le à ton rythme », conseille-t-il, encourageant.
Kagami hoche la tête nerveusement. L'aventure, d'accord, mais sombrer dans un ravin de plusieurs centaines de mètres n'a rien de très tentant. Il observe prudemment la progression du brun, se crispant sans en prendre conscience chaque fois qu'il pose le pied sur une nouvelle planche, s'attendant à tout moment à entendre un craquement funeste. Mais Aomine parvient sain et sauf au bout, et il s'engage à son tour en tâchant de reproduire son parcours à l'identique, définitivement pas confiant. Il évite de trop regarder en bas et avance sans se laisser le temps d'hésiter.
Aomine voit bien que son compagnon est tendu. Lui non plus n'était pas serein la première fois. Et il est toujours sur le qui-vive. Parce que même s'il y a de l'eau en dessous, elle est assez loin et pas encore assez profonde pour les empêcher de se blesser en cas de chute. Alors il met ses mains en porte-voix et l'encourage.
« Pose le pied avant de lâcher la corde et avance... Voilà comme ça c'est super, tu t'en sors bien Kagami, t'es à la moitié. »
Guidé par les encouragements du brun, Kagami traverse le pont sans encombres, mais c'est avec un certain soulagement qu'il pose le pied sur la terre ferme.
« Wow... J'avoue, c'était plutôt impressionnant », constate-t-il en se retournant pour contempler le pont qui oscille encore légèrement après leur passage.
Aomine sourit d'une oreille à l'autre, fier de son compagnon. Il a beau savoir qu'il est téméraire et du genre à aimer l'adrénaline, il ne savait pas comment il s'en sortirait sur cette épreuve. Encore une fois Kagami l'impressionne par sa volonté et sa force de caractère, sa détermination. Lorsque ce dernier se retourne pour lui faire face, il se laisse emporter par son élan d'admiration et pose une furtif baiser sur ses lèvres en récompense.
« Carrément. Ça me fout les frissons à chaque fois... »
Kagami rougit à ce baiser et à l'expression fière dans les yeux du brun, comme s'il venait d'accomplir un exploit. Mais c'est vrai que ce n'était pas non plus une partie de plaisir.
« Yeah... Ça aussi tu le faisais quand t'étais gamin ?! »
Le brun lui adresse un sourire mystérieux mais ne répond pas tout de suite. Il boit un peu d'eau puis reprend la route lorsqu'il consent à cracher le morceau.
« Officiellement oui. Officieusement... la première fois je suis resté bloqué au milieu, mon père a dû venir me chercher. J'avais treize ans quand j'ai réussi tout seul. Ça m'a pris des plombes mais je l'ai fait », explique-t-il le regard perdu dans le vague.
Les souvenirs lui reviennent tellement nettement. La frustration, la colère d'avoir été vaincu par un pont. Son père rassurant. Puis l'angoisse, et la fierté d'avoir réussi se reflétant sur le visage de son paternel. Une expression aussi rare que précieuse que cette randonnée lui a donnée quelques occasions de décrocher. Plus jouissif que n'importe quelle médaille...
Kagami laisse un rire lui échapper, mais ça n'a rien de moqueur. Il lance un nouveau regard derrière lui vers le pont suspendu, un frisson traversant son échine.
« Tu m'étonnes... Gamin je suis pas certain que j'aurais même posé un pied là-dessus ! » Il reporte son attention sur le brun et son sourire se fait plus tendre. « Mais ça m'étonne pas que tu aies fini par surmonter ta peur. T'es plutôt du genre obstiné. »
Le compliment lui fait plaisir. Aomine coule un regard vers lui avec un sourire en coin. Si au travail ses collègues le savent, dans sa vie privée il est plutôt reconnu par ses proches pour sa flemmardite aigue. Que Kagami arrive à voir cette part de lui fait manquer un battement à son palpitant.
« Ouais... un peu. Disons que je suis plus efficace sous pression. Je suis du genre à mieux voir le mur quand je suis devant... admet-il en ricanant. On ne se refait pas ! »
Kagami hoche la tête avec un sourire entendu.
« Yeah... En un sens je suis pareil. Enfin, je suis du genre prudent et à venir préparé, mais... Au pied, du mur, j'ai toujours la sensation que je trouve mon plein potentiel. Et c'est toujours assez grisant... »
Aomine se retourne et marche à reculons pour lui faire face, son regard brillant d'intérêt braqué sur Kagami. Ça il l'a remarqué dans son jeu. Du coup ça ne l'étonne pas vraiment d'apprendre que ce trait de caractère déborde dans les autres aspects de sa vie. Même si son complice a l'air tout de même bien mieux organisé que lui au quotidien.
« Carrément... quand ton instinct prend le dessus et que tout devient clair et se goupille parfaitement. Comme si les issues se dévoilaient juste avant le crash. C'est comme tu dis... grisant. » Puis il se remet dans le bon sens pour s'éviter une chute débile et poursuit. « Satsuki a jamais compris pourquoi je m'infligeai toujours plus de stress que nécessaire. Mais je l'ai jamais vu comme ça, elle le mur elle le voit à mille kilomètres alors elle comprend pas... »
Kagami suit le brun qui reprend un bon rythme le long du dénivelé, surveillant où il met les pieds, réfléchissant à ses propos.
« Ouais... J'imagine qu'on a différentes manières de fonctionner. Et de toute façon... Cette façon de réagir à l'instinct, sur le moment... Y en a besoin dans mon métier, sans doute dans le tien aussi, et... dans le basket. Parce que y a des tas de situations auxquelles on peut pas se préparer quoi qu'il arrive. »
Une partie du chemin devant eux est recouvert de gravats plutôt glissants. Arrivé en contre bas il surveille la descente de Kagami, prêt à l'aider. C'est seulement quand ce dernier atterrit sans encombres à ses côtés qu'il confirme sa réflexion.
« C'est sûr que savoir réagir dans l'instant, même sous le choc c'est primordiale. D'ailleurs ça fait partie des tests pour entrer dans les forces spéciales. Ceux qui se figent, c'est dehors. J'imagine que c'est ce qui fait de toi un super joueur... et un bon basketteur », dit-il faussement détaché.
Kagami est content qu'Aomine soit tourné dans l'autre sens, de sorte qu'il ne voit pas le sourire heureux et satisfait qui se peint sur ses lèvres. Il sait qu'Aomine modère volontairement ses mots, et qu'il le trouve un peu plus que "bon" au basket.
« Thanks... Après... On a tous nos faiblesses. Par exemple... » Il hésite un peu et poursuit : « Même si ça paraît con... J'ai une terreur incontrôlable des chiens. J'en vois un, je perds tous mes moyens. Heureusement que je voulais pas devenir vétérinaire. »
Rien qu'en évoquant sa phobie, un frisson d'horreur lui hérisse l'épiderme.
Aomine marque un temps d'arrêt, surpris par la confession. Il n'aurait jamais pensé que Kagami puisse avoir aussi peur des chiens. Pourtant l'entendre se mettre à nu de la sorte lui ôte toute envie de le taquiner, même gentiment sur le sujet. Il comprend aussi un peu mieux pourquoi il était si tendu le jour où ils ont joué sur son terrain. Le souvenir d'avoir évoqué la chienne de son collègue lui revient... Kagami faisait la même tête que maintenant quand il y pense.
Pour le détourner de ses pensées, il lui donne un petit coup d'épaule et lui chuchote sur le ton de la confidence :
« C'est pas plus con que moi... Au moins t'as peur d'un truc qui existe. »
Kagami relève la tête et sourit :
« Ah bon ? T'as peur de quoi ? Des fantômes ? »
Aomine affiche une moue de dégout incontrôlable, peu fier de l'admettre. Surtout que ça a l'air d'amuser Kagami un peu trop franchement.
« Les esprits, l'occulte, les poupées et les visages figés. C'est pas pour moi. Faut pas déconner avec ces trucs-là », marmonne-t-il dans sa barbe plus pour se convaincre lui-même que son voisin.
Kagami a presque envie de dire qu'on ne sait pas, que ça existe peut-être, mais il ne voudrait pas plonger le brun dans la terreur pour le restant de la journée.
« Hm, je vois... Du coup, tu regardes pas de films d'horreur ? demande-t-il, curieux.
— C'est à cause de l'un d'eux figures toi, alors j'évite. Mais comme j'avais pas envie que mes potes se foutent de moi, j'ai dû en regarder quelques-uns. J'te jure, faire semblant de dormir aux soirées d'halloween c'est devenu ma spécialité ! »
Kagami éclate de rire à cette confession :
« Really ?! Ils savent pas que t'aimes pas ça ? » Il secoue la tête, incrédule. « Bon... Au moins, je sais ce qu'il faut pas mettre dans le programme de nos soirées films ou ciné !
— Non ! Et t'as pas intérêt de leur dire, c'est top secret ! » le menace-t-il en mimant une serrure sur ses lèvres. « Ils ont même jamais pigé pourquoi je détestais Toy Story. Remarque, j'aurais peut-être pu l'apprécier si je l'avais vu avant Chucky ... » conclut-il en réprimant un frisson d'effroi.
Kagami ne peut s'empêcher de sourire, mais il ne dit rien. Après tout, ce genre de chose n'est pas rationnel.
« J'avais pas l'intention de le dire. Je suis pas vraiment du genre commère », ajoute-t-il avec un petit rire.
Aomine le regarde un instant, suspicieux, puis en le jugeant honnête il demande plus détendu :
« Et toi c'est venu comment ? T'as été attaqué ou un truc du genre ?
— Ouais... Je devais avoir six ou sept ans... Dans mon esprit c'était un chien énorme... J'ai été mordu, rien de très grave mais j'ai eu la trouille de ma vie, et depuis je vois tous les chiens comme ça... Même les petits... Dès que j'entends un aboiement je suis en mode adrénaline. »
Le brun écoute l'histoire, se sentant désolé pour le jeune Kagami. Lui il adore les chiens... et il a un peu de mal à concevoir qu'on puisse les trouver diabolique. Mais il comprend. Ce genre de chose, ça ne se calcule pas. D'autant plus si c'est lié à un traumatisme, ce qui a l'air d'être le cas.
« Merde... le cerveau c'est puissant. Pas toujours logique mais si le tien a enregistré que c'était une menace, difficile d'aller contre, suppose-t-il. Et les chiens dans les films, ça va ? Ou faut les retirer aussi de nos programmes ciné ? »
Kagami rigole :
« Nan... Dans les films ça me dérange pas. Heureusement parce que bon, y a beaucoup de chiens dans les films. Dans la vie réelle aussi tu vas me dire », remarque-t-il avec un frisson.
Cette fois il rit avec lui. C'est vrai que ça ne doit pas être facile à vivre si on a peur de croiser un canidé à chaque coin de rue.
« Les parcs ça doit être l'enfer pour toi !
— C'est pour ça que j'y passe seulement en courant ! J'y fais que du jogging, jamais de promenade. Des fois je fais des sacrés détours juste pour éviter un chien sur mon parcours. On va dire que ça m'entretient. »
Cette fois il éclate de rire, imaginant très bien la scène. Kagami a décidément l'art de trouver le positif dans toutes sortes de situations. C'est aussi un truc qu'il aime chez lui. Il ne se laisse jamais abattre, préférant voir le verre à moitié plein.
Partager ainsi leurs peurs lui donne le sentiment d'être plus proche de lui. Même si leur randonnée arrive bientôt à son terme, il est définitivement heureux du petit bout de chemin qu'ils ont parcouru. Ils apprennent encore à se connaître, et ce moment confession lui prouve qu'il y a des tas de choses qu'il ne sait pas encore et qui lui reste à découvrir. Aomine se surprend à le désirer si fort, ça dépasse la curiosité naturelle, celle qu'on éprouve en rencontrant une nouvelle personne. Il veut tout savoir, tout apprendre de Kagami, et il est impatient. Mais en attendant, il note ce que son compagnon a bien voulu lui dévoiler dans son registre mental, content de pouvoir remplir une nouvelle page.
Ils avancent à une foulée régulière alors que le soleil se déplace dans le ciel, sa lumière change peu à peu à mesure que l'après-midi progresse, se faisant plus douce et allongeant peu à peu les ombres. Kagami se perd dans la contemplation du paysage, bien assez vaste pour contenir toutes ses pensées qui dérivent sans véritable enchaînement logique. Il apprécie l'atmosphère sereine qui enveloppe les lieux, et le silence confortable qui règne désormais entre le brun et lui.
Ça y est, ils y sont. Il n'a pas vu le temps passé cette après-midi et il est déjà nostalgique de ce qu'ils laissent derrière eux. Il jette un regard par-dessus son épaule pour apercevoir le sommet de Fuji qui se cache dans la brume. Au croisement avec le sentier qui s'enfonce dans un bosquet Aomine s'arrête. Il indique d'un signe du menton le petit panneau de bois indiquant "Onsen". Une façon silencieuse de s'assurer que c'est toujours ce que veut Kagami.
Kagami suit son regard et instantanément son rythme cardiaque s'accélère. Bien sûr, il savait que c'était leur destination, mais la perspective s'était un peu éloignée tandis qu'ils marchaient dans le calme de la nature. C'est certain, il en a toujours envie, même s'il appréhende aussi le degré d'intimité dans lequel ils vont se retrouver.
Il hoche la tête à l'intention d'Aomine et le suit le long du sentier forestier, se concentrant sur son environnement pour éviter de paniquer bêtement à l'idée de cette soirée. De toute façon, il n'a aucune envie de rejoindre la gare et de rentrer chez lui.
Lorsqu'il est en vue de l'arche indiquant l'entrée de l'établissement, Aomine est happé par les souvenirs de toutes ces fois où il l'a franchi. Cette dernière étape était toujours synonyme de détente et propice à revenir à la réalité en douceur après avoir erré seul en pleine nature. Aujourd'hui, franchir le seuil de ce qu'il voit comme un refuge avec quelqu'un d'autre que son père le rend nerveux. C'est bête de n'y penser que maintenant, mais comment va-t-il présenter Kagami ? Un ami ? Il pourrait pour simplifier les choses mais... ne risque-t-il pas de le blesser sachant au fond de lui qu'ils sont plus que ça ? À l'instar de leur première nuit en tente, il a préféré occulter ce moment, se focalisant sur l'instant présent. Mais comme il l'a expliqué à Kagami, maintenant qu'il est devant le mur, il n'a d'autre choix que de le voir. Incertain, il déglutit en poussant le petit portail, réfléchissant à toute vitesse.
Inconscient de son trouble, Kagami examine l'auberge, tout en bois dans une architecture traditionnelle, et trouve aussitôt l'endroit charmant. Ça semble plutôt petit, presque familial. Il espère qu'ils seront au calme ici, sans trop de visiteurs pour les déranger... Il est de nouveau un peu fébrile et s'incite intérieurement au calme. Une chose après l'autre. Et puis, Aomine connaît l'endroit. Il n'a qu'à suivre le guide.
Chapter 34: Chapitre 34
Chapter Text
Aomine grimpe les quelques marches du perron qui craquent sur son passage, puis entre dans l'établissement. Le petit comptoir qui sert d'accueil est vide. Il tend l'oreille mais seul le silence lui répond. Il se penche un peu pour jeter un œil dans la salle commune de restauration. Il n'aperçoit que deux clients. En attendant les propriétaires, il regrette vaguement de ne pas avoir réservé. Il aura l'air malin s'il n'y a plus de place... Son regard croise celui du carmin et il lui offre un léger sourire avant de se délester de son sac qu'il dépose à ses pieds dans un soupir de soulagement.
Kagami fait de même, roulant des épaules pour les soulager après la journée de marche, qui a été plutôt sportive. Il balaie les alentours du regard, dansant d'un pied sur l'autre – la patience n'a jamais été son fort – et s'imprègne de l'atmosphère des lieux. Ça sent la cire et le bois de pin, une odeur qui lui rappelle un chalet dans lequel son père l'a emmené en vacances, plus jeune.
Dès qu'il entend des pas feutrés venant du couloir derrière Kagami, Aomine reconnait la démarche légère de madame Takahashi. Il devine même qu'elle les a repérés lorsqu'elle accélère. Elle s'excuse en se plaçant à son poste et il est aux premières loges lorsqu'elle redresse le visage et le reconnaît enfin. Un immense sourire quelque peu édenté lui mange le visage, et il ne peut s'empêcher de le lui rendre.
« Daïki ! Quel plaisir de te voir mon petit ... on était inquiet de ne pas t'avoir vu cette année. Ken sera ravi de te voir ! Tu restes cette nuit n'est-ce pas ? »
Il ricane sous l'assaut de question et s'incline devant la vieille dame en guise d'excuses.
« Je sais, ça fait longtemps. S'il vous reste de la place, oui nous aimerions rester », confirme-t-il.
Le visage bienveillant semble seulement remarquer Kagami. Elle plisse un peu les yeux et finit par lui sourire chaleureusement.
« Enchanté, c'est un plaisir de rencontrer un ami de Daïki. Je vous souhaite la bienvenue. »
Kagami lui rend son sourire et hoche la tête poliment. Malgré sa timidité naturelle, il est apaisé par l'aura de gentillesse qui se dégage de cette femme.
« Merci madame. Daiki m'a dit beaucoup de bien de votre auberge... Je suis vraiment content de m'y arrêter pour la nuit. »
L'aubergiste reporte son attention sur lui, ravie.
« Ta chambre habituelle n'est pas disponible, mais il m'en reste une. Tu aurais dû nous prévenir, je me serais organisé autrement !
— Tout s'est décidé rapidement, ne vous embêtez pas on va prendre celle qui reste, tente-t-il de la rassurer.
— Très bien, très bien. C'est celle du fond, qui donne sur le jardin. Je vous compte pour dîner ? »
Aomine n'a pas encore eu l'occasion de tester cette chambre. Ce sera une autre première. Dans leurs provisions, ils n'ont plus grand chose à part le fond d'un sachet de guimauve... Et il ne dira jamais non à la cuisine de madame Takahashi. Mais il se tourne tout de même vers Kagami, les yeux brillant pour avoir son avis.
Kagami, affamé, hoche la tête vigoureusement. Il espère qu'ils prévoient les quantités larges, ici. Il a hâte de découvrir l'endroit où ils vont passer la nuit, aussi... L'endroit lui semble... plutôt propice au romantisme.
Le brun échange encore quelques instants pour satisfaire la curiosité de son hôte, et apprend que son mari ne devrait pas tarder à revenir de la pêche. Il l'adore, mais préfèrerait s'éclipser avant de le croiser. Si non, il n'est pas près de voir la couleur de leur chambre, et maintenant qu'il est là, il sent le contre coup de la fatigue accumulée. Stratégique, il recule doucement en promettant de la voir plus tard et avant qu'elle ne lui pose une autre question il lui tourne le dos et embarque Kagami à sa suite.
Il entend se dernier ricaner derrière lui et lui adresse une œillade mi-dépitée, mi-complice. Il passe devant plusieurs portes dans le couloir en bois fraîchement ciré, dont "sa" chambre, celle que son père avait l'habitude de leur réserver, avec un léger pincement au cœur. Il suit le corridor et tourne à gauche, dans la partie la plus récente de l'édifice. Devant la dernière porte, il en fait coulisser le battant, impatient de découvrir les lieux.
Kagami lui emboîte le pas à l'intérieur et découvre une chambre plutôt spacieuse et lumineuse, avec de grandes portes vitrées donnant sur un jardin zen, ombragé par de grands pins aux silhouettes élancées.
« C'est super joli... » commente-t-il, charmé.
Le mur qu'ils ont choisi d'ouvrir offre une vue spectaculaire. Un jardin traditionnel en prolongement de la terrasse et les montagnes en arrière-plan. En contre bas, la rivière qu'ils ont traversée, alimentée par la même source que les bassins qu'il a hâte de retrouver.
« C'était encore en travaux la dernière fois que je suis passé... c'est incroyable », souffle-t-il en approchant de la baie vitrée pour l'ouvrir.
Kagami le suit et contemple la vue, splendide et apaisante. Il passerait bien des vacances entières ici.
« Yeah... C'est vraiment beau. » Il pose une main sur l'épaule d'Aomine et la presse doucement. « Merci. Je suis vraiment content de rester ici cette nuit... avec toi... » ajoute-t-il dans un murmure.
Aomine frissonne au contact et à ces mots. Il ne peut s'empêcher d'y entendre un sous-entendu, ou alors c'est son imagination... Il sourit, heureux lui aussi. Il hoche la tête à son intention et passe un bras autour de sa taille, admirant encore la vue.
Kagami laisse un sourire étirer ses lèvres, son cœur battant trop fort dans sa poitrine. Il tourne la tête et pose un baiser dans les cheveux du brun.
« Je sens qu'on va bien dormir ici. Plus de confort qu'en campant... Mais le même silence... »
Daïki se surprend à frémir. Sensible à ce geste tendre. Il se demande vaguement si c'est par manque d’habitude ou si venant de quelqu'un d'autre ça lui procurerait le même effet... Il secoue la tête pour lui-même avec l’image de sa sœur à l’esprit, persuadé que non.
« Ouais, c'est assez reposant comme endroit. Impossible de ne pas faire de grasse matinée ici... » Lui confirme-t-il en souriant.
Finalement il se détache de Kagami pour inspecter la chambre plus en détail et repère un panier de fruits sur la table. Il pique une pomme qu'il croque avec gourmandise puis inspecte un placard. Le fruit coincé entre ses dents il sourit en mettant la main sur ce qu'il cherchait. Un peignoir moelleux à souhait qu'il s'empresse d'enfiler, appréciant le confort d'abandonner ses vêtements sales pour la tenue décontractée par excellence.
Kagami s'efforce d'éviter de trop le regarder tandis qu'il se change, tâchant de se plonger à la place dans la contemplation du jardin. Le soleil est encore assez haut dans le ciel, définitivement ils ont fait vite aujourd'hui, la faute à sa fébrilité et à toute son énergie à évacuer.
Avec un soupir d'aise, Aomine revient sur la terrasse. Il s'assoit près de Kagami et lui tend une banane avec un sourire en coin, se doutant qu'il doit avoir un creux lui aussi.
« Tu préfères aller aux bains avant ou après manger ? »
Le rouge pèle son fruit et lui jette un regard de côté.
« Hm... Ça dépend. À quelle heure c'est le dîner ? »
Aomine cale ses mains derrière lui et réfléchit, creusant dans ses souvenirs.
« Pas avant deux bonnes heures j'dirais.
— C'est long, grogne Kagami. Bain avant, alors ! Et faudra que tu me réexpliques tout ce rituel compliqué qu'il faut faire avant de rentrer dans l'eau aussi... Je comprends rien aux onsens... »
Aomine l'observe en haussant les sourcils. Il a souvent tendance à oublier que Kagami n'a pas grandi ici et que certaines coutumes lui sont donc étrangères. Il comprend un peu mieux sa réserve à venir ici quand il lui a proposé. Il aurait dû y penser. Alors il lui adresse un sourire qu'il veut rassurant.
« Ouais bien sûr. Tu n'es pas venu souvent j'imagine...
— Non. La dernière fois, c'était au lycée... J'y suis allé avec mon équipe de basket, et tout le monde s'est bien fichu de moi parce j'étais en maillot de bain ! »
Kagami secoue la tête en marmonnant. Au final l'expérience avait été assez cool, mais plutôt étrange pour lui.
Aomine plaque une main sur sa bouche, refreinant son rire moqueur mais un gloussement s'échappe malgré ses efforts.
« Oh merde ! T'as dû en entendre parler longtemps !
Kagami lui lance un regard de côté, mais le laisse rire à ses dépens. Il soupire :
« Tu m'étonnes... En plus je m'étais pas lavé avant non plus... Mais personne fait ça aux USA ! On se baigne sales et habillés ! »
Cette fois s'en est trop, il laisse éclater son rire en imaginant la scène. S'il avait fait partie des spectateurs, il ne l'aurait pas lâché non plus, c'est certain ! Il s'essuie le coin de l'œil une fois son fou rire passé et lui presse l'épaule, encore amusé.
« J'aurais adoré voir ça, vraiment... mais comme j'adore venir ici, on va faire les choses bien. Je voudrais pas non plus que tu te fasses virer, ce serait dommage... » admet-il dans un dernier rire.
Kagami grogne encore pour la forme, mais l'hilarité du brun ne le dérange pas. Il aime l'entendre rire... Alors il peut mettre sa susceptibilité en veilleuse. Et puis... C'est vrai qu'avec le recul, cette histoire est assez drôle.
« Ouais, j'aimerais autant éviter aussi. En plus t'as une réputation à protéger ici !
— Disons que si tu me fais le même coup, je risque d'en entendre parler aussi. » Il le bouscule légèrement avec un sourire collé aux lèvres puis entreprend de lui expliquer : « C'est tout simple... Une fois passé les vestiaires, tu n'as le droit plus qu'à une serviette. Avant d'entrer dans l'eau, il faut bien se laver. Ensuite tu peux rejoindre le bassin, mais en deux temps. On n'entre pas d'un coup pour s'habituer à la température et on doit s'immerger que jusqu'au cou. La tête c'est interdit. Pour ce qui est de la sortie, pas de rinçage, tu t'essuies juste. »
C'est vrai que c'est un rituel qui peut paraître intimidant, mais ce ne sont que quelques règles simples. Il ne doute pas une seconde que Kagami va réussir à s'en sortir cette fois-ci.
« Hm... OK. Ça devrait pas être trop compliqué. »
Il adresse un sourire nerveux à Aomine. Pas parce qu'il appréhende tout ce petit rituel, mais parce qu'il est à la fois intimidé et impatient de vivre ce moment avec le brun. Ça va être dur de ne pas laisser son regard dériver... et de rester calme...
« Bon... Alors on y va ? »
Aomine hoche la tête. Pourtant en se redressant, il a soudain comme un doute. Kagami et lui ne seront pas seuls si l'auberge est pleine. Et même s'il sait que personne ne leur prêtera attention, son ventre se noue. Un souvenir désagréable l'envahit et lui fait serrer le poing sans qu'il ne s'en aperçoive. Il ne sait pas encore s'il est prêt à plus que d’embrasser Kagami, pourtant il s'était fait à l'idée qu'un jour il passerait le cap. Et réaliser qu'il va découvrir sa nudité pour la première fois en présence d'inconnus, en même temps qu'eux l'agace profondément. Son impatience en prend un coup et il se rassure comme il peut. Personne ne fera attention à eux, c'est normal dans ce genre d'endroit... Ils auront le temps de se découvrir ailleurs...
Ils quittent la chambre et traversent l'établissement en direction des vestiaires. Le stress envahit Kagami qui a soudain envie de se défouler pour faire passer cette désagréable anxiété fourmillant dans ses nerfs. Il s'intime au calme, ce n'est qu'une baignade à l'onsen, c'est quelque chose de banal somme toute. Et en plus, c'est censé être relaxant.
Aomine inspire un grand coup en rangeant son peignoir dans un casier. Sa serviette sur l'épaule il attend Kagami à l'entrée du bassin, nerveux. Il se ronge l'ongle du pouce en comptant le nombre de personnes présente, l'air de rien. Lorsqu'il sent la présence de son compagnon derrière lui, son pouls s'accélère, et il ose à peine lui adresser un regard par-dessus son épaule pour l'inviter à le suivre vers les tabourets où ils sont censés se laver.
Kagami ne peut pas s'en empêcher. Il baisse les yeux, juste un instant, et son regard tombe sur le fessier du brun, délicieusement musclé et tanné. Il se mordille la lèvre inconsciemment et se hâte de détourner le regard.
« Je te suis ! » lance-t-il, la voix un peu étranglée alors qu'il tente de passer en revue les choses les moins excitantes du monde pour se refroidir. Pas grand-chose ne lui vient à l'esprit, mais il se reconcentre. Maintenant, il s'agit de se laver. Ça lui occupera les mains, c'est parfait.
D'un pas sûr, le brun se dirige vers l'espace prévu pour la toilette. Il s'installe sur un tabouret et commence à se mouiller. Il ose enfin couler un regard à côté de lui pour s'assurer que Kagami a pris place et l'imite mais s'efforce de ne pas le regarder plus que nécessaire. Il se sent complètement idiot de ne pas avoir pensé à ce petit détail, en lui proposant de venir ici. Il a beau être habitué à cette pratique et être à l'aise avec sa nudité, il est vrai aussi qu'il n'était jamais venu avec quelqu'un qui lui plaisait ! Alors il se maudit en silence tout en frottant minutieusement chaque recoin de sa peau avec le savon à sa disposition. Il prend bien son temps, profitant aussi de ce moment pour essayer de se détendre et délasser ses muscles endoloris par l'effort de ces deux derniers jours.
De son côté, le regard rivé droit devant lui, Kagami se concentre aussi sur les gestes simples, tâchant de retrouver un peu de sérénité dans ce rituel. Heureusement, l'atmosphère des lieux l'y aide : tout est calme et tranquille, les quelques personnes dans le bassin ne font pas un bruit, le silence des montagnes règne autour d'eux et il a toujours l'impression de se trouver loin du monde, loin de son quotidien. Alors peu à peu, il retrouve son calme, même si son regard glisse de temps en temps vers le brun, capturant des aperçus de sa silhouette terriblement séduisante. Si proche, et si inaccessible. Il a souvent eu cette impression avec Aomine, mais cette fois, ça ne fait plus aussi mal. Parce qu'ils ont déjà entamé leur chemin l'un vers l'autre, et surtout parce que le brun lui a donné un véritable espoir.
Une fois lavé et débarrassé de toute sa sueur, Aomine se rince puis s'approche du bassin. La lumière de jour commence doucement à étirer les ombres mais l'écrin de verdure dans lequel ils sont suffi à donner une impression d'intimité. L'eau est limpide, attirante et fumante. La vapeur qui s'en dégage lui donne un aspect presque mystique et il peut déjà en ressentir tous les bienfaits sur son corps en tension. Il attend que Kagami soit à ses côtés pour lui souffler en guise de rappelle de s'immerger d'abord jusqu'à la taille, et sans plus attendre il entre dans l'eau avec un soupir d'aise. La différence de température le fait tressaillir mais il s'habitue assez vite.
Au début, Kagami trouve ça trop chaud, mais il accepte la sensation sans lutter, et bientôt la chaleur se répand dans ses membres en détendant ses muscles. Il avance peu à peu dans le bassin, prenant bien garde à ne pas s'immerger la tête comme Aomine l'a recommandé. Et il remercie la vapeur d'eau de rendre les contours un peu moins nets, le mettant un peu plus à l'aise avec sa nudité.
Aomine fait quelques pas en se mouillant le haut du corps puis se laisse glisser dans le bain jusqu'à la nuque. La chaleur l'enrobe et l'engourdit, comme si elle venait le délester de son propre poids. Il sait que bientôt il aura cette sensation étrange de faire partie de l'élément aquatique. Repérant un coin tranquille à l'opposé des autres usagers, il pose sa serviette sur le bord et s'en sert de coussin pour caler sa nuque. Ainsi amarré, il cherche brièvement Kagami du regard non loin de lui puis se laisse aller et ferme les yeux de plénitude, savourant le silence.
Le rouge le rejoint silencieusement et s'installe de la même manière, observant le ciel au-dessus de lui à travers les volutes de vapeur. Il n'a pas vraiment l'habitude se poser à rien faire et la sensation est étrange, presque dérangeante. Il doit lutter contre la fébrilité qui agite ses nerfs et se forcer à l'immobilité. Il ferme les yeux et se focalise sur la pression de l'eau sur son corps, l'enveloppant et le retenant tout en le faisant se sentir plus léger. Il inspire lentement, relâche graduellement la tension dans ses muscles. Il n'est pas sûr de pouvoir tenir longtemps comme ça, mais au moins il fait de son mieux pour se détendre.
La respiration profonde de son voisin le fait sourire. Aomine ouvre un œil et remarque qu'il s'est approché. Ce n'est pas pour lui déplaire, mais ça l'empêche d'être complètement serein. Bien trop conscient de sa présence, de leur proximité et... de leur nudité. Ce simple fait emballe son rythme cardiaque alors qu'il avait réussi à entrer dans un état méditatif, sans s'attarder sur aucune pensée en particulier. Le plus bas possible pour n'être entendu que de son compagnon il brise le silence.
« Ça fait du bien hein ? »
Kagami entrouvre les paupières en entendant la voix du brun et lui jette un coup d'œil à travers la vapeur qui les isole dans leur coin de bassin.
« Yeah... C'est plus chaud que je pensais... Mais c'est plutôt agréable. »
Aomine laisse un soupir de contentement lui répondre avant d'ajouter dans un demi sourire.
« J'pourrais m'endormir ici je crois.
— Mais non ! s'alarme Kagami tout à coup en se redressant. Tu risques de te noyer ! On t'a jamais dit que fallait pas s'endormir dans son bain ?! »
L'expression inquiète qu'il découvre sur le visage du carmin lui arrache un gloussement. Cette façon de crier en chuchotant est désopilante et il doit pincer les lèvres pour ne pas rire et risquer de déranger les autres.
« J'en n'ai pas l'intention Baka ! C'est juste trop bon.
— Hmpf... »
Kagami l'observe d'un air suspicieux, avant de finalement détourner le regard et se laisser aller de nouveau contre le bord du bassin.
« Je me méfie avec toi... reprend-il. T'as l'air de vraiment beaucoup aimer dormir... »
Cette fois ça lui échappe. Percé ainsi à jour il ricane. Il se redresse pour vérifier qu'on ne l'a pas entendu et tourne le visage vers Kagami avec un air narquois.
« Je plaide coupable. C'est mon deuxième passe-temps favori.
— Le premier étant le basket j'imagine... Et le troisième ? » demande Kagami, curieux.
Aomine lui adresse un sourire entendu tandis qu'il réfléchit. Son regard se voile en faisant défiler mentalement toutes les activités qu'il aime. Soudain, il revient se perdre dans les prunelles de feu posées sur lui et souffle la seule réponse qui pourrait faire comprendre à Kagami que c'est surtout ce qu'il fait en sa compagnie plus qu'une activité en particulier qui l'anime.
« Les aventures... »
Le cœur de Kagami se serre un peu face à ce sourire qui le réchauffe et fait vibrer une corde sensible en lui. Un sourire doux éclaire son visage tandis qu'il répond au brun :
« Je vois... C'est vrai que c'est plutôt cool. Même si j'ai pas l'impression d'en avoir vécu beaucoup jusqu'à maintenant... Mais aux côtés d'un aventurier, ça va forcément changer ! »
Aomine fronce un peu les sourcils. Il estime qu'il n'y a pas besoin d'escalader une montagne ou de partir à la recherche d'un troupeau de dinosaures ou il ne sait quelle relique historique pour parler d'aventure.
« Je suis sûr que si... commence-t-il. Chaque fois que tu sors de chez toi sans savoir ce qui t'attend, c'est une aventure. Comme ce que tu as entrepris en marchant sur les pas de ta mère... Venir tout seul au Japon, te lancer dans l'e-sport... On est loin de l'archéologue je te l'accorde, mais de mon point de vue t'es aussi un aventurier. »
Kagami rit doucement à ce portrait flatteur que peint Aomine, mais il comprend son argument.
« Hm... Ouais, je suppose que t'as raison. Ce que j'aime c'est me donner des défis à relever. Ça peut être faire une tarte aux pommes ou gagner un tournoi d'e-sport. Ou te suivre tout en haut d'une montagne ! »
Le brun lui sourit, amusé.
« Tu vois ! Tu dis jamais non, t'as le gout du risque, tu aimes expérimenter... Aventurier ! Pourquoi tu crois que je t'ai demandé de venir ? » conclut-il avec tout le sérieux du monde.
Kagami acquiesce, un léger sourire aux lèvres tandis que son regard se perd dans les volutes de vapeur qui montent du bassin, brouillant les contours et les isolant un peu du reste des baigneurs. Il commence à s'habituer à sa propre nudité, mais reste très conscient de celle d'Aomine. Au moins, la chaleur de l'eau lui donne un bon prétexte pour avoir le rouge aux joues.
« C'est vrai que je crois... qu'on a un peu la même philosophie des choses », souffle-t-il finalement.
Et quelque part, c'est rassurant. Car si vraiment la relation qu'il espère nouer avec le brun aboutit... Alors avoir des désirs compatibles sera très certainement un plus. Alors qu'il se projette ainsi, il se sent rougir un peu plus. Il ne devrait pas déjà penser à tout ça, mais il ne peut pas empêcher son esprit de divaguer un peu.
Un énième sourire taquine les lèvres d’Aomine à cette conclusion. Il acquiesce en silence et s'installe de façon à pouvoir observer le ciel dont le bleu s’approfondit lentement. Il sent son cœur battre dans sa poitrine à un rythme lent, alourdi par la chaleur qui dilate ses veines. C'est une sensation étrange mais il finit toujours par l'apprécier, prenant la pleine conscience qu'il est bien vivant. Son corps est en apesanteur, il arrive presque à s'en détacher complètement, focaliser sur les sons et les sensations qui l'entourent. La respiration régulière et profonde de Kagami à ses côtés le berce et chaque fois que son voisin bouge, les remous de l'eau viennent chatouiller ses reins. Une sensation loin d'être désagréable que son esprit associe à des caresses qui font pulser son sang sensiblement plus vite. Dans un élan d'audace, sans le toucher il vient le caresser de la même façon, en créant un léger courant dans sa direction.
Kagami frémit alors que l'eau vient laper son dos, son corps s'éveillant alors qu'il émerge de sa rêverie. De nouveau il songe au corps d'Aomine étendu près du sien, si près... S'il regardait dans sa direction il pourrait discerner ses contours sous l'eau. Et pourtant il lui est aussi inaccessible que s'il se trouvait à l'autre bout du bassin. Il a presque les mains qui vibrent dans son effort conscient pour rester immobile et s'empêcher de toucher le brun. Trop vite son esprit s'emplit de visions troublantes. Il s'imagine plaquer Aomine contre le bassin et presser son corps contre le sien, chercher ses lèvres tandis qu'il agripperait ses cuisses...
Il rouvre les yeux soudain et déglutit, cherchant dans le ciel sombre de quoi refroidir ses ardeurs. Définitivement, ce petit séjour à l'onsen n'est pas de tout repos.
Aux vagues plus fréquentes qui réussissent à atteindre sa nuque, le brun se doute que Kagami est agité. Il ne sait pas trop depuis combien de temps ils font trempette, mais connaissant un peu l'énergumène, il se dit que c'est déjà un exploit de l'avoir gardé immobile jusque-là. Il se délecte d'un nouveau frisson qui parcours sa colonne vertébrale quand une bulle d’air vient lui lécher la peau et ouvre un œil avant de s'attarder sur l'image un peu trop explicite s'imprimant derrière ses paupières. C'est lui ou il fait plus chaud ?
En tournant la tête pour s'assurer que tout va bien, il croise le regard de Kagami. Une lueur qu'il a déjà pu apercevoir les fait briller et cette fois il pense être en capacité de la nommer... Il en perd le souffle une seconde, réalisant avec une certaine déception que ce n'est ni le moment, ni l'endroit pour y répondre.
Kagami se sent percuté comme par un poing dans le sternum alors qu'il accroche le regard d'Aomine, sombre dans la lumière déclinante, et un instant il croit déceler le reflet de la même lueur qui doit habiter le sien. Il détourne rapidement les yeux, tentant de dissimuler son trouble.
« Je meurs de faim... dit-il d'une voix plus rauque qu'il ne l'aurait voulu. On y va ? »
Un peu hagard après ce moment suspendu, Aomine se râcle la gorge – qu'il s'étonne de trouver très sèche tout à coup – avant de répondre.
« Ouais bonne idée... Je commence à être tout fripé de toute façon.»
Intérieurement, il se fout une claque pour son commentaire débile. Super, bravo Daïki... La précision était-elle vraiment essentielle !? Il lève les yeux en balayant la voix de sa conscience et grimace déjà à l'idée du choc thermique qu'il va devoir encaisser.
Kagami se lève et s'extrait du bassin d'une traction des bras, se dépêchant de retrouver sa serviette pour dissimuler l'effet que lui fait le brun. Soulagé de pouvoir se couvrir au moins un peu, il se hâte en direction des vestiaires pour achever de se cacher.
Feignant de le suivre, le brun marque un temps d'arrêt lorsque les fesses de Kagami s'offrent à sa vue. Il en reste pantois et se sent rougir violemment. Heureusement que son compagnon à l'air pressé de regagner les vestiaires... Il secoue la tête pour se ressaisir, et inspire profondément pour calmer son palpitant qui cogne un peu trop fort contre ses côtes. À bonne distance, il évite de s'attarder sur sa silhouette et rejoint la sortie d'un pas qu'il espère nonchalant.
Une fois rhabillé, Kagami retrouve un peu de son calme. Mais il se sent encore fébrile, d'autant que la faim qui le taraude ne fait rien pour arranger sa nervosité. Quand il retrouve Aomine, il lui adresse un sourire qui tremble un peu.
« J'espère que c'est l'heure du dîner ! » s'exclame-t-il.
Le brun sursaute presque. C'est à peine s'il ose le regarder, de peur que cette électricité ne revienne hérisser tous ces poils et tirailler son ventre. Le moment de détente et la fatigue qu'il sent peser sur lui le rendent plus sensible, plus conscient de son corps. Ce soir plus que jamais, Kagami le trouble. Il espère que le repas fera diversion et l'aidera à reprendre contenance, mais avant, il aimerait bien se changer. Le peignoir finalement... il n'est pas sûr.
« On doit pas en être loin. T'as qu'à y aller pour nous choisir une table, j'te rejoins. Je... j'vais mettre autre chose », explique-t-il moins serein qu'escompté.
Kagami baisse les yeux sur sa propre tenue, se demandant soudain s'il ne devrait pas se changer aussi. Mais il y renonce et acquiesce :
« Ok, à tout à l'heure. »
Il se détourne et s'éloigne, il a la sensation qu'Aomine est troublé également et les questions se bousculent dans sa tête. Est-ce que ça fait peur au brun ? Est-ce que ça lui plaît ? C'est difficile de savoir ce qui se passe dans sa tête et il a peur, une nouvelle fois, de s'emballer, ou de se laisser dépasser par ses propres émotions. Et pourtant... une autre part de lui veut les accueillir, les assumer. Il n'a pas à se cacher... Mais ça reste délicat, avec le brun qui est avant tout un ami, et un ami qui vient de se découvrir de possibles nouvelles attirances...
Il arrive à la salle du restaurant et choisit une table dans un coin, près de la fenêtre. La vieille dame qu'il a vue en arrivant ne tarde pas à venir à sa rencontre, et il lui demande une bière, en prenant une aussi pour le brun. Mais il ne l'attend pas avant d'y plonger les lèvres, rasséréné par la boisson fraîche et familière.
Seul dans leur chambre, Aomine arrive à se calmer un peu. Il fouille au fond de son sac pour trouver son jogging qu'il avait prévu pour le retour demain, et un t-shirt propre à manche longue. Une fois couvert, il prend le temps pour se remettre les idées en place. Les images qui lui sont passées par la tête ne l'ont pas vraiment dérangé. Il a accepté le fait d'être attiré par Kagami. Ce qui le déroute en revanche c'est cette envie de plus en en plus tenace et puissante qu'il a de le toucher. D’être touché... Rien que d'y penser, ça lui tord les tripes. À croire que c'est quelque chose de plus fort que lui qui commence à prendre le contrôle de son corps au fur et à mesure qu'il l'accepte. Ça l'effraie un peu de découvrir cette intensité qu'il n'a jamais ressenti auparavant, mais d'un autre côté, il la trouve grisante. Comme si tout était nouveau et qu'il découvrait ses sensations pour la première fois.
Avant de sortir de sa cachette, il respire un bon coup, se rappelant de profiter de l'instant et de ne pas trop anticiper, au risque de devenir trop nerveux et de tout gâcher. D'abord, manger. Reprendre des forces. Ensuite... ils verront bien.
En apercevant son complice au fond de la salle, il se surprend à sourire. Il s'installe face à lui en le remerciant pour la bière et fait tinter sa chope contre la sienne avant d'en avaler une longue gorgée.
Kagami est un peu soulagé de voir qu'Aomine semble plus détendu et confiant. Il avale une autre gorgée de bière, son regard balayant la salle aux lumières tamisées et à l'atmosphère calme et chaleureuse.
« Bon... Je suis content de maîtriser les codes de l'onsen, dit-il finalement avec un demi sourire. Maintenant, je pourrai même y aller tout seul. »
Aomine relève le visage vers lui, étonné. Sa première pensée est "non, surement pas." Mais il se retient à temps. À la place il ravale son commentaire déplacé et lui sourit en retour.
« Tu vois, j'te l'avais dit, c'est pas si compliqué.
— Ouais... Espérons juste que je me mélange pas les pinceaux la prochaine fois que je vais à la piscine... Sinon je suis bon pour te faire une visite surprise au poste. »
La remarque a le don de le faire rire et de finir de le détendre. En effet, ce serait plutôt cocasse !
« Je donnerais cher pour voir ça tien ! Personne ne croira ton excuse, assure-t-il dans un ricanement.
— Même toi ? Tu me mettrais en garde à vue ? demande Kagami, un peu taquin.
— Et comment ! Ne serait-ce que par devoir, pour calmer les parents des pauvres enfants traumatisés ! Commence-t-il plus ou moins sérieusement. Mais si tu veux passer du temps avec moi au poste, t'es pas obligé d'aller aussi loin hein... » conclu-t-il moqueur.
Kagami rit un peu :
« Ouais j'ai pas vraiment de bonnes raisons non plus... J'ai déjà porté plainte pour mes visiteurs indésirables et j'ai pas d'autres ennuis à signaler... »
Toujours amusé, il reporte son attention sur sa boisson. Alors qu'il imagine différents motifs pour enfermer Kagami en garde à vue, un homme s'approche d'eux pour le saluer chaleureusement. Il en avait presque oublié où ils se trouvent... Il s'incline poliment devant monsieur Takahashi et lui présente Kagami, avec plus de fierté que d'angoisse cette fois.
« Je vous présente Kagami Taïga, un ami. Il a bien mérité son passage ici vous savez.
— Ravi de l'apprendre ! Et de vous compter parmi nous. Il vous a fait dormir au col ? demande le vieil homme à son compagnon de route.
— Oui... répond Kagami en souriant. L'endroit est à couper le souffle... Je n'étais jamais venu... Mais je reviendrai !
— Profitez en les jeunes... Mes vieux os ne me permettent plus de grimper là-haut, mais je n'ai jamais oublié... »
Aomine hoche la tête en souriant avant d'ajouter à l'intention de Ken qu'il sait amateur de pêche.
« Je lui ai même appris à ferrer un poisson. On a fait de belles prises pour la saison.
— Oh je vois... La prochaine fois que vous passez dans le coin, il faudra me montrer vos talents, jeune homme. »
Kagami rit en rougissant un peu :
« Oh c'est lui l'expert de la pêche... Moi mon truc c'est plutôt de les cuisiner, les poissons...
— Je crois comprendre pourquoi Daïki vous a choisi pour l'accompagner. C'est un vrai gourmand, et ma femme n'a jamais réussi à lui apprendre quoi que ce soit !
— Hé ! » s'indigne faussement Aomine.
La vérité c'est que le sourire chaleureux et les souvenirs évoqués par Takahashi le font rire. Et puis... ce n'est pas comme s'il avait tort non plus, le bougre. C'est donc officiel, la vieillesse est bien synonyme de sagesse...
« Alors je vous en dirai des nouvelles... parce que moi aussi, j'ai relevé le défi de lui inculquer quelques bases culinaires ! s'exclame fièrement Kagami.
— Bon courage dans ce cas ! Ce gosse passait plus de temps à gouter les ingrédients qu'à les mélanger...
— J'ai plus dix ans je vous signale, j'ai fait des progrès ! » s'exclame Aomine en croisant les bras sur sa poitrine.
Kagami rit en entendant ça, il n'a aucun mal à imaginer le Aomine d'aujourd'hui chiper un peu de tout dans les diverses préparations, et il sait qu'il devra tout surveiller avec attention.
« Il faut un peu de discipline, mais être gourmand c'est fondamental pour savoir cuisiner », assure-t-il en jetant un coup d'œil amusé au brun.
Il note la tentative de sauvetage de Kagami, mais visiblement ces deux-là s'entendent un peu trop bien sur son cas. Takahashi leur sourit, le regard pétillant de malice et il ne peut se résoudre à bouder plus longtemps.
« Bon, je vais vous laissez. Je vous souhaite bon appétit, et si jamais les recettes de ma femme vous plaisent jeune homme, n'hésitez pas à les lui demander. Elle en sera ravie. Daïki, toujours un plaisir de te voir. »
Il lui offre un sourire entendu, décidément heureux d'être passé par ici avant de retrouver le reste du monde. N'ayant pas connu les siens, les Takahashi sont pour lui ce qui se rapproche le plus de grands-parents.
Quand le vieil homme s'éloigne, Kagami reporte son attention sur Aomine et sourit :
« Ça se voit qu'ils te connaissent bien. »
Aomine roule des yeux, feignant de ne pas savoir de quoi il parle et se cache dans sa bière.
Kagami rit devant cette attitude enfantine. Aomine fait souvent ça, bouder ou réagir comme un gamin qui fait un caprice, et le rouge trouve ça étrangement craquant. Il autorise son regard à s'attarder sur lui, et puisque cette bière n'est pas très efficace pour le cacher, il étudie son visage et l'admire sans chercher à être particulièrement discret.
Sentant son insistance, Aomine se racle la gorge et consent à lui en dire un peu plus. Peut-être que ça l'empêchera de rougir sous le regard brûlant de Kagami.
« Disons que j'ai passé pas mal de temps en leur compagnie. Avant que mon père puisse m'emmener avec lui, des fois on venait ici avec ma mère pour l'attendre. Et comme il n'y avait pas de terrain de basket, il fallait m'occuper autrement... »
Kagami éclate de rire en entendant ça et se mord la lèvre, réprimant son envie de prendre sa main.
« Okay... Donc ils te filaient à bouffer, c'est ça ? Alex faisait ça avec moi quand j'étais particulièrement grognon. Ça marchait presque toujours. »
Il protesterait bien mais se serait mentir. Et puis le rire de Kagami lui chatouille l'estomac. Alors il lui offre un demi sourire de bonne grâce. Rassuré tout de même d'apprendre qu'il était un peu pareil.
« Ouais... entre autres. Je testais les recettes, à défaut de savoir les faire. Et Ken m'a souvent emmené pendant ses parties de pêche. Je m'occupais des écrevisses avec mon épuisette », raconte-t-il avant de demander curieux : « Et elle faisait quoi si la bouffe ça marchait pas ?
— Hm... Elle m'emmenait au bord de la mer et on prenait une glace. Ça, ça marchait à tous les coups. La mer, c'est... Je sais pas, si on regarde les vagues assez longtemps, on a juste le cœur qui devient plus léger. Enfin... ça marche pour moi en tout cas », ajoute-t-il en baissant les yeux, rougissant un peu à cette confession.
Le brun ne manque pas une miette du changement de couleur sur ses joues. Et ça aussi, ça lui chatouille l'estomac. Ou alors, il a vraiment trop faim, assez pour avoir envie de manger du tigre... À cette idée il déglutit et s'empourpre à son tour. Pas mécontent que Kagami ne le regarde plus pour voir ça. Pour tenter de chasser son trouble il se force à réfléchir à ce qu'il vient de lui confier, repensant à leur sortie surf.
« Je crois que c'est l'effet que ça me fait la hauteur. Ça m'aide à remettre les choses en perspective, à leur place. La mer s'est tellement grand, tellement puissant. C'est comme regarder les étoiles la nuit, on finit par se sentir tout petit. »
Kagami relève les yeux et acquiesce :
« Yeah... Ça fait relativiser... Et puis... Même si je tiens jamais bien longtemps en place, des fois j'aime me poser un peu, et juste regarder le paysage. »
Il marque une pause, réfléchissant le regard perdu dans sa bière, puis reprend avec un sourire :
« Alors j'imagine que ça nous fait un autre point commun... Cette façon dont on peut se ressourcer. »
Aomine lui sourit en retour, satisfait de cette conclusion. Il se surprend à compter ça comme un bon point, comme s'il avait un match à gagner, ou que s'ils remplissaient un certain quota, il gagnerait quelque chose. Amusé par l'idée et sachant son complice joueur, il demande pour vérifier :
« Tu les comptes ?
— Yeah... C'est une évaluation ! Pour l'instant, tu t'en sors bien », réplique Kagami, finissant sa chope de bière.
Évidemment, dans cette 'évaluation', Aomine marque tous les points et a déjà remporté le match. Mais il faut bien ménager le suspense.
Cette fois c'est à Aomine d'éclater de rire. Qu'est-ce qu'il disait... Kagami se laisse rarement démonter et il adore leurs petites joutes verbales. Il secoue la tête en ricanant, content d'avoir vu juste. Car ça leur en fait un de plus...
« Oh je vois, ravi de l'apprendre ! J'avais rarement de bonnes notes pourtant à l'école... lance-t-il avec un clin d'œil.
— Moi non plus, acquiesce le rouge. Mais il s'avère que finalement tu es bon élève. Le premier de la classe, même ! »
Il rit encore. Il a l'habitude d'être le premier, mais ça n'était jamais arrivé en classe. Pourtant, ça le réjouit tout particulièrement pour ce qui est de celle-ci. En espérant bien-sûr être le seul élève...
« Ah ouais ? Je m'en sors plus que bien alors... le taquine-t-il. Faut croire que mes anciens prof' n'étaient pas assez sensibles à mes charmes... remarque tu me diras, heureusement... j'aurais pu avoir des problèmes. »
Kagami secoue la tête en laissant échapper un rire.
« C'est surtout les profs qui auraient eu des problèmes. Mais je serai ton prof en cuisine et j'assume tous les ennuis que je pourrai récolter en faisant du charme à mon élève », ajoute-t-il d'une voix plus basse, les yeux brillants, guettant sa réaction.
À cette déclaration, son cœur s'emballe, et il ne sait pas trop si c'est d'appréhension ou d'excitation. Il reprend son geste qu'il a laissé en suspens sous l'effet de la surprise et avale le fond de sa bière avant de reporter son attention sur lui. Il le scrute un instant le temps de comprendre ce que ça lui fait. Puis un rictus étire le coin de sa lèvre lorsqu'il réalise qu'il est curieux, et qu'en réalité il a même hâte de voir comment il compte s'y prendre. Ce n'est pas dans ses habitudes de se faire draguer en dehors des œillades insistantes et des sourires enjôleurs, et l'idée que Kagami s'y essaie lui plait bien.
« C'est bon à savoir... Peut-être que c'est une méthode d'apprentissage qui pourrait m'intéresser, admet-il sur le ton de la confidence.
— C'est bien ce que je pensais », triomphe Kagami en croisant les bras sur sa poitrine.
Il continue à fixer le brun, sourire aux lèvres, quand leurs plats arrivent, et son attention est aussitôt détournée sur la nourriture dont le fumet délicieux vient chatouiller ses narines.
Contrairement à son compagnon, il ne parvient pas à détourner le regard. Il s'amuse de le voir humer avec gourmandise les volutes qui se dégage de son assiette et la façon qu'il a de détailler le plat de son œil expert. Il commence à connaître son rituel pré-dégustation et il guette l'arrivée de sa moue appréciatrice sur son visage, faisant office d'approbation avant d'entamer son repas.
Et la moue ne tarde pas à apparaître, puisque son plat lui semble terriblement tentant, et il n'attend pas plus longtemps avant de s'y attaquer voracement.
Aomine meurt de faim et son ventre gargouille, réanimé par l'odeur alléchante, pourtant il tient inexplicablement à voir si Kagami aime ce qu'il mange. Comme si c'était l'ultime case à cocher dans l'évaluation de ce séjour avec lui et que toute possibilité de réitération en dépendait. C'est que maintenant qu'il sait être le premier de la classe, il a très envie de le rester. Question de fierté...
Kagami se sent observé et relève les yeux, amusé en découvrant le brun qui semble guetter sa réaction. Il déglutit sa bouchée et sourit :
« À me regarder comme ça, on dirait que c'est toi qui as cuisiné ! Mais j'adore, en tout cas. »
Un brin gêné d'avoir été démasqué, il secoue la tête pour se ressaisir et s'attelle à son plat dont il savoure la rondeur et les souvenirs qu'il ravive.
« Tant mieux... » marmonne-t-il entre deux bouchées.
Kagami garde son sourire aux lèvres, il sait que c'est important pour Aomine qu'il apprécie son séjour, qu'il se sente bien dans cet endroit où il a de beaux souvenirs. Et c'est le cas. Aussi, il le rassure :
« Je suis content qu'on soit venus... J'appréhendais un peu l'onsen et tout, mais l'endroit est super chaleureux... On s'y sent accueilli. »
Aomine relève les yeux. Parfois il trouve ça un peu effrayant cette façon qu'ils ont de deviner leurs pensées, mais ça a aussi quelque chose de rassurant. Ils se comprennent bien, ce qui est plutôt important lui semble-t-il pour la suite, si leur relation doit passer à un autre stade. Heureux que son enthousiasme soit partagé, il lui sourit.
« Content que ça te plaise... C'est un peu ma deuxième maison ici.
— Ouais, je comprends... Les endroits où on a plein de souvenirs, on s'y sent toujours ramené d'une façon ou d'une autre. Ils font un peu partie de nous, j'imagine », conclut Kagami en reprenant une bouchée.
Il acquiesce en silence, profitant de son repas en bonne compagnie. Il n'avait pas fait attention jusque-là, mais la salle à manger s'est remplie d’autres clients et l'ambiance familiale et détendue qui se dégage des lieux ne font qu'ajouter du poids à ces propos. Comme toujours, il apprécie la générosité des portions de madame Takahashi mais il la soupçonne de leur en avoir mis le double, pour être sûre. Si bien que sur la fin, c'est de la pure gourmandise qui l'incite à enchainer les cuillérées.
Kagami est ravi qu'il puisse manger à sa faim sans avoir à demander un deuxième plat identique. Cela dit, il va certainement se laisser aussi tenter par un petit dessert.
Quand monsieur Takahashi vient emporter leurs assiettes, il transmet ses compliments à la cheffe, et demande aussi si elle pourra lui noter la recette. Il a vraiment aimé son plat, et en plus, s'il peut rappeler ce lieu de repos à Aomine quand ils seront rentrés à Tokyo, c'est tout bénef.
Le brun est repu, mais il ne peut décemment pas refuser les mignardises de sa grand-mère d'adoption. Déjà parce qu'elle s'inquièterait de son état de santé s'il n'en mangeait pas, et puis parce que ce serait un sacrilège de ne pas engloutir au moins trois wagashi avant de repartir d'ici, au minimum !
Quand Ken revient d'ailleurs avec toute une assiette de ces pâtisseries traditionnelles multicolores, il ne sait pas lesquelles choisir.
Kagami s'émerveille devant cet assortiment délicat et gourmand et se retrouve aussi pris d'hésitation devant tout ce choix. Finalement, il prend sa décision et tend la main pour s'emparer d'un mochi, sauf que le brun tente de capturer la même proie au même moment et leurs mains se heurtent. Il éclate de rire :
« Sorry... Vas-y prends-le ! »
Aomine ricane aussi et s'apprête à décliner pour le lui laisser mais une meilleure idée lui vient. Il attrape le mochi et croque dedans de façon à en laisser la moitié qu'il tend à Kagami dans une proposition silencieuse, fier de lui.
Kagami sourit et prend la moitié de mochi qu'il engloutit en marmonnant un remerciement au brun. Il grogne d'approbation en découvrant la saveur légèrement sucrée et régressive de la douceur, et enchaîne aussitôt avec un autre dessert, heureux de si bien manger ce soir.
Ce sera finalement quatre petites pâtisseries – et demi ! – qu'il aura réussi à engloutir. Tout ça, juste pour ne pas renvoyer un plat à peine entamé bien évidemment. Kagami qui n'est pas censé aimer le sucré de son propre aveu s'est aussi fait plaisir sur le dessert. Si ce n'est pas la preuve qu'ils sont exceptionnels ici...
« Humm... j'en peux plus ! C'était trop bon... » déclare-t-il en s'étirant tel un chat.
Kagami l'observe d'un œil, sexy alors que dans son geste, son vêtement se soulève, laissant apercevoir son ventre d'un brun doré si tentant. Le rouge a terminé, mais il a clairement envie d'un autre dessert... Il détourne le regard et se renfonce au fond de son siège, soupirant de satisfaction.
« Yeah... Et ces desserts étaient vraiment extra.
— Pas vrai ? » demande Aomine sans vraiment attendre de réponse.
Là maintenant tout ce dont il a envie c'est de s'allonger quelque part où il peut voir le ciel pour digérer tout ça. Et si Kagami était d'accord pour s'allonger près de lui, il trouverait ça encore mieux... Mais peut être que son compagnon a envie d'autre chose.
« Tu as encore faim ? Si tu veux y a de quoi faire du thé dans la chambre mais si tu préfères rester ici, on peut. »
Kagami lui jette un coup d'œil et rit un peu :
« Nan, j'ai plus faim. Et puis... Je commence à me sentir bizarre à me balader en peignoir. Retournons dans la chambre. »
Aomine ricane, comprenant son point de vue. Il se lève et adresse un signe de la main à Ken toujours au service sur le chemin de leur chambre. Maintenant qu'il a l'estomac plein et qu'il a pu relâcher le gros de la tension latente en riant avec Kagami, il se sent moins nerveux à l'idée de retrouver l'intimité de la pièce où ils vont passer la nuit. Même s'il ne peut pas s'empêcher d'anticiper et de faire tourner son imagination, il se sent plus serein quant à sa façon de réagir.
Alors qu'ils traversent le couloir faiblement éclairé, Kagami se surprend à avoir de nouveau cette étrange sensation d'irréalité. Il n'aurait jamais cru se trouver ici, dans ces circonstances, avec Aomine. Ça a quelque chose de déroutant et d'enivrant, et ce soir il ne laisse pas ses peurs le rattraper. Il veut vivre le moment, se laisser un peu aller, découvrir le brun autrement.
En entrant dans la chambre, Kagami s'éclipse dans la salle de bain pour enfiler un jogging et un t-shirt, soulagé de retrouver des fringues plus normales dans lesquelles il est à l'aise. Il se regarde quelques instants dans le miroir, le cœur battant, presque effrayé de cette nouvelle intimité qu'il partage avec Aomine, ici dans ce cadre où ils sont moins isolés que la nuit dernière dans leur tente au bord du lac. Il inspire un grand coup, puis quitte la salle de bain pour rejoindre le brun.
Maintenant qu'ils sont seuls, Aomine ne sait pas trop quoi faire de lui-même. Alors il s'occupe les mains en préparant un peu de thé sur le réchaud à leur disposition. Il laisse son regard se perdre dans la nuit qui est tombée en prenant conscience de la sensation qui pèse sur sa poitrine et le laisse fébrile, presque tremblant. Il a beau respirer profondément, elle ne se dissipe pas. Et quand il se retourne pour voir Kagami sortir de la salle de bain, il en comprend immédiatement la raison.
C'est cette foutue électricité qui est revenue et semble l'attirer vers lui comme un aimant. Cette force d'attraction à laquelle ce soir il se sent incapable de résister.
Kagami s'approche et s'assoit près de la table basse, à côté d'Aomine. Ils font face à la baie vitrée que le brun a entrouverte, et le clair de lune baigne la chambre, si bien qu'ils n'ont même pas allumé la lumière. Il apprécie cette pénombre qui semble les envelopper et les protéger. Il regarde le profil d'Aomine se détachant des ombres, et son cœur cogne plus lourdement dans sa poitrine. Puis, il se penche pour poser un baiser sur son épaule avant de se redresser pour regarder les jardins ourlés de lumière argentée.
« On a une nuit magnifique... On se rend jamais vraiment en compte en ville... De la lumière de la lune... »
Malgré le tissu entre sa peau et les lèvres de Kagami, Aomine en a senti la chaleur. Ce simple geste accélère la course de son cœur, si bien qu'il entend à peine ce que Kagami lui raconte. Il ne sait pas si c'est la fatigue, l'effet de l'onsen, sa proximité avec lui depuis deux jours entiers ou un mélange de tout ça à la fois, mais force est de constater qu'il est particulièrement sensible et réceptif ce soir.
Il serre un peu sa tasse entre ses doigts pour s'ancrer à quelque chose et suit le regard de Kagami pour ne pas répondre totalement à côté.
« Elle est presque pleine en plus, on a de la chance. »
Kagami peut entendre la nervosité, et peut-être autre chose qu'il n'est pas sûr d'identifier, dans la voix d'Aomine. Il reste immobile pendant quelques instants, profitant du silence et respirant les parfums humides qui montent du jardin. Puis, il passe un bras autour de la taille du brun, le serrant légèrement contre lui tandis que sa main se referme sur sa hanche. Il se sent mieux ainsi, s'assurant de la réalité du moment, s'ancrant dans ses sensations, et il laisse ses émotions s'épanouir sans chercher à les dompter. Il se sent heureux à cet instant, effrayé aussi, surpris, un peu incrédule... Il aime la façon dont ce mélange le déroute, il a envie de s'égarer dans cette nuit qui semble regorger de mystères et de promesses.
Le contact presque possessif du bras de Kagami autour de son corps lui provoque un frisson bien trop délicieux pour être assimilé à autre chose que du plaisir. Il peut sentir sa chaleur irradier au travers de son t-shirt et ça l'apaise autant que ça lui donne envie de plus.
Par moment, il aimerait que son compagnon soit plus entreprenant, qu'il ne lui laisse pas d'autre choix que de le suivre dans ses envies qu'il devine parfois au fond de ses yeux. Mais Kagami est un ange. Il lui a demandé du temps, alors il lui en donne. Sauf que pour une obscure raison, il a le sentiment d'arriver à cours de ce temps. Que bientôt tout ce qui lui passe par la tête ne sera plus si simple et évident que maintenant. Il a encore une fois l'impression d'être au bord d'un précipice et qu'il doit sauter dans le vide. Comme lorsqu'il a embrassé Kagami la veille. Mais il a tellement aimé la chute... pourquoi devrait-il avoir peur de celle-ci ?
Fort du souvenir de ce challenge réussi, il se détend un peu et laisse son poids peser sur Kagami. Il parvient même à poser son front sur son épaule où il soupir de satisfaction.
Kagami sourit dans le noir en le sentant se détendre un peu, et il relâche sa hanche pour remonter dans son dos en une douce caresse. Il aime la sensation du tissu léger glissant sous ses doigts tandis qu'il le froisse dans son sillage. Il tourne la tête pour respirer l'odeur de ses cheveux et il se laisse aller à l'envie d'y poser des baisers. Il adore son parfum, sa présence qui a une façon intime et singulière de le bouleverser. Une nouvelle fois, les mots qu'il a envie de lui dire restent bloqués dans sa gorge. Il ne veut pas les lui dire maintenant, mais il les sent résonner dans son cœur.
La tendresse dans les gestes de Kagami lui noue la gorge. Il se fait l'impression d'un chien de refuge qui n'aurait jamais connu de caresses de sa vie. La douceur, c'est pas trop son truc. Enfin c'est ce qu'il croyait... Dans l'intimité qu'il a fugacement partagée avec ses conquêtes féminines, il n'en n'était pas vraiment question. Le désir prenant le pas sur le reste. Avec lui c'est différent. Il s'agit d'abord de ça avant tout. De ce lien unique qui les relie. Et des sensations qu'il provoque en lui et qu’il a encore du mal à définir. C'est tellement nouveau, tellement inédit qu'il en vient à se demander s'il a vraiment connu quoique ce soit avant lui. Kagami ne fait que l'effleurer, le serrer paisiblement contre lui sans rien n’attendre, et ça l'émeut tellement que son corps se met à trembler pour de bon. Secoué d'un trop plein d'émotions qu'il peine à contenir.
Lorsqu'il sent ces tremblements, Kagami ne pose pas de question, il n'y en a pas non plus dans son esprit. Il ne pense pas vraiment, il se contente de le serrer contre lui, il veut juste lui prouver qu'il peut s'accrocher à lui, qu'il n'a pas besoin de s'expliquer ou de refouler. Le nez enfoui dans ses cheveux, il l'enlace et continue de caresser son dos, se laissant envahir par des émotions confuses, mais animé par la certitude qu'il est au bon endroit, avec la bonne personne.
Lorsque Kagami raffermit sa prise sans rien dire, il sent sa poitrine déborder. Il se concentre sur ses gestes apaisants, sa respiration dans ses cheveux et tente d'endiguer le flot tant inattendu qu'intense qui le bouleverse. Il pose la main sur l'autre épaule de Kagami pour resserrer leur étreinte et l'agrippe plus qu'il ne l'aurait voulu, froissant son vêtement. D'instinct il se niche plus haut, dans le creux de son cou et s'abandonne à la marée montante. Il la laisse déferler sur lui, et hors de lui sans plus chercher à la maîtriser, puisque ça ne fonctionne pas. Lentement, les spasmes finissent par refluer et s'espacer, laissant son corps tendu et crispé. Les larmes qu'il pensait pourtant si proches n'ont pas coulé, mais le laissent avec le cœur toujours gonflé de ce trop-plein dont il ne sait pas quoi faire. Il n'est qu'une énorme boule de nerf à fleur de peau.
Kagami accueille ce débordement émotionnel sans réfléchir, mesurant l'aspect intime et rare de ce moment. Sa main remonte sur la nuque du brun pour la masser délicatement, se glissant dans ses cheveux avec douceur. Il inspire profondément l'air nocturne qui vient les chatouiller, son regard se perdant dans les ombres tandis qu'il berce le brun dans ses bras. Au bout d'un moment, il brise le silence pour demander dans un murmure :
« You're okay ? »
Maintenant qu'il est de nouveau le maître de lui-même, Aomine hoche la tête et desserre un peu son emprise sans se défaire de lui.
Ainsi pressé contre Kagami, sa main perdue dans ses cheveux, si proche et pourtant si loin aussi, il perd la notion de l'espace-temps. Il a la tête qui tourne, ses idées s'emmêlant dans des tentatives d'analyse. Peut-être que dans son esprit, il a bel et bien accepté son attirance pour Kagami. Pourtant il pressent que tant qu'il n'y aura pas cédé, tant qu'il ne s'y sera pas confronté il ressentira cet encombrement peser sur sa poitrine qu'il identifie à présent comme de la frustration. Il n'y a sûrement pas que ça mais c'est ce qui lui semble le plus évident en cet instant. Il a assimilé la théorie, s'y est habitué, et il a besoin de passer à la pratique.
Malgré ses efforts pour franchir les barrières, s'il a tant de mal à y parvenir c'est peut-être qu'il en a sous-estimé la hauteur, ou qu'il s'y prend mal. Aomine réalise qu'il faut qu'il essaie, qu'il mette de côté tout ce qui le retient pour tester ses limites. Sa pudeur, la bienséance, ses certitudes, tous ces dictats extérieurs dont il est victime et esclave. Il n'y a que de cette façon qu'il pourra les dépasser. En les connaissant. Et il sait déjà qu'être familier avec Kagami en public, l'embrasser lorsqu'ils sont seuls, le laisser le toucher… n'en sont plus vraiment.
Grisé par cette révélation, cette porte ouverte vers l'avant, il n'attend pas d'être paralysé par la peur pour s'y risquer. La voix basse, presque timidement il demande :
« Kagami… est-ce que je peux te toucher … s'il te plaît ? »
Le rouge sourit à cette demande, c'est presque comme s'il devait lui accorder une faveur, alors qu'il ne rêve que de ça. Et d'ailleurs à cette simple évocation, son corps se tend de désir. Son cœur s'accélère alors qu'une montée d'adrénaline semble soudain aiguiser tous ses sens, le rendant alerte et attentif à tout ce qui l'entoure. Il devient plus conscient du poids et de la chaleur du corps d'Aomine contre son sien, de son souffle qui effleure son cou en faisait naître des frissons le long de sa colonne vertébrale. Il tourne la tête et mordille l'oreille du brun avant de répondre :
« Bien sûr que tu peux... »
Les dents joueuses sur son lobe l'électrisent autant que ces mots. Maintenant qu'il a l'autorisation, sa caboche turbine pour trouver la meilleure façon de s'y prendre. Avec une assurance toute relative, il se détache de lui et cherche son regard. Le doux sourire de Kagami l'encourage et accentue le vacarme de son pouls dans ses tempes. Avec précaution il se relève et lui tend la main.
« Lève-toi », chuchote-t'il de peur de déranger le silence.
Kagami s'exécute et se retrouve face au brun dans la pénombre, il peut distinguer sa poitrine se soulever rapidement, en écho au trouble qu'il éprouve. Il pose une main sur le visage d'Aomine, caressant sa joue du pouce tandis qu'il se plonge dans ses yeux noirs comme la nuit. Il attend, l'anticipation faisant palpiter et vibrer tous ses nerfs.
Le brun reste immobile quelques secondes, appréciant la chaleur de la paume sur son visage. Il se prépare en réalité. Il cloisonne hors de cette chambre tout ce qui n'est pas relatif à ses envies. À son besoin. Lorsqu'il est prêt il offre un baiser chaste à Kagami qui ne le quitte pas des yeux puis saisit délicatement le bas de son t-shirt pour le lui ôter. Kagami se laisse faire et l'aide en levant les bras avant de laisser le vêtement tomber au sol.
Il lève la main vers lui et passe d'abord le bout des doigts sur sa peau nue. Il admire les muscles puissants de son corps captant la lumière argentée et les lignes creusées par les ombres. Il effleure les renflements de ses pectoraux, repoussant toutes pensées négatives et jugements critiques. Il s'efforce de se concentrer uniquement sur ce qu'il éprouve, faisant fi de tout ce qui leur est extérieur, se coupant même des réactions de Kagami pour se focaliser sur les siennes. De cette manière, il perçoit alors pleinement la douceur de sa peau, sa fermeté sous la pulpe de ses doigts encore hésitants.
À ce simple effleurement, la peau de Kagami s'embrase. Les doigts du brun parcourent son torse, le découvrent. Dans la pénombre, Aomine a l'air presque concentré tandis qu'il se livre à cette douce exploration. Kagami retient son souffle tandis que sa chair se hérisse de frissons électriques. Pendant quelques instants, il ne bouge pas, laissant le brun prendre son temps, puis, il ne résiste plus à la tentation et glisse ses mains sous son t-shirt pour caresser le creux de ses reins, découvrant à son tour le relief intime de son corps.
Les mains de Kagami le sortent momentanément de sa presque transe, le reconnectant à lui. Sans réfléchir, il se met torse nu pour les mettre sur un pied d'égalité. Accaparé par sa découverte, il ne s'attarde pas sur sa respiration courte et laborieuse, progressant dans son exploration tactile.
Doucement il rejoint son dos dans une caresse plus appuyée, plus sûre, mettant à l'épreuve la tension dans les muscles qu'il parcourt. Il reste incrédule lorsqu'il les sent se contracter sur son passage, accueillant son contact, et sa poitrine se gorge de triomphe lorsqu'il voit un frisson se dessiner sur son épiderme. Il aime l'effet qu'il provoque et le plaisir que ça lui procure d’en donner. En retrouvant les courbes de ses omoplates qu'il a déjà eu le loisir d'étudier, il se fait plus entreprenant encore. Joignant le reste de sa main à son expédition silencieuse et contemplative. Il se souvient de ce qu'il avait ressenti ce jour-là à la plage, et se donne satisfaction en le touchant doucement mais fermement pour faire rouler les muscles entre ses doigts. Il réalise avec étonnement que la pénombre ne le dérange pas, le souvenir de ces lignes étant resté imprimé en lui, sans qu'il ne s'autorise vraiment à s'y attarder comblant les zones d'ombres. Ce soir il ne se prive pas. Il n'écoute que son désir primaire de se connecter à Kagami plus physiquement. Il le palpe, le découvre, le sent à travers ses paumes et réduit la distance qui les sépare sans s'en rendre compte.
Kagami est on ne peut plus ancré dans le moment présent, éprouvant chaque sensation avec acuité, et pourtant il a l'impression de flotter en plein rêve, alors que pour la première fois, il caresse la peau nue d'Aomine. Tous ces désirs refoulés, minimisés pour sauvegarder leur amitié ressurgissent plus purs, plus intenses, un torrent qui ravage joyeusement sa conscience.
Il a senti le brun s'approcher et fait de même, tandis qu'instinctivement, ses lèvres viennent chercher les siennes pour les happer dans un baiser chaud et qui n'a plus rien de chaste. Il presse son torse contre le sien, perçoit ses tétons durs caressant les siens, provoquant un gémissement rauque alors qu'il garde encore captives les lèvres du brun.
Aomine reçoit et accepte le baiser dans toute sa fougue et ce qu'il note comme une certaine impatience. Ses mains toujours sur son torse, il les fait glisser sur ses hanches pour se maintenir au plus près de lui tandis qu'il enroule sa langue à la sienne avec une témérité retrouvée. Hermétique à tout ce qui l'empêchait d'assouvir pleinement ce besoin, il n'en faut pas plus à son corps pour réagir. Comme si le fait de bloquer son esprit pendant un instant permettait à sa chair de s'exprimer, se révéler. Alors lorsque son sang vient pulser dans son bat ventre, érigeant son sexe, il en éprouve un certain soulagement qu'il exprime dans un soupir. Son attirance pour le tigre dépasse la connexion émotionnelle. Elle dépasse aussi la curiosité et l'attrait de la nouveauté, de l'interdit. Son cœur qui cogne douloureusement contre ses côtés et son érection grandissante lui assure sans demi-mesure qu'il aime ce corps. Il éprouve un réel désir pour ces formes des plus masculines. Il le trouve magnifique, et désirable dans toute sa robustesse et sa virilité. Simplement, il a envie de Kagami.
C'est lorsque, emporté par la chaleur du baiser, Kagami presse instinctivement son bassin contre le sien qu'il perçoit le désir du brun, attisant davantage le feu qui couve en lui. Il crispe ses mains sur ses hanches, ne laissant aucun doute obscurcir la clarté de ce qu'il éprouve et l'évidence dans les gestes du brun, dans sa façon de l'embrasser, de frémir contre lui. Une angoisse sourde nichée tout au fond de son cœur s'évapore soudain, le libérant d'un poids qu'il a porté depuis ce moment où Aomine lui a avoué ses sentiments pour lui. Le désir qu'il a pour lui est réel, écho du sien. Et ce constat ne fait que nourrir cette ardeur en lui, alors que ses mains se font plus aventureuses et descendent sur ce fessier merveilleusement tentant qu'il a aperçu tout à l'heure avant d'entrer dans le bassin d'eau chaude.
L'audace de Kagami lui arrache un grognement de plaisir, découvrant sans trop de surprise qu'il aime autant être touché que l'inverse. Son souffle se fait erratique entre leurs lèvres incapables de se détacher, se quittant uniquement pour mieux se retrouver l'instant d'après. Leurs deux corps collés, il ne peut ignorer plus longtemps le sexe pulsant contre le sien. La sensation lui est étrangère mais il se focalise sur la chaleur qu’elle attise en lui. Dans cette étreinte de plus en plus charnelle, il se sent fondre, son sang brûlant tout sur son passage tel un magma bouillonnant. Se faisant plus ardant lui aussi, dans une sorte de provocation ou d'invitation à plus, il tire un peu sur les cheveux de Kagami et lui mord la lèvre. Endigué depuis trop longtemps, son désir se déverse sans aucune mesure et l'emporte loin de toute conscience. Mais c'est surtout qu'il n'ose plus ralentir, de peur de perdre son élan face à l'obstacle.
Kagami palpe avec gourmandise ces fesses musclées qui durcissent sous ses paumes en se contractant à son toucher. Il est submergé par les sensations enivrantes alors qu'il subit avec délice le baiser mordant et passionné du brun. Lorsqu'il se détache de ses lèvres, il est essoufflé et il a un peu la tête qui tourne. Il jette un coup d'œil aux futons qu'on a déplié pour eux, et entraîne Aomine sur l'un d'entre eux, s'étendant tout contre lui tandis qu'il passe une jambe par-dessus les siennes, se rapprochant d'un coup de reins pour plaquer son bassin au sien, et sans attendre il revient chercher ses lèvres.
Aomine se laisse guider, bloquant avant qu'elle ne s'infiltre en lui l'angoisse de se retrouver allongé dans les bras de Kagami. Sera-t-il capable de coucher avec lui ? C'était une des questions qu'il osait à peine se poser. Craignant d'échouer. Encore maintenant il ne sait toujours pas jusqu'où il est prêt à aller, mais il laisse faire son corps qui s'enroule d'instinct à celui de son compagnon. Sa main gauche se faufilant sur son flanc pour trouver refuge sur ses reins, tandis que la droite est accrochée à sa nuque. Naturellement il suit le rythme plus langoureux que sauvage de Kagami, entièrement sous son emprise, et esclave de l’intensité de ses ressentis.
Kagami savoure l'ivresse de ses lèvres répondant aux siennes, de son corps qui ondule contre le sien, et à chaque effleurement, il se cambre sous l'intensité du désir qui le travaille. Sa main caresse ses hanches à la lisière de son jogging, et doucement ses doigts se glissent sous l'élastique, s'aventurant à caresser son fessier sans l'obstacle du tissu. Il se hisse sur un coude et se penche pour venir mordiller son cou, des frissons de plaisir se coulant dans son dos tandis qu'il savoure sa proie.
Aomine se surprend lui-même en gémissant sous cet assaut. Il se raidit lorsque la paume chaude vient englober sa fesse avec fermeté, mais son attention en est déviée par cette bouche qui traîne sur cette zone qu'il découvre très sensible. Les battements de son cœur s'affolent, il ne sait plus où donner de la tête, assailli par une multitude d'informations que son corps ne reçoit que trop bien, presque douloureusement. Figé, dans l'attente de découvrir où va tomber le prochain baiser il n'ose pas s'aventurer sous le vêtement restant de Kagami. Il s’accroche à lui en lui griffant le bas du dos sans le vouloir, dans une tentative de réfréner de nouveaux tremblements d’excitation.
Les réactions du brun enivrent Kagami, qui remonte le long de sa jugulaire dans un sillage de baisers mordants avant de venir suçoter le lobe de son oreille. Puis, il se redresse et l'examine dans la pénombre. Il observe sans rien dire ses lèvres entrouvertes sur un souffle précipité, ses yeux mi-clos qui accrochent les siens, un peu brumeux et perdus. Doucement, sans le quitter des yeux, sa main se pose sur son sternum et descend sur son estomac, ses abdos, avant de s'accrocher à l'élastique de son jogging qu'il tire juste un peu sur sa hanche avant de s'arrêter, adressant une question muette au brun.
Hypnotisé par son regard luisant dans la pénombre, Aomine sent les doigts curieux glisser sur lui, le laissant frissonnant. Lorsqu'il comprend les intentions de Kagami, son esprit en ébullition a du mal à rester hermétique, une brèche laisse passer un vent de panique et son ventre se contracte d'appréhension. Il déglutit, cherchant à reprendre son souffle. Il se concentre sur le visage bienveillant de Kagami penché au-dessus du sien et s'efforce d'écouter son désir plus que son crâne. Ce qui le fait trembler, ce n'est pas de la peur. C'est de l'adrénaline pure, telle qu'il n'en n'a jamais ressentie. Alors il hoche la tête doucement pour l'inviter à poursuivre, en retenant malgré lui sa respiration.
Kagami sourit, percevant le trouble du brun. Mais il ne croit pas que cette peur soit quelque chose de négatif, et de toute façon, il se fie à ce hochement de tête. Alors doucement il fait glisser le jogging d'Aomine sous ses hanches, revenant capturer ses lèvres entre les siennes pendant qu'il le déshabille. Puis, avant de laisser le brun trop réfléchir, sa main effleure sa queue dressée. Sa respiration se bloque tandis qu'il découvre sous la pulpe de ses doigts cette nouvelle partie de l'anatomie d'Aomine. Il l'empoigne et le serre légèrement, laissant son souffle s'échouer contre les lèvres d'Aomine tandis que l'excitation fait crépiter ses nerfs.
À ce contact, tout son corps se tend et ses doigts s'impriment dans la peau de Kagami. Il gémit de contentement entre les lèvres happant les siennes lorsque sa poigne assurée coulisse sur lui, envoyant une décharge électrique le long de son échine. La paume chaude de Kagami l'enserre entièrement et son pouce se balade à la découverte de ses veines gorgées de plaisir. Il réalise alors qu'il avait vraiment très envie de ça, de ce contact intime et que ça fait longtemps que personne ne lui a octroyé ce plaisir simple qu'il a l'impression de redécouvrir. Sous l'intensité de ses sensations, il saisit la lèvre inférieure de Kagami entre ses dents et ondule du bassin pour en quémander plus.
Le rouge gémit à cette légère morsure et sans hésiter, resserre sa poigne et imprime un mouvement plus franc de va-et-vient, savourant la façon dont sa queue chaude et dure tressaille dans sa paume. Il sent les hanches du brun osciller dans le plaisir et il se laisse gagner par l'ivresse de pouvoir enfin le toucher, le caresser ainsi, lui donner du plaisir et recueillir ses gémissements au creux de ses lèvres. Il ignore sa propre érection gonflant son jogging, tout entier concentré sur le brun, attentif à ses réactions alors qu'il le caresse si intimement.
Vaguement conscient de l'excitation de Kagami contre sa hanche, son plaisir prenant trop de place au point de brouiller le reste, il caresse son torse. Le corps de Kagami contre le sien est bouillant et il peut le sentir frémir lorsqu'il s'attarde sur son mamelon durcissant sous ses doigts. Il apprécie sa façon de lui répondre en le pressant contre lui plus vivement et ça l'encourage à rester moins passif. Savourant toujours ses caresses lascives, lentement, tant pour découvrir les monts et les vallées formés par ses muscles saillants que pour se préparer mentalement, il glisse une main jusqu'à son bas ventre, effleurant le muscle oblique qui plonge sous son jogging comme pour lui indiquer la direction à prendre.
Le souffle de Kagami se fait plus court tandis que la main du brun trace un sillage de frissons en se déplaçant sur son corps. Il se demande s'il va oser le toucher comme il le fait lui-même, et une bouffée de chaleur lui monte à la tête à cette idée. Quoi qu'il en soit, il n'en perd pas de vue son but premier et continue à masser sa verge à un rythme régulier, son regard s'égarant sur le corps du brun qui se découpe dans le clair de lune, et qu'il cherche à graver dans sa mémoire.
Ses doigts hésitent à la frontière du vêtement et il décide dans un premier temps de le caresser par-dessus. Il écarte la petite voix intérieure qui le traite de lâche en se mordant la lèvre et revient piquer celles de Kagami qui ont le don de lui faire oublier ses interrogations. Il tente de ne pas trop conscientiser ce qu'il fait, préférant se concentrer sur la langue enroulée à la sienne tandis que sa main se presse doucement sur la bosse déformant le jogging de Kagami. Malgré le tissu, il peut sentir sa verge se dresser à son contact et il referme ses doigts dessus avec précaution. Son rythme cardiaque tambourine dans ses tempes tandis qu'il étudie la sensation du membre dure et lourd dans sa main. C'est étrange de tenir ainsi un autre membre, similaire et pourtant différent du sien, mais son ventre se contracte à la réaction de Kagami. Il se raccroche à la satisfaction qu'il éprouve d'être responsable de son plaisir pour oublier un instant son incapacité à lui donner plus.
L'intensité de la sensation arrache un gémissement à Kagami, qui resserre sa poigne et revient sauvagement ravir les lèvres du brun. Son bassin se soulève pour rechercher plus de contact, avide de sentir cette main le toucher. Il ne pense plus à rien, il ne pense pas non plus à ralentir, enivré par les sensations, c'est bon de se laisser porter par le moment, sans se poser de questions.
Les coups de poignets plus francs et dont la cadence s'accélère sur son sexe le font grogner. Il sent le plaisir bouillonner délicieusement au fond de ses reins pour se répandre dans le reste de son corps. Les cheveux sur sa nuque se hérissent et ses hanches trouvent le bassin de Kagami pour suivre son rythme. Emporté par la fièvre, Aomine n'est plus en capacité de réfléchir. Par mimétisme, il empoigne un peu plus fermement sa queue et la masse entre ses doigts, effleurant ses bourses dans la manœuvre. Fébrile, il s'agrippe à son partenaire et ondule contre lui, lui rendant chaque baiser. Lorsqu'entre deux il daigne reprendre son souffle, il ose enfin soutenir son regard, se connectant à lui entièrement.
Kagami se noie dans son regard où il lit cette même fébrilité qui agite son corps et brouille son esprit. Le plaisir se fait plus intense alors qu'il sent le brun réagir fortement à son toucher. Il déglutit et redescend sur terre quelques instants, prenant le temps de s'imprégner du moment, des sensations qui parcourent son corps, de l'intimité de ce qu'ils partagent pour la première fois. Il replie sa jambe passée par-dessus la hanche du brun, le rapprochant de lui jusqu'à ce que leurs mains s'effleurent presque dans leur danse sensuelle.
Le brun soupir d'extase, proche de la rupture lorsque Kagami le regarde de la sorte. Un énième gémissement s'étrangle dans sa gorge nouée par l'émotion soudaine qui s'empare de lui. C'est déroutant de se découvrir de la sorte, si enivré par quelqu'un que ça remet en cause son existence. Alors que jamais auparavant il n'avait soupçonné pouvoir désirer une relation sexuelle avec un autre homme, il se découvre plus excité sous les caresses de Kagami qu'avec aucune femme. Perturbé par son esprit qui reprend l'ascendant il ferme les yeux pour se concentrer sur leurs corps enchevêtrés. Puis il colle sont front moiré de sueur sur celui de son amant et souffle son nom d'une voix rauque, comme pour se convaincre lui-même que c'est bien lui qui lui donne tant de plaisir.
« Kagami... »
Ce dernier frissonne au son bas et vibrant de la voix du brun tandis qu'il prononce son nom. Il ferme les yeux et interrompt un instant sa caresse pour presser son gland du pouce, y récoltant une légère humidité. Il frotte son doigt sur la petite fente, s'enivrant du gémissement qui lui répond, et le taquine quelques instants ainsi avant de reprendre sa masturbation. Il a envie de le faire jouir, sentir son corps se tendre, sa semence se répandre sur ses doigts, l'emmener au bout de son plaisir.
Un râle animal s'extirpe de ses lèvres à cette nouvelle façon de le toucher. Aomine attrape la lèvre du tigre entre ses dents et la suçote pour lui partager le plaisir qui irradie en lui. Dans un élan de passion, il empoigne même sa fesse alors qu'il frotte sa verge avec plus d'assurance, par orgueil de lui rendre la pareille. Mais bientôt, la sensation de vide qui s'étend sous lui est si intense qu'elle l'aspire tout entier et lui fait momentanément oublier ses gestes qui en deviennent de plus en plus désordonnés. Le vertige qu'il éprouve est familier, il peut le sentir enfler, enfler et l’emmener haut dans les sphères du plaisir. Au bord de la faille, le pouce de Kagami revient caresser sur son gland et précipite sa chute. La jouissance le terrasse avec violence, emportant tout son être. Aomine vient étouffer un cri guttural en mordant l'épaule de Kagami sans retenue, tandis que son corps est secoué de spasmes délicieux, drainant son orgasme par vagues successives.
Kagami peut sentir le sexe du brun vibrer dans sa main tandis qu'il sombre dans la jouissance. Il gémit légèrement à sa morsure, tout son corps frémissant en écho à son orgasme. La joie et le plaisir irradient chaudement dans sa poitrine tandis qu'il desserre un peu sa poigne, et quand Aomine se laisse retomber sur le futon, il le relâche finalement et vient poser des baisers le long de sa clavicule avant de descendre jusqu'à son cœur pour le sentir pulser sous ses lèvres. Il caresse son torse et son flanc d'un geste tendre, il aime la sensation de sa peau hérissée de frissons sous ses doigts. Puis, il remonte jusqu'à ses lèvres qu'il embrasse avec délectation.
Perdu dans les limbes de l'extase, Aomine met du temps à retrouver son souffle. Il a vaguement conscience de son corps qui tremble, hyper sensible aux caresses chaudes de Kagami. S'il ne trouve pas la force d'y répondre, elles lui permettent de redescendre en douceur, le maintenant connecté à Kagami qui l'empêche sans en avoir conscience de s'effondrer sous un torrent d'émotions contraires. Encore fébrile et ébranlé par ce qu'il vient de vivre, il glisse sa main dans ses cheveux pour le garder près de lui et savourer ses lèvres. Tant qu'il reste dans son aura protectrice, il se sent capable d'affronter ça.
La main d'Aomine dans sa chevelure fait courir de délicieux frissons dans sa nuque. Il adore qu'il le touche comme ça. Il le laisse reprendre ses esprits, caressant et embrassant son corps avec douceur jusqu'à ce qu'il sente les battements de son cœur se calmer. Puis, il se redresse et tend le bras pour rapprocher l'autre futon. Il place son oreiller tout près de celui du brun et remonte les couvertures sur eux. Tandis qu'il continue de parcourir le torse d'Aomine du bout des doigts, il contemple le jardin et s'imprègne de l'intense silence des lieux, seulement troublé par leurs souffles encore emballés.
Les yeux rivés au plafond, Aomine s'égare. Malgré la fatigue et son corps relâché, ses pensées s'agitent. Il revoit ce qu'il a fait sous le prisme de ce qu'il a tenu cloisonné hors de la chambre et qui revient doucement le saisir alors qu'il baisse les armes. Il tente de se focaliser sur les doigts courant sur son torse, éprouvant un certain réconfort au fait que Kagami ne veuille pas vraiment le lâcher. Il sait que ce n'est pas le moment d'analyser, et qu'en vérité il ne vaudrait mieux pas. S'il se laisse embarquer par l'engrenage qu'il entend s'enclencher dans sa tête, il n'en dormira pas de la nuit. Et la dernière chose qu'il souhaite, c'est regretter. Parce qu'il a beaucoup trop aimé ça pour que ce soit une mauvaise chose. Alors doucement il vient se raccrocher à cette certitude en enlaçant ses doigts avec ceux de Kagami, toujours en silence.
Kagami sourit dans la pénombre en sentant la main du brun rejoindre la sienne. Il presse doucement ses doigts entre les siens et pose un baiser sur son épaule avant de fermer les yeux. Il a beau être un peu frustré physiquement, mentalement il n'a pas connu de tel calme depuis bien longtemps. Il se sent apaisé, de la même façon qu'une douleur chronique s'arrête brusquement, laissant une légère sensation de flottement et d'euphorie. Il se laisse bercer par la respiration du brun, les bruits ténus de la nuit qui lui parviennent, et il laisse son esprit se vider et s'engourdir.
Lorsqu'il sent son souffle régulier s'alourdir sur son épaule et son bras peser plus lourd sur torse, Aomine pivote doucement sur le flanc pour l'observer à la dérobée. Il se fige alors que Kagami remue, mais se détend quand ce dernier se replace contre lui en le serrant un peu plus. Ce simple geste inconscient l'émeut, et il ne résiste pas à l’envie de caresser les mèches rebelles tombant sur son front. Il se revoit esquisser ce geste dans sa voiture lorsqu'il a raccompagné Kagami après leur sortie au bar. Cette pensée lui dessine un vague sourire rassuré sur le visage. Son désir impérieux qui l'a poussé à sauter ce pas de plus n'est pas qu'une pulsion passagère due à l'ambiance où il ne sait qu'elle magie opérée par les lieux. C'est là depuis longtemps. Ce soir, il lui a juste laissé la place de s'exprimer, d’exister. Et même s'il a été surpris par son intensité, dérouté même, il n'a pas envie d'avoir peur de ce désir. Il lui faut juste un peu de temps encore pour l'apprivoiser et le comprendre.
Il ne sait pas combien de temps il reste à observer le profil de Kagami tendrement éclairé par la lueur de la lune, à suivre le cheminement de ses pensées décousues. Mais la présence du tigre le rassure et finit par le laisser somnolent. Il se cale plus contre lui pour profiter de sa chaleur et s'endort apaisé par sa respiration régulière s'échouant sur son torse.
Chapter 35: Chapitre 35
Chapter Text
Après une journée riche en action et en émotions, précédée d'une nuit courte, Kagami a le sommeil lourd et reste endormi plus longtemps que d'ordinaire, jusqu'à ce que le soleil vienne le déranger. Il plisse les yeux dans la luminosité matinale, les souvenirs de la veille ressurgissant dans son esprit embrumé. Il prend conscience du corps nu d'Aomine près du sien et soudain il réalise tout ce qui s'est passé. Ce rapprochement physique était une étape qu'il redoutait et qu'ils ont franchie... Il a adoré ce moment, et espère juste qu'il en a été de même pour le brun. À cette évocation, un bonheur angoissé fait palpiter son cœur et son estomac, le réveillant tout à fait.
Kagami se tourne sur le dos et s'étire, songeant avec regret qu'aujourd'hui, ils rentrent chez eux. Mais il garde l'espoir que cette escapade aura scellé quelque chose entre eux, et que désormais leur relation continuera à évoluer dans le bon sens.
Il se lève discrètement et enfile le peignoir de la veille, sortant sur la terrasse pour contempler les montagnes, bleues dans la lumière du matin. Il fait encore un peu frais, mais il accueille avec plaisir la sensation qui dépose des frissons sur son épiderme. Il veut encore profiter un peu de l'atmosphère si paisible et grandiose à la fois des hauteurs, et s'en imprégner pour peut-être en rapporter un peu de sérénité dans son sac à dos sur le chemin du retour.
Lorsqu'il ouvre un œil, il est seul dans le futon. Aomine niche son visage sous un oreiller imprégné du parfum de Kagami, lui rappelant sa seconde nuit passé à ses côtés. Il prend le temps d'émerger en savourant la chaleur timide du soleil qui s'égare sur son dos, puis se retourne paresseusement dans les draps pour observer la pièce. Il trouve Kagami assis en terrasse avec une tasse de thé fumante et un doux sourire s’invite sur son visage lorsqu’il découvre sa silhouette se découpant à contre-jour. Il aime l'avoir dans son périmètre. Le savoir à portée de regard et à portée de voix. Il se décide finalement à le rejoindre, prenant soin de s'habiller un minimum. Il récupère son jogging, rougissant presque en l'enfilant, la seconde tasse de thé laissée à son attention et vient s'assoir aux côtés de Kagami à pas de loup, pour ne pas troubler sa tranquillité.
Kagami tourne la tête lorsque la silhouette d'Aomine entre dans son champ de vision, et il lui adresse un sourire. Il est heureux de le voir, il lui semble différent ce matin. L'intimité qu'ils ont partagée rend sa présence physique plus intense, et il remarque tous les petits détails, ses yeux encore un peu gonflés de sommeil, ses cheveux ébouriffés, et même son parfum chaud et réconfortant au réveil.
« Hey... Bien dormi ? »
Peu importe le cadre et la nuit qu'il a passé, Aomine n'est vraiment pas du matin – sauf découverte de levé de soleil épique – cela va de soi. La faute peut-être à son rythme décalé qui rend tout réveil avant midi difficile. Il émet un vague grognement avant de boire une gorgée de sa boisson chaude. Il emplit ensuite ses poumons de tout l'air pur qu'il peut et expire en fermant les yeux. Encore nimbé de sommeil il ne prend pas vraiment conscience de ses gestes et laisse sa tête engourdie reposer sur l'épaule moelleuse de Kagami. Dans un bâillement incontrôlable il demande tout de même :
« Et toi ? »
Kagami sourit à voir la panthère si mal réveillée et pose un baiser dans ses cheveux qui lui chatouillent le cou.
« Très bien... À vrai dire, ça faisait longtemps que j'avais pas aussi bien dormi. »
Un sourire taquin retrousse ses babines et la tentation étant plus forte que la raison, Aomine sort tout haut la connerie qu'il pense tout bas.
« Je suis un doudou efficace alors ? »
Kagami laisse échapper un léger rire et acquiesce.
« Ouais... C'est ce qu'il semblerait. Peut-être bien que je vais te garder.
— Ça fait encore un bon point pour moi on dirait », marmonne-t-il plus pour lui-même en se redressant pour boire son thé.
Kagami ne répond rien mais sourit, il est vrai que le brun cumule ces fameux bons points depuis le début du week-end. Il reprend une gorgée de thé, profitant de la tiédeur du soleil sur ses jambes et son visage.
Maintenant que la brume s'estompe dans son esprit, Aomine est pris d'une sorte de malaise. Il ne sait pas trop s'ils doivent parler de la veille, si Kagami s'attend à quelque chose en particulier de sa part et il se sent bien incapable de savoir quoi dire pour le moment. Quelque part il a conscience que c'est énorme, mais il reste étrangement en retrait, comme si ce n'était pas vraiment lui hier soir. Et peut-être bien que dans le fond c'est le cas.
Kagami laisse le brun se réveiller, mais au bout de quelques minutes, il demande :
« À quelle heure est-ce qu'on doit rendre la chambre ? »
Aomine se tourne vers Kagami avec une moue dubitative.
« Aucune idée. Avant 15 heure je dirais. Pourquoi, t'es pressé ? » demande-t-il un brin inquiet, lui-même n’étant pas pressé du tout. Revenir dans son quotidien et prendre part au monde extérieur à ces murs lui parait trop brutal.
« Non, répond Kagami en secouant la tête. Mais je pensais qu'il faudrait partir avant midi et on a un peu traîné au lit », ajoute-t-il avec un sourire.
Il répond avec un rictus et une œillade entendue.
« Comme si t'étais du genre à faire des grasses mat'. J'me trompe ? demande le flic avec un haussement de sourcil moqueur.
— Hm non... Plutôt lève-tôt, reconnaît Kagami. Même quand je game tard... Mais bon ici c'est pas pareil... J'ai l'impression d'être en vacances.
— Ouais j'te l'accorde, ça donne pas envie de repartir... Tu veux le p'tit dej' au lit ? » s'entend-il proposer.
Le rouge lui adresse un regard surpris, puis acquiesce.
« Eh bah... Pourquoi pas. J'avoue, ça serait une première ! »
Aomine lui sourit, avale le fond de sa tasse et dépose un baiser sur sa joue, se surprenant encore par ce geste auquel il n'a pas réfléchi.
« Bouge pas je vais demander ça. J'ai la dalle... » confesse-t-il en se redressant.
Kagami lui sourit, ravi de ce petit geste de tendresse. Lui aussi a l'estomac dans les talons, comme toujours le matin, et surtout après une nuit comme celle-là. Il regarde le brun s'éclipser et s'étire, content pour une fois de n'avoir rien à faire ce matin.
Aomine enfile le premier t-shirt qu'il trouve puis referme le battant de la porte coulissante derrière lui. Comme chez lui, il rejoint la cuisine où il sait trouver Mei derrière ses fourneaux. Au seuil de la pièce il s'arrête sur les quelques marches et se retient à une des poutres du plafond. Voilà bien longtemps qu'il ne tient plus dans l'encadrement et la vieille femme ne tarde pas à le repérer.
« Oh Daïki tu es levé ? »
Il lui sourit gentiment et descend à sa rencontre, piquant un grain de raisin sur la table pleine de victuailles au passage. Elle lui tape sur les doigts en faisant mine de le gronder puis lui demande s'il a bien dormi en s'affairant au-dessus d'une marmite. Ils échangent un peu sur les travaux de rénovation et le jardin qu'il a trouvé superbe, puis l'aide à préparer un plateau qu'il compte ramener dans sa chambre, remplissant bien chaque contenant, se sentant affamé par toutes les odeurs alentour.
Alors qu'il s'apprête à la laisser tranquille en prenant garde à ne rien renverser, elle le retient et glisse une feuille sous une des assiettes.
« Tien, pour ton ami. C'est la recette du plat d'hier soir. »
Il la remercie d'un sourire, amusé par l'idée que Kagami vient de se faire adopter sans le savoir puis traverse les couloirs dans un équilibre précaire, croulant sous le poids de son buffet.
Kagami s'est réinstallé dans son futon, calé paresseusement contre les oreillers, et il rit amusé quand le brun débarque avec un plateau très garni. Au moins, ce matin encore il n'a pas à se soucier de ne pas pouvoir contenter son estomac exigeant.
« Eh bah ! T'as rapporté tout un festin ! » s'exclame-t-il en se redressant.
Le brun se concentre lorsqu'il installe le plateau au milieu des futons. Fier de lui et de son exploit il surjoue les serveurs aguerris dans une petite courbette avant de prendre place à ses côtés.
« C'est que je commence à connaître l'appétit de Monsieur... Bon app' ! »
Kagami s'amuse de son petit numéro et salive à la vue des diverses mets disposés sur le tableau.
« Ça a l'air délicieux... Bon app ! »
Sans attendre, il s'empare de ses baguettes et commence à déguster quand il aperçoit le bout de papier :
« C'est quoi ? La note ? On est ruinés ? Parce qu'elle a l'air longue ! »
Aomine ricane, la bouche déjà pleine. Il déglutit pour lui répondre.
« Nan c'est la recette du plat du jour qu'on a dévoré hier. Si elle te l'a écrit, c'est que t'es un vrai VIP. »
Kagami hausse les sourcils et attrape la feuille pour la lire tout en mangeant.
« Hm... Ça m'a l'air faisable. J'ai hâte d'essayer ! »
Le brun acquiesce, plus occupé à faire sa fête aux différents plats qu'à lire la recette. Si Kagami le dit, il le croit volontiers. Il ralentit un peu lorsque l'urgence de manger se calme et se sert une tasse de café. Il soupire d'aise en profitant de ce moment qui rajoute un air de vacances à leur escapade, satisfait de ne pas partager leur nouvelle intimité avec le reste des clients de l'auberge. Égoïstement, il veut garder Kagami pour lui encore un peu, sachant qu'ils rentreront bientôt pour reprendre le cours leurs vies.
Kagami prend également son temps pour manger, ce n'est pas tous les jours qu'il a un si bon petit-déjeuner déjà tout préparé, et en plus à déguster en bonne compagnie. Il apprécie le calme du moment et se dit que ça va vraiment lui faire drôle de regagner son appartement bruyant en ville, et aussi de se séparer d'Aomine. Cependant, il repousse ces pensées pour le moment, inutile de se mettre à déprimer dès maintenant...
Aomine termine son bol le regard divaguant sur l'extérieur. Le silence entre eux est confortable, et bien que la question d'aborder ou non la veille revienne lui chatouiller la conscience, elle ne le gêne pas plus que ça. Peut-être parce que Kagami n'a pas changé de comportement. Parce qu'il reste fidèle à lui-même, comme si rien d'inhabituel n'était venu troubler leur soirée. Il remarque tout de même que ses regards sur lui sont moins discrets, ou alors il en a seulement une conscience accrue, il ne saurait dire. Quoiqu'il en soit il apprécie que Kagami le regarde, même si ça le rend un peu fébrile, se souvenant de la tension que certains échanges peuvent susciter.
Quand il termine finalement son petit-déjeuner, Kagami se rallonge en soupirant de satisfaction. Il devrait aller prendre une douche, mais il n'est pas pressé de bouger. Pour une fois, il apprécie un moment de paresse. Il réalise qu'il avait bien besoin d'une matinée comme ça, et il est heureux d'avoir pu véritablement se détendre ce week-end. Il lance un coup d'œil de côté à Aomine :
« Tu voudras retourner te baigner avant de partir ? »
Il considère sérieusement la proposition. C'est vrai qu'ils ont encore le temps mais ça ne le tente étonnement pas plus que ça. Il préfère rester dans le calme de leur chambre.
« Hum nan ça me dit trop rien... Toi ?
— Je me sens pas d'humeur difficile aujourd'hui, dit-il en souriant. Tout me va. »
Et c'est vrai, qu'ils choisissent une activité ou qu'ils ne fassent rien, il veut juste profiter en paix de ces dernières heures.
Toujours à sa contemplation, le brun hoche la tête doucement, puis écarte le reste de leur repas pour s'installer plus confortablement. Le cœur battant un peu plus vite il s'autorise à regarder Kagami et son air serein. Il détaille sa chevelure indomptable, s'attarde sur son sourire tendre puis glisse sur la peau nue de son torse dévoilée par les pans du peignoir entrouvert. Cette fois il ne prend pas la peine de demander l'autorisation, et y pose sa main pour le toucher à la lumière du jour, pensif.
La main d'Aomine lui paraît chaude sur sa poitrine et un léger frémissement le parcourt. Il effleure le dos de sa main du bout des doigts, caressant son poignet avant de remonter sur son bras tandis qu'il cale le sien derrière sa tête, soupirant doucement de plaisir.
Aomine observe les doigts de Kagami courir sur sa peau. Il apprécie qu'il le laisse trouver son rythme, sans jamais le forcer mais trouvant toujours une façon silencieuse de l'encourager. Aomine est plutôt du genre entreprenant, séducteur, joueur d'habitude. Mais le faire si ouvertement avec Kagami a quelque chose d'intimidant. Comme si le fait qu'il soit un homme lui faisait oublier ce naturel qui ne demande pourtant qu'à ressurgir pour lui faciliter la tâche, alors qu'il se fait l'impression d'un novice qui découvre l'intimité pour la première fois. À cette pensée, il fronce les sourcils, réalisant que dans en sens, ça ne pourrait être plus vrai. En fait, il ne se reconnait tout simplement plus, se demandant même s'il s'est véritablement connu un jour à la lumière de ce qu'il éprouve en sa présence, avec leurs peaux qui se frôlent. Dans un soupir de lassitude il se penche pour coller son front au torse puissant et attirant de Kagami, cherchant un peu de réconfort dans ses caresses.
« Qu'est-ce que tu me fais Kagami... » murmure-t-il sans véritablement attendre de réponse.
Kagami relève la tête pour observer le brun, bien qu'il ne puisse voir son visage. Il glisse sa main sur sa nuque et la masse doucement, puis un sourire étire le coin de ses lèvres.
« Rien de spécial... Enfin je crois... Pourquoi ? »
La panthère grogne entre ses pectoraux avant d'y appuyer un peu sa tête pour protester. Il aurait mieux fait de se taire s'il avait su que Kagami en jouerait à son avantage.
« Tu sais très bien pourquoi... » maugréé-t-il. Mais de bonne grâce et parce qu'il éprouve le besoin d'en parler au risque de se donner la migraine, il poursuit d'un ton moins grognon. « Tu me fais ressentir des choses qui ne me sont pas familières, et tu me donnes envie d'autres que je pensais pas vouloir. »
Il n'ose pas redresser le regard vers lui, un peu honteux de ses propres aveux mais n'arrive cependant pas à se soustraire à son contact.
Kagami réfléchit à ses paroles, mais il n'est pas vraiment sûr de comprendre. Ses doigts ralentissent sur sa nuque et il se mordille la lèvre, puis choisit de demander directement :
« Tu veux dire d'un point de vue... intime ? »
Il inspire doucement pour trouver le courage de répondre, mais puisqu'il est lancé... Il redresse finalement le visage et se cale pour croiser son regard.
« Ouais, principalement... »
Kagami soutient son regard d'un air sérieux, cherchant à deviner les pensées du brun.
« Okay... répond-il, hésitant. Et c'est... déstabilisant ? Perturbant ? Ou... désagréable ? »
Sa ride du lion se creuse lorsqu'il y réfléchit et déni la dernière option.
« Déstabilisant c'est sûr... Du coup je ne sais jamais comment réagir, ça me soule. De là à dire que c'est désagréable, non. Ce serait même plutôt le contraire... » admet-il dans l'ombre d'un rictus. « C'est juste... parfois j'arrive à n'écouter que ce qu'il y a là, et d'autres c'est ça qui prend le dessus », explique-t-il maladroitement en désignant successivement son ventre, où loge son instinct, et son crâne.
Kagami sourit à ces mots et glisse ses doigts dans ses cheveux avant de murmurer :
« Tu dis ça comme si ça faisait longtemps qu'on était ensemble... Peut-être que d'habitude ça se passe pas comme ça pour toi, mais... Moi ça me paraît plutôt normal. Mais en fait, tu sais très bien comment réagir. C'est comme au basket : c'est quand tu commences à penser comment réagir que tu laisses filer la balle. Tu te poses peut-être des questions parce que là... c'est du foot plutôt que du basket », ajoute-t-il en riant de sa propre comparaison, qu'il choisit cependant de suivre jusqu'au bout : « Mais au fond... ça reste du sport. »
Attentif, Aomine l'écoute et fronce un peu plus les sourcils, incertain de la comparaison. Mais au moins, il comprend où il veut en venir et ça lui arrache finalement un sourire.
« Mouais... mais même si ça reste du sport, les règles sont pas les mêmes. Enfin j'imagine... » Il s'égare dans ses propos et la métaphore de Kagami, décidément perdu. « Je sais même pas ce que j'essaie de dire... D'habitude je me pose pas milles questions. Je sais ce que je veux et ce que la personne en face attend.
— Hm... J'aime pas dire ça, mais là je pense que tu réfléchis trop... Et puis, tu vas me dire que je suis mal placé pour le dire, mais je suis pas sûr que ce soit fondamentalement aussi différent... » Kagami fait une pause, réfléchissant tandis qu'il continue de jouer avec ses cheveux coupés courts, puis reprend : « En attendant... Moi je tiens pas les comptes et j'ai pas de calendrier... Et puis... je peux te guider aussi... »
Trop réfléchir... certainement. Il se souvient hier soir comme tout est devenue plus limpide un fois qu'il a mis son esprit sur off, se laissant guider uniquement par ses envies et ce que lui criait son corps. Il sent ses joues s'échauffer à ce souvenir, revoyant Kagami torse nu sous ses doigts avides de le découvrir. La main de ce dernier parcourant son cuir chevelu n'aide pas plus à rester concentré. Son pouls s'accélère lorsque son regard s'attarde sur les lèvres de Kagami. Nerveux mais un peu plus confiant à l’idée d’être guider, il accepte sa proposition.
« Ok... alors montre-moi. »
Kagami sourit, le brun a peut-être des doutes et trop d'interrogations dans la tête, mais il est toujours aussi prompt à passer à l'action. Il l'invite à se rapprocher de lui pour pouvoir l'embrasser, savourant sur ses lèvres son goût de café. Il aime la sensation du poids de son corps contre le sien, et referme ses bras autour de lui, agrippant son t-shirt.
Lorsqu'il retrouve ses lèvres, il répond à son baiser avec gourmandise, se délectant du frisson qui dévale son dos. Voilà une chose à laquelle il n'a plus envie ni besoin de réfléchir. Il aime ça et il devient sérieusement accro à cette façon d'être embrassé. Aomine lui rend son étreinte en glissant ses avants bras sous son buste, se pressant contre lui.
Kagami aime la spontanéité avec laquelle son partenaire répond à ses baisers, les savourant avec la même gourmandise que lui, ça le rassure et ça réveille son désir tandis que ses mains retrouvent leur chemin sous le tissu pour pouvoir mieux le toucher. Sa peau tannée est douce sous ses paumes, et il se délecte de suivre le tracé de ses muscles. Il est nu sous son peignoir, mais ne s'en soucie pas lorsqu'il décale son bassin pour l'emboîter avec celui du brun, le capturant entre ses cuisses avec un léger gémissement de satisfaction.
Ses lèvres toujours rivées à celles de Kagami se retroussent en recueillant ce son de contentement. Il note dans un coin de sa tête avec amusement que le tigre semble se réjouir de le retenir prisonnier, lui laissant très peu de possibilité de mouvement. Aomine qui n'avait pas envie de s'enfuir se demande vaguement s'il n'aurait pas dû, face à tant de possessivité. Mais après-tout, c'est lui qui a demandé... Alors il ne se dérobe pas, acceptant son sort, curieux de découvrir la suite.
Kagami glisse ses mains au creux de ses reins avant de descendre sur ses fesses et les presse pour le plaquer contre lui, stimulant son érection alors qu'il ondule doucement du bassin. Il relâche les lèvres d'Aomine pour revenir s'attaquer à son cou qu'il aime dévorer de baisers, d'autant qu'il a remarqué que ça a tendance à faire gémir le brun. Il s'enflamme à son contact, le désir contractant presque douloureusement son bas-ventre, mais il s'efforce de garder un rythme lent et sensuel.
Si le début était amusant, Kagami vient de lui ôter toute envie de rire. Les baisers mordants dans son cou le font frémir, et il se cambre pour lui en donner le libre accès. Il est vite submergé par la chaleur qui s'étend dans son ventre et brule ses reins qu'il reconnait comme son désir. S'il se surprend encore à trop analyser, conscientiser cette émotion a le don de réveiller son sexe qui vient rencontrer celui de son partenaire. Son cœur s'affole dans sa poitrine, mais son esprit s'égare définitivement dans le néant lorsque la langue de Kagami vient le caresser derrière l'oreille. Il émet un gémissement qui tient plus du ronronnement et se laisse aller à la volupté qui s'empare de lui.
Kagami soupire de plaisir tandis qu'il sent le sexe du brun se dresser contre le sien. Son peignoir glisse et sa verge se plaque contre l'entrejambe du brun, lui arrachant un grognement de désir. Il masse les fesses d'Aomine alors qu'il continue d'onduler contre lui, laissant la volupté embraser ses sens. Il aime tellement être au contact du brun, il a soif de son corps, de ses soupirs, et il a envie de lui donner envie d'explorer ces nouveaux plaisirs.
Sentir le désir de Kagami ne l'effraie pas comme il aurait pu s'y attendre. Ça le stimule et attise le sien qu'il découvre encore. Il aime sentir ses dents effleurer sa peau, et ses doigts s'imprimer sur sa chair, à lui faire presque mal. Il revient piquer ses lèvres pour les mordiller avant de chercher sa langue. Son parfum envahit ses sens et l'entraîne un peu plus loin dans le lâcher prise. Le sexe du tigre frotte le sien à travers le tissu et il frissonne sous une caresse plus appuyée. La sensation est déroutante. Déroutante parce qu'inédite mais surtout parce qu'il ne pensait pas en retirer autant de plaisir. Il grogne entre les lèvres de Kagami qu'il tient toujours captives et sa main qui semble agir seule tant son geste est naturel, saisit sa cuisse pour raffermir leur emboitement.
Kagami frémit en sentant la poigne du brun, son souffle se fait rauque et précipité alors qu'il se sent proche de l'orgasme. Il crispe une main sur la nuque d'Aomine, enfonçant ses ongles juste sous la racine de ses cheveux alors que ses lèvres s'entrouvrent sur un gémissement. Il ne cherche pas à lutter, à se contenir, il veut juste s'égarer dans cette délicieuse volupté, sans réfléchir, et se livrer aux lèvres d'Aomine. Il frotte son bassin à celui du brun et lâche prise, avec cette déroutante impression de tomber sans vertige, et mord sa lèvre alors que l'orgasme le fauche finalement, faisant frissonner tout son corps.
Le brun reste figé en découvrant l'expression d'extase de Kagami, ne comprenant pas tout de suite pourquoi il cesse d'onduler contre lui. Son cœur pulse dans sa poitrine, le laissant haletant et aux veines gonflées autant par l'effort que le désir. Il est surpris de la rapidité avec laquelle leurs corps se sont embrasés, et d'avoir éprouvé autant de sensations délicieuses de cette façon. Essoufflé, il observe Kagami, les yeux toujours clos, en relâchant doucement sa cuisse qu'il effleure du bout des doigts dans une caresse presque hésitante. Ainsi débraillé, le visage rougit et les lèvres humides de ses baisers, il le trouve magnifique. C'est une nouvelle facette de lui qu'il découvre, et il prend soin de la graver dans sa mémoire.
Kagami entrouvre les paupières et sourit au brun, relâchant sa poigne sur sa nuque et glissant sa main le long de son dos.
« Fuck... That was good... » souffle-t-il d'une voix un peu rauque, encore étourdi de plaisir.
Toujours un peu sonné d'être responsable de l'orgasme de Kagami, il éprouve un étrange mélange de gêne et de fierté. Mais Aomine lui offre un sourire, amusé par l'anglais employé. Il n'est pas bilingue, mais il pense avoir saisi le sens général.
« Ouais... c'était intense...» admet-il pensif.
Kagami redresse la tête pour ravir ses lèvres, l'embrassant avec la satisfaction du fauve repu. Puis, il le contemple, laissant toujours sa main dériver sur le dos du brun.
« Tu es super hot », remarque-t-il avec un sourire, content d'en arriver à un stade où il peut dire ce genre de choses librement, même si ça risque de déstabiliser un peu Aomine.
Aomine ne s'y attendait pas, et juste comme ça Kagami le ramène au moment présent, lui arrachant un éclat de rire. Il sait qu'il plait, qu'il ne laisse pas les regards indifférents, mais ça n'arrive jamais qu'on soit aussi franc avec lui sur la question. Ça le change et s'il en croit son visage qui s'échauffe sous le regard brulant de Kagami, il apprécie.
« Ouais je sais... » répond-il faussement blasé pour masquer son trouble.
Ça fait rire Kagami de voir Aomine se rengorger tout en rougissant, un paradoxe qu'il trouve plutôt craquant.
« Yeah... J'imagine qu'on te le dit souvent. Va falloir que je m'assure d'anéantir la concurrence... »
Aomine pouffe encore puis plonge dans le regard de braise pour mesurer le sérieux de ces propos. C'est vrai qu'ils en sont encore à un stade d'exploration. Enfin, surtout lui... Mais imaginer un Kagami possessif serait une première pour lui qui n'a jamais eu de relations laissant à ses partenaires l'opportunité de l'être.
« Pas tant que ça figure-toi. Pas aussi franchement en tout cas. » assure-t-il avant de reprendre un ton plus bas. « Et c'est pas moi qui ai des visiteurs nocturnes louches que je sache... »
Kagami secoue la tête en souriant.
« C'est pas vraiment le genre de circonstances où t'as envie qu'on te trouve hot... Mais j'ai mes petits succès aussi dans les bonnes circonstances », ajoute-t-il avec un rictus provocateur.
Le brun grimace et il sent ses doigts se resserrer involontairement sur la hanche de Kagami. Oui, ça il le sait. Merci... Dans un élan de cette rage reminiscente qui a fait voler ses certitudes en éclats, il fond sur la bouche de Kagami pour lui voler un baiser autoritaire. Lorsqu'il retrouve ses yeux brillant de malice il plisse les siens puis il souffle contre ses lèvres avec un sourire narquois :
« Si tu veux vraiment parler de concurrence, n'oublie pas que de nous deux, c'est moi qui suis armé...
— Tout de suite, les menaces ! » s'offusque faussement Kagami, qui apprécie particulièrement ce baiser possessif. « Mais bon, j'ai pas envie de me mettre un représentant de l'ordre à dos, alors je vais me tenir à carreau. »
Pas dupe, il entend la moquerie dans le ton de sa voix et grogne pour la forme. Il se savait possessif avec ses potes, acceptant mal les nouveaux venus dans leurs cercles proches. Ce qui arrive fatalement en grandissant, lorsqu'on s'éloigne les uns des autres. Pourtant sa réaction arrive à le surprendre. Ça lui ferait presque peur si Kagami n'en riait pas.
Après un furtif baiser en guise d'approbation, il se détache finalement de lui.
« Je vais prendre une douche. Tu crois que tu peux rester sage en attendant ?
— Mais je suis toujours sage ! » proteste Kagami en riant, tandis qu'il en profite pour mater son torse nu sans chercher à se faire discret.
Aomine secoue la tête, pas vraiment d'accord et s'éclipse avant de rougir encore sous ce regard qu'il commence à comprendre.
Sous le jet d'eau chaude, il prend un instant pour revivre ces derniers moments, aussi forts qu'inattendus. Il laisse un sourire taquiner sa lèvre en réalisant qu'il a cette fois été un peu plus acteur que spectateur. Kagami a raison, il y a des réflexes qui sont là. Son corps a l'air de savoir ce qu'il veut, autant lui faire confiance comme il l'a toujours fait. La peur, l'angoisse, toutes ses émotions lui sont familières. C'est son quotidien au travail. Il arrive à les mettre de côté, les dépasser pour rester concentrer. Personne ne veut d'un flic qui freeze sous la pression... Alors il est passé maître dans l'art de les enfermer lorsqu'elles sont trop envahissantes. Mais elles finissent toujours par trouver un chemin, quand il baisse la garde, ou quand il est seul. C'est aussi pour ça qu'il redoute de rentrer. S'éloigner de Kagami, c'est prendre le risque de se laisser submerger.
Kagami se nettoie sommairement et remet de l'ordre dans sa tenue, mais il reste allongé sur le futon, profitant de la douce euphorie après un bon moment de sexe. Il s'imprègne du calme, écoutant l'eau couler dans la salle de bain voisine. Il se sent heureux et le cœur léger, il est soulagé qu'Aomine le laisse approcher et n'hésite pas à tenter des choses avec lui. Il connaît le sexe entre hommes, oui, mais c'est différent avec chaque personne, et cette fois... il est amoureux, ce qui rend tout plus unique et singulier.
Il ferme les yeux, se surprend même à somnoler, lui qui est d'ordinaire si actif et dynamique. Ce week-end en montagne a définitivement fait des merveilles pour lui.
Il ne s'éternise pas dans la douche, mettant brièvement de l'ordre dans ses pensées. Il n'est pas encore temps de s'y attarder. Avec une serviette il frictionne vivement ses cheveux pour en ôter l'eau avant de la nouer autour de ses hanches. Lorsqu'il rejoint l'espace principal il essaie de faire abstraction de sa quasi nudité. Avec ce que Kagami et lui ont partagé... il se voit mal jouer les prudes. D'autant que ce n'est pas son genre, et puis... il voit bien que sa plastique est au gout du tigre. C'est toujours bon pour l'égo quand on manque de confiance sur certains points.
Il s'amuse de le trouver au même endroit et s'approche en silence. Alors qu'il fouille dans son sac à la recherche d'un caleçon il le taquine.
« Je crois que je commence à trop déteindre sur toi. Ou c'est le futon qui est trop confortable... »
Kagami entrouvre un œil et contemple d'un air intéressé sa quasi absence de tenue. La serviette blanche fait encore ressortir le teint caramel d'Aomine, et il devine les lignes de son corps se dessiner sous la fine barrière de tissu.
« Hm... Un peu des deux, j'imagine. Ça fait longtemps que j'ai pas pris autant mon temps le matin... Je crois que j'en avais besoin. »
Et c'est vrai que le fait de s'activer est aussi une manière pour lui de ne pas trop penser et s'attarder sur des appréhensions ou des idées noires. Mais ce matin il n'éprouve pas le besoin de battre en brèche des sensations négatives, au contraire il veut même prolonger le moment et rester baigné dans cette tranquillité.
Le brun lui sourit, content que cette escapade lui plaise autant et qu'elle lui ait permis de faire un break. Une fois sommairement vêtu, ne sachant trop quoi faire de lui, il revient s'assoir dans le futon auprès de Kagami.
« Ravi de constater que tu sais faire la grasse matinée... Et tant mieux si ça te fait du bien. »
Kagami pose une main sur la cuisse d'Aomine et la caresse doucement tandis qu'il émerge, rassemblant sa motivation pour aller se laver à son tour.
« Yeah... C'était vraiment une super idée de s'arrêter à cet onsen.
— Ouais... je trouve aussi », admet-il.
Difficile de dire le contraire étant donné ce qu’ils y ont exploré. Il ne saurait s'expliquer pourquoi, mais il a l'intuition que chez eux, il aurait eu plus de mal à se libérer assez. Et puis ça lui donne aussi une raison supplémentaire d'être attaché à cet endroit.
Kagami finit par se redresser et s'étire longuement, avant de poser un baiser sur la joue d'Aomine.
« Merci », conclut-il avec un sourire, puis se lève et se dirige vers la salle de bain.
Il attend que la porte de la salle de bain se referme pour se glisser dans la place chaude qu'a laissé Kagami. Il s'étire de tout son long comme un chat, imitant l'autre fauve, puis roule jusqu'à trouver son portable. Dans un soupir de résignation, il se décide à consulter les horaires des trains de retour, se préparant doucement à l'idée qu'ils doivent partir.
Kagami redescend doucement sur terre alors que l'eau chaude lui éclaircit les idées. Ils vont bientôt devoir repartir, et s'il regrette de quitter ces lieux, il est aussi impatient de vivre son quotidien différemment... Un quotidien où il est en couple avec Aomine, où ils ont plein de choses à vivre ensemble et à apprendre l'un sur l'autre, sans qu'il n'ait plus besoin de se protéger et de maintenir une certaine distance entre eux. C'est un poids immense qui a libéré sa poitrine, le laissant plus léger et optimiste.
Quand il revient dans la chambre, il choisit des vêtements propres dans son sac, amples et confortables comme il se doit pour une fin de week-end, et s'habille sans se presser, conscient des coups d'œil que lui jette le brun alors qu'il fait mine d'être absorbé par son téléphone.
Maintenant qu'il sait qu'il lui est possible d'éprouver du désir pour Kagami, voir sa peau nue et dorée ne lui fait plus le même effet que la veille, ou lorsqu'il la découvrait pour la première fois à la plage. Elle a tendance à le déconcentrer bien trop facilement. Il s'efforce tant bien que mal de reporter son attention sur l'écran.
« Il y a des trains toutes les heures à la station la plus proche. En comptant la route à faire jusque là-bas, faudrait pas trop tarder pour choper le prochain », explique-t-il pour se redonner contenance.
Kagami termine de s'habiller et acquiesce, avant de s'atteler à rassembler quelques affaires pendant qu'Aomine fait de même. Quelques minutes plus tard, ils sont fin prêts. Kagami se sent un peu vide à l'idée de quitter la montagne, mais se rassure en se disant qu'ils reviendront. Il adresse un sourire un peu mélancolique au brun :
« Bon... On y va ? »
L’estomac noué et le cœur gros, il hoche la tête. Aomine fait un dernier tour d'horizon de la pièce pour en graver les détails, surtout la vue, pour les moments de doutes. Il pourra se transporter ici, profiter de l'atmosphère des lieux même à distance.
Avant que Kagami n'ouvre la porte pour sortir, il le retient par le poignet et l'attire contre lui. Il ne sait pas vraiment comment lui exprimer sa gratitude pour ces derniers jours, pour sa présence, sa patience. Alors il l'embrasse une ultime fois en ces lieux où il a trouvé beaucoup de réponses et d'apaisement. Il caresse les lèvres de Kagami des siennes, espérant lui faire passer ce qu'il ressent sans parvenir le décrire vraiment.
La poitrine de Kagami se serre à la douceur tendre de ce baiser, empreint d'une certaine nostalgie, de sentiments indéfinis, et peut-être même d'une certaine inquiétude. Le rouge serre Aomine dans ses bras et lui rend son baiser, profitant de ces derniers instants dans l'intimité de leur chambre. Puis, il se recule un peu et adresse un sourire confiant au brun.
« C'est que la première de nos aventures », murmure-t-il.
Aomine sent sa poitrine s'alléger à cette idée. Il reprend confiance, réalisant qu'il avait besoin d'entendre ça. Bêtement, la fin de ce week-end sonnait la fin d'autre chose pour lui. Quelque chose qu'il a à peine eu le temps d'explorer et d'apprivoiser. Il réalise maintenant qu'il en arrive au terme, toute la pression qu'il s'était mise pour que cette aventure réponde à ses attentes. Alors même qu'il ne les conscientisait pas toutes. Rassuré par ce rappel, il le laisse ouvrir la porte. Ce n'est pas la fin, ce n'est que le début... se murmure-t-il en quittant pièce.
Ils rejoignent la réception pour faire leurs adieux au couple de gérants. Kagami les remercie poliment pour leur hospitalité, promettant de revenir bientôt.
« Et merci encore pour la recette », conclut-il avec un sourire.
Au moment de régler la note, le jeune flic se bat presque avec Ken lorsque ce dernier lui fait un prix d'ami. Il finit par accepter pour ne pas le vexer mais tandis que son hôte raccompagne Kagami sur le perron avec sa femme, il glisse discrètement un généreux pourboire dans le pot sur le comptoir.
« Reviens nous voir bientôt Daïki, tu te fais trop rare. Le supplie Mei.
— Promis », dit-il en s'inclinant devant le vieux couple.
Sur le chemin jusqu'au portail, il se retourne pour les saluer de loin une dernière fois le cœur un peu lourd, comme à chaque fois qu'il quitte ce havre de paix pour rejoindre le monde extérieur.
Alors qu'ils descendent dans le village où ils doivent prendre le train, Kagami pose une main sur l'épaule du brun et lui sourit :
« Ils étaient vraiment contents de te voir. Faudra pas que tu tardes trop à revenir ! Et j'espère que tu m'emmèneras, ajoute-t-il avec un clin d'œil.
— Moi aussi j'étais content... On pourra refaire la rando au printemps si ça te tente. D'ici là, on peut se contenter de l'onsen.
— Ouais, ça doit être sympa aussi quand le temps se rafraîchit. »
Kagami sourit et retire sa main tandis qu'ils approchent de la gare. Ils n'auront pas longtemps à attendre avant le prochain train pour Tokyo. Il est un peu mélancolique aussi sur cette fin de week-end, d'un autre côté, il a passé deux jours fantastiques et se sent plutôt serein.
« Quand est-ce que tu reprends le boulot, déjà ? » demande-t-il alors qu'ils prennent place sur un banc sur le quai.
Aomine soupire, pas ravi de penser au travail. Cette coupure n'était pas censée être des vacances, et elle n'a pas été de tout repos... Pourtant il a fini par comprendre qu'il en avait besoin. Alors qu'au départ il était frustré d'avoir été mis à pied, aujourd'hui ça le déprime d'y retourner. Il ne se sent pas prêt.
« J'étais censé reprendre demain. Mais j'ai posé une journée. Je me suis dit que j'en aurait besoin après ce week-end, admet-il en se frottant la nuque.
— Dis tout de suite que je suis épuisant ! s'esclaffe Kagami, qui lui donne un petit coup de coude dans les côtes.
— Me fait pas dire ce que j'ai pas dit ! J'avais juste pas envie d'une transition trop violente », s'offusque-t-il en lui frappant l'épaule d'un revers de main.
Kagami rigole, se passant une main dans les cheveux.
« Ouais... Je comprends. Moi je reprends demain, j'ai déjà trop traîné ces temps-ci ! »
Aomine lui offre un regard compatissant et s'en veut un peu d'avoir éloigné Kagami de ses obligations.
« J'espère que t'auras pas pris trop de retard dans ton programme d'entraînement.
— Ouais... T'en fais pas. Ça m'a pas fait de mal d'avoir une petite pause de toute façon. Et puis... j'ai passé un super week-end », ajoute-t-il en lui lançant un regard de biais avec un sourire au coin des lèvres.
Complice, il lui rend son sourire. C'est vrai que ce week-end était spécial. Pour plusieurs raisons, il restera gravé longtemps dans sa mémoire. Aomine rompt le contact visuel presque malgré lui lorsqu'il aperçoit leur train sur les rails au loin. Bientôt, ils entendent le roulement régulier et sentent les vibrations annonçant l'approche de la locomotive sur le quai. Il se résigne à monter dans le wagon et laisse Kagami leur choisir une place.
Ils s'installent dans un coin calme, il n'y a pas grand-monde dans la rame. Kagami lui laisse le côté fenêtre, et lorsque le train s'ébranle, le rouge pose une main sur sa cuisse, la caressant doucement d'un geste presque machinal tandis qu'il observe le paysage défiler derrière la vitre. Il songe à Alex et Tatsuya, et soudain, une interrogation surgit dans son esprit. Ils n'en ont pas parlé ce week-end, mais il a besoin de savoir. Il se penche vers le brun et murmure :
« Au fait... Toi et moi... Je peux en parler ou tu préfères que ça reste entre nous pour le moment ? »
Le brun se crispe imperceptiblement à son contact et vérifie par automatisme s'ils peuvent être vus. Il se gifle intérieurement, se rappelant que ça ne le gênait pas de lui faire du pied dans un bar bondé il y a quelques jours de ça. Lorsque la question tombe, le souffle chaud de Kagami effleurant sa nuque, son cœur manque un nouveau battement. Il se sent rougir un peu, prenant conscience que ce qu'ils ont partagé ce week-end ne restera pas derrière eux et va aussi intégrer sa réalité. C'est une idée qui lui tord les tripes, d'angoisse d'abord et d'autre chose... de plus exaltant. Il se racle la gorge avant de répondre à voix basse lui aussi.
« Je... Tu peux. Je pense que Satsu va pas me lâcher de toute façon alors j'imagine que je vais en parler aussi. »
Kagami se détend à ces mots. C'est la réponse qu'il espérait entendre.
« Ok... De mon côté je suis sûr qu'Alex aurait tout deviné aussi, elle me connaît trop bien. »
Kagami se recule et le contemple en souriant sans s'en rendre compte, son cœur battant plus vite à l'idée qu'il a devant lui, presque officiellement, son petit ami. Il a du mal à croire à sa chance, mais peu importe. Il aime aussi ce sentiment d'irréalité qui l'enveloppe, adoucissant tout, y compris la perspective de reprendre une vie ordinaire.
Amusé de sentir son regard peser sur lui, Aomine tente une œillade en biais, interrogateur. Mais Kagami reste silencieux et lui répond d'un sourire innocent. Il n'essaie pas d'en savoir plus et retourne à la contemplation du paysage, dérivant dans ses propres souvenirs. Il pense à sa meilleure amie. À ce qu'elle va bien pouvoir demander, et surtout ce qu'il va pouvoir répondre. D'un côté il aimerait tout lui dire, tout partager pour qu'elle l'aide à démêler ce qui se trame en lui. Mais d'un autre... il a encore besoin de le garder pour lui. Il ne veut pas spécialement en faire un secret, mais d'abord apprivoiser l'idée qu'il a une relation avec un homme. Une relation tout court. Parce que c'est le cas maintenant, pas vrai ? se demande-t-il soudain.
Kagami se laisse bercer par le roulis du train, son esprit dérivant vers la semaine à venir, les nouveaux moments qu'il va vivre avec Aomine. Tout est différent maintenant, après ce week-end. Ils ont tout un nouvel aspect de leur relation à explorer. Une autre aventure, en somme...
Après son huitième scénario d'interrogatoire, Aomine décide de penser à autre chose. Mais son esprit est tenace et revient l'embêter. Cette fois, il se demande ce que Kagami va dire à ses proches. Il serait curieux de le savoir... Ne serait-ce que pour se faire une idée de ce qu'on est censé partager ou non dans ce genre de situation. Parce que mis à part se vanter de ses performances et de son nombre de conquêtes auprès de Kise, il n'a jamais parlé de personne de spécial à ses amis. D'ailleurs... devrait-il en parler à Kise ? Sans arriver à mettre le doigt sur la raison, cette perspective le met mal à l'aise. Il a le présentiment que ça pourrait mal se passer.
Le trajet n'est pas trop long jusqu'à Tokyo, et ils ne tardent pas à voir apparaître les premiers bâtiments urbains. Kagami n'est pas si mécontent à la perspective de retrouver son chez lui, et il commence déjà à réfléchir à ce qu'il va manger aujourd'hui. Aomine lui semble plongé dans ses pensées, et il ne le dérange pas. Il doit sans doute se poser beaucoup de questions, lui qui quelques jours auparavant était perdu et paniqué à l'idée de laisser un peu de place à son attirance pour lui. Il a cédé ce week-end et il ne s'est pas enfui, et pour Kagami, c'est tout ce qui compte.
Aomine se laisse surprendre par la voix du conducteur qui annonce leur entrée en gare de Tokyo. Ne faisant plus attention à ce qui l'entourait, il n'a pas vu le temps passer. Sur pilote automatique, un brin désorienté il suit Kagami et récupère son sac avant de descendre sur le quai. Il est presque pris de panique à l'idée de le quitter ici et maintenant. Ne tenant vraiment pas à rentrer seul chez lui. C'est comme si le brouhaha de la mégalopole venait de l'arracher brutalement à son cocon de silence. Tous les sons lui paraissent plus forts, plus stridents, plus insupportables après ce break en pleine nature. Il a l'étrange sensation de ne pas coller au décor, d'être à côté de ses godasses, un étranger dans sa propre ville et il déteste ça.
Ils sortent de la gare, où ils doivent se séparer pour partir chacun de leur côté. Kagami a un pincement au cœur. D'un côté, il a besoin de se poser chez lui, de réfléchir un peu à tout ça, de l'autre, il n'aime pas l'idée de quitter Aomine, comme si une fois hors de vue, il allait s'apercevoir que tout ça n'était qu'un rêve. Il se réprimande intérieurement et inspire un grand coup avant de sourire au brun.
« Bon... Faut que je file. Je t'envoie des messages, okay ? »
Sa poitrine se serre. Il s'en doutait. Et au fond il sait qu'il a besoin de se retrouver un peu seul aussi. Seulement, maintenant qu'il réalise combien il est attaché à lui, c'est plus dur de le laisser partir. Il ravale sa frustration et hoche la tête avec une ébauche de sourire.
« Ça marche. Rentre bien. »
Kagami lui adresse un sourire rassurant, puis, avant de trop hésiter, il fait volte-face et s'éloigne à pas vifs. Il se trouve un peu loin de chez lui, mais décide tout de même de rentrer à pied, il a besoin de brûler un peu d'énergie avant de se poser chez lui. Il sort son casque et le place sur ses oreilles avant de lancer sa musique, s'immergeant dans son propre monde tandis qu'il emprunte les rues familières, et qui lui semblent pourtant légèrement différentes... Mais c'est lui qui a changé, réalise-t-il. Il sort comme grandi de ce week-end, renforcé aussi alors qu'une assurance neuve lui confère une énergie positive. En bref, il se sent bien dans ses baskets, et c'est grâce à Aomine et à ce qu'ils ont partagé ce week-end.
Sans parvenir à bouger, Aomine le regarde s'éloigner et se fondre dans la masse comme un poisson dans l'eau. Il l'envie alors que lui s'en trouve incapable. Lorsqu'il est hors de son champ de vision, une angoisse sourde revient lui prendre la gorge.
S'il avait eu la satisfaction de trouver quelques réponses, à présent livré à lui-même il ne sait bêtement plus ce qu'il doit faire, dans quelle direction aller. Il avait anticipé cette aventure avec tant d'enthousiasme, d'énergie et de volonté que son terme s'abat sur lui comme la fin de tout. C'est étrange et désagréable, cette sensation qui l'étreint de ne plus vraiment savoir qui il est. C'est effrayant de s'apercevoir que Kagami lui manque déjà, rendant la foule plus oppressante que d’ordinaire. Finalement, l'idée que quelqu'un puisse surprendre ses pensées lui donne la motivation de rentrer chez lui. Un endroit sûr où il sera peut-être plus à même de recoller les morceaux qui semblent restés quelque part dans les montagnes.
Chapter Text
Quand il referme la porte de son appartement en rentrant de la gare où il a laissé Aomine, Kagami éprouve comme un vide au creux de sa poitrine, la sensation étrange laissée par une aventure qui s'achève. Et à la fois, il est heureux de rentrer chez lui, avec les souvenirs du week-end plein la tête.
Après avoir rapidement défait son sac, il commence à se faire à manger par automatisme, et déguste ses ramen devant son PC. Il répond à divers messages, laissant tourner un stream en fond. Mais souvent, ses pensées se détournent de son activité et reviennent à Aomine. Il se demande ce qu'il fait à cet instant, à quoi il pense, ce qu'il ressent. Il réalise qu'il ne sait même pas quand sera la prochaine fois qu'ils se verront : ils ne se sont pas fixé rendez-vous. Est-ce qu'il vaut mieux attendre un peu ? Ou se revoir demain ? Son repas terminé, Kagami regarde son écran sans le voir et joue nerveusement avec ses baguettes, en proie à son dilemme. Il se sent idiot de devenir fébrile à cette simple évocation. D’un autre côté, leur relation est toute neuve... Comment ne le serait-il pas ? D'autant que cette fois, c’est différent. Jamais il n'a été aussi proche de quelqu'un avant d'entamer une relation romantique, et il lui semble, sans savoir si c'est pour le mieux ou non, que ça change la donne. Et un doute subsiste au fond de lui... Est-ce qu'Aomine est vraiment prêt à ça ?
Lorsqu'il est arrivé en bas de chez lui, Aomine s'est fait sauter dessus par un truc poilu et baveux qu'il a vite reconnu comme la chienne de Haru. Lui qui était prostré dans ses pensées, cette rencontre a le mérite de lui tirer un sourire. Alors qu'il visait son appartement à pas pressés pour retrouver sa solitude, il ne peut s'empêcher de prendre le temps de flatter l'animal de quelques gratouilles. Lorsque le maître de la jolie chienne le repère, il s'empresse de le rejoindre, Tadashi sur les talons. Quand le jeune flic les voit rappliquer, il soupire face à cet énième rappel que la reprise qu'il redoute s'approche. Sans compter que le regard de ses collègues sont chargés de questions et d'inquiétude qu'il s'efforce d'ignorer tandis qu'il les salue.
Très vite la proposition de les rejoindre sur le terrain tombe et si au début il rechigne, il cède rapidement. Un basket, en fait ça tombe à point nommé pour se vider la tête de ce qui est en train d'y tourner en boucle et le paralyse. Il monte rapidement chez lui pour poser son sac et se changer avant de rejoindre ses adversaires avec un peu plus d'entrain.
Sa vaisselle faite et rangée, Kagami regarde son portable, hésitant à appeler Tatsuya. Puis, il se rappelle qu'il est encore trop tôt à L.A. De toute façon, il a bien envie de profiter de cette après-midi pour se recentrer sur lui-même. Il jette un coup d'œil à la photo de sa mère sur son bureau, et son cœur se serre lorsqu’il se demande si elle a vécu les mêmes impressions lorsqu'elle a commencé à fréquenter son père, même si le contexte était très différent. De là, ses pensées dérivent vers son géniteur... Il se rappelle la conversation qu'il a déjà eue avec Aomine à ce sujet, et sur une impulsion, il prend son portable et consulte les derniers messages qu'il a reçus de son père. Il ne sait pas s'il cherche à se donner raison ou l'inverse, découvrir peut-être qu'il a noirci le tableau, que son père lui laisse une ouverture... Mais il n'est pas plus avancé lorsqu'il repose son téléphone. À quoi bon, de toute façon ? Ce n'est pas comme s'il comptait l'appeler ce soir.
Finalement, il décide de se lancer dans une partie de jeu vidéo en solo, sans chercher à accomplir quelque chose en particulier, sans streamer, juste pour le plaisir de jouer. Et très vite, il s'immerge dans l'univers du jeu, se concentre sur la manette dans ses mains et son esprit se vide de ses doutes et de ses interrogations. Alors, les heures passent sans qu'il y prête attention, entièrement absorbé par son aventure virtuelle.
Malgré son week-end sportif et plutôt chargé émotionnellement parlant, il faut croire qu'Aomine avait encore de l'énergie à dépenser. Puisque même avec ce handicap, il vient à bout du duo qui capitule. Il se moque d'eux comme à son habitude, omettant de préciser que ses cuisses menacent de le quitter. Quand c'est le bordel là-haut, il se donne toujours plus que nécessaire. Il n'y a que par l'effort et dans la concentration sur le jeu qu'il parvient à se laisser tranquille. Du coup, quand leur match prend fin sous le regard admiratif des quelques gosses qui sont venus les observer, il se sent mieux. Comme si le basket l'avait ramené à l'essentiel et lavé de ses pensées encombrantes.
Pourtant, son esprit revient vite à Kagami que Haru et Tadashi sont loin d'égaler en qualité de rival. Il fouille dans ses affaires à la recherche de son portable pour vérifier s'il a un message mais n'y trouve rien. La déception le surprend avant qu'une pointe d'inquiétude ne s'invite dans sa poitrine. Il avait dit qu'il écrirait... Aomine se dit que ce n'était peut-être qu'une formule de politesse. Après tout ils ont passé presque trois jours entiers ensemble, normal qu'il ait besoin d'espace.
« Hey Ao tu passes prendre une bière ? On t'a pas beaucoup vu ces jours-ci », propose Tadashi avec un sourire bienveillant.
Comme toujours, il hésite. Aomine aime bien jouer avec eux, et il respecte ses collègues. Cependant, il ne s'est jamais autorisé à dépasser ce stade, les gardant éloignés de sa sphère privée. Mais ce soir, il n'a pas vraiment envie d'être seul. Et il ne se sent pas prêt pour la tornade Satsuki et encore moins pour une introspection forcée avec Tetsu. Alors cette fois, à la surprise d’eux trois, il accepte l'invitation.
« Si tu payes ta tournée... pourquoi pas.
— Oh euh... ok génial. Chez moi dans 20 minutes ? Le temps de prendre une douche », précise son aîné.
Il hoche la tête puis les suit dans leur résidence, vérifiant une seconde fois l'écran de son portable.
En fin d'après-midi, Kagami émerge de nouveau. Il repose son casque sur son bureau et s'étire de tout son long. Il jette un coup d'œil par la fenêtre, hésitant à passer sur le terrain de basket ou à aller courir. Pensif, il reste ainsi immobile quelques instants, les bras en l'air, puis regarde son portable. Il n'a pas de message d'Aomine, mais en même temps, il a dit qu'il écrirait. Il s'y attèle donc.
Kagami - 17h34
Hey, bien rentré ? J'ai passé l'aprem à jouer... J'hésite à aller voir si y a du monde sur le terrain de basket, là. Ça va de ton côté ?
Nu comme un ver et s'apprêtant à entrer dans sa cabine de douche, Aomine stoppe son geste en percevant les vibrations de son portable sur le faux marbre entourant la vasque du lavabo. Il recule d'un pas et s'en saisit, ignorant son rythme cardiaque emballé par l'espoir. Le nom de l'émetteur lui arrache un sourire et son reflet le juge dans le miroir, levant aussitôt les yeux au ciel face à sa propre réaction.
Aomine - 17h36
Yep, toi ?
Moi aussi... je me suis fait repérer avant de franchir la porte de l'immeuble. On vient de finir le match. Ça fait du bien :)
Il file sous le jet d'eau chaude avant d'avoir la réponse et pense rêveusement qu'il ne manquerait qu'un terrain de basket sur sa montagne pour rendre l'endroit vraiment parfait.
Kagami sort des affaires de sport de son placard, et commence à se changer lorsqu'il reçoit une réponse sur son portable. Il est content qu'Aomine ait passé l'après-midi à jouer, il avait comme la sensation qu'il avait besoin de compagnie... sans que ce soit nécessairement de la sienne.
Kagami - 17h40
Cool ! Ouais de mon côté tout est okay. Ça fait drôle d'être rentré, mais bon... J'avoue je suis plutôt content de reprendre le boulot demain. Je sors voir si y a du monde sur le terrain, je te dis à plus tard !
Il cale son portable dans la poche de son short et enfile un maillot des Bulls portant le numéro de Michael Jordan. Puis, il met ses baskets, passe son casque autour de son cou, et quitte son appartement avant de dévaler les escaliers. Maintenant, ça lui démange de retrouver le contact familier d'un ballon de basket rebondissant sur l'asphalte. Dans sa tête défilent des souvenirs de ses matchs avec Aomine, car définitivement, ces brèves et encore trop rares rencontres ont eu une saveur particulière pour lui. Aomine a le profil d'un joueur qu'il a longtemps fantasmé, comme une image qu'il s'est construit dans son esprit avec les années, un adversaire imaginaire qu'il rêvait de rencontrer... Il se dit que ça serait peut-être approprié que leur prochain rendez-vous soit sur un terrain de basket.
En attendant, il se presse vers son coin habituel et son cœur palpite d'excitation en entendant le bruit sourd de la balle sur le bitume. Il aura donc des compagnons de jeu ce soir... Parfait.
Le brun s'oblige à se sécher et passer une serviette autour de sa taille avant de regarder ses nouveaux messages. Un simple exercice qu'il considère nécessaire s'il ne veut pas finir définitivement accro, alors que son cas est déjà bien avancé. Il est plutôt content de voir que Kagami éprouve aussi ce sentiment étrange de retrouver leurs chez eux. La suite en revanche le laisse perplexe. Il imagine Kagami jouer contre d'autres et malgré les deux heures qu'il vient de passer sur le terrain, l'envie d'y retourner l'assaille. Une petite voix, surement celle de la raison, lui rappelle qu'il est physiquement vidé et qu'il a déjà accepté une invitation.
Aomine - 17h48
Ouais ça fait bizarre... Moi j'ai pas hâte du tout mais je vais prendre la température avec les collègues ce soir.
Bon match ! J'espère que tu trouveras de quoi t'amuser.
Après s'être habillé et préparé, il relit son message déjà parti et définitivement, un truc l'embête. Il se sent stupide mais il ne peut s'empêcher de compléter.
Aomine - 17h56
Enfin... pas trop quand même ! ;)
Quand il lit le second message, Kagami a un grand sourire. Il aime cette petite note subtile de jalousie, à peine exprimée. Il a terminé ses échauffements mais il n'a pas pu s'empêcher de regarder son portable avant de commencer le match. Sur le terrain, il y a juste Naoko et Seung qui s'entraînent ensemble avec un certain acharnement, et Kagami a comme l'impression que leur week-end n'a pas été aussi bon que le sien. Avant de se joindre à eux, il renvoie une réponse à Aomine :
Kagami - 17h58
T'inquiète. C'est pas pareil sans toi ;)
Puis, il se lance en avant et intercepte le ballon. Il est près d'un panier et décide que c'est le sien, pivotant sur lui-même et bondissant le plus haut qu'il peut. Il force le ballon dans le panier comme on assène un argument imparable, et les deux autres secouent la tête d'un air désapprobateur.
« Hé ! Tu nous pourris notre partie ! » aboie Naoko.
Il se contente de rire :
« On n'a qu'à reprendre à zéro ! Vous aviez l'air de vous ennuyer un peu.
— Pas du tout, se rengorge Seung. Tu veux voir comme on s'ennuie ? On va voir si tu peux nous battre tous les deux ! »
Naoko approuve le plan d'un vif hochement de tête, et Kagami acquiesce.
« Okay, ça me va. Let's go ! » ajoute-t-il avec un sourire féroce, que ses compagnons savent de mauvais augure, mais qu'au fond d'eux, ils affectionnent aussi.
Aomine qui a regretté son élan de possessivité, se sent rougir violemment à la réponse de Kagami qu'il découvre juste avant de sortir de chez lui. Il ne sait pas encore s'il préfère les piques du tigre lors de leurs petites joutes ou ces petites phrases aux airs anodins qui ont chacune leur manière singulière de lui chatouiller l'estomac. Rassuré par leur petit échange, c'est beaucoup plus serein qu'il monte les deux étages le séparant du palier de Tadashi, un sourire en coin et la poitrine gorgée d'une certaine fierté.
Il toque trois coups bref et son collègue ne tarde pas à lui ouvrir sur un éclat de rire provoqué par Haru qu'il devine déjà là. Tadashi l'invite à entrer et s'installer en lui offrant une bière. Ça lui fait bizarre de pénétrer chez lui, dans cet espace aménagé qui ressemble tant au sien, tout en étant à la fois différent. Les deux autres lancés dans une conversation qu'il a interrompu ne lui prêtent pas grande attention, lui permettant d'observer les lieux à loisir. Yami, la chienne chercheuse de stupéfiants revient le saluer plus calmement cette fois. Il lui caresse machinalement la tête, la phobie de Kagami lui revenant en mémoire. Ainsi renvoyé à ce moment de partage, un demi sourire se dessine involontairement sur ses lèvres.
« T'as l'air d'aller Ao... Mieux que la dernière fois qu'on s'est vu en tout cas », l'interpelle le maître des lieux.
Il hausse les épaules et boit une gorgée de bière, ne sachant pas trop quoi répondre. Il n'a pas spécialement envie de revenir sur l'incident qui lui a valu sa mise à l'écart mais avec deux flics en face, il se doute qu'il n'échappera pas à quelques questions.
« Il se pourrait que j'avais besoin de vacances... » concède-t-il, évasif.
Ses collègues l'observent un peu, l'un dubitatif, l'autre amusé, mais n'insistent pas plus pour l'instant. Il fait diversion et demande sans vraiment s'y intéresser des nouvelles du poste et des affaires en cours.
Naoko et Seung braquent des regards concentrés et inquisiteurs sur lui. Il serait probablement intimidé s'il n'avait pas l'habitude de jouer avec eux... et s'ils ne les dépassaient pas tous les deux d'au moins une tête. Il s'élance sur le terrain, jouant d'une main à l'autre, dansant d'un pied sur l'autre et d'avant en arrière pour les perturber et trouver le moment idéal pour franchir leur défense coordonnée. Il se faufile de justesse mais manque de perdre le ballon quand Naoko pivote avec d'excellents réflexes, lançant son bras en avant sans craindre de se faire bousculer. Un grand sourire se peint sur ses lèvres. Ces deux-là ont de l'énergie à revendre, aucun doute là-dessus, et c'est aussi pour ça qu'il aime jouer avec eux.
Il ne se retient pas mais perd volontairement du temps, histoire de les laisser venir et de s'engager dans des duels brouillons qui lui arrachent des éclats de rire... Et à ses camarades aussi, au bout de quelques minutes, alors qu'ils finissent par se détendre et jouer le jeu. Ils s'absorbent dans le match et se donnent à fond, jusqu'à ce qu'au bout d'une demi-heure, ils décident de faire une pause. Ils se laissent tomber tous les trois au pied du grillage, chacun sortant sa bouteille d'eau pour s'y désaltérer à grandes goulées.
« T'as l'air tout guilleret, fait finalement Naoko. T'as fait quoi ce week-end ?
— Parti en randonnée en montagne... C'était cool ! Je suis même allé à l'onsen !
— Ah ouais ? fait Seung d'un air un peu intrigué. T'y es allé avec qui ?
— Avec Aomine », réplique simplement Kagami, provoquant des œillades étonnées. Il rit devant leurs yeux ronds. « Et vous ? » demande-t-il ensuite.
Les deux se renfrognent.
« Mes parents se sont encore engueulés... souffle Naoko.
— Moi j'ai eu des sales notes au lycée, les miens me mettent la pression comme c'est pas permis », dit Seung.
Kagami regarde les deux alternativement.
« Hm okay... Pas cool. Mais c'est vos vies que vous vivez, pas celles de vos parents, pas vrai ?
— Oui sensei ! approuve ironiquement Naoko en levant les yeux au ciel.
— Tu peux aller expliquer ça aux miens ? renchérit Seung.
— Ok, ok, cède Kagami en levant les mains en signe d'apaisement. Je vais me contenter de jouer au basket alors. »
Mais malgré leurs sarcasmes, ses camarades lui racontent un peu plus de détails et il hoche la tête au fil de leurs récits, faisant quelques commentaires ici et là, et quand le silence retombe quelques minutes plus tard, ils retournent sur le terrain pour jouer la suite du match.
L'attitude plus amicale qu'inquisitrice de ses collègues et l'alcool aidant, Aomine finit par se détendre. Il se laisse aller à quelques rires au gré de leurs histoires qu'il soupçonne fortement enjolivées pour la plupart. Il s'amuse plus qu'il n'aurait cru et s’immisce même dans leurs chamailleries perpétuelles, attisant la rivalité de ces deux-là qu'il a toujours connu complices.
Sentant sûrement ses défenses tomber, Tadashi revient à la charge alors qu'un petit silence prenait place.
« Hé Aomine... tu nous expliques ? Tu comptes revenir ou pas ? »
La question l'étonne quelque peu. C'est vrai qu'il traine des pieds à l'idée de retourner bosser, mais de là à s'imaginer quitter son poste, il fronce les sourcils. Plus que de la curiosité mal placée, il détecte avant tout une sincère considération de la part de ses vis à vis et se rappelle que c'est Tadashi qui l'avait retenu ce fameux soir. Il soupir de résignation et s'enfonce un peu plus dans le divan.
« Évidemment que je reviens. Après demain normalement. J'aurais pas dû m'en prendre à lui... » Il hésite avant de poursuivre. « Mais j'ai vu rouge. C'était un peu le truc de trop à gérer.
— Ouais ça peut se comprendre. On voit pas des trucs cools tous les jours... acquiesce Haru pensif.
— Et ça va mieux ? » s'enquiert son ancien partenaire.
Aomine joue nerveusement avec sa bouteille. Le choc est passé, mais il se sent toujours en plein dans la tourmente. Alors il ne sait pas quoi répondre. Il n'a jamais été doué pour parler de ses problèmes. Laissant plutôt ses amis deviner ses états d'âme. Mais ces deux-là ne le connaissent pas assez pour ça. Et depuis qu'il s'est confié à Kagami, il trouve la tâche un peu moins difficile. Comme si le fait de lui avoir ouvert les portes laissait la voie libre pour d'autres. Il les sonde, cherchant dans leurs regards le degré de confiance qu'il peut leur accorder et se décide à répondre le plus honnêtement possible sans trop se dévoiler pour autant.
« Pour l'instant ça va, mais s'il revient me faire chier je sais pas. »
Les deux hochent la tête d'un air grave, semblant comprendre qu'il ne s'est pas emporté pour rien comme il suppose qu'on le raconte dans les couloirs. Puis Tadashi lui offre un sourire et s'esclaffe :
« À mon avis, il ne viendra pas se frotter à toi de sitôt. J'ai entendu dire qu'il avait même demandé sa mutation. Mais si ça devait arriver, on le tient à l'œil ! »
Il fait nuit noire quand les trois joueurs déclarent forfait. Kagami éprouve une pointe de culpabilité lorsqu'il se demande si les parents de Seung et Naoko vont s'offusquer de ce retour tardif au bercail... Mais en même temps, les deux jeunes gens semblent plus détendus et souriants qu'au début de leur rencontre, alors il se dit que c'est l'essentiel. Lui-même commence à accuser le coup et se rappelle que demain, il reprend le boulot. Il s'agirait de ne pas commencer l'entraînement en état avancé de zombification.
Ils se séparent donc avec une promesse de se retrouver bientôt dans ce petit rectangle d'asphalte qui est désormais comme une deuxième maison pour eux, et Kagami se hâte de rentrer dans son immeuble et remonter chez lui.
Après une douche rapide mais délassante, Kagami s'aperçoit qu'il meurt de faim et se concocte un dîner simple mais copieux qu'il déguste dans son fauteuil de gamer, face à des vidéos Youtube choisies un peu au hasard. Une fois seulement son estomac apaisé, il attrape son portable pour envoyer un message à Aomine :
Kagami - 22h22
Moi aussi, ça m'a fait du bien le basket ! J'espère que ta soirée se passe bien.
Après avoir envoyé son message, le rouge regarde les mots qu'il a écrits, se mordillant la lèvre alors qu'il cherche à dissiper un malaise diffus. Ce n'est pas qu'il n'a pas été honnête... Mais ces quelques mots lui semblent trop fades, prudents, insuffisants. Il ouvre donc un nouveau message et ajoute :
Kagami - 22h24
J'espère qu'on se reverra vite. Tu me manques.
Aomine ne pensait pas rester si longtemps. Lorsqu'il a accepté de les rejoindre pour une bière, il n'avait pas envisagé de se faire séquestrer pour le dîner. Mais il préfère de loin leur compagnie à la solitude de son appartement. La transition après ce week-end aurait été trop rude, trop violente, trop abrupte. Lui qui est plutôt du genre solitaire, il s'étonne un peu de ce besoin. Comme si se retrouver seul avec lui-même lui faisait peur... Il secoue la tête à sa réflexion et tente de revenir à la conversation lorsqu'il sent son portable vibrer dans sa poche.
En le consultant, il se mord la joue pour retenir son envie de sourire, mais sa poitrine s'emballe. Il hésite un moment, cherchant ses mots. Mais un rictus le trahit lorsqu'il trouve le message.
Aomine - 22h27
J'en déduis que tu n'as donc pas trouvé de quoi vraiment t'amuser sur le terrain ? ;)
De mon côté ça va, je me suis fait kidnapper...
« Non mais regarde le ! Pris en flagrant délit de sourire niais !
— Oh mais oui t'as raison ! s'exclame Haru.
— Ao sale petit cachottier ! T'as rencontré quelqu'un ? demande Tadashi l'air goguenard.
— Ça expliquerait sa zen attitude. Je t'avais dit que c'était louche ! » se marre le maître-chien.
Il lève les yeux au ciel face à leurs gamineries. Il ne veut pas aller sur ce terrain-là. Pas avec eux, pas ce soir. Il vient tout juste d'accepter de les voir autrement que comme de simples collègues et partenaires de basket. Alors Aomine ravale son sourire, se renfrogne et érige de nouvelles barrières pour protéger son intimité.
« Ça ne vous regarde pas ! Sérieux vous êtes obligés de déterrer tous les os que vous reniflez ? » aboie-t-il plus méchamment qu'il n'aurait voulu, sur la défensive.
Les sourcils froncés, prêt à prendre la fuite il les menace de son regard noir. Pourtant Tadashi lève les mains en s'excusant, les yeux rieurs. Haru lui se tord ouvertement de rire et finit par imiter son voisin en signe de bonne foi.
« Ok pigé ! Pas touche ! Là... couché Ao... sage. » se moque le maître-chien en lui tendant une nouvelle bière du bout des doigts comme il le ferait avec sa partenaire canine couchée à ses pieds.
Leurs réactions et la sienne finissent par le faire glousser malgré lui. D'accord, il est peut-être un peu à cran sur le sujet voire carrément à fleur de peau mais au moins ses potes ont su désamorcer la bombe et ne prennent pas ombrage de son élan de colère. Il accepte la boisson d'un geste faussement rageur, et comme si de rien n'était, ils passent à autre chose.
Kagami est passé dans sa salle de bain pour se préparer à la nuit, mais il n'a pas pu s'empêcher d'emporter son téléphone avec lui, et consulte le message la brosse à dents au coin des lèvres... Et pire, il prend même la peine d'y répondre avec ladite brosse à dents toujours en place.
Kagami 22h30
Si, c'était marrant. C'est plus dans mon lit que tu me manques, là tout de suite. (Il rigole à sa propre audace mais continue d'écrire) Kidnappé, tu dis ? Bon t'es flic, tu devrais pouvoir gérer la situation. Ou bien faut que j'appelle d'autres flics ?
Écoutant plus qu'il ne parle, Daïki enregistre les informations qu'il apprend sur ces compagnons de fortune et se fait plus discret pour consulter la réponse de Kagami. Il sent le feu lui monter au visage qu'il s'empresse d’éteindre avec une rasade de bière avant de se faire griller une nouvelle fois. Dans son lit... Bordel. Kagami vient de propulser le jeu à un autre niveau et il n'est pas certain d'être dans les meilleures conditions pour répliquer. Pourtant ses doigts pianotent déjà sur le clavier, galvanisé par ce que ce message provoque chez lui.
Aomine - 22h32
Ah oui ? Deux nuits ensemble et tu ne peux déjà plus te passer de moi ?
Oublie... j'ai été kidnappé par des flics, les renforts risquent le même sort. Je gère ! ;)
Kagami lève les yeux au ciel en voyant cette réponse, mais il a le sourire aux lèvres. Cette fois, il prend le temps d'enfiler jogging et t-shirt larges, d'installer son futon et de s'y lover confortablement avant de répondre. Ça lui laisse un délai suffisant pour composer mentalement un message dans le but de dissoudre l'assurance sans doute en partie factice du brun.
Kagami - 22h43
Si t'étais avec moi là maintenant... Je te ferais des trucs qui toi, te rendraient accro... Mais en même temps, j'ai sommeil et toi t'es kidnappé... Alors faudra qu'on vérifie tout ça une autre fois !
Aomine s'aperçoit qu'il est un peu fébrile et impatient de découvrir sa réponse. Il s'imagine Kagami prendre plaisir à le torturer en le laissant ainsi dans l'attente et il n'aime pas spécialement l'idée que ça fonctionne plutôt bien... L'image de Satsuki s'imprime dans son crâne. Elle se lime les ongles, indifférente et lui annonce sans aucun tact : t'es foutu Daï-chan. Il la chasse et essaie tant bien que mal de ne pas paraître distrait.
Lorsqu'il reçoit enfin le texto, Aomine est heureux d'être aux toilettes. Une bouffée de chaleur le fait déglutir. Il relit les mots qui font germer de drôles d'idées dans son esprit échauffé et se contraint au calme. À l’abri derrière leurs écrans interposés, il répond un truc arrogant qu'il regrettera surement de devoir assumer avant de sortir de la salle de bain. Mais c’est plus fort que lui. Il aime bien trop ce petit jeu…
Aomine - 22h46
Paroles, paroles... Dans l'attente des preuves.
Kagami attendait cette réponse et se redresse avec déjà le sourire aux lèvres avant même d'avoir lu le message. Et quand c'est fait, il lui semble clairement y décrypter une invitation, au-delà de la provocation. Et ça lui réchauffe le cœur... sans parler de l'effet que ça lui fait d'un point de vue plus physique. Il pianote rapidement une réponse :
Kagami - 22h48
Quand tu veux. J'ai hâte... Bonne nuit Ao.
Il repose son téléphone et s'étire dans son lit, croisant les bras derrière sa tête. En fermant les yeux, toutes sortes de fantaisies érotiques viennent le visiter, et il s'y laisse happer... ce qui ne l'empêche pas de s'endormir quelques minutes plus tard, vaincu par la fatigue du week-end et tous les bouleversements émotionnels qui s'y sont produits.
La fatigue commence à se faire durement sentir. Aomine étouffe un énième bâillement qui le décide à prendre congé. Il cogne le poing tendu de Haru en guise d'au revoir, gratte Yami qui dort déjà derrière l'oreille, et laisse Tadashi le raccompagner à la porte.
« Merci d'être venu, c'était cool de te voir, lui confie son hôte.
— Oh... ouais c'était sympa. Merci pour l'invit'. »
Son aîné hoche la tête en lui ouvrant la porte. Il s'apprête à en franchir le seuil quand une main sur son épaule le retient.
« Et je voulais te dire... Je sais que t'es pas du genre à parler mais si t'as besoin tu sais où me trouver. Tu sais, avant d'en arriver au point de cogner sur des nases ... »
La sincérité qu'il lit dans le regard brun de Tadashi lui serre la poitrine. Même en dehors du boulot ce mec a visiblement décidé de jouer les grands frères avec lui. Si au départ il trouvait ça agaçant, il trouve son acharnement louable. Aomine hausse les épaules mais lui rend son sourire, touché.
« J'y penserai. »
Et sur ce il rentre chez lui, où la torpeur commence déjà à l'engloutir à peine déchaussé. Après un passage express à la salle de bain, il rejoint sa chambre au radar et s'écroule dans son lit dans un grognement de bonheur.
Le lendemain, Kagami se lève tôt, en pleine forme. Tant mieux, car il a beaucoup à faire aujourd'hui. Il a rêvé du brun cette nuit... Les souvenirs qui reviennent lui font monter le rouge aux joues, et il se dépêche de dissiper tout ça en s'attelant à sa routine du matin.
Une heure plus tard, il commence à s'entraîner seul en attendant l'arrivée des membres de son équipe. Il se sent un peu rouillé et il a bien besoin de cette session pour se remettre dedans. En plus, se concentrer a la vertu d'éloigner ses pensées du brun, sans quoi il n'aurait été bon à rien aujourd'hui. Cependant, il reste à l'arrière-plan de son esprit, et quand il fait une pause à midi, il jette des coups d'œil répétés à son téléphone, hésitant un moment avant de s'en saisir et de taper un message.
Kagami - 12h12
Hey, je me demandais... Tu veux cuisiner ce soir ? Tu dois toujours des cookies à Momoi, il me semble ;)
Le son sourd de la vibration de son téléphone contre sa table de chevet le ramène doucement à un sommeil plus léger. Aomine reprend conscience et émerge d'un long et profond sommeil. Il a même un peu de mal à identifier quel jour on est et à remettre les derniers évènements à leur place. Grognant contre son oreiller à l'idée de sortir de cette torpeur réparatrice il se tourne tout de même pour saisir son portable qu'il se souvient avoir entendu. C'est avec une certaine difficulté qu'il ouvre un œil pour lire le message qui l'intéresse le plus. La luminosité de l’écran agresse sa rétine, lui laissant une vue des plus troubles lorsqu’il tente de pianoter une réponse.
Aomine - 12h38
Chez toi ou chez moi ?
Kagami est sur le point de lancer une nouvelle partie et sursaute presque quand son téléphone se met à vibrer. Son cœur se met soudain à battre la chamade. Il a peur qu'Aomine refuse ou soit indisponible... Et c'est ainsi qu'il se rend compte qu'il a vraiment envie de le voir. Cependant, son cœur ne veut pas se calmer pour autant lorsqu'il lit la réponse. Il réfléchit rapidement.
Kagami - 12h39
Chez moi, comme ça pas de risque que Momoi découvre sa surprise. 19h ?
C'est avec un certain soulagement qu'il lit le retour de Kagami. Bon, d'ici là il aurait eu le temps de mettre son appartement en état mais ça l'arrange. La perspective de sa journée s'améliore, pourtant il n'est pas tout à fait prêt à quitter le confort de sa couette. Après tout il ne sait pas quand sera son prochain jour de répit et il imagine une reprise difficile. Alors il fait court, répondant d'un simple smiley et d'un pouce levé.
Rassuré, Kagami reporte son attention sur l'écran, plus motivé que jamais pour son après-midi d'entraînement. La perspective de voir Aomine à la fin de la journée, de cuisiner avec lui, lui réchauffe le cœur. D'habitude, toutes les journées se terminent pareil, et il appréciait sa vie de célibataire... Mais il est plutôt content de la voir bousculée par un beau flic. Alors qu'il se prépare au premier round, son cœur continue de cogner dans sa poitrine et il met un moment à se calmer.
« Alors Kagami, on est nerveux ? » le taquine Jin, l'un de ses coéquipiers.
Il préfère ignorer l’importun, il sait que ses coéquipiers adorent le charrier sur ce trait de caractère. Il est capable de maintenir un calme olympien, spécifiquement quand il se donne à fond dans un match, mais il doit bien reconnaître qu'il a également un côté nerveux qui le rend parfois fébrile. Et ses coéquipiers ont bien compris qu'il ne valait mieux pas trop creuser le sujet... Alors ils se contentent de lui envoyer des vannes. Et les vannes, il sait encaisser. Nerveux, mais pas susceptible !
Un léger sourire se dessine sur ses lèvres alors qu'il se dit qu'a contrario, il doit être assez aisé de taquiner Aomine et de voir le fauve sortir les griffes.
Alors qu'il se fait de nouveau réprimander pour son manque de concentration, il consent finalement à repousser le brun dans un coin de son esprit pour pouvoir se recentrer sur le jeu.
Finalement c'est sa vessie, et son estomac qui parviennent à le tirer du lit. Il ouvre sa baie vitrée en grand pour renouveler l'air des lieux à l'abandon ces derniers jours et se décide enfin à se reconnecter au monde extérieur en rattrapant son retard sur les nouvelles en buvant son café. Son petit rituel où rien ne peut le déranger, le moment qu'il lui faut pour se réveiller pleinement. Son encas et sa mise à jour terminés, il s'étire en profondeur sous la protestation de quelques muscles.
Il passe son début d'après-midi à remettre sa vie en ordre, une étape de plus pour se préparer mentalement à la reprise. Il défait son sac à dos avec déjà la nostalgie de ce week-end, fait une machine et un peu de ménage. S'autorisant une fois les tâches les plus urgentes terminées, à répondre aux autres messages qui l'attendaient là depuis qu'il s'est coupé du monde en partant dans sa montagne.
Ce n'est qu'une fois satisfait de son dur labeur qu'il se permet d'envoyer un message à Kagami. Sa récompense après l'effort. Il s'est trouvé plutôt expéditif ce matin, mais le tigre n'a pas quitté son esprit depuis...
Aomine - 15h08
Alors cette reprise, ça se passe bien ?
Besoin que je fasse des courses pour ce soir ?
Quand ils font une pause au milieu de l'après-midi, Kagami s'étire et fait jouer ses doigts. Ils sont en forme aujourd'hui. Depuis que Momoi est entrée dans le tableau, il sent que l'équipe est plus motivée et l'ambiance est plus légère, et ça s'en ressent sur leurs performances. Il y a encore du chemin à faire, et Kagami se dit qu'ils gagneraient à se revoir comme la dernière fois... Ils ne parlent pas beaucoup en dehors des parties, même pas pour planifier leur programme d'entraînement, aucun ne sachant vraiment comment s'y prendre, ou n'osant pas. Ils ont besoin d'être plus méthodiques pour mieux définir sur quoi ils doivent travailler afin de progresser individuellement et collectivement.
Il pose son casque sur le bureau. Il a vingt minutes devant lui, le temps de faire un peu de sport... Il finit toujours par être fébrile quand il reste assis devant son PC, et il a besoin de se défouler pour évacuer la tension. Avant de s'y mettre, il vérifie son portable et un grand sourire se peint sur ses lèvres.
Kagami - 15h31
Yes, tout se passe bien :) Pour les courses, je veux bien. Tu peux prendre de la bière et un sachet de pépites de chocolat ? Thanks !
Alors qu'il se préparait à rejoindre la salle de sport pour endiguer ses dernières courbatures, Aomine est heureux de lire Kagami.
Aomine - 15h36
Pas de soucis, j'irai un peu plus tard donc si tu penses à autre chose dis-moi ;)
Puis il fourre son portable dans une poche, son portefeuille dans l'autre et sort de chez lui un sourire fiché au coin de ses lèvres. Penser à Kagami lui évite de trop appréhender le lendemain, revisitant ses souvenirs. Cependant sur le chemin, il commence tout de même à se sentir nerveux en repensant à la promesse de son professeur qui chercherait peut-être à séduire son élève... En entrant dans le complexe où il a ses habitudes, c'est donc avec un autre objectif que celui de s’échauffer qu'il se dirige sur le tapis de course. Celui d'évacuer un peu cette tension grandissante et de plus en plus familière qui noue ses tripes chaque fois qu'il s'apprête à voir Kagami.
Une fois ses exercices sportifs terminés, Kagami se dépêche de se rafraîchir avant de retourner devant son écran, et le reste de l'après-midi s'écoule rapidement. Heureusement qu'il est bien occupé, sans quoi, aucun doute qu'il se serait mis à stresser à la perspective de la soirée. Non qu'il la redoute... Mais c'est presque comme un premier rendez-vous. Aomine et lui ont déjà tout un vécu ensemble, même court, cependant, ce qui s’est passé entre eux ce week-end chamboule toutes les perspectives. Il n’y a plus rien d’innocent ou de purement amical dans leurs échanges. Il trouve cette idée à la fois excitante et effrayante, mais une chose est sûre, il a hâte de voir le brun ce soir.
Il salue ses coéquipiers et s'empresse de vérifier l’heure, soufflant de soulagement en voyant qu'il a encore le temps de prendre une douche. Avant d'y filer, il vérifie qu'il a bien tout ce qu'il faut dans ses placards et son frigo. Puis, il balaie son appartement du regard : c'est propre, évidemment. Mais lui ne l'est pas ! Et hors de question qu'Aomine tombe sur lui puant comme un bouc, alors il se hâte de s'enfermer dans sa petite salle de bain.
Une fois qu'il est lancé, le jeune flic se perd dans l'effort. Il se contraint pourtant à ne pas trop pousser, il est seulement là pour se décrasser. Estimant qu'il en a fait assez, il prend une douche sur place et quitte les lieux en vérifiant son téléphone. Kagami n'a rien ajouté à sa courte liste qu'il s'empresse d'aller acheter avant de rentrer chez lui. Il fait aussi quelques courses pour remplir son frigo et alors qu'il se demandait s'il devait apporter autre chose... il s'arrête devant une boutique, frappé par une illumination.
Content de sa trouvaille, il rentre en vitesse pour se préparer. Il a encore le temps, mais il se trouve impatient de le retrouver... Cet état lui est étranger mais il l'accepte. Il ne sait pas vraiment à quoi s'attendre, et tout compte fait, il se dit que cette part d'inconnue ajoute à son excitation. Tout est nouveau avec lui, et oui, il a hâte d'en découvrir plus. De Kagami, de lui-même, et de ce qu'ils pourraient construire.
Malgré tout, il se trouve un peu ridicule devant son armoire. Depuis quand, se pose-t-il autant de questions avant de s'habiller au juste ? Et pourquoi ça devrait avoir autant d'importance ? Fébrile, il hésite presque à demander conseil à Satsuki, mais il redoute de se mettre en retard si elle décide de débarquer en renfort...
Une fois douché, Kagami reprend un peu confiance en lui et se sent moins stressé. Ce qui ne l'empêche pas de vérifier l'heure toutes les minutes. Il met un peu de musique, vérifie encore que tout est prêt pour cuisiner, nettoie ce qui n'a pas besoin d'être nettoyé, sachant très bien comme Aomine se moquerait de lui s'il le voyait. Mais là tout de suite, il ne trouve rien d'autre pour s'occuper les mains et patienter. Pourvu que le brun ne soit pas en retard !
Toujours perdu devant trop d’options, Aomine opte pour la simplicité. De toute façon, ils ont prévu de cuisiner alors... Il préfère rester simple. Son jean fétiche noir, coupe baggy et un t-shirt blanc. Fin prêt, il découvre sans trop de surprise qu'il est en avance. Il peut entendre ses potes se foutre de lui d'ici, et lève les yeux au ciel en imaginant une remarque à la Tetsu lorsqu'il envoie son texto.
Aomine - 18h11
Je pars de chez moi :)
C'est bon pour toi ?
Et sans attendre de confirmation, il sort de chez lui, le cœur battant.
Kagami est plus que soulagé en lisant ce message. Non seulement le brun ne sera pas en retard, mais il sera carrément en avance ! Il s'empresse de lui envoyer une confirmation, puis décide de s'assoir et de l'attendre aussi patiemment que possible sur le canapé. Il attrape un manga et commence sa lecture, même si les images et les bulles ont tendance à se brouiller un peu devant ses yeux.
Chapter Text
À force, Aomine connait le chemin sur le bout des doigts. Si bien qu'avec son pas vif il arrive chez le tigre en un rien de temps, quoiqu'un peu essoufflé. Il prend le temps de se calmer avant de monter les étages et déglutit la boule de nervosité qui lui obstrue la gorge avant de toquer trois coups francs sur le battant de la porte (avec son poing cette fois, et pas son crâne...).
Kagami bondit en l’entendant. Il se lève et essuie ses mains moites sur son jean. Vu sa nervosité, pas de doute, pour lui c'est bien un premier rendez-vous. Il lisse inutilement son t-shirt tout en espérant que ses cheveux ne se montrent pas trop rebelles, puis se dirige vers le vestibule. Il prend une dernière inspiration et ouvre grand la porte.
Son cœur se pince quand il découvre le brun sur le seuil, et des picotements électriques parcourent ses nerfs tandis qu'un sourire étire ses lèvres. Il s'écarte pour inviter Aomine à entrer.
« Je suis content de te voir... »
Sans un mot, Aomine passe le seuil secoué par un frisson. Lui aussi, il est content. Kagami lui manque depuis l'instant où il l'a perdu de vue dans la foule du parvis de la gare. Et le voir ce soir, tout sourire et les yeux brillants, lui rappelle juste à quel point. Ça le surprend même tellement qu'il se sent tout à coup très intimidé. Malgré tout, il arrive à lui rendre son sourire quand il croise son regard. Il le suit jusqu'à la cuisine où il dépose le sac de commissions et lui tend un petit paquet en se frottant la nuque, doutant maintenant de son idée.
« Tiens, pour toi... »
Kagami pose les yeux sur l'objet emballé que lui tend le brun, surpris. Un cadeau ? Pour lui ? Il prend le paquet en murmurant un remerciement et, nerveux et fébrile, commence à le déballer.
Aomine se sent obligé de commenter, pour ne pas qu'il soit déçu de ne trouver que des babioles :
« C'est pas grand-chose... Mais je me suis dit qu'il fallait baptiser ton sac à dos. »
Kagami observe les badges et Aomine alternativement, la gorge un peu nouée tout à coup. Il est touché par l'attention... Par ce cadeau, le brun lui dit combien il a apprécié ce week-end... et qu'il en attend d'autres comme celui-là. Kagami repose le paquet et noue une main sur la nuque du brun pour l'attirer à lui. Il happe tendrement ses lèvres entre les siennes tandis qu'il l’entoure de ses bras.
« Thank you... I love it. »
Aomine sent la tension relâcher ses épaules. Pas si bête cette idée finalement... Il accueille le baiser avec soulagement et le lui rend sans réfléchir. Il s'autorise même à poser une main sur sa hanche avant que Kagami ne se détache de lui. Ça aussi... ça lui a manqué. Et maintenant que le contact est rétabli il se sent moins nerveux. Tout va bien, s'intime-t-il en silence.
Pour Kagami aussi le stress descend d'un coup en renouant le contact physique. Il n'a jamais ressenti ça auparavant, mais c'est comme si, s'ils restaient trop longtemps éloignés, il se mettait à douter et que la distance émotionnelle se creusait aussi.
« J'espère qu'on aura l'occasion d'en acheter d'autres au cours de nos prochaines aventures, dit-il en gratifiant le brun d'un sourire. En tout cas... ça me fera un chouette souvenir.
— C'est le principe... Je m'en suis pris un aussi pour mon sac », avoue le brin avec un demi sourire.
Ce bref échange a sensiblement allégé l'atmosphère, et même s'il est toujours nerveux, sa timidité s'estompe. Laissant la place au simple plaisir de le retrouver. Il regarde Kagami ranger son cadeau et sortir ce dont ils vont avoir besoin pour cette première leçon de cuisine, impatient de mettre la main à la pâte.
« T'inquiète pas, les cookies c'est pas très compliqué », l'assure Kagami, même s'il est un peu nerveux à l'idée de les faire pour Momoi. Il faut qu'ils soient parfaits ! « Grosso modo, on va tout mélanger dans un saladier, puis mettre au four. » Il lui indique la balance et ajoute : « Tu veux bien me peser 100 grammes ? »
Aomine hoche la tête, déterminé à jouer les bons élèves. Il prend donc le paquet de farine que Kagami lui tend et s'applique à peser le poids exact demandé dans le grand saladier.
« Fastoche ! Et ensuite ?
— Ok, maintenant tu fais pareil avec le beurre, la même quantité. »
Kagami sourit, amusé de voir l'enthousiasme du brun. Et puis, il est content de l'initier à l'art culinaire et lui prouver que ce n'est pas forcément si difficile. Pendant ce temps, il fait préchauffer le four et beurre la plaque qui recevra les cookies.
Armé d'un couteau, le brun coupe un morceau de beurre qu'il estime suffisant et s'étonne de voir que ça ne pèse rien du tout. Il en rajoute donc un plus gros morceau pour avoir le compte, enlevant et rajoutant des grammes pour tomber juste.
« Beurre ok !
— Parfait ! Maintenant, 100 grammes de sucre. »
Une fois tous les ingrédients pesés, Kagami vérifie la balance puis regarde Aomine avec un sourire :
« Envie de malaxer ? Ça a un côté plutôt satisfaisant ! »
Aomine hoche vigoureusement la tête. Voilà une étape plus fun ! Sans hésitation il plonge ses mains dans le bol et commence à mélanger les ingrédients. Qu'est-ce qu'il ne ferait pas pour Satsuki... le beurre est visqueux entre ses doigts mais Kagami a raison, c'est plutôt agréable.
« Je dois faire ça longtemps ?
— Jusqu'à ce que ça forme un mélange homogène. »
Kagami se penche par-dessus son épaule, se collant un peu dans son dos sous prétexte de mieux voir ce qu'il fait. Ça l'amuse de voir les grandes mains calleuses et brunes plongées dans le beurre pour créer une douceur pour sa meilleure amie, mais ça a clairement aussi un côté sexy qui ne lui échappe pas.
Aomine peut sentir sa chaleur dans son dos, et son souffle s'échouer pas loin de sa nuque. Il jette un regard en coin à l'inspecteur des travaux essayant de rester concentré sur sa tâche. Il finit par trouver le geste qui fonctionne et bientôt il a une pâte homogène et granuleuse qu'il montre fièrement à Kagami en écartant ses mains.
« On n'est pas mal là, non ?
— C'est nickel, approuve Kagami. Maintenant, on va casser un œuf. »
Il s'exécute d'un geste habile, ne laissant pas le moindre éclat de coquille gâcher la préparation. Il a également préparé une gousse de vanille et ajoute les minuscules graines parfumées.
« C'est reparti pour malaxer ! » annonce-t-il en posant un baiser à la base de la nuque du brun.
Aomine prend quelques secondes avant de s'y remettre, le temps que le frisson provoqué par Kagami dévale sa colonne vertébrale. Il ferme les yeux en sentant son rythme cardiaque s'accélérer pour un simple baiser. Il est vraiment trop sensible à cet endroit... ou à Kagami... ou les deux ! Au moins il a de quoi s'occuper les mains pour ne pas divaguer plus. Se sentant observé, il s'applique. Prenant le temps de bien racler les bords et d'incorporer tous les grumeaux qu'il peut sentir.
« C'est bien », approuve Kagami, ravi devant le zèle de son élève. « Pour le reste, va falloir que tu te laves les mains... Ça se mélangera mieux avec une spatule. »
Comme il a senti le brun frissonner précédemment, il ne peut s'empêcher de poser un nouveau baiser sur sa nuque, la mordillant légèrement au passage.
Une nouvelle fois, le brun se fige, retenant un soupir. Est-ce que Kagami le fait exprès ? Après s'être débarrassé du plus de pâte possible, il rejoint l'évier. Et le sourire taquin qu'il repère sur le visage de son professeur le conforte dans son hypothèse. À présent sur ses gardes, il s'essuie les mains puis reprend son poste. Dans l'expectative de son prochain geste, il se redresse pour se rapprocher de lui innocemment tandis qu'il mélange la préparation qui prend forme.
Kagami sourit, remarquant que le brun a bien noté son petit jeu. Il prend la levure et commence à la saupoudrer sur le mélange.
« Ne faiblis pas avec cette spatule, on veut que ce soit bien homogène ! »
Il a presque l'impression de sentir la chaleur émaner directement du corps du brun alors qu'ils sont si proches. Associer l'une de ses activités préférées et la présence électrique d'Aomine... C'est encore mieux qu'il ne l'avait anticipé.
Il voit clair dans la manœuvre du tigre, qui ne se gêne pas pour lui frôler le bras. Ça l'amuse et il doit dire qu'il aime bien ce petit jeu en finesse. Il ne peut s'empêcher de le voir comme un duel silencieux. Mais comme il ne peut pas le toucher en réponse, sa seule arme est d'appliquer les indications de son prof' à la lettre. Il sourit bêtement en réalisant que c'est bien le premier à qui il a envie de plaire et pour qui il se plierait en quatre. Alors il ne lâche rien, remuant avec énergie la pâte qui s'épaissit, malgré son muscle qui s'échauffe. Se découvrant véritable fayot, il demande d'une voix basse et concentrée :
« C'est bon comme ça ? »
Kagami n'aurait pas cru que le brun s'appliquerait avec tant de sérieux, mais il en est ravi.
« Tu te débrouilles super bien. Fais gaffe, si Momoi aime la recette, elle va sûrement te demander d'en refaire ! »
Il rigole en imaginant Aomine de corvée de cookies, à enfourner des dizaines de gâteaux sous le regard avide de la jeune femme.
Après la levure, c’est le moment de la touche finale : le meilleur, les pépites de chocolat.
« Remue encore un peu, et après il n'y aura plus qu'à former les gâteaux et à les mettre au four ! »
Kagami n'avait pas menti. C'est vraiment facile à faire. Il se renfrogne un peu en réalisant que son hypothèse est plus que probable et finalement il se demande si c'est une bonne idée de spécifie qu'il les a faits lui-même... Il ricane lui aussi, imaginant d'ici la réaction de sa meilleure amie.
« Dans le doute, il faudra que je la note. Par contre, si elle m'en demande trop souvent, je te tiendrai pour responsable. J'hésiterai pas à te balancer et ce sera à toi de les faire ! » le menace-t-il en imitant son geste pour former les biscuits.
Kagami éclate de rire et donne un coup de coude au brun pour le rabrouer et le faire se concentrer sur les cookies.
« C'est pas une vraie menace... Si je peux gagner des bons points auprès de Momoi, je prends ! »
Le brun riposte en le bousculant de l'épaule puis il lui lance un regard suspicieux. Ça c'est son plan à la base...
« Lèche botte...
— Hey, c'est ta meilleure amie ! Normal que je veuille me faire bien voir ! »
Puis, il réalise qu'il y a un sujet qu'ils n'ont pas du tout abordé. D'abord, il voulait laisser à Aomine le temps de digérer, et puis... Les choses se sont un peu précipitées. Ralentissant ses gestes, il demande d’un ton hésitant :
« Au fait... Elle en pense quoi... de toi et moi ? »
Son sourire se ternit quand il entend la question sérieuse fuser sans préambule dans leur petit duel. Une bouffée d'angoisse lui serre la gorge mais il se contraint au calme. On parle de Satsuki, et ça suffit à le rassurer et à l'attendrir. Sans s'en apercevoir, il garde sa boule de pâte plus longtemps que nécessaire, tout de même nerveux.
« Je ne lui ai pas encore parlé de ce week-end... je préfère la voir pour ça. Mais elle sait que je t'ai emmené avec moi... Et puis, quand je lui ai expliqué pourquoi j'ai été mis à pied, elle n’a pas été plus choquée que ça. Ou alors elle ne l'a pas montré. Et elle t'aime bien, t'as pas besoin de cookies pour te la mettre dans la poche si tu veux tout savoir... » confie-t-il pour détendre l'atmosphère.
Les questions se bousculent dans la tête de Kagami. Est-ce qu'elle a été surprise ? Est-ce que ça lui pose un quelconque problème de voir s'épanouir cette relation pour le moins... inattendue ? Mais la dernière phrase d'Aomine le rassure un peu, lui laissant espérer qu'ils n'auront pas de problèmes de ce côté-là.
« Ok... Good. J'avais peur qu'elle approuve pas, honnêtement... Parce que son avis te tient à cœur et que moi, bah... je débarque un peu de nulle part. »
Étonné, Aomine redresse la tête. Il comprend dans ses mots que c'est pour lui qu'il veut plaire à la rose, plus que pour sa nouvelle manageuse comme il l'a cru au départ. C'est un concept avec lequel il a un peu de mal, lui-même n'ayant jamais eu à plaire à l'entourage de quiconque. Et ça le touche plus qu'il ne saurait dire.
« Oh... je vois. Eh bien sache qu'elle n'est pas du genre à juger. Et qu'elle est très ouverte d'esprit, la faute à ses lectures sûrement », explique-t-il dans un sourire se voulant rassurant.
Puis, dans un élan d'affection et pour ponctuer son propos, il pose un baiser sur la joue de Kagami.
Le tigre se sent rougir à cette marque d'affection, et un sentiment chaud enveloppe son cœur. Il en avait besoin. Il y a un peu trop d'inconnues pour lui dans cette relation, même si elle évolue dans le bon sens.
« Thanks... » marmonne-t-il un peu embarrassé, les yeux fixés sur sa pâte. Il achève d'ailleurs le cookie final et observe ceux d'Aomine : « Je crois qu'on est bons ! »
Il enfourne la plaque et se retourne vers Aomine, satisfait :
« On a bien mérité une bière, non ? »
Pour toute réponse, Aomine hoche la tête en souriant. Il a l'impression que la question n'a pas rendu nerveux que lui et il ne doute pas qu'une bière aidera à les détendre.
C'est vrai qu'il a tendance à l'oublier, parce qu'il a beaucoup à penser avec tout ce qui lui arrive, mais il n'est pas seul dans cette histoire. Et même si Kagami ne découvre pas son attirance pour les hommes, il n'empêche qu'il a aussi son lot de questions et problèmes à gérer. À cette pensée, il se sent soudain coupable de ne le réaliser que maintenant, se faisant l'impression d'un égoïste autocentré.
Kagami sort deux bières, content et fier du travail accompli. Ce n'est pas grand-chose, et pourtant il lui semble que c'est une petite étape supplémentaire dans le chemin qu'ils font l'un vers l'autre. Il trinque avec le brun :
« À tes premiers cookies, alors ?! Tu t'es super bien débrouillé. »
Tiré de ses pensées par l'entrain évident du tigre, il fait tinter le verre avec plaisir.
« À mon premier cours de cuisine ! C'est vrai le prof valide ? Je suis toujours premier de la classe ? » demande-t-il en carrant les épaules, enfilant son costume d'assurance débordante.
Kagami rigole devant ce petit numéro déjà devenu familier.
« Yes, toujours le premier de la classe, approuve-t-il. Et j'aime les bons élèves », ajoute-t-il avec un petit clin d'œil évocateur.
Amusé et rengorgé de fierté Aomine lui offre un sourire enjôleur. Estimant que sa part du contrat est remplie, il s'autorise à faire ce qui le démange depuis un long moment. Avant que Kagami n'ait l'idée saugrenue de débarrasser, il se saisit du saladier et lèche la spatule avec gourmandise. Il savoure la pâte à cookies crue sans plus se retenir, comme il le faisait gamin quand sa mère préparait des gâteaux.
« Humm la partie que je préfère ! »
Kagami le regarde d'un œil à la fois amusé et intéressé. Aomine a un peu de farine sur son t-shirt et semble ravi comme un gamin. Une image qu'il trouve totalement craquante. Cependant, il garde le silence, sirotant sa bière en l'observant plus ou moins discrètement.
Le brun racle le bol de sa spatule immaculée et s'apprête à la nettoyer encore quand il suspend son geste. Dans une question silencieuse, il tend l'ustensile à Kagami.
Le tigre se laisse tenter et s'approche pour s’emparer de la spatule en rougissant tandis qu'il sent le regard du brun sur lui. Il s'essuie les lèvres et rit un peu nerveusement, puis invite Aomine à venir s'assoir dans le canapé en attendant que les cookies cuisent.
Aomine se laisse guider, se retrouvant bêtement sans plus savoir quoi faire de ses mains. Sans la cuisine pour l'occuper, la nervosité revient taquiner ses nerfs.
Cette soirée à vraiment une saveur particulière, pense-t-il alors que le goût du sucre et du chocolat sont encore au coin de ses lèvres.
« Bon, j'espère t'avoir prouvé que ça peut être facile de cuisiner ! En plus ça te donne le privilège de manger la pâte crue... Donc, c'est tout bénef, non ? » demande Kagami en souriant, content que le brun ait semblé apprécier cette première fois aux fourneaux.
Le brun lui sourit en s'imaginant ne manger que la pâte crue.
« Oui c'était facile. Mais je ne peux pas me nourrir que de cookies... enfin il paraît que c'est pas conseillé, répond-il en haussant les épaules comme s'il en doutait.
— Non, ça c'est vrai ! Bon, ça fait rien, je préparerai le reste... concède Kagami en posant une main sur sa cuisse. Et puis, je pourrai t'apprendre une ou deux autres recettes faciles et rapides pour les fois où j'aurai pas le temps.
— Deal ! » s'enthousiasme-t-il. Puis, en observant la main sur sa cuisse il confesse : « Je suis plus en forme depuis que je mange tes plats. Je crois pas que je puisse revenir en arrière maintenant. »
Kagami éclate de rire à cette confession.
« Really ?! J'suis heureux de l'entendre... J'ai une bonne influence sur toi alors. »
Il se penche pour déposer un baiser sur sa joue. Elle lui semble chaude sous ses lèvres, toute douce. Alors il pose un autre baiser, tout près de son oreille.
Il laisse la question de Kagami en suspens, frémissant sous ses marques d'affections. Il adore sentir le tigre proche de lui, ça fait pulser son cœur d'une façon qui lui est de plus en plus familière et atrocement agréable. Faute de pouvoir lui rendre son geste, il frotte doucement sa tête contre la sienne.
« Je suis pas sûr que l'inverse soit vrai. Mais je ne peux pas démentir », admet finalement Daïki dans un demi sourire.
Kagami se recule pour examiner le visage d'Aomine et se plonge dans ses yeux bleu outremer.
« Je crois que t'as une bonne influence sur moi aussi », décide-t-il finalement, avant de se pencher de nouveau pour l'embrasser, cette fois sur les lèvres.
Il n'a pas le temps d'argumenter sur la question que Kagami clôt le débat. Alors il se laisse aller au baiser et ferme les yeux. Ses lèvres sont douces entre les siennes. Mais comme il est gourmand, il ne peut résister à l'envie de mieux les goûter. Fébrile, il pose une main sur sa nuque et caresse sa bouche du bout de la langue.
Kagami sourit à la caresse de cette langue inquisitrice et lui cède en entrouvrant les lèvres, posant une main sur le torse du brun tandis qu'il savoure le baiser. Soudain, c'est presque comme s'ils étaient ensemble depuis longtemps, et qu'ils avaient déjà reproduit ces gestes des centaines de fois.
Aomine enroule sa langue à celle qu'il cherchait. Pour lui qui n'a jamais pris le temps de s'adonner à cette pratique, ça en fait presque un acte aussi intime que le reste. Il aime cette tendresse mêlée de fougue. C'est comme si leurs baisers étaient l'expression physique de leur connexion. Ça l'électrise. Ça ne lui semble plus si déroutant ou intimidant, ou étrange. Son corps le réclame. Autant que de l'eau ou de la nourriture. Comme s'il voulait confirmer ou légitimer ce qu'il ressent. Et sous le poids de Kagami qui l'enfonce un peu plus dans le canapé, Aomine retourne dans les montagnes. Où il n'y avait qu'eux au monde.
Kagami se perd dans ce baiser, éprouvant la chaleur du corps d'Aomine contre le sien. Il caresse son flanc et glisse sa main sous ses vêtements, il aime sentir sa peau directement sous sa paume que le basket a rendu calleuse. Pendant de longues minutes, occupé ainsi, il perd la notion du temps, jusqu'à ce que le "ding" du minuteur du four le fasse tressaillir. Il s'aperçoit alors qu'une odeur appétissante flotte dans l'appartement, et il se lève pour aller vérifier la cuisson des gâteaux.
Le départ de Kagami le laisse pantelant. Il lui faut quelques secondes pour reprendre ses esprits et comprendre la raison de sa disparition. Pendant que le tigre sort les biscuits du four, il en profite pour se redonner contenance. Il se passe une main dans les cheveux en l'observant.
Puis avide de retrouver sa chaleur, il le rejoint dans la cuisine et passe ses bras autour de sa taille tandis qu'il décolle les cookies de la plaque de cuisson. Ils ont l'air vraiment délicieux, tout autant que cette nuque qu'il décide d'embrasser doucement.
Kagami sourit à cette étreinte et termine sa tâche, déposant les cookies sur une grande assiette pour les laisser refroidir. Puis, il pose une main sur celle d'Aomine :
« Quand est-ce que tu voudras les transmettre à Momoi, d'ailleurs ? L'idéal ce serait ce soir ou demain, pendant qu'ils sont encore tout frais ! »
Aomine réfléchit vite à son emploi du temps de demain et n'arrive pas à se souvenir si sa meilleure amie a cours. Il fronce les sourcils, agacé par l'idée de lui gâcher la surprise.
« Demain je pense. Je bosse seulement fin d'aprèm. J'irai la chercher pour déjeuner, explique-t-il en même temps qu'il échafaude son plan.
— Okay. Et tu les mangeras pas en route, hein ! J'en ai fait assez pour qu'on puisse en manger quelques-uns ce soir, mais le reste, c'est pour elle ! »
Kagami se retourne pour regarder Aomine et donner plus de poids à ses mots.
Le brun roule des yeux. Il n'y avait absolument pas pensé d'abord... Il fait une moue faussement dégoûtée d'être ainsi si mal jugé puis regarde Kagami d'un œil brillant d'espoir. Il en voudrait bien un tout de suite ...
« Il faudrait quand même s'assurer qu'ils sont bons non ? »
Kagami rigole devant ce regard presque suppliant et acquiesce :
« Ouais... Bonne idée. »
Il prend donc une assiette plus petite et y dispose quelques biscuits avant de l'emporter dans le salon et la poser sur la table basse.
« Vas-y... Fais-toi plaisir ! »
Sans se faire prier, Daiki saisit un cookie et croque dedans à pleines dents. La vapeur contenue dans le cœur du biscuit s'échappe et lui arrache un gémissement qu'il expulse à la hâte. La chaleur dissipée, toutes les saveurs se déploient sur son palais et il fond. Il se laisse tomber dans le divan dans un grognement d'extase.
Impossible de feindre qu'il faut refaire une tournée. Celle-ci est parfaite.
Kagami l'observe avec intérêt et amusement, et en déduit que les cookies sont réussis. Il en teste un lui-même et approuve :
« Ouais, c'est pas mal. La recette est basique mais je pense que ça devrait lui plaire. »
Aomine acquiesce vivement.
« Si c'est pas le cas je m'en chargerai... C'est faisable aussi au chocolat blanc ? » demande-t-il pour son prochain essai.
C'est le préféré de Tetsu, et il pense que son vieil ami mérite une part de ses petites merveilles. Peut-être que ça lui permettra aussi d'aborder le sujet Kagami plus facilement...
« Ouais bien sûr. Tu peux aussi ajouter des noix ou des noisettes, faire une pâte au chocolat et mettre un supplément chocolat avec les pépites... C'est l'un des gros avantages, ça se décline comme on veut » conclut Kagami en prenant un nouveau gâteau.
Ça fait un moment que le rouge n'en a pas mangé, il prépare rarement ce genre de met juste pour lui, mais ça a un peu le goût de l'enfance, et c’est réconfortant.
Aomine prend note et dresse déjà mentalement la liste de courses. Ce faisant, il réalise qu'il a vraiment envie de parler à Kuroko. S'il veut continuer d'avancer dans le bon sens, il a besoin de son assentiment. Si Satsuki est son roc, Tetsu c'est un peu son gouvernail. Sa boussole. Il serait peut-être temps de lui dire ce qui se passe dans sa vie.
Il reporte son attention sur Kagami en dégustant son second gâteau toujours pensif.
Le rouge sourit en le voyant plongé dans ses réflexions :
« Ça ouvre un monde de possibilités, hein ? J'en referai peut-être plus souvent aussi. J'dois bientôt revoir les gars de mon équipe... Peut-être qu'ils vont aimer ça aussi ! »
La réflexion le tire de ses pensées et un sourire effleure ses lèvres.
« C'est certain ! Y aura pas mieux pour briser la glace. Vous avez déjà calé une date ?
— Ouais, en fin de semaine. On va se faire un pique-nique si le temps le permet.
— Un pique-nique ? Laisse-moi deviner... Satsu ? s'amuse Aomine en imaginant 5 grands gaillards introvertis dans un champ de fleurs.
— Ouais, elle dit que le terrain neutre, le grand air, le côté convivial, tout ça, ça détend. » Kagami se mordille la lèvre et se passe une main dans les cheveux. « Seulement... J'lui ai pas dit que j'avais peur des chiens... »
Le brun se redresse dans le canapé. Il n'y avait pas pensé. Il se doute très bien de la raison. Au-delà de ne pas vouloir faire étalage de ce détail, Kagami n'a sûrement pas voulu contrarier les plans de Satsuki. Il comprend son dilemme et réfléchit en se frottant le menton.
« Tu sais dans quel parc ?
— Ouais, le parc de Shinzu, pas très loin de la baie. » Il sourit et ajoute : « Pourquoi, tu veux sécuriser le périmètre et interdire les chiens sur l'heure du déjeuner ? »
Aomine le regarde en biais, taisant le fait que c'est exactement ce qui lui est venu à l'idée.
« Tu préfères lui dire ?
— Hm... Nan. Je pensais plutôt faire avec. Tant que y en a pas qui s'approche de trop... Ça devrait aller. »
Aomine acquiesce. Mais note la date et l'heure dans un coin de son esprit.
Il presse doucement le genou de Kagami dans sa paume, compatissant.
« Si tu changes d'avis tu as mon numéro », lui rappelle-t-il dans un clin d'œil complice.
Kagami rigole et secoue la tête :
« Je crois pas que tu puisses me sauver de cette situation-là, mais t'inquiète, ça ira. » Il prend un dernier cookie, et propose : « Tu veux regarder la suite d'Indiana Jones ? Il doit nous rester un ou deux films. »
Il se renfrognerait presque, désireux de l'aider à se sortir de cette situation. Mais devant son assurance, il lâche l'affaire :
« Aller. Ça me dit bien », accepte-t-il volontiers.
Kagami se lève donc et va mettre le prochain film de la saga dans le lecteur, et il en profite pour passer dans la cuisine pour faire du thé. Pendant que l'eau chauffe, il regarde Aomine d'un air pensif et demande presque timidement :
« Tu veux dormir ici ce soir ? »
La question le surprend un peu. Il ne sait pas pourquoi il n'a envisagé cette possibilité à aucun moment. Il se trouve un peu bête et se gratte l'arrière du crâne.
« C'est que... J'ai rien prévu pour rester... » bafouille-t-il en sentant ses joues s'échauffer.
L'image de son corps nu dans les bras de Kagami se rappelant à lui. Ouais... Comme s'il avait eu besoin de son pyjama la dernière fois.
« T'as déjà ta brosse à dents ici », sourit Kagami en se retournant pour verser l'eau dans la théière. « Elle t'attend dans la salle de bain depuis la dernière fois. Et puis, t'habites pas loin. Pas grave si t’as pas de fringues de rechange pour demain. »
Aomine sent la gêne l'envahir complètement à ce souvenir peu glorieux. Il la ravale avec ses appréhensions et hoche finalement la tête avec un début de sourire. L'idée lui plaît bien. Et puis ce n'est pas comme s'il se levait tôt pour travailler, se rassure-t-il mentalement.
« Ok. Si ça t'embête pas »
Kagami rapporte la théière et deux tasses, puis se rassoit à côté d'Aomine. Il passe un bras autour de ses épaules et pose un baiser dans ses cheveux.
« J'aimerais bien que tu restes », avoue-t-il dans un murmure.
Aomine ne se voit pas dire non. Et maintenant que l'idée a fait son chemin, elle lui plaît bien.
Il se blottit contre Kagami tandis que ce dernier lance le film, content de prolonger leur soirée.
Kagami caresse les cheveux du brun, satisfait et rassuré qu'il ait accepté sa proposition. Ils se plongent dans le film qu'ils commentent en riant, et au bout d'un certain temps, il se relève pour faire réchauffer leur dîner. Il lui reste assez de ce qu'il a cuisiné aux derniers repas, et il n'a plus envie de passer beaucoup de temps aux fourneaux, et davantage de profiter de la soirée dans le canapé avec Aomine. Il revient se caler avec lui tandis qu'ils passent déjà au dernier film de la saga, qu'ils visionnent en se remplissant l'estomac. Il y a quelque chose de simple et d'évident dans cette soirée qui a le don de le rassurer, d'autant plus après ce week-end riche en émotions, où ils se trouvaient un peu hors du monde... C'est bon de savoir qu'ils peuvent se retrouver dans le quotidien aussi.
Le brun se laisse absorber par le film. Même s'il a pleinement conscience du bras de Kagami autour de ses épaules, c'est déjà plus naturel pour lui que la dernière fois qu'ils ont regardé la télé dans cette position. Un des bienfaits de cette escapade à la montagne. Il arrive donc à suivre et apprécier les aventures du héro sans trop cogiter. Il s'autorise même à poser sa main sur la cuisse de son voisin, incapable de résister à son besoin de contact. Une façon pour lui de garder le cap, de ne pas rompre le lien qu'ils ont réussi à trouver malgré la gêne qu'il a eu peur de voir s'installer. Et ce qui lui permet de ne pas s'effaroucher à son contact, c'est simplement ce qu'il ressent en étant près de lui. Il se focalise sur sa chaleur, son parfum chaud et étonnamment sucré, le poids de son bras sur sa nuque, la tendresse des baisers qu'il vient déposer de temps à autre dans ses cheveux et le fait qu'il aime sentir sa présence, l'éprouver physiquement.
Quand le générique final défile, Kagami enlève son bras et s'étire en faisant craquer sa nuque, puis il tourne la tête vers le brun et lui sourit :
« On a déjà fait le tour ! C'était chouette de tous les revoir avec toi. »
Aomine allonge les jambes pour les désengourdir et tente de retenir un bâillement.
« Il y en a que j'avais pas revu depuis une éternité. Faudra qu'on s'en trouve une autre !
— Ouais... C'est pas les sagas au ciné qui manque... » Kagami réfléchit puis lance un regard sarcastique à son voisin : « Hm... J'allais te proposer Alien, mais paraît que t'es plus sensible que t'en as l'air... »
En entendant ça, Aomine écarquille les yeux, effaré ! Alors c'est ça qu'on récolte à se confier ? Non mais quel toupet ! Il se recule un peu pour lancer un regard mauvais à Kagami.
« Bien sûr qu'on peut regarder Alien... » maugrée-t-il avant de lancer narquois : « À moins que tu préfères te lancer dans Beethoven ? »
Kagami éclate de rire devant l'air d'abord vexé d'Aomine, puis sa tentative de contre-attaque qui ne l'atteint pas le moins de monde. Un élan chaud de tendresse fait bondir son cœur, et avant même qu'il n'ait conscience des mots qu'il va prononcer, il murmure, un sourire s'attardant toujours sur son visage :
« I love you. »
C'est tellement bas qu'il croit d'abord avoir mal entendu. Mais la teinte écrevisse que prend le visage de Kagami tend à lui confirmer qu'il n'a pas rêvé. Ne s'attendant certainement pas à cette réponse, Aomine reste muet de stupéfaction en observant le tigre. Son cœur bat trop vite dans sa poitrine et il finit par se rendre compte qu'il retient son souffle. Il ne sait pas comment réagir, ni même comment il est censé le prendre. Est ce qu'il plaisante encore ?
Devant l'air estomaqué d'Aomine, Kagami réalise l'énormité de ce qu'il vient de dire. Il avait prévu d'attendre... Il ne voulait pas précipiter les choses... mais son cœur en a décidé autrement. Il baisse les yeux, regarde ses mains, tâchant de maîtriser la vague d'émotion qui monte en lui. Il attend quelques secondes, puis relève les yeux et ancre son regard à celui d'Aomine.
« I love you », répète-t-il, puis précise dans leur langue natale : « Je t'aime. Maintenant tu sais. »
Son sourire se transforme en un léger rire, il est gêné, mais aussi soulagé. C'est juste la vérité, c'est ce qu'il ressent. C'est simple et clair, ça l’a toujours été, et ça fait du bien de le reconnaître.
Son cœur rate un nouveau battement et il frémit à la traduction de ce qu'il avait parfaitement compris malgré ses lacunes dans la langue de Shakespeare. Il voudrait poser une centaine de questions comme pourquoi, comment, où, déjà ? Mais aucune ne lui semble pertinente. Il se secoue intérieurement pour sortir de cet état de stupeur. Ça lui paraît impossible que Kagami puisse l'aimer alors que lui a encore tant de mal à identifier ses propres sentiments. Il a l'étrange et désagréable impression qu'un immense fossé vient de se creuser entre eux, mettant en lumière la distance qui les sépare encore.
Il ne sait pas s'il l'aime. S'il l'aime de cette façon. Il ne sait même pas ce que ça fait d'être amoureux ! Pour lui répondre la même chose, il veut en être certain, le penser vraiment. Comme Kagami, qui a l'air si sûr de lui et serein, son regard franc et intense braqué dans le sien. Mais il ne peut pas non plus rester dans le silence. De ça il en est à peu près sûr.
Ne trouvant pas les mots justes pour exprimer ce qu'il ressent, il préfère lui montrer. Combler cette distance qui l'effraie plus que les paroles de Kagami. Il s'approche et lui prend la main. Il entrelace leurs doigts, délaissant son regard pour sa bouche. Ne se laissant pas le temps d'y réfléchir il suit ses tripes et embrasse Kagami avec toute la tendresse, l'affection et cette évidence qu'il éprouve pour lui.
Kagami frémit à la caresse de ses lèvres, la sensation déjà familière de leurs baisers se fait plus intense, presque violente. Il noue sa main libre autour de sa nuque et se perd dans ce baiser, son cœur battant à tout rompre sous le coup de l'émotion, la brusque montée d'euphorie qui l'enivre. Puis, il se détache de ses lèvres et l'observe, essoufflé, la tête trop légère. Il ne dit rien, caressant sa joue, ses lèvres humides du baiser qu'ils viennent d'échanger, et finalement le prend dans ses bras, le serrant fort comme l’instinct, le besoin en lui l’exigent, sans chercher à trier ou identifier les émotions qui bouillonnent dans sa poitrine et son ventre.
Ému plus qu'il ne saurait le dire, Aomine referme ses bras sur lui par réflexe. Il lui rend son étreinte en le serrant fort lui aussi, s'accrochant à lui comme on s'accroche à une bouée en pleine tempête. La peur lui noue la gorge. Mais il la met de côté, glissant ses doigts dans les mèches soyeuses de Kagami. Il embrasse son cou, à portée de ses lèvres, et parvient à murmurer :
« Je vais pas m'enfuir... »
À ces mots, Kagami desserre imperceptiblement son étreinte. Il pose son front contre son épaule et caresse son dos lentement, laissant la tension redescendre peu à peu, la vague d'émotions refluer en lui laissant une sorte de sérénité épuisée, hébétée. Enfin, il relève la tête et pose un baiser sur ses lèvres.
« On devrait aller se coucher », suggère-t-il d'une voix un peu rauque.
Aomine acquiesce et l'aide à débrasser la table de leur diner avant de s'éclipser à la salle de bain. Une fois seul, il s'appuie au lavabo et s'applique sur sa respiration pour s'astreindre au calme. Son pouls pulse encore trop vite et le sature d'adrénaline qui l'empêche de réfléchir et le laisse un peu tremblant. Dans un regard silencieux empli de doutes, il demande à son reflet s'il est capable d'aimer un homme. Puis si ce n'est pas déjà ce qu'il fait. Comment savoir ?
Il se passe de l'eau sur le visage et avise la brosse à dent qu'il a utilisé la dernière fois qu'il est venu. Dans le verre à côté de celle de Kagami. Au souvenir récent de cette soirée il se fait la réflexion que tout ça va peut-être beaucoup trop vite, mais d'un autre côté, il aime bien la vision de ces deux objets de la vie de tous les jours, ensemble. Il inspire un grand coup, décidant que de toute façon, il ne peut rien résoudre maintenant. Alors il se tient au plan et se brosse les dents avant de rejoindre le lit de Kagami pour la nuit.
Kagami a repoussé la table, déplié son futon et tiré les rideaux. Une petite lampe baigne les lieux d'une douce lumière. Il sourit à Aomine et le remplace dans la salle de bain. Il regarde la deuxième brosse à dents avec un sentiment d'irréalité. Puis, il relève les yeux vers le miroir et se demande s'il a bien fait... Mais il sait que c'est inutile. Il se montre souvent secret ou réservé. Mais quand quelque chose compte vraiment... il n'aime pas tourner autour du pot. Il n'aurait pas pu garder le silence... et d'une certaine façon, ça aurait été mentir à Aomine, et ça, il s'y refuse. Les choses ont été obscures et ambiguës pendant trop longtemps, et ça n'a fait du bien à aucun d'entre eux.
Fort de cette idée, il se prépare rapidement pour la nuit, puis rejoint le brun en t-shirt et en caleçon. Il se glisse sous la couverture et éteint la petite lampe, puis se tourne vers Aomine pour l'enlacer.
Retrouvant la chaleur de ses bras, Aomine se calme un peu. Il passe un bras sur sa taille et glisse presque timidement une jambe entre celles du tigre. Il laisse un soupir d'aise lui échapper se sentant soudain épuisé. Une angoisse sourde bourdonne toujours dans le creux de son ventre mais ce n'est pas le moment d'y céder. Il a dit à Kagami qu'il ne fuirait pas et il n'a pas l'intention de revenir sur sa parole. Alors comme à chaque fois que ce genre d'idées le traverse, il resserre son emprise. Refusant de laisser la peur le contrôler.
Kagami éprouve un profond frémissement, presque douloureux, alors qu'Aomine le serre ainsi. Il pose un baiser sur son front et lui rend son étreinte, le caressant avec tendresse, cherchant à apaiser le brun autant que lui-même, et dissoudre toutes ses émotions dans la douceur du sommeil. Et celui-ci vient plus vite que ce à quoi il s'attendait. Son corps se fait lourd, l'étreinte du brun est si chaude et le transporte ailleurs, dans ses propres rêves.
Malgré la fatigue, Daïki met plus longtemps à céder au sommeil. Il lui faut faire de gros efforts pour se focaliser uniquement sur la respiration lente et régulière de Kagami, son corps contre le sien. La pensée qu'il voit sa meilleure amie le lendemain finit par le rassurer assez pour qu'il lâche prise. Il n'a pas besoin de démêler le sac de nœud de ses émotions et réflexions tout de suite, et encore moins tout seul. Il tombe finalement dans un sommeil profond, mais agité de songes décousus et incohérents.
Chapter Text
Le lendemain, Kagami se réveille le nez enfoui au creux de la nuque d'Aomine. Il inspire son parfum chaud et solaire, sa main glissant sur son torse tandis qu'il émerge peu à peu. Il prolonge le moment, pas pressé de se défaire de ce cocon de chaleur et de douceur qui l'étreint encore. Les souvenirs de la veille lui reviennent un à un, les cookies, la soirée film... sa déclaration d'amour impromptue. Et les mots d'Aomine... "Je ne vais pas m'enfuir." Et il en a la preuve ce matin. Un sourire se dessine sur ses lèvres, il pose un baiser sur la nuque du brun avant de se détacher discrètement de lui. Dans la cuisine, il commence à préparer le petit-déjeuner, son regard dérivant régulièrement sur la forme endormie de son petit ami. Il semble tellement à sa place ici, et en même temps, ça paraît si incongru. Son coup de foudre finalement dans son lit, après qu'il a pratiquement abandonné l'idée que leur relation deviendrait autre chose qu'une pure amitié. Aomine ne lui a pas rendu sa déclaration... Du moins pas avec des mots, et de toute façon, Kagami ne s'attendait pas à ce qu'il le fasse. Il s'est pris lui-même par surprise, après tout... Mais le soulagement qu'il a éprouvé la veille en formulant enfin ses sentiments perdure ce matin, rendant tout un peu plus lumineux, moins tranchant et froid que d'habitude. Comme si le monde, son propre appartement... étaient devenus un peu plus hospitaliers.
C'est l'odeur alléchante du café, mêlée à celle de Kagami qui flotte encore entre les draps qui le tire doucement de sa nuit. Il roule sur le ventre et s'étale au milieu du futon comme il le fait chaque matin dans son lit. Il met un peu de temps à émerger complètement, son esprit encore prisonnier des images de ses rêves. Il a un vague souvenir de bateau dans une mer déchainée. D'une silhouette sur un quai. D'un pont suspendu. Il n'arrive pas à en retrouver le fil, ni l'enchainement logique des différents événements. Seul reste la sensation de malaise, de solitude et de froid.
La réalité reprend ses droits lorsque ses sens s'éveillent, dissipant les dernières bribes de ses songes aux allures lugubres. Groggy de sa nuit trop courte, il se redresse pour trouver Kagami derrière ses fourneaux. Il lui rend son sourire, quoique sans doute moins lumineux et de sa voix rauque du matin il bredouille un bonjour en se frottant les yeux.
Kagami sent son cœur fondre comme le beurre dans sa poêle quand il entend ce bonjour lourd de sommeil.
« Hey. Prends ton temps, le petit-dej est en route. »
Le tigre rougit un peu, ému comme un ado à son premier rendez-vous. Cependant, il accueille la sensation avec bonheur, il a l'impression d'être plus jeune, plus impulsif, moins soucieux et prudent. Et c'est Aomine qui lui fait cet effet... Quand bien même il sait le brun pris dans ses propres contradictions. Il ne s'attendait pas à ça. Mais ça lui plaît.
Il ne faut pas lui dire deux fois... Aomine ne sait pas qu'elle heure il est, mais ça lui semble bien trop tôt. Ou alors c'est la perspective de reprendre le travail ce soir qui le rend si enclin à retourner sous la couette. Il se laisse choir sur l'oreiller en s'enroulant autour du second pour végéter un peu, puisqu'il en a l'autorisation. Il faut dire aussi qu'il se sent nerveux d'affronter le regard de Kagami. Encore ce matin, il est toujours sous le coup de l'émotion que sa révélation à fait surgir en lui. C'est chaud et bouillonnant dans sa poitrine, ça agite les papillons de son estomac, mais ça a aussi un gout âpre dans sa gorge, celui du sang qui bat trop vite.
Alors qu'il divague dans ses souvenirs de la veille, Kagami s'approche et lui tend une tasse de café. Il l'accepte volontiers avec un sourire qu'il imagine timide et se redresse pour le boire.
Kagami a gardé ses plats au chaud et entrouvre les rideaux et la fenêtre, met un peu de musique, puis s'assoit à côté du brun avec sa propre tasse de café. Il la sirote pensivement, regardant le rectangle de ciel qui se découpe à sa droite. Un bleu profond, un peu assombri, un bleu qui semble avoir bu toute la lumière de l'été et la garder, latente, dans ses profondeurs jusqu'à ce que l'hiver arrive. Sans y penser, sa main se pose sur le torse d'Aomine et le caresse doucement.
Le toucher bien que léger et inconscient lui arrache un frisson malgré lui. Il regarde les longs doigts contraster sur sa peau quelques instants avant de venir s'attarder sur le profil distrait de Kagami. Son air serein, son nez droit, sa mâchoire volontaire, le grain de sa peau presque dorée, ses lèvres pleines embrassant la tasse de café... Il déglutit, ne pouvant détacher son regard de lui alors que ses mots de la veille résonnent encore dans son crâne et font vibrer son cœur.
Doucement il pose son menton sur son épaule pour déposer un léger baiser dans son cou offert. Plus pour se prouver qu'il en est encore capable que pour véritablement attirer son attention. Il se rassure avec sa présence, leur proximité. Et à défaut de pouvoir lui retourner sa déclaration, il choisit de quand même faire un pas de plus vers lui.
« Tu penses à quoi Taïga ? »
Le rouge tressaille légèrement en entendant son prénom. C'est la première fois qu'Aomine le prononce et d'un seul coup ça rend tout plus intime. Non que ce soit étonnant ou réellement gênant... mais ça fait battre son cœur un peu plus vite.
Il réfléchit à la question et pose une main sur le haut de la nuque d'Aomine, glissant ses doigts dans ses cheveux.
« Rien de précis... Enfin... » Il sourit, hésite, puis reprend : « Je me disais juste… Tu as changé ma vie... Et... quoi qu'il arrive... J'ai plus peur. C'est juste... un sentiment agréable, tu vois ? »
Aomine en reste muet. Il ne sait pas vraiment à quoi il s'était attendu mais certainement pas à ça. Il sent le rouge lui monter au visage et sa nuque brûler sous les caresses de Kagami. Il cache sa gêne dans le creux de son cou en grognant un peu, et enroule un bras autour de sa taille pour le rapprocher de lui.
« Ouais je vois.... je vois tout à fait... » marmonne-t-il le cœur battant à ses tempes. N'allant pas jusqu'à admettre que lui par contre, il crève encore de trouille par moment.
Kagami apprécie cette étreinte et ferme les yeux quelques instants. Bizarrement ça le rassure, il sait, contrairement à quelques jours auparavant, que le brun ne va pas déguerpir si les choses sont plus difficiles que prévu. Et quelque part, c'est tout ce qu'il avait besoin de savoir. Il tourne la tête pour poser un baiser dans ses cheveux.
« Par rapport à ce dont on avait parlé avant de partir en week-end... » murmure-t-il, les lèvres caressant toujours sa chevelure de jais. « C'est toujours valable. J'attends rien de spécifique de toi. J'ai pas de plan. Et ça me va comme ça. Jusqu'à maintenant... j'avais peur que la seule raison pour laquelle tu puisses te détourner... c'est le fait que je sois un mec. Mais tu m'as prouvé que ça suffirait pas. Alors... Je vais bien. Et t'as pas à t'inquiéter. »
Entendre les paroles de Kagami emplies de bienveillance, lui procure un sentiment de soulagement tel qu'il ne peut retenir un profond soupir. Il comprend entre les lignes que les aveux de Kagami ne changent rien à ses attentes, qu'il ne lui en veut pas. Il est aussi content d'apprendre qu'il a su lui montrer malgré tout qu'il est sincère, qu'il tient à lui. Il prend le temps d'intégrer les mots et de se détendre sous ses caresses en cherchant quoi répondre.
« J'ai pas envie de te décevoir. Et j'ai toujours peur de dire ou faire un truc qui pourrait te blesser. Je navigue à vue... » commence-t-il avant de déposer un baiser sur son épaule et de redresser le visage. « Mais j'aime ce qui se passe entre nous... Vraiment. Et que tu sois un mec... » ajoute-t-il plus bas avec un rictus.
Kagami rigole doucement en entendant ça. Il respire le parfum de ses cheveux comme pour s'en enivrer.
« Yeah... Mais cette peur de blesser ou décevoir... ça a pas de rapport avec le fait que tu aies jamais eu une relation avec un mec... et c'est ça qui me rassure... C'est juste... ce qu'on ressent quand quelqu'un nous tient à cœur... Alors... Thank you. »
Il dépose sa tasse de café sur le sol à côté de lui et le serre dans ses bras.
« Et on est deux là-dedans... Alors je m'en fais pas. Et tu devrais pas t'en faire non plus. »
Il rend son étreinte au tigre, réalisant qu'il a raison. Il se sent toujours un peu coupable de ne pas avoir réussi à lui retourner ses sentiments mais le poids qu'il sentait peser sur ses épaules s'est dissipé. Il se sent compris alors qu'il a encore du mal à trouver les mots. Il n'en serre que plus fort Kagami contre lui, enroulant ses doigts sur sa nuque. Au fond de lui, une petite voix fourbe lui murmure que sa chance va finir par tourner, qu'il ne le mérite pas. Il la repousse se focalisant sur les mains de Kagami caressant son dos.
« Je vais essayer... »
Kagami sourit et embrasse son cou, sa joue, ses cheveux. Puis il se détache doucement de lui.
« Le petit-dej est prêt et je meurs de faim. J'apporte ça. »
Sans attendre la réponse, il se lève et va servir son bacon bien grillé, ses œufs au plat et son jus d'orange pressé maison. Il dispose le tout sur un plateau et le dépose sur le futon.
« Bon app ! »
Lui-même n'attend pas avant de s'attaquer à son repas. Les émotions lui donnent faim, et il est plus que temps de satisfaire son estomac.
L'empressement de Kagami lui tire un sourire. Il ne déconne pas avec la bouffe... Même s'il est d'habitude lui-même un bon mangeur, il n'a pas pu s'empêcher de noter que ce qui a tendance à lui nouer l'estomac semble ouvrir l'appétit de son homologue. Pourtant le petit déjeuner lui fait envie et il commence à picorer les œufs, laissant la faim se rappeler à lui.
« Tu me fais voyager aujourd'hui... » remarque-t-il en croquant dans une tranche de bacon avec déjà un peu plus d'enthousiasme.
« Voyager ? » s'étonne Kagami, juste avant de comprendre. « Oh, ouais... Juste les vieilles habitudes. Ça reste mon petit-déjeuner préféré. »
Aomine lui sourit. Il note l'information dans son carnet mental à la page plats favoris, simplement heureux d'en apprendre plus sur ses habitudes. Il n'a pas menti, il aime ce qui se passe entre eux, découvrir son intimité, ce qui le fait rire, ce qui lui fait peur, ses manies... Plus il en sait plus son attachement à lui devient légitime. Comme si chaque trait de caractère qu'il découvrait rendait leur relation plus tangible, plus concrète alors qu'elle lui semble parfois si floue, abstraite dans son esprit. Il a l'impression qu'en apprenant à le connaitre, il sera un peu plus à même de comprendre ce qui l'a attiré vers lui si inexorablement.
Il termine son repas en silence, savourant la quiétude du moment. C'est bête, mais ce petit déjeuner au lit chez Kagami le rassure. Alors qu'il avait imaginé de façon tout à fait irrationnelle que ça ne pourrait arriver que lors de leur escapade à la montagne, partager le rituel de réveil du tigre, son quotidien, l'aide à réaliser que c'est possible. Qu'il est capable d'avoir ce genre de relation et de partager sa vie. En tout cas, il aime bien l'idée.
« D'habitude quand t'es tout seul, après le petit dej' tu fais quoi ? À part récurer l'évier je veux dire ... »
Kagami fronce les sourcils à ce sarcasme, mais décide de ne pas relever. Il se passe une main dans les cheveux, réfléchissant.
« Hm... Souvent un peu de sport. Parfois je vais courir, je vais à la salle, ou je fais des exercices ici. Et après... Je commence l'entraînement. Pourquoi ? »
Le brun hausse les épaules et termine son jus d'orange.
« Comme ça, pour savoir... »
Kagami l'observe quelques instants et finalement lâche un léger rire :
« Tu mènes une enquête, c'est ça ? Tu étudies ton suspect pour connaître sa routine ! »
Démasqué, le coin de ses lèvres se retrousse.
« P'têtre bien... C'est encore confidentiel, mais j'ai de sérieuses charges.
— Sérieuses ?! J'ai des problèmes ? Moi qui ai toujours été un citoyen si exemplaire... »
Kagami rigole et se lève, emportant le plateau dans la cuisine.
Aomine le suit avec sa tasse de café vide qu'il dépose dans l'évier. Taquin, il le bouscule légèrement des hanches sans se départir de son demi sourire.
« Nan... pas pour l'instant. J'ai pas encore porté plainte. »
Kagami lui jette un coup d'œil et secoue la tête en souriant.
« En attendant que tu rassembles ton courage, t'as qu'à faire la vaisselle. Je vais ranger le lit. »
Il passe un bras autour de sa taille et pose un baiser sur sa tempe, avant de retourner dans le salon pour s'atteler à sa tâche.
Il ferme les yeux une seconde au contact de ses lèvres. Kagami aime bien l'embrasser là, et il commence à en prendre l'habitude. Sachant son hôte tatillon, il s'applique à bien frotter la vaisselle mais comme à chaque fois, il a mis trop de produit. Il a de la mousse quasiment jusqu'au coude et ça rend tout plus glissant. Alors qu'il en est presque au rinçage, il peut sentir Kagami le surveiller en retrait derrière lui.
Le rouge est très amusé de le voir galérer avec le trop-plein de mousse et prend son temps pour l'observer silencieusement tandis qu'il termine de remettre son salon en ordre. Puis, il le rejoint dans la cuisine et se place dans son dos, l'enlaçant alors qu'il pose un baiser dans son cou. Il est juste si heureux de l'avoir là contre lui, dans cette situation si banale qui relevait encore une semaine auparavant d'une autre réalité, presque une autre dimension. Il savoure ce moment simple et son délicieux goût d'irréel.
Aomine rince bien l'évier et prend soin de le nettoyer sous les attentions fort agréables de Kagami. Sa mission accomplie, il se tourne entre les bras qui l'enserrent et pose ses mains sur ses hanches. Suivant son envie et aussi pour se récompenser, il dépose doucement ses lèvres sur celles de Kagami. Un simple baiser qui lui donne pourtant le sourire et le courage d'affronter sa journée.
« Je devrais pas tarder à y aller... » souffle-t-il en se détachant de lui.
Kagami hoche la tête, il se sent stupide parce que sa gorge est nouée. Et pour la première fois, il éprouve une inquiétude plus profonde à l'idée que le brun aille travailler.
« Okay. Tu me diras si Momoi a aimé les cookies. » Après une hésitation, il ajoute d'un ton plus bas : « Et... sois prudent ce soir. »
Un doux frisson chatouille son ventre. Même s'il n'a pas envie que Kagami se fasse un sang d'encre, l'idée qu'il s'inquiète pour lui ne lui déplait pas. Il trouve ça adorable, ce qui termine de lui rendre sa bonne humeur.
« Ouais j'te dirai... » Il saisit le menton du tigre entre ses doigts pour lui voler un autre baiser puis lui assure dans un sourire. « Et je suis toujours prudent... »
Il s'éloigne finalement de lui avant de changer d'avis et de squatter ici toute la journée, réunit ses quelques affaires, le paquet de cookies joliment emballé par Kagami et rejoint le vestibule.
Le rouge le suit et le regarde enfiler veste et chaussures, puis, quand il est fin prêt, il s'approche, il veut encore un autre baiser avant de se séparer.
« Bonne journée Daiki. »
Aomine se fige sur place. Son prénom dans la bouche de Kagami résonne différemment, d'une façon qui fait battre son cœur plus vite. La surprise passée, il pivote et glisse sa main sur la nuque de Kagami pour l'embrasser encore. Avec tout le bonheur que ce nouveau pas franchi lui inspire. Il se perd un peu dans l'échange que le fauve n'a pas l'air de vouloir rompre non plus. Puis finit par le lâcher à regret, électrisé :
« À plus Taïga. »
Ce dernier sourit bêtement en le regardant quitter son appartement. Il se sent la tête un peu légère, comme s'il n'y avait pas eu que du café dans son mug ce matin. Il referme finalement sa porte en poussant un soupir. Puis, il se met en affaires de sport et décide de faire quelques push-ups avant de démarrer son ordinateur.
Sur le chemin du retour, le brun ne voit pas le temps passer, la tête ailleurs. Il se fait la réflexion que Kagami lui fait vraiment vivre des montagnes russes mais ce n'est pas pour lui déplaire. Il prend le temps de se laver et de checker les infos avec un thé, lorgnant sur les cookies qu'il sait délicieux avant de prendre la route pour le campus.
En fouillant un peu dans ses vieux messages, il a retrouvé l’emploi du temps de Satsuki et attend la fin de son cours devant le bâtiment qu'il espère être le bon. Quelques étudiants finissent par sortir au compte-gouttes avant que le gros du troupeau se déverse dehors. Il sait que sa sœur fera partie des deniers et en effet, il la voit arriver discutant avec le professeur. Il sourit à cette image qui lui rappelle des souvenirs, ignorant les regards curieux qui commencent à peser sur lui.
Lorsque la jeune femme l'aperçoit enfin, elle lui adresse un immense sourire et court se jeter dans ses bras. Il la réceptionne en ricanant.
« Dai-chan ! Qu'est-ce que tu fais là ?! Quelque chose ne va pas ?
— T'en fais pas, tout va bien. Je t'emmène déjeuner ? »
Aomine peut lire sur les traits fins de sa meilleure amie et dans ses grands yeux qu'elle est surprise et il peut aussi dire à ses sourcils qui se froncent qu'elle ne le croit pas une seconde. Elle arriverait presque à le vexer s’il n'était pas prêt à admettre que le doute est permis.
Pour la rassurer il lui tend le sachet transparent rempli de biscuits en se grattant l’arrière de la tête en expliquant :
« Je voulais m'excuser d'avoir disparu des radars et de t'avoir inquiété la semaine dernière. Si tu veux tout savoir, je ne les ai pas faits tout seul, Kagami m'a aidé ! concède-t-il en croisant les bras.
— Ah je vois ! Je comprends mieux », s'exclame-t-elle avec un immense sourire. « Merci Daï-chan ! Ça me fait trop plaisir ! »
Il lui sourit simplement en retour quand elle se hisse sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue puis il l'entraine à travers le campus, un bras sur ses épaules.
Satsuki admire le petit paquet orné d'un élégant nœud rouge et ne résiste pas à l'envie de les gouter. Elle est sincèrement touchée de l'attention de Daïki, et se réjouit de pouvoir passer un peu de temps avec lui. Alors qu'elle réfléchit aux questions qu'elle meurt d'envie de lui poser sur ces derniers jours, elle croque distraitement dans un biscuit et en gémit de gourmandise. Ils sont excellents. Les meilleurs cookies maison qu'elle ait gouté, aussi moelleux que croustillants, ce qui ne fait que renforcer ses doutes. Tandis que Aomine la houspille d'avoir entamé le dessert juste avant leur déjeuner, elle écrit rapidement à Kagami.
Satsuki - 11h47
Ils sont divins ! Merci Kagamin !!!
En sueur, Kagami se dirige vers sa salle de bain l'esprit un peu plus clair. Rien de mieux qu'une bonne séance de sport pour remettre les idées en place. Il est heureux de vivre ces bouleversements avec Aomine, mais s'il s'écoutait, il aurait passé la journée à rêvasser. Il se hâte donc sous la douche, puis choisit quelques vêtements. Il est encore tôt alors il pourra s'entraîner seul et se mettre au courant des dernières nouvelles dans le monde de l'e-gaming, ainsi que jeter un coup d'œil aux nouvelles pages sur les réseaux sociaux créées par Momoi.
Il apprécie ce moment avant de réellement commencer la journée d'entraînement, où il en profite pour rassembler sa concentration, exactement comme on le fait dans les vestiaires avant un match de basket. Le temps semble alors suspendu et les pensées plus claires et plus pures. C'est aussi la raison pour laquelle il n'arrive jamais en retard à un entraînement, tout comme il n'est jamais arrivé en retard au basket : il tient à ce moment de préparation mentale, et plus que ça, il en a besoin.
Le rouge est installé devant son ordinateur mais n'a pas encore commencé son entraînement quand il entend son portable vibrer sur le bureau. Il le saisit et sourit en lisant le message.
Kagami - 11h48
Pas de soucis. Daiki a fait du bon boulot, y compris pour nettoyer le saladier... ;)
Satsuki éclate de rire en lisant la réponse, ça au moins elle n'a aucun mal à y croire ! Savoir que Daïki a vraiment mis la main à la patte la secoue d'une vague d'affection pour son frère pour qui elle s'inquiète beaucoup en ce moment. À tort... si elle en croit son air détendu et son demi sourire en coin.
« C'est bon tu me crois maintenant ? s'agace faussement son ami d'enfance.
— Hm je sais pas ... il pourrait très bien mentir pour toi... j'ai besoin de preuves.
— Tsss... Je vais être obligé d'en refaire c'est ça ? »
Elle hausse les épaules en terminant sa douceur, de son air le plus innocent. Elle est pleinement convaincue, mais en titillant son orgueil, elle s'assure une nouvelle fournée de ses petits délices chocolatés.
Daïki la regarde faire son numéro, mi amusé mi agacé... Il se fait toujours avoir quand ça la concerne. Elle le connait trop bien pour obtenir de lui ce qu'elle veut. Pour la punir il lui confisque son paquet de biscuits et la serre plus fort contre lui pour restreindre ses mouvements. Ses protestations vaines le font rire.
« Après manger ! Sinon tu vas tout bouffer et t'auras plus faim ! N'est pas Mura qui veut. »
Un peu plus tard, Kagami est sur le vocal avec Komugi, le stratège de leur groupe. Le rouge s'est souvent senti un peu con à côté de ce type visiblement brillant, mais le rencontrer a un peu changé la donne, car il s'avère être très gentil et avenant. En attendant les autres, ils commencent à discuter, et l'humeur du jour est détendue si bien qu'ils ne parlent même pas du futur de leur équipe ou du programme de la journée, mais plutôt du quotidien.
« Aux prochaines vacances, je pars aux USA, lui raconte son coéquipier.
— Ah ouais ? Où ça ?!
— New York. J'ai de la famille là-bas.
— Sérieux ?! Tu m'avais pas dit...
— T'as ton père là-bas, toi, c'est ça ?
— Ouais... Même si on se parle plus trop...
— Moi c'est ma frangine. Elle a fait ses études là-bas et plus voulu rentrer.
— Mais tu sais parler anglais alors ?
— Oh là... "parler", c'est un bien grand mot... »
Kagami demande alors une démonstration et ne peut s'empêcher d'éclater de rire, aussitôt rabroué par Komugi qui insiste : "On ne peut pas tous être bilingues comme monsieur !", mais son air faussement outré ajoute à l'hilarité du rouge, qui se surprend à passer un bon moment au lieu de se sentir mal à l'aise comme il l'aurait été il y a peu encore, à être seul sur le vocal avec l'un de ses coéquipiers.
À nouveau, Aomine surprend Satsuki en dépassant le Maji Burger où ils ont leurs habitudes. Il faut croire qu'il a pris gout à la bonne bouffe... Mais il veut surtout passer un moment privilégié avec sa sœur qu'il a soudain l'impression de ne pas avoir vue depuis une éternité. C'était avant son départ pour la randonnée... Avant qu'il ne cède à son attirance pour Kagami, et qu'il ne revienne profondément changé de ce week-end.
Elle lui a confié avoir le temps de déjeuner, reprenant les cours dans le milieu d'après-midi. Il s'étonne un peu d'apprendre qu'elle préfère faire l'impasse sur son temps de révision mais ne va pas s'en plaindre. Ils ne vont pas trop loin non plus cependant.
Le restaurant qu'il a choisi n'est pas très grand, plutôt cosy et lumineux. Typiquement le genre d'endroit qu'apprécie Satsuki et il se félicite intérieurement de cette décision en découvrant son sourire. On les installe, et comme il aurait pu s'y attendre elle le scrute de son regard luisant de malice. Il lui jette un œil par-dessus la carte et soupire, résigné.
« Qu'est-ce que tu veux savoir ?
— À ton avis Aho ! T'en es où avec Kagamin ? »
Il lève les yeux au ciel pour la forme, mais au fond il est content d'avoir quelqu'un à qui en parler. Il sent qu'il en a besoin, ne serait-ce que pour formuler tout haut ce qui bouillonne en lui depuis des jours. N'ayant toutefois pas de réponse claire à lui fournir, il se lance plutôt dans le résumé de ce qui s'est passé. Peut-être qu'en remettant les choses à plat et en perspective, elle se révèlera d'elle-même...
Peu à peu, les autres joueurs rejoignent le vocal, et ils ne tardent pas à lancer leur premier match. L'humeur légère de Kagami semble contaminer les autres. Nagato, leur sniper, finit par demander d'un ton suspicieux :
« Il t'arrive quoi, Tiger ? D'habitude tu ronchonnes comme mon papy.
— Hein ?! C'est pas vrai ! s'offusque Kagami en rougissant. Je suis juste concentré !
— Concentré, tu parles, marmonne Okonomiyaki. Nagato a raison, crache le morceau.
— Mais j'ai rien à vous dire ! proteste le rouge avec véhémence.
— Tout finit par se savoir », persifle Nagato avec un plaisir évident.
À cette idée, Kagami a soudain encore plus chaud. C'est vrai, tout finit par se savoir... Et c'est parfois une idée plutôt angoissante. Cependant, il n'a aucun compte à rendre à ses coéquipiers qui essaient surtout de lui faire perdre ses moyens, aussi il leur rappelle sobrement que ce n'est pas vraiment le moment de l'énerver.
« Il n'a pas tort, l'appuie Komugi. Hier on était à la traîne au classement... On ferait mieux de se bouger si on veut pas se ridiculiser au tournoi ! »
Cet argument finit par calmer les ardeurs des autres, et ils plongent dans une saine concentration, arrachant Kagami à leurs questions inquisitrices pour son plus grand soulagement.
Aomine ne cesse de parler que pour avaler un peu de son repas qui commence à refroidir, alors que Satsuki l'écoute sans rien dire. Acquiesçant en silence à ses questions rhétoriques. Il se sent rougir un peu en abordant l'onsen, mais il ne se voit pas faire l'impasse. Il laisse sous silence les détails, ne dévoilant que l'essentiel.
« J'ai arrêté de réfléchir tu vois ? J'ai laissé parler mes tripes et... » Il baisse le regard, réalisant pleinement ce qui s'est passé cette nuit-là. « Et j'ai couché avec lui », finit-il par avouer dans un murmure.
Quand il redresse la tête, inquiet de n'entendre aucune réponse, il trouve Satsuki avec une main devant la bouche, les yeux emplis de larmes. L'angoisse lui noue instantanément la gorge et son sang ne fait qu'un tour, imaginant le pire. La rose doit lire la peur sur son visage car elle lui saisit vivement la main et serre doucement ses doigts dans les siens.
« Je ne pensais pas que tu en étais là Dai-chan. Et après ? Raconte-moi... »
Soulagé, il avale une grande rasade d'eau avant de pouvoir poursuivre son récit jusqu'à ce matin, où il a eu du mal à le quitter. Il omet tout de même les aveux de Kagami, préférant les garder pour lui seul.
L'heure tourne mais ni l'un ni l'autre ne la surveille. Le restaurant se vide petit à petit et ils font trainer le repas avec un café qui s'accompagne des questions que Satsuki pose avec douceur et bienveillance. L'aidant par la même occasion à faire le tri sur ses émotions et ses états d'âmes.
Elle ne se gêne toutefois pas pour se moquer de lui lorsqu'il perd patience ou qu'il rechigne à répondre, ce qui a le don de rendre la conversation des plus normales, ou du moins plus légère qu'il n'aurait cru.
L'après-midi d'entraînement se déroule plutôt bien. Ils font mieux que la veille et enchaînent plusieurs victoires, leur donnant un bon coup de boost. Il y a encore des cafouillages et des problèmes de communication, mais Kagami est confiant, les choses devraient s'arranger avec le temps. Il se dit qu'il a sans doute eu un coup de chance en tombant sur ces gars-là, car il n'aurait pas parié là-dessus, mais finalement... ils font une bonne équipe.
Alors qu'il repose son casque sur son bureau et s'étire, il se fait la réflexion qu'il avait un peu perdu ça, après le lycée. Il en avait une au basket, et plutôt bonne. Mais depuis... Il secoue la tête avec mécontentement : Tatsuya et Alex aiment lui rabâcher qu'il est trop solitaire. Il ne va tout de même pas leur donner raison ! Cependant... Il est bien obligé d'admettre que depuis sa rencontre avec Aomine... Il recommence à voir du monde.
Et en parlant de ça, il a bien envie d'aller voir Kuroko ce soir. Il ne sait pas pourquoi, mais ce type lui a fait bonne impression, et il trouve sa compagnie, même silencieuse, réellement agréable. Et puis, il a bien bossé cette après-midi, il a mérité une petite bière.
Avant de partir, il envoie un message à Aomine :
Kagami - 17h17
Hey. J'espère que ta journée s'est bien passée. Je vais faire un tour au bar de Kuroko. Bon courage pour le boulot. J'ai hâte de te revoir...
Aomine reprend son souffle. Les mains sur les genoux. Après leur long déjeuner, il a ramené Satsuki en cours puis il a filé à la salle de sport, ne pouvant se résoudre à attendre l'heure de retourner travailler à ne rien faire. Il se dit vaguement qu'il devrait surement en rester là, le but n'étant pas de reprendre complètement épuisé. Mais il se sent encore nerveux et une dose d'endorphines supplémentaire ne sera pas de trop. Avant de changer de machine, il s'hydrate et vérifie son portable.
Le message de Kagami le fait sourire, et il s'empresse de répondre. Parler à sa meilleure amie et le sport l'ont aidé à y voir un plus clair et il se sent déjà beaucoup plus léger que la veille. Aussi, il aime savoir que Kagami cherche à passer du temps avec ses amis. Il donnerait cher pour pouvoir les rejoindre mais il a le sentiment que c'est peut-être mieux comme ça.
Aomine - 17h25
Hey :)
Pour l'instant ça va. Satsuki a adoré les cookies, même si elle ne m'a pas cru... la garce --' .
Oh cool ! Passe-lui le bonjour pour moi ! Le laisse pas t'embêter hein ?
Ouais... merci. J'appréhende un peu mais il faut bien y retourner un jour.
Ps: Je l'ai dit à Satsuki pour nous deux... j'espère que ça t'ennuie pas.
En appuyant sur envoyer il se mordille la lèvre, hésitant. Une minute plus tard, il le reprend pour ajouter ce qu'il s'était retenu de dire. Par écrit c'est un peu intimidant, parce que les mots restent, mais c'est ce qu'il ressent.
Aomine - 17h27
PsPs: Tu me manques aussi.
Kagami est en train de s'habiller quand il reçoit le double message. La dernière partie lui plaît tout particulièrement, ce genre de phrases lui fait palpiter l'estomac, et pour une fois, ce n'est pas la faim. Mais il est aussi touché, et même remué qu’Aomine ait parlé à sa meilleure amie. Ça veut dire que ça devient concret pour lui, suffisamment pour qu’il éprouve le besoin de le partager.
Kagami - 17h29
Tu vas vite reprendre tes marques au taf, et tu verras que ça t'a manqué.
Je suis content que tu aies parlé à Momoi. Je lui fais confiance.
Ok, je saluerai Kuroko de ta part. Je te renverrai un message plus tard :)
Il empoche son portable et termine de se préparer, puis il quitte son appartement. La fin d'après-midi est douce et les rayons obliques du soleil diffusent une agréable tiédeur dorée. Musique sur les oreilles comme à son habitude, il se dirige sans se presser vers le bar de Kuroko, profitant de la balade pour se détendre et se perdre dans ses pensées.
Une demi-heure plus tard, il est sur place. Il pousse la porte et pénètre dans l'atmosphère tamisée et accueillante du bar, où il n'y a encore pas grand-monde. Il se dirige directement vers le bar et y prend un tabouret. Il ne voit pas Kuroko et se dit qu'il doit être dans la réserve, quand il a la surprise de le découvrir à deux mètres de lui, en train d'essuyer des verres. Il va vraiment falloir qu'il s'habitue aux talents de disparition du jeune barman...
« Hey, salut Kuroko. Quoi de neuf ? »
Le jeune homme répond au sourire chaleureux de Kagami. Même si chez lui ça ne se manifeste que par un retroussement léger des lèvres et un plissement des yeux, le cœur y est. Il est content d'avoir l'occasion de le connaître un peu plus, et s'étonne de le voir débarquer seul. Ça a le don de piquer sa curiosité...
« Bonsoir Kagami-kun. Rien de palpitant. Tu es venu seul ? » demande-t-il en lui servant une bière.
« Thanks. Ouais... J'ai terminé ma journée et j'avais envie de venir boire un coup. J'aime bien ton bar. Et puis Dai-... Aomine travaille ce soir. »
Le fantôme tique intérieurement mais n'en montre rien. Il note cependant ce petit lapsus dans la pile des évidences qu'il n'avait pas su voir.
« Je suis flatté. Oh oui c'est vrai... il reprend aujourd'hui. Comment va-t-il ?
— Bien ! Enfin... Il appréhendait un peu de reprendre apparemment... Mais j'crois qu'il aime trop ce boulot, alors, il devrait vite se retrouver comme un poisson dans l'eau...
— Je ne m'en fais pas non plus, c'est un bon flic. Il s'est surement encore fait une montagne de pas grand-chose... »
Kagami rit un peu en entendant cette formulation, pour le moins assassine, mais il n'insiste pas sur le sujet.
« Faudra qu'on se refasse un basket un de ces quatre. C'était sympa la dernière fois. »
Kuroko acquiesce d'un hochement de tête en rangeant sa vaisselle. Puis l'air de rien il pose la question qui lui brûle les lèvres. Il sait que Daïki est parti randonner ce week-end. Sous couvert de les rendre vert de jalousie avec ses panoramas paradisiaques, c'est sa façon de les prévenir qu'il est en excursion, au cas où. Seulement sur un des clichés il lui a semblé voir deux tasses... Ce qui n’arrive jamais.
« Au fait, c'était comment la randonnée ? »
Kagami regarde son interlocuteur un peu étonné, il n'osait pas en parler car il n'était pas sûr qu'Aomine ait mentionné leur petite excursion...
« Oh, c'était super. C'est vraiment magnifique là-haut. J'ai même appris à pêcher ! »
Le barman observe son client un moment. Il ne peut s'empêcher de l'envier un peu. Mais il se ressaisit, tout ce qui compte après tout, c'est que Daïki se soit ouvert à quelqu'un. Et puis si ce qu'il pense avoir compris s'avère exacte, ce n'est pas si étonnant que ça que son vieil ami ait préféré emmener Kagami. Comment lui en vouloir ?
« Oui, ça en a l'air. Vous avez fait de bonnes prises ? » s'intéresse-t-il.
Kagami est soulagé d'entendre la voix de Kuroko, car il commençait à se décomposer sous cet examen silencieux, sans savoir déchiffrer les émotions sur son visage impassible.
« Ouais, suffisamment pour dîner en tout cas, explique-t-il. C'était la première fois que je faisais du poisson au feu de bois, mais ça a plutôt bien rendu. »
Kuroko avise sa clientèle et estime qu'il peut s'autoriser une petite pause. Il approche son tabouret du comptoir pour faire face à Kagami et se sert un verre.
« Tu aimes cuisiner ?
— Ouais... J'ai l'habitude depuis gamin, et comme j'adore manger, ça va plutôt bien ensemble. Tu cuisines, toi ?
— Oui, j'ai l'habitude aussi. Nana m'a appris très tôt. Mais je n'y prends pas spécialement plaisir.
— Faut du plaisir pour cuisiner ! s'offusque Kagami. C'est comme le basket ! Mais bon... en même temps, faut bien manger aussi, donc c'est toujours un talent utile j'imagine. »
Même si c'est un peu de l'ordre du blasphème pour lui de faire un plat comme on fait son ménage. Car non, contrairement à ce que pourrait croire Aomine, il n'aime pas faire le ménage. Il aime juste le résultat du ménage.
La remarque et l'air offusqué de son vis à vis amuse beaucoup Kuroko. Il se fait la réflexion que Daïki aurait pu dire quelque chose de similaire. Il ne déteste pas non plus cuisiner, c'est simplement qu'il mange peu, alors ça lui semble toujours demander trop d'effort en proportion.
« Je suis content qu'il t'ait rencontré Kagami-kun », lâche-t-il sans préambule.
Kagami hausse des sourcils étonnés à ce commentaire impromptu. Il se rappelle qu'Aomine lui a déjà fait remarquer que Kuroko disait tout ce qui lui passait par la tête, sans filtre, mais il doit avouer que c'est déstabilisant. Il rougit un peu et lâche un petit rire embarrassé avant de reprendre une gorgée de bière.
« Yeah... Je suis content de l'avoir rencontré moi aussi. »
Satisfait de sa réaction Kuroko lui adresse un nouveau sourire silencieux. Il apprécie vraiment ce que dégage Kagami, la façon qu'il a de parler de son ami, et ce sourire qu'il ne peut réprimer en l'évoquant. Il décide de ne pas l'embêter plus et change de sujet.
« Himuro-kun est bien rentré ? Il a aimé son séjour ? »
— Ouais il était content », répond Kagami, soulagé de passer à autre chose. « Ça faisait un moment qu'il avait pas pris de vacances et qu'il était pas revenu. »
Alors qu'il allait lui répondre, le carillon de la porte de l'établissement se fait entendre… Suivi de près d'un "Kuruko-chiii" strident et sonore.
Chapter Text
Kise avait confié rentrer bientôt pour quelques jours, mais Kuroko ne s'était pas douté qu'il viendrait le voir directement ici. Avant de le rejoindre, il jette un regard en coin à Kagami.
Le blond le serre contre lui dans une accolade étouffante, comme à son habitude. Il parvient à se libérer de lui sans parvenir à cacher sa joie de le voir.
« Je suis content de te voir Kise-kun. Qu'est-ce que tu veux boire ? Tu es arrivé quand ?
— Dans l'après-midi. Je sais que je devrais dormir mais j'avais trop hâte de voir le résultat des derniers travaux ici. C'est vraiment chouette ce que vous en avez fait avec Satsu-chi !
— Content que ça te plaise. »
Trop heureux de sa visite surprise, Kuroko lui fait faire le tour de l'établissement, faisant signe à Kagami qu'il revient, Kise pendu à son cou.
Depuis son tabouret au bar, Kagami a contemplé cette scène ébahi, pris au dépourvu par cette soudaine irruption d'enthousiasme. Il s’est demande un instant s'il devait tenter de sauver Kuroko des griffes de l'inconnu, mais il a décidé qu'il préférait ne pas s’en mêler. Laissant les amis à leurs retrouvailles, il sirote sa bière en écoutant la musique rock qui résonne en sourdine.
Ils échangent brièvement dans les parties privées qui ont aussi eu leur lot de changements. Kise lui semble rayonnant, comme toujours, malgré les heures de vol qu'il doit avoir dans les pattes.
« Pourquoi tu n'as pas dit que tu rentrais aujourd'hui ? On serait venu te chercher à l'aéroport.
— C'était un coup de tête, j'ai avancé mes plans, je ne voulais pas vous déranger à la dernière minute. »
Même si Tetsuya passerait bien sa soirée à écouter les récits des aventures de Ryota, il n'en oublie pas ses clients pour autant et invite le blond à rejoindre le bar où il lui sert à boire. Puis remarquant les verres vides sur les tables, il part prendre les commandes.
Kise est vraiment épaté par les changements apportés au bar dans lequel il a investi. Kuroko a su en faire un endroit à son image et il s'y sent comme chez lui. Il sourit en voyant son ami partir torchon sur l'épaule et s'installe au comptoir à côté du client avec qui Kuroko discutait quand il est entré.
« Bonsoir », lui lance-t-il dans un sourire avenant. « Désolé de vous avoir interrompu... » ajoute-il un brin gêné.
Kagami s'est instinctivement raidi en sentant la tornade blonde se rapprocher. Il lui jette un coup d'œil prudent. C'est seulement à ce moment qu'il remarque qu'il a affaire à quelqu'un de tout à fait inhabituel. Il lance un deuxième coup d'œil pour vérifier... Non, il ne s'est pas trompé, ce type est sacrément canon. Bon, pas autant qu'Aomine, du moins, pas dans le même genre... Mais sa beauté sort clairement du lot. Ce constat fait, il avale le fond de sa bière et s'éclaircit la gorge.
« C'est rien... Et puis, on est dans un bar après tout. On peut pas vraiment monopoliser le barman. »
Kise ricane. De loin il n'a pas vraiment fait attention, mais de près son voisin est tout à fait à son goût. Grand, épaules larges, charismatique et sur la défensive. Tout à fait le genre de défi qu'il aime bien se lancer.
« Moi je ne me gêne pas », s'amuse-t-il. Puis il pointe son verre vide du menton. « Tu en reprends une ? »
Kagami hésite. Il n'est pas sûr d'avoir envie de boire à côté d'un grand bavard. Cependant, il se rappelle ses bonnes résolutions. S'ouvrir un peu... Et puis quand on va au bar, ce sont des choses qui arrivent. Il hoche la tête.
« Ouais, la même chose. »
Kise fait signe à Kuroko, et ce dernier revient avec un plateau rempli de verres aux formes variées.
« Tu peux resservir une bière à ... » demande-t-il pour avoir le nom du jeune homme à ses côtés.
Kuroko hoche la tête et s'exécute, impatient de connaître la suite de cette rencontre inopinée.
« Kagami », répond l'intéressé, jetant un nouveau coup d'œil au blond. Il détonne un peu dans ce décor, il semble presque trop... sophistiqué ? Enfin, qui est-il pour juger ? En plus, il connaît ce bar depuis peu, peut-être que sa clientèle est très éclectique.
Le blond lève sa boisson colorée à son intention avec un sourire. Pas bavard le bougre... mais Tetsu a l'air toujours occupé et ce ... Kagami l'intrigue.
« Enchanté Kagami. Moi c'est Kise. Alors dis-moi, qu'est ce qui t'amène au Miracle ? »
Le nom de Kise semble vaguement familier, mais face à la présence quelque peu éblouissante de son voisin, Kagami n'arrive pas trop à se concentrer pour chercher dans sa mémoire.
« La bière, je suppose », répond-il sans même une pointe de sarcasme, avant d'ajouter : « Et Kuroko. Il est sympa. »
Non loin de là, Kuroko tend l'oreille en entendant son prénom mais ne dit rien et retourne à sa vaisselle.
« Oui hein ? Tu viens souvent ici ? » demande Ryota en s'accoudant au bar, le buste tourné vers son interlocuteur.
Ok... Définitivement un tempérament plus sociable que le sien, pense Kagami, étonné par son attitude. Un peu nerveusement, il fait tourner sa boisson dans son verre et répond :
« Euh... à vrai dire, ça fait pas très longtemps que je connais le bar. Toi oui je suppose. T'as l'air de bien connaître Kuroko. »
Kise hoche la tête avec un sourire radieux. Enfin une réponse de plus de trois mots.
« Tu supposes bien. On se connait depuis un bail. Mais je n'étais pas revenu depuis que le bar lui appartient », explique-t-il avant de poser une question plus personnelle. « Et toi comment tu as connu cet endroit, tu habites dans le coin peut être ?
— Hm... Pas très loin, répond vaguement Kagami. Mais j'ai connu Kuroko par un ami commun. »
Certes le blond ne fait que la conversation, mais Kagami le trouve tout de même bien curieux. La plupart des gens se seraient déjà découragés à ce stade, mais lui semble vouloir continuer son interrogatoire.
Nous y voilà, ne peut s'empêcher de penser Kuroko. Connaissant Kise, il ne va pas lâcher le pauvre Kagami. Il peut le dire à la main qu'il passe négligemment dans ses cheveux dorés avant de jouer "innocemment" avec un des anneaux ornant le lobe de son oreille. "Mauvaise pioche Kise-kun..." murmure-t-il pour lui-même de plus en plus curieux de la tournure que va prendre cette rencontre.
« Ah oui ? » s'étonne le blond en cherchant vaguement dans la salle quelqu'un qui pourrait être venu avec le bel inconnu.
Kagami fronce légèrement les sourcils, se demandant si cette attitude est naturelle ou... si l'autre essaie de le draguer. Ça lui semble tout de même assez improbable, alors il écarte cette idée.
« Il bosse ce soir, ajoute-t-il.
— Je vois, sourit le blond, satisfait. Et toi que fais-tu dans la vie Kagami ?
— Hm... Je suis dans l'e-sport. Et toi ? »
Avec un look pareil, sûrement dans le showbiz, suppose Kagami. Acteur ? Pop idol ?! Heureusement, pas de fans à l'horizon pour le moment...
Kise aspire un peu de son cocktail avec sa paille pour ne pas le lâcher du regard, captivé. Il n'a jamais vu des yeux pareils... Même lorsqu'il était mannequin... Il connait d'ailleurs deux ou trois photographes qui pourraient être aussi intéressés que lui. Il sort de sa rêverie et se redresse un peu à la question qui lui est posée.
« Ça a le mérite d'être original. Moi je suis Steward. Je suis payé pour voyager », explique-t-il fièrement dans un petit rire maîtrisé.
Un sourire étire le coin des lèvres de Kagami à cette remarque.
« J'imagine que c'est un peu plus compliqué que ça, mais je vois l'idée... Comme on pourrait dire que moi je suis payé pour jouer. »
Il songe ensuite que les passagers doivent tous être passionnés par ses démonstrations des gestes de sécurité en avion, et à cette idée, son sourire s'élargit un peu.
Le blond acquiesce avec un demi sourire amusé. Kagami n'a pas l'air du genre à se laisser berner et il doit dire que ça lui plait d'autant plus.
Le barman qui prépare la troisième tournée de sa table six lève les yeux au ciel. Allons bon... voilà que Ryota sort sa carte "je ne suis jamais là." Il ne compte plus le nombre de fois où il s'est servi de cette excuse pour s'assurer des histoires sans lendemain. Il hésite une seconde à mettre un terme à la supercherie, mais il s'amuse beaucoup trop. Qu'est-ce qu'il ne donnerait pas pour que Daïki franchisse cette porte...
À la place, il tente une intervention, espérant que le scénario qu'il s'imagine se réalise. En allant servir la table six il passe près du duo improbable de la soirée et glisse l'air de rien :
« Au fait Kise-kun, Kagami-kun t'a dit qu'il jouait au basket ? Tu pourrais venir avec nous la prochaine fois. »
En entendant le mot "basket", Kagami s'illumine et regarde le blond d'un œil nouveau, examinant par réflexe sa physionomie pour juger de ses capacités dans son sport préféré.
« Tu fais du basket ? » demande-t-il donc avec plus d'empressement qu'il n'aurait voulu.
Kise bat un peu des cils, surpris par l'enthousiasme évident de Kagami. Sous ses yeux, il s'anime d'une flamme qui lui donne immédiatement un sentiment de familiarité. Est ce qu'il fait du basket ? Il rit en se passant une main dans les cheveux, remerciant intérieurement Kuroko pour le coup de pouce.
« Oui, même si je joue moins qu'avant à cause du travail, c'est resté une activité importante pour moi, admet-il.
— Je vois... J'espère que t'es pas trop rouillé si tu viens jouer avec nous, parce que moi je joue au moins une fois par semaine ! Mais... ouais, ça pourrait être fun. J'aime bien rencontrer de nouveaux joueurs.
— Je pourrais te surprendre... » souffle Kise piqué au vif.
Rouillé ? Peut-être un peu et alors ? Ce mec parle comme s'il allait forcément le battre et ça réveille une vieille amie au fond de ses tripes. Il l'observe un peu en biais, jugeant sa carrure et ses potentiels atouts. Il veut bien admettre que la taille est en sa faveur mais ça ne lui fait pas peur. Il ne pourra jamais être plus impressionnant que Daiki, Mura ou Akashi. Et puis lui aussi il aime rencontrer de nouveaux joueurs... apprendre de nouveaux tricks, il ne dit jamais non. Kise se tourne sur son tabouret et s'appuie au bar pour avoir Kuroko en visuel.
« Kuroko-chi, t'es dispo comment cette semaine ? »
Tetsuya jubile...
Kagami est agréablement surpris de découvrir que le blond semble tout à fait disposé à disputer un match, et il sent même comme une volonté d'en découdre qui lui plaît bien. Il a bien envie de le tester... Alors lui aussi se tourne vers Kuroko, impatient d'entendre sa réponse.
Lorsqu'il ose un coup d'œil à son comptoir en essuyant une table, Kuroko a envie de rire. Deux paires d'yeux braquées sur lui, impatientes d'avoir son verdict. Il fait mine de réfléchir, et finit par répondre.
« Le jeudi ce n'est pas idéal pour moi mais le reste de la semaine si ce n'est pas trop tard je suis disponible. »
Kagami reporte son attention sur Kise qu'il observe avec un grand intérêt :
« Tu es en congés ? Moi je peux moduler mon emploi du temps et cette semaine je peux être là en fin d'aprem. »
Le blond n'avait rien prévu de spécial pour son retour. Et même s'il espère que Aomine sera disponible pour un petit affrontement à l'ancienne, revoir le beau Kagami et le mettre à l'épreuve est une option qui lui plait beaucoup.
« Oui, j'ai quelques jours. Si c'est fin d'aprem ça m'irait. Demain alors ? Ou vendredi ? propose-t-il en se tournant vers son futur adversaire.
— Demain », décide Kagami.
Vendredi soir, je serai peut-être mort dévoré par les chiens, pense-t-il sombrement en songeant à son pique-nique dans le parc. Alors autant faire un basket avant !
Kise acquiesce et lève son verre pour sceller l'accord et lance un regard déterminé à Kagami tandis qu'il entrechoque son verre avec sien.
« Kuroko-chi, tu crois que tu sais qui sera dispo demain ?
— Hm je ne sais pas... je pourrais lui demander. »
Kagami hausse un sourcil, on dirait que ces deux-là parlent de Voldemort. Mais enfin, si c'est un Voldemort du basket, ça lui convient.
« Ouais, moi aussi je connais quelqu'un que ça pourrait intéresser », annonce-t-il avec un sourire à l'intention de Kuroko.
Ce dernier inspire lentement et profondément pour garder son air impassible, mais ça devient difficile. Il reporte son attention sur son rangement pour ne pas trahir son hilarité grandissante.
« Oh oui bonne idée Kagami-kun.
— Oï il est bon au moins ton joueur ? questionne Kise soudain soucieux de s'ennuyer.
— S'il est bon ?! » s'exclame Kagami en regardant Kise, choqué à la seule pensée qu'on puisse remettre ça en question. « C'est le meilleur que j'ai jamais affronté, et pourtant j'ai joué aux USA avec des gens qui ont la culture basket dans le sang... »
Kise hausse un sourcil à l'assurance nouvelle de Kagami qui le ferait presque trembler s'il n'était pas sûr de connaître l'As des As. Un ricanement presque hautain lui échappe face à tant de présomption.
« Ah ouais rien que ça ? ... Et bien j'imagine qu'on verra demain. »
Kagami se fend d'un sourire. Finalement, il l'aime bien, ce type. Sans doute du genre coriace sur le terrain, et ça le rend curieux et impatient de l'affronter.
« Ouais, ça promet d'être intéressant. »
Il devine qu'en terme de jeu, Kise doit être plus proche d'Aomine que de Kuroko, mais quelque chose lui dit qu'il risque d'être surpris.
L'impatience fait bouillonner le sang du barman. Autant il hâte de voir la tête de ces idiots en découvrant le pot aux roses, autant la perspective de jouer avec Kise et Aomine comme au bon vieux temps le réjouit d'avance.
Kise est bien d'accord. Si Kuroko arrive à ramener Aomine, la déconfiture de Kagami risque d'être épique. Et il se fera même un plaisir de le consoler au besoin.
« Alors comme ça tu as déjà été aux States ?
— J'ai grandi là-bas... Je suis rentré au Japon seulement au lycée. Peut-être que tu connais un peu si tu voyages beaucoup ? J'étais à L.A.
— Ah oui ? Ça explique le basket ! » suppose-t-il, de plus en plus intéressé. « Je connais oui, j'ai déjà eu l'occasion d'y passer. Une chouette ville.
— Yeah, et puis y a de bons spots pour surfer. C'est mon sport préféré après le basket.
— Tu fais beaucoup de sport on dirait ? » s'amuse Kise en laissant trainer un regard sur le biceps de son voisin. « C'est vrai que c'est fun, j'ai la chance d'avoir pu tester plein de spots un peu partout et le mieux, je dirais que c'est l'Australie, si on oublie les requins...
— Et c'est difficile de les oublier, acquiesce Kagami d'un air grave. Mais ouais, je fais beaucoup de sport. J'ai toujours aimé ça et maintenant que je passe mes journées derrière l'ordi... Disons que ça devient indispensable. »
Il est plus détendu maintenant et commence même à apprécier la conversation. Il boit une gorgée de bière et reprend :
« J'imagine que toi c'est pareil... Ça doit donner envie de se défouler d'être coincé une dizaine d'heures dans un avion... »
Kise est ravi de constater que Kagami a l'air plus enclin à discuter. Et il se prête à l'exercice avec plaisir.
« Hm complètement. J'adore ce que je fais, il y a pleins d'avantages, mais sur les longs vols, il y a de quoi devenir claustrophobe. Et puis le sport ça m'aide aussi à mieux supporter les jet lags.
— Oh ouais, tu dois toujours être en décalé... C'est clairement pas un métier fait pour tout le monde. Alors... c'est quoi ton pays préféré ? »
Kagami n'a jamais voyagé en dehors des USA et du Japon, et encore, il n'a pas énormément visité ces deux pays, alors il est un peu curieux.
Le blond s'amuse de la question qu'on lui pose étrangement souvent. Contrairement à ce qu'on peut penser il n'a pas toujours le temps de visiter quand les escales sont courtes.
« Oui, c'est pas évident. Heureusement certaines villes ne dorment jamais. De ceux où j'ai vraiment eu le temps de séjourner, je dirais la Norvège sans aucun doute.
— Ah ouais ?! Mais il fait super froid là-bas, nan ?! » Entre les doux hivers de L.A. et le climat tempéré à très chaud en été au Japon, Kagami n'est pas vraiment habitué aux températures rigoureuses et il imagine ce genre de pays comme pris dans la glace toute l'année, invivable : terrain glissant au basket, surf inenvisageable. L'idée le fait frémir.
Kise rit un peu en voyant l'air effaré de Kagami.
« L'hiver seulement, l'été il peut y faire relativement chaud. Et bien équipé, c'est même possible d'y surfer. Ça demande un peu d'entraînement mais c'est faisable. C'est un endroit vraiment magnifique et d'un calme...
— Et depuis quand tu aimes le calme Kise-kun ? » ne peut s'empêcher d'intervenir Kuroko.
Ryota sursaute sur son tabouret, ayant complètement oublier la présence de son ami qui essuie des verres à quelques mètres de lui.
« Justement ! Je suis toujours dans le rush, et la Norvège ça m'apaise », explique-t-il en bougonnant.
Kagami a été surpris aussi par l'intervention de Kuroko, et il réalise avec une pointe d'angoisse que même si Kise qui le connaît depuis longtemps sursaute encore, alors il ne s'habituera probablement jamais vraiment à le voir surgir de nulle part.
« Ouais, j'aime bien les endroits calmes aussi, remarque-t-il. Mais bon, aux prochaines vacances, y a toutes les chances que je retourne à L.A. »
Le blond lance un regard noir à Kuroko avant de reporter son attention sur Kagami qui lui parle de son projet de voyage. Il le trouve vraiment charmant quand il sourit ...
« Il faut absolument que tu me partages tes bons plans pour la prochaine fois que j'y passe. Tu as de la famille là-bas ?
— Mon meilleur ami y vit. Et... mon père aussi. Ça fait longtemps que j'y suis pas allé. Je me suis habitué au Japon et y a des trucs que j'aime ici... Mais les USA, ça me manque quand même. »
Si Kise s'étonne de son hésitation il n'en montre rien. Il termine le fond de son verre et se dit qu'en prendre un autre ne serait pas raisonnable. Cumulé à la fatigue qu'il peut sentir lui tomber dessus et il ne sera pas foutu de tenir tête à Daïki demain. Il faut qu'il soit en forme.
« Ce sont deux univers bien différents. Je peux comprendre que ça te manque. Quand je pars pour plusieurs mois d'affilés, ça fait toujours du bien de rentrer. Même pour quelques jours.
— Ouais, tu m'étonnes ! Peut-être qu'un jour t'en auras marre et tu rentreras pour de bon. »
Kagami termine aussi son verre et s'étire.
« Bon... Je ferais mieux de rentrer. »
Voyant le jeune homme sur le départ, il ne prend pas la peine de répondre et lui sourit simplement, admirant le bout de peau que son geste dévoile furtivement. S'il avait perçu le moindre signe que Kagami était intéressé il lui aurait sans doute donné son numéro, mais il a le sentiment que ce mec ne l'appellera pas. Peut-être demain... se dit-il. S'il joue aussi bien qu'il le dit, il pourra toujours utiliser le prétexte du basket pour le revoir.
« À demain dans ce cas », le salue-t-il.
Kagami sourit et hoche la tête :
« Ouais, sois à l'heure. Ça m'énerve les gens en retard. »
Il renfile sa veste et salue Kuroko avant de quitter le bar, étonné par cette rencontre impromptue. Tandis qu'il prend la direction de son immeuble, il envoie un message à Aomine :
Kagami - 19h20
Hey, j'espère que tout va bien de ton côté. Ça te dit un basket demain, fin d'aprem ? J'ai rencontré un type qui prétend qu'il est bon :)
Kise ricane à la réflexion. Comme s'il avait envie de manquer ça.... Puis il se rapproche de son vieil ami, curieux d'en apprendre plus.
« Tu l'as trouvé où ce gars sérieux ? Il est trop canon !
— Sur un terrain de basket.
— Il a l'air bon. J'ai hâte de voir ce qu'il sait faire.
— Je peux t'assurer que tu ne vas pas t'ennuyer... » avoue Kuroko en riant intérieurement.
Cette promesse ne laisse Kise que plus rêveur, mais il n'oublie pas non plus l'autre adversaire qu'il brûle de revoir.
« Tu diras pas à Daïki que je suis rentré hein ? Je veux lui faire la surprise. J'espère qu'il pourra venir...
— Ne t'en fais pas Kise-kun, il viendra. »
Satisfait, Kise lui sourit et passe le bras par-dessus le comptoir pour lui ébouriffer les cheveux, ce qui lui vaut un regard assassin. Il rit à cet élan d'humeur et se détourne pour partir à son tour.
« Tu ne veux pas rester dormir ? J'ai de la place.
— C'est gentil Kuroko-chi mais maman m'attend. Et puis si je reste, on va parler toute la nuit, et j'ai besoin de dormir.
— Comme tu veux. À demain Kise-kun, embrasse ta maman pour moi.
— Ce sera fait ! Bye. »
Et il sort du bar en saluant son ami, lui lançant un dernier clin d'œil pour la route.
Kuroko le suit du regard à travers sa devanture. Il se fait la réflexion que Kise a toujours su faire des entrées très remarquées, et celle-ci risque de s'inscrire dans les annales... Comme plus personne ne l'observe, il laisse ses lèvres dessiner le sourire qu'il retient depuis trop longtemps.
Aomine vient tout juste de terminer de se changer dans les vestiaires du poste qu'il retrouve malgré toute son appréhension, avec plaisir. L'odeur familière du cirage qu'ils utilisent pour entretenir leurs rangers et le son des casiers en métal qu'on referme derrière soi. Toutes ces petites choses du quotidien auxquelles on ne fait plus attention mais qui nous sautent aux yeux quand elles nous ont manqué. Avant de sortir pour prendre son service, il lit le message de Kagami qui lui donne immédiatement le sourire.
Aomine - 19h25
Ça va, je pars en patrouille avec mon chaperon.
Ah ouais ? Évidemment que ça me dit ! Les prétentieux j'aime pas ça.
Kagami rit doucement en lisant cette réponse. C'est quand même Aomine qui s'est présenté comme imbattable. Ce n'est pas vrai, mais comme Kagami l'a dit à Kise, c'est effectivement le meilleur qu'il connaisse.
Kagami - 19h27
Ok, disons à mon terrain à 17h, alors. Je vais aller me faire à manger, je meurs de faim. Bon courage pour la patrouille. I miss you.
Il range son portable et enfonce les mains dans ses poches, accélérant le pas pour rentrer chez lui. Bientôt il ne pense plus au basket ni à son étrange rencontre, alors qu'il rejoint son appartement et commence à cuisiner un repas copieux. Il a passé une bonne journée et il sent qu'il ne fera pas long feu ce soir, d'autant qu'il pressent que demain sera une journée bien remplie.
Dans le parking où on lui a dit d'attendre son "coéquipier" qui n'a en réalité que pour mission de le surveiller le temps de sa mise à l'épreuve, Aomine se demande de qui il peut bien s'agir. Forcément un officier plus gradé que lui suppose-t-il. Et en fonction du type choisit par son boss, il saura en mesure de savoir à quel point ce dernier est remonté contre lui.
C'est pourquoi quand il découvre Tadashi qui lui presse l'épaule pour lui signaler sa présence il est franchement surpris. Masato le met en binôme avec son ancien senpai ?
« Fais pas cette tête Aho, tu vas gober des mouches ! se moque son collègue.
— Pourquoi tu m'as rien dit abruti ! » le rabroue Aomine.
Finalement, la reprise ne s'annonce pas aussi dure qu'il l'a imaginé. Il se dit aussi qu'il serait vraiment temps d'affronter son chef qu'il évite scrupuleusement depuis sa mise à pied. Visiblement, sa colère est passée, ou alors il l'a surestimé... Il décide de remettre la question à plus tard, reprenant son sérieux en entrant dans le véhicule de fonction. Très vite les réflexes et son professionnalisme reviennent lui coller à la peau comme un second uniforme tandis qu'ils s'infiltrent dans la circulation de Tokyo.
Après son dîner, Kagami se cale devant un film, échangeant quelques messages avec Tatsuya, à qui il explique un peu les évolutions de sa relation avec Aomine. Évidemment, son frère de cœur fait comme s'il n'était pas surpris le moins du monde et qu'il avait tout prévu depuis le début, ce qui agace Kagami, mais il a l'habitude. Et puis, malgré tout, ça lui fait du bien de discuter avec son meilleur ami. Avant de se coucher, il envoie un dernier message à Aomine :
Kagami - 22h49
Je me suis déjà habitué à dormir avec toi... Le lit semble un peu vide. J'ai hâte de te voir demain.
La soirée est plutôt calme. Ils ont reçu un appel du central mais l'intervention était trop loin de leur secteur. Ils restent tout de même en alerte au cas où des renforts seraient sollicités, mais rien. Il parle un peu avec Tadashi, il rit à une ou deux de ses conneries. Puis ils décident de parcourir à pied un quartier avec de nombreux bars où il finit souvent par y avoir du grabuge. Montrer qu'ils sont là, prêts à intervenir, suffit la plupart du temps à calmer les ardeurs. Alors que son collègue leur commande un petit encas à emporter sur la route, il s'autorise à regarder son portable qu'il a senti vibrer il y a une heure de ça. Son cœur fait un bond dans sa poitrine et il pianote une réponse en vitesse, même s'il se doute que Kagami dort déjà.
Aomine - 00h04
J'espère que ça ne t'empêchera pas de dormir ;)
Je peux passer chez toi avant le match si tu veux. Tiens-moi au courant.
Bonne nuit Taïga.
La vibration réveille Kagami dont le sommeil était léger. Il est heureux de trouver une réponse à son message et il se sent soudain un peu moins seul.
Kagami - 00h06
Yeah, ça me plairait bien. Viens quand tu veux. Bonne nuit Daiki.
Il referme les yeux, un sourire aux lèvres, et cette fois plonge dans un vrai sommeil, réparateur et profond.
Aomine joue avec son téléphone, se disant qu'il le rangera quand Tadashi reviendra, juste au cas où. Sans s'y attendre vraiment, il espérait une réponse et celle-ci lui tire un nouveau sourire.
« Tu me diras qui te met de si bonne humeur un jour ? » lui demande son collègue qu'il n'a pas entendu approcher.
Pris en flagrant délit de rêvasserie, il range son téléphone et saisit le sachet de nourriture qu'on lui tend. Il se renfrogne un peu puis lance un regard en biais à son voisin qui lui sourit chaleureusement. Ce gars a toujours cherché à fraterniser avec lui et se montre souvent prompt à l'aider ou le soutenir malgré ses rejets, alors peut-être qu'il peut lui céder un peu de terrain pour saluer ses efforts.
« Mouais... si t'es sage. Un jour peut-être.
— Alors je suis en probation moi aussi ? » se marre son chaperon en lui donnant un coup de coude.
Il pouffe au trait d'humour qui termine de le détendre en secouant la tête.
Kagami ne se réveille pas du reste de la nuit et dort tranquillement jusqu'au lendemain matin. Et la première chose à laquelle il pense en émergeant, c'est au moment où Aomine viendra le rejoindre. C'est étrange, depuis qu'il lui a fait sa déclaration, Aomine lui manque tout le temps, il éprouve le besoin de le voir, de ressentir sa présence, de le toucher.
Il secoue la tête en soupirant. Il est vraiment atteint... mais ça n'entame pas son moral pour autant. Alors il se lève et commence à se préparer pour la journée, ses pensées toujours tournées vers le brun.
Emmêlé dans les draps, la tête enfouie entre deux oreillers, la sonnerie de son téléphone le tire du sommeil. Il a vaguement conscience que ce n'est pas la sonnerie du réveil mais la musique attribuée à Satsuki. Il attrape donc l'objet du diable à tâtons et décroche en baillant.
« Quelle heure il est ?
— Bonjour Daï-chan ! Alors cette repise ? Il est midi, "interdit avant sauf urgence". »
La grosse voix que se donne sa meilleure amie dans une tentative d'imitation le fait rire malgré lui. Il se retourne dans les draps en se frottant les yeux et lui raconte brièvement pour la rassurer. Puis avant de sortir de son nid il s'étire et écrit à Kagami en se disant que la prochaine fois, il aimerait bien qu'il soit la première personne à l'appeler au réveil.
Aomine - 12h13
Hello toi.
Bien dormi ?
Kagami est déjà installé à son bureau, se préparant pour la session d'entraînement de l'après-midi, quand il reçoit le message du brun.
Kagami - 12h14
Yep, bien dormi. Et toi ? Pas trop dure la reprise ?
Aomine - 12h15
Aussi. Non, ça aurait pu être pire. Je te raconterai.
Et la simple perspective de le voir plus tard dans la journée l'aide à sortir de sa chambre. Avant tout, caféine.
Kagami sourit et se met sur le vocal avec ses coéquipiers. Il tâche de se concentrer, mais c'est difficile aujourd'hui. Il rêvasse, il n'écoute ce qu'on lui raconte que d'une oreille. Ce n'est que lorsque le match commence qu'il arrive à ramener son esprit dans le moment présent, et non dans le futur proche avec Aomine. Et heureusement, avec l'entraînement, la journée passe toujours vite.
Après son repas Aomine s'occupe de quelques affaires administratives qu'il devenait urgent de gérer et il prend des nouvelles de sa mère qui ne lui a toujours pas donné de date pour l'exposition dont elle lui avait parlé. C'est aussi une façon détournée de savoir si Masato lui a fait part de sa mise à pied, et encore une fois il s'étonne de découvrir que non, tout en étant soulagé. Puisque l'affaire est presque derrière lui il préfère ne pas l'inquiéter et lui parle plutôt de sa randonné et son passage chez les Takahashi. Il regrette vite d'avoir abordé le sujet, sentant sa mère partie, inaccessible. Il laisse échapper un long soupir entre tristesse et agacement essayant de se rappeler de ne pas le prendre pour lui.
« Bon 'Man je vais devoir y aller. Tu me dis quand tu sais pour la date, que je puisse m'arranger le plus tôt possible.
— Hm ? Oh oui mon chéri d'accord. À bientôt.
— Bisous 'Man. »
Il raccroche et se frotte le visage, ne voulant pas laisser cet appel lui saper le moral. Il avise l'heure, pour voir si elle a quand même un peu avancée.
Aomine - 15h48
Fais-moi signe quand tu as finis ton entraînement ;)
Kagami guettait son téléphone en attendant un message du brun et bondit presque pour répondre.
Kagami - 15h49
J'ai presque fini, tu peux venir maintenant.
Il a déjà prévenu ses coéquipiers qu'il finirait plus tôt aujourd'hui, et personne n'a protesté. Et puis, ils ont fait une bonne session et il y a comme une ambiance de fin de journée de cours, quand on sent approcher le moment où la sonnerie va libérer tout le monde. Bien sûr il a été traité de lâcheur et gentiment raillé, mais au fond, les autres ne semblent pas mécontents de quitter plus tôt. Alors ils terminent leur partie et Kagami ne s'attarde pas sur le vocal, saluant tout le monde brièvement avant de se lever pour vérifier que tout est en ordre dans son appartement.
Sans plus tergiverser, il sort de chez lui heureux d'avoir eu le feu vert. C'est rare que Kagami quitte ses pensées. Ce qui le dérangeait il y a encore peu de temps au point de lui faire peur, ça lui donne le sourire aujourd'hui. Parce qu'il a le sentiment réconfortant à chaque fois qu'il pense à lui, que quelqu'un l'attend quelque part. Il est tellement pressé de le voir qu'il en a occulté la raison première de sa visite chez lui, si bien qu'à la moitié du chemin il a l'étrange impression d'avoir oublié quelque chose...
Ce n'est qu'en montant les marches de l'immeuble jusqu'à l'étage du tigre que ça le percute. Il s'arrête dans sa course et jette la tête en arrière en grognant. Son sac de sport... Il a oublié son sac de sport ! Après quelques secondes à hésiter, il décide de ne pas faire demi-tour, se disant que Kagami aura bien un short à lui prêter. Il frappe à sa porte en se sentant tout de même très con.
Le cœur de Kagami fait un petit bond dans sa poitrine quand il entend frapper à sa porte. Il se dépêche d'aller ouvrir et s'illumine en voyant Aomine sur le seuil.
« Hey... »
Il l'attire à l'intérieur et referme la porte du bout du pied tandis qu'il enlace le brun et vient chercher ses lèvres pour un tendre baiser.
Aomine lui rend immédiatement son étreinte, un sourire étirant ses lèvres entre deux baisers. Puis lorsqu'il sent Kagami se détacher de lui, il resserre ses bras autour de sa taille et vient voler ses lèvres dans un baiser plus mordant. Il est vraiment heureux de le voir. Il a même l'étrange sensation que ça fait des jours qu’il ne l’a pas vu...
« Hey... » souffle t'il en le lâchant doucement.
Le cœur de Kagami s'emplit de bonheur en sentant le brun réceptif et aussi empressé que lui. Peut-être qu'il n'est pas le seul à avoir eu l'impression d'être séparés depuis trop longtemps.
Il lui propose un soda et ils s'assoient dans le canapé. Il ne peut détacher ses yeux de lui, étudiant son profil, tâchant de lire toutes ses petites expressions. Puis il pose une main sur sa cuisse et demande :
« Alors, raconte-moi. Ça a pas été trop tendu avec tes collègues ? »
Le brun boit un peu du sodas rafraîchissant et calle son pied sous la cuisse revendiquée par Kagami pour un peu mieux lui faire face.
« Pas du tout. Il y a bien eu quelques murmures quand ils m'ont vu revenir mais je suis pas resté longtemps au poste. Je t'avais dit que je serais supervisé encore quelques temps ? Eh bien mon chaperon c'est Tadashi, le gars contre qui on a joué chez moi la dernière fois. Du coup j'imagine que ça aurait pu moins bien se passer. Et en plus de ça la nuit a été calme. »
En terminant il prend conscience de sa propre excitation et rougit un peu sous le sourire de Kagami qui le couve du regard. Il ricane en se frottant les cheveux.
Le rouge hoche la tête en l'écoutant, il se sent idiot d'être aussi heureux de le voir et de lui parler, mais il ne peut pas y faire grand-chose, alors il se laisse porter par le flot. Il se rapproche un peu tandis qu'il voit le brun un peu intimidé ou embarrassé et pose un baiser sur sa joue.
« Je me souviens de Tadashi, dit-il en se reculant. Il avait l'air sympa. Si tu t'entends bien avec, c'est cool que ce soit lui qu'on t'ait collé sur le dos. »
Aomine hoche la tête puis fronce un peu les sourcils. Il y a quand même quelque chose qui le dérange dans tout ça.
« Oui, un peu trop cool même si tu veux mon avis. Je sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que Masato a fait exprès de me rendre la reprise plus facile.
Kagami sourit et hausse les épaules :
« C'est peut-être le cas. Il s'est peut-être senti obligé de te suspendre, mais il en avait pas vraiment envie, parce qu'il comprend pourquoi t'as agi comme ça. »
Daïki a déjà réfléchi à cette possibilité et c'est bien ça qui l'ennuie. Masato n'est pas que son boss et parfois, il a du mal à savoir sous quelle casquette il agit.
« Je_ je t'ai pas tout dis sur lui... J'aime pas en parler parce que je n'ai pas envie que les gens se fassent des idées au boulot. Mais on a une relation particulière lui et moi. »
Kagami le regarde un peu surpris et l'encourage à continuer. Il a conscience d'en savoir peu sur le brun, et il est heureux qu'il continue à s'ouvrir à lui.
« D'accord. C'est qui pour toi alors ? »
Aomine inspire profondément et pose son coude sur le dossier du canapé pour soutenir sa tête, trouvant les doigts de Kagami sur sa cuisse de son autre main. Maintenir le contact le rassure.
« Il a fait ses classes avec mon père. Ils ont été affectés au même endroit et sont devenus coéquipiers. Puis plus que ça encore. Ils étaient inséparables. Mon père a même finit par tomber amoureux de la sœur de Masato, à force de traîner chez eux. » Il sourit à se souvenir tendre qu'il a entendu tant de fois étant gamin... « Ma mère. » ajoute-il pour ne laisser aucun doute sur leur affiliation.
Kagami écarquille les yeux à ce récit. Les liens d'Aomine avec son métier sont encore plus profonds qu'il ne le croyait. D'un côté, ça le rassure de savoir qu'il a quelqu'un pour veiller sur lui au boulot et qui a pu peut-être être à ses côtés quand il a fallu surmonter l'épreuve du décès de son père. D'un autre côté, il sait comme ce métier tient à cœur à Aomine et ça ne doit pas toujours lui faciliter les choses que tout cela ait un côté... personnel et familial.
Il caresse doucement ses doigts entre les siens et hoche la tête.
« Je vois... Mais ça veut pas dire qu'il te fait des traitements de faveur. Enfin, tu le connais mieux que moi, mais moi ce que je sais, c'est que tu laisserais personne le faire, que tu détesterais ça... Et je parie qu'il le sait aussi. »
Exactement. Encore une fois Kagami arrive à le comprendre et ça gonfle sa poitrine d'un sentiment chaud et doux. Ces propos le font sourire et il ne peut qu'acquiescer.
« Oui, il le sait. Mais quand il me facilite la vie comme ça, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il me couve ou qu'il me favorise. D'autant plus que depuis la lettre officielle pour m'informer de ma mise à pied, et le sermon dans son bureau, je n'ai pas eu de nouvelles. Bon ça m'allait bien jusque-là ... admet-il. Mais je sais pas. J'aurais presque préféré qu'il m'en fasse chier, tu vois ? »
Il se frotte le crâne en ricanant, désabusé. Conscient de son incohérence. N'importe qui se serait réjoui de la situation, mais lui n'arrive pas à s'en satisfaire.
« Dans ce cas, toi, tu devrais aller le trouver. Et mettre ça au clair. Cela dit... »
Kagami sourit et ne peut s'empêcher de le taquiner en le chatouillant un peu :
« Bien que tu sois adorable et donc que je ne peux blâmer personne de vouloir te couver, je pense que tout le monde sait que tu n'en as pas du tout besoin... »
Aller voir Masato, c'est ce qu'il avait prévu de faire... arrive-t-il à penser avant de subir l'assaut de Kagami. Il laisse échapper un petit cri de surprise amusé en se contorsionnant pour éviter une autre attaque. Ça a au moins le mérite de l'empêcher de rougir.
Puis il lui sourit et laisse ses doigts remonter le long de son bras comme s'il marchait dessus.
« Et toi alors ? Je te suffis déjà plus que tu cours les bars en quête de nouveaux adversaires ? »
Le léger contact lui donne un frisson et les paroles d'Aomine aussi, curieusement, font palpiter sa poitrine.
« Pour ma défense, je cherchais rien du tout ! C'est lui qui m'a abordé. Plutôt étonnant de tomber par hasard sur un type qui aime le basket, mais bon, je dis jamais non à un nouvel adversaire. »
Aomine éclate de rire. Il lui faut quelques secondes pour se calmer face au comique de la situation. Bien que ça ait aussi quelque chose d'inquiétant...
« À croire que tu les attire ! lance-t-il en se rappelant leur rencontre.
— C'est une théorie intéressante, rigole Kagami. Au moins, comme ça, je serai jamais à court d'adversaires. Mais... Je suis sûr que tu resteras mon préféré », ajoute-t-il avec un sourire aguicheur.
Ses mots et son regard chaud lui donne tout de suite moins envie de rire. Il frémit en imaginant Kagami tomber sous le charme de chaque joueur digne de ce nom qu'il pourrait rencontrer. Il se rapproche de lui et saisit sa nuque.
« Il y a plutôt intérêt... » souffle-t-il de son air narquois avant de posséder ses lèvres pour lui ôter le moindre doute.
Kagami n'offre aucune résistance à ce baiser délicieux qui réveille toutes ses terminaisons nerveuses. Sa langue vient caresser sa comparse tandis qu'il noue une main sur la nuque du brun, l'autre remontant sur sa taille sans tarder à se glisser sous son t-shirt. Il aime le contact chaud et soyeux de sa peau sous sa paume, redécouvrir une nouvelle fois le dessin de ses hanches et le creux de ses reins. Quand il rompt le baiser, un peu essoufflé, il murmure en l'enveloppant d'un regard brûlant :
« Ça m'avait manqué... »
Le cœur de Aomine court dans sa poitrine jusque dans sa gorge. La lueur qu'il peut lire dans le regard de Taïga lui brûle les tripes, écho de son propre désir. Il frisonne sous la douce caresse de sa main qui l'explore. Il vient coller son front au sien pour piquer ses lèvres d'un autre baiser tendre. Il se demande vaguement si ce match est si important en enfouissant ses doigts dans la chevelure de Kagami.
« À moi aussi... » admet-il en se reculant un peu, ne pouvant détacher son regard de lui.
Kagami se mordille la lèvre et jette un coup d'œil à l'heure. Ils ont encore un peu de temps... Alors il pousse Aomine pour qu'il s'allonge sur le canapé et vient le surplomber, pressant amoureusement son corps contre le sien tandis que sa bouche vient se poser sur son cou qu'il couvre de baisers avides et mordants.
Daïki étouffe un gémissement sous la morsure du tigre. Il a déjà le souffle court d'anticipation mais il aime beaucoup trop ce que ces baisers déclenchent en lui pour songer à ralentir. Il laisse ses mains glisser sur les flancs de Kagami jusqu'à la frontière de sa peau qu'il effleure de ses pouces. Il veut en éprouver toute la chaleur et la douceur, alors sans plus se poser la question, il remonte le tissu de son vêtement pour en profiter pleinement. Kagami remontant sur sa nuque dans une caresse humide vient lui tirer un soupir. Il peut sentir sa jugulaire pulser contre sa langue et ça ne fait qu'en accélérer les battements.
Le tigre lâche sa proie à regret pour retirer son t-shirt qui le gêne, et fait aussitôt subir le même sort à celui d'Aomine. Il contemple un instant ses pectoraux bien dessinés et ses abdominaux tout en finesse, puis il revient s'attaquer à son cou, inspirant son parfum épicé qui lui fait tourner la tête. Il peut sentir le corps du brun frémir contre le sien, apparemment tout aussi avide de son toucher qu'il l'est du sien, et il se laisse captiver par cette sensation qui a quelque chose de vertigineux. C'est toujours si intense avec Aomine, il a toujours l'impression que ses propres émotions et sensations l'emportent toujours plus loin, mais il n'a pas envie de se retenir, de chercher la prudence... Il aime cette force qui les attire l'un vers l'autre et tout ce qu'elle lui fait éprouver.
Dans cette position, peau contre peau, Aomine a bien plus conscience du corps de Kagami que les dernières fois. Son poids sur lui qui semble décuplé par l'avidité de ses gestes. Il comprend en le découvrant si vorace que Taiga s'était peut-être bridé auparavant. Il en éprouve un élan d'affection pour lui qui ne fait que grandir jour après jour. Instinctivement il passe une main sous la ceinture de son jean pour lui saisir une fesse et la presser doucement dans sa paume. Puis il redresse la tête pour venir trouver le creux de son épaule qu'il mordille et embrasse. Il ne se laisse pas surprendre par sa propre fougue, préférant montrer à Kagami qu'il n'a pas besoin de se retenir si c'est encore le cas.
Les caresses d'Aomine l'électrisent, il adore sentir ses mains, sa bouche le parcourir et témoigner du désir du brun pour lui. Doucement, il commence à descendre sur sa poitrine, venant envelopper un téton de sa langue, prenant plaisir à le sentir durcir sous ses sollicitations.
Cette fois Aomine ne peut retenir sa voix. Ni son corps de réagir. Il s'arque sous l'attention inédite portée à cette zone qu'il n'aurait jamais cru si sensible. Un peu affolé, il cherche le regard de Kagami qu'il trouve alors que son tortionnaire change de côté pour infliger le même traitement à son autre téton. Le regarder faire rend la chose encore plus érotique et ses hanches commencent à onduler d'elles même contre le torse buriné de Kagami pour chercher une délivrance, apaiser la tension de son bassin.
La réaction de plaisir et d'excitation intense que lui offre le brun tord son ventre de désir. Il a envie de le dévorer. Il a envie d'entendre d'autres gémissements semblables, de le transporter, de lui faire tout oublier. Il se redresse, le temps de défaire le pantalon du brun, et le descend sur ses cuisses en emportant son boxer avec, puis, après avoir jeté un coup d'œil au visage empourpré d'Aomine pour s'assurer que tout va bien, il se penche entre ses cuisses et vient donner un coup de langue gourmand sur sa verge palpitante.
Aomine se laisse retomber sur le sofa la tête en arrière, poings liés sur son front dans un grognement guttural de pure extase. Il a un peu de mal à saisir ce qui lui arrive. Tout ce que lui fait Kagami et qu'il pensait connaître le transporte dans des lieux inconnus. Quand il sent le souffle chaud de son amant s'échouer sur son sexe, il tremble. Il tremble d'envie. Son ventre se contracte presque douloureusement tant la vague de plaisir est intense lorsque les lèvres brulantes de Taïga se referme enfin sur son gland. Il s'oblige alors à respirer profondément et glisse une main possessive dans la crinière du fauve en se redressant pour le voir l'engloutir.
« Argh fuck... » lâche-t-il la mâchoire serrée.
La voix rauque, étouffée d'Aomine noue son bas-ventre, et son cœur s'affole dans sa poitrine alors qu'il laisse glisser sa queue entre ses lèvres, le caressant de sa langue en laissant échapper un grognement sourd de désir. Il sent le regard du brun sur lui alors qu'il le prend dans sa bouche, savourant son goût et découvrant son volume d'une autre manière, terriblement sensuelle. Il creuse les joues et commence à aller et venir lentement, concentré sur sa dégustation.
Ce son qui fait vibrer sa queue lui indique que Kagami prend au moins autant de plaisir que lui et il ne profite que d'autant plus de sa bouche avide qui se fait soudain plus étroite. La langueur de ses gestes est une douce torture. Et pourtant à travers elle il peut sentir toute la passion que met Taïga dans sa gâterie et il en est submergé d'émotion. Cet acte pourtant charnel n'a rien de purement physique. Il l'a déjà éprouvé à l'onsen, mais c'est encore plus fort à la lumière de jour et peut être aussi de ses sentiments, chez lui, dans le cadre de leur réalité quotidienne.
Kagami resserre ses lèvres sur sa proie, ses gestes commencent à se faire plus énergiques tandis qu'il cherche à faire monter rapidement le plaisir du brun. Il a envie de le faire jouir... Sentir son corps se tendre puis se relâcher, et être la cause de son extase. Chaque fois que sa queue glisse entre ses lèvres, venant se loger au fond de sa gorge, il peut sentir les vagues voluptueuses qui traversent le brun, son corps ondulant avec lui, et il en tire un plaisir profond, quelque chose de gratifiant qui fait bouillonner sa poitrine.
Aomine resserre sa poigne dans les cheveux de Kagami qui sont aussi humides que sa peau. Il sent qu'il va venir d'une seconde à l'autre et il aimerait le prévenir. Mais il a la gorge trop sèche de ses soupirs et la conscience trop loin pour parvenir à parler. Pourtant au lieu de suivre son geste et de remonter sur lui, le tigre redouble d'ardeur en resserrant sa prise sur son aine. Il halète, à bout de souffle, incapable de résister plus longtemps au plaisir intense que lui procure Taïga. Alors qu'il peut sentir son membre toucher une nouvelle fois le fond de la gorge de son prédateur, il se libère dans un long gémissement, le corps cambré par un spasme foudroyant.
Kagami accueille son orgasme avec une plainte étouffée, recueillant sa semence chaude sur sa langue en éprouvant une profonde satisfaction qui emplit son cœur de chaleur. Il attend quelques instants avant de le relâcher doucement, puis vient poser un baiser sur son bas-ventre, son estomac, son sternum et enfin dans son cou, juste sous la ligne de sa mâchoire. Il peut sentir le pouls affolé du brun sous ses lèvres, et il caresse son flanc tendrement en le laissant reprendre ses esprits.
Aomine frissonne à chacun de ses baisers. Cet orgasme le laisse plus sensible, et plus conscient de l'homme qui le lui a procuré. Quand il atterrit un peu, il enroule ses bras lourds d'endorphine dans le dos de Kagami et revient vite chercher sa nuque, ses doigts raffolant du toucher de ses mèches courtes et soyeuses. Il soupir de bien être en savourant la plénitude qui l'envahit. Puis il entrouvre les yeux à la recherche du regard de braise et lui sourit en le rencontrant.
« C'est le moment de me demander ce que tu veux... t'es beaucoup trop doué », confesse-t-il encore sur son nuage.
Kagami rigole doucement, contemplant l'expression rêveuse sur le visage d'Aomine. Il pique un baiser sur ses lèvres.
« Really ?! Hm... Je suis content que ça t'ait plu... Moi j'ai adoré... T'es délicieux... » conclut-il en le dévorant du regard.
Cet aveu lui fait monter le rouge aux joues. Rares sont ses anciennes partenaires ayant consenti à aller au bout de ce plaisir. Alors il ne peut s'empêcher de trouver la gourmandise de Kagami fascinante. Il soutient son regard en caressant sa joue d'un pouce perdu sur sa mâchoire et hoche la tête.
« Oui, j'ai vraiment aimé ça. Merci... » murmure-t-il.
Kagami sourit, se perdant dans son regard d'un bleu profond, si intense. Chaque fois que leurs pupilles se croisent, il éprouve comme un choc, parfois presque douloureux, mais ça fait palpiter son cœur et il ne se lasse pas de la fascination que ses yeux exercent sur lui.
« Me remercie pas pour ça... Ou alors faudra que tu me remercies souvent, car j'ai bien l'intention de recommencer plein de fois... »
La simple suggestion emballe son rythme cardiaque. Mais il trouve ça un peu injuste. Il aimerait pouvoir lui montrer sa reconnaissance de la même façon. Lui faire ressentir ce qu'il a éprouvé. Même si la plupart de ses relations ont été pour un soir, il n'a jamais été du genre égoïste, à prendre sans donner. L'idée que Kagami puisse le penser le contrarie et il fronce les sourcils.
« Taïga... et toi ? Je voudrais, tu sais...Mais je me sens pas… »
Il se sent ridicule à bafouiller de la sorte et s'agace de ne même pas réussir à prononcer les mots.
Kagami sourit devant la confusion du brun et caresse sa joue.
« Don't worry... Pas besoin de forcer les choses. Et puis... on a le temps. Enfin, en général ! Parce que là... J'crois que ça va être l'heure d'aller jouer au basket. »
Aomine laisse échapper un grognement plaintif. Jouer au basket ? Maintenant ? Il ne s'en sent pas la force. Kagami l'a vidé.
« Avoue que t'as fait exprès pour que je joue moins bien ! le taquine-t-il en mordant son épaule avant de le voir disparaître.
— Tu vas jouer moins bien ? s'amuse Kagami. Honnêtement, j'aurais plutôt pensé que ça aurait l'effet inverse. »
Il se redresse et attrape son t-shirt, tendant le sien à Aomine.
En se redressant il sent ses jambes encore un peu flageolantes alors il a comme un doute mais ne l'exprime pas, espérant que Kagami ait raison. Il enfile son caleçon qu'il retrouve au pied du canapé et en cherchant son bas, il se rappelle qu'il lui en faut un autre.
« Tu pourrais me filer un short ?
— Ouais, pas de problème. »
Kagami fouille dans son placard et lui tend un short, et en prend un pour lui qu'il enfile rapidement. À vrai dire, il serait bien resté là avec Aomine à profiter de lui et de son corps délicieux, mais il est tout de même curieux d'affronter le blond de la veille.
Une fois habillé, Daïki s'étire pour refaire circuler son sang et va se servir à boire sans demander la permission. Un petit geste bête, mais qui atteste de l'intimité qu'il a développé avec Kagami. Puis il rejoint le vestibule pour enfiler ses chaussures, où il pique un baiser sur les lèvres de Taïga au passage.
« Il est vraiment bon à ton avis ce gars ? Ça me ferait chier qu'on y soit allés pour rien... demande-t-il avec un sourire équivoque.
— Difficile à dire, il a le physique pour en tout cas. De toute façon il a intérêt, parce que moi non plus j'ai pas envie d'y aller pour rien », grogne Kagami en remontant la bretelle de son sac de sport sur son épaule avant d'ouvrir la porte.
Le brun rit dans son dos en constatant qu'ils sont d'accord sur ce point et vient embrasser sa nuque en le serrant un peu contre lui tandis qu'il déverrouille la porte, ayant décidément beaucoup de mal à se défaire de lui et de son odeur mêlée de sexe, enivrante.
« Au pire on écourte et on remonte ici... suggère-t-il en quittant l'appartement.
— Ouais, c'est toujours une possibilité » sourit Kagami.
En arrivant dehors, il voit tout de suite que le terrain est encore vide, mais ils ont un tout petit peu d'avance. Il dépose son sac au pied du grillage et en sort un ballon.
« Parfait, on a le temps de s'échauffer un peu ! » lance-t-il à Aomine en même temps que le ballon.
Content de pouvoir se mettre en jambe et défaire son corps de ses derniers engourdissements, il sourit à son rival préféré et se met en position devant lui, joueur. Kagami, son regard déterminé et son sourire carnassier lui font face et il frémit d'excitation. Ce mec le rend vraiment fou...
Il dribble un peu dans un jeu de jambes à sa sauce, fait passer le ballon entre puis change de main une fraction de seconde avant de foncer comme une flèche. Il sait que Kagami aime particulièrement les départs en force...
Le tigre se tenait prêt à le voir s'élancer, si rapide que ça l'éblouit chaque fois. Il détend son bras pour tenter de chiper le ballon, mais Aomine est trop rapide et il pivote pour courir à sa suite. Quand il bondit pour tirer, il ne se gêne pas pour se coller dans son dos, son odeur chatouillant ses narines tandis qu'il tente de dévier le ballon.
Sur le terrain, il a tendance à faire abstraction de tout le reste. Mais il a du mal à ne pas apprécier le poids de Kagami qui vient le percuter sans retenue. Pour protéger son bien, il se recroqueville sur lui-même pour rejoindre le sol alors que Kagami continu de monter et shoot dans son dos tandis qu'il redescend, impuissant.
Voyant qu’il ne parviendra pas à lui arracher le ballon, Kagami y donne un coup violent et la balle s’enfuit buter contre le grillage. Il la récupère, impatient de passer à l’attaque à son tour, et dribble en observant son adversaire. Il adore ces face à face durant lesquels ils se jaugent, se frôlent, luttent au corps à corps pour la suprématie. Il finit par trouver la faille et se précipite en avant. Il approche du panier, l'adrénaline l'électrise. Aomine fond sur sa droite, mais il décide de tenter le dunk quand même. Il bondit dans les airs, avec ce sentiment si satisfaisant de s'arracher à la gravité. Aomine bondit aussi, il lui fait face maintenant et un instant, Kagami a un doute. Mais il s'est propulsé plus haut et balaie la défense d'un geste puissant, écrasant le ballon dans l'arceau en bousculant son adversaire.
Daïki a encore du mal à savoir s'il adore ou s'il déteste ça. C'est très ambivalent... Néanmoins bon joueur, il salue la beauté du geste incontestable dans une moue silencieuse avant d'aller récupérer le ballon.
Alors que Kise suit Kuroko à travers le labyrinthe des rues de ce quartier qu'il ne connait que très peu, il sent l'euphorie d'avant match le gagner en approchant du terrain où résonne déjà le rebond d'une balle. Il a hâte de voir la tête de son vieil ami grincheux. Pourtant, il s'arrête net devant la scène dont il vient d'être le témoin. Les yeux exorbités, sa mâchoire prête à se disloquer pour rejoindre le sol, il croit halluciner.
« Kuroko-chi... c'est Aomine-chi là-bas ? parvient-il miraculeusement à articuler.
— Oui Kise-kun, je t'avais bien dit qu'il serait là.
— Et... et c'est Kagami-chi qui vient de lui dunker au visage en toute détente ? S'alarme le blond.
— Oui Kise-kun. Tu viens, on va leur dire bonjour. »
Kuroko prend quelques instants pour graver le visage de Kise déformé par l'incompréhension et l'ahurissement dans sa mémoire, et celle de son téléphone. Puis rejoint le terrain en laissant Kise se remettre du choc.
Kagami s'apprête à se repositionner en défense quand il aperçoit Kise approcher... puis Kuroko, en cherchant mieux. Il sourit et s'essuie le front d'un revers de main, déjà un peu essoufflé par leurs premiers échanges musclés. Il se tourne vers les nouveaux venus.
« Salut les gars. »
Chapter Text
En entendant la voix de Kagami, Aomine relève immédiatement la tête, pressant le pas pour le rejoindre quand soudain... Il bloque. Mais qu'est-ce que…
« Aomine-chiiiiiiiii ! »
Il réceptionne la tornade blonde tant bien que mal, luttant pour garder l'équilibre, son cerveau cogitant à toute allure. Sa grande main libre vient s'écraser sur le visage de Ryota – technique ancestrale pour parvenir à le décoller de lui – et lui aboie dessus sans ménagement.
« Bordel Ryota mais qu'est-ce que tu fous là ?!
— T'es pas content de me voir ? » S'amuse le blond en se recoiffant d'un geste savant.
Le choc passé, Aomine prend le temps de contempler son ami, laissant un sourire se dessiner sur ses lèvres en réalisant que si, il est vraiment heureux de le voir. Il le saisit par le cou et l'entraine avec lui vers les deux autres en riant.
« Bien-sûr que si je suis content de te voir ! Pourquoi t'as rien dit abruti ?
— Surprise ! » Lui répond Kise dans un sourire de mille watts.
De son côté, peu surpris de ses retrouvailles en fanfare dont il a l'habitude, Kuroko reporte plutôt son attention sur le visage de Kagami, qui a l'air de se décomposer comme un bonhomme de neige en plein été.
Pourquoi n'y a-t-il pas pensé ? se demande Kagami, complètement confus. C'est pour ça que le nom de Kise lui disait quelque chose... C'est le type avec qui Aomine a fait les quatre cents coups... Il se traite d'idiot, il devait vraiment être distrait la veille pour ne pas avoir fait le lien alors qu'il était dans le bar de Kuroko. Kagami fronce les sourcils en reportant son attention sur celui-ci. Pourquoi est-ce qu'il n'a rien dit ?! Il croit déceler une lueur d'amusement dans son regard placide et lâche un grognement agacé. Décidément, il semble que tous les amis d'Aomine soient plus tarés les uns que les autres. Sauf Momoi. Momoi est okay. Il regarde Kise et secoue la tête...
« Dai m'a déjà parlé de toi... J'aurais dû deviner que c'était toi. »
Kuroko ne cille pas face au regard réprobateur de Kagami. Il ne se sent aucunement coupable. Après tout ce n'est pas comme s'il avait menti.... Il a juste omis un détail. Que les deux garçons auraient cent fois pu découvrir seuls. Et c'est bien ça qui le fait mourir de rire à l'intérieur en ce moment.
Aomine ne comprend pas et fronce les sourcils au ton grave de Kagami. Il pose successivement son regard sur lui, et sur sa cible en quête de réponses.
Kise se redresse un peu, se libérant du contact du brun. Il n'est pas sûr d'abord que Kagami parle d’Aomine... Le surnom Daï le fait tiquer. Ces deux-là se connaissent, et manifestement très bien.
« Attends... C'est lui ton pote en commun avec Kuroko ? comprend-il en pointant Aomine du doigt.
— C'est ça. Mais apparemment Kuroko trouvait plus marrant de nous regarder discuter sans percuter. » Il hausse les épaules et ajoute : « Enfin, ça change rien ! » Il glisse un sourire en coin à Aomine : « Alors, du coup, il est bon ou c'est que de la gueule ? »
Aomine émet un long "heu" dubitatif, pas certain d'avoir tout saisit mais supposant par déduction logique que le sujet de la question est Kise, il l'observe de haut en bas d'un œil critique.
« Il se défend, admet-il en haussant les épaules. Mais j'ai entendu dire que la haute altitude pouvait affecter la masse musculaire, donc bon... »
C'est trop pour lui. Kuroko glisse une main devant sa bouche pour étouffer un gloussement. Kise est vraiment la personne qu'il préfère rouler dans la farine. Il est encore en train d'essayer de connecter tous les fils, et il se délecte de voir la lumière s'allumer enfin à tous les étages.
Maintenant que Kise a refait tout le fil de sa conversation avec Kagami, il a très envie de rire lui aussi. La description du dunker sur ce fameux joueur aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Et le surf. Et son nom. Mais il a été ébloui par son charisme et son charme sauvage. Comprenant qu'on se fout ouvertement de sa gueule, il finit tout de même par s'insurger :
« Espèce de ganguro à la noix ! Tu vas voir si j'ai perdu quoi que ce soit Ahomine ! Et toi fantôme de pacotille, j'te r'tiens ! Tu paies rien pour attendre ! »
Seulement, il ne fait que déclencher l'hilarité générale, comme d'habitude ! Il croise les bras sur sa poitrine, songeant sincèrement à changer d'amis d'enfance...
Kagami s'amuse de la scène, visiblement Kise a l'habitude d'être chambré par les deux autres. Il a un peu pitié de la victime de cette vendetta et lui donne une claque amicale sur l'épaule.
« On a qu'à régler ça au basket. Tu veux faire équipe avec moi ? »
Kise s'éloigne de Aomine en levant le menton dans un geste théâtral et rejoint Kagami, profitant de l'occasion pour se rapprocher de lui. Il avait déjà très envie de jouer, mais l'idée de fermer le bec des deux imbéciles qui lui servent de potes encore secouer de rires le galvanise.
« On leur met la pâtée, et après je t'affronte Kagami », déclare Kise avec assurance.
En entendant ça, Aomine reporte son attention sur Ryota. Il a mal au ventre d'avoir autant ri, mais ce regard noisette mielleux au possible, il le reconnaitrait entre mille. Son estomac se serre pour une toute autre raison. Il fronce les sourcils et questionne silencieusement Kuroko, qui balaie sa question d'une main. Ce qui ne le rassure pas le moins du monde...
La panthère semble contrariée de cette alliance, note Kuroko qui se dit que lui, il n'a pas fini de rire...
Kagami apprécie la confiance du blond. Il va leur en falloir contre le duo Aomine/Kuroko, qui va être plus que redoutable. En plus, ils ont l'avantage de tous se connaître, ainsi que leurs façons de jouer respectives... Tandis que lui ne sait pas à quoi s'attendre avec Kise. Mais en général, il n'a pas vraiment de difficulté à s'adapter à un nouveau coéquipier. Il se met en position sur le terrain, regardant Aomine qui a toujours le ballon sous le bras, et lance à Kise :
« Ça me va. Je suis prêt. »
À la vision du binôme souriant qui se forme sous ses yeux, Aomine peut sentir son sang bouillonner dans ses veines et bander ses muscles. Sa mâchoire se contracte involontairement. Il inspire pour s'inciter au calme en se positionnant. S'il connait Kise et son tableau de chasse, il connait aussi Taïga et doute qu'il soit réceptif à l'approche du blond, ni même qu'il la soupçonne. Et puis si Kise se fait trop entreprenant à son gout, il n'aura qu'à lui en coller une. Cette idée termine de le calmer et ne laisse que l'adrénaline et l'envie d'en découdre saturer son système. Kuroko doit le sentir, car il se place déjà dans leur formation la plus offensive.
L'excitation de Kise monte d'un cran en sentant l'atmosphère changer drastiquement quand Daïki se met à dribler. Comme si la balle sous son contrôle ne faisait pas trembler que le bitume, mais toutes les particules autour d'eux. Au regard tempêtueux braqué dans le sien, il ne peut retenir un sourire de gamin.
Kagami perçoit l'aura électrique qui émane d'Aomine et est un peu étonné de le voir aussi déterminé à en découdre, comme s'il avait un compte personnel à régler. Mais enfin, ça lui convient, il aime quand il dégage cette impression de menace presque palpable. Il se prépare et s'écarte un peu en gardant Kise dans son champ de vision. Quand le brun s'élance, il vient instinctivement au contact, utilisant son envergure pour faire barrage du mieux qu'il peut en tâchant de prévenir toute tentative de passe à l'insaisissable Kuroko.
Aomine tente d'exploiter une faille, mais Kagami la comble aussitôt. Il recule sur ses appuis pour avoir un plan plus large de la situation et un éclair sur sa vision périphérique l'incite à passer en force, quitte à bousculer un peu son opposant.
Kuroko saisit la balle avant que Kagami ne la touche et dribble en direction du panier surveillant Kise qui est déjà sur sa trajectoire. Un courant d'air s'infiltre sous son t-shirt et il passe la balle à Aomine qui esquive déjà le blond. Il tente il tente d’empêcher Kagami de coller aux basques d’Aomine, mais ne parvient qu’à le ralentir. Suffisamment cependant pour permettre à son partenaire de shooter en toute quiétude.
Kise soupire en se passant une main dans les cheveux. Ces deux-là... il a toujours préféré les avoir de son côté, mais il se donne encore quelques minutes pour s'échauffer. Il a deux trois petites choses à leur montrer...
Kagami récupère le ballon souplement et commence aussitôt à avancer, il n'a pas envie de perdre de temps à jauger ou à élaborer des stratégies. Il a envie de jouer, quitte à passer en force. Aomine vient lui opposer une résistance solide. Ne parvenant pas à échapper à sa défense de plus en plus agressive, il fait une passe à Kise qui remonte sur sa droite, et il se débarrasse rapidement du brun pour remonter vers le panier et porter assistance au blond si besoin. Il observe son tir bien maîtrisé qui passe au-dessus de la tête de leurs deux adversaires et rentre dans les filets sans même frôler l'arceau. Il sourit, appréciateur :
« Joli ! »
Kise se fend d'un sourire, content de lui et surtout du compliment. Pour enfoncer le clou, il lance un clin d'œil à ses adversaires en reprenant place.
Kuroko se concentre, content d'avoir eu l'occasion de faire plus d'exercice ces derniers temps pour pouvoir assurer ce match qui est déjà rude.
Aomine lève les yeux ciel en réponse à cette provocation et vient se frotter directement à Kise pour le round suivant. Le blond ne recule pas et déploie sa défense. Il remarque tout de suite le changement, Kise s’est amélioré. Il ne se laisse pas surprendre pour autant par sa nouvelle technique et avance, cherchant à la briser. Mais c'est sans compter sur Kagami qu'il sent se coller dans son dos en renfort. Un sourire sauvage étire ses lèvres et il peut sentir le feu parcourir son échine devant ce challenge. Il protège son dribble et recule pour créer une ouverture. Le tigre descend sur ses appuis pour les rendre plus solides et il saisit sa chance en se faufilant comme une anguille dans l'espace qu'il aperçoit. Kuroko l'attend sous le panier, il lui fait la passe pour accélérer et se défaire de ses deux poursuivants qu'il entend derrière lui.
Tetsu sait ce qu'il a à faire et lance le ballon en direction du panier. Dans un même geste, Kagami et Kise s'élancent pour contrer le tir, mais comme prévu, la balle rebondit sur le panneau pour atterrir dans les mains de Daïki. Qui tire, et marque.
C'est du beau travail d'équipe, Kagami est bien obligé de le reconnaître. Aomine et Kuroko jouent ensemble comme le font des amis de longue date, sachant anticiper les réactions de l'autre. Ça risque d'être un match serré, mais ils peuvent espérer fatiguer Kuroko en le faisant courir un peu.
Cette fois, c'est Kise qui récupère le ballon et il le laisse mener l'offensive, bougeant autour de lui pour toujours se trouver au point le plus avantageux en cas de passe. Il aperçoit Kuroko qui tente de se glisser inaperçu pour profiter d'un instant de distraction du blond, vu qu'Aomine lui mène la vie dure, et Kagami vient s'interposer pour repousser le fantôme. Il est satisfait de constater qu'il arrive de mieux en mieux à le repérer malgré sa facilité à se faire oublier, cependant, il a conscience qu'il doit maintenir toute sa concentration pour ne pas se laisser avoir.
Kise parvient à contourner Aomine dans un mouvement furtif et leste qui lui rappelle étrangement... Aomine lui-même. Tout à sa surprise, il se laisse distancer et regarde d'un peu plus loin le duel que le blond et le brun se livrent sous le panier.
Aomine grogne. Évidemment, il s'y était attendu... Ce roublard de Kise a pris sa vieille rengaine au pied de la lettre et s'amuse à utiliser ses tricks contre lui. En plus d'être efficace, ça l'agace et ça le déconcentre. Mais il se ressaisit pour retrouver son état de transe. Il a bien d'autres tours que Kise ne connait pas.
Ravi de son petit effet, le blond profite d'avoir déstabilisé Aomine pour sauter avec un temps d'avance. Il sait que c'est dangereux de tenter le diable qui se trouve déjà face à lui et ne se sent pas encore assez chaud, alors il passe la balle dans son dos et de son coude, il la propulse sur le côté où Kagami s'est glissé.
Kuroko est aux anges, même si c'est surement synonyme de défaite pour lui, Ryota n'a vraiment rien perdu.
Le rouge réceptionne la balle par réflexe et se tire de sa rêverie pour passer à l'action. Il dribble hors de portée de Kuroko et se rapproche du panier. Aomine est là pour le contrer et il compte une nouvelle fois sur sa puissance davantage que sur son habileté pour anéantir la défense du brun. Il bataille un peu avec lui, cherchant à lui faire faire un pas en arrière, et dès qu'il y parvient, il bondit de toutes ses forces et dunke sans lui laisser la moindre chance de riposter.
La difficulté fait palpiter le cœur d’Aomine, et sa peau le picote tellement ses sens sont aux aguets. Il rage un peu de prendre un point mais dans le fond, il aurait été déçu de trouver un Kise ramolli. Son sourire est incontrôlable quand il dribble en direction du centre du terrain pour l'engagement suivant. Il ne pense plus à rien d'autre que l'instant et s'imprègne des expressions de ses deux adversaires, aussi dangereux l'un que l'autre. Il sent aussi la présence de Tetsu dans son dos. Silencieux, à l'affut, toujours là pour le seconder.
Face à lui, c'est au tour de Kagami de l'affronter, et son aura bestiale le frappe aussi puissamment que ses dunks. L'esprit épuré par l'effort et l'intensité du jeu, il le trouve juste magnifique. Le souvenir fugace de sa déclaration lui semble presque irréel dans ce contexte-là, pourtant savoir qu'à la fin ils seront de nouveau plus que de simples adversaires lui donne des ailes.
Cette fois Aomine ne joue pas au chat et à la souris en dribblant. Il bondit sur place les jambes écartées pour faire une passe en arrière à son ombre, et dans une pirouette, il passe Kagami en le frôlant, comme un courant d'air. Il trouve Ryota qui a anticipé sa trajectoire sous le panier mais ne ralentit pas. Il récupère le boulet de canon de Kuroko alors qu'il a déjà décollé du sol et vient enfoncer la balle dans l'arceau en s'y raccrochant, Kagami sur le dos. Lui aussi, il sait dunker.
Le tigre tend la main pour tenter de récupérer le précieux ballon, mais ce dunk est parfaitement exécuté et il ne peut rien faire. Très proches l'un de l'autre, ils s'emmêlent en retombant au sol et perdent l'équilibre, Kagami s'étalant sur le dos avec Aomine pesant de tout son poids sur lui. Ses poumons se vident instantanément sous la pression et il s'empresse de reprendre une goulée salvatrice tandis qu'il sent monter un éclat de rire et qu'il tente de se débarrasser de son encombrant fardeau.
« J'aurais pas pensé que t'étais aussi lourd sérieux... » balbutie-t-il entre deux éclats de rire étouffés.
Aomine met une seconde à comprendre ce qui lui arrive, et où il a atterri. C'est plus confortable que le bitume. Il se perd un instant dans le regard rieur et hypnotique de Kagami et lui sourit. Il se sent fondre de l'intérieur. Joueur, il ne retient pas son poids et se laisse peser un peu plus sur lui, faisant le mort. Le rire de Taïga le secoue et il vient murmurer à son oreille :
« Ça avait pas l'air de te déranger la dernière fois... »
Puis il se décide à se relever et tend le bras au tigre pour l'aider. Oubliant un instant qu'ils ne sont pas seuls il passe sa main dans ses cheveux par réflexe, pour vérifier qu'il n'ait pas de blessure à la tête.
« Ça va ? J'tai pas fait mal ? » s'inquiète-t-il.
Kagami sourit, frissonnant doucement à ce simple geste. C'est comme ça depuis le début, Aomine s'inquiète toujours de son bien-être d'une façon dont il n'a pas l'habitude et qu'il trouve très touchante.
« T'inquiète, j'ai rien. »
Puis, sentant deux paires d'yeux braquées sur eux, il récupère le ballon qui a roulé dans le coin du grillage, et se prépare à repartir à l'offensive, rassemblant la concentration perdue pendant ce petit interlude.
Kise reste une fois de plus hébété devant la scène. Il se fait étrangement l'impression d'un voyeur, sans savoir pourquoi. Il sait que Daïki peut être très attentionné, et attentif. Mais le voir agir aussi tendrement avec un inconnu le déstabilise plus qu'il ne saurait le dire. Il détourne le regard et se force à ne pas écouter leurs messes basses, alors qu'il brûle de curiosité. En jetant un œil au sixième homme, s'attendant à le trouver au minimum confus, il semble au contraire tout à fait serein. Pire... il croit déceler de la satisfaction dans l'ombre de son sourire invisible. Il cherche en vain les yeux de Aomine, en quête d'indices mais ce dernier n'est dévoué qu'à Kagami.
Aomine observe Kagami tandis qu'il les rejoint au centre avec le ballon, analysant ses gestes pour s'assurer qu'il va bien. Ne trouvant rien d'anormal dans sa démarche, il tente de se replonger dans le match.
Le rouge prend son temps pour dribbler, le rythme entêtant du ballon rebondissant sur le bitume agissant comme un métronome pour le musicien, lui redonnant le tempo. Et il s'élance, gardant un œil sur Kise qui contourne le terrain par la gauche alors qu'Aomine reste focalisé sur lui. Il se dit que c'est le moment de tester les réflexes du blond, et, alors qu'il s'approche tant bien que mal du panier, il pivote brusquement sur ses appuis et bondit pour passer à Kise qui semble lire son intention. Le blond attrape la balle au vol et dans un geste fluide, l'expédie dans l'arceau avec aisance. Clairement, sa technique est très bonne, constate Kagami avec un sourire. Ça le change des jeunes du quartier, très motivés et énergiques, mais toujours un peu brouillons dans leurs gestes.
Kise laisse ses interrogations pour plus tard, trop à son bonheur de retrouver les sensations du basket. Comme il l'a dit à Kagami, il pratique encore, le plus souvent qu'il peut. Mais ce n'est pas pareil de jouer avec de vieux copains. Il est aussi agréablement surpris par le jeu de son coéquipier. Aussi technique que puissant. Assez pour faire reculer la redoutable panthère. Kuroko n'avait pas menti sur ce point, il doit le reconnaître.
Quand son lancer entre dans le filet, il sourit à Kagami, le pouce levé.
« Nice passe ! »
Leurs échanges continuent à bon train, Aomine comme toujours montant en puissance au fil des minutes. Cependant, Kagami et Kise s'avèrent former un bon duo, et ce sont eux qui ont engrangé le plus de points au compteur quand Kuroko déclare forfait, aussi rouge que les cheveux de Kagami. Ce dernier, enchanté par cette victoire, se jette sur sa bouteille d'eau qu'il descend à grandes gorgées, l'énergie et l'adrénaline fourmillant dans ses muscles. Bien que les amis d'Aomine aient visiblement un grain, il a très envie d'en rencontrer d'autres, s'ils sont tous aussi bons au basket.
« Je m'habituerai jamais à tes boulets de canon », dit-il à Kuroko en riant, essoufflé. Puis il se tourne vers Kise : « Jolie technique. C'est bizarre, des fois tu bouges exactement comme Daiki... »
Aomine ricane, les mains sur les hanches. Il reprend son souffle en attendant qu'une âme charitable lui prête un peu d'eau.
« Ouais, incapable de trouver son propre style, il s'amuse à piquer celui des autres ! » Explique-t-il.
Kise s'étouffe presque avec sa gorgée en entendant la remarque. Il gonfle les joues, vexé.
« Je le pique pas, je le sublime, nuance !
— Et moi je ne me lasse pas de te voir voler Kagami-kun », complimente Kuroko, ignorant le duel qui se joue au-dessus de lui.
Kagami sourit à Kuroko, authentiquement heureux qu'il apprécie son style.
« Thanks. »
Puis, il tend sa bouteille à Aomine qui semble bien en avoir besoin. Il s'abstient de remarquer qu'il ne trouve en rien que Kise "sublime" le style d'Aomine, qui à son sens demeure inimitable, mais il trouve intéressante cette capacité à se l'approprier. Poussé par sa curiosité, il demande :
« Tu prends ce qui te plaît dans le jeu des autres et t'arrives à le reproduire ? »
Ravi de trouver un interlocuteur intéressé, Kise lance un sourire moqueur à Aomine avant de s'accouder à l'épaule de Kagami pour lui répondre.
« Oui c'est l'idée. S'il y a une technique que je trouve stylée ou qui se combinerait bien avec une autre, j'observe et j'exécute. Ça me permet aussi de me renouveler tu vois ? »
Tandis qu'elle se désaltère, la panthère ne loupe pas une miette de ce rapprochement physique qui tord ses tripes. S'il s'écoutait, il éloignerait Kise à coup de pied. Respire Daïki, s'intime-t-il.
Le rouge ne déloge pas ce coude, se faisant la réflexion qu'Aomine n'est pas le seul à bien aimer être proche physiquement des gens, ce qu'il trouve toujours aussi perturbant, mais qu'il tolère tandis qu'il réfléchit aux explications de Kise.
« Ouais, je vois, dit-il finalement. Mais en général, c'est plus facile à dire qu'à faire. Y a des raisons pour lesquelles on a chacun notre style, ça dépend du physique, de l'habitude, de pleins de choses... Après, c'est vrai que y a des joueurs plus polyvalents que d'autres » conclut-il.
Kise acquiesce à l'analyse de Kagami puis lâche un petit rire en se passant une main dans les cheveux. Dans un clin d'œil il assure avec conviction :
« Alors dis-toi que je suis la polyvalence incarnée. »
Aomine roule des yeux. Ce qu'il ne faut pas entendre... Il sent peser sur lui un regard azur et reporte son attention sur Kuroko. Il se fait transpercer dès que leurs pupilles se croisent. Il déglutit, se rappelant soudain qu'il s'était promis de lui parler.
« Je peux passer demain ?
— Quand tu veux Aomine-kun. Tu m'aideras pour la livraison ?
— Ouais, ça marche... » Accepte-t-il en lui tendant son poing.
Kagami jette un coup d'œil à Kise, après ces explications, il se demande s'il doit s'inquiéter de le voir dunker comme lui. Puis, il hausse les épaules : il peut toujours essayer ! Puis, il s'écarte et récupère le ballon.
« Bon, tu voulais un petit one on one ? » demande-t-il en faisant tourner le ballon sur son index.
Kise hoche la tête, le feu de l'adrénaline ravivant ses instincts. Il le suit sur le terrain et se retourne à mi-chemin.
« Prépare toi Aomine-chi, après c'est ton tour !
— Si Taïga t'a pas tué, j'te terminerai avec plaisir ! » Lance-t-il en mimant un baiser provocateur.
Kise lui tire la langue dans une grimace enfantine et il pouffe, s'installant à côté de son ombre pour admirer le spectacle.
« Taïga... » Répète doucement Tetsuya.
Aomine se sent rougir et le bouscule un peu, lui arrachant un demi sourire qu'il devine moqueur.
« Oh la ferme Tetsu... »
Kagami n'a pas encore dépensé toute son énergie, il a largement assez en réserve pour relever le défi intéressant que lui pose Kise. Face à lui, il dribble d'une main à l'autre et il commence à avancer, testant son adversaire en lui tournant autour, en enchaînant les feintes. Le blond suit assez aisément son rythme, et son expérience se devine à la façon dont il anticipe ses gestes et évite les pièges de ses feintes. Satisfait de son examen, Kagami commence à pousser en avant, protégeant son ballon d'un bras tendu devant lui tout en cherchant à forcer le passage en profitant de sa stature plus imposante.
Kise a déjà pu le constater de loin, mais face à lui il a tout le loisir d'éprouver la puissance de Kagami. Son jeu de jambes étonnamment rapide pour sa stature, il se rend compte à quel point il l'a sous-estimé la veille dans le bar. Il le laisse venir à lui, profitant de son statut de spectateur encore un peu, cherchant ses intentions dans ses frémissements.
Attentif, il se laisse pourtant surprendre par la force qui le bouscule. Il recule d'un pas qu'il plante solidement dans le sol pour stopper la progression de l'adversaire. Alors que Kagami reprend son drible dont il a saisi le rythme, cherchant une autre faille, il propulse la balle de sa paume à la Kuroko, et s'élance à sa suite vers le panier opposé.
Kagami s'est laissé surprendre par cette tactique inattendue. C’est comme s’il n’avait pas affaire à un seul joueur, mais à plusieurs en un ! Voilà qui promet d'être épineux, mais cela le stimule d'autant plus. Il aime ces moments au basket où on affronte une situation imprévue, qui force à improviser et à déployer tout son arsenal technique. Kise récupère le ballon et il en profite pour lui passer devant pour lui faire barrage, bien décidé à ne pas le laisser marquer. Il est plus méfiant maintenant, il ne s'attend à rien, et à tout, et surveille attentivement son rival du jour comme un fauve qui épie le moindre mouvement de sa proie.
Le blond jubile en découvrant l'air plus concentré de Kagami. Il sent qu'il a éveillé toute son attention. Satisfait, il sourit en se redressant. Il place son dribble légèrement derrière lui tandis qu'il recule d'un pas, puis deux et shoot sans s'inquiéter de la distance. La courbe est parfaite, il n'effleure même pas l'arceau.
Aomine s'est tendu dès qu'il a vue Kise changer de position. Non... il ne va pas oser ?
« Il est en pleine forme tu ne trouves pas ? » demande Kuroko qui a l'air de beaucoup s'amuser.
Kagami a cru que Kise reculait pour échapper à sa défense resserrée, et il ne s'attendait pas à ce tir qui passe loin au-dessus de sa tête. Médusé, il se tourne pour voir le ballon passer les filets et rebondir souplement sur le sol. Perplexe, il se dépêche d'aller le récupérer en analysant rapidement ce qui vient de se passer. D'un seul coup, c'est comme si Kise était devenu plus grand qu'il ne l'est, juste le temps de tirer à distance avec une souplesse et une maîtrise hors du commun. Sentant qu'il n'est pas au bout de ses surprises, Kagami se repositionne. Au bout d'un moment, il finira par pouvoir lire les gestes de Kise et même les anticiper. Ce n'est qu'une question de temps. C'est comme ça qu'il a appris le basket, et il conservera toujours cette philosophie inculquée par Alex : il faut réessayer, sans se lasser, jusqu'à ce qu'on y arrive. Aucun défi n'est trop grand. Alors c'est avec une détermination renouvelée qu'il commence la contre-attaque. Il ne se laissera pas impressionner.
Kise qui croyait voir son adversaire troublé est quelque peu perplexe en sentant son aura changer, se faisant plus menaçante. Il lance un regard furtif à Aomine sur le bord du terrain et commence à comprendre... Kagami n'est pas seulement doué... c'est un joueur d'exception et il n'est pas le seul à l'avoir remarqué. Ce mec dégage un truc d’étrangement familier qu'il ne saurait décrire, mais qu'il commence à percevoir plus nettement dans la fougue qu'il met dans leur affrontement.
Le jeu s'accélère. Ils ont cessé de se jauger et jouent à plein potentiel. S'il a pu mettre de jolis points avec ses techniques préférés, Kagami a trouvé son point faible. Comme Daïki à l'époque, il se fait un malin plaisir de le faire courir aux quatre coins du terrain et sa précision en prend un coup. S'il est quasi inarrêtable au sommet de sa forme, il se fatigue vite. Or le tigre qu'il affronte n'a pas l'air de manquer d'endurance, lui… Et il commence sérieusement à avoir du mal à le contenir.
Aomine a les jambes et les mains qui le démangent. Il a envie de se jeter dans la mêlée en les regardant jouer comme ça. Mais d'un autre côté il n'a pas beaucoup eu l'occasion de pouvoir admirer Kagami d'ici, et il ne peut s'empêcher de sourire alors qu'il est fasciné par sa capacité d'adaptation.
Si Kuroko avait encore des doutes, le regard de son ami ne le trompe pas. La seule chose qui lui est encore inconnue, c'est à quel point Aomine en est conscient et comment il le vit. Et il espère bien avoir les réponses demain.
Il ne s'agit que d'un duel amical et pourtant la tension sur le terrain est tangible. L'air crépite d'électricité. Kagami a toujours trouvé ça enivrant, et précieux, car ce n'est pas le genre de choses qu'on expérimente tous les jours. Il doit donner son maximum pour faire face à l'arsenal technique du blond et bientôt il a perdu toute notion du temps, en dehors de la brûlure musculaire caractéristique qui lui indique un effort violent et prolongé. Il a également arrêté de compter les points, plongé dans la confrontation en elle-même plutôt que concentré sur son issue. De toute façon, qu'il gagne ou qu'il perde, il a bien l'intention de reproduire cet affrontement à l'avenir.
Mais au bout d’un moment, il constate qu'il a fini par avoir son adversaire à l'usure, puisque celui-ci commence à être plus lent, et lui-même sent qu'il vaut mieux arrêter là. Il repose le ballon au sol et s'essuie dans son t-shirt, puis envoie un sourire éclatant au blond :
« J'avoue, je suis pas déçu. T'es un adversaire de taille, y a pas à dire. »
Kise redresse un peu la tête en souriant alors qu'il reprend son souffle, les mains sur les genoux. Un match dont il se souviendra, et qu'il a déjà hâte de réitérer. Voilà une raison de plus de rentrer plus souvent.
« T'es pas mauvais non plus. On remet ça quand tu veux ! »
Puis ils rejoignent leurs compagnons, et Kise se laisse tomber au sol sur le dos, épuisé.
Aomine tend sa bouteille à Kagami dans un large sourire, les yeux brillants. Entre admiration, fierté et envie.
« Bien joué Kagami-kun », lance Kuroko qui a compté chaque point.
Le cœur de Kagami se pince un peu quand il croise le regard d'Aomine, il a l'impression d'être un peu son héros à cet instant précis et ça lui fait monter le rouge aux joues. Heureusement, avec l'effort qu'il vient de fournir, ça ne devrait pas se voir. Il prend la bouteille d'eau et s'y désaltère avant de répondre à Kuroko :
« Thanks. » Puis, en regardant les deux amis : « Bon, vous en avez encore beaucoup des potes surdoués au basket ?! »
Aomine et Kuroko se regardent, et éclatent de rire. Kise se joint à eux en se redressant sur ses coudes.
« Vous lui avez pas dit ? s'étonne Kise entre deux gloussements.
— Non », admet Aomine qui n'avait pas pensé qu'en dehors de Tetsu, Kagami aurait l'occasion de croiser ses anciens coéquipier.
« C'est pas gentil Aomine-chi ! Avoue que tu as voulu le garder pour toi tout seul ! »
Aomine se fige imperceptiblement avant de comprendre qu'il parle toujours du basket.
« Et comment j'aurais pu savoir que t'allais débarquer trou du cul ?
— Ils sont encore trois, répond Kuroko qui a pitié de Kagami laissé sans réponse.
— Encore trois ?! s'émerveille le rouge. Ramenez-les ! Je veux les tester ! » s'emporte-t-il dans son enthousiasme avant de se racler la gorge et d'ajouter d'un ton plus posé : « Enfin, si ça leur dit, quoi. Ça pourrait être sympa. »
L'empressement de Kagami l'amuse beaucoup. L'idée qu'il rencontre toute sa clique, ça impliquerait de les revoir lui aussi et il se dit que oui, ça pourrait être sympa. Leur dernière réunion tous ensemble commence à dater. D'autant que si Ryota continu de jouer quand il peut, Aomine sait que ce n'est pas le cas de tout le monde et que ça leur ferait sûrement plaisir aussi.
Kise rit franchement. Ce mec n'a pas l'air d'avoir peur alors qu'on vient de lui apprendre que trois autres monstres existent. Il lance un regard à Kuroko et hausse les épaules.
« Je peux toujours essayer de demander. Je rentre pas souvent, ça fera une raison de se réunir, propose-t-il à Kagami.
— Oui, ou sinon la prochaine fois, ça laissera à tout le monde le temps de s'organiser », ajoute Kuroko.
Silencieux, Aomine écoute l'échange, imaginant déjà la rencontre. Son cœur se précipite un peu dans sa poitrine à cette idée mais elle ne le rebute pas complètement. De toute façon, ce n'est pas comme s'il avait l'intention de cacher Taïga... Il voudrait juste encore un peu de temps à eux.
Kagami jette un coup d'œil au brun pour voir s'il approuve. Il a l'impression que rencontrer ses amis, c'est un peu comme rencontrer sa famille, et il comprend que c'est probablement aussi pour cette raison qu'il n'en a pas parlé plus tôt. C'est toujours plutôt intime de présenter ses proches. Mais la rencontre d'aujourd'hui s'est bien déroulée alors il se dit qu'il doit être prêt.
« Ouais, organisez-vous comme vous voulez, mais c'est vrai que je suis curieux, maintenant. Et puis, c'est pas tous les jours qu'on tombe sur des gens qui aiment le basket et en plus sont bons là-dedans. Moi en tout cas, ça faisait un bail que j'en avais pas rencontré », ajoute-t-il en souriant à Aomine.
Il sourit au tigre et à son enthousiasme. Ouais... l'image de Kagami au milieu de ses potes c'est un peu intimidant mais elle n'a rien de décalée ou d'incohérente. C'est même plutôt l'inverse. En vérifiant l'heure d'un coup d'œil il se rend compte qu'il ne peut plus trop traîner, à son grand regret.
« Je vous laisse leur demander ? On se trouve une date. J'avoue que je suis un peu curieux de voir un match Shintaro/Kagami. Admet Aomine, pensif.
— Oh god ! I can't wait ! » Confirme Kise.
Aomine se redresse souplement et s'étire.
« J'vais devoir y aller. Ryota on se capte avant que tu repartes ?
— Ouais bien-sûr Aomine-chi.»
Il cogne dans les poings tendus de ses amis en guise de au revoir puis saisit les doigts de Kagami brièvement dans les siens tandis qu'il lui souffle :
« On s'écrit ? J'ai pas le temps de remonter chez toi... »
Kagami déglutit, il n'aime pas le quitter de cette manière-là, trop amicale à son goût. Mais il se fait une raison et hoche la tête en lui adressant un sourire.
« Yeah, pas de soucis. À plus tard, Dai. »
Kagami regarde le brun partir, suivant des yeux sa haute silhouette athlétique tandis qu'il repart en direction de son domicile à petites foulées, et soupire imperceptiblement. Puis, il se tourne vers les deux autres :
« J'habite juste à côté, passez chez moi si vous voulez vous doucher et boire un truc frais. »
À cette proposition, Kise sent un regain d'énergie le parcourir. Les yeux pétillants, il ne consulte pas Kuroko avant d'accepter.
« Avec plaisir !
— Tu es sûr que ça ne t'ennuis pas Kagami-kun ? »
Kuroko doit admettre qu'il est curieux de connaître un peu mieux Kagami dans son environnement personnel, et il ne dirait pas non à une boisson fraîche.
Une fois rentré, Aomine se lave et se change en vitesse avant d'être en retard au poste. Toujours en probation, ça ferait sacrément tâche. Il est un peu inquiet de laisser Kagami aux griffes de Kise mais il a confiance en Tetsu. Sur le chemin du travail, il envoie un message :
Aomine - 19h05
Soyez sage ;)
J'aurais aimé rester, désolé d'être parti si vite.
Chapter Text
Kagami guide ses invités jusqu'à son appartement. Il sait déjà qu'il a tout laissé impeccable mais ne peut s'empêcher d'être un peu nerveux à l'idée d'avoir laissé traîner un truc compromettant, comme une tasse sale sur la table basse.
En rentrant, il inspecte rapidement sa pièce de vie et se fige quand ses yeux tombent sur le jean qu'il a lui-même retiré à Aomine plus tôt dans l'après-midi. Il s'affole tandis que la chaleur lui saute au visage, puis il s'intime au calme en se répétant que ce n'est qu'un jean, ça pourrait appartenir à n'importe qui, et la plupart des gens ne trouvent pas ça complètement dingue de laisser traîner des fringues. Sauf que ce jean détonne totalement avec l'aspect autrement si bien rangé et organisé de son appartement.
Il retire ses chaussures fébrilement, se sentant pris au piège. Le vestibule donne directement sur la pièce de vie et il n'est pas possible de cacher quoi que ce soit dans cet espace de vie si étroit. Il n'a pas le choix : il va devoir ranger ce jean sous les yeux des deux autres.
Se flagellant mentalement d'en faire des montagnes, il se dirige d'un pas le plus naturel possible vers le centre de son salon, ramasse le vêtement coupable, le plie soigneusement comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, et le range dans son placard avec les autres pantalons.
Kise ne remarque rien, le regard occupé à découvrir l'antre du tigre. C'est petit, mais c'est cosy. Propre et bien rangé. Il aime bien l'ambiance qui s'en dégage.
En revanche Kuroko ne loupe pas les rougeurs sur les joues de son hôte et se demande si c'est seulement le fait que le vêtement fasse tache dans des lieux si ordonnés. Il préfère ne pas relever, s'étant déjà joué de lui la veille.
« C'est très joli chez toi Kagami-kun.
— Merci ! » répond Kagami avec un peu trop d'empressement en refermant son placard. « Si vous voulez passer à la douche, la salle de bain est juste à droite de l'entrée, y a des serviettes sous l'évier. Faites comme chez vous. »
Puis, il se dirige vers la cuisine ouverte et pioche trois sodas dans son frigo.
« J'y vais le premier ! » s'exclame Kise en se faufilant déjà derrière la porte.
Kuroko s'avance dans l'appartement et saisit le soda qui lui est offert.
« Merci. »
Il se désaltère avec satisfaction, vidant une bonne partie de la boisson. Il peut sentir que Kagami est un peu tendu et cherche quoi dire ou faire pour y remédier.
« C'était chouette comme match. Alex n'était pas disponible cette fois ? »
— Oh, euh... Je lui ai même pas demandé à vrai dire », reconnaît Kagami en lâchant un rire embarrassé. « Ça s'est décidé un peu à la dernière minute. Mais c'est sûr qu'elle voudra rencontrer Kise quand je lui aurai parlé de lui ! »
Il hoche la tête, le croyant sur parole.
« Désolé de n'avoir rien dit hier. J'espère que tu ne m'en veux pas trop... »
Kagami relève la tête et regarde Kuroko, examinant son visage impassible et ses yeux placides, mais doux. Il secoue la tête et lui offre un sourire rassurant.
« Non. Je suis susceptible, mais pas rancunier. Et puis j'avoue, ça devait être marrant. »
Rassuré, Kuroko sourit avec les yeux. Finalement Kagami a été son dommage collatéral, mais il a l'air de l'avoir bien pris.
Kise ne traîne pas sous la douche, et se sèche déjà devant le miroir de la salle de bain exiguë mais fonctionnelle. Dans la manœuvre, son regard se pose sur l'évier où trône le verre comportant deux brosses à dents. Il fronce un peu les sourcils, réalisant qu'à aucun moment il a pensé que le cœur de Kagami puisse être pris. Il ressent une pointe de déception à cette idée mais ne se formalise pas.
Il sort de la salle de bain frais et pimpant et rejoint ses comparses dans le séjour.
« À qui le tour ?
— Vas-y Kuroko », dit Kagami en reprenant une gorgée de soda.
Et tandis qu'il regarde son invité se diriger vers la salle de bain, il se rappelle subitement la deuxième brosse à dents et s'affole de nouveau. Ce n'est qu'une brosse à dents, se rabroue-t-il intérieurement, pas l'arme du crime ! Cependant, il a l'habitude d'être secret et même un simple indice de ce genre peut déjà entraîner des spéculations, et ça le contrarie un peu. Il reprend contenance et sourit à Kise qui s'installe à son tour sur le canapé.
Kise sourit à Kagami, puis observe les lieux, une cheville posée sur son genou. Son regard s'attarde sur le bureau avec l'ordinateur et se rappelle que son hôte est dans l'e-sport.
« Alors c'est là que ça se passe ? »
Kagami se tourne vers son PC et sourit :
« Ouais. Toutes mes économies y sont passées. C'est pour ça que je vis dans un endroit si petit ! »
Il exagère, mais c'est un peu ça. Il avait besoin d'un logement abordable et après l'achat de cet équipement, il n'avait plus grand-chose. Au début, il avait dû enchaîner quelques petits jobs pour s'en sortir, et ça ne fait que quelques mois qu'il se consacre pleinement à la compétition en ligne.
Kise siffle, comprenant que ça représente sûrement plus d'argent qu'il ne l'imaginait. Puis en avisant l'espace, il se demande si vivre à deux ici serait possible, d'un point de vue purement technique évidemment. Il se surprend même à chercher d'autres indices qui indiqueraient que Kagami ne vit pas seul.
« Pour une personne, ça suffit », lance-t-il le plus innocemment possible.
Toujours perturbé après avoir réalisé la présence de la brosse à dents traîtresse, Kagami perçoit aussitôt le sous-entendu, ou en tout cas, se demande s'il y en a un. Heureusement, il n'est pas obligé de mentir sur ce coup-là, car le fait est qu'il vit seul.
« Ouais, à deux on se marcherait dessus », confirme-t-il donc prudemment.
Kise reporte son regard sur Kagami, scrutateur. Il se penche un peu en avant avec un sourire enjôleur et demande en posant son menton dans sa paume :
« Dois- je comprendre qu'il n'y a personne ? »
Kuroko qui sort tout juste de la salle de bain comprend immédiatement ce qui se joue devant lui et cette fois, il intervient. Il abat son poing sur le crâne de son imbécile d'ami.
« Ça ne te regarde pas Kise-kun », le dispute-t-il.
Kise émet un cri de douleur et de surprise mêlée en frottant son cuir chevelu endolori. Foutu fantôme !
Kagami, qui fixait Kise d'un air presque apeuré en le voyant prendre cette expression enjôleuse, bondit carrément à l'apparition de Kuroko. Il pose une main sur sa poitrine, où son cœur bat la chamade.
« Fuck... Je m'y ferai jamais. »
Puis, il se lève en marmonnant qu'il file sous la douche, heureux de pouvoir s'extraire de cette situation inconfortable. Une fois enfermé seul dans la salle de bain, il réfléchit en se déshabillant. Il semble bien que le blond essaie de le draguer. Voilà qui est plutôt inattendu. Les fois où on a essayé de le séduire en dehors des bars gay se comptent sur les doigts d'une seule main. Et le blond ne semble pas le moins du monde intimidé de le faire, ce qui lui laisse supposer que ses amis sont au courant qu'il sort avec des hommes. Cette révélation l'étonne, il a toujours vécu dans un environnement où on ne parle pas de ces choses-là, et où on les cache. Certes, depuis qu'il a fait son coming-out, il met un point d'honneur à ne pas chercher à se cacher et à ne pas considérer sa sexualité comme un secret, mais ça reste encore quelque chose sur lequel il travaille.
Alors qu'il se glisse sous le jet tiède qui lui éclaircit les idées, il pense à Aomine et à quel point ça l'a déstabilisé de s'apercevoir qu'il pouvait être attiré par un homme. Avec un ami pareil, étonnant que ça ne lui ait jamais traversé l'esprit. Après, il sait comme il est facile d'ignorer des parts de soi juste parce que c'est plus commode. Et au final... Aomine n'a pas fui. Tout de même, se demande Kagami, fronçant les sourcils tandis qu'il se savonne... Le brun a sûrement dû déjà subir les avances du blond...
Toutes ces idées le rendent désagréablement perplexe et il les repousse, il se dit qu'il s'inquiète trop et se pose trop de questions. En sortant de la douche, il se rend compte qu'il a un message d'Aomine et s'empresse de lui répondre :
Kagami - 19h15.
Hey. Promis. J'ai invité les gars à boire un soda. Bon courage pour ta soirée.
Et après une hésitation, il ajoute deux petits mots à la fin de son message. "Love you."
« Pourquoi tu m'as frappé, ça fait mal ! grogne Kise encore furieux.
— Tout le monde n'est pas comme toi.
— Et ça veut dire quoi ça ?
— Extraverti, Kise-kun. »
Le blond se renfrogne. Son caractère jovial est une des qualités qui est appréciée dans son métier. Et il est possible qu'à force de voyager autour du globe, il en oublie parfois le décalage qu'il peut y avoir au Japon sur la vie privée qui est plutôt de l'ordre du secret chez certains. Il n'en n'a jamais vraiment souffert cela dit. S'il exaspère bien souvent ses amis, ils ne l'ont pas moins accepté pour autant. Et puis ayant évolué dans le monde de la mode depuis très jeune, il était plus souvent dans la lumière et les potins que du côté introverti de la force. Seulement, quand quelqu'un lui plait, il n'aime pas tourner autour du pot, les escales sont courtes.
En rejoignant Tadashi dans l'open space, il soupire de soulagement en avisant l'horloge. Aomine a même un peu d'avance. Ne pas avoir eu le temps de se préparer mentalement pour le travail lui donne l'impression d'avoir rêvé sa journée. Deux univers entrant en collision dans son esprit. Il faut dire aussi que ses pensées sont peut-être encore un peu avec Kagami, qu'il a laissé d'après son message, en bonne compagnie. Enfin... il l'espère. Il n'a répondu qu'un émoji qui envoie un baiser pour éviter toute nouvelle réflexion de son collègue sur sa nouvelle addiction au téléphone.
Ragaillardi par sa douche, Kagami se rhabille et émerge de la salle de bain plus frais, et calmé. Avant tout, il est content de faire la connaissance des amis d'Aomine, et réalise que c'est aussi à travers eux qu'il a la possibilité de mieux connaître le brun... qui lui aussi, est secret, à sa manière.
En rejoignant ses invités, cette fois il leur propose une bière et revient s'installer avec eux, mettant un peu de musique rock avant de s'assoir sur un coussin, de l'autre côté de la table basse.
« Au fait Kise, t'es là pour combien de jours du coup ? » demande-t-il après avoir bu une gorgée de bière.
Kise accepte la bière volontiers et imite son hôte avant de répondre.
« Une dizaine de jours. Je repars pas ce week-end mais celui d'après. S'il n'y a pas de changement d'ici là.
— Okay, cool. Ça te laisse le temps de prendre des petites vacances. J'attends déjà les prochaines, mais j'ai un tournoi bientôt... Faut qu'on s'entraîne dur », explique-t-il, anticipant déjà ce moment qui le rend nerveux, mais qu'il attend avec impatience.
Kise acquiesce et écoute. Sachant qu'il est surveillé de près, il prend garde aux questions qu'il pose.
« Oui, et de revoir un peu tout le monde aussi j'espère. Du coup, si j'ai bien tout compris, c'est de ton équipe que s'occupe Satsuki c'est ça ?
— Oui c'est Aomine-kun qui les a présentés », confirme Kuroko, content de voir que Kise raccroche les wagons.
Kagami acquiesce en souriant :
« Ouais, je l'ai rencontrée y a pas très longtemps... Enfin... Aomine non plus ça fait pas très longtemps que je le connais... Mais quand il a su ce que je faisais dans la vie il a tout de suite pensé à elle... Et j'dois avouer qu'elle fait du bon boulot ! On est bien contents de l'avoir... »
Kise tique un peu, se demandant combien de temps exactement s'ils en sont déjà à s'appeler par leurs prénoms mais redoute un nouveau coup sorti de nulle part et ne creuse pas plus la question. À la place, il sort son téléphone et ouvre le moteur de recherche dans son application préférée.
« Je vais vous suivre ! Ça soutiendra aussi Satsu-chi comme ça ! Et si je peux apporter un peu de visibilité, je lui dirais de pas hésiter, termine-t-il plus pour lui-même en cherchant le profil de l'équipe de Kagami.
— Bonne idée, ça lui fera plaisir, confirme Kuroko.
— Apporter de la visibilité ? demande Kagami, amusé. T'es une sorte d'influenceur sur les réseaux sociaux ?
— Pas vraiment... enfin, pas volontairement. Je ne sais pas si Aomine-chi te l'as dit mais j'étais mannequin, alors j'ai une fan base solide. Et les photos de voyages, ça marche aussi très bien, explique Kise sans fausse modestie.
— Oh ouais je vois... Donne-moi ton compte je vais te suivre aussi. » Et tandis que le blond le lui donne et qu'il l'ajoute sur son téléphone, il demande, curieux : « Et t'en as eu marre du mannequinat ? Ça aussi ça peut faire voyager, j'imagine... »
Kise valide la demande d'ajout et se renfonce un peu dans son siège en faisant la moue.
« C'était sympa, mais avec les années, je sais pas si ça s'est dégradé ou si j'ai juste ouvert les yeux mais j'ai préféré sortir du milieu. »
Kuroko peut voir le regard de Kise se voiler une petite seconde alors qu'il évoque cette partie de sa vie. Sous toutes les paillettes, Kise avait trouvé des aspects bien plus lugubres dans l'univers de la mode.
« Tu as bien fais Kise-kun, ils auraient fini par te remplacer de toute façon. »
Le blond sourit à son ami. C'est vrai aussi. Au moins, il est parti de son propre chef, au sommet de sa gloire. Sans regret aucun.
Kagami se passe une main dans les cheveux, bien obligé d'avouer qu'il n'a pas la moindre idée de ce à quoi peut ressembler ce genre de milieu :
« Ouais et puis comme sportif de haut niveau, ça doit être hyper contraignant... Mais cool si ton nouveau métier te plaît, en tout cas. Et toi Kuroko, t'as toujours été barman ? »
Kuroko reporte son attention sur Kagami et secoue doucement la tête.
« Non. J'étais serveur avant, pour payer mes études. Mais j'ai dû arrêter pour passer à plein temps. Finalement l'opportunité de racheter le bar s'est présenté. Mais peut-être qu'un jour je reprendrais le chemin de la fac.
— Ah merde, ça a pas dû être facile de lâcher la fac si c'est pas ce que tu voulais. Mais en tout cas tu gères au bar ! Faudra que j'y emmène Alex, d'ailleurs... »
Kuroko accepte le compliment avec plaisir. Un aléa de la vie, mais qui le satisfait. Du moins pour l'instant.
« C'est gentil Kagami-kun. Ce serait avec plaisir.
— Qui est Alex ? » Demande Kise en surveillant Kuroko du coin de l'œil, méfiant.
— C'est... Disons ma mentor, sourit Kagami. Je l'ai rencontrée quand j'étais gosse aux USA, sur un terrain de basket. C'est une ancienne de la WNBA et elle m'a tout appris. »
Comme toujours, il a les yeux qui brillent en évoquant cette femme qui est devenue quasiment pour lui une mère de substitution, et envers qui il est encore tellement reconnaissant aujourd'hui, pour tellement de choses.
« Elle s'est installée définitivement à Tokyo y a quelques années maintenant », précise-t-il.
Ça lui revient ! Satsuki lui en a parlé après l'avoir rencontré. Il a encore un peu de mal à réaliser que Kagami est entré dans la vie de ses trois amis avant la sienne, alors qu'il l'a rencontré la veille dans un bar mais c'est bien de lui, dont il entend parler depuis maintenant des semaines.
« Oh oui Alex, je me rappelle ! Satsu-chi m'a envoyé des vidéos. Elle n'en revenait pas de l'avoir rencontré. Je comprends mieux ton niveau, ça a dû être super enrichissant ! »
Kagami hoche la tête en souriant :
« C'est clair que j'ai appris auprès d'une des meilleures. C'est pas donné à tout le monde. Je suis sûr que ça te plairait de jouer contre elle. »
Kise se redresse tel un ressort, les yeux brillants. Est ce qu'il a bien entendu ?
« Je pourrai ? » s'extasie-t-il.
Kuroko sirote sa bière et secoue la tête, compatissant d'avance.
« Tu n'aurais jamais dû dire ça Kagami-kun, il ne va pas te lâcher maintenant.
Le tigre rigole et hausse les épaules :
« Ça fait rien. Elle adore tester des jeunes qu'elle connaît pas... Alors elle aussi elle aura envie de rencontrer Kise ! Je dois passer la voir demain de toute façon, alors je lui dirai », conclut-il en adressant un clin d'œil au blond.
Kise n'en revient pas. Il va rencontrer une vraie joueuse de WNBA. Encore une fois il se surprend à se demander d'où sort Kagami tant il apporte de nouveauté et de fraîcheur.
« Tu me diras où et quand !? J'ai hâte.
— D'ailleurs en parlant de Momoi-kun, elle ne sait toujours pas que tu es là.
— C'est vrai tu as raison... elle va me pourrir si elle l'apprend de quelqu'un d'autre », s'inquiète le blond.
Kagami s'amuse en entendant ça, ça lui rappelle les angoisses d'Aomine à l'idée de parler à la jeune femme s'il a commis l'erreur de ne pas lui donner de nouvelles quand il l'aurait dû.
« Ouais, apparemment c'est dangereux de s'attirer ses foudres, j'ai déjà été prévenu ! » commente-t-il en riant. « Et ouais bien sûr je te tiens au courant pour Alex. »
Les deux amis hochent la tête, l'air grave.
Comprenant que c'est le signal de départ, Kise avale le fond de sa bière et se redresse.
« Merci pour l'invitation, c'était cool. Et à bientôt du coup j'imagine.
— Oui merci Kagami-kun », renchérit Kuroko.
Puis ils se laissent sagement raccompagner à la porte par leur hôte où ils enfilent vestes et chaussures.
« Passez une bonne soirée », les salue Kagami avant de refermer sa porte, à la fois soulagé de retrouver son chez lui, et content. C'était bien de retrouver Kuroko en dehors du bar, et en dépit de ses réserves initiales avec Kise, finalement il a l'impression de s'être faits de nouveaux amis. Tatsuya serait fier ! À cette pensée, il grimace en imaginant sa "tête de grand-frère" qu'il aime arborer quand Kagami réussit ce qu'il considère comme un accomplissement majeur. Mais il se rappelle qu'il sera aussi authentiquement content pour lui, et ça, c'est déjà beaucoup plus acceptable.
Il range distraitement les bières et les sodas vides et passe un coup de chiffon sur sa table basse avant de se laisser tomber sur le canapé, la tête renversée sur le dossier, contemplant le plafond d'un air rêveur. Puis, il sort son téléphone pour envoyer un message à Aomine... Apparemment, il ne peut pas s'en empêcher.
Kagami - 20h15.
Kuroko et Kise sont partis. C'était sympa de faire connaissance un peu plus. À quelle heure tu finis le boulot cette nuit ?
Aomine a la tête dans ses dossiers. Il essaie de rattraper le retard, ou tout du moins de s'informer de l'avancée de ceux-ci. Il a porté une attention toute particulière à celui de Kagami, dont il a pu lire le rapport d'enquête préliminaire. Ses collègues ont réussi à voir tous les voisins et il a lu plusieurs fois leurs témoignages, mettant en évidence des passages qui lui semblait important. Ça lui fait beaucoup d'informations d'un coup et en avisant l'heure il s'autorise une petite pause-café, proposant silencieusement à Tadashi de lui en rapporter un. Le pauvre a l'air coincé dans une conversation téléphonique particulièrement éprouvante.
Dans la kitchenette du poste, il relance une cafetière – que le dernier à s'être servi n'a pas pris la peine de faire – et sort son portable en attendant que le millésime coule. La question lui tire un rictus.
Aomine - 21h22
Tant mieux alors :) C'était pas prévu, mais ça m'a fait plaisir de le revoir !
À 3h, si pas d'urgence. Pourquoi ?
Il joue les naïfs, mais dans le fond il espère que Kagami l'invitera à venir. Même tard...
Kagami est en plein stream quand son téléphone vibre, et il prétexte une pause pour aller aux toilettes pour s'absenter quelques instants et répondre au brun :
Kagami - 21h25
J'ai envie de te voir. Même si c'est tard... Je peux passer chez toi. Sinon, viens chez moi.
Il regarde son téléphone le cœur battant, il a l'impression de vivre une véritable aventure avec Aomine, même s'il a déjà connu ce genre de situations... Cette fois ça a tout de même une qualité différente. Et il sait que c'est parce qu'Aomine est spécial. Il jette un coup d'œil à l'heure et décide d'attendre quelques minutes pour voir si le brun lui répond de suite.
Trop heureux de la réponse, il réfléchit rapidement et pianote la sienne avant de se servir une tasse de café fumant.
Aomine - 21h26
Ça m'embête de te faire veiller... mais j'ai envie de te voir aussi. Je te dis quand je pars et on se retrouve chez moi ?
Le cœur affolé à l'idée de le retrouver au milieu de la nuit, comme s'il était encore l'ado faisant le mur pour sortir, le brun s'imagine déjà le retrouver et oublier sa "journée" de travail. Il y a comme un parfum d'interdit, ou plutôt d'aventure dans cette proposition.
Le cœur de Kagami bondit en lisant la réponse. Rejoindre le brun chez lui à trois heures du matin... Oui, ça a quelque chose de romanesque et d'excitant.
Kagami - 21h27
Ok, ça me convient. T'inquiète, l'avantage de mon boulot c'est que je commence pas tôt, alors ça ira. À tout à l'heure.
Il avait prévu de faire des courses pour préparer le dîner chez Alex demain soir, mais tant pis, il ira après l'entraînement. Plus que revigoré à l'idée de voir Aomine cette nuit, il se réinstalle devant son live et c'est plus en forme et énergique que jamais qu'il reprend sa partie.
Maintenant que le rendez-vous est pris, il sait que le temps va s'écouler bien plus lentement. À moins que la nuit ne leur apporte des cas intéressants à traiter au poste, ce qu'il ne souhaite pas non plus... Sans parvenir à se départir de sa bonne humeur retrouvé, Aomine retourne à son bureau avec son café.
Il est stoppé net dans sa marche et se tourne en direction de la voix qui l'interpelle :
« Et il est où le mien ? » demande Tadashi en couvrant d'une main le téléphone auquel il est toujours pendu.
« Et merde ! » maugrée Daïki en tournant les talons pour récupérer la tasse oubliée de son collègue.
Dans son dos, il entend le rire gras de son pote lourd de sens, et lève son majeur à son intention, agacé contre lui-même d'être aussi distrait.
Kagami coupe sur son stream vers minuit, fatigué d'avoir joué et échangé pendant plusieurs heures avec ses viewers. Il a d'ailleurs constaté non sans un certain plaisir que son public semble grandir en nombre depuis que sa petite team d'e-sport commence à se faire connaître. Peut-être pourra-t-il obtenir aussi des sponsos pour son propre compte et ainsi augmenter ses revenus...
Ces pensées en tête, il décide de se faire un petit snack. Encore trois longues heures à attendre... Il croise les doigts pour qu'Aomine n'ait aucune urgence qui l'oblige à annuler leur petit rendez-vous nocturne. Cependant, il ne peut pas passer les prochaines heures à ronger son frein, et il décide de se poser avec son snack devant une série à suspense qui, il l'espère, détournera son attention.
Vers une heure du matin, le poste commence à s'animer dans son balai habituel de personnes bonnes pour la cellule de dégrisement, et celles venant porter plainte pour tapage nocturne.
Entre tout ça, Aomine reçoit pourtant quelqu'un qui vient signaler une disparition. Il explique qu'il est encore tôt pour lancer la moindre recherche mais prend très au sérieux l'affaire. Si d'ici huit heure la personne n'a pas donné signes de vie, il promet de lancer la procédure. Il la prépare même en renseignant tout ce que "sa cliente" lui indique comme informations et il la laisse repartir avec sa carte.
« Appelez-moi directement s'il a donné des nouvelles. Si non, revenez nous voir pour qu'on lance les recherches. »
Il trouve toujours ça frustrant, devant la détresse des gens de devoir se plier aux procédures et au règlement. S'il n'écoutait que lui, il partirait tout de suite. Mais il ne peut pas non plus s'impliquer émotionnellement dans tout ce qu'on vient lui confier, ni dans tous les drames qui arrivent. Il prend quand même un peu de temps pour parfaire sa carapace et prendre du recul avant de retrouver l'effervescence de l'accueil.
Dix minutes avant l'heure, il croise les doigts pour qu'aucune affaire ne lui soit envoyée, et commence à faire un peu de tri sur son bureau. Si d'habitude s'attarder lui importe peu, aujourd'hui il compte bien partir à heure pile. Le cœur battant d'impatience, il éteint son ordinateur et file aux vestiaires, portable en main.
Aomine - 3h02
Tu dors ?
Je me change et je sors. À tout de suite...
Kagami n'aurait pas pu dormir même s'il avait essayé. Il est toujours devant sa série, qui heureusement a fait son office pour le divertir et l'empêcher de tourner en rond comme un tigre en cage. Alors quand il reçoit le message, il est déjà prêt depuis une heure, avec un petit sac à dos au pied du canapé où il a mis quelques affaires, ainsi qu'un poulet teriyaki qu'il a préparé en pleine nuit sur un coup de tête. Il s'est dit qu'Aomine aurait peut-être faim en rentrant du travail.
Kagami - 3h03
Je dors pas. Je décolle et je te rejoins chez toi.
Impatient, il empoche son téléphone et quitte son appartement sans autre forme de cérémonie, son sac à dos sur l'épaule. Dehors, à cette heure avancée, la nuit est très calme, emplie du vague bourdonnement typique des zones urbaines, mais autrement silencieuse. Il n'y a pas un chat et il a l'impression de faire une fugue tandis qu'il avance rapidement, fendant les ténèbres d'une flaque de lumière à l'autre entre les réverbères orangés.
Aomine se retrouve devant son immeuble à jouer nerveusement avec ses clefs. Il inspecte les environs, toujours avec cette idée saugrenue mais tenace, qu'il enfreint un énième règlement. Dans la pénombre, il lui semble entendre le son feutré caractéristique d'un pantalon dont les jambes se frottent dans une démarche rapide. Bientôt il peut distinguer la haute silhouette de Kagami se découper dans la lumière d'une fenêtre éclairée de sa résidence éclaboussant le trottoir. Son cœur fait un bond dans sa poitrine tandis qu'une envolée de papillons vient chatouiller son estomac.
Il s'avance à sa rencontre et enroule son bras autour de sa taille dès qu'il est à portée et dépose un baiser dans son cou.
« Hey... » chuchote-t-il tout bas.
Kagami le serre contre lui, tout heureux de le retrouver. Il ferme les yeux un bref instant puis se recule pour le regarder dans la pénombre :
« Ça a été le boulot ? » souffle-t-il sans pouvoir gommer son sourire.
Aomine l'entraine devant l'entrée qu'il déverrouille de son badge.
« Plutôt tranquille », dit-il brièvement, ne voulant pas s'étendre dans le hall de l'immeuble.
Il lâche Taïga pour aller inscrire son nom sur le registre, lui procurant un shoot d'adrénaline. Une peur fugace qu'il laisse se consumer, se rappelant qu'il ne fait rien de mal. Puis il mène le tigre dans la cage d'escalier.
Kagami le suit jusque chez lui, et dès qu'ils pénètrent dans l'appartement, il flaire l'odeur de l'antre de la panthère, familière et douce à ses narines. Il reprend ses marques dans ce lieu qu'il n'a pas tant fréquenté que ça finalement, mais qu'il a envie de connaître aussi bien que chez lui.
Il pose son sac à dos sur le comptoir et sort la boîte contenant le résultat de sa cuisine nocturne.
« J'ai fait un poulet teriyaki... J'me suis dit que t'aurais peut-être faim. Sinon, t'en auras pour demain ! »
Alors qu'il débarrasse ses poches de son bric à brac, il se fige en entendant le mot magique. Un instant il regarde Kagami avec des yeux ronds et s'approche de la cuisine, soudain envouté par l'odeur qui s'en dégage.
« Pour moi ? » demande-t-il incrédule en réalisant qu'il meurt de faim.
Kagami sourit, heureux de voir le brun si enthousiaste et se félicite d'avoir pris cette initiative.
« Yeah, pour toi ! » rigole-t-il. Il s'approche pour poser un baiser dans ses cheveux et ajoute : « J'avais envie de te faire plaisir. Je te fais réchauffer ça, alors ? »
Il acquiesce avec un sourire, puis s'installe à son comptoir, observant Kagami réchauffer son dîner. Il déglutit en se demandant comment lui rendre la pareille. Il lui semble que Kagami fait beaucoup pour lui, il aime sa façon de prendre soin de lui. Et il aimerait trouver un moyen de lui montrer ce qu'il ressent pour lui et qu'il n'arrive pas encore à exprimer.
Quand son cuisinier préféré et visiblement attitré, dépose son assiette devant lui, il le coince entre ses cuisses pour venir l'embrasser, avec toute sa gratitude.
« C'est toi qui as gagné aujourd'hui... c'est moi qui te devais une bouffe. Mais merci, ça sent super bon... »
Kagami glisse une main sur sa nuque, le regardant tendrement.
« De rien. Ça me fait plaisir. Et puis de toute façon, je tournais un peu en rond en attendant trois heures du mat. J'ai streamé en début de soirée, mais... Après j'en avais marre. J'avais hâte de te voir », avoue-t-il en rougissant un peu.
Ravi par sa confidence, Aomine sourit et vient picorer son cou de baisers avant de consentir à le lâcher pour manger.
« C'est passé lentement pour moi aussi. Et j'étais un peu trop distrait... » admet-il en s'armant de ses baguettes. « Ça s'est bien passé ton live ? »
Kagami prend place près de lui après s'être débouché une bière, et le regarde manger avec satisfaction.
« Ouais... Je crois que j'ai plus de viewers depuis que mon équipe commence à se faire connaître. Y a plus de gens qui m'en parlent aussi. »
Aomine écoute d'une oreille mais se laisse transporter par le poulet teriyaki de Kagami. Il ferme les yeux un instant en savourant sa bouchée, gémissant d'extase. Son plat préféré.
« Hm, c'est une dinguerie putain.... » Il prend le temps d'avaler avant d'ajouter à l'intention de son voisin. « Je suis content pour toi, c'est une bonne chose. Et ça a été avec les gars ? Kise n'a pas été trop... chiant ? »
Il s'efforce de prendre un air détacher en revenant à son plat mais son pouls s'accélère quelque peu.
Kagami lâche un grognement en se frottant l'arrière de la tête, se sentant obligé de lui dire ce qu'il a remarqué.
« Nan, il est vraiment sympa. Mais... J'ai euh... l'impression qu'il me drague. »
Il glisse un regard de côté à Aomine, incertain de sa réaction, peut-être que ça va l'énerver ou qu'il va rétorquer que c'est totalement absurde. Et puis c'est vrai qu'après tout, il se trompe peut-être...
À ces mots, le sang d'Aomine ne fait qu'un tour. Il en aurait mis sa main au feu, il connait trop bien Ryota pour en avoir douté. Il repose ses baguettes restées en suspens entre l'assiette et sa bouche et se tourne vers Kagami, le regard fou.
« Il a fait quoi ? »
Kagami écarquille les yeux, pris de cours par cette réaction plus intense qu'il ne l'avait anticipé. Il lève une main en signe d'apaisement et tâche de défendre le blond :
« Ouais enfin... c'était pas lourd non plus, quoi. Il tâte le terrain, je pense... Et puis, c'est pas comme s'il était au courant qu'on est ensemble. »
Le brun se décompose. Kagami a raison. Il ne peut pas en vouloir à Kise d'essayer. Mais rien que l'idée qu'il lui fasse les yeux doux lui met les tripes en vrac. Peut-être parce qu'il a parfaitement conscience de son tableau de chasse, l'ayant mainte fois accompagné dans ses jeux de séductions où là aussi, ils se livraient batailles. Il se souvient avec amertume qu'ils craquaient bien souvent sur les mêmes filles, alors pourquoi s'étonne-t-il qu'il en soit de même pour les hommes ?
Il reprend son repas, la nourriture de Taïga ayant cet effet apaisant et réconfortant qu'il cherche en cet instant. Plus calme au bout de quelques minutes, il demande sans le regarder, presque penaud :
« Tu veux que je lui dise ? »
Kagami tourne sa bière entre ses doigts, incertain de savoir quoi dire. Puis, il relève la tête et hausse les épaules :
« Je peux aussi lui dire que je suis pas intéressé. Je sais que... » Il hésite, cherchant ses mots, puis reprend : « C'est pas facile de faire son coming-out. C'est pas un truc que je peux te presser de faire. »
Tout en mâchant la fin de son repas, il réfléchit aux paroles de Kagami. Le dire à Kise, ce n'est pas comme le dire à tout le monde. Pourtant dès qu'il pense à parler de sa relation avec Kagami à ses proches, il a presque mal physiquement quand il s'agit de Ryota. Le comble, c'est que ce sera le plus à même de le comprendre. Mais ce que lui a dit Satsuki sur le toit lui reste dans la tête. Depuis, il a réalisé qu'entre eux, ce n'était peut-être pas si clair que ça. Il craint sa réaction. Mais il craint plus encore de devoir le regarder draguer Taïga...
« Ok. Je vais y penser. Mais en attendant...» Il hésite, se détestant de devoir lui demander ça. « Fais lui comprendre... »
Kagami secoue la tête avec un sourire incrédule :
« Je sais pas ce qui se passe en ce moment... Mais ça fait le deuxième mec en uelues semaines que je dois repousser pour toi... »
Certes les circonstances sont très différentes mais ça l'amuse quand même, en fait il ne s'est jamais trouvé dans ce genre de situation. Cependant, il n'est pas ravi de devoir cacher leur relation. Ça lui laisse un goût amer, mais il comprend que tout ça est allé très vite et qu'il ne peut pas demander à Aomine de suivre ce rythme comme si c'était ce qu'il y a de plus naturel au monde.
Kagami réussit à le faire rire. Enfin, c'est plus un bébé rire, un peu âcre, mais tout de même. Il s'essuie la bouche et pivote pour se trouver face à Kagami. Il pose ses mains sur ses genoux et braque son regard dans le sien. Il cherche son attention et se perd dans les méandres des reflets rubis de ses yeux. Il y puise sa certitude.
« Un jour, t'auras plus à t'en occuper », promet-il à Kagami autant qu'à lui-même.
Le rouge se plonge dans ce regard déterminé. Il n'aime pas vraiment ce genre de promesse, un peu trop vague, et qu'on peut renouveler à l'infini. Mais il sait qu'Aomine est sincère.
« Yeah... Espérons que je vais pas avoir davantage de succès au cours de ces prochaines semaines alors ! » tente-t-il de plaisanter encore, avec un léger rire.
Aomine n'est pas sûr qu'il l'ait cru, mais sa remarque le fait sourire. Sur le même ton il réplique :
« Si c'est le cas, je te mets à l'abri en cellule.
— Hé, tu peux pas faire ça ! J'ai des droits ! proteste Kagami en le fusillant du regard. Et puis en plus, je suis sûr que vous avez pas assez de cellules pour me garder tout seul longtemps, alors y aura toujours les autres détenus !
— Si je peux ! Trouble à l'ordre public ! » s'amuse-t-il. « Si c'est au poste, au moins je pourrais les surveiller !
— Nan mais je rêve... » Kagami lève les yeux au ciel, mais est amusé au fond par les idioties du brun. « Si je suis en prison t'auras plus de poulet teriyaki », remarque-t-il ensuite.
Aomine descend de son tabouret et vient enlacer Kagami en faisant mine de réfléchir.
« Ok. Et si je te séquestre ici ? » Propose-t-il, prêt à négocier.
Le tigre rigole en lui chatouillant les côtes.
« Okay, mais faut que je puisse installer mon ordinateur ici. J'ai un boulot à assurer, moi aussi ! »
Aomine se tortille sous les attaques du fauve mais a retrouvé le sourire en plongeant dans son cou. Il l'embrasse et le mord gentiment, remontant vers sa mâchoire, puis ses lèvres.
« Si y a que ça... » Un baiser tendre. « Je le découvre en même temps que toi, mais apparemment, j'aime pas qu'on touche à mon mec. »
Il embrasse Taïga chastement sur ces derniers mots, et se détache de lui avant qu'il ne puisse découvrir sa gêne d'avoir osé les prononcer et s'attelle à débarrasser la table, le cœur battant à lui rompre les côtes.
Kagami sourit à ces mots, et regarde Aomine tâcher de faire comme si de rien n'était. Peut-être que le brun n'est pas prêt à faire savoir à tout le monde qu'ils sont ensemble... Mais il considère bien qu'ils sont en couple aujourd'hui. Ça réchauffe son cœur, même s'il reste cette pointe d'incertitude qui l'empêche d'être tout à fait serein. De son expérience, les relations cachées finissent par s'effriter peu à peu... Mais il se raisonne : ils ont encore du temps. Il oublie trop souvent, avec l'intensité de ce qu'il éprouve au contact d'Aomine, que tout n'a débuté qu'il n'y a quelques semaines, avec un Aomine tout à fait sûr de son hétérosexualité. Ils ont déjà parcouru beaucoup de chemin.
Il se lève à son tour et s'étire, faisant craquer sa nuque. Il est tard et la fatigue commence à le rattraper.
« Je squatte ta salle de bain cinq minutes », annonce-t-il avant de s'y éclipser.
Le brun termine de mettre sa cuisine en ordre, ce qu'il n'aurait surement pas fait si Kagami n'était pas là, et le regarde s'éloigner du coin de l'œil. La non réaction du rouge le conforte dans ce qu'il pense depuis quelques jours déjà. Ils sont ensembles. En soit, le dire ne changera rien à ce qu'ils partagent et construisent, pourtant, ça lui fait quelque chose.
Il est en couple avec Kagami. Il se le répète mentalement plusieurs fois, rêveur, apprivoisant les mots autant que l'idée. Il a une pensée fugace pour Tetsu qu'il doit voir demain. Il est content de pouvoir lui confirmer ce qu'il est certain que son ami a deviné. Il le soupçonne même d'avoir voulu le tester en jouant ce petit jeu de l'ignorant avec Ryota et Kagami.
Kagami se lave les dents et se rafraîchit un peu, il en profite pour discipliner un peu sa chevelure. Tandis qu'il se regarde dans le miroir, il réalise qu'il n'est encore jamais entré dans la chambre d'Aomine, et c'est encore comme une nouvelle petite étape dans leur cheminement. Fin prêt, il ressort de la salle de bain et regarde Aomine avec un petit sourire gêné :
« Hm... Je me rends compte que je sais pas où est ta chambre... »
Aomine reste bête, puis réalise qu'il dit vrai. Il lui indique la porte à sa droite d'un geste de la main et s'approche de lui.
« Vas-y, j'arrive dans cinq minutes. »
Kagami hoche la tête en souriant, et pousse la porte qu'on lui a indiquée. Il aperçoit un grand lit plutôt trois places que deux, mais ça lui va de dormir pour une fois dans un espace où il ne sentira pas trop grand. Il allume une petite lampe de chevet et se déshabille rapidement, ne gardant que son boxer avant de se glisser sous la couette. L'odeur du brun imprègne délicieusement les draps et il ferme les yeux. Il se sent en sécurité ici. Apaisé.
Rapidement, Daïki se brosse les dents et fais une brève toilette de chat, abandonnant son linge sale dans la corbeille. Le cœur toujours battant un peu trop vite, il peut le sentir accélérer encore en trouvant la masse de Kagami sous sa couette. Il aime beaucoup cette vision. Son mec, dans son lit. Il referme la porte derrière lui et s'approche doucement du lit où il se faufile jusqu'au corps chaud de Taïga, pile au centre.
Kagami éteint la petite lampe et se rapproche du brun qu'il enlace, caressant son dos du creux des reins à la nuque qu'il masse doucement alors qu'il écoute son souffle dans le noir. Tout est parfaitement calme autour d'eux et il se relaxe dans cette pénombre et ce lit confortable où il peut profiter de la compagnie d'un occupant si séduisant. Son corps lui semble particulièrement chaud contre le sien, il aime la sensation de son torse qui vient se presser contre le sien au rythme de sa respiration, intensifiant encore sa sensation de calme.
Sous les caresses de Taïga, il ronronne presque. La main posée sur la taille sculptée mais marquée du tigre, il laisse ses doigts la parcourir dans de petits cercles, savourant la douceur de ce moment intime, dans le noir. Ses pensées commencent à s'étioler, se faisant vagues et floues. Pourtant, une parmi les autres se fait plus nette, venant l'arracher à sa torpeur. Il s'en amuse, et l'énonce dans un murmure pendant qu'il la conscientise.
« Personne n'a jamais dormi ici. »
La main de Kagami s'immobilise sur sa nuque, pris au dépourvu par cette confession.
« Vraiment ?! Oh, ben... Je suis content d'être le premier, alors... »
Il sourit dans le noir et reprend sa caresse, pensif. C'est vrai qu'Aomine avait mentionné ne jamais avoir eu vraiment de relations sérieuses. Mais tout de même... Ça veut dire qu'il était très protecteur de son intimité aussi, ceci expliquant cela, probablement. Il réalise que ça a alors sans doute beaucoup de poids et de signification qu'il l'invite naturellement dans son lit. Ça le trouble un peu et il réfléchit en silence, tandis qu'il lui semble que le brun se détend de plus en plus entre ses bras, son souffle se faisant plus profond.
La réponse qu'il formule ne franchit pas la barrière de ses lèvres, trop bien bercé par Taïga. Il s'endort sans s'en apercevoir, rattrapé par la fatigue. Dans son sommeil, son corps se love d'instinct contre le torse de Kagami, où il termine de sombrer profondément.
Kagami reste un moment éveillé, à penser à tout ce qui s'est passé aujourd'hui et aux révélations de la soirée. La présence chaude et rassurante d'Aomine contre lui empêche ses pensées de trop dériver et peu à peu, la fatigue de cette longue journée le rattrape, et il s'endort sans s'en rendre compte au beau milieu d'une réflexion.
Chapter Text
Il fait beau aujourd'hui, l'automne s'installe, mais le soleil s'accorde avec son humeur tandis qu'il rejoint le Miracle. Il se repasse en mémoire tout ce qu'il a envie de dire à Tetsu, et c'est confiant qu'il ouvre la porte du bar. Soudain, ses poumons se vident. La porte s'est ouverte sur un terrain de basket qu'il n'a pas vu depuis une éternité, et au centre, Kagami dans les bras de Kise. Tétanisé, Daïki aimerait crier, courir mais impossible de bouger. Son corps pesant une tonne. En enfouissant sa langue dans la bouche de Taïga, resserrant ses bras autour de lui, le blond lui lance un regard mauvais, empli de haine et de satisfaction. Quand enfin il arrive à courir, au ralenti, ses pas le guident au poste. Où il retrouve Kuroko dans un uniforme trop grand pour lui, portant son nom. D'une voix désincarnée il s'entend lui raconter la disparition d'un homme grand, aux yeux de braise et à la chevelure de feu.
Kagami grogne alors que son compagnon s'agite contre lui, l'arrachant au sommeil. Il se rend compte qu'Aomine dort toujours, apparemment plongé dans un cauchemar. Il pose une main sur son épaule et le secoue doucement.
« Hey... Wake up ! »
Alors que son ami à l'air placide n'éprouve rien, pas même une once de compassion face à sa détresse, il se met à pleurer. Répétant qu'il faut le retrouver. Finalement, Kuroko le secoue et lui crie dessus pour le calmer.
Aomine se réveille en sursaut, s'asseyant sur son lit, le souffle court. Perdu et trempé de sueur, il tressaille en sentant une main chaude se poser sur son épaule.
Kagami se redresse et enlace Aomine, embrassant sa nuque mouillée de sueur.
« Hey... T'as fait un cauchemar. C'est fini. »
Il peut sentir son cœur battre contre lui, et caresse son torse d'un geste apaisant avant de le serrer doucement contre lui, ses lèvres revenant se poser sur sa nuque.
Comprenant que ce n'était qu'un rêve, Aomine parvient à calmer sa respiration. Reprenant conscience de la présence de Kagami sous ses baisers rassurants, il se laisse aller à son invitation et niche son nez au creux de son cou, le serrant contre lui. Il expire un soupir tremblant en laissant fuir les images qui s'impriment encore sur ses rétines, se concentrant sur le corps chaud et les caresses de Taïga.
Ce dernier attend quelques minutes, lui laissant le temps de reprendre ses esprits, puis lui demande d'une voix engourdie de sommeil :
« Ça va ? »
Aomine déglutit, repoussant avec difficulté le regard de Kise de sa mémoire. Il hoche la tête sur l'épaule de Kagami puis s'en détache pour se frotter le visage.
« Ouais... ça va. Désolé de t'avoir réveillé, articule-t-il d'une voix encore mal assurée.
— It's okay... Tu veux me raconter ton rêve ? » demande Kagami en se rallongeant, gardant une main posée sur sa cuisse du brun tandis qu'il referme les yeux.
Daïki hésite. Il n'est pas sûr que ce soit une bonne idée. Et à la lumière de la réalité, il le trouve complètement stupide, ce rêve. Sans répondre il se rallonge aussi et enlace Taïga en se collant à lui. Il réfléchit. Il a l'habitude des cauchemars, quoique celui-ci soit tout à fait inédit. Pourtant la signification lui apparait limpide et pour l'instant c'est tout ce qu'il arrive à en dire.
« J'ai peur de te perdre. »
Kagami rouvre les yeux, tout à coup plus réveillé, son cœur pulsant sourdement dans sa poitrine. Il scrute l'obscurité de la pièce, qui se teinte d'une légère lueur annonçant le jour qui vient. Ces mots inattendus sèment la confusion dans son esprit qui fonctionne encore au ralenti.
« Pourquoi ? » murmure-t-il en glissant ses doigts entre les mèches courtes du brun.
Aomine cale une jambe entre celles de Kagami et se résout à lui résumer son rêve.
« En gros, j'ai surpris Kise en train de te pécho, et je suis allé déclarer ta disparition à Tetsu, qui portait mon uniforme. »
Dit comme ça, il ne peut empêcher un éclat de rire nerveux lui échapper. Il se sent complètement con, mais ça a au moins le mérite de libérer les dernières tensions accrochées à son corps.
Le rouge écoute ce simple récit et sa confusion s'éclaire un peu. Ce n'est pas si étonnant au vu de ce qu'il lui a dit hier soir... Mais il choisit d'en plaisanter :
« Oh... Je comprends mieux. La vue de Kuroko dans ton uniforme... Ça devait être terrifiant » déclare-t-il en retenant un rire, car il se représente trop bien la scène.
Aomine pouffe et cherche le regard de Kagami dans la pénombre.
« Il lui allait beaucoup trop grand, j'te jure s'était épouvantable.
— J'imagine ça... » assure Kagami en riant doucement. Il pose un baiser sur les lèvres du brun, puis ajoute d'un ton bas : « Et pour le reste... Tu sais que t'as pas à t'inquiéter, pas vrai ? Je vais pas m'enfuir avec Kise juste parce qu'il m'a dragué. »
Il hoche la tête. Il le sait, mais ça lui fait du bien de l'entendre alors qu'il se sent encore fébrile de son expérience troublante. Il comprend que Kise ne représente pas seulement des rivaux potentiels, mais plus la capacité de son ami à vivre ses relations sans se cacher. Depuis le début, il a peur que Kagami se lasse d'attendre qu'il en soit capable.
« Ouais je sais... et puis je suis plus canon que lui de toute façon... » souffle-t-il en haussant les épaules.
Cette déclaration lui arrache un léger rire. Du Daiki 100 % pur jus. Mais il ne peut pas le laisser s'en sortir si facilement.
« Hm... Je sais pas... Il a été mannequin, quand même ! » glisse-t-il en laissant ses doigts jouer distraitement sur son épaule.
Aomine plisse les yeux et chatouille les côtes de Kagami pour le punir. Et le faire rire encore.
« Tu cherches les embrouilles Taïga ? »
Ce dernier se tortille dans le lit tout en ripostant :
« J'adore te chercher des embrouilles, tu réagis toujours au quart de tour. »
Même s'il sait que ça s'applique aussi bien à lui, et c'est aussi ce qui fait le charme de leurs chamailleries.
Le brun ne peut pas dire le contraire. Encore moins lorsqu'il s'agit du tigre. Alors il sourit dans la nuit grisonnante, l'angoisse de son mauvais rêve dissipée par leur jeu. En se contorsionnant sous son châtiment, Kagami se colle à lui. Aomine en profite pour l'empêcher de dire d'autres bêtises d'un baiser autoritaire en le maintenant fermement contre lui.
Le rouge apprécie cette fin de conversation et referme ses bras autour du brun en répondant à son baiser avec gourmandise. Il aime le sentir si déterminé dans ses caresses. Malgré ce rêve, il lui semble qu'Aomine est de plus en plus confiant dans leur relation, et ça l'emplit de bonheur.
Le répondant de Kagami lui donne l'impression que leur petite bataille continue et ça lui contracte délicieusement le ventre. Il reconnait la chaleur du désir enfler dans ses reins et son bas ventre. Il dévore les lèvres de Taïga, mêlant sa langue à la sienne. Ses caresses dans son dos se font aussi plus appuyées, comme s'il pouvait le fondre contre lui.
Kagami perçoit l'empressement dans les gestes du brun, alimentant son propre désir. Très vite, la barrière de tissu qui les sépare lui paraît gênante et frustrante, et il glisse ses doigts sous l'élastique du boxer d'Aomine puis le tire sur ses jambes avec un grognement possessif.
Ce son quasi animal lui arrache un frisson et quelque chose se débranche dans son esprit. Le fauve en lui se réveille aussitôt et il fait subir le même sort au sous-vêtement de Kagami puis le fait rouler sur le dos. Son regard sombre croise celui du rouge et il fond de nouveau sur ses lèvres, pressant son bassin contre le sien, avide de ce contact qui l'électrise. Puis il vient effleurer la ligne de sa mâchoire de ses dents jusqu'à son cou au léger gout de sel qu'il déguste voracement.
Le rouge ferme les yeux sous cet assaut soudain, gémissant à ses morsures sur son cou sensible tandis qu'il empoigne ses fesses musclées, frottant langoureusement son bassin contre le sien. Il aime sentir le poids de son corps sur le sien, sa chaleur se répand sur son épiderme en excitant davantage son désir.
Aomine feule à la prise plus que ferme sur son postérieur, ondulant des hanches au rythme de son amant en réponse. Il comprend dans ses soupirs que Kagami aime ce qu'il lui fait. Ça l'encourage à poursuivre et écouter son propre désir. Il vient suçoter son lobe, mordiller son oreille avant de venir cajoler sa pomme d'Adam de baisers plus doux. Un instant il trouve d'abord la sensation étrange, découvrant cette proéminence pour la première fois, mais il adore la façon dont elle vibre sur ses lèvres.
Kagami laisse échapper des soupirs lourds de plaisir, il adore sentir la bouche du brun se promener sensuellement sur son cou et il s'abandonne sans arrière-pensée à ses attentions, le corps vibrant d'excitation, continuant à onduler des reins pour se stimuler mutuellement en une caresse à la fois délicieuse et frustrante.
Le cœur battant, Daïki poursuit sa route. Il se souvient du plaisir qu'il a ressenti à découvrir le torse de Kagami avec ses doigts. Il entreprend de le revisiter avec sa bouche, perdant un peu de son empressement en cours de route, focalisé sur ses sensations et la respiration de Taïga. Il aime le relief saillant de sa clavicule, qu'il retrace avec sa langue, la laissant ensuite glisser entre ses pectoraux développés. Sa peau se fait incandescente là où elle rencontre celle de son amant. Il sent ses nerfs à vif, hypersensibles au parfum et au toucher de Kagami. C'est intense, presque trop et quelque part pas assez.
« Hmh... Dai... » murmure le tigre tandis qu'il enfouit une main dans ses cheveux, soulevant le torse à la rencontre de ses lèvres. Il est étourdi par les sensations vives qui embrasent son épiderme et fourmillent le long de ses nerfs, c'est la première fois qu'Aomine le touche avec tant de ferveur et ça lui embrouille l'esprit, mais il adore perdre le contrôle de cette façon.
Aomine tremble presque tant il est saturé d'informations sensorielles. Chaque fois qu'une pensée se forme dans son esprit elle se fait consumer par le feu qui bouillonne en lui. Cette faim dévorante qu'il découvre et tente d'apprivoiser. Il a l'impression de ne pas être lui-même, et à la fois de l'être complètement. Mais Kagami aspire sa confusion dans son baiser auquel il répond dans un grognement de satisfaction. Il cherche sa main libre pour entrelacer leurs doigts auxquels il s'accroche, saisissant sa cuisse de l'autre pour incliner son bassin, accentuer la pression.
« Taïga...» Souffle-t-il pantelant.
Kagami presse fort ses doigts entre les siens, se raccrochant à lui tandis que son cœur tambourine dans sa poitrine et que leurs corps qui se cherchent, se frôlent, se pressent s'entrelacent dans une danse sensuelle qui ne cesse de faire monter le plaisir. Il frémit en l'entendant prononcer son prénom de cette voix assourdie, rauque, et revient happer ses lèvres en les mordant légèrement.
Daïki perd la notion du temps, étourdi par cet échange charnel, cette connexion palpable qui prend vie dans leur étreinte. Une vague de plaisir puissante gronde et déferle dans son corps. De l'épicentre de leurs sexes pulsants, jusqu'à la racine de ses cheveux emprisonnés dans le poing de Kagami, le laissant frissonnant. C'est délicieux, et douloureux à la fois. Il grogne et saisit la lèvre inferieur de Taïga alors qu'il est sur le point de se désintégrer. Un coup de reins supplémentaire, et le tigre le fait basculer dans le vide. Dans une chute vertigineuse et sans fond.
Kagami tressaille, presque surpris à la soudaineté de cet orgasme alors qu'il sent la semence chaude du brun se répandre entre leurs ventres, couler sur sa peau moirée de sueur. Il grogne de désir et continue de se plaquer contre lui, cherchant la délivrance qui ne tarde pas à l'emporter, dessinant de minuscules étoiles blanches sous ses paupières à son paroxysme.
La brûlure de leurs semences le saisit. C'est aussi une nouveauté pour Aomine, mais il trouve que la vision de leurs jouissances mélangées a quelque chose de gratifiant. Son esprit embué par le plaisir peine à revenir et part dans tous les sens. Cherchant déjà à analyser ce qu'il vient de vivre, ce qu'il a lui-même entrepris. Le souffle court, le nez dans le cou de Kagami il reprend doucement conscience, savourant les caresses sur sa nuque.
« Hm... soupire-t-il entre deux baisers sur la peau moite de Taïga.
— Yeah... It was good... » murmure Kagami, les yeux clos, laissant son cœur retrouver peu à peu son rythme normal alors qu'il savoure le doux cocktail euphorisant des hormones du plaisir qui saturent son système, lui rendant la tête plus légère et lui procurant un intense bien-être. Un léger sourire se peint sur ses lèvres et il entrouvre les paupières pour regarder le jour qui se fait plus blanc derrière les rideaux. C'était une drôle de nuit...
Transporté sur son nuage post orgasme, Aomine pourrait presque se rendormir ici-même, sur Kagami, baigné par son parfum musqué chatouillant agréablement ses narines. Il embrasse encore son cou à portée de lèvres, inspirant son odeur décidément aphrodisiaque jusque dans ses cheveux où il frotte le bout de son nez, se shootant tel un drogué avide de prendre sa dose. Il ressert brièvement la main de Taïga toujours dans la sienne et lui demande à l'oreille, taquin :
« Ça va je suis pas trop lourd... ?
— Bizarrement... C'est plus supportable que tout à l'heure sur le terrain de basket, sourit Kagami. J'aime bien te sentir là... »
Il accompagne ses paroles d'un baiser sur sa tempe, son pouce caressant ses phalanges.
« En plus... Je dois avouer que ton lit est super confortable... »
Aomine ricane. C'est sûr que son matelas hors de prix a plus de chance d'être confortable que le bitume. Et lui aussi il aime bien cette position. Il se voit bien y prendre goût...
« Hum je me disais la même chose...» dit-il en souriant.
Il se tortille sur Kagami et cale la tête sur son torse pour appuyer son propos.
« Heureux d'être à ta convenance ! »
Kagami sourit sans chercher à déloger la panthère de son perchoir. C'est rassurant de le sentir peser ainsi sur lui. Il referme les yeux et ses pensées ne tardent pas à s'effilocher, tandis que le sommeil revient l'engourdir. Il n'y résiste pas, et quelques instants plus tard, il s'est rendormi, une main posée entre les omoplates du brun.
De là où il est, il perçoit nettement les battements du cœur de Kagami. Il se focalise dessus avec une certaine fascination. Au fil des secondes, Aomine note le ralentissement de sa course qui dicte au sien la même cadence. Et il s'endort là, paisiblement et sans penser à rien. Rassuré par la présence de Kagami qu'il a cru lui échapper, le corps encore sous l'effet de la sérotonine et autres hormones du bonheur.
Quand Kagami émerge de nouveau, il fait jour, même si les rideaux épais bloquent bien la lumière. Il tourne la tête et découvre la silhouette endormie d'Aomine à ses côtés, son souffle lent et profond soulevant doucement sa poitrine. Kagami prend un instant pour le contempler dans la faible lumière, glissant ses doigts dans ses cheveux. Puis, il se lève discrètement, et se met en quête de son boxer, qu'il finit par trouver au fond du lit. Ça lui rappelle les souvenirs chauds de l'aube, et il sourit en repensant comme le brun était proche de lui, avide de lui, comme s'il n'avait plus peur du tout. Ragaillardi à cette pensée, il enfile son boxer et quitte la chambre pour aller préparer le petit-déjeuner.
Les effluves alléchants de nourriture tirent peu à peu la panthère de son sommeil. Aomine se souvient que Kagami est resté dormir, et l'idée de l'avoir ici dès le matin lui donne immédiatement le sourire, malgré la fatigue. La nuit a été courte, et... agitée. Pour plus d'une raison. Il s'étire en baillant et s'assoit au bord du lit où il se frotte les cheveux. Il a besoin d'une douche, mais l'envie de voir Taïga est la plus forte, alors il enfile un short qui traînait là et le retrouve dans sa cuisine. Encore somnolant il s'approche pour l'enlacer, collant son torse à son dos. Il ne se pose plus de questions avant de lui témoigner son affection, aimant bien trop le contact de sa peau ferme et douce contre la sienne. Et cet unique caleçon qu'il porte a de quoi satisfaire son envie.
« B'jour... »
Kagami sourit en sentant la masse chaude du corps d'Aomine se presser dans son dos, ses bras le serrant avec douceur. Il adore cette sensation, et il n'a plus envie de s'en passer... Il tourne légèrement la tête dans sa direction et répond sur le même ton :
« Hey. T'as bien dormi ? »
Il hausse les épaules. Il a connu mieux, mais la seconde partie de la nuit a été paisible. Il s'inquiète plutôt de la nuit de Kagami qu'il n'avait surement pas envisagé aussi hachée.
« Et toi ?
— Yeah, très bien. Surtout après que tu m'as réveillé... » ajoute-t-il avec un sourire. « Sors-nous des bols, ça va être prêt. Et le café est chaud. »
À ces mots il sent son ventre gargouiller et ses oreilles s'échauffer. Il pose un baiser au creux du cou de Kagami en guise d'excuses avant d'exécuter sa demande. Puis il vérifie son téléphone. Il fronce les sourcils en voyant un appel inconnu en absence et écoute le message. En revenant s'installer pour manger il arbore un sourire soulagé.
Kagami s'attaque à son repas sans tarder, il est affamé comme tous les matins. Il lance un regard interrogatif à Aomine lorsqu'il le voit raccrocher :
« Des bonnes nouvelles ? »
Le brun sirote un peu de café et hoche la tête.
« Ouais... Hier j'avais une disparition alarmante. Mais apparemment c'est arrangé. Je rappellerai plus tard », explique -t-il en salivant devant son bol.
Le rouge sourit :
« Okay. Content que ça se soit bien terminé. »
Il mange avec appétit, alternant avec une gorgée de café bien corsé. Dans sa tête, il est déjà en train de composer le menu du soir pour le dîner chez Alex. Il a hâte de la voir et de lui raconter ses dernières rencontres... Et aussi de lui confier comme les choses ont bien évolué avec Aomine.
Pensant soudain à quelque chose, il relève la tête :
« Avant de partir, je peux te faire un bentô pour le boulot si tu veux. »
Intéressée, la panthère redresse la tête. Cette idée lui plait bien, même s'il voit déjà son repas alimenter les questionnements de Tadashi.
« T'es sûr ? Je voudrais pas abuser... Il reste du poulet Teriyaki ?
— Nan, t'as tout mangé ! » Il rigole et reprend : « Mais t'inquiète ça me dérange pas. J'en profiterai pour m'en faire un aussi. »
Le sourire aux lèvre, Aomine se penche pour embrasser la joue de Kagami, les yeux brillants.
« Ok alors... merci. »
Il termine son petit déjeuner tranquillement. Appréciant la présence de Taïga et leur silence partagé. Il ne se sent pas obligé de parler, de combler les blancs et cette simplicité a quelque chose d'apaisant. Une des raisons pour lesquelles il aime tant sa compagnie, réalise-t-il.
« T'as prévu quoi aujourd'hui ?
— Hm... Entraînement comme d'hab, et ce soir je vais chez Alex. J'vais sans doute dormir chez elle. Tu bosses encore de nuit ? »
Kagami se lève pour débarrasser les bols et enchaîne avec la préparation des bentô, se mouvant dans la cuisine comme s'il la connaissait depuis toujours. Comme elle est plus grande et confortable que la sienne, c'est un vrai plaisir pour lui d'y officier, d'autant plus si c'est pour préparer un bon repas à son homme.
Aomine se resserre un fond de café et se réinstalle avec sa tablette pour son petit rituel de lecture du matin.
« Oh cool, tu lui passeras le bonjour, sourit-il. Ouais, c'est rare que je fasse d'autres horaires. Je suis plus souvent de soirée-nuit qu'autre chose. »
Kagami acquiesce, il n'est pas très fan de ces horaires car ça rend les choses plus difficiles pour se voir... Il ne peut s'empêcher d'y penser, parce que maintenant il a tout le temps envie de voir le brun... C'est donc un peu mélancolique qu'il termine la préparation des bentô. Il tend le sien à Aomine :
« Et voilà ! »
Il redresse la tête des informations et admire le bento. Il se dit qu'il pourrait bien prendre l'habitude d'emmener les petits plats préparés par... son petit ami, au travail.
«Hm ça a l'air super bon ! Je vais faire des jaloux ! ricane-t-il.
— J'espère bien ! » réplique fièrement Kagami en posant un baiser sur sa tempe. « Bon, je file sous la douche ! »
Aomine se presse d'instinct contre lui à ce contact devenant de plus en plus familier. Il sourit et regarde Kagami se diriger dans sa salle de bain, rêveur. Quand il bouge, les lignes de son dos le fascinent. Depuis la première fois qu'il les a découvertes, jusqu'à aujourd'hui dans la lumière de son appartement, les soulignant différemment. Il se secoue en prenant conscience du tour que prennent ses pensées et s'occupe de la vaisselle. Une seconde il se demande s'il devrait le rejoindre... mais contrairement à lui Kagami est plus pressé. Et puis il a encore le souvenir de cette nuit à fleur de mémoire. Il ne regrette rien mais il se laisse surprendre par son audace. Qui s'est apparemment diluée à la lumière du jour. Il faut croire que son cauchemar l'avait inspiré.
Tandis qu'il se prépare pour la journée, Kagami est songeur, perdu dans ses pensées. Les mots d'Aomine cette nuit résonnent dans sa tête. "J'ai peur de te perdre." La joie lui serre la poitrine quand il y repense. Parce que ça lui donne la certitude qu'il compte pour Aomine. Un sourire se peint de lui-même sur ses lèvres alors qu'il se rejoue les événements de la nuit, et il faut qu'il se secoue pour sortir de sa transe et arrêter le jet d'eau chaude. Il est temps de s'habiller et d'aller bosser !
Quelques minutes plus tard, il ressort tout frais de la salle de bain et s'approche du brun qu'il enlace avant de le serrer doucement dans ses bras.
« Faut que j'y aille », murmure-t-il avec une pointe de regret.
Aomine le sait, mais il n'est pas prêt. Ces quelques heures volées ne lui suffisent pas. Il plaisantait pendant leur randonnée, mais il est vraiment en train de devenir accros. Il le serre contre lui en retour. Inspirant son odeur mêlée à celle de son gel douche.
« J'te revois quand ? » demande Aomine tout bas en s'écartant de lui.
Kagami déglutit, il n'aime vraiment pas l'idée de ne pas le revoir aujourd'hui, mais...
« Demain sûrement, si t'es pas retenu au boulot. On pourra encore se donner un rendez-vous en pleine nuit... Ça a quelque chose de romantique, tu trouves pas ? »
Le flic lui adresse un sourire en coin. Ouais... ce rendez-vous aux allures clandestines avait quelque chose d'excitant. Il attrape distraitement le t-shirt de Kagami et joue avec sur son torse.
« Je savais que t'étais pas si sage que t'en a l'air... s'amuse-t-il. On s'écrit... ?
— Yeah... Of course. Repose-toi bien aujourd'hui et fais attention au boulot. »
Kagami presse ses lèvres contre celles du brun, l'embrassant fébrilement, avec un pincement au cœur en se disant que c'est la dernière fois pour aujourd'hui. Oui... il est définitivement accro. Et ça a quelque chose de grisant et d'enivrant, et il ne veut pas que ça s'arrête.
Aomine ne peut pas s'empêcher de le retenir un peu contre lui en glissant une main sur sa nuque. Son cœur bat plus vite, prenant conscience qu'il va lui manquer.
« Toujours... et toi fais attention aux ex mannequins qui rôdent. Ils peuvent être collants », dit-il en souriant, se moquant de lui-même en repensant à sa peur irrationnelle.
Kagami rigole doucement :
« Ouais... T'en fais pas pour ça. Je sais me défendre. »
Il pose encore un baiser sur ses lèvres puis se détache de lui avant que ça ne devienne trop difficile. Il s'empresse d'enfiler vestes et chaussures et après un dernier salut, il file de l'appartement. Il descend l'escalier le cœur battant, se disant que le brun lui fait beaucoup trop tourner la tête.
La poitrine serrée, Aomine se colle à la porte derrière laquelle Kagami a disparu. Il n'a qu'une envie, retourner se vautrer dans son lit, espérant y retrouver un peu de son parfum. Cependant, il sait qu'il n'aura jamais le courage de faire autre chose s'il se rallonge, alors il file dans sa salle de bain en traînant des pieds. Chaque fois qu'ils se séparent, il se sent de plus en plus vide. Ça lui fait presque peur. Mais ce qu'il ressent en compensation quand il est avec lui...
« T'es dans la merde Daïki... » dit-il à son reflet dans le miroir, incrédule.
La journée de Kagami passe rapidement. L'entraînement absorbe toute son attention, l'empêchant ainsi de trop penser au brun et à quel point il lui manque déjà. Ça lui fait du bien de se canaliser dans l'un de ces exercices préférés, mobilisant ses réflexes, capacités d'analyse, et simple plaisir de dominer le champ de bataille... du moins, quand les manches se passent bien, et aujourd'hui, l'expérience a un goût plutôt salé, bien que satisfaisante au final. Le pique-nique est pour après-demain, et quand il repose son casque sur le bureau, il frissonne à cette perspective. Ça devrait bien se passer... si on excepte les chiens.
Mais ce n'est pas encore le moment d'y penser. Il préfère de loin se consacrer à la liste de courses qui l'attend pour le dîner de ce soir. Il reste donc un moment à flâner dans son appartement, tandis qu'il compose dans sa tête un menu alléchant. Cette rêverie finit par lui faire gargouiller l'estomac, et il quitte son appartement avec une liste bien garnie, et comme toujours, son casque sur les oreilles. Il passera au konbini du quartier d'Alex, inutile de se trimballer les sacs d'ici là. Il presse le pas jusqu'au métro, se demandant malgré lui où est Aomine, ce qu'il fait à cet instant-là, et à quoi il pense.
Après sa douche, Aomine a hésité à aller à la salle. Mais il n'en avait pas très envie, c'était plus un moyen de retarder sa discussion avec Tetsu qu'un réel besoin de se défouler. L'idée de préparer des biscuits pour son vieil ami lui revient et vérifie qu'il a tous les ingrédients dans ses placards, et sort acheter ce qu'il manque. Il n'est pas très confiant sans la supervision de Kagami mais au cas ou, il reste à portée de messages. Il suit les instructions que lui a noté Taïga et tente de reproduire les gestes qu'il lui a appris. Il lui semble que ça lui a pris plus de temps tout seul, mais au moment de les enfourner il est plutôt satisfait de la tête qu'ils ont.
Cependant il bug devant son four qu'il maîtrise très peu.
Aomine – 15h55
Au secours ! Je suis censé le programmer comment ?
Il joint à son appel à l'aide une photo de lui devant le four avec sa plaque de cookies.
Kagami - 16h05
180°C, 15 minutes (une fois le four préchauffé) Déjà une nouvelle fournée, je suis impressionné !
Aomine - 16h05
Préchauffé ? combien de temps ?
Oui... pour Tetsu.
Il se note d'en garder quelques-uns pour lui aussi. S'ils sont réussis.
Kagami - 14h07
Dix minutes. Okay, passe-lui le bonjour !
Aomine - 14h08
Merci !
J'y manquerai pas ;)
Il tourne un peu en rond dans sa cuisine, craignant de rater la cuisson. Mais au terme des quinze minutes ils ont l'air mangeables. En tout cas, ils sentent bon. Il va se changer et terminer de se préparer tandis que les gâteaux refroidissent puis en goute un pour être sûr avant d'en emballer quelques-uns. Ouais, pas mal pour une première tout seul ! Estime-t-il.
Un peu nerveux à la perspective de ce qui l'attend, il marche vite pur rejoindre le Miracle. À cette heure il est évidemment fermé et se dirige directement vers l'arrière, où il trouve Kuroko croulant sous un carton. Il se précipite pour en prendre un autre des bras du livreur et suit son ombre dans la réserve du bar.
« Yo Testu ! Attends, je vais t'aider.
— Merci Aomine-Kun, tu tombes bien. »
Une fois leur tâche accomplie, son ami l'invite à monter dans le studio au-dessus de son établissement. Il note que la déco a pas mal changé ici aussi et siffle d'admiration en enlevant ses chaussures. Puis il rejoint son ami dans le petit espace cuisine où ce dernier leur sert une boisson fraîche. Il s'installe, déposant sa boîte de gâteaux.
Dans le konbini, Kagami passe méthodiquement d'un rayon à l'autre. Il sait déjà où se trouvent tous les produits qu'il recherche et il ne lui faut que dix minutes pour tout rassembler et passer à la caisse. Les bras bien chargés, il se dirige d'un bon pas vers le domicile d'Alex. Il rentre sans s'annoncer comme d'habitude, et se dirige vers la cuisine tout en appelant :
« Je suis là ! »
Il n'entend aucune réponse mais ne s'en formalise pas : Alex doit être occupée à tâter du ballon sur le terrain le plus proche, et Izumi, à encrer sa prochaine planche. Alors il s'installe tranquillement dans la cuisine et commence la préparation du dîner avec soin.
Maintenant qu'il est là, Aomine se frictionne l'arrière du crâne ne sachant trop comment aborder le sujet. Il cherche un peu de contenance dans son verre mais plus le silence s'éternise entre eux, plus l'angoisse lui noue la gorge.
Kuroko observe son invité, patient. Il le voit en proie à une bataille interne qu'il lui laisse le temps de mener. Il l'aiderait bien, se doutant de la raison de sa visite, mais il respecte la démarche de Daïki de venir à lui. Pour l'encourager, il lui adresse un de ses rares sourire en inclinant la tête sur le côté.
Les grands yeux perçants et innocents de Tetsu le sondent et il peut y lire toute sa bienveillance. Dans un soupir de résignation, Aomine capitule et laisse sa joue reposer sur la surface de la table. Il finit par marmonner du bout des lèvres :
« J'ai pas compris Tetsu. Il est sorti de nulle part, et il a foutu le bordel... »
Le barman s'amuse de cette entrée en matière et tapote l'épaule de Aomine, compatissant.
« Tu as l'air de plutôt bien t'en sortir, il faut croire que ton côté bordélique aura fini par être utile. »
Concentré sur les gestes familiers tandis que de bonnes odeurs envahissent le rez-de-chaussée, Kagami laisse ses pensées s'enchaîner toutes seules. Quand il cuisine, il arrive à réfléchir sans vraiment s'attarder sur chaque argument, sans ressasser. C'est une manière pour lui de se donner de l'espace mental pour faire le bilan sans se laisser rattraper par les pensées négatives quand quelque chose ne va pas dans sa vie, ou quand il redoute quelque chose. Mais ce qui lui vient à l'esprit ce soir, c'est plutôt l'étonnement, et même l'incrédulité, devant la façon dont sa vie a été transformée en l'espace seulement de quelques semaines. Il a l'impression d'avoir déménagé dans la vie de quelqu'un d'autre, et de s'habituer peu à peu à un environnement inconnu mais plaisant, recelant toutes sortes de secrets et d'aventures qui n'attendent que d'être découverts.
Il se rappelle comme, au moment de rencontrer Aomine, il se sentait perdu dans sa vie, en quête d'identité et d'une motivation profonde. Quelque chose qu'on appelle parfois "la flamme", faute d'un meilleur mot. Il ne sait même pas s'il l'a perdue, ou s'il l'a même vraiment eue un jour. En tout cas, c'était ce sentiment de manque qui rongeait sa vie qui l'a poussé dans cette quête sur le passé de sa mère, à la recherche peut-être d'une explication quelconque à son existence, un sens caché qu'il n'aurait pas encore découvert. Il pressent que cette quête-là n'est pas terminée... Car il ne sait pas vraiment encore qui est Kagami Taiga, et ce qu'il attend de la vie... Il a tout le temps de le découvrir, certes, mais la patience n'a jamais été son fort. Et puis, il doit bien l'admettre... Même s'il voudrait dire que non, que le passé est le passé, qu'il n'a pas besoin de ses liens familiaux... sa mère lui manque. Et peut-être que son père aussi.
À cette dernière pensée, il suspend son couteau au-dessus de sa planche, mécontent de cette idée surgie inopinément. Cependant, il sait qu'elle ne lui est pas venue par hasard... Et que repousser l'échéance éternellement ne fera qu'approfondir son malaise. Tout en le sachant, il n'est toujours pas convaincu pour autant. Il a toujours autant de réticence, presque de répugnance, à l'idée d'avoir une vraie discussion avec son père. Sans compter qu'il n'a aucune idée de la manière dont il pourrait amener les choses. Alors, il laisse cette idée de côté, espérant qu'elle mûrisse en un plan un peu plus concluant.
Il baisse le feu sous ses casseroles et laisse mijoter, et à ce moment-là, il entend du bruit dans le salon. Incroyable, Izumi est déjà sortie de son trou ! La mangaka au visage fatigué n'a qu'à suivre les arômes alléchants pour le trouver dans la cuisine, sa spatule à la main. Elle lui offre un sourire, tout particulièrement doux, car contrastant avec ses traits sévères.
« Bonsoir, Taiga.
— Hey. Tempuras et ramen au menu ce soir !
— C'est fantastique d'avoir un chef à la maison... soupire Izumi en s'approchant pour humer les casseroles.
— C'est ce qu'on me dit souvent ces temps-ci !
— Ah oui ? Et qui donc ? demande-t-elle en haussant un sourcil.
— Eh ben, mon... mon petit ami... »
À ces mots, le visage d'Izumi s'éclaire.
« Ouah ! Celui dont tu nous as parlé et dont Alex a fait tout un cinéma ?
— Lui-même.
— Je suis contente pour toi, Taiga. Tu le ramènes bientôt à la maison ? »
Kagami rougit. Il n'en a aucune idée, et puis, ça dépend d'Aomine aussi... Mais ce n'est pas le plus important. Les paroles d'Izumi le touchent. Lui rappelant qu'il n'a pas qu'une seule... mais deux mamans de substitution. Il hoche la tête avec un sourire gêné.
« J'aimerais bien... Je vais essayer... »
Izumi éclate de rire devant ses hésitations d'adolescent, et leur sert un apéritif qu'ils vont déguster dans le salon. Et, ne sachant pas si Alex va bientôt arriver, Kagami commence à raconter à Izumi les derniers événements, et sa rencontre impromptue avec un nouveau basketteur inespéré.
La remarque du fantôme lui arrache un rictus. Conforté dans son hypothèse que son ami a deviné sa situation, il se redresse, cherchant son regard. Il sait que Kuroko est un fin observateur, mais il est tout de même curieux de savoir ce qui l'a trahi.
« Comment t'as compris ?»
Kuroko observe Aomine, toujours amusé. Il est content de le voir un peu plus détendu. Il se garde bien de lui faire remarquer qu'il ne sait pas précisément de quoi ils parlent, préférant prêcher le faux pour avoir le vrai. Tout ce dont il est sûr, c'est que Kagami représente plus pour Daïki qu'un nouvel adversaire de basket, ou même un ami.
« J'avais plusieurs indices, mais ils ne faisaient pas sens. Jusqu'à l'autre soir. Quand vous êtes venu au bar. Tu n'as pas été des plus discrets… Et tout est devenu plus clair. Il te plait.
— Ouais… je m'en doutais… »
Le jeune flic acquiesce et se passe une main dans les cheveux en soupirant, s'accoudant à la table. Face à Kuroko il se sent obligé de se justifier. Il ne supporte pas l'idée de lui mentir, de toute façon il le saurait s'il essayait…
« Écoute Tetsu… je voulais pas te le cacher. Je... j'avais besoin de comprendre. »
Le cœur serré face à cet élan de culpabilité, Kuroko fronce les sourcils. Il le comprend tout à fait. Et à vrai dire, il est même surpris que Aomine soit prêt à lui en parler. Ce qui lui fait penser qu'il a peut-être sous-estimé l'avancée de leur relation.
« Je ne te blâme pas Aomine-kun. Je ne te force à rien.
— Je sais bien. Mais j'avais envie de te le dire… » avoue Aomine en se sentant rougir.
Il sourit à sa propre réflexion, réalisant combien elle est vraie. S'il est encore en pleine exploration, il est capable de reconnaître qu'il est heureux. Il ne saurait même pas dire depuis quand il n'a pas ressenti autant d'enthousiasme. Malgré les doutes et sa carrière en questionnement, sa vie privée est plus satisfaisante que jamais. Et il a vraiment envie de partager son bonheur avec lui. Parce que son ombre est celui qui l'a vu au plus bas, il veut qu'il soit le premier à savoir.
« Alors dis-moi », l'encourage encore Kuroko.
Après une inspiration, Aomine arrime son regard tempête à l'azur de Tetsu et se lance.
« Tu as compris. Il me plait. Ça m'a surpris au départ mais… J'ai pas réussi à faire comme si de rien était. Alors on... On sort ensemble. »
Il faut quelques secondes à Kuroko pour enregistrer l'information. Il cligne des yeux plusieurs fois, stupéfait par la nouvelle. Plus surpris par la rapidité où se sont fait les choses entre eux, que la conclusion. Ce qui en un sens en dit beaucoup sur la force de ce qui les a poussés l'un vers l'autre. Tout à sa réflexion, quand il réalise que Daïki retient son souffle en attendant sa réaction, il laisse un ricanement incrédule lui échapper.
« Je suis content pour toi Aomine-kun. Je ne m'y attendais pas.
— Vraiment ? s'étonne Daïki.
— Je suis observateur, pas devin. »
Le sourire du basané s'élargit, incontrôlable et il se joint au nouveau rire de son ami. Soulagé d'un poids qu'il n'avait pas conscience de porter. Tetsu a l'air de sincèrement se réjouir pour lui, et ça ne fait que le combler un peu plus. Le partager lui donne soudain l'impression que sa relation est plus réelle. En parlant de Kagami à ses deux meilleurs amis, il l'ancre dans leur réalité à eux aussi, donnant du poids à ce qu'il ressent pour lui. Le légitime, se l'autorise un peu plus. Cette conversation lui donne très chaud, son cœur bat vite dans sa poitrine mais il se sent léger. Un mélange déroutant, qui n'est pas sans lui rappeler ce qu'il ressent en présence de Taiga…
Alex arrive alors que Taiga est en plein récit de son affrontement avec Kise. Aussitôt, son oreille de basketteuse affûtée relève qu'il ne parle pas d'Aomine, mais bien de quelqu'un qu'elle ne connaît pas. Elle s'approche à pas de souris et se jette dans le dos de Taiga, posant un gros baiser dans ses cheveux.
« De qui tu parles ?! C'est moi qui dois avoir l'exclusivité de ces trucs-là !
— Tu n'avais qu'à être là plus tôt, rétorque Izumi en croisant les bras sur sa poitrine.
— Mais je faisais un basket avec les filles du quartier ! Elles avaient plein de questions aujourd'hui...
— Pas d'excuses ! »
Kagami les regarde se chamailler, amusé, et quand Alex daigne s'installer avec eux, une bière à la main et même pas douchée, il s'applique donc à lui décrire Kise. Les yeux d'Alex s'agrandissent, avec un éclat familier qui s'allume au fond de ses pupilles au fil de son récit.
« Et il a très envie de te rencontrer, conclut-il.
— Oh ! Eh ben j'avoue que c'est réciproque. Et tu dis qu'il en reste d'autres comme ça ?
— Trois, apparemment, confirme Kagami en haussant les épaules.
— Dire qu'on a failli passer à côté de ce filon, Tai ! Ton Daiki voulait pas qu'on sache ! »
Il éclate de rire, ce n'est pas si éloigné que ça de la vérité.
« Mais maintenant il sait que c'est plus possible de le cacher... Alors on va sans doute avoir de beaux matchs en perspective ! »
Alex sourit, ravie à cette idée. Taiga illumine vraiment sa vie. Elle avait pris sa décision de venir s'installer au Japon pour pouvoir vivre avec Izumi, mais elle aurait eu davantage d'hésitations s'il était resté à L.A. Mais elle s'inquiétait pour lui, et il lui manquait. Évidemment, elle a tenté pour la forme de convaincre Tatsuya de se rapatrier, mais ce dernier était parfaitement épanoui et sans réel désir de revenir dans son pays natal, si bien qu'elle s'était résignée à le laisser là où il était. À présent, elle ne s'inquiète plus pour Taiga, il se fait des amis et il sourit beaucoup plus qu'avant. Et toujours il apporte du bonheur dans sa vie.
« Et il ne t'a pas tout dit, intervient Izumi. Monsieur a un petit ami, maintenant.
— Un petit ami ?! C'est officiel ? »
Kagami rougit, au comble de l'embarras, et Izumi poursuit :
« Officiel. Je lui ai dit qu'on attendait des présentations tout aussi officielles.
— Tu vas les faire fuir, c'est tout ce que tu vas réussir à faire !
— Ils sont grands, ils ne vont pas fuir ! »
De nouveau, Kagami éclate de rire. Et de nouveau, les paroles d'Izumi font écho en lui. Car il semble qu'elle ait raison... Aucun d'eux ne va fuir.
Maintenant qu'il a craché le morceau, Kuroko se fait plus curieux. Aomine lui explique dans les grandes lignes ce qui l'a fait réagir, la randonnée et ce qui se passe depuis. Lui toujours si impassible d'habitude, Tetsu l'écoute avec un demi sourire flottant au coin de ses lèvres. Puis ne sachant plus trop quoi lu dire qui ne serait trop intime, il l'invite à gouter les gâteaux qu'il a préparé pour lui, de nouveau embarrassé en expliquant qu'ils sont fait maison.
« Ils sont délicieux Aomine-kun, merci. »
Kuroko ne pourrait être plus surpris, et touché. Daïki n'est pas du genre à se confier. Même quand sa vie s'est écroulée, il a préféré les repousser plutôt que les laisser l'aider. C'était difficile de le regarder se détruire… Alors il est heureux de le voir s'ouvrir à lui de nouveau. Aomine n'est pas du genre à dire ce qu'il ressent. Il le montre. Alors le fait que son ami ait pris le temps de cuisiner pour lui l'émeut profondément. Il sait qu'il doit beaucoup à Kagami pour ça. Ce dernier a réussi là où il avait l'impression d'avoir échoué, il a trouvé la clef de la porte derrière laquelle son ami s'est muré. Il se doute que le chemin de Daïki est encore long pour se défaire de tous ses démons, mais à l'entendre il comprend qu'il a envie d'avancer. D'embrasser ce qui lui arrive.
« Qui d'autre est au courant ?
— Juste toi et Satsu… Et les proches de Taiga j'imagine.
— Et tu comptes le dire aux autres ?... » demande-t-il.
Une ombre passe sur le visage du métis. Sa ride du lion se creuse. Il vient de toucher un point sensible…
« Je… ouais. Sûrement. C'est pas comme si j'avais envie de le cacher. Mais je suis pas sûr d'être prêt.
— Tu sais que ça ne changera rien, pas vrai ? » s'enquiert Kuroko.
Aomine sonde le regard déterminé et presque sévère de Tetsu. Il se sent d'autant plus stupide de ne pas parvenir à en être sûr. Justement il n'en sait rien. Il se doute que non, personne n'a bronché quand ils ont su pour Kise. Mais Kise contrairement à lui a toujours su qui il était.
« Je ne demande qu'à te croire. C'est juste… je ne veux pas en faire une montagne non plus. Et je sais pas, ça va sortir de nulle part. »
Tetsuya incline la tête, pensif. Il essaie de comprendre ce qui peut bien se passer dans son crâne de paranoïaque. Il laisse un soupir lui échapper et promet qu'il ne dira rien. Il ne voit pas d'un bon œil le frein que s'impose Daïki mais peut le comprendre. Cependant, il préfère le mettre en garde.
« Tu sais que Kise-kun va finir par se douter de quelque chose. C'est une tête de linotte mais il te connaît bien.
— Je sais… » lâche Aomine l'air grave.
Kagami laisse les deux femmes se bouffer le nez pour savoir si la présentation officielle est de bon ton ou non et retourne en cuisine pour servir le dîner. L'arrivée de la nourriture a pour vertu de les faire taire, puisqu'elles sont aussitôt beaucoup plus intéressées par ce dîner qu'il sait très appétissant que par cette discussion stérile – même s'il sait qu'elles adorent se disputer absolument pour aucune raison, c'est une sorte de sport, il imagine. D'ailleurs, ce n'est pas sans lui rappeler les taquineries qu'il aime échanger avec Aomine.
Pendant le dîner, la conversation dérive autour d'autres sujets, les vacances qu'Izumi a finalement décidé de prendre à la fin du manga qu'elle publie actuellement, et la possibilité pour les deux femmes de partir en voyage. Un nouveau sujet de chamailleries, d'ailleurs, quand il s'agit de choisir la destination. Alex veut aller au soleil, Izumi prétend qu'elle fondra à la lumière comme un vampire, ce à quoi Alex acquiesce mais argumente qu'il lui suffira de prévoir une bonne ombrelle, et ainsi de suite. Il écoute d'une oreille, ravi du divertissement pendant qu'il dévore son dîner.
Aomine est resté chez Kuroko le reste de la journée, sans voir le temps passer. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas pris le temps de le voir en dehors de ses heures de travail au bar. Ce qui est quand même différent. Ils ont fini par changer de sujet, Kuroko ayant senti son malaise grandissant à évoquer son coming-out. Il l'a aidé à ouvrir le bar à l'heure venue, conscient d'avoir dérangé son emploi du temps. C'est content de lui et se sentant plus proche de son ombre qu'il l'a quitté pour rejoindre le poste de police.
Il est en avance, mais il a encore beaucoup de dossiers à rattraper. Il se dit aussi que ça compensera ses potentiels départs précipités pour rejoindre Kagami. Ne sachant s'il pourra se poser pour manger plus tard, il déguste son bento à son bureau avant que Tadashi n'arrive avec leur mission du jour.
Son esprit dérivant évidemment et obstinément vers l'homme ayant préparé son repas, il sort son téléphone pour lui envoyer un message.
Aomine - 19h15
J'espère que ta journée c'est bien passé. Je pense à toi... je crois que je vais très vite prendre l'habitude des bentos maison...
Bonne soirée Taïga.
Il ajoute un baiser virtuel avant d'envoyer son texto et termine son repas en tâchant de se préparer pour sa nuit de boulot.
Après le dîner, le trio se cale devant un film à la télévision, et Kagami découvre le message que lui a laissé Aomine. Un sourire se dessine sur ses lèvres, il est plus ravi qu'il ne le devrait à l'idée que le brun ait apprécié son bentô. C'est comme s'il pouvait être un peu avec lui, et c'est sa manière à lui de lui montrer son soutien et qu'il pense à lui.
Kagami 21h02
Yes, ça a été, je suis chez Alex comme prévu, on regarde un film. Je suis content que mon bentô t'ait fait plaisir. Je t'en referai. Toi ça a été ? Kuroko a aimé ses cookies ? Love you.
C'est presque une torture de sentir son téléphone vibrer dans sa poche et de ne pas pouvoir le consulter lorsqu'il attend une réponse de Kagami. Ils sont en intervention et il relègue vite son envie au second plan afin de rester pleinement concentré. Ce n'est que bien plus tard, de retour au central qu'il s'autorise à répondre à ses messages. Il sourit à la photo envoyée par sa sœur de cœur, entourée de Tetsu et Ryota, affichant un sourire à éclipser le soleil. Il leur souhaite une bonne soirée en comprenant qu'ils sont sortis danser quelque part pour célébrer leurs retrouvailles. Puis son propre sourire s'accentue aux mots de Kagami.
Aomine - 00h56
Quand tu veux ! :D
Oui, il a bien voulu me croire lui au moins ! Et... j'ai même réussi à le surprendre pour une fois. Ce n'est pas une mince affaire tu peux me croire.
Bonne nuit, ou bonjour... ;)
À cette heure, Kagami a rejoint son lit et joue sur la Switch qu'il garde toujours ici pour les soirées comme celles-ci. Absorbé, étalé au fond de son lit et appuyé sur trois oreillers bien épais, il sursaute quand son portable se met à vibrer.
Kagami - 00h58
Je suis content alors.
Bon courage pour ta nuit de boulot... Je vais pas tarder à me coucher.
Heureux de le lire, ne s'attendant pas spécialement à une réponse au vu de l'heure tardive, il pianote un nouveau message. Il peut sentir le regard amusé de son collègue peser sur lui mais ce dernier s'abstient de tout commentaires pour son plus grand soulagement. Discuter avec son petit ami, même un instant lui fait du bien. Ça lui offre une distraction bien venue pour prendre du recul plus rapidement sur sa nuit agitée. Une de celle qui demande beaucoup d'énergie.
Aomine - 00h59
Merci Taiga...
Fais de beaux rêves dans ce cas. Je t'embrasse, à demain.
Comme s'il avait eu besoin de ce petit message pour commencer sa nuit, Kagami bâille à s'en décrocher la mâchoire et s'étire avant de poser la console sur la table de nuit et éteindre la lumière. Il s'allonge sur le dos et pousse un soupir satisfait. Il aimerait que le brun soit à ses côtés, mais il sait qu'il pense à lui, et cette idée suffit à l'apaiser. Alors il ferme les yeux et s'endort rapidement.
Un peu plus tard, Daïki et Tadashi sont envoyés en renfort sur le terrain. Un règlement de comptes de quartier qui dégénère. Il sait que sa nuit est partie pour se rallonger. Il fait fi de sa fatigue et se focalise sur la route de ce qu'il slalome dans les rues, sirène hurlante.
Lorsqu'on le relève de ses fonctions, le soleil éclaircit déjà l'horizon et avant de rentrer, il vérifie sur les réseaux où en sont ses amis. Toujours sur la piste il y a une vingtaine de minutes... Il décide donc d'aller les récupérer à la sortie du club qui va bientôt fermer. Il n'est plus à ça près.
Kagami émerge tôt ce matin-là. Il a bien dormi, mais dès qu'il se réveille, il attrape son portable pour regarder s'il n'a pas des nouvelles d'Aomine. Il est toujours un peu inquiet à l'idée qu'il puisse avoir eu une nuit difficile... ou dangereuse... Comme il ne voit pas de message, il en envoie un avant de se lever.
Kagami - 7h40
Hey. Ça a été la nuit ? J'espère que t'es bien rentré.
Puis, il se lève et enfile un vieux jogging et un t-shirt. Dans la cuisine, il trouve Izumi qui sirote son café et il discute avec elle tandis que le soleil apparaît derrière les fenêtres, les baignant d'une douce et agréable lumière dorée.
Il est allongé dans son lit depuis seulement deux minutes quand il reçoit le message. Il a fini par ramené Kise et Satsuki ici. Trop excités de leur soirée, ils l'ont retenu un moment avant de s'écrouler de fatigue sur son canapé. Les yeux mi-clos il a tout juste le temps de répondre avant de se faire faucher par le sommeil.
Aomine - 7h43
Longue... je t'écris quand je me lève.
Bonne journée Taï.
Après un petit déjeuner rapide, Kagami décide qu'il va profiter qu'il soit tôt pour aller faire du sport. Il passe rapidement sous la douche et tombe sur le message d'Aomine une fois rhabillé. Rassuré d'avoir de ses nouvelles, il empoche son portable, fait son sac de sport et pose un baiser sur la joue d'une Alex ensommeillée avant de s'éclipser.
Il a beaucoup d'énergie à canaliser et le sport lui fera le plus grand bien, il se presse donc jusqu'à la salle avec une musique particulièrement énergique dans les oreilles.
Seul bémol... Il doute de pouvoir voir Aomine aujourd'hui. Il ne compte pas se laisser abattre cependant, et une fois arrivé, il déverse sa frustration dans l'effort physique, le rendant particulièrement efficace ce matin.
Vers midi, il se prépare pour l'entraînement du jour. Il en est venu à aimer cette petite routine, même s'il la savoure d'autant plus maintenant qu'il y a plus de couleur et d'aventure dans sa vie. Et d'ailleurs, il a besoin de cette routine plus que jamais... sans quoi il passerait son temps à se languir du brun, et il a quand même une vie à mener.
Demain, il reverra en chair et en os tous ses coéquipiers... Peut-être devrait-il leur prévoir des cookies, à eux aussi... Il s'en fait une note mentale et fait craquer ses articulations avant d'enfiler son casque et de lancer la session.
Sa nuit précédente ayant été mouvementée aussi, Aomine dort d'un sommeil de plomb, réparateur. Il émerge doucement de la torpeur. Aucun son ne filtre depuis le salon. Il se demande vaguement si ses invités dorment toujours où s'ils sont déjà partis en se retournant dans les draps. Il enfouit sa tête dans l'oreiller que Kagami a utilisé la veille et il laisse les souvenirs de leurs ébats s'inviter dans son esprit embrumé. S'y ajoute d'autres images qu'ils n'ont pas vécu mais qui sont tout aussi plaisantes et réchauffent son corps, l'éveillant d'une façon intéressante. Il regrette de ne pas avoir Taiga près de lui ce matin... l'idée de se soulager seul lui effleurant l'esprit.
Toujours dans ses draps, il tâtonne à la recherche de son portable pour écrire à l'objet de ses pensées, comme promis. Mais il se ravise et décide plutôt de lui envoyer un selfie. Il se tourne sur le dos et lève l'objectif au-dessus de lui. Il a un sourire fatigué et les cheveux en bataille mais il aime bien l'idée qu'il le voit comme ça. Dans l'intimité du réveil.
Aomine - 13h58
Hello you... ;)
En pleine partie, Kagami attrape son portable par réflexe et tombe nez à nez avec une photo d'Aomine encore tout chaud de sommeil, laissant deviner une partie de son torse. Son cœur fait un bond et il en oublie quelques instants sa partie, le bruit des fusillades et les exclamations de ses coéquipiers fusant dans ses oreilles, aussi lointaines que s'il avait déposé son casque sur le bureau. Il relève les yeux pour voir que son personnage vient d'être abattu et tout ce qu'il se dit, c'est que le délai de réapparition va lui laisser le temps de répondre.
Kagami - 14h00
Tu m'as fait mourir... Joli selfie cela dit... Ça me donne faim.
Toujours hésitant à savoir quoi faire de son érection il s'attarde dans son lit. La réponse de Kagami ne se fait pas attendre et il fronce d'abord les sourcils, puis éclate de rire en comprenant qu'il a dû le distraire. Un peu trop... Ça le fait sourire jusqu'aux oreilles et se demande s'il peut poursuivre ce petit jeu des plus excitant. Mais il sait que Taïga prépare un gros tournois, alors il ronge son frein et se mordille la lèvre en répondant uniquement par écrit.
Aomine - 14h01
Bon à savoir... désolé pour tes stats :p
Tu me manques.
Kagami reprend sa partie, les joues en feu, sous les quolibets de ses coéquipiers qui se demandent comment il a pu se prendre une balle aussi stupidement, mais il ne va certainement pas aller leur expliquer. Il fronce les sourcils et tâche de retrouver sa concentration, espérant qu'Aomine n'aura pas d'autres idées de selfies... tout en souhaitant le contraire. À la fin du match, il reprend son portable :
Kagami - 14h20
I miss you too. You're beautiful.
Il sort tout juste de sa longue douche quand il lit Kagami. La présence de ses deux amis dans son canapé a quelque peu refroidit ses ardeurs mais la simple idée que sa photo ait plu à Taïga lui noue le ventre de plaisir. Il se jette un regard dans le miroir qu'il essuie d'une main pour en ôter la buée, hésitant. Il ne sait pas s'ils pourront se voir aujourd'hui. Et secrètement, il espère qu'une nouvelle provocation poussera le tigre à lui répondre. Le cœur battant, il prend une autre photo. Cheveux mouillés et serviette sur les hanches, son corps partiellement flouté par la chaleur humide de la pièce.
Aomine - 14h26
Thank you.
Tiens, pour te faire patienter ;)
Il s'amuse de sa fausse excuse et de l'anglais qu'il fait ressortir chez Taïga puis termine de se sécher avant de sortir de la salle de bain en quête de nourriture. Lui aussi, il a faim.
Kagami peste contre lui-même, mais ne peut s'empêcher de regarder rapidement la photo. Encore plus sexy que la précédente... Heureusement, cette fois il a pris ses précautions et s'est planqué à l'abri. Il entend déjà les ennemis se rapprocher et reprend le contrôle de son personnage pour éviter de se retrouver piégé dans une souricière. Il s'en sort de justesse et marmonne à haute voix contre le brun, et s'en rendant compte, il se mord la lèvre pour se taire. Mais aucun de ses coéquipiers n'a compris son anglais baragouiné, et ils mettent ça sur le compte de son côté "papy" qui râle dans sa barbe. Il décide de ne pas en prendre ombrage, sinon, il ne va jamais réussir à terminer correctement cette session. À la prochaine pause, il renvoie un message :
Kagami - 14h55
J'apprécie tes encouragements, mais t'es beaucoup trop distrayant. C'est pas juste que je puisse pas te toucher !
La couette remontée jusque par-dessus sa tête pour éviter la lumière du jour, c'est finalement le bruit de la vie qui s'éveille autour de lui qui le tire du sommeil. Kise se redresse sur ses coudes, la bouche pâteuse cherchant du regard à comprendre où il est. Il reconnait l'appartement de Daïki et s'étire en baillant. Sa tête bourdonne et il meurt de soif. Il consent à sortir de son lit de fortune et trouve un verre d'eau avec un cachet sur le comptoir de la cuisine de son hôte. Dans un gémissement de gratitude il les avale à grande goulée.
Les yeux à peu près décollés, il remarque Aomine appuyé nonchalamment au plan de travail de sa cuisine. Il s'en étonne un peu et laisse malgré lui son regard errer sur son torse nu. Le bougre est encore plus sexy que dans ses souvenirs... Il se secoue un peu mais ne peut détacher ses yeux de la panthère. Quelque chose cloche... Sa simple présence hors du lit est déjà un élément suspect en soi, mais le sourire de Daïki jouant sur son téléphone termine de l'inquiéter. Les cernes de son ami assombrissent légèrement son regard mais ne ternissent en rien son air... rayonnant.
« Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Mine-chi ?» Demande-t-il d'une voix traînante.
Aomine - 14h56
Bientôt...
La voix de Ryota le fait presque sursauter. Perdu dans ses pensées il ne l'a pas entendu se lever. Il lui sourit et ricane à sa question. Il se souvient alors des mots de Tetsu et se détourne pour lui servir un café et cacher son malaise. Il le pose devant lui en ébouriffant ses cheveux déjà largement décoiffés.
« Je suis juste content de te voir, j'ai pas le droit ? »
Il note le regard suspicieux du blond, espérant que son demi-mensonge suffise. Puis il répartit dans trois bols l'omelette et le riz qu'il a préparé.
« Hm...t'es pas du matin normalement...
— Baka... t'as vu l'heure ? Tu préfères que je tire la gueule ? »
Kise hausse un sourcil, puis finit par sourire. Non, à la réflexion il préfère de loin ce Daïki là, il ne s'attendait juste pas à le trouver "si tôt", mais il ne compte pas s'en plaindre. Satsuki interrompt leur échange silencieux en sortant de la salle de bain, fraîche et pimpante. Elle l'embrasse sur la joue et s'installe près de lui, engloutissant déjà son petit déjeuner sous le regard tendre de Aomine.
Bientôt, a dit Aomine, oui, mais quand ? Kagami n'aime pas cette incertitude... Ne pas savoir quand ils pourront se revoir. Ce serait plus simple s'ils habitaient ensemble, mais... Il coupe court à ses pensées : c'est évidemment bien trop tôt ! De plus, il s'aperçoit que son esprit dérive encore et il doit se forcer à ramener son attention sur le jeu. Ce ne sera clairement pas son meilleur match et quand l'écran des résultats finaux s'affiche, il grimace à la vue de ses statistiques : peut clairement mieux faire !
Il s'étire et profite d'une petite pause pour aller se chercher un coca. Son portable vibre, mais cette fois, ce n'est pas un message d'Aomine, mais d'Alex. Elle veut savoir s'il est libre pour un basket ce soir, ainsi que ce nouveau joueur dont il lui a parlé la veille. Il sourit, sa mentor est décidément impatiente, et il est possible qu'il en soit de même pour Kise. Comme il n'a pas son numéro de téléphone, il lui envoie un message sur Instagram, puis retourne s'installer devant son ordinateur pour la suite de l'entraînement.
Kise est déjà plus réveillé et s'attèle à montrer les photos et vidéos de la veille au tanné qui les regarde d'un œil amusé entre deux articles sur son journal numérique. Alors qu'il le tien en main, il reçoit une notification de Kagami et consulte le message avec un sourire carnassier.
Le brun n'a pas pu s'empêcher de voir le pseudo de Taïga et se fige. Il meurt d'envie de demander mais regarde Ryota répondre frénétiquement à la place.
« Vous faites quoi ce soir ? Kagami-chi propose un match avec Alex.
— Oh je ne sais pas si je vais pouvoir Ki-chan...
— Et moi je bosse », marmonne-t-il grognon.
Le blond hausse des épaules, ses deux amis l'ont déjà rencontré de toute façon. Il répond donc qu'il est libre et qu'il a hâte.
Kagami relaie le message à Alex et ils se donnent rendez-vous à son terrain en fin d'après-midi. Il est impatient de pouvoir aller se défouler, aujourd'hui il trouve le temps long et il ne fait pas d'aussi bonnes performances qu'il l'aurait souhaité. Il ne s'en fait pas une montagne cependant, il sait que certains jours sont plus propices que d'autres, exactement comme dans une carrière d'athlète.
En tout cas, il n'est pas mécontent quand la session prend fin. Nagato et Okonomiyaki insistent en chœur pour qu'il rapporte quelque chose cuisiné de son cru pour le pique-nique du lendemain, et il accepte de bon cœur : ça l'occupera, et puis il n'a pas confiance à l'idée de déléguer le repas à ses coéquipiers. Il jette un coup d'œil à l'heure : c'est juste, mais il a le temps de passer faire des courses et de cuisiner quelque chose avant d'aller au basket.
Satsuki et Ryota n'avaient pas l'air pressés de partir, et il se voyait mal les mettre à la porte. Malgré son envie de voir Kagami, il n'aurait su quoi trouver comme excuse pour s'éclipser. Ce sont des limites à leur relation encore secrète qu'il n'avait pas anticipées ou du moins, auxquelles il ne se voyait pas si tôt confronté. Il se renferme malgré lui dans ses pensées, mais c'est sans compter sur cet abruti de blondinet. Il parvient à le faire rire avec ses récits rocambolesques et il finalement il profite de l'avoir à ses côtés. Sans qu'il ne parvienne à lui faire complètement oublier Kagami, Ryo a au moins le mérite de le distraire.
Vers la fin d'après-midi, Satsuki les quitte pour aller travailler au calme sur un devoir et Kise ne tarde pas à faire de même pour aller se changer. Lui ne doit pas trop tarder à prendre son poste mais il regarde l'heure en se mordillant la lèvre. Son regard tombe dans sa cuisine, sur le cookie qu'il a réservé spécialement pour le tigre. Il ne réfléchit pas plus et prend ses affaires en plus du biscuit avant de sortir de chez lui d'un pas pressant. C'est plus fort que lui... il a besoin de le voir. Même s'il sait d'avance que ce sera difficile de repartir.
Un petit quart d'heure plus tard il est devant sa porte. Aomine se passe une main dans les cheveux tandis qu'il toque de l'autre, le cœur vibrant d'impatience.
Chapter Text
Surpris lorsque la sonnette retentit, Kagami se fige, une spatule à la main. Il fronce les sourcils : il n'attend personne... À moins que ce soit Alex, ou Kise, en avance, qui auraient décidé de passer par chez lui ? Il se lave les mains rapidement et les essuie sur son tablier avant d'aller ouvrir.
En tombant sur Aomine, il entrouvre les lèvres sur une exclamation muette et le dévisage sans comprendre. Finalement, une chaude et agréable sensation vient envelopper son cœur et un sourire étire ses lèvres.
« Hey. Je m'attendais pas à te voir. »
Aomine sent son sourire répondre à celui de Taïga. Il s'approche d'un pas et saisit entre ses doigts la lanière du tablier errant sur son cou, amusé.
« J'en avais envie. J'te dérange pas ?
Le rouge secoue la tête sans se départir de son sourire.
« Non... J'étais en train de cuisiner un truc vite fait pour le pique-nique de demain. »
Il pose une main sur son épaule et l'invite à entrer, refermant rapidement la porte derrière lui, puis l'attire contre lui d'un bras enroulé autour de sa taille, et imprime ses lèvres contre les siennes.
Bordel... il aime beaucoup trop cette étreinte. Daïki en gémirait presque. Il presse sa main sur sa nuque pour lui rendre son baiser et s'écarte de lui sans se défaire de son contact.
« J'ai pas le temps de rester, mais je voulais t'apporter ça. » Il sort délicatement le cookie de sa poche. « C'est le seul que j'ai pu sauver... » dit-il un peu contrit.
Kagami regarde ce cookie comme s'il s'agissait d'une version signée en édition limitée de son jeu vidéo préféré. Ce n'est pas grand-chose, et pourtant ça le remue. Et c'est bête, mais c’est la première fois qu'on lui offre un cookie, à plus forte raison que son petit ami lui fait cadeau d'une douceur.
« Thanks... murmure-t-il en souriant. C'est gentil d'avoir pensé à moi. Il va falloir le savourer alors ! »
Une bouffée de fierté gonfle la poitrine de Daiki, content que ça lui fasse plaisir. Il revient piquer les lèvres de Kagami puis s'enfonce dans l'appartement, attiré par l'odeur.
« Qu'est-ce que tu leur prépares de bon à ta team ?
— Des okonomiyakis, évidemment ! sourit Kagami. Et quelques takoyakis aussi. Comme ça si je dois mourir demain, au moins j'aurai bien mangé, conclut-il, son sourire évanoui.
— J'ai bien fait de te l'apporter ce cookie finalement, si ton heure est proche ! »
Il rit doucement à la remarque dramatique de son petit ami mais il voit bien que ça le tracasse. Il se cale derrière lui et l'enlace tandis qu'il reprend sa cuisine, autant pour essayer de le rassurer que pour faire le plein de sa présence.
« Ça va aller ? »
Kagami retrouve le sourire en sentant la présence chaude et protectrice du brun dans son dos. Il hoche la tête, content qu'Aomine se préoccupe de lui de cette façon.
« Yeah... J'me débrouillerai. Je sais qu'il peut rien arriver d'affreux, à part peut-être me taper la honte en m'enfuyant en courant devant un petit chien ! »
Le brun se retient de rire en imaginant la scène. Ce serait effectivement embarrassant. Mais pourtant quelque part, il donnerait cher pour voir ça.
« Tu en entendrais parler longtemps... tu pourras vivre avec ? s'amuse-t-il en embrassant sa nuque.
— Tch, comme si j'avais le choix ! marmonne Kagami en se vengeant sur son wok qu'il remue très énergiquement.
— Tu veux que je cherche des dossiers compromettants sur eux ? Au cas où... Propose-t-il avec un sourire complice.
— Hm... C'est pas trop dans mes méthodes, avoue Kagami avec un demi sourire. Mais bon de toute façon, je suis sûr que je trouverai les failles par moi-même avec le temps.
— Je plaisantais Taï, ricane-t-il. Heureusement que tu vas avoir de quoi te défouler... »
Son ventre se noue en prenant conscience de la tension qui habite Kagami. Par réflexe il le serre un peu plus contre son torse. Il aimerait pouvoir l'aider, ou au moins le distraire. Mais il doit malheureusement laisser cette tâche à Kise.
Kagami entend une pointe de regret dans la voix d'Aomine et devine qu'il parle du match de basket qui l'attend.
« Yeah... J'aurais bien aimé que tu sois là aussi... Ça sera moins marrant sans toi.
— Essais de profiter quand même. » Souffle-t-il.
Aomine dépose un baiser sur sa joue avant de se résoudre à le lâcher. Il ne peut pas s'attarder.
« Je dois filer... »
Kagami coupe le feu sous ses préparations et se retourne pour faire face au brun, posant ses mains sur ses hanches.
« Okay... Je suis content que tu sois passé. Merci pour le cookie. »
Il pique un baiser sur ses lèvres.
La panthère sourit contre les lèvres se nouant aux siennes. Il saisit celle du bas entre ses crocs, la plus charnue et tire doucement dessus.
« De rien. On se voit vite ok ? »
Il demande avec espoir. Il ne sait pas encore très bien où se trouve la limite. Il a peur d'étouffer Taïga avec son envie constante d'être avec lui, mais il aimerait dormir avec lui cette nuit, ou le voir demain après son pique-nique.
« Yeah... J'espère bien. »
Kagami sourit, heureux qu'Aomine semble aussi anxieux que lui à l'idée de ne pas savoir quand ils pourront fixer leur prochain rendez-vous.
« En attendant, bon courage pour le boulot... Et sois prudent. »
Tant pis s'il le lui dit tous les jours et qu'Aomine réplique invariablement qu'il l'est toujours, il éprouve le besoin de le dire à haute voix, comme si les mots possédaient un certain pouvoir magique.
Aomine sourit en rejoignant la sortie. Cette petite phrase devient un petit rituel entre eux et ça lui réchauffe la poitrine. Il se surprend même à l'avoir attendu. Alors il répond qu’il n’y manquera pas et quitte l'appartement de son petit ami, déjà impatient de le retrouver.
En vérifiant l'heure sur son téléphone, une bouffée d'adrénaline lui donne l'impulsion d'accélérer. Il risque d'arriver en retard cette fois, mais il ne parvient pas à s'en inquiéter ni même à s'en vouloir. Le parfum de Taïga et de sa cuisine toujours imprégné sur ses vêtements, l'accompagnant jusqu'au poste par douces effluves.
Kagami termine ses plats en hâte et empaquète le tout dans des boîtes hermétiques. Il jette encore un coup d'œil à l'heure : encore un peu et il est en retard ! Il saute donc dans une tenue de basket, content de pouvoir se changer les idées, d'autant que ça promet d'être intéressant de voir Alex et Kise se mesurer. Son sac de sport sur l'épaule, il se dépêche de quitter son appartement, juste avant de se figer dans le couloir et accomplir un demi-tour en catastrophe : il a oublié son cookie !
De retour dans la cuisine, il déballe le cookie... Et s'arrête au milieu de sa première bouchée, la surprise lui écarquillant les yeux : ça a bien meilleur goût que quand c'est lui qui les fait ! Il rougit en pensant bêtement qu'on prétend que l'ingrédient secret de la cuisine, c'est l'amour. Après s'être donné une claque mentale pour se montrer aussi niais, il termine le cookie en quelques coups de dents. Il s'époussette en vitesse et quitte son appartement pour de bon. Sur le terrain en face de son immeuble, il aperçoit Alex qui est déjà là et l'attend visiblement de pied ferme.
« Je suis déjà échauffée ! lui lance-t-elle en guise de salut. Qu'est-ce que tu fichais ? »
Il fait la moue et réplique :
« J'ai une vie en dehors du basket, tu sais ?
— Une vie qui s'appelle Aomine Daiki ? Je l'ai vu filer, en retard lui aussi apparemment ! »
Ses joues s'enflamment à ses insinuations et il grogne :
« Une vie comme mon métier, l'e-sport ! Daiki est juste passé en coup de vent. »
Alex se contente de l'observer d'un air goguenard et il décide d'attraper un ballon et de se mettre en jambe au lieu de subir les sarcasmes de sa mentor.
Sur le chemin jusqu'au terrain de basket, Kise se perd un peu en flânant. Il regretterait presque d'être sorti faire la fête la veille, se sentant encore fatigué. Mais après quelques rounds, ça devrait aller, se rassure-t-il en devinant le son d'un ballon qu'on fait rebondir sur l'asphalte. Il ne doit plus être très loin.
Au coin de la rue, il rejoint les deux joueurs à présent visibles en trottinant. Il y a Kagami et la fameuse Alex. Une grande blonde aux yeux vert. Un regard vif et rieur qui se braque immédiatement sur lui, le détaillant de haut en bas. Loin de s'en offusquer, l’ex-mannequin qu'il est a l’habitude d’être l'objet de toute l'attention. Il se passe une main dans les cheveux et affiche son sourire charmeur, s'excusant pour son retard.
« Désolé, je me suis un peu perdu dans le quartier. »
Alex sourit en voyant ce jeune homme tout pimpant et plein d'assurance qui s'avance, et son regard d'experte analyse aussitôt son physique. Du potentiel, à première vue. Elle lui adresse un signe de tête :
« Hello. Taïga m'a dit du bien de toi et a éveillé ma curiosité... J'espère que t'es prêt à m'affronter ! Je suis plutôt coriace pour une ancienne. »
Le jeune homme s'avance, rassuré par cet accueil. Les mains sur les hanches, il examine brièvement son adversaire. Elle est loin de faire son âge, ce qui lui donne une raison de plus de se méfier d'elle. Mais ça chatouille aussi ses tripes et ses vieux instincts de joueurs d'élite.
« C'est ce qu'il m'a dit oui... et c'est bien pour ça que je suis là ! » admet-il.
Sur ces mots, Kise va se positionner au centre en faisant quelques étirements. Trop impatient de commencer.
« Et toi beau gosse, tu comptes les points ? » Lance-t-il à Kagami.
L'intéressé tique au surnom, mais il ne dit rien et acquiesce, allant s'adosser au grillage pour observer le match.
Alex dribble souplement, observant son adversaire en attendant qu'il soit prêt. Puis, elle entre directement dans le vif du sujet, commençant aussitôt à tester ses réflexes et sa souplesse sans spécialement chercher à s'approcher du panier. Elle lui tourne autour, lui met la pression. C'est l'un des moments qu'elle préfère, ces instants où la rencontre et la nouveauté sont totales, et le joueur d'en face, un mystère à déchiffrer.
Le blond s'amuse de ce petit manège. Il laisse faire son aînée, s'arrangeant pour ne pas la lâcher du regard, commençant lui aussi son analyse personnelle. Une nouvelle adversaire représente toujours un challenge pour lui. Il lui faut du temps pour saisir sa façon de bouger, ses réflexes, sa façon d'appréhender le jeu. Et il n'est jamais sûr d'y parvenir. Surtout pas du premier coup. Il peut sentir l'expérience d'Alex dans son calme et son assurance. Elle lui fait l'effet d'une lionne jouant avec sa proie, se demandant comment elle va le bouffer... Le truc, c'est qu'il n'a pas l'habitude d'être considéré de la sorte. D'habitude, c'est lui le fauve qu'on craint sur le terrain... Alors il ne réfléchit pas plus et fonce sur le ballon pour s'en emparer.
Kagami regarde amusé les joueurs se tourner autour, et la tentative avortée de Kise pour chiper le ballon à Alex qui l'a vue venir. Elle a de quoi le déstabiliser, mais il ne serait pas étonné que Kise trouve des stratégies d'adaptation rapidement. Il l'a vu faire la dernière fois, son arsenal technique lui permet d'être comme un caméléon sur le terrain, et ça en fait un adversaire redoutable même pour Alex.
Celle-ci a déjà filé vers le panier, et quand Kise cherche à la gêner, elle fait un pas de côté en faisant souplement passer le ballon dans le dos, et tire avant même que le blond n'ait pu suivre le mouvement. Il croise les bras, la poitrine gonflée de fierté de la voir aussi efficace d'entrée de jeu.
Kise ne s'énerve pas. Il profite de cette déconvenue pour prendre note. Il garde le sourire, ne perdant aucunement son enthousiasme. Ils se replacent et c'est à lui d'engager le duel. Cette fois il ne se précipite pas. Il tente de faire reculer Alex en gardant son drible loin derrière lui et le plus bas possible. Elle est grande et vive mais peut être manque-t-elle de souplesse ? Quand elle essaie de lui prendre la balle, il change d'appuis et file sur le côté qu'elle a ouvert. Il peut l'entendre le suivre de très près dans son dos. De peur de se faire basher, il ne tente pas le shoot. Cependant, il feinte un saut juste avant de faire un demi-tour pour passer derrière elle. À mi-distance il exécute un fade away loin de l'emprise de son adversaire.
Alex bondit pour dévier le ballon, mais avec un temps de retard et entend le 'swish' satisfaisant tandis que balle passe dans le filet. Elle sourit, mais ne fait aucun commentaire. Elle se contente de récupérer le ballon, et, concentrée, reprend son petit manège, car elle n'a pas terminé de tester le blond.
Chaque fois qu'elle trouve un nouveau joueur intéressant, ça lui rappelle son adolescence, lorsqu'elle écumait les terrains de streetbasket de L.A., s'attaquant à n'importe qui même aux joueurs les plus endurcis à la carrure trois fois supérieure à la sienne. Aucun ne lui faisait réellement peur, et plus d'un, sarcastique au début, avait terminé le match avec une lueur de respect dans les yeux. Elle était vite devenue accro à ça, voulant prouver encore et encore qu'elle pouvait défier n'importe qui. Avec l'âge, et après sa carrière professionnelle, elle ne ressent plus ce besoin d'obtenir le respect, mais elle n'a rien perdu de son désir d'en découdre, juste pour le fun.
Et le match a à peine commencé qu'elle s'amuse déjà beaucoup.
C'est étrange cette sensation de vouloir plaire à son adversaire. De savoir qu'elle évoluait dans le milieu professionnel, ça ravive le besoin de Kise de faire ses preuves. D'une façon différente qu'avec ces anciens coéquipiers, Aomine en particulier... Mais quand même. Il n'a jamais choisi le surnom qu'on leur donnait à l'époque, s'en moquant plus qu'autre chose. Pourtant quelque part, ça lui colle toujours à la peau, mettant une certaine pression sur ses épaules. Alors il se concentre de plus en plus, laissant sa joie de côté pour ne voir plus qu'une rivale comme les autres, un obstacle sur son chemin.
Au bout d'un moment, alors qu’Alex met à l'épreuve sa défense, il repère une faille. D'un geste leste et vif du poignet qu'il a toujours admiré chez Daïki il dévie le ballon. Puis il part à sa poursuite et traverse le terrain à toute vitesse. Du coin de l'œil il repère Kagami, insufflant à son esprit le souvenir de ses puissants dunks. Inspiré, il saute aussi haut que ses jambes le lui permettent et il enfonce la balle dans l'arceau, façon tigre enragé. Voilà qui devrait réduire l'écart au score...
Kagami hausse les sourcils en assistant à ce dunk qui lui semble un peu trop familier. C'est assez étrange de voir quelqu'un vous emprunter vos techniques et il n'est pas sûr d'aimer ça. Il jette un coup d'œil à Alex, espérant qu'elle venge cet affront. Et celle-ci ne se fait pas prier, zigzagant comme une anguille sur le terrain avec une souplesse déconcertante, et au lieu de s'avancer dans la raquette, elle freine brusquement, recule d'un pas, et tire à trois points, ne laissant aucune chance au blond. Son tir est précis et rentre sans difficulté. Rasséréné, il note mentalement ce nouveau point, même si à les voir jouer ainsi, ses jambes commencent à fourmiller.
Alex le fait courir, défend avec insistance et une pression à laquelle il est difficile de se soustraire. Il comprend mieux le niveau de Kagami, s'il a grandi avec elle comme modèle... Il ne peut s'empêcher d'éprouver un brin de jalousie. Lui, il s'est fait tout seul. Parce que plus rien d'autre ne l'amusait. Mais il s'est toujours demandé si sa vie aurait pu être différente s'il avait poursuivi dans cette voie, ou rencontré quelqu'un qui le pousse un peu plus dans ses retranchements. Comme elle est en train de le faire.
Cette fois il grogne, réalisant qu'elle n'a aucun mal à jouer aussi à distance et qu'elle a juste pris plaisir à le balader. Cela dit, il grogne plus contre lui-même et son manque d'endurance que contre elle. Les défaites ont toujours un gout amer. Alors qu'il reprend son souffle, ses pensées s'envolent vers Aomine. Il aurait donné cher pour le voir face à Alex. Est-ce qu'elle l'a autant baladé que lui ? Ça démange son égo de le savoir...
Alex accélère un peu, elle a clairement le dessus mais elle a envie de se défouler, et puis, ça donnera une chance au blond de remonter au score. Plus jeune, il a certainement plus d'endurance... quoique, elle s'entraîne presque tous les jours ! Mais peu importe au fond, elle sent en lui une fibre compétitive qui ne se laissera pas abattre pour si peu. Elle a perçu la même détermination chez Aomine, et note d'ailleurs les similarités dans leurs jeux. Elle se rappelle que Taïga lui a dit qu'ils se connaissaient depuis longtemps, et se demande s'ils ont appris ensemble, s'influençant mutuellement au fil de leur développement. Elle a vu ça chez Taïga et Tatsuya, même si aujourd'hui leurs styles sont bien distincts. Elle se fait une note mentale de leur demander de jouer ensemble afin d'étudier le sujet plus avant... Et quelque chose lui dit que de nombreuses occasions se présenteront dans le futur !
Kise s'éponge le front dans son t-shirt et ricane en voyant son adversaire impatiente. Il soupire un bon coup et s'étire. Il s'autorise une dernière pensée pour Daïki avant de le chasser de son esprit. Juste le temps de se rappeler qu'il n'a jamais abandonné devant lui, ni contre personne d'autre. S'il en chie, c'est parce qu'il a dansé toute la nuit dernière et parce qu'il est encore en jet lag. Pas parce qu'il ne sait plus jouer... Revigoré par son introspection rapide il se lance dans la partie avec une énergie nouvelle. Les ressources sont là au fond de lui, il y a juste trop longtemps qu'elles n'ont pas servi.
La blonde se fait plus rapide, pourtant il reste attentif. Il a connu pire. Sa rivale perd en précision, quand la sienne s'accroit. Oui il manque de pratique, mais le basket est ancré en lui. Il laisse son instinct prendre le dessus, adaptant sa chorégraphie à celle d'Alex.
Cette fois, pas besoin de la technique de quelqu'un d'autre quand il parvient à lui dérober le ballon. Ce qui ne fait que le rendre plus confiant dans ses gestes.
Sur le bord du terrain, Kagami observe l'échange, de plus en plus intéressé alors que Kise gagne en confiance et parvient à contrer Alex qui n'est pas décidée à l'épargner. Il voit bien dans la façon dont elle bouge, et dont ses yeux verts pétillent de plaisir, qu'elle a trouvé un adversaire stimulant. Elle danse autour de lui sans lui laisser un instant de répit, et Kise n'a pas encore tout à fait les réflexes assez affûtés, mais Kagami a l'impression que c'est dû à un manque de pratique plutôt qu'un défaut de compétence. Il les regarde un moment jouer, se tendant d'instinct quand l'un des deux accomplit une action difficile ou quand le duel s'intensifie si bien qu'il devient impossible d'en prévoir l'issue. Et finalement, il s'avance et annonce d'une voix forte pour se faire entendre malgré la concentration évidente des deux joueurs :
« Y a 16 à 20 pour Alex ! »
Celle-ci s'arrête, s'illuminant d'un grand sourire tandis qu'elle s'essuie le visage d'un revers du bras.
« Pfiou, déjà ? » lance-telle d'une voix essoufflée.
Juste quand il commençait à trouver le rythme, la sentence tombe. Malgré la défaite qui fait mal, il est satisfait d'être remonté au score. Plutôt honorable... tente-t-il de se rassurer en reprenant son souffle. En se redressant il offre un sourire franc à Alex, qui n'a rien perdu de sa superbe, contrairement à lui...
« Ça c'est ce que j'appelle du décrassage ! » plaisante-il pour cacher sa contrariété.
Puis en chemin pour récupérer sa bouteille d'eau, il saisit l'épaule de Kagami en la pressant doucement.
« Laisse-moi dix minutes et je suis tout à toi... »
Il appuie le sous-entendu d'un clin d'œil, juste pour voir sa réaction. Ce mec l'intrigue beaucoup trop, d'autant plus qu'il n'arrive pas à le lire. C'est assez rare pour être déroutant, et stimulant.
Alex ne rate rien de cet échange et ne peut s'empêcher de sourire. Décidément, il semble que Taïga ait du succès en ce moment... Mais c'est vrai qu'il est encore plus séduisant depuis qu'il est avec Daiki. Il a repris de l'assurance et sa présence semble plus imposante, son sourire plus éclatant... Elle laisse son protégé se débrouiller avec son prétendant pour aller se désaltérer à grandes gorgées. Son corps pulse agréablement après l'effort, mais elle aussi a besoin de quelques minutes pour reprendre son souffle.
Comme la première fois qu'il a rencontré Kise, Kagami est pris au dépourvu par le côté extraverti et rentre-dedans du blond. Il s'échappe dès que possible, un peu ébloui. Avec ce genre de clin d'œil, on a l'impression de se prendre un flash en pleine figure. Il pense à Aomine et à la demande qu'il lui a faite, mais ce n'est pas le moment, pas avec Alex à deux pas, qui en plus a l'air de beaucoup s'amuser devant sa déconfiture. Il récupère le ballon et balaie son malaise en se mettant en jambes sur le terrain, enchaînant énergiquement les tirs et les dunks.
Entre deux gorgées, Kise ricane en voyant cette fuite dans l'effort. Ça ne l'aide pas trop à savoir s'il plait ou non à Kagami, mais le fait qu'il n'ait toujours pas reçu son crochet du droit dans la mâchoire le conforte dans l'idée qu'il n'est pas hétéro. Du moins il l'espère. Il détache finalement son regard de lui, se rappelant qu'il n'est pas venu que pour ses beaux yeux mais avant tout pour Alex.
« Il y a longtemps qu'on ne m'avait pas autant malmené. Ça me donne juste envie de m'y remettre plus sérieusement... confesse-t-il.
— C'est vrai ? » Alex s'illumine, c'est le genre de choses qu'elle aime entendre. « Moi, je suis une heureuse retraitée, alors je passe la majeure partie mon temps à écumer les terrains de basket de la ville... Mais Taiga joue souvent, Daiki aussi... Alors si tu as envie de jouer plus, t'auras que l'embarras du choix ! »
Il hoche sa tête blonde, se voyant déjà prendre sa revanche lors de son prochain séjour au Japon.
« Je ne suis pas souvent ici, mais je suis sûr qu'en cherchant bien je trouverai des joueurs pour pratiquer. » Il hausse les épaules et se passe une main dans les cheveux. « Et puis savoir que Aomine-chi a repris sérieusement... va falloir que je le rattrape ! »
Rien à faire... le brun restera toujours son moteur pour progresser, même s'il rencontre plus fort que lui. Les habitudes ont la vie dure, comme on dit.
Alex rit un peu devant cette rivalité juvénile.
« J'ai eu l'occasion de le tester... Sacrément coriace ! Et surprenant. C'est comme s'il improvisait tout le temps, et pourtant il est très précis. C'est avec lui que tu as appris le basket ?
— Entre autres. On a été dans la même équipe. Et en dehors des entrainements on a passé pas mal de temps à s'affronter. » Il hésite une seconde avant d'ajouter un brin gêné. « Pour tout dire, c'est après l'avoir vu jouer que je me suis mis au basket. »
Il se sent bête en avouant son admiration d'ado mais il se dit que la question d'Alex est trop précise pour qu'elle n'ait pas décelé quelque chose. Il devine qu'elle a dû sentir son influence sur son jeu.
Elle hoche la tête, ça cadre à peu près avec ce qu'elle s'était imaginé, et elle approuve :
« C'est génial ! D'habitude on s'y met plutôt en suivant l'exemple de stars à la télé... En tout cas c'était comme ça pour moi ! ajoute-t-elle en riant. Mais peu importe, j'imagine, du moment qu'on a des gens qui nous inspirent. »
La remarque fait sourire Kise. Il ne peut qu'être d'accord. Puis il jette un nouveau coup d'œil sur le terrain et désigne Kagami du menton. Toujours occupé à les ignorer.
« En parlant d'adversaire coriace, ton protégé n'a pas grand-chose à envier à Daïki. J'ai pu les voir s'affronter de près l'autre jour et... c'est quelque chose ! »
Alex hoche la tête, la fierté illuminant son visage souriant.
« Je l'entraîne depuis qu'il est gamin et il a jamais cessé de progresser. Il a de très bonnes qualités athlétiques qu'il a su entretenir, mais il a aussi développé une technique solide. Et en plus, il a le mental pour faire un basketteur redoutable ! C'est drôle quand j'y pense... S'il était rentré à Tokyo plus tôt, vous auriez sûrement fini par vous croiser sur un terrain ! Y a pas tant de passionnés que ça en ville. »
Rien que l'idée le fait frissonner malgré lui. Un sourire mélancolique vient effleurer ses lèvres, regrettant un passé qui aurait pu être tellement différent... Un adversaire pareil, peut être que ça aurait pu aider Daïki, là où aucun d'eux n'a pu. Il soupire, rêveur. Puis il pense à un autre vieux compère. Il peut l'entendre d'ici leur parler de destin et d'étoiles qui s'alignent. Ça lui arrache un petit rire, curieux d'avoir son avis sur la question.
« Redoutable oui... Il a tout d'un joueur d'exception, admet-il plus pour lui-même. Et si j'y réfléchis, ça ne m'étonne pas vraiment qu'ils se soient trouvés avec Daïki. Même moi, à peine rentré je l'affronte. Je connais quelqu'un qui dirait que ça devait se passer comme ça tôt ou tard !
— Le destin, hein ? demande Alex, amusée. Je suppose qu'on peut voir ça comme ça. Mais je suis contente. Toi t'as l'air remotivé, et je sais que Taïga aussi ça l'a remotivé de rencontrer un joueur comme Daiki... Qui en plus a des amis qui ont aussi soif d'en découdre !
— Ouais d'ailleurs en parlant de ça, j'ai pas encore eu l'occasion de l'affronter en face à face. Alors si tu permets....
— Je t'en prie ! »
Alex regarde le jeune homme repartir d'un air déterminé et piquer le ballon à un Kagami si concentré sur son panier qu'il ne l'a pas vu venir. Le fauve réagit aussitôt à cette impertinence, se plaçant face à lui et tentant de récupérer son bien. Elle sourit, c'est rafraîchissant d'observer leur énergie débordante. Elle s'assoit au pied du grillage en soupirant, se disant qu'elle en a eu assez pour aujourd'hui, mais toute prête à observer ce nouveau duel.
Revigoré par cet échange avec Alex et encore plus impatient de le tester lui-même, Kise jubile. Il sent l'adrénaline fourmiller dans son corps encore chaud de son dernier match et dribble face à un Kagami peu commode, pas là pour plaisanter. Il lui lance un sourire déterminé en tournant autour de lui, souple sur ses appuis.
« À nous deux Kagami-chi ! »
Kagami recule un peu pour inciter Kise à attaquer, et quand ce dernier accélère pour le dépasser, il projette son bras en avant dans une tentative pour éjecter le ballon de sa main, mais Kise esquive souplement et continue sa course. Il pivote et file à sa poursuite, restant près du panier en se tenant prêt à bondir, ses sens en éveil analysant chacun de ses mouvements à la manière d'un prédateur.
Kise avait déjà noté sa vitesse mais quand c'est pour le poursuivre, elle l'impressionne d'autant plus. Il a aussi eu un bon aperçu de sa détente. Dans les airs, aucune chance. Il réfléchit à toute vitesse en surveillant le fauve et ses intentions puis recule d'un bon, exécutant un fade away. Il attend le dernier moment pour lâcher la balle, s'assurant de passer au-dessus de Kagami qui a déjà sauté pour l'intercepter.
Kagami effleure la balle du bout des doigts, mais elle lui échappe pour atterrir dans l'arceau. Il la récupère rapidement et, déterminé à rendre coup sur coup, il avance patiemment, forçant son adversaire à reculer quand il s'approche trop près. Il n'en profite pas quand Kise prend le large, il n'a pas l'intention de se faire dérober le ballon de nouveau et reste solide sur ses appuis, approchant lentement mais sûrement de son objectif.
En voyant que sa tentative échoue, Kise resserre sa défense. Étirant ses membres au maximum pour restreindre Kagami. Même s'il adore l'effet que procure un panier qui rentre sans accros dans le filet, il n'a jamais rechigné à jouer sur d'autres postes. Enfin, ce n'est pas comme s'il avait eu trop le choix non plus, mais ça lui a au moins permis de devenir plus polyvalent. Alors il lui colle la pression en bougeant quand son adversaire bouge, bloquant chaque tentative de tirs. Pourtant Kagami reste calme et concentré, quand la plupart des joueurs qu'il traite de la sorte grognent et trépignent, finissant par commettre une erreur. Ouais, ce mec est différent. Il a même l'air de s'amuser plus qu'autre chose sous son pressing...
Kagami attend d'être presque pile sous le panier et protège sa balle en dribblant le bras tendu, puis quand il sent le bon moment, il accomplit un bond puissant, ramenant le ballon à lui tandis qu'il s'élève dans les airs. Kise tente le contre mais il balaie aisément sa défense d'un dunk puissant, de ceux qu'il préfère et qui font trembler le panier et grincer la structure tout entière. Satisfait que sa patience ait payé, il recule pour laisser Kise mener la prochaine offensive.
Encore une fois, le voir et le vivre sont deux choses bien différentes. Kise n'aime pas trop l'idée de s'être fait dunker sur le crâne comme s'il n'était qu'un vulgaire débutant et son offensive suivante n'en est que plus mordante. Il accélère le rythme de son dribble et tente des feintes, à droite, à gauche. Kagami répond en miroir. Il file sur la gauche puis vire à droite dès que Kagami a amorcé un pas. L'avance qu'il prend n'est pas énorme mais suffisante pour se soustraire à son marquage. À mi-distance du panier il s'élance pour un lay up. Mais la balle termine sa course contre le grillage, bashé sévèrement par Kagami depuis son angle mort.
L'adrénaline parcourt le corps de Kagami. C'est le genre de match dont il ne peut pas prévoir l'issue... Ils doivent se confronter sans cesse, trouver les failles, s'adapter. Ça fait longtemps qu'il n'a pas joué comme ça... Du moins avec un adversaire pour lequel il n'a pas eu le coup de foudre. Alors il profite, il se sent pousser des ailes au fil des échanges, il veut juste voir tout ce que Kise sait faire, et... sa fibre compétitive a bien l'intention de prouver tout ce qu'il a lui-même en réserve. Il sait se montrer polyvalent comme le blond, et leurs styles sont différents, mais leur détermination égale. Il n'a même plus conscience de la surveillance constante d'Alex, qui ne perd pas une miette de leur échange. Il ne voit que les quelques mètres carrés d'asphalte où Kise et lui évoluent, suivant cette chorégraphie improvisée qui le stimule et lui donne envie d'en avoir toujours plus. Chaque fois qu'il rate une action, il veut retenter sa chance, rien ne le décourage, aucune feinte, aucune technique sortie apparemment de nulle part. Il affiche un grand sourire sans même s'en rendre compte.
Le stade de la fatigue est passé. Kise a trouvé son second souffle, et ses sensations semblent décuplées. Des sensations qu'il a rarement éprouvées avec un autre rival que Aomine en one and one. Il doit afficher le même sourire que son adversaire à l'heure qu'il est. Mais il s'en fiche. Il a même perdu le compte des points. La victoire lui importe peu, tant il s'amuse. Kagami le pousse dans ses retranchements, l'obligeant à se dépasser et user de techniques dont il ne pensait même pas se rappeler. Il est heureux, parce qu'il se souvient pourquoi il a aimé ce sport plus que les autres, pourquoi il n'a pas abandonné. Parce que si les règles sont toujours les mêmes, il y a autant de baskets différents que de joueurs. Des possibilités infinies. Et le basket de Kagami a quelque chose qui tord ses tripes et sature son sang d'adrénaline. C'est un régal pour lui d'être au maximum de sa puissance, de tout donner. Il se sent vivant, jeune et libre. Ce qu'il a parfois tendance à oublier, entre les portiques de sécurité, le rush des aéroports et l'espace confiné des hôtels. Un anonyme parmi la foule... À travers l'effort, il réinvestit son propre corps, sans penser à rien d'autre que la balle et l'arceau et sa gestuelle.
D'ailleurs... il est tellement concentré, imprégné par le jeu qu'il tente un tir de loin. Du côté du terrain de Kagami alors qu'il vient tout juste de lui subtiliser le ballon. Le fauve n'hésite pas et bondit, essayant de couper la trajectoire malgré la distance qui pourrait le faire douter de sa réussite. Une parabole parfaite. Il croit voir les doigts de son adversaire l’effleurer, mais c'est insuffisant. La balle touche l'arceau opposé, rebondit, et en fait le tour avant d'atterrir dans le filet.
Kagami lâche un petit rire en voyant ce tir très risqué tomber juste. Il en profite pour reprendre son souffle, essuyant son visage en nage dans son t-shirt. Il commence à sentir la fatigue le gagner et tirailler ses muscles, son cœur battant la chamade contre ses côtes, mais l'euphorie et l'adrénaline saturent son système, lui donnant une sensation un peu planante.
« Wow. Très joli tir. »
En réalisant où il est, Kise sourit de toutes ses dents, se surprenant lui-même. Satisfait il plaque ses cheveux humides en arrière, un poing sur sa hanche. Comme s'il réussissait ce coup-là tous les matins au petit déjeuner.
« N'est-ce pas ? ricane -t-il. Mais t'as failli l'avoir... Tu as une détente incroyable !
Kagami rigole un peu et acquiesce :
« Ouais, j'crois que c'est mon point fort. Mais bon avec cette courbe... Je pouvais pas faire grand-chose ! »
Il se tourne vers Alex et demande :
« T'as compté les points ? »
Elle le regarde, l'air de ne pas comprendre, puis son regard s'éclaire :
« Oh ! Eh ben... J'avoue, j'ai perdu le compte. »
Kagami claque de la langue et reporte son attention sur Kise :
« Bon bah faudra remettre ça pour savoir qui gagne alors ! »
L'intérêt soudain piqué au vif, Kise s'illumine et s'approche de Kagami d'une démarche féline. Il lui lance un regard joueur et demande :
« C'est un rendez-vous que tu me proposes Kagami-chi ?
Kagami sent la chaleur lui monter au visage malgré lui et s'empresse de secouer la tête.
« Euh non... Pas un rendez-vous. Juste du basket. Sorry. »
Il appuie ce dernier mot en fixant le blond, espérant qu'il va capter le message.
Kise soupire avec exagération, et habille ses traits d'une moue déçue. Mais il retrouve vite son sourire en reculant un peu. Il ne force pas. À l'usure peut-être, se dit-il, loin de vouloir abandonner. Et encore moins après un match pareil.
« Ok, je m'en contenterai... C'est pas comme si j'avais pas pris mon pied de toute façon », assure-t-il, sincère.
Kagami retrouve le sourire et hoche la tête.
« Ouais, moi aussi. C'était cool. »
Il va chercher sa bouteille dans son sac et en boit la moitié avant de s'asperger le visage. Il s'ébroue, revigoré.
« Vous avez assuré ! s'enthousiasme Alex. À mon avis vous allez tous progresser si vous continuez à jouer les uns contre les autres ! »
Ravi du compliment, Kise offre un sourire entendu à Alex en attrapant sa bouteille. Il a l'impression de planer et pour une fois, en ayant toujours les pieds sur terre ! Il s'amuse de sa propre bêtise, s'étouffant presque avec son eau.
« Ça me fera une raison de plus pour revenir plus souvent. Ça m'avait trop manqué ! avoue le blond encore sur son nuage.
— Ouais... Je joue avec des voisins ici... Et c'est cool, mais j'avoue que c'est encore plus fun avec quelqu'un qui a ton niveau, confesse Kagami.
— Et moi alors ? se scandalise faussement Alex.
— Toi tu joues avec la moitié de la ville parce que t'as que ça à faire ! » grommelle Kagami.
Sa mentor n'en prend pas ombrage et balaie l'argument d'un haussement d'épaule indifférent.
Kise carre un peu les épaules, acceptant le compliment avec joie. Plus satisfait d'avoir été à la hauteur des attentes de ses compagnons du jour que par pur orgueil, même si ça fait toujours plaisir à entendre. Il sourit en voyant les deux autres se chamailler. Ça lui rappelle des souvenirs qu'il chérit.
« De mon côté le basket n'est pas répandu partout où je vais. Du coup quand j'ai le temps de jouer, c'est rare de tomber sur des adversaires expérimentés. Sauf aux US, là j'ai pas trop de problèmes ! explique-t-il dans un rire. Mais j'y passe pas si souvent.
— Ouais, et puis en voyageant tout le temps tu peux pas prendre d'habitude et tomber sur les mêmes joueurs, donc c'est forcément un peu aléatoire, approuve Kagami.
— Bon les gars, intervient Alex en ramassant son sac. Je me sauve ! À plus ! »
Les deux jeunes la saluent, puis ils échangent un regard et Kagami se frotte l'arrière du crâne, un peu gêné.
« Hm... Je pense que je vais y aller aussi.
— Ouais pas de soucis. Il commence à se faire tard. On aura surement l'occasion de se croiser d'ici mon départ. »
Au fond il n'en sait rien, mais Kise espère. Il tend juste la perche, laissant le choix à Kagami.
Kagami sourit et hoche la tête.
« Okay. À plus Kise ! »
Il passe la bandoulière de son sac sur son épaule et ramasse son ballon, puis il repart en direction de son immeuble le cœur léger et sous le coup des endorphines qui commencent à submerger son corps après l'effort. Il n'a plus qu'une envie, prendre une douche et s'étaler dans son canapé avec un dîner copieux.
Avant de partir de son côté, Kise observe le terrain d'un œil expert, pensant avoir trouvé le meilleur angle il prend un selfie pour ses réseaux. Il n'hésite pas à identifier Kagami sur son poste instagrame, comme un rappel de leur revanche à prendre, le défiant du regard avec le panier en arrière-plan.
Puis sur le chemin du retour, alors qu'il fait la queue pour un plat à emporter qu'il compte partager avec sa mère, il envoie un message sur la conversation groupée de sa vieille bande de potes. Ils y mettent quelques nouvelles de temps en temps, sans forcément se répondre. Mais il a comme l'intuition que celle-ci va en réveiller certains... Un demi sourire sadique aux lèvres il pianote :
Kise - 21h32
Hey guys !
Vous vous souvenez, le gars que Aomine-chi a rencontré et avec qui il est parti surfer sans nous ? Il s'est bien gardé de nous dire que c'est un sacré joueur... j'ai encore du mal à m'en remettre ! À tous les coups, il voulait le garder pour lui tout seul !
En rentrant chez lui, Kagami se rend directement à la salle de bain, et, une fois décrassé et rhabillé de propre, il prend son téléphone pour écrire à Aomine.
Kagami - 21h45
Hey. J'espère que ça se passe bien de ton côté. Je viens de rentrer. C'était cool le basket ! Je suis crevé. Tu me manques, j'aurais aimé te voir ce soir.
Puis, malgré son envie de se poser et de ne plus décoller de son canapé, il se résout à se préparer d'abord à manger, se donnant du courage en sirotant une bière pendant qu'il entame ses préparations.
Aomine et Tadashi rentrent d'une intervention. Rien de grave, ni de très long à gérer. Il pressent que la nuit va être calme. Du moins il l'espère. Pour être arrivé en retard – de seulement deux minuscules minutes – son collègue lui a refilé tous ses rapports de la semaine à finir. Il soupire en avisant la pile sur le coin de son bureau et grogne à la vue du sourire de pacha de son aîné. Il évite cependant de lui montrer son mépris, au risque d'en avoir plus à faire. Avec cette période de surveillance, il a la désagréable impression d'être redevenu le bleu que tout le monde s'autorise à bizuter.
Entre deux dossiers, il consulte discrètement le message de Kagami.
Aomine - 22h03
Ça va. Corvée paperasse... Autant dire que j'aurais largement préféré être avec toi.
Qui a gagné ?
Puis avant de poser son téléphone il remarque une autre notification qui lui fait froncer les sourcils. Il aurait dû s'en douter...
Kagami est en train de dévorer son repas devant un film quand il reçoit le message de son petit ami. Il enfourne une bouchée et prend son téléphone pour répondre.
Kagami - 22h05
Je sais pas, Alex a perdu le compte à mi-chemin. Je pense que c'était plutôt équilibré.
I miss you.
Il repose son portable et reprend son repas, totalement affamé après un match si épuisant qui a duré aussi tard, et quand il a terminé son bol, il enchaîne aussitôt avec un autre, puis encore un autre. Enfin satisfait, il se renfonce au fond du canapé en poussant un soupir de soulagement. Il se sent déjà ensommeillé tandis qu'il regarde d'un œil l'écran de télévision. Son cœur se serre un peu, définitivement, Aomine lui manque ce soir. Il s'est vite habitué à sa présence et la place à côté de lui sur le canapé lui semble bien vide.
Aomine a du mal à rester concentré. Ses pensées dérivent encore et encore vers Kagami. Il a envie de savoir comment s'est passé ce match dont il a perdu le fil. De savoir ce qu'il fait. Il lui manque aussi. Bien plus qu'il ne l'aurait cru. Comme il reste au poste ce soir, il s'autorise à divaguer dans ses rêveries et à lui écrire dès que Tadashi a le dos tourné.
Aomine - 22h44
Content que tu te sois amusé. Je crois que lui aussi, tu lui as fait forte impression...
Tu me manques aussi.
Kagami a beau être rincé par le match, il n'a pas sommeil. Il pense au pique-nique du lendemain, par-delà son appréhension de ses amis canins, il est un peu nerveux de revoir toute son équipe. Alors il est devant un autre film quand il reçoit le message du brun. Il sourit, mais une nouvelle fois son cœur se pince. C'est idiot qu'il lui manque autant, mais il n'y peut rien. Il est juste dingue de ce mec.
Kagami - 22h45
Il a kiffé avec Alex aussi. Il a dit que ça lui avait donné envie de s'y remettre plus sérieusement. Bon courage pour ta nuit. Je pense à toi.
Le brun ne peut se retenir de ricaner. Il attire quelques regards... Certain de ses collègues doivent le prendre pour un fou. Ce n'est pas comme s'il avait cherché à démentir non plus depuis son retour, limitant les contacts au strict minimum. Ça ne l'étonne pas de Kise. Et il doit admettre que la nouvelle lui fait inexplicablement plaisir. Kagami a eu le même effet sur lui. Cependant il se rembrunit un peu à cette idée, sachant que ce n'est pas la seule chose que son petit ami a su réveiller aussi chez son pote...
Aomine - 23h06
Pas étonnant. Jouer contre vous m'a fait le même effet. Espérons qu'il s'y tienne !
Merci, bon courage à toi pour demain. Essaie de dormir quand même.
Kagami 23h08
Yeah, je vais faire de mon mieux. Love you.
Le rouge soupire et repose son téléphone. Il se résout à se préparer à aller au lit, et une fois dans son futon, il garde la lumière allumée un long moment tandis qu'il bouquine un manga. Finalement, il fait sa première tentative pour s'endormir, mais ses pensées sont monopolisées par Aomine et par ses appréhensions pour le lendemain. Il se tourne et se retourne, rallume la lumière... Et finalement, trois heures plus tard, il finit par sombrer dans un sommeil agité.
Quand il se faufile enfin sous les draps, il est quatre heures passées. Cette fois Aomine a fait du rab, préférant terminer ce qu'il avait entrepris. Avant de se laisser couler dans le sommeil, il hésite à écrire un message pour que Kagami le trouve au réveil. Mais il craint de troubler son sommeil. Du coup il opte pour un mail, espérant qu'il le trouve avant son départ. Il prend soin aussi d'ôter le mode silencieux, au cas où... Il déteste se sentir inutile quand il sait Taïga si nerveux. C'est inexplicable. Ce besoin viscéral de le protéger, d'être là pour lui. S'il s'écoutait, il irait lui aussi dans ce parc, pour attirer tous les chiens loin de son mec avec des friandises.
De Aomine Daiki - envoyé à 4h18
Hello you.
Je ne sais pas si tu trouveras ce message avant ton rendez-vous. J'avais peur de te réveiller. Tu as pu dormir au moins ?
Bref, tu n'as pas à t'en faire. Je suis sûr que tout se passera bien. Parce que tu es un mec génial, et ces gars seront d'accord avec moi.
Je pense à toi, bon courage Taïga... you got this ;)
Je t'embrasse.
Épuisé il ne tarde pas à s'endormir, ses pensées toujours tournées vers Kagami.
Chapter Text
Malgré sa nuit agitée, Kagami se réveille tôt. Les premiers rayons brillent à travers ses rideaux : aucune chance d'annuler le pique-nique pour cause de pluie. Encore allongé, il s'étire, chassant peu à peu l'engourdissement de ses membres. Il a trop de temps devant lui. Il avait prévu de s'entraîner un peu devant son PC, mais il pressent que ça va être impossible de se concentrer ce matin, alors il opte pour une séance de sport. Tandis qu'il se prépare, il remarque qu'il a reçu un mail et son cœur fait un petit bond en constatant qu'il s'agit d'Aomine. Il s'empresse de lire le message, un sourire étirant ses lèvres. Ça le touche étrangement qu'Aomine essaie de le rassurer ainsi.
De Kagami Taiga - envoyé à 8h42
Hey. Thanks... Ouais, j'ai pu dormir un peu. Je vais faire du sport ce matin. Je sais que ça ira, mais tu sais, je suis un nerveux. J'ai l'habitude. Au lycée avant un match important, je dormais pas de la nuit. Même si je savais que ça irait.
Repose-toi bien. Tu me diras si on peut se voir aujourd'hui ou cette nuit.
Son message envoyé, il se fait un sac de sport en vitesse, puis quitte son appartement. Il traverse le quartier animé par les travailleurs en route pour leur journée. L'air est doux malgré l'automne qui pointe le bout de son nez, et une lumière pâle et dorée enveloppe la ville plongée dans une légère brume. La journée s'annonce magnifique. Il se hâte avec les autres passants, et se laisse dépasser par les employés en costard tandis qu'il s'engouffre dans la salle de sport.
Il se sent instantanément plus calme dans cet environnement familier, et après un passage aux vestiaires, il commence ses exercices, musique à fond sur les oreilles. Son corps se réchauffe peu à peu, et il en profite pour intensifier son effort. Son esprit se clarifie et il trouve enfin un peu de paix alors qu'il se focalise sur le jeu de ses muscles et sur la maîtrise de son souffle. Il aime cette sensation quand il doit puiser dans son énergie et se pousser toujours plus loin, quand son t-shirt se trempe de sueur et qu'il exécute des gestes mille fois répétés. Il n'y a plus de place pour des pensées parasites, seulement pour la pureté de l'effort. Il ne se ménage pas, et quand sa séance prend fin, il est en nage et agréablement épuisé.
Quand il émerge, encore étreint de fatigue, Aomine a l'étrange sensation d'avoir oublié quelque chose. Comme si son réveil n'avait pas sonné, mais que son alarme interne avait pris le relais. Il grimace en avisant l'heure. Trop courte nuit. Il se retourne dans son lit, cherchant la fraîcheur de l'autre oreiller pour se rendormir mais il n'y parvient pas.
Dans sa cuisine il attend que son café coule, au radar. Il profite de ce moment de calme et de silence pour rassembler toute once d'énergie qu'il a pu recharger ces quelques heures. Puis quand ses yeux sont capables de s'ouvrir pleinement il s'adonne à son rituel des news de jour. Découvrant par la même occasion le message de Kagami avec plaisir. Ce dernier ne tient pas en place... ça il l'avait déjà noté. Mais il découvre au fur et à mesure que Taiga sait parfaitement transformer son énergie négative en quelque chose de positif. Une force de caractère qui lui plait énormément. La force tranquille, bouillonnante à l'intérieur, se déversant à sa guise. Quand lui est plus impulsif.
En avisant l'heure il se doute que son petit ami – il commence a vraiment aimé la façon dont ce titre résonne dans sa tête – doit être en route pour le parc, s'il n'est pas déjà arrivé. Il décide de le laisser tranquille pour l'instant, retournant à sa lecture. Après, il passera surement chez son oncle et sa tante pour y ranger le matériel de camping qu'il a emprunté et qui embarrasse toujours son salon. Dans cette optique il envoie un message pour prévenir de sa venue, et comme il aurait pu s'y attendre, sa tante l'invite plutôt à déjeuner. Il lève les yeux au ciel mais accepte, ne pouvant décemment pas refuser un bon repas fait maison. Même si ça veut dire se presser un peu et très certainement croiser son chef...
À la grille du parc, Kagami balaie les lieux du regard, méfiant. Il aperçoit un canidé sur sa droite, mais il est loin, et semble se diriger vers l'une des issues. Il inspire un grand coup et s'aventure dans la verdure. De loin, il repère aisément la chevelure rose de Momoi qui est déjà posée sur une couverture à carreaux, en compagnie de Nagato qui est visiblement en train de lui sortir l'une des plaisanteries de son cru, puisque la jeune femme rit à gorge déployée. Il s'approche et salue le duo, puis pose sa glacière sur la couverture et s'assoit. Il ne peut s'empêcher d'observer les alentours, aux aguets, mais les deux ne semblent rien remarquer. Ils brisent la glace avec une petite bière, et sont rapidement rejoints par Okonomiyaki, Komugi et Hawke, et l'équipe est au complet. Maintenant, Kagami connaît leurs vrais noms, mais les habitudes ont la vie dure et ils continuent de s'appeler par leurs pseudos, qui leur semblent presque plus réels que les prénoms aléatoires souhaités par leurs parents.
Le soleil les enveloppe agréablement et ils sont entourés d'arbres dorés. À deux pas, un étang voit passer de paisibles poules d'eau. Il est impossible de ne pas trouver l'endroit apaisant, et Kagami se détend imperceptiblement tandis qu'ils boivent leur bière en plaisantant. Cependant, il garde des yeux derrière la tête, rester ainsi posé en terrain découvert ne lui plaît guère. Il le fait pourtant parfois, mais c'est rare... La dernière fois, il était d'humeur mélancolique et avait quelque peu oublié la menace canine. Mais aujourd'hui, et avec tous ses yeux railleurs qui le surveillent, impossible de faire abstraction. Pour se distraire, il propose alors de commencer le repas, proposition accueille avec enthousiasme par la bande.
Comme à son habitude, Komugi, un petit brun aux yeux pétillants, se montre affable et charmant. Nagato, grand et dégingandé, toujours très sérieux en match, profite de l'ambiance détendue pour enchaîner des blagues de qualité diverse. Hawke, plus réservé, se cache derrière ses cheveux mi-longs et malgré son évidente timidité, il dégage une étrange aura captivante, une sorte d'autorité naturelle. Quant à Okonomiyaki, un robuste jeune homme à la mâchoire carrée, s'il est souvent le plus râleur et le plus bruyant en match, il est le plus mal à l'aise de tous, rougissant facilement et comme Kagami, il noie son embarras en dévorant consciencieusement son repas. Au milieu, Momoi semble dans son élément, et Kagami se rappelle qu'elle a l'habitude de traîner avec des groupes de garçons. Ceux-ci, s'ils étaient pour la plupart plutôt intimidés par elle, se montrent maintenant plus chaleureux et la jeune femme semble les apprécier, ce qui fait plaisir à Kagami.
Alors... si aucun chien ne pointe le bout de son museau, il se pourrait bien qu'Aomine ait raison : tout se passera bien.
En arrivant dans l'allée, Aomine trouve le garage ouvert et ne peut que sourire à l'attention de sa tante. Il range le matériel directement dans la remise et ne prend pas la peine de repasser par l'entrée, préférant la porte donnant dans la maison. Il s'annonce d'une voix forte qu'il veut assurée. Alors qu'il n'en mène pas large. Il ne sait pas à quoi s'attendre mais se prépare au pire.
Un petit bout de femme au large sourire vient l'accueillir et l'entraine dans la pièce principale, où déjà plusieurs plats l'attendent sur la table.
« Sers-toi à boire mon grand, je termine ça et j'arrive. Ton oncle ne devrait pas tarder non plus. Alors cette randonnée, c'était comment ? »
Il s'amuse du débit de parole de sa tante en cherchant à boire dans le frigo. Puis il s'adosse au plan de travail non loin d'elle et lui raconte son aventure. Il avoue avoir emmené un ami, le cœur battant. Comme si ce qu'il éprouvait vraiment pouvait se voir sur son front. Oser mentir dans une maison de flic... Nerveux, il préfère changer de sujet et s'intéresse à ce qui mijote dans les casseroles.
Masato ne tarde effectivement pas à les rejoindre et c'est à peine s'il ose soutenir son regard lorsque leurs pupilles se croisent. Il déglutit, s'obligeant à maintenir le contact visuel au moins pour se donner une idée de son humeur. L'homme en impose. Son expression fermée, impossible de décrypter quoique ce soit. Il n'est pas très grand, en tout cas moins que lui, mais il a une carrure et une prestance qui force le respect. Le genre d'aura qui ne laisse aucun doute sur l'autorité dont il peut faire preuve. Sans compter qu’en plus d'être son chef au boulot, il fait aussi office de figure paternelle. Même s'il ne l'a jamais autorisé à prendre ce rôle dans sa vie. Avant de lui adresser le moindre mot, son oncle se sert une bière lui aussi et embrasse sa femme. L'ambiance se fait plus lourde, pesante tandis qu'il attend que le couperet tombe.
« Tu as fini de m'éviter ? Il était temps... »
Les paroles sont sèches mais le ton est étrangement moqueur. Aomine relâche quelque peu la pression dans un soupir résigné et le rejoint au salon.
« Je ne t'évitais pas, j'ai été mis à pied, tu te souviens ? tente-t-il, faussement détaché.
— Parfaitement oui. »
Cette fois, aucun trait d'humour. Le regard sur lui aussi se fait plus sévère. Il s'apprête à répliquer pour se défendre mais sa tante coupe court à leur petit duel.
« Ne commencez pas tous les deux. D'abord on mange ! »
Il obéit sagement, essayant de retrouver son calme, reconnaissant pour cette diversion bienvenue. Il repense à ce qu'il a admiré un peu plus tôt chez Kagami et y cherche une inspiration. Il n'est pas venu pour envenimer les choses, mais c'est plus fort que lui. Il se sent nerveux et face à Masato, la seule défense qu'il connaisse, c'est l'attaque. Oubliant trop facilement que cet homme est censé être de son côté.
Kagami et ses coéquipiers ont fini de manger, et il a repéré l'un de ses ennemis se rapprocher dangereusement. Il se lève, histoire d'être prêt si les choses dérapent. Il prétexte qu'il veut se dégourdir les jambes. Mais Hawke remarque son petit manège et s'approche discrètement.
« Un problème Tiger ? »
L'intéressé bredouille une vague réponse comme quoi tout va bien, son regard sans cesse attiré par l'objet de son angoisse. Son coéquipier suit son regard et hoche la tête silencieusement. Et sans rien dire, il l'entraîne dans la direction opposée.
Kagami veut protester au début, mais après tout, c'est une diversion bienvenue. Un coup d'œil par-dessus son épaule lui apprend que les autres n'ont apparemment rien remarqué de particulier, absorbés dans une discussion autour des meilleures cartes graphiques, Momoi posant poliment des questions auxquelles on se fait un plaisir de répondre.
« Alors comme ça, t'as peur des chiens ? » demande Hawke d'un ton dégagé. Comme il grogne pour toute réponse, le jeune homme reprend : « Mon petit frère est pareil. Les phobies ça s'explique pas, la plupart du temps c'est plus pénible pour celui qui les vit que pour les autres. »
Kagami l'observe du coin de l'œil, surpris, et soupire dans un mélange d'embarras et de soulagement.
« Ouais... Mais c'est... frustrant.
— Il est déjà loin. Tu devrais pas t'en faire pour si peu.
— T'as raison... » approuve faiblement Kagami tandis qu'ils retournent auprès de leurs camarades.
Alors que Komugi ouvre la bouche pour demander quelles sont ces messes basses, Kagami l'interrompt en brandissant un paquet de cookies. Des étoiles s'allument dans presque toutes les paires d'yeux, et Komugi oublie sa question. Bientôt, chacun déguste son dessert tranquillement et Kagami peut souffler un peu. Il l'a échappé belle, et il est heureux d'avoir pu compter sur le soutien inattendu de Hawke.
Le repas se passe sans encombre. Ils échangent peu, et lorsqu'ils le font, c'est à propos de sujets badins comme l'actualité, la météo, un peu le basket qui a le don de le détendre un peu plus. Puis vient le dessert, et le café. Aomine tente un regard en coin vers son oncle à l'air renfrogné. Puis il croise celui de sa tante, bienveillant et encourageant. Il se décide à briser le silence qui devient écrasant et prend une longue inspiration.
« Je suis désolé », marmonne-t-il du bout des lèvres pour commencer. « C'était puéril de t'ignorer. Mais je me faisais déjà assez de reproches tout seul. »
Son cœur bas dans ses tempes. Il omet le fait qu'il était surtout en train de vivre un bouleversement existentiel majeur, sans mentir tout à fait. Il entend le soupir las à sa gauche et lorsqu'il ose le regarder franchement il peut voir les épaules de Masato se relâcher. Preuve qu'il n'était pas le seul sous tension.
« Je suis content de te l'entendre dire... Avec mon insigne, tu comprendras aisément que je ne pouvais pas cautionner ton comportement. Mais bon sang Daïki, je te connais assez pour savoir que tu avais de bonnes raisons. Je sais combien c'est difficile certains jours de garder son sang-froid. Je regrette seulement que dans ces moments-là tu ne tournes pas vers moi. »
Sa gorge se noue et il détourne le regard. Que répondre à ça... Il triture un peu sa tasse en cherchant quoi dire, se sentant encore plus coupable de le repousser sans cesse. Une guerre à sens unique, qui les fatigue tous deux, comprend-il au sourire peiné de Masato.
« Je... C'est pas comme si ça m'arrivait souvent. Au boulot je veux dire. » répond-il au regard interrogateur qui ne semble pas de son avis. « Je sais que je n'aurais pas dû, mais il a tenu des propos... j'ai pas supporté. Ce mec est un gros con, il fallait que je lui ferme sa grande gueule », plaide-t-il en se sentant de nouveau bouillir de rage.
Aomine s'attend à se faire réprimander, mais rien ne vient. Ce qu'il découvre en levant les yeux de sa tasse encore pleine le laisse coi. Une ombre passe sur le visage de son chef, vieillissant imperceptiblement ses traits. Son oncle l'observe en silence, avec une tendresse qui le désarçonne. La voix un peu rauque qui résonne finit par traduire la pensé de l'homme face à lui qui n'a plus rien d'autoritaire.
« Tu lui ressembles tellement... Ton père aussi avait du mal à garder son calme. Toujours le premier à s'indigner et à agir sans penser aux conséquences. »
Dans sa poitrine son palpitant s'affole. Aomine n'est pas sûr d'en supporter davantage. Il remarque la main de sa tante qui vient enserrer les doigts de son mari en soutien silencieux et il regrette que Kagami ne soit pas à ses côtés en cet instant. Le cœur serré, il se râcle la gorge pour chasser son émotion grandissante et se noie dans son café froid.
Les cookies terminés et approuvés, la bande de gamers et leur manageuse se détendent, plus ou moins affalés sur la couverture ou sur l'herbe, profitant de la tiédeur du soleil.
« C'est marrant n'empêche, t'as pas vraiment une dégaine de gamer... » dit soudain Nagato, allongé, la main en visière pour examiner Kagami.
« Faudrait que je sois tout maigre comme toi, c'est ça ? raille l'intéressé.
— C'était pas une critique, rigole Nagato. T'aimes le sport ?
— Ouais... Surtout le basket. Mais du sport j'en fais presque tous les jours, j'en ai besoin, c'est ma façon de gérer.
— Hm... Ça explique pourquoi t'es aussi musclé. Moi, j'ai trop la flemme !
— La flemme c'est un truc qui doit m'arriver une fois par an...
— Sérieux ?! s'exclame Nagato en se redressant sur un coude.
— Ben oui, t'as pas vu comme il est nerveux ? sourit Okonomiyaki en se mêlant de la conversation.
— Maintenant que tu le dis, c'est vrai que je me demande comment il fait pour tenir assis sur une chaise toute la journée.
— Hé, je suis toujours là, je vous signale ! proteste Kagami.
— Il doit se lever aux aurores pour faire du sport, répond Okonomiyaki en l'ignorant.
— Ou alors, dès qu'il a terminé, il va soulever des haltères, commente pensivement Nagato, avant d'ajouter : ça doit vachement plaire aux filles, non ?! »
Pris au dépourvu, Kagami ouvre la bouche, puis la referme. Le sujet n'est jamais venu sur la table et donc ses coéquipiers ignorent ses préférences. Il hésite un instant, puis choisit de ne pas en faire toute une histoire, après tout il n'a jamais caché qu'il était gay et ce n'est pas maintenant que ça va commencer.
« Ça plaît aux garçons aussi », dit-il simplement.
Les deux autres échangent un regard surpris comme pour s'assurer qu'ils ont bien compris... et finalement Nagato rigole.
« Ouais, j'y avais pas pensé, désolé. Bref, tu dois avoir du succès.
— Je me plains pas », répond sobrement Kagami.
Son cœur bat fort, mais il est soulagé de l'avoir dit. Il n'y a rien de plus malaisant que ces situations où on veut vous caser ou bien on vous regarde avec connivence face à une jolie femme. Comme ça, au moins, il n'y a pas d'ambiguïté. Se sentant observé, il relève les yeux et tombe sur Okonomiyaki qui l'observe avec une sorte... d'admiration ? Gêné, il rougit et se donne contenance en mangeant un cookie qui a échappé à la gloutonnerie collective. Et Nagato lui fournit une distraction bienvenue en racontant ses propres aventures sentimentales comme il raconterait un feuilleton télévisé, et Kagami ne peut s'empêcher de rire aux situations probablement exagérées mais racontées avec talent.
Satsuki qui reste un peu en retrait pour laisser ses joueurs tisser du lien s'amuse de leur discours. Elle est plutôt impressionnée par l'aplomb de Kagami qui a préféré jouer carte sur table. Elle a guetté les réactions en retenant un peu son souffle, soucieuse. Le rire des deux curieux lui arrache un sourire rassuré et elle se tourne vers Kagami pour lui en offrir un de connivence. Elle note la coloration de ses joues et ne peut s'empêcher de trouver sa gêne adorable. Il est vraiment beau et mignon avec ça... sans parler de sa cuisine. Elle en viendrait presque à jalouser son frère si elle n'était pas si heureuse pour lui. Elle se note mentalement de lui demander si Himuro sais faire les cookies, lui aussi... parce que le mystérieux brun n'est pas dénué de charme et lui a laissé un souvenir encore vivace. Son attention se reporte finalement sur Hawke et Komugi qui l'interpellent et se lance avec joie dans la discussion.
Le silence est retombé dans la pièce. Les laissant tout trois pensifs. Son manque de sommeil et de confiance face à Masato le rendent fébrile et incapable d'entamer une séance souvenirs. Il sent que la tristesse n'attend que de pouvoir s'accrocher à lui et il sait le terrain glissant. Il y a des blessures qu'il préfère ne pas rouvrir. Pas aujourd'hui. Alors il parle plutôt d'autre chose, qui le met de meilleure humeur.
« Vous vous souvenez de Kise, mon ami du collège ? Il est de retour pour quelques jours.
— Oh c'est vrai ? Je ne savais pas que vous étiez toujours en contact, s'enthousiasme sa tante.
— Si. Enfin on essaie.
— C'est une façon de demander des jours de repos ?» S'enquiert son voisin qui a repris la casquette de chef.
Aomine fronce les sourcils et nie. Ça l'arrangerait, mais il vient de reprendre le travail. Ça l'agace aussitôt.
« Non. Je me débrouillerai, je sais que les plannings sont bouclés. »
Son oncle lève les mains en signe d'apaisement et laisse échapper un rire désabusé.
« Pourquoi tu te braques ? Je pourrais comprendre.
— C'est pas comme si je méritais des faveurs. Tu sais que j'aime pas quand tu me traites différemment des autres !
— Daïki, tu as déjà été puni. Je ne suis pas là pour te pourrir la vie contrairement à ce que tu peux croire.
— Tadashi c'était pas vraiment une punition... » marmonne-t-il.
Cette fois son oncle perd un peu de son calme et renfile son masque dure qu'il arbore en temps normal. Il trouve ça étrangement rassurant tandis qu'il le défi du regard, son aplomb ravivé par sa frustration.
« Non c'est vrai. Mais deux semaines de mise à pied et une tache indélébile sur ton dossier c'était amplement suffisant. Je ne te dorlote pas ! Tu me crois incapable de faire la part des choses ? C'est plutôt ton problème ça !
— Anata calme toi... ce n'est pas la peine de crier », l'implore sa tante.
Aomine prend la claque et encaisse ses paroles sans broncher. Il est content de l'entendre mais il ne parvient pas à lâcher prise. C'est plus fort que lui, il continue de lui tenir tête en silence, engagé dans un duel de regards lourds de reproches.
Un peu plus tard, ils décident de lever le camp. Cette semaine ils seront en week-end plus tôt ! Avant de se séparer, cependant, ils prennent soin de régler quelques détails relatifs au prochain tournoi qui a lieu la semaine suivante. Avant ça, il y aura un entraînement intensif, mais d'ici là, c'est repos. Plus motivés que jamais, ils se promettent de se revoir bientôt et chacun rentre chez lui.
Sur le chemin du retour, Kagami a le cœur léger. Ça s'est mieux passé qu'il ne l'avait espéré et il est content d'avoir passé ce moment de détente et de complicité avec ses coéquipiers. Momoi avait raison, c'était important de se voir dans un contexte différent, plus détendu, sans enjeux. Et il n'a presque pas été ennuyé par les chiens ! C'est donc un succès.
Une fois à la maison, il sent un coup de barre après la nuit peu reposante suivie d'une grosse séance de sport ce matin. Il s'allonge donc sur son canapé pour somnoler devant une rediffusion de match de basket, mais avant de s'endormir, il envoie un message à son petit ami.
Kagami - 14h30
Hey ! Je suis rentré... j'ai pas été dévoré ! C'était sympa. Je suis content. J'espère que toi ça va.
L'heure de la reprise a mis un terme à leur conflit qu'il estime inachevé. Ils se sont séparés froidement avec son oncle et il l'a regardé partir le ventre en vrac. Il se déteste de réagir de la sorte, au quart de tour. Il a le sentiment que la communication entre eux sera toujours impossible. Et ce constat le désole, d'autant plus quand il lit la même peine sur le visage d'ordinaire si jovial de sa tante. Il s'excuse auprès d'elle, assurant que ce n'est pas ce qu'il voulait. Pendant qu'il l'aide à débarrasser, elle le rassure tant bien que mal. Elle lui explique que Masato s'est beaucoup inquiété de son silence après l’incident mais qu'il n'est pas du genre à dire ces choses-là. La remarque le fait sourire. En effet, vraiment pas son genre... Lorsqu'il laisse enfin sa tante, il est toujours tendu. Aomine déteste ce gout d’inachevé et cette rancœur bouillonnante qui pèse sur son cœur.
Dans sa voiture, il consulte son portable avant de démarrer. Le message de Kagami l’apaise un peu.
Aomine - 14h42
C'est une super nouvelle ça. Content pour toi.
Pas vraiment... pour l'instant, journée de merde.
T'es dispo ?
Aomine envoie sa réponse comme une bouteille à la mer, espérant le voir pour inverser la tendance. Kagami lui manque d'autant plus qu'il se sent vulnérable et à fleur de peau après ce déjeuner houleux.
Kagami sursaute, à moitié endormi, quand son portable resté sur son ventre se met à vibrer. Il plisse les yeux pour voir le message et se redresse en le lisant, un peu alarmé.
Kagami - 14h44
Yeah, dispo. Tu veux passer ou je viens chez toi ?
Une vague de chaleur vient réchauffer sa poitrine. Pour l'instant il veut oublier Masato, alors le plus loin du poste sera le mieux.
Aomine - 14h45
J'arrive.
Il jette son portable sur le siège passager et sort de l'allée résidentielle, impatient de le retrouver. En voiture il ne lui faut pas longtemps et c'est le cœur battant d'excitation qu'il monte les escaliers deux à deux. Il toque trois coups à sa porte et s'appuie contre le chambranle, les mains dans les poches.
Kagami ouvre la porte et sourit en découvrant le brun.
« Hey... »
Quand leurs regards se croisent, une petite décharge électrique le traverse. Il se sent toujours épinglé par ce regard bleu tempétueux. Il déglutit, le cœur battant, et s'écarte pour le laisser passer.
« Entre... »
Lorsque la porte se referme derrière lui et qu'il peut sentir le parfum de Kagami et celui de son antre, il relâche enfin la pression. Il se sent en sécurité, isolé du monde extérieur. Il se déchausse et retire sa veste en silence. Puis il se redresse et sourit à Kagami, heureux de le voir. Il vient piquer ses lèvres en douceur, avec plus de retenue qu'il ne le voudrait, encore parasité par son humeur maussade.
« Alors ce pique-nique ? Raconte ! »
Kagami sourit et entraîne le brun vers le canapé où il l'invite à s'assoir pendant qu'il va dans la cuisine leur servir du café.
« J'étais vraiment pas tranquille au début... Mais les chiens sont restés au large et y a un de mes coéquipiers qui a fini par remarquer que j'en avais peur et m'a filé un coup de main. »
Il rapporte les tasses et s'installe aux côtés du brun.
« Sinon tout le monde était content je pense... On a bien mangé... Passé un moment de détente... C'était sympa de se voir en dehors des sessions de jeu. »
Tout en parlant, il tient d'une main sa tasse sur laquelle il souffle doucement, et pose l'autre sur la cuisse d'Aomine, heureux de pouvoir le toucher après un jour et demi de privation.
Le corps tourné vers lui, un coude sur le dossier il l'observe en laissant un demi sourire se dessiner sur ses lèvres. Contrairement à la veille, il le sent vraiment satisfait et plus serein et ça lui fait plaisir. Il vient jouer distraitement avec les doigts traînant sur sa jambe pendant qu'il l'écoute avec attention.
« C'est cool si ça s'est bien passé. Et tant mieux si tu as trouvé un allié contre les chiens, ton secret est sauf ! »
Il lui rend son sourire, sincèrement content pour lui.
Kagami sourit et avale une gorgée de café.
« Ils vont finir par le savoir de toute façon... Mais bon, le principal c'est que ça a pas viré à la catastrophe ! Je pense que Momoi a passé un bon moment aussi. »
Il caresse la cuisse du brun et fronce les sourcils légèrement.
« Hm... Et toi t'as eu des galères aujourd'hui ? Tu disais que c'était une journée de merde... »
Aomine soupire, préférant éviter de se replonger dans ces dernières heures. Il boit un peu de café le temps de trouver ses mots.
« J'ai voulu passer ranger le matos de camping chez mon oncle et ma tante. Elle a voulu que je reste manger, il est venu, on s'est pris la tête. Rien de vraiment inhabituel. »
Il hausse les épaules comme si ce n'était rien et vient chercher le regard de braise de Kagami qu'il peut sentir peser sur lui.
Le rouge fronce les sourcils, n'appréciant pas vraiment la façon dont Aomine minimise.
« À propos de quoi ? Ce dont tu m'as parlé l'autre jour ? » demande-t-il.
Il ne peut pas en vouloir au tigre d'être curieux, alors il prend sur lui et donne un peu plus de détails, l'agacement revenant s'immiscer dans sa voix.
« Ouais... je lui ai rappelé que je ne voulais pas de traitement de faveur et il s'est énervé, m'assurant que je me faisais des idées. Il avait l'air d'y croire, mais je sais pas... j'ai du mal à prendre du recul quand il s'agit de lui, avoue-t-il en détournant le regard. Je m'emporte facilement, lui aussi... bref, on s'aboie dessus pour rien dire.
— Hm... J'ai surtout l'impression que tu veux pas le croire... Peut-être juste qu'au fond tu te sens coupable parce que t'as l'impression d'avoir foiré et tu conçois pas qu'on puisse ne pas être d'accord avec ça. »
Un sourire légèrement amusé adoucit ces paroles un peu dures. Il a déjà pu voir comme Aomine pouvait être buté... C'est parfois une qualité... Et parfois, ça ne sert qu'à se saboter soi-même.
Le brun fronce les sourcils à cette remarque. Il s'apprête à répliquer mais quelque chose au fond de lui l'en empêche. Il grogne finalement, n'étant pas d'assez mauvaise foi aujourd'hui pour nier. Il y a très probablement de ça. Il aurait préféré la colère de son oncle en plus de celle de son chef, s'étant lui-même déçu d'avoir ainsi perdu son sang-froid au boulot.
« C'est maso non ? demande-t-il dans un rictus résigné.
— Non, c'est juste têtu, sourit Kagami. Plus sérieusement... c'est bien de vouloir être irréprochable, mais personne ne l'est. Ça fait pas de toi un mauvais flic pour autant. Et je suis sûr que ton oncle... en tant qu'oncle et en tant que chef, il le sait aussi. Je pense... que tu devrais te lâcher un peu de lest. »
En disant ça, il se penche vers lui et noue une main autour de sa nuque, la massant doucement.
« Et puis... J'aime pas te voir aussi tendu » souffle-t-il en posant un baiser dans ses cheveux.
Il ferme les yeux sous la tendresse de ses gestes, prenant conscience de la tension qui l'anime lorsqu'elle le quitte un peu grâce aux doigts caressant de Kagami. Il laisse tomber sa tête soudainement lourde de fatigue sur son épaule pour profiter du contact et vient enlacer sa taille en soupirant d'aise autant que de frustration.
« C'est con mais quand je merde au taf, j'ai l'impression de le trahir... »
Les mots sont sortis tout seul, avant même qu'il les pense. Les entendre le surprend presque et lui donne chaud, des sueurs froides. Il sait au creux de son ventre que c'est la raison pour laquelle il est si dure avec lui-même et que c'est stupide...
Kagami s'en doutait, mais Aomine devait le dire par lui-même. Il est soulagé de l'entendre l'avouer et le serre doucement contre lui, continuant de masser sa nuque d'un geste apaisant.
« C'est ton modèle... Mais s'il était en vie aujourd'hui tu verrais sûrement qu'il n'était pas parfait non plus... Et tu n'as pas besoin qu'il soit idéal pour que ce soit ton modèle. Tu seras même plus proche de lui si tu acceptes que vous avez tous les deux vos failles. Tu ne le trahis pas... Tu suis son chemin la tête haute et en donnant ton maximum... Je pense que ton oncle est frustré que tu le voies pas... et que t'en sois pas fier. Moi, ça me frustre en tout cas. »
Les mots se glissent en lui, jusque dans sa poitrine qui s'est rétrécie. Contractée par la culpabilité et le poids de sa peine qui se rappelle à lui. Il sait que Kagami a raison. Qu'il a toujours mis son père sur un piédestal, gommant ses défauts de ses souvenirs. Pourtant il en avait, comme tout le monde. L'impulsivité étant le premier qu'ils partagent d'après Masato... Être fier... c'est quelque chose qu'il feint la plupart du temps, dans son arrogance et son assurance. Mais en vérité, c'est un sentiment qu'il est bien plus facile d'éprouver lorsque on peut le lire dans le regard de ceux qui comptent, ceux qu'on admire et qu'on adule. Son père n'était pas là pour son entrée à l'école de police, à sa remise de diplôme, lorsqu'il a prêté serrement, quand il a bouclé sa première affaire, ou la dernière... Alors c'est plus dur de prendre la mesure de ses accomplissements qui pour lui ne sont que les étapes logiques du chemin qu'il a emprunté.
Il laisse ses pensées s'entremêlées dans son esprit, leur fait une place, pour une fois il les accepte sans jugement. Sans décider si elles sont rationnelles ou bien pathétiques. Il se focalise sur la présence de Kagami, s'arrime à lui en resserrant un peu son étreinte. Il enfouit son nez dans le creux de son cou pour inspirer son odeur rassurante et se fondre dans sa chaleur enveloppante et protectrice. Il laisse sa présence et ses gestes le délester de son énergie négative, trouvant tout le réconfort dont il avait besoin dans ses bras. Il embrasse la peau fine à la portée de ses lèvres et avant de se détacher un peu de lui il souffle :
« Je sais que t'as raison... c'est difficile à déconstruire, mais je vais y penser. »
Les doigts de Kagami se glissent dans les cheveux d'Aomine, même son cuir chevelu semble hérissé et agacé. Il le masse doucement pour évacuer la tension inutile.
« I know... Rien ne presse. C'est pas une histoire simple, et y a pas de réponse simple. Mais tu vas démêler tout ça... Je m'inquiète pas pour ça. Et toi aussi, accorde-toi du temps. »
Il sourit et pose un baiser dans ses cheveux qui semblent imperceptiblement se courber sous ses lèvres, comme si la tension électrique qui habitait tout son corps s'apaisait un peu à son contact, et cette impression même illusoire lui donne un peu de baume au cœur.
Aomine se détend au fil des marques de tendresse de Kagami. La colère le laissant à fleur de peau, il est particulièrement sensible à son toucher imprimant de légers frissons sur son épiderme. Il ne peut résister à l'appelle de ses lèvres qui savent si bien trouver les mots pour l'aider et vient y déposer les siennes. Son baiser se veut tendre, il se fait aussi doux que les pattes de velours du tigre sur lui. Ce contact devenu rapidement familier l'apaise. Puis il accole leurs fronts et croise son regard. Il lui sourit presque timidement, puisant de la force dans ses encouragements.
« Merci Taïga.
— Me remercie pas. Réconforter son petit ami, c'est normal, non ? »
Kagami lui lance un regard taquin, et pourtant ça ne l'empêche pas d'y croire. Il n'aime pas le voir tendu, et encore moins rediriger sur lui-même ses émotions négatives. Il n'est ni un exemple ni un saint en la matière, mais ce n'est pas une raison pour ne rien faire.
« Je suis content que tu sois passé, ajoute-t-il. Tu m'as vraiment manqué. »
L'appellation agrandit son sourire et son cœur fait une embardée dans sa poitrine. Si c'est normal en tant que couple, alors oui, il va définitivement s'y faire. Il ose passer une main dans sa tignasse de feu, appréciant beaucoup trop la sensation de ses mèches glissant entre ses doigts.
« Toi aussi... j'en reviens pas à quel point, mais j'avais du mal à bosser, avoue-t-il sans gêne.
— Moi aussi, confesse à son tour Kagami avec un petit rire. Tu me perturbes trop. Et les journées... et surtout les soirées, sont longues. Alors ouais... je suis content de pouvoir te voir maintenant. »
Comme pour souligner ses paroles, il le serre plus fort contre lui. Il adore sentir sa musculature solide contre lui, sa cage thoracique qui se soulève à un rythme régulier, son cœur battant tout près du sien.
Il savoure ainsi un long moment, puis s'écarte un peu, sentant qu'il doit dire quelque chose avant qu'Aomine retourne à ses obligations :
« J'ai essayé de transmettre le message à Kise. Il m'a quasi proposé un rendez-vous. Je lui ai clairement dit non... J'ai pas pu vraiment expliquer avec Alex à côté... Mais je pense qu'il a compris. »
En entendant ça il fronce les sourcils. Ça ne l'étonne pas vraiment de Ryota mais il secoue la tête en soupirant d'agacement. Il saisit les doigts de Kagami entre les siens pour jouer avec, incapable de ne pas le toucher tandis qu'il lui parle de rendez-vous avec un autre.
« Détrompe-toi... il ne va pas lâcher l'affaire. S'il y a bien une chose qu'on a tous en commun en plus du basket... c'est qu'on n'aime pas perdre. À l'heure qu'il est je suis sûr qu'il est encore plus intéressé... »
Kagami regarde les doigts qui jouent avec les siens, contrarié. Il connaît déjà ce genre de comportement, pas besoin de fréquenter des basketteurs pour ça. Mais surtout il n'a pas envie de se retrouver au milieu d'une brouille entre amis.
« Okay. Je lui enverrai un message tout à l'heure. Plus explicite. »
L'ironie c'est que s'il n'était pas tombé amoureux d'Aomine, il n'aurait pas dit non. Étrange comme les événements dans la vie, aussi rares soient-ils, semblent se catapulter à certaines périodes.
Aomine lance un regard en coin à Kagami puis il plisse les yeux en le trouvant pensif. Certainement en train de réfléchir à ce fameux message. Ok, assez pensé à blondie comme ça... Il le pousse à s'allonger sur le canapé, le surprenant un peu par son geste. Puis il attrape son menton l'attirant à un baiser plus chaud tandis qu'il s'installe sur lui, se calant entre ses jambes.
« Je sais qu'il joue bien et qu'il a une belle gueule mais... je suis toujours ton préféré pas vrai ? » s'enquiert-il avec un sourire carnassier.
Kagami rigole devant cette soudaine fougue. Il regarde Aomine d'un air amusé et resserre ses cuisses sur ses hanches.
« Je savais pas que c'était une compétition... » Il arrime son regard à celui du brun et son expression se fait plus sérieuse. « Mais ça l'a jamais été, et je crois que tu le sais. »
Cette fois c'est à lui d'être surpris. Il s'était attendu à une réponse dont Kagami a le secret. Celles qui ne vont jamais dans son sens juste pour l'agacer. Mais Kagami est très sérieux, il le devine dans l'intensité de son regard. Il perd instantanément son air joueur en comprenant à quoi il fait allusion, et son cœur fond. Il s'emballe alors que son ventre se contracte de plaisir. Il observe Taïga quelques secondes, assimilant ses paroles et hésitant à prononcer ce qui résonne dans sa poitrine et son esprit. Mais il n'y parvient pas, les mots se coincent au fond de sa gorge. À la place il pose une main sur le cou de Kagami, enroulant ses doigts derrière sa nuque et vient l'embrasser. Poussant sa langue contre les lèvres de son homme pour en demander l'accès.
Kagami cède au baiser, nouant sa main sur sa nuque, la deuxième errant sur sa hanche avant de se glisser sous son t-shirt, remontant le long de son flanc. Il mêle sa langue à la sienne, mélange son souffle au sien dans un doux soupir d'abandon. Il s'emplit de la chaleur d'Aomine, de la sensation nette et définie de son corps, dans ses contours et son poids, qui s'imbrique au sien. Il ne répète pas les mots qu'il aimerait lui dire, comme s'ils étaient tabou... Et il préfère se perdre dans ce baiser enflammé.
Sa main libre revient se faufiler dans les cheveux de Kagami tandis que l'autre glisse sur son torse dont il apprécie la fermeté sous sa paume. Il frémit en devinant sa puissance. Un gémissement lui échappe et s'échoue contre les lèvres gourmandes de Taïga tandis que ses doigts curieux parcourent son dos. La chaleur de cet échange carbonise toutes ses pensées qui n'ont pas un lien direct avec le corps sous le sien ou son propriétaire. C'est toujours si intense... ça lui laisse le souffle court et attise son désir qu'il peut sentir s'éveiller au creux de ses reins.
Kagami sent le corps de son compagnon se tendre contre le sien, et il s'en retrouve avec une impression de légère ébriété. Il le serre contre lui, ses hanches ondulant doucement contre son bassin, savourant ses lèvres et remontant son t-shirt sur son torse pour mieux savourer sa peau. Il a tellement envie de lui... Ses pensées se brouillent à mesure qu'il le touche.
Aomine se redresse à contrecœur, s'asseyant sur les abdominaux qu'il sait saillants pour retirer son t-shirt qui semble encombrer Kagami. Il en profite pour reprendre un peu son souffle et laisse le tigre le dévorer des yeux. Il se sent un peu rougir sous ses prunelles assombries. Puis il tire sur le haut du rouge dans une demande silencieuse. Il ne veut plus de barrière entre eux. Il veut le sentir pleinement contre lui, peau contre peau.
Kagami est soulagé de sentir sa chaleur irradier sur lui sans barrières... Il l'enlace plus étroitement. Il colle son bassin au sien, appréciant ses douces ondulations. Mais il a envie de plus et reste prudent dans ses gestes, il s'est déjà planté là-dessus auparavant et ne veut pas recommencer. L'idée même qu'Aomine lui tourne le dos... l'idée de le faire fuir... le terrifie.
Alors qu'il s'enflamme à son contact, Aomine a l'étrange sensation d'être le seul. Il sent la retenue de Kagami malgré la tension de son corps et s'en inquiète. Est ce qu'il a mal interprété ? Est ce qu'il va trop vite ? Il prend appuie sur l'accoudoir de façon à voir l'expression de Taïga et demande doucement.
« Ça va ? J'ai fait un truc qui fallait pas ? »
Kagami le regarde avec des grands yeux sans vraiment comprendre sur le coup :
« No.. Of course not... »
Le rouge hésite, s'embrouillant tout à coup. Ce qu'il pense au fond de lui, c'est qu'il y a des limites. Une personne parfaite l’accepterait simplement. Mais il n'est pas parfait. Aussi il ajoute dans un souffle :
« C'est juste que... je sais pas vraiment où est la limite entre toi et moi... »
Le brun fronce les sourcils, cherchant à comprendre. Puis son visage se détend, s'illuminant d'un léger sourire. D'un doigt il effleure la joue de Kagami et caresse ses lèvres de son pouce décidément incapable de rompre tout contact avec lui, ne serait-ce qu'une minute.
« C'est pas toi qui disais qu'on devait le découvrir ensemble ? lui rappelle-t-il. Fais-moi confiance Taïga... je te le dirais si ça va trop loin. »
Son cœur pulse plus vite entre ses côtes en imaginant ce que veut Kagami et qu'il ne s'autorise pas à prendre. Il appréhende parce que c'est nouveau pour lui, pas parce qu'il n'en n'a pas envie. Et il ne compte pas faire machine arrière. Voir soudain Kagami douter plus que lui l'effraie, plus que ces fameuses limites. Il ne connait pas encore les siennes mais il connait la façon de les découvrir. Alors il prend son courage à deux mains, mu par le besoin de lui prouver qu'il a envie de lui, de son touché, de son plaisir. Il embrasse son cou, sa gorge et empreinte le chemin de la vallée tracée par les muscles de son torse, laissant une trace humide de son passage tandis qu'il goute sa peau.
Kagami glisse les doigts dans les cheveux du brun, se détendant grâce à ces mots, et il ferme les yeux, repoussant ses incertitudes pour se concentrer sur la sensation chaude et sensuelle des lèvres d'Aomine caressant sa peau. Il soupire doucement, laissant les sensations s'épanouir sous son épiderme, se répandre en lui comme de légers frémissements électriques. Il ne veut plus penser... Juste se laisser aller dans ce moment de tendresse et d'intimité, ne rien envisager d'autre que le pur instant présent, sans se projeter.
Attentif, Daïki peut sentir le corps de Kagami se détendre sous ses doigts. Son ventre se noue de satisfaction lorsqu'il voit un frisson courir sur sa peau et entend un soupir plus lourd s'échapper de ses lèvres. Il prend un peu plus confiance en lui à chaque fois, en ses capacité à contenter Kagami, un homme. Se focaliser sur son plaisir l'aide à repousser ses doutes et tout ce qui pourrait le retenir. Il se rappelle dans sa chair la façon dont Taïga l'a déjà touché, combien il avait aimé ça. Alors il essaie par mimétisme, venant s'attarder sur un mamelon, jouant de sa langue pour le faire durcir tout en laissant sa main errer le long de son flanc.
Kagami crispe un peu sa main dans les cheveux de son compagnon tandis qu'un gémissement étouffé filtre à travers ses lèvres. La sensation est intense, tout son corps est électrisé par cette stimulation. Son téton se dresse face aux caresses de cette langue chaude et inquisitrice, et il rouvre les yeux pour admirer le visage d'Aomine penché sur son torse, qui se soulève sous une respiration rapide.
La réaction qu'il reçoit le fascine et l'encourage. Il se fait un peu plus téméraire et aspire le téton entre ses lèvres tirant doucement dessus. Son regard accroche celui de Taïga, incandescent. Il se sent rougir alors qu'il l'observe ainsi lui donner du plaisir mais ne détourne pas les yeux. La tension est électrique, hérisse sa peau de chair de poule et tend son sexe dans sa prison de tissu. Pressé contre ses abdominaux il ne peut ignorer le durcissement de celui du tigre. Fébrile mais déterminé, le cœur s'emballant dans sa poitrine, Aomine vient caresser la peau douce à la limite de son pantalon alors qu'il reprend son parcours de baisers sur le torse harmonieusement musclé.
Son excitation monte alors qu'Aomine effleure sa ceinture, sa poitrine bouillonne d'impatience et de désir. Il continue d'observer le brun, il aime voir ses lèvres le toucher, les rougeurs sur ses joues tandis qu'il explore son corps avec une certaine audace. Chaque baiser intensifie la tension, mais il laisse Aomine prendre son temps, il se confie à lui et à ses lèvres chaudes qui le caressent délicieusement.
Aomine découvre plus amplement le corps de son compagnon, dérivant jusqu'à son ventre dont il apprécie le relief. La peau chaude, ferme et soyeuse. Il laisse sa langue courir le long des sillons marqués par les années d'entrainements, comme pour imprimer dans sa mémoire par son touché le corps d'Apollon pour lequel il n'éprouve qu'un désir grandissant. Plus bas encore, il décale sa bouche sur un côté de ses hanches pour avoir accès à la fermeture de ce pantalon gênant. Il replonge ses yeux dans ceux de Taïga dans une question silencieuse. Terriblement curieux de le découvrir entièrement.
Kagami déglutit devant ce regard interrogateur, anticipant la suite le cœur battant la chamade. Il hoche la tête doucement, jugulant son impatience tandis qu'il maîtrise son souffle qui s'emballe. Il a envie qu'Aomine le touche, le regarde... qu'il explore son corps et se familiarise avec, chassant la peur qu'il ne soit pas à son goût.
Il se contraint au calme pour éviter à ses doigts de trembler tandis qu'il défait le bouton et descend la fermeture éclair. Sa gorge s'assèche alors que son sang vient pulser jusque dans ses tempes, assourdissant. Il tire doucement sur les jambes du jean pour l'en délester entièrement, ne laissant Kagami vêtu que de son caleçon déformé par son désir. À genoux entre ses cuisses Aomine laisse son regard le parcourir à la lumière du jour, appréciant la vue autant que le toucher. Une de ses mains vient effleurer la cuisse relevée de Kagami, détaillant son volume. Il déglutit et intensifie sa caresse en remontant le long de sa jambe puis vient saisir le dernier rempart à la nudité de son petit ami.
Son souffle se perd dans sa trachée lorsqu'il le découvre ainsi pour la première fois. Malgré l'embarras qu'il peut éprouver, il ose porter son regard sur le membre érigé de Taïga. Une chaleur vive l'envahit, du creux de ses reins jusqu'au bout ses doigts, lui certifiant son attirance, son désir pour lui. Il l'admire quelques secondes en silence puis lorsqu'il croise de nouveaux le regard brûlant de son homme il souffle d'une voix rauque :
« Tu es tellement beau... »
Kagami rougit à ces mots qui serrent son cœur d'émotion. Le regard du brun sur lui est comme une caresse, il n'a même pas besoin de le toucher pour lui faire de l'effet. En pleine lumière du jour, il se dévoile totalement au brun, et celui-ci semble apprécier ce qu'il voit. Il se sent soudain vulnérable, mais la sensation n'est pas désagréable. Il ne bouge pas, le souffle court, observant le brun alors que son corps tendu dans le désir s'offre à son regard, et à ses mains, sa bouche...
« Thanks... » murmure-t-il, fasciné par l'éclat sombre dans les yeux du brun... Le désir qu'il y lit le fait frissonner et le rassure profondément. Ses mots sont sincères, il n'a pas à avoir peur... Et ça lui donne d'autant plus envie de s'abandonner.
Aomine lui sourit puis revient parcourir son ventre d'une main baladeuse, plus assurée maintenant qu'il en a fait la découverte minutieuse. Il descend jusqu'à son aine, caressant l'oblique marquant le « v » qui semble naturellement lui indiquer la direction à prendre. Puis il cède à la tentation de toucher sa virilité. Du bout des doigts il frôle la verge offerte. Il se laisse surprendre lorsqu'elle tressaute sous sa caresse. Kagami est tellement sensible... ce constat l'attendrit et il sort un peu de sa contemplation pour se reconcentrer sur son plaisir. Plus fermement cette fois, il saisit son sexe, éprouvant sa taille, sa texture et son poids dans sa main. L'explorant de bas en haut, dans un mouvement langoureux, toujours à l'affut des réactions de Taïga pour le guider dans ses gestes.
Cette poigne ferme sur sa queue provoque une onde de plaisir vibrant dans son bas-ventre. Il soulève le bassin involontairement à la caresse lente et sensuelle, oscillant au rythme de ses gestes. Il adore voir la main brune nouée sur sa queue, faisant monter le plaisir dans son mouvement de plus en plus assuré.
« Oh fuck... Tu me fais du bien... » souffle-t-il d'une voix rauque, incapable de juguler l'excitation qui l'envahit.
Un soupir de contentement lui échappe. Aomine a toujours adoré voir le plaisir se peindre sur le visage de ses partenaires, en être le responsable. Mais les réactions de Kagami lui procurent un plaisir dénué d'orgueil. Il aime ses mots, sa façon de se tortiller sous sa poigne, le voile noir qui recouvre ses prunelles et son souffle qui s'éraille. Ça l'encourage à lui donner plus. Même s'il trouve ça étrange de masturber un autre pénis que le sien, quelque part ça rend aussi l'exercice plus facile. Il sait ce qui lui plait, connait le fonctionnement de ce sexe-là.
Il ralentit un peu la cadence et relâche la pression sur son membre pulsant. De son pouce il en caresse le faîte humide de plaisir puis vient s'allonger entre les jambes de Kagami. Il déglutit, incertain mais ne se laisse pas le temps d'hésiter. Il a beaucoup trop envie de le gouter, de se tester. Il adresse un regard fiévreux à Taïga, cherchant son attention.
« Continu de me guider, ok ? Je veux continuer à te faire du bien... »
Puis sans attendre de réponse il se pourlèche les lèvres et insère sa queue brulante entre elles, aussi nerveux qu'avide.
Kagami l'observe, captivé par la vision de ses lèvres serrées sur sa queue. Il s'enfonce doucement dans sa bouche chaude, lui arrachant un gémissement vibrant. Il se retient d'imposer son rythme, savourant l'allure lente de sa bouche, la gourmandise avec laquelle il le déguste. Lorsque sa langue caresse ses veines pulsantes, il renverse la tête en arrière, une autre plainte montant dans sa gorge. De nouveau ses hanches oscillent en rythme, une vague chaude l'emporte plus loin dans la volupté.
« Oh yeah... Keep going... It feels so fucking good... »
Un grognement sourd venu de sa gorge s'échoue sur le sexe de Kagami alors que le sien devient douloureux. Les gémissements de son amant se faufilent sous sa peau jusqu'à son entrejambe, cette vision de Taïga en plein abandon est beaucoup trop érotique. Il agrippe plus fermement ses hanches, suivant ses mouvements. Il inspire lentement pour se détendre et ne pas s'étouffer, essayant de s'enfoncer un peu plus loin, prenant soin de recouvrir ses dents. Pas du tout habitué, sa mâchoire le tiraille, endolorie, l'obligeant à remonter. Sur son passage il appuie encore sur les veines gonflées avec sa langue, qu'il vient enrouler autour de son gland. Puis il redescend d'un coup, accentuant la pression de sa bouche autour de lui et accélère ses va et vient. Il a cessé de se poser mille questions, se fiant aux réactions d'extase du fauve, le suçant comme il aime être sucé. Avec dévotion.
Les mouvements de plus en plus rapides lui font tourner la tête. De nouveau Kagami reporte son attention sur le visage d'Aomine, le trouvant concentré à lui procurer ce plaisir terriblement intense. Il a senti ses légères hésitations au début, la façon dont il s'est progressivement habitué à cet exercice inédit pour lui, et à présent il le suce avec assurance, avec désir, il peut clairement sentir son envie de lui faire du bien... Et ça fonctionne. Il accompagne ses mouvements, tâchant de ne pas pilonner sa bouche alors que le plaisir l'enivre. Il tire un peu les cheveux du brun, son bas-ventre se contracte, de plus en plus proche de la jouissance.
« Fuck, Dai... Tu vas me faire jouir... » prévient-il d'une voix un peu tremblante, laissant l'opportunité au brun de le relâcher avant qu'il n'atteigne l'orgasme.
Emporté par le plaisir de sa proie, il se surprend à vraiment en prendre lui aussi, attisant son désir pour lui. La main dans ses cheveux le ramène un peu à la raison. Il ne se sent pas prêt pour ce qui va suivre. Il chasse la culpabilité qu'il sent poindre, restant concentré. Il braque son regard dans celui de Taïga, poursuivant son œuvre. Puis lorsqu'il le sent frémir sous lui et l'entend haleter il se retire, remplaçant sa bouche par sa main chaude et ferme. Il applique le même rythme, venant caresser son gland de son pouce.
« Vas y Taï...» S'entend-il demander d'une voix étranglée, guettant son orgasme, moite de sueur.
Le souffle court, Kagami regarde la main du brun aller et venir sur sa queue, gémissant à la caresse de son pouce sur la partie la plus sensible. Il ne lui faut que quelques coups de poignet pour se laisser submerger par la volupté. Un spasme intense le traverse, et il se libère dans la main de son homme, à la fois gêné et excité par son regard avide posé sur lui. Puis, le plaisir reflue doucement, le laissant haletant et le cœur battant, la peau brillante d'une fine pellicule de sueur. Il laisse retomber sa tête sur l'accoudoir du canapé, étourdi de plaisir.
Aomine est hypnotisé par ce spectacle. Il lui semble que son ventre se contracte lorsque la jouissance fauche son amant. La respiration lourde, il prend doucement conscience de ce qu'il vient de faire et ne peut s'empêcher de sourire. Il se détache doucement de Kagami encore ailleurs. Il attrape quelques mouchoirs sur le bureau pour s'essuyer les doigts puis revient prêt de lui. Perdu dans ses pensées il nettoie le ventre délicieusement sculpté et tâché de plaisir de Taïga, puis vient doucement s'allonger sur lui surveillant sa respiration qui reprend peu à peu un rythme normal.
Kagami enveloppe le brun de ses bras et vient chercher ses lèvres pour un tendre baiser. Il savoure ses lèvres avec un soupir de contentement, une satisfaction intense irradiant dans son corps. Il peut sentir son érection vaillante contre son entrejambe, preuve qu'il a vraiment aimé lui donner du plaisir. Puis, Kagami relâche ses lèvres et lui sourit, et chuchote en caressant sa joue :
« Thanks... It was amazing... »
Aomine qui n'est plus occupé pour se distraire de sa gêne se sent de nouveau rougir. Il ricane un peu, acceptant le compliment avec bonheur. Lui qui avait peur de mal faire, ou de ne pas aimer ça... Il ressent un réel soulagement à cette nouvelle barrière franchie.
« Tant mieux alors... s'amuse-t-il en repiquant ses lèvres. C'était vraiment sexy.
— Yeah ? Je suis heureux que t'aies aimé ça... »
Il caresse son dos et vient doucement masser ses fesses à travers son jean. Il se sent soulagé, remis en confiance par cette nouvelle preuve d'attirance de la part du brun, clarifiant un peu plus la situation entre eux, ou en tout cas, renforçant en lui l'idée que c'est réel, qu'ils sont bien en couple... De nouveau, il serre Aomine contre lui, fermant les yeux pour mieux sentir son cœur battre contre la sien. Il aimerait rester ainsi avec lui tout l'après-midi, toute la soirée.
« Plus que ce que j'aurais cru... » admet le brun en écho.
Daïki se blottit volontiers contre la poitrine du tigre qui se fait quelque peu possessif. Il se laisse bercer par son cœur battant sous son oreille. Et le plaisir refluant laisse place à la fatigue qu'il traîne depuis son réveil. Il étouffe un bâillement mais ne peut résister à la somnolence qui l'étreint, tandis que Kagami caresse son dos, sa nuque et ses cheveux. Dans la chaleur de ses bras, il se laisse envahir par la torpeur, profitant de ce moment de sérénité où il ne pense à rien en particulier. Ses pensées se désagrégeant dans son esprit embrumé.
Kagami sourit en sentant la respiration du brun ralentir, alors qu'il pèse un peu lourd sur lui. Il continue ses douces caresses pour l'aider à se détendre et à s'endormir, lui-même se sent ensommeillé comme il l'était juste avant l'arrivée du brun. Peu à peu, ses mains ralentissent et il se laisse dériver dans l'inconscience, rassuré par la présence chaude du brun pesant sur lui, et le bruit régulier de sa respiration.
Chapter Text
Lorsqu'Aomine émerge de sa sieste impromptue, Kagami a toujours un bras passé autour de lui. Il tente de bouger le moins possible pour ne pas le perturber. En réalisant dans quelle position ils se sont endormis, un sourire vient taquiner ses lèvres. Il aime vraiment beaucoup se réveiller à ses côtés... enfin, sur lui en l'occurrence. Enveloppé de sa chaleur, de son odeur. Il cale son visage sur ses mains croisées, observant les traits détendus de son petit ami. Il ne résiste pas et dépose un léger baiser sur son cou offert, puis un autre, et encore un, jusqu'à la clavicule sous ses doigts.
Une sensation plaisante tire doucement le rouge du sommeil. Il soupire de plaisir, de légers frissons courant sur son épiderme. Il réalise que ce sont les baisers de son homme et un sourire se peint sur ses lèvres alors qu'il garde encore les yeux fermés quelques instants, caressant le creux des reins du brun. Puis, il se redresse un peu pour poser un baiser dans ses cheveux.
« Hm... Tu sens bon... J'adore me réveiller avec toi... »
Aomine s'amuse de leurs pensées similaires et ronronne presque sous ses caresses. Comme son matelas est réveillé, il s'étire un peu contre lui et vient embrasser son sternum.
« Et toi tu sens le sexe... Hm... c'est pas désagréable cela dit», concède le brun en humant sa peau.
Il goute au passage son léger gout de sel dans un nouveaux baiser, puis se hisse un peu plus haut sur son torse pour le voir. Il n'a pas envie de partir, il se sent beaucoup trop bien près de lui.
« Tu dois bosser demain ?»
Kagami, entièrement détendu, savoure ses doux baisers. Puis, il baisse les yeux pour le regarder en entendant sa question.
« Non. Je suis en week-end. Et toi ? »
L'espoir fait palpiter son cœur en attendant la réponse. Il adorerait passer le week-end avec lui.
Aomine hoche lentement la tête. Il laisse courir un doigt sur l'épaule de Kagami tout en répondant:
« Je bosse pas demain, et dimanche je suis juste d'astreinte. Faudra que je reste dans les parages. Du coup je me demandais, tu veux venir dormir chez moi ce soir ? »
Kagami sent un grand sourire étirer ses lèvres à cette proposition.
« Yeah... J'aimerais beaucoup ça. J'ai envie de passer un peu de temps avec toi... »
Le brun lui rend son sourire mais il se transforme en une petite moue contrariée.
« Moi aussi... par contre, Kise va surement vouloir qu'on se voie.
— Hm... Et t'as pas envie de le voir ? Sinon tu lui dis non... ou on se voit juste pour un basket !
— Si, j'ai envie de le voir aussi. Il n'est pas souvent là. C'était juste pour dire que ce ne sera peut-être pas juste toi et moi tout le week-end... »
Il hausse les épaules, se perdant dans ses explications. Il a envie de passer du temps avec chacun d'eux, il n'a pas envie de choisir entre les deux non plus. Pour l'instant Kise ne lui a rien proposé de concret, mais il se voit mal lui dire non.
« Okay... It's alright... Ça nous empêchera pas d'en profiter. »
Il sourit et pique un baiser sur ses lèvres.
« Hm dis... Je peux squatter chez toi pendant que tu travailles ? Ça m'évitera de bouger en pleine nuit...
— Le travail. Merde ! » s'exclame le flic.
Il s'affole un peu, ignorant l'heure qu'il est. Il fronce les sourcils soudain paniqué, à la recherche de son portable. C'est qu'il aurait pu oublier d'y aller ! Il ne sait pas s'il doit s'en agacer, s'en effrayer ou s'en amuser. Il trouve enfin son bien dans l'amas de vêtements au pied du canapé et soupir de soulagement en constant qu'il n'est pas en retard. Pour l'instant...
Il vient embrasser Kagami puis se redresse pour aller se rafraichir à la salle de bain. En chemin il sort ses clefs des poches de sa veste et les dépose sur la console dans l'entrée de Kagami.
« Je te laisse les clefs, fais comme chez toi. Je préviendrai Satsu, qu'elle ait pas idée de venir squatter aussi...»
Kagami le regarde s'affoler, amusé, mais son cœur se pince à l'idée de le voir partir. Il s'étire et se redresse, puis se rhabille lentement, encore plongé dans les doux souvenirs de ces quelques moments passés avec le brun. Et quand il songe qu'ils dormiront ensemble ce soir et qu'il n'aura qu'à l'attendre dans son lit, son cœur se réchauffe de bonheur. Quand Aomine émerge de la salle de bain, il s'approche pour l'enlacer.
« Je ferai un truc à manger que tu n'auras qu'à te réchauffer si tu as faim en rentrant » annonce-t-il.
Aomine glisse ses bras dans son dos avec un grand sourire. La perspective lui plait énormément. Il s'y voit déjà... Rentrer, trouver un plat préparé par son petit ami, se régaler, puis le rejoindre dans son lit... Tout à sa bonne humeur il embrasse le cou doré et vient en mordiller la base.
« Hm j'adore l'idée... Je ne devrais pas rentrer trop tard, j'ai déjà des heures en trop. D'habitude je les récupère jamais mais ... d'habitude je n'ai personne qui m'attend. »
Kagami s'éclaire d'un doux sourire à ces mots, heureux de savoir qu'ils se verront plus tôt.
« Génial. Je t'attendrai, et avec impatience même ! » Il pique encore un baiser sur ses lèvres et le pousse gentiment vers la sortie :
« Allez file, y a sans doute encore plein de gens qui ont fait des conneries aujourd'hui, ou qui se préparent à en faire ! »
Aomine rit en se laissant mettre dehors comme un malpropre. Sur le seuil de la porte il se retourne et s'éloigne à reculons.
« T'inquiète, j'm'en occupe ! À plus Taï. »
Et il s'éloigne sur un dernier clin d'œil, bien plus apaisé par cette après-midi comparé à son début de journée. Sur le chemin qu'il fait à pied, il croise les jeunes voisins de Kagami sur le terrain. Il se fait héler, notamment par la jeune femme qui l'avait invité à boire un café. Il leur adresse un signe de loin, expliquant qu'il n'a pas le temps, puis accélère le pas pour appuyer son propos. L'autre jour Alex, aujourd'hui les jeunes... bientôt tout le quartier va penser qu'il habite ici. Ça le fait sourire plus qu'autre chose.
Ouf, à l'heure. Il a même assez de temps pour se changer au vestiaire. Au fur et à mesure qu'il enfile des pièces de son uniforme, il reprend son rôle de policier avec un certain plaisir. Il se dit vaguement que d'avoir posé des mots sur ce qu'il ressentait depuis l'incident l'a libéré. La dispute avec Masato aussi, quelque part. Cet affrontement qu'il évitait. Maintenant il peut vraiment le mettre derrière lui et faire de son mieux pour redorer son blason, faire son boulot tout simplement, sans s'infliger cette pression supplémentaire qui lui ôtait presque l'envie de porter son insigne.
Aomine parti, Kagami s'attèle à faire un peu de ménage, puis il prépare une liste de courses en prévision du repas du soir. Ensuite, il va prendre une douche et préparer quelques affaires, et attrape les clés laissées par Aomine. Ça lui fait drôle de se rendre seul chez son petit ami, mais c'est une autre preuve que leur relation avance.
Il ne traîne pas sur la route, à la fois impatient et un peu affolé à l'idée de squatter l'appartement fonction du brun et d'y faire comme chez lui. Dans ses relations précédentes, en général il était plutôt de passage chez ses conquêtes, restant attaché à l'intimité de son chez lui. Mais là, s'il se sent intimidé, il est content de pouvoir établir ses quartiers chez son petit ami, y cuisiner et y attendre qu'il rentre du boulot.
En arrivant, il se rappelle de justesse de signer le registre, s'attendant presque à ce qu'on l'arrête avec un «Vous n'avez rien à faire là, monsieur.» Mais tout se passe bien et il grimpe quatre à quatre les escaliers et se dépêche de rentrer au cas où le concierge changerait d'avis.
Il reconnaît aussitôt l'odeur du brun qui imprègne les lieux, réconfortante. Il range ses courses et met un stream sur la télévision pour se tenir compagnie avant de commencer la préparation du repas. Il chantonne tout en s'activant, prenant plaisir à cuisiner surtout en sachant que ça fera plaisir à Aomine quand il rentrera.
Une heure plus tard, il coupe le stream et se lance une partie de jeu vidéo. C'est à la fois étrange et plaisant comme il se sent déjà chez lui dans cet appartement modeste, un peu impersonnel, mais qui reste le refuge et le foyer d'Aomine.
Alors qu'il cherche Tadashi dans l'open space, Aomine remarque de la lumière filtrer sous la porte du bureau du chef. Ce n'est pas rare de le voir s'attarder, mais pour un vendredi soir, tout de même un peu plus. Il hésite un peu, mais leur dernière discussion lui laisse vraiment un goût amer. Plus confiant que ce midi, il décide de toquer à la porte, sans savoir exactement ce qu'il a envie de lui dire. La voix forte mais lasse de Masato l'invite à entrer.
« Daïki ? Deux fois en une journée ? » Demande son oncle sarcastique. « Qu'est-ce que tu veux ? »
Aomine se passe une main dans les cheveux, préférant ne pas relever la pique. Les mains dans les poches, il s'avance un peu dans la pièce pour faire face au bureau. Il se remémore les mots de Taïga et s'y accroche. Il essaie d'oublier l'uniforme de l'homme qui l'observe, cherchant son oncle dans son regard.
« Je suis venu m'excuser. Ce n'est pas à toi que j'en veux. Et je m'attendais à un autre sermon de ta part. »
Son pouls s'accélère alors qu'il guette la réaction de Masato. Dire ces choses-là ne leur ressemble pas, mais il ne veut pas laisser la situation s'envenimer non plus. Son oncle se laisse aller au fond de son fauteuil dans un soupir. S'il est surpris par sa démarche, il n'en montre rien. Patient, Daïki ne le lâche pas du regard.
« Je vois... Je t'avais déjà tout dit », lui rappelle-t-il d'un ton un peu bourru. « Daïki, tu ne l'as pas battu à mort non plus. Mais si ça peut soulager ta conscience, je retiens sur ton salaire les frais de peinture à refaire sur le mur ? »
Il écarquille un peu les yeux mais le demi sourire de son boss lui indique qu'il plaisante. Enfin... il l'espère ! Il laisse un rire franchir ses lèvres.
« Non, ça ira merci ! »
Après un regard et un sourire entendu qui terminent de le rassurer, il s'apprête à sortir quand il se fait interpeler.
« Daïki ? Tout va bien ? Et c'est pas ton chef faisant du favoritisme qui demande...
— Ouais... ça va. Ça va mieux », confirme-t-il amusé par la réprimande à peine voilée.
Un hochement de tête et un signe de la main plus tard, il se fait mettre à la porte. Soulagé de cette conclusion il soupire longuement. Il a bien conscience qu'ils auraient bien d'autres choses à se dire, mais pour aujourd'hui, il considère que c'est déjà un grand pas.
Finalement enthousiaste à l'idée de travailler, il donne un coup sur l'épaule de son collègue qu'il devine en train de le chercher.
« Bin enfin te voilà ! C'est moi qui conduis aujourd'hui !
— Bah voyons c'est l'hôpital qui se fou de la charité ... Aomine ! Aomine rend moi les clefs ! »
Et il se presse dans les couloirs vers le parking, d'humeur particulièrement enjouée, jouant avec le trousseau de son aîné pour le narguer.
Aomine retrouve sa concentration habituelle sans parvenir à se défaire de son air satisfait. De savoir Kagami chez lui en ce moment le laisse rêveur, et il semble aussi que le temps passe plus vite. Et en même temps trop lentement aussi. Tadashi ne manque pas de le charrier, cherchant à lui tirer les vers du nez, mais cette fois il ne parvient même pas à s'en offusquer, et s'amuse plutôt à le faire tourner en bourrique. Il en profite aussi pour l'avertir qu'il compte terminer plus tôt si la nuit le permet, ce qui ne fait qu'attiser la curiosité de son collègue.
Cependant, plus la soirée avance, plus ils deviennent attentifs pendant leur patrouille. Les fins de semaines étant régulièrement le théâtre de plus gros incidents.
Kagami dîne devant une série quand soudain il se rappelle qu'il doit toujours refroidir les ardeurs d'un blond enthousiaste. Il ouvre les DM Instagram et rédige un message un peu hésitant. Il a horreur de rembarrer les gens et ne sait jamais vraiment comme s'y prendre. Alors, il opte pour la solution la plus simple : lui dire qu'il a déjà quelqu'un.
« Hey,
J'espère que tu vas bien. Je crois avoir remarqué que je te plaisais... Je suis désolé mais je suis pas libre. C'est mieux d'éclaircir ça maintenant. Ça sera quand même un plaisir de se retrouver sur le terrain.
Bye,
Kagami. »
Il relit plusieurs fois pour corriger son message, puis l'envoie. Il espère que ça suffira pour régler une situation qui pourrait rapidement s'envenimer. Content que ce soit fait, il reprend le cours de son repas, et pousse un petit soupir satisfait : ils sont pas mal du tout, ces gyozas.
Après le repas, il fait la vaisselle, tourne un peu en rond, jetant des coups d'œil fréquents à l'heure. Il est trop impatient de voir Aomine et a du mal à tenir en place. Cependant, il ne sert à rien de brasser de l'air toute la soirée, alors il se fait une raison et se réinstalle sur le canapé, se plongeant dans un nouvel épisode de sa série en espérant que le temps passe vite.
Quand Kise reçoit la notification, il est agréablement surpris. Il détourne son attention de ses potes avec qui il est de sortie pour lire le message. Il déchante aussitôt. Il soupire de frustration, mais s'efforce de répondre d'un ton enjoué. Réfléchissant déjà à sortir pour trouver quelqu'un de plus, disponible... Au moins pour cette fois.
" Direct. Ça me plaît. Tant pis pour moi... Si jamais ça change, pense à moi ;) "
À la lecture du message de Kise, Kagami pousse un soupir de soulagement : voilà qui devrait régler le problème. Comme ça a eu l'air d'inquiéter Aomine, il lui envoie un message aussitôt pour l'informer de l'évolution de la situation :
Kagami 22h20
Hey, j'ai mis les choses au clair avec Kise, je lui ai dit que j'étais pris. Alors plus de raison de s'inquiéter. J'espère que le taf se passe bien. J'ai hâte que tu rentres.
Il repose le portable sur la table basse et fait une pause dans sa série pour inspecter les étagères du brun. Il note le nom des mangas, les blu-rays et jeux vidéo qui garnissent les étages, essayant de se faire une idée plus générale des goûts d'Aomine. Il est amusé par certains titres tenant plus du nanard qu'autre chose, pour d'autres, il est ravi de découvrir qu'il a les mêmes chez lui. Il ne fouille rien, et pourtant cette inspection en règle lui donne presque l'impression d'être un voyeur... Malgré tout, il continue, poussé par sa curiosité. Il tombe sur quelques photos qu'il inspecte attentivement. Sur l'une d'elle, il reconnaît Momoi et Kise, et devine que les autres personnes doivent faire partie de cette fameuse bande d'amis dont certains sont basketteurs. Ils sont très jeunes sur cette photo et il s'attendrit devant le visage aux traits moins tirés et plus innocents de son petit ami. Une nouvelle fois, il se fait la réflexion que ça aurait été génial de rencontrer Aomine beaucoup plus tôt dans sa vie. Il a l'impression bizarre d'avoir manqué quelques années avec lui, comme si leurs chemins avaient été destinés à se croiser, mais que c'était arrivé plus tard que prévu.
Après avoir fait le tour du petit salon, il prépare du thé et se remet devant la télé, ses pensées toujours tournées vers le brun.
Jusque-là, c'est plutôt calme. Aomine profite d'un arrêt dans un secteur plutôt actif où ils sont à pied pour consulter son portable. Il est content d'y trouver un message, rassuré par sa teneur. Il se doute que Kise continuera de faire des tentatives mais plus discrètes. Du moins il l'espère.
Aomine- 22h35
Ok... Dis le moi s'il continue quand même ...
Moi ça va. Plutôt calme pour l'instant. Je suis en patrouille. Et toi, tu ne t'ennuies pas trop ?
Il remarque le regard amusé de son collègue et lève les yeux au ciel. Pourtant il n'a droit à aucune remarque. Son pote semble avoir compris qu'il ne dira rien tant qu'il ne sera pas prêt.
Un peu plus tard ils calment les esprits à l'entrée d'un club qui a demandé l'aide des forces de l'ordre. Une autre patrouille au Nord de la ville est sur une grosse intervention, aussi ils s'en rapprochent, au cas où on les appelle en renfort. Daiki regarde l'heure tourner, commençant à s'impatienter.
Kagami bâille, regardant la télé sans vraiment écouter, son esprit divaguant régulièrement. La distraction bienvenue de son téléphone le tire de sa contemplation.
Kagami - 22h36
Ça va, je regarde une série. Je m'ennuie de toi, surtout !
Il sourit et tâche de se reconcentrer sur l'écran, mais l'attente et l'ennui finissent par avoir raison de lui, et il décide de se préparer à aller au lit. Le silence dans l'appartement lui semble intense sans la présence d'Aomine, un peu intimidant, mais sans le mettre mal à l'aise. Il a l'impression que c'est plus calme que chez lui, comme si une partie de ses pensées étaient restées là-bas et qu'ici il était un peu dans une bulle.
Après un passage dans la salle de bain, il se déshabille et se glisse avec un authentique plaisir dans les draps d'Aomine. Le lit est large, confortable, et surtout, c'est celui dans lequel le brun dort tous les soirs, et la pensée de s'y inviter n'est vraiment pas pour lui déplaire. Il prend un manga et se plonge dedans, quelque part plus serein maintenant qu'il est couché, dans ce lieu rassurant imprégné de l'odeur de son homme. Au bout d'un moment, ses yeux se ferment tous seuls, et il s'endort la lumière allumée, le manga posé sur son torse.
Il n'est pas loin d'une heure du matin lorsque Tadashi le ramène au central, alors que rien n'est venu troubler leur patrouille de routine. Il le remercie et se presse pour se changer avant de rentrer chez lui. Devant l'immeuble il tape le code puis monte les étages en vitesse, pressé de rejoindre Kagami. Il trouve sa porte ouverte, et l'appartement plongé dans le silence et la pénombre.
À pas de loup, il se dirige vers sa chambre d'où semble provenir la seule lumière et son cœur manque un battement lorsqu'il découvre Taïga, endormi dans son lit. Il referme doucement la porte pour limiter le bruit, puis retourne en cuisine où il trouve des gyozas laissés à son intention. Il se réchauffe une part qu'il savoure. Cette petite pause lui permet de mieux faire la transition et de laisser son uniforme de côté, même s'il ne le porte déjà plus. Après un rapide passage par la salle de bain, il marque un temps d'arrêt avant de rejoindre Kagami. Appuyé sur le chambranle de la porte, les bras croisés, il observe l'adonis dormir, se délectant de cette vue.
Rares sont les conquêtes qu'il a ramené dans son appartement, très rares celles qui ont vu la couleur de son lit, et aucune n'est restée y dormir. La seule femme ayant eu ce privilège, c'est Satsuki, quand ils finissent par s'endormir en discutant. Alors le brun se surprend à vraiment aimer que quelqu'un l'attende dans ses draps. Preuve supplémentaire s'il en avait besoin, que Kagami est différent, à part. Il est spécial à ses yeux. En peu de temps il a remis tant de chose en question pour lui. Il a dit à Tetsu que cette apparition dans sa vie avait foutu le bordel, en vérité ce soir, il a plutôt le sentiment qu'au contraire, il a tout remis en place. Ça lui donne chaque fois le vertige quand il réalise qu'ils se connaissent depuis si peu de temps. Parce que parfois, il a l'impression que Taïga a toujours fait partie de sa vie. Comme si quelque part, même lorsqu'il en était absent, il l'attendait.
Le brun ne sait pas combien de temps il reste là, à veiller sur son sommeil, perdu dans ses pensées. Il s'arrache finalement à sa contemplation et se déshabille en rejoignant le lit. Un sourire attendri étire ses lèvres lorsqu'il retire le manga échoué sur le torse du tigre. La poitrine gonflée d'un sentiment chaud et profond, presque étouffant, il dégage délicatement une mèche du front de l'endormi avant d'éteindre la lampe de chevet. Puis doucement, il soulève le drap pour se faufiler à ses côtés. Son petit ami gémit un peu dans son sommeil, sans pour autant se réveiller. Alors il se rapproche le plus possible de son corps chaud et dépose un baiser sur sa tempe tandis qu'il passe un bras autour de sa taille, inspirant son parfum aux fragrances qui le font se sentir un peu plus chez lui. Dans un murmure, il souhaite une bonne nuit à son homme, le nez dans ses cheveux.
Kagami se réveille soudain avec la sensation poignante d'avoir oublié quelque chose. C'est déjà le matin... Il n'a pas entendu Aomine rentrer ! Cependant, il se calme vite en sentant une présence chaude dans son dos. Il attrape la main du brun qui traine contre son ventre et mêle ses doigts aux siens dans un soupir de satisfaction. C'est si bon de se réveiller à ses côtés. Il est rassuré que le brun soit bien rentré, de sentir son souffle calme balayer sa nuque tandis que son torse se soulève contre son dos. Il referme les yeux, appréciant ces sensations encore nouvelles, et ce matin il n'éprouve pas besoin de se lever dès qu'il est réveillé, au contraire, il préfère se laisser envahir de nouveau par la somnolence et replonger dans un sommeil d'autant plus serein qu'il sait qu'ils ont tout leur temps aujourd'hui. Leur journée n'est qu'à eux.
Lorsque le sommeil d'Aomine se fait moins profond, il est trop conscient du corps lové contre le sien pour se laisser repartir dans un nouveau cycle. Se réveiller avec Taïga dans ses bras fait vibrer sa poitrine de bonheur, et contribue à le réveiller un peu plus encore. Il ressert sa prise sur lui, remontant leurs mains enlacées sur le torse de son prisonnier et vient frotter son nez sur sa nuque qu'il embrasse doucement. Cette sensation de plénitude est grisante, son odeur sucrée de sommeil, aphrodisiaque. Aomine goute à des plaisirs simples qu'il découvre pour la première fois de sa vie, se demandant comment il va pouvoir faire pour s'en passer, déjà entièrement conquis.
Kagami émerge doucement alors qu'il sent son homme remuer. Une sensation chaude se pose sur sa nuque et il pousse une légère plainte, se rapprochant d'instinct du corps chaud qui l'enveloppe. Il glisse sa main sur la sienne, et remonte en caressant son poignet et son avant-bras.
« Mh... 'Morning... »
Il se demande s'il s'est rendormi longtemps, ça fait longtemps qu'il n'a pas fait la grasse matinée mais son corps l'en remercie, il se sent plus reposé qu'il ne l'a été pendant des semaines.
Ce son, cette voix éraillée et cette caresse déclenchent un frisson le long de son échine... Aomine dépose un autre baiser dans le cou de Taïga, souriant contre sa peau.
« Hm... Bonjour... qui êtes-vous donc et que faites-vous dans mon lit ? »
Kagami sourit, revenant jouer avec les doigts de son homme.
« Je passais juste et j'avais envie de dormir... C'était confortable ici... Et je savais que le propriétaire était un sacré canon... »
La réponse l'amuse. Il adore quand Kagami entre dans son jeu. Taquin, il mordille gentiment l'épaule de son petit ami avant d'y déposer plus tendrement ses lèvres, avides de sa peau.
« Oh vous le connaissez ? ... Vous avez bien fait. J'espère au moins que vous avez bien dormi ?
— Yeah... Parfaitement bien. »
Kagami se retourne entre les bras du brun et vient poser un léger baiser sur ses lèvres.
« Je t'ai pas entendu rentrer... Tout s'est bien passé cette nuit ?
— Pour quelqu'un qui est censé avoir le sommeil léger t'avais l'air de très bien dormir en effet », confirme Aomine avec un sourire. « Nuit plutôt calme, avant que je parte du moins, d'après mon collègue. Mais j'étais déjà rentré alors ils ont fait sans moi.
— Hm... J'étais pas là pour m'en rendre compte, mais je suis quand même content que tu sois rentré plus tôt. Je suis sûr que c'est pour ça que j'ai si bien dormi ! »
Kagami contemple le visage d'Aomine, un doux sourire aux lèvres.
« You're beautiful », ajoute-t-il dans un souffle.
Le brun ressert son étreinte, enroulant une jambe sur celles de Kagami et pique de nouveau ses lèvres, sa poitrine réchauffée par ce compliment inattendu. Puis il vient caresser du pouce la ligne de la mâchoire si bien dessinée de son petit ami sans le quitter des yeux.
« T'es pas mal non plus... et en plus tu cuisines bien. Merci pour les gyozas... je me suis régalé.
— Yeah ? Je suis content si t'as plu. Et je parie que maintenant... Tu serais pas contre un petit-dej maison... Pancakes ?
— Hm... toi, tu sais me parler... »
La panthère doit avoir les yeux qui brillent. Il en salive d'avance, réalisant qu'il commence à avoir faim. Mais il ne se sent pas assez rassasié de Taïga pour le laisser partir, alors il vole sa bouche pour un baiser plus long et moins chaste, trop heureux de l'avoir à portée de crocs dès le réveil.
Kagami gémit légèrement contre ses lèvres, surpris et ravis par ce baiser sauvage au réveil, démontrant qu'il n'est pas le seul fauve affamé. Il savoure ses lèvres et les mordille entre les siennes, ses doigts se promenant le long de sa colonne vertébrale, qu'il redresse en remontant doucement vers sa nuque. Il pourrait définitivement s'habituer à ce genre de matin.
À chaque fois que Kagami le touche, Aomine se surprend à réagir autant. Il se découvre très sensible, autant à ses caresses toutes simples que celles plus mordantes. Comme si tout son corps était devenu une zone érogène sous ses doigts. C'est déroutant et délicieux à la fois. Il n'a pas envie de rompre leur moment de tendresse, mais il redoute un peu de passer pour le mec qui ne pense qu'au sexe. Il lui faut donc un gros effort pour se détacher de sa nouvelle gourmandise préférée.
« Si tu continues, jamais on les mangera ces pancakes... » prévient-il d'une voix traînante.
Kagami rigole doucement, Aomine n'a l'air déterminé ni à manger ces pancakes, ni à traîner au lit.
« L'avantage, c'est que c'est pas long à faire... » murmure-t-il en plongeant ses lèvres dans son cou, tandis qu'il passe une jambe par-dessus ses hanches, plaquant son bassin au sien d'un coup de reins. Il ronronne de satisfaction en sentant la verge dure du brun se presser contre la sienne, et se frotte doucement à lui.
À ce contact franc et charnel, une décharge de plaisir le secoue tout entier et un grognement sourd s'échoue sur l'épaule du tigre. Tant pis pour le petit déjeuner... pense-t-il en mordant le creux de son cou. Il laisse son désir se déployer dans le creux de son ventre, débridé par celui de Taïga. D'un coup de reins, le brun renverse son amant sous lui puis remonte le long de son cou dans des baisers humides et mordants, ses hanches ondulant par réflexe, suivant son rythme. Il joue avec le lobe de son oreille qu'il suçote, soupirant de plaisir aux attentions de Kagami.
« J'ai envie de toi Taïga... » lui chuchote-t-il, le souffle déjà court.
Le ventre de Kagami se contracte à ces mots, et il empoigne les fesses de son homme, le plaquant un peu plus contre lui. Chacun de ses baisers fait fleurir des frissons le long de ses nerfs, et il oublie tout de son envie initiale de pancakes. Il n'y a plus que ce lit chaud de sommeil, le brun qui pèse délicieusement sur lui, son souffle brûlant qui balaie son cou, ses muscles puissants se contractant contre les siens.
« J'ai envie de toi aussi... » murmure-t-il d'une voix rauque.
Il n'en faut pas plus à Daïki pour céder à ses pulsions. Guidé par son désir et la confiance en lui qu'il a acquise ces derniers jours, il laisse sa main parcourir le flanc de son homme jusqu'à son boxer qu'il s'attèle à retirer. Dans une gymnastique empressée, il fait subir le même sort au sien et lorsque plus rien ne sépare leurs peaux, il gémit de satisfaction en se pressant d'avantage sur le corps solide de Kagami. Il revient dévorer ses lèvres, enivré par leur danse sensuelle.
Le rouge pousse un soupir satisfait en sentant leurs corps nus s'emboîter l'un à l'autre. Il apprécie les initiatives d'Aomine, qui perd de sa réserve chaque jour qui passe, renforçant sa propre assurance. Il masse avec gourmandise ses fesses dont il aime sentir le galbe ferme délicieusement correspondre à ses paumes et suit les mouvements de son bassin, laissant monter la tension tandis qu'ils ondulent ensemble.
Les mains chaudes de Kagami sur ses fesses l'encouragent. Il suit leurs pressions comme des indications silencieuses tandis que la sienne retrouve les mèches soyeuses et désordonnées du tigre. Son bas ventre se contracte et bouillonne doucement alors que le plaisir grimpe. Il a très vite appris à apprécier cette sensation de friction. Sa queue coulissant parfaitement contre celle de son compagnon, serrées entre leurs ventres, qu'ils maintiennent collés à coup de reins qu'il accélère. C'est une sensation savoureuse, épicée d'un soupçon de frustration qui lui arrache des grognements.
« Hm... fuck, c'est trop bon. »
Kagami admire le visage d'Aomine tandis que son excitation monte, enivrante. Il adore sentir son corps bouger en harmonie avec le sien tandis qu'ils se donnent mutuellement du plaisir. Quand les lèvres d'Aomine reviennent happer les siennes, il gémit, une chaleur plus intense enflammant ses sens et son épiderme.
« Yeah... I love it... You're so hot... »
Il parle anglais sans s'en rendre compte alors qu'il se laisse gagner par les sensations étourdissantes, toute son attention focalisée sur son homme.
Aomine sourit contre ses lèvres. Il a déjà remarqué que l'anglais ressort chez Kagami dans certaines situations. Il retire une satisfaction particulière et parfaitement égoïste à lui faire perdre son japonais. D'autant que sa voix change imperceptiblement, se parant d'un accent qui chante à ses oreilles, l'émoustillant plus que de raison. Beaucoup trop sexy. Ça aussi il le découvre, mais ça l'excite énormément. Sa main se resserre fermement sur la cuisse de Taïga en réponse à cette stimulation auditive. Et il le musèle en enfouissant sa langue dans sa bouche délicieuse au risque de jouir trop vite.
Kagami peut sentir le désir d'Aomine dans le moindre de ses gestes, la façon dont il ravit sa bouche avec fougue, dont il agrippe sa cuisse, dont il bouge contre lui de manière plus désordonnée et impatiente. Il se laisse gagner par la même fébrilité, joutant avec sa langue en griffant légèrement ses fesses dont les muscles se contractent à son toucher. Il sent une vague de plaisir monter en lui mais ne la repousse pas, il veut sombrer dans cette volupté délicieuse sans se poser de question. Ses hanches oscillent en rythme et il laisse une plainte vibrer contre les lèvres du brun tandis que la jouissance contracte son bas-ventre.
Ce son plaintif manque de le faire sombrer à son tour. Il reçoit l'extase de son homme comme un cadeau alors qu'il s'évertue à lui donner autant de plaisir que possible. Il lâche ses lèvres pour l'entendre gémir encore et vient se réfugier dans son cou pendant qu'il cherche à se libérer enfin de cette tension électrique saturant son corps et son esprit.
Essoufflé et étourdi de plaisir, Kagami desserre sa prise sur le fessier sexy du brun pour glisser ses doigts dans le sillon chaud entre les deux globes. À travers la brume de la volupté, il reste attentif à ses réactions tandis qu'il vient doucement masser l'anneau de chair qui frémit sous la pulpe de ses doigts.
Aomine se fige sous cette caresse inédite. Son épiderme s'enflamme sous les doigts de son homme et embrase tout le reste de sa peau jusqu'à la racine de ses cheveux dans un frisson dévastateur. Lors d'une énième ondulation de Kagami sous lui, tout son corps se tend presque douloureusement pour se libérer la seconde d'après dans un orgasme fulgurant. Il ne fait rien pour retenir sa voix qui lui échappe dans un cri étranglé. Haletant, il tremble sous les spasmes de plaisirs procurés par Taïga. Sous le choc, il ne prend pas le temps de reprendre son souffle et se redresse un peu à la recherche du regard de braise. Il est surpris autant par l'audace de son geste que par sa propre réaction.
Kagami sourit en plongeant son regard dans le sien, heureux de le sentir si réceptif, comme étonné par son propre plaisir. Il repose ses mains aux creux de ses reins et relève la tête pour piquer un baiser sur ses lèvres.
« J'aime vraiment beaucoup cette manière de commencer la journée... » commente-t-il, le cœur encore battant.
Perdu dans les reflux de son plaisir, le sang battant à ses tempes l'étourdissant quelque peu, il ne répond pas aux lèvres de Kagami, trop furtives. Puis le regard rieur de Taïga et ces mots lui font lâcher prise, le ramenant sur terre. Il se laisse aller contre lui dans un soupir de satisfaction. Rassasié.
« C'est sûr qu'il y a pire... »
Le rouge lâche un petit rire et remonte une main sur sa nuque pour la masser doucement, tournant la tête pour humer l'odeur de ses cheveux. Il referme les yeux quelques instants, laissant son corps s'apaiser et savourant le bien-être caractéristique qui l'inonde après l'orgasme, une douce plénitude soulignée par le bonheur d'être avec Aomine.
Aomine laisse son cœur retrouver un rythme normal, calant sans en prendre conscience sa respiration sur les mouvements réguliers du torse de Taïga. Il savoure paresseusement son massage, à peine dérangé par leurs corps poisseux maculés de leurs semences et de sueur. Il a encore un peu de mal à réaliser qu'il a joui de cette façon. Il était très proche de tomber dans le vide, mais il ne peut nier l'implication de la partie secrète de son anatomie dans sa chute. Distraitement, il vient jouer avec les responsables... Glissant ses doigts parmi ceux de la main libre de Kagami. Il se demande s'il est prêt pour franchir la prochaine étape. S'il en a même envie.
Préférant avancer à l'instinct, il a fini par laisser ses questions de côté pour profiter de l'évolution de sa relation avec Taïga sans se mettre de barrières inutiles. Pourtant, celles-ci s'imposent de nouveau à lui. En le surprenant de la sorte, son amant l'a empêché de trop cogité, ce qu'il aurait sûrement fait s'il lui avait demandé. Mais le fait est qu'il a aimé qu'il le touche, alors ça remet un peu ses à prioris et ses appréhensions en perspective.
Au bout d'un moment, le tigre remue sous son poids et bâille à s'en décrocher la mâchoire.
« J'ai faim... » grogne-t-il.
Aomine sourit, tiré de ses pensées par cette affirmation qui sonne comme une supplique. Il tourne la tête pour déposer ses lèvres sur son sternum et consent à le libérer.
Kagami se redresse et s'étire, attrapant un mouchoir pour se nettoyer un peu avant d'en tendre un à son homme. Puis, il se penche sur lui pour poser un baiser sur ses lèvres.
« C'est parti pour les pancakes ! » s'exclame-t-il avec enthousiasme.
Le brun pouffe devant tant d'énergie alors que lui pourrait se rendormir facilement. Mais il préfère profiter de Taïga, alors il le suit dans un bâillement. Il enfile son vieux jogging avant de sortir de la chambre, et tandis que son petit ami s'affaire déjà à sortir tout ce dont il a besoin, il s'occupe de leur préparer du café. Puis il s'installe sur un des tabourets pour l'observer cuisiner.
Kagami chantonne en cuisinant, avançant rapidement comme prévu, puis il se tourne vers Aomine qui l'observe les yeux mi-clos.
« Hey, ça va ? Du mal à te réveiller ? »
Il adore le regarder faire à manger pour eux deux, et surtout il adore le voir si à l'aise chez lui. Il se demandait si Kagami se rend compte qu'il chante, lorsque ce dernier vient interrompre sa réflexion. Il se redresse et s'étire en hochant la tête.
« Toujours. Je suis long à démarrer, mais ça va, le rassure-t-il en souriant.
— Tu bosses pas aujourd'hui, t'auras qu'à faire une sieste cette aprèm. Je pourrai t'aider à t'endormir... » ajoute Kagami d'un ton enjôleur tandis qu'il retourne ses pancakes.
Intéressé par la suggestion, la panthère lève un sourcil et prend appui sur son poing.
« Oh... et comment tu comptes t'y prendre ?
— Hm... En te faisant gémir de plaisir jusqu'à ce que tu craques ? » suggère Kagami sans se retourner cette fois, surveillant toujours ses pancakes, un sourire au coin des lèvres.
Voilà des paroles qui ont le mérite de le réveiller tout à fait. Il frémit à la perspective, ne pouvant s'empêcher de se demander comment exactement il compte le faire gémir... D'un geste souple et silencieux il quitte son poste d'observation pour venir enlacer Taïga qui lui tourne le dos. Il pose son menton sur son épaule, jetant un coup d'œil aux pancakes en même temps qu'il demande :
« Hm... c'est une promesse ?
— Yeah, sourit Kagami. Après tu feras la meilleure sieste de ta vie ! » Il rigole et sort la poêle du feu. « C'est prêt ! »
Aomine rit en s'écartant du passage. Il ne demande qu'à voir ça.
« C'est un peu présomptueux ça, monsieur », signale-t-il.
Il récupère de quoi garnir les pancakes dans ses placards, puis retourne s'assoir devant son assiette bien garnie, aux côtés de Kagami.
« Présomptueux ? On en reparlera cette aprèm alors ! »
Kagami le fixe d'un air malicieux. Aomine n'est pas le seul à savoir se vanter et jouer de ses charmes, et il compte bien le lui prouver.
Ce regard brillant de détermination et ce sourire presque fourbe le coupe dans son élan. Il observe son petit ami, son imagination tournant à plein régime. Il chasse les images obscènes s'imprimant sur ses rétines et avale une lampé de café pour hydrater sa gorge soudainement un peu sèche.
« Deal ! ... Bon app' ! »
Et il attaque sa première crêpe, moelleuse à souhait.
Le sourire de Kagami s'élargit en voyant son homme déstabilisé. Il adore lui faire de l'effet, et jouer à ce jeu de la séduction qu'il ne pratique pas si souvent... Mais avec Aomine, aujourd'hui, il n'a pas peur et rien ne le retient. Il se sent bien, juste heureux de passer son samedi avec son petit ami.
Finalement, il se reconcentre sur ses pancakes, après tout, il est affamé, peut-être même encore plus que d'habitude.
Ils dégustent leur repas en silence, de bon appétit. Échangeant un regard, un sourire de temps à autres. Aomine apprécie vraiment sa compagnie et il est heureux de l'avoir pour lui toute la journée.
« Tu veux faire quoi aujourd'hui ? »
— Hm... On peut traîner chez toi et jouer aux jeux vidéo ? J'ai envie de profiter un peu d'être au calme avec toi... »
Daïki lui sourit. C'est un programme qui lui va tout à fait. S'il était prêt à sortir pour lui faire plaisir, il préfère de loin rester ici, dans leur bulle loin du monde. Il se penche pour embrasser son épaule nue.
« Tout ce que tu veux. Ça me va. »
Ces simples mots et ce léger baiser font sourire Kagami, remuant son cœur. Il contemple le brun les yeux brillants. Il se sent tellement amoureux. Et c'est si bon de pouvoir laisser libre cours à ces sentiments.
Le repas terminé, il laisse Aomine débarrasser et s'éclipse pour aller prendre une douche. Puis, il s'habille d'un simple jogging et d'un t-shirt sans manche ample sous les aisselles. Aujourd'hui, c'est tenue détente, pour journée détente. Quand il rejoint le brun, celui-ci finit la vaisselle. Il l'enlace et pose un baiser sur sa nuque.
Son cœur fait un petit bond dans sa poitrine. Il ne s'y attendait pas, mais il aime sentir le torse de Taïga, puissant, épouser son dos. Son baiser lui procure un frisson de plaisir et l'odeur familière de son gel douche vient chatouiller ses narines. Ce n'est qu'un détail, et pourtant, ça le remue un peu. Kagami fait vraiment partie de sa vie, déjà parfaitement intégré dans son intimité. Son homme...
Il termine sa tâche sous le regard attentif du tigre puis se retourne entre ses bras pour piquer ses lèvres. Joueur il tire un peu dessus en s'écartant.
« Tu sens bon.
— Thanks ! »
Kagami savoure les lèvres du brun. Au fond de son cœur il s'inquiète presque de voir tout se passer aussi bien entre eux. C'est idiot, mais il n'a jamais été aussi heureux avec quelqu'un. Certes Aomine n'assume pas encore leur relation au grand jour, mais... Dans l'intimité, il ne peut pas se tromper, Aomine est bien son petit ami et n'a aucune réserve à l'être.
« Allume la Play, choisis un truc, j'en n'ai pas pour longtemps. »
Sur ce, il repique sa bouche et se défait de son étreinte pour rejoindre la salle de bain. Sous la douche il laisse l'eau tiède le rincer puis il se savonne en vitesse, souriant bêtement en se rappelant cette odeur sur la peau de Taïga. La même. Il se secoue un peu en surprenant ses pensées à l'eau de rose mais ne parvient même pas à s'en vouloir. Le bonheur que ça lui procure ne peut pas être une mauvaise chose. Cette sensation que tout est plus vif, plus intense et plus savoureux. C'est déstabilisant, comme s'il n'avait jamais connu une telle allégresse auparavant, mais aussi très exaltant, et il n'a pas envie de lutter contre. Et tant pis s'il a un sourire niais collé aux lèvres dans le reflet de son miroir. Il se fait la grimace, envoyant balader cette part de lui trop prompte à le juger, et rejoint son petit ami, ajoutant un débardeur noir près du corps à son bas préféré pour traîner.
« Alors à quoi on joue ?
— Un petit NBA2K ? T'as l'édition spécial Michael Jordan en plus ! s'exclame Kagami en brandissant la boîte comme si c'était lui qui avait inventé le jeu.
— Ouais, j'étais obligé ! » s'exclame-t-il avec le même enthousiasme, saisissant la seconde manette.
Kagami lance la partie avec un grand sourire, choisissant la composition de son équipe en se disputant les meilleurs joueurs avec Aomine. Mais il obtient tout de même de jouer la vedette sur la jaquette, après tout, c'est son modèle. Ils démarrent la partie et il s'agrippe à sa manette, sourcils froncés, passant en mode concentration. Un match, même virtuel, c'est du sérieux, et il ne compte pas perdre, même pour les beaux yeux de son petit ami.
Aomine lui a peut-être cédé MJ, mais s'il croit qu'il va aussi lui céder la victoire... Il rêve ! Kagami a beau lui faire tourner la tête, il ne plaisante pas avec le basket. D'autant qu'il se souvient encore parfaitement de sa défaite lors de leur dernier affrontement, et Aomine compte bien changer la donne.
Il lui faut un peu de temps pour se refamiliariser avec les touches mais il a tellement squatté ce jeu et ses différentes versions que ça lui revient vite. Sauf qu'à Kagami aussi. Sans oublier que c'est un joueur pro, aux réflex affutés qui lui servent pour tous types de jeux vidéo, ce qui rend le challenge des plus intéressants.
Kagami a fort à faire avec son adversaire du jour, ça se voit qu'il connaît bien le jeu et toutes ses petites subtilités. Il marmonne dans sa barbe pour encourager ses joueurs, et les paniers commencent à pleuvoir des deux côtés. Il ne peut s'empêcher d'éclater de rire quand Aomine réussit un panier improbable, ce qui est déjà sa spécialité dans la vraie vie.
« Ouais, c'était un coup de chance, ça ! » affirme-t-il sans quitter l'écran des yeux.
Le brun se rengorge de son succès et prend la remarque comme une provocation.
« Ah ouais ? Il t'en faut un autre peut-être ? »
Et il n'a de cesse d'essayer de réitérer l'exploit, tout en rageant à chaque panier qu'il encaisse. Surtout les dunks... qui ne sont pas sans lui rappeler ceux que Kagami aime lui mettre sur la tronche. C'est pourquoi il jubile lorsqu'il parvient à remonter au score avec une combinaison difficile mais qui passe miraculeusement.
« Ah ! Et ça aussi c'est de la chance ?
— Ouais ! » Kagami rigole, il aime faire enrager le brun, et pour l'instant il n'a pas trop à s'inquiéter, il a un peu d'avance. Cependant, les provocations fonctionnent un peu trop bien et les doigts d'Aomine voltigent sur la manette, de plus en plus efficaces. Il est contraint de resserrer sa défense et d'oublier un peu ses taquineries pour se focaliser sur le jeu. Hors de question qu'il perde à un duel d'habileté vidéoludique !
Aomine mène une lutte acharnée, oubliant le style pour combler l'écart et éviter qu'il se creuse. Ils ne rient plus, ne se provoquent plus. On n'entend que le bruit effréné des touches malmenées et les exclamations du public et des commentateurs virtuels. Le temps file et il grogne en voyant la victoire s'éloigner. Cependant il ne lâche rien, refusant de s'avouer vaincu, et continue de guider ses joueurs pour limiter les dégâts. Lorsque le coup de sifflet final retentit, il soupir de frustration et marmonne avec mauvaise foi:
« En même temps avec Jordan, c'est sûr que c'est plus facile...
— Ah ouais ? C'est sûr que ton Lebron c'est un petit joueur à côté. »
Ravi, Kagami balance sa manette dans le canapé et se permet un grand sourire victorieux à son adversaire. Fier d'avoir démontré sa supériorité à ce jeu et surtout d'avoir remporté le match.
Outré, Aomine le fusille du regard. Son immense sourire et son air de vainqueur lui noue un peu les tripes mais il ne se laisse pas attendrir, trop vexé.
« La victoire te fait dire n'importe quoi mon pauvre. Lebron un petit joueur ? Et puis quoi encore... Kobe débutant aussi ? s'insurge le fauve.
— Personne n'est aussi bon que Magic Mike, déclare Kagami fièrement en croisant les bras sur la poitrine, imperméable à toute critique ou rappel à la raison. « En plus MJ a tout appris à ton Kobe », ajoute-t-il pour enfoncer le clou.
Il sait que c'est complètement ridicule de s'énerver pour un jeu, mais c'est plus fort que lui. Kagami a toujours eu ce truc en lui, réveillant son esprit de compétition en toute circonstance plus que n'importe qui d'autre.
« J'ai jamais dit le contraire Baka ! Tout le monde est d'accord là-dessus. Mais de là à insulter Lebron y a des limites », grogne-t-il comme si c'était lui dont Taïga avait déprécié le talent.
Kagami observe la moue boudeuse d'Aomine et a une soudaine vision de lui plus jeune, comme sur la photo qu'il a repérée sur l'étagère la veille. Il se mordille la lèvre et lâche un petit rire.
« Yeah... C'était peut-être abusé », reconnaît-il finalement.
Le brun lui jette un regard en biais, méfiant. Puis notant sa sincérité il soupire pour se détendre un peu.
« Content de voir que tu reviens à la raison... Revanche ? » propose-t-il le regard brillant, impatient de laver son honneur, et celui de Lebron au passage.
« Yes. Mais MJ est quand même le meilleur. »
Kagami jette un coup d'œil rapide à Aomine et le reporte aussitôt sur l'écran, sans pouvoir se départir de son sourire. Provoquer le brun est bien trop amusant.
Il ne répond pas à la provocation mais singe ses paroles en levant les yeux au ciel. Oui, il est au courant. C'est bien ce qu'il dit, c'est pour ça que c'est plus facile de gagner quand on joue avec... Cette fois pas de perte de temps en démonstration, Aomine entre dans la partie directement, prêt à en découdre. Il est tellement ancré dans le jeu que ses jambes le démangent, s'agitant sous lui par réflexe, anticipant les mouvements de ses joueurs sur l'écran.
Sans s'en rendre compte, Kagami fait de même, et ils s'agitent tous les deux sur le canapé, penchés en avant, les yeux fixés sur l'écran, serrant la manette comme si elle risquait de leur bondir des mains. Kagami analyse chaque mouvement à l'écran, balaie le terrain à la recherche de la meilleure stratégie. Il fronce les sourcils et reste intensément concentré, mais il s'amuse beaucoup. Il adore jouer avec Aomine. D'autant plus quand il l'entend marmonner et pousser des jurons dans sa barbe.
Il découvre une nouvelle facette du jeu qu'il n'avait jamais eu l'opportunité d'expérimenter. Kagami est bien plus fort que l'ordinateur contre lequel il joue d'ordinaire et ça l'oblige à déployer des ressources qu'il n'utilisait pas, à s'adapter à toute vitesse. Mais cette intensité n'est pas pour lui déplaire. Il adore comment Kagami fait toujours tout à fond, l'obligeant à donner le meilleur de lui à chaque instant. Pourtant cette fois encore ça ne suffit pas, même si l'humiliation est moindre, il perd encore cette manche. Il essaie de rappeler qu'il a à faire un vrai tueur, qui en a fait son métier pour apaiser l'amertume, mais ça reste difficile à encaisser sur son jeu préféré.
Cette fois, Kagami ne fête pas bruyamment sa victoire, et à la place, il passe un bras autour des épaules d'Aomine et plante un baiser sur sa tempe.
« J'ai jamais grand-monde avec qui jouer à ce jeu... avoue-t-il. Faut pas seulement être bon manette en main, faut s'y connaître en basket... Et c'est trop spécialisé pour la plupart des gens. Alors je suis content de pouvoir y jouer avec toi. »
Il dit ça un peu pour le réconforter, mais ça n'en reste pas moins la vérité.
Alors qu'il avait l'intention de bouder et faire sa mauvaise tête encore un peu, son cœur fond à la tentative de Kagami. En son for intérieur il le traite de sale traitre, à croire que ce foutu palpitant ne bat plus que pour son rival. Cela dit, il prend le compliment et avec un peu de recul, même s'il déteste perdre, il ne peut nier qu'il a pris du plaisir à jouer contre lui aussi.
« Plus qu'une solution alors... va falloir que je m'améliore, concède-t-il dans un demi sourire.
— Yeah... Suffit de jouer plus souvent... »
Kagami l'observe avec un sourire au coin des lèvres et tire sur son bras pour rapprocher Aomine et pouvoir l'embrasser à sa guise, sa main libre se posant sur ses abdos qu'il cajole de sa paume.
Ses muscles se contractent sous la caresse, appréciant la chaleur de cette main possessive. Il retient un gémissement, surpris par ce revirement d'ambiance. Il n'est pas fan de l'idée de se faire consoler après une défaite mais il est bien incapable de repousser son assaillant. Au contraire, il lui rend son baiser en glissant ses doigts sur sa nuque, jouant avec ses cheveux.
Kagami gronde doucement de plaisir en sentant le brun répondre à ses attentions, et sa main remonte sur son torse, devinant le tracé de ses muscles sous le tissu fin de son t-shirt. Il prolonge le baiser un moment, s'enivrant de la caresse de ses lèvres contre les siennes, hérissant sa peau de frissons de désir. Il finit par le relâcher, légèrement essoufflé, et propose au brun un autre café avant de reprendre leur session.
Étourdi par ce baiser voluptueux, Aomine hoche la tête. Il se demande vaguement s'il a déjà pris autant de plaisir à embrasser quelqu'un, et la réponse s'impose avec évidence dans son esprit. Il est vraiment devenu accros, il ne voit que ça pour expliquer son état. Un flic drogué... manquait plus que ça. Il s'amuse de ses propres pensées alors que Kagami revient avec leurs tasses.
« Merci... Tu veux jouer à autre chose ou tu préfères continuer de m'humilier sur 2K ? »
Kagami rigole et se réinstalle près de lui.
« On joue à ce que tu veux. J'adore te faire enrager, mais j'aime encore plus quand t'as l'air heureux. »
Et c'est un euphémisme, le sourire d'Aomine a le don de lui remuer les tripes et il a envie de le faire naître encore et encore. Il se traite d'idiot pour ces pensées niaises, mais il ne les regrette pas.
Le brun sirote son café pour cacher son sourire gêné et réfléchit à un autre jeu.
« On reprend notre quête de pillages alors ? C'était carrément drôle et je crois qu'on peut faire monter les prix de la récompense pour nos têtes.
— Ça me va ! » approuve Kagami.
Il regarde le brun lancer le nouveau jeu, puis quand il revient s'assoir, il se cale confortablement contre lui, il a envie de maintenir le contact physique, comme s'il pouvait faire le plein de lui pour que ça lui dure tout le temps où ils seront séparés après.
Le brun note le rapprochement et l'accepte volontiers maintenant qu'ils sont dans la même équipe. La chaleur de Kagami irradie la peau nue de ses bras et son débardeur large et échancré lui laisse entrevoir un paysage qui est loin de lui déplaire. Pendant que leur partie se charge, il dépose un baiser sur sa joue.
« Let's go ! Allons dégommer quelques PNJ innocents ! » s'exclame joyeusement Aomine.
Kagami apprécie son enthousiasme et le partage. S'ils jouent en coop, rien ne leur résistera ! Ils démarrent la partie et reprennent aussitôt le fil de leurs aventures déjantées, parvenant avec succès à augmenter drastiquement la prime sur leur tête. D'habitude Kagami donne un peu plus dans la subtilité, mais c'est trop amusant de semer le chaos comme des gamins avec son complice.
« On fait une sacrée bonne équipe ! » remarque-t-il en lançant un sourire lumineux au brun.
Aomine se mordille la lèvre, concentré à décapiter un chevalier puis lui offre le même sourire. C'est vrai, ils sont redoutables. Son ventre se noue un peu à la pensée que c'est aussi applicable dans la réalité. Depuis que Kagami fait partie de sa vie, il se sent certes par moment plus vulnérable mais aussi plus fort.
« Ouais je trouve aussi ! Personne ne résiste à ta double hache, confirme Daïki en ricanant.
— T'as vu ?! Elle est plutôt pas mal. Parfois j'aimerais bien en avoir une comme ça IRL ! Pour décapiter les emmerdeurs !»
Cette fois le brun éclate de rire et se laisse aller contre le dossier. Il imagine tout de suite la tête des dits emmerdeurs en le découvrant ouvrir sa porte, double hache médiévale en main. Avec ce genre d'accessoire, il est sûr que son petit ami ne se ferait plus emmerder d'ici peu.
« Alors autant l'idée m'amuse beaucoup, autant je me sens obligé de te dire qu'au Japon, le meurtre ce n'est pas très légal !
— Ah... Mais l'autre jour tu parlais de me mettre en prison, alors là au moins t'aurais une bonne raison ! » réplique Kagami en riant.
Le brun pouffe. Il voit ça d'ici. Les amants maudits version remasterisé. Le flic et le criminel... Il secoue la tête en observant Kagami amusé, puis se redresse en déposant un baiser dans le creux de son cou au passage.
« Sérieux, me fais pas le coup Baka. Si je suis obligé de t'y rejoindre je risque de mal le vivre. »
Kagami frissonne légèrement à ce baiser et une douce chaleur se diffuse dans son ventre à ces mots.
« Yeah... Je ferai attention à pas perdre mon sang froid alors. J'ai trop envie de profiter de toi pour qu'on perde notre temps en prison ! Et puis on a dit qu'on avait pleins d'aventures à faire tous les deux. »
Le menton posé sur l'épaule du tigre, Aomine sourit à ces paroles, le ventre secoué d'une nuée de papillons. Pleins d'aventures... ça lui plait plus que la case prison. Il dépose ses lèvres sur la peau à portée avant de s'écarter. Il se tourne un peu pour s'allonger sur l'accoudoir, arrangeant un coussin dans son dos, et étale ses jambes sur les genoux de Kagami. D'une traction, il le rapproche au plus près de lui pour se caler à son bassin. Voilà qui est plus confortable.
« En parlant d'aventure, on part sur quel village maintenant ? »
— Le village au nord d'ici est pas encore à feu et à sang, faut régler ça vite fait ! »
Kagami sourit, il aime sentir le poids des jambes d'Aomine sur lui. Ils ne tardent pas à arriver à destination pour un massacre d'autant plus absurde que leurs personnages ont atteint un haut niveau maintenant, et le tigre s'amuse à faire tomber une pluie de météores sur les champs de carottes, quand soudain, il repère une troupe en approche, les armes au clair.
« Oh attention, on a un groupe de mercenaires envoyés pour nous assassiner ! À l'attaque ! »
Aomine se concentre, se redressant un peu. Il suit l'avatar de son homme dans la mêlée dans un cris de guerre en faisant tournoyer son immense épée au-dessus de sa tête pour un maximum de dégâts. Il s'amuse de voir les têtes voler et le sang gicler partout. Il y trouve quelque chose d'étonnement relaxant. Le plaisir évident qu'il peut lire sur le visage de son complice le galvanise et il redouble de barbarie à ses côtés, combinant ses attaques aux siennes.
« Attention derrière toi !»
Kagami effectue une roulade rapide pour esquiver le coup, se rétablit et repart à l'attaque de plus belle. Aomine et lui maîtrisent bien le jeu maintenant, et c'est jouissif de se battre contre cette petite foule en colère. Ils s'en tirent bien et récupèrent d'intéressants trésors sur les corps.
« On a de quoi acheter du stuff bien pété... Enfin, si on a laissé des marchands en vie ! » ajoute-t-il en rigolant.
L'hilarité le gagne aussi. Pas sûr !
« Pour ça va falloir remonter la map ! Mais on est fiché partout. Même s'ils sont vivants, pas sûr qu'ils nous vendent quoi que ce soit, souligne le brun.
— Bah, pourquoi on s'emmerde, suffit de les tuer et de leur voler leurs biens. Mais ça veut dire qu'on n'a pas besoin d'argent alors ? On devrait peut-être changer de région... » réfléchit Kagami, imaginant déjà de nouvelles terres encore innocentes et ignorantes de leur terrible duo.
Daïki fronce les sourcils pensifs. C'est vrai que leur méthode est très efficace, mais il a du mal à croire qu'elle n'a aucune limite et qu'il n'existe aucune utilité à tout ce qu'ils récoltent.
« Hm... peut-être que le matos a d'autres avantages quand on l'achète... Vas-y on bouge, on verra bien. »
Et pour aller plus vite, ils volent deux montures en limitant leurs habituelles atrocités tandis qu'ils se rapprochent d'une région qui ne les recherche pas encore. Il note au passage la beauté et la diversité des paysages qu'ils traversent, profitant de cette aventure virtuelle avec son partenaire de crime.
Ils poursuivent la partie un peu plus pacifiquement histoire de prendre un peu plus le temps de découvrir les quêtes et l'univers, mais dès qu'ils peuvent choisir entre la diplomatie et le massacre, ils optent pour la deuxième solution. Le temps s'écoule sans qu'ils ne s'en aperçoivent, entièrement absorbés dans leurs aventures vidéoludiques, et Kagami prend beaucoup de plaisir à jouer sans la pression de l'entraînement, et en partageant son aventure avec un complice. Aussi, ce n'est que lorsque son estomac se manifeste de nouveau qu'il prend conscience qu'ils sont sur le jeu depuis près de trois heures. Il repose sa manette et s'étire longuement, puis il jette un coup d'œil à Aomine :
« T'as faim ? »
Dans un bâillement il imite son compagnon, cambrant le dos pour réveiller ses muscles. Il interroge intérieurement son estomac et un grondement sourd lui répond. Au sourire de Kagami, il est certain que ce dernier a pu l'entendre.
« Je crois que oui... »
Aomine contracte ses abdos pour remonter à la hauteur de son repose jambe et passe une main dans ses cheveux en bataille.
« Tu préfères commander ? T'es pas obligé de cuisiner à chaque fois...
— Hm... J'avoue que je dirais pas non à une petite commande... Tu déteins sur moi, je me sens paresseux aujourd'hui... »
Kagami plaisante mais c'est vrai qu'il est bien posé dans ce canapé et qu'il se sent si détendu qu'il n'éprouve pas ce besoin habituel de s'agiter et de rester actif. C'est un sentiment nouveau pour lui, mais plutôt plaisant.
Le brun s'indigne en plissant les yeux et ressert sa prise sur les mèches rouges.
« Je ne suis pas paresseux... c'est toi qui es hyper actif. Nuance ! »
Puis avant de se relever, il lui vole un baiser mordant pour le réprimander, mais dans le fond ça l'amuse plus qu'autre chose, cette façon qu'ils ont de se chercher. Il revient vers lui avec de quoi boire et différents flyers de nourriture à emporter.
Ils s'accordent sur un restaurant chinois et pendant qu'Aomine passe commande, Kagami en profite pour le câliner et déposer de légers baisers dans son cou. Il ne se lasse pas d'embrasser sa peau caramel à la fragrance ensoleillée, légèrement épicée.
Les attentions du tigre le font frissonner, comme toujours et il en perd un peu le fil de sa conversation. La douceur dont il fait preuve n'a pas pour but de le distraire, pourtant c'est le cas. Il se râcle un peu la gorge pour confirmer l'adresse de la livraison puis raccroche avec un certain soulagement, se laissant aller à la tendresse de Kagami, glissant de nouveaux ses doigts dans ses cheveux dans une caresse appuyée.
Kagami frémit délicieusement à la caresse de ses doigts sur son cuir chevelu et commence à mordiller sa peau, suivant sa jugulaire jusqu'à son oreille à laquelle il fait subir le même traitement. Puis, il relève la tête et capture les lèvres d'Aomine avec un soupir de satisfaction. Ça lui fait drôle, quand il songe aux longues semaines qu'il a passées à s'interdire de les contempler et à réprimer son envie de les embrasser, alors qu'elles sont maintenant toutes à lui...
Entre deux baisers, les lèvres d'Aomine s'étirent dans un sourire. Il répond à la langue de Taïga qui cherche la sienne avec gourmandise et glisse sa main libre sur l'omoplate saillante à travers l'ouverture de ce débardeur indécent. Il aime cette ferveur, appréciant que Kagami sorte de sa réserve. À moins que ce ne soit lui... Un gémissement de plaisir s'échoue dans la bouche de son petit ami alors que la chaleur vient emplir son ventre et sa poitrine dans de doux frissons.
Comme toujours, les baisers d'Aomine lui font rapidement tourner la tête, et il savoure tout en caressant son dos, du creux des reins jusqu'à la nuque, en glissant sa main sous son haut. Et ils s'occupent ainsi de longues minutes, perdus dans la chaleur et le désir qu'ils partagent, et soudain la sonnette les tire de ce moment d'intimité en les faisant tressaillir. Kagami regrette un peu, mais en même temps il n'est pas mécontent de voir le repas arriver.
Un peu déboussolé et le souffle court, Aomine se défait des bras de Kagami à regret pour ouvrir au livreur depuis l'interphone. En attendant ce dernier, il continue d'embrasser Kagami du regard. Il ne sait pas si c'est d'avoir été collé à lui toute la nuit et tout ce début de journée, mais son corps proteste à cet éloignement soudain. Il se baffe mentalement pour ses pensées absurdes et sursaute presque lorsqu'on frappe à la porte.
Il récupère leur repas et paie le livreur, puis revient s'installer dans le canapé en brandissant les sacs de nourriture dans un sourire triomphale.
« Le repas de monsieur est avancé.
— Thanks ! »
Kagami pose un baiser sur sa joue et déballe ses plats avec une expression gourmande illuminant ses traits. Il attaque sans tarder, appréciant les saveurs qui sortent un peu de l'ordinaire, et se régale sans se faire prier.
Daïki se cale en tailleur, son genou contre celui du tigre affamé et entame son propre repas, alléché par les odeurs. Il dévore ses premiers plats avec appétit, se réjouissant de l'air satisfait de Kagami. Il adore ces moments simples du quotidien qu'ils partagent. Plus qu'il ne saurait le dire. Ça lui donne un sentiment profond de réconfort, comblant un peu plus chaque jour le vide de solitude auquel il s'était habitué par défaut. Lorsqu'ils sont un peu sustentés, le brun raconte un détail de sa soirée de la veille qu'il a oublié de mentionner à son homme.
« Au fait... hier soir j'ai parlé à mon oncle. Je crois qu'il a compris... Je suis content d'avoir pu rectifier le tir. »
Kagami relève la tête et sourit à son homme.
« C'est vrai ? C'est cool alors. Je le connais même pas, mais ça m'emmerde que vous vous disputiez. »
Et puis, ça lui fait plaisir, car ça signifie probablement qu'Aomine a suivi ses conseils et que quelque part, il a su l'aider.
« Ouais, ça me fait chier aussi... c'est pas tout rose entre nous mais je veux pas le perdre non plus», avoue-t-il en haussant les épaules, fouillant au fond de son emballage avec ses baguettes.
Et puis il fronce un peu les sourcils, réalisant que c'est pareil pour lui. Kagami reste très secret sur son père, ils n'en ont jamais reparlé depuis ses confidences mais ça lui fait de la peine de les savoir en froid. Cependant il n'aborde pas le sujet qu'il sait délicat, gardant sa réflexion pour lui.
« J'imagine que c'est pareil pour lui, et puis, ça doit soulager ta tante aussi ! » approuve Kagami en reprenant son repas. « Ça se termine quand d'ailleurs ton chaperonnage ?
— Hm semaine prochaine normalement. Mais j'ai pas vraiment l'impression d'être sous surveillance avec Tadashi. Il me bizute un peu, mais ça change pas trop de d'habitude, explique-t-il avec un demi sourire.
— Ouais, j'ai l'impression que vous vous entendez bien ! Et puis, tu pourras toujours te venger au basket, il est vachement moins bon que toi ! rigole Kagami.
— J'aime beaucoup cette idée ! ricane le brun. C'est pas aussi amusant qu'avec un adversaire comme toi mais si c'est pour le faire tourner en bourrique ça peut être drôle.
— Yeah, j'aimerais bien voir ça », sourit Kagami.
Ils terminent leur repas et se réadossent au fond du canapé, repus. Kagami passe un bras autour des épaules du brun.
« Il est pas mal ce resto, ça dépanne bien. Mais je suis content de pouvoir te faire à manger pour que tu commandes pas tout le temps ! »
Aomine se laisse couler sur l'épaule de Taïga en grognant de contentement. Il pose une main sur sa cuisse qu'il presse doucement.
« Je préfère largement ce que tu cuisines. Mais aujourd'hui c'est repos pour toi aussi.
— Thanks... » sourit Kagami en posant un baiser sur sa tempe. Puis, il se rappelle en rougissant légèrement sa proposition plus tôt ce matin, et demande : « Alors hm... Ça te tente une petite sieste ? »
Le feu lui monte aux joues en se rappelant la promesse de Kagami. Et avant même qu'il ne le touche, son corps frémit d'anticipation. Son cœur bat un peu plus vite entre ses côtes, son imagination reprenant le petit film de ce matin. Il déglutit et hoche lentement la tête, ne sachant pas exactement à quoi il dit oui, mais impatient de le découvrir.
Chapter 46
Notes:
Et non vous ne rêvez pas... c'est bien une suite qui vient de sortir :D
Pour rappel, on avait laissé nos fauves en pleine journée de repos, à profitez l'un de l'autre, juste avant une sieste pleine de promesses...
Bonne lecture, et bonne année !
Chapter Text
Sur le canapé, Kagami admire son homme qui semble hésitant, mais l’éclat dans ses yeux ne trompe pas. Ils savent tous les deux que cette petite sieste ne se fera qu’après un prélude plus chaud. La tension entre eux vibre sourdement dans l’atmosphère calme de l’appartement. Il se lève, tendant la main au brun pour l'entraîner dans la chambre. Là, il ne traîne pas et referme la porte derrière eux, tire les rideaux avant de revenir vers Aomine. Il commence par poser un baiser sur ses lèvres, puis doucement il remonte son haut sur son ventre et le lui ôte. Il en profite pour embrasser ses épaules nues, se pressant contre lui avec un soupir de désir avant de glisser ses mains sur son pantalon pour le descendre sur ses cuisses.
Daïki ne bronche pas. Il se laisse faire, hypnotisé par les gestes assurés de Kagami et son regard de plus en plus sombre. Sous les doigts de Taïga qui frôlent sa peau en le déshabillant, ses muscles se contractent comme pour réclamer plus. Sa poitrine se soulève plus rapidement alors qu'il se retrouve presque nu devant le fauve. N'osant plus bouger, seule sa main s'autorise à trouver refuge dans les cheveux de Kagami alors que ce dernier accompagne son jogging jusqu'au sol. Sous sa demande silencieuse, il l'enjambe pour s'en défaire.
Kagami redresse la tête pour mordiller sa verge déjà tendue à travers le tissu de son boxer, laissant filtrer un grognement de désir, puis il glisse les doigts sous l'élastique du sous-vêtement pour l’en débarrasser, admirant la queue appétissante qu’il dévoile.
Par réflexe, Aomine recule le bassin sous la morsure mais la prise de Kagami se fait plus ferme et le rapproche de lui. Un soupir étranglé et désireux s'échappe d'entre ses lèvres alors que le souffle brûlant de Taïga vient s'échouer sur son sexe palpitant d'envie, offert à son bon vouloir. Il se laisse de nouveau surprendre par l'intensité de ses sensations, s'enflammant à une vitesse folle sous ce regard avide de le bouffer. Comme si le tigre n'avait pas assez manger et qu'il le considérait comme le reste de son repas.
Kagami lèche le membre dressé, satisfait de voir que sa proie ne cherche plus à fuir. Il récolte le goût légèrement salé sur son gland, mais ne le prend pas encore entre ses lèvres. Il se redresse et pousse gentiment le brun vers le lit pour qu'il s'y allonge. Puis, l'enveloppant d'un regard brûlant, il se déshabille lentement, laissant son homme anticiper la suite.
Le brun se redresse sur ses coudes pour ne pas perdre une miette de cet effeuillage des plus envoutant. Kagami ne le lâche pas des yeux alors qu'il retire son débardeur. Il retient son souffle alors que les doigts agiles se posent sur la bordure de son jogging mais visiblement content de le faire languir, Kagami joue un peu avec avant de le faire descendre le long de ses jambes taillées dans le marbre à une lenteur insoutenable. Aomine se mord inconsciemment la lèvre pour se retenir de gémir en vain alors que sa queue tressaute joyeusement à cette vue tentatrice. Un son guttural vient faire sourire son prédateur, ravie de découvrir l'effet qu'il lui fait. Il a chaud, vraiment très chaud en étant exposé de la sorte, la patience n'étant pas son point fort.
Kagami s'amuse de voir l'impatience dans le regard du brun qui dévore son corps. Cette réaction fait courir un frémissement de désir sous son épiderme et une fois nu, il se rapproche du lit avant d'y grimper à quatre pattes, se penchant pour capturer les lèvres du brun sans le toucher encore. La tension fait palpiter son cœur mais il veut la faire monter encore un peu, amener le brun à devenir ivre de désir, et seulement alors lui donner ce qu'il veut.
Le baiser de Kagami est étonnement sage. Sensuel certes, délicieux, mais il a connu plus sauvage. C'est déstabilisant de s'apercevoir qu'il a envie de plus de passion et de se la voir refuser. Ils se sont touchés toute la journée, pourtant Kagami prend garde à ce que leurs peaux ne se touchent pas, ce qui a le don de le rendre fou. Il essaie de se calmer, de profiter du moment, prenant ce qu'il veut bien lui donner. Mais la brûlure dans ses reins et son bas ventre devient inconfortable, insoutenable. Il commence à se tortiller malgré lui sous ce corps le dominant pour générer un contact, même infime. N'y parvenant pas il grogne de frustration et cède le premier, mêlant sa fougue à leur échange. Il dévore ses lèvres et vient même mordiller sa langue qu'il arrive à capturer, enroulant ses bras autour de sa nuque pour le rapprocher de lui.
Kagami grogne de plaisir contre ses lèvres, appréciant sa fougue mêlée d'une impatience dévorante. Il répond à son baiser et vient doucement griffer son torse, accrochant un téton au passage, puis se redresse et le contemple quelques instants avant de s'arracher à son étreinte pour s'installer entre ses jambes. Il se penche sur son sexe et lèche avec gourmandise, suivant la veine pulsante jusqu'au gland qu'il enveloppe d'une langue joueuse. Enfin, il laisse sa queue glisser entre ses lèvres et la suce comme une glace, s'enivrant des gémissements incontrôlables que le brun laisse échapper.
« Arhg fuck... Taïga... T'arrête pas...» supplie-t-il déjà hors d'haleine.
C'est donc à ça qu'a servi son petit jeu... saisit Aomine errant dans les limbes du plaisir. Il connait le mécanisme de la frustration et son pouvoir, lui-même aimant l'appliquer. C'est très différent vu de ce côté. Il se sent manipulé comme une marionnette dont Kagami serait le maître, et pourtant sous sa langue experte il n'arrive pas à s'en offusquer, se délectant même de son sort.
Son corps se cambre violemment dans une décharge électrique quand sa queue vient percuter la gorge brûlante de Taïga et il serre les draps entre ses poings braquant son regard fou de désir sur l'homme qui le suce avec tant d'adresse.
Kagami s'efforce de détendre sa gorge pour encaisser les coups de reins de son homme, et il va et vient sur la hampe dressée, ravi par ses réactions. Mais soudain il le relâche, essoufflé, et le contemple d'un air de défi tandis qu'il glisse ses doigts entre ses lèvres et les humidifie. Puis, avant de laisser le brun réfléchir, il se penche de nouveau entre ses cuisses et reprend son membre dans sa bouche, tandis que ses doigts se fraient un chemin entre ses fesses. Il trouve l'anneau de chair et commence à le masser lascivement alors qu'il continue de le sucer, plus lentement pour mieux apprécier ses réactions et le laisser s'habituer aux sensations.
À bout de souffle, Aomine a cru à une pause plutôt bienvenue, sentant son cœur sur le point d'exploser. Mais en percutant son regard défiant il s'est senti défaillir. La vision de Kagami lubrifiant ses doigts aurait pu le faire jouir s'il n'appréhendait pas tant. Il se tend sous la caresse, contractant ses muscles par réflexe. Les lèvres de Taïga l'empêchant de perdre en vigueur. Il inspire profondément en se rallongeant complètement sur le dos. Aomine se focalise sur les sensations, préférant oublier comment elles lui sont procurées. Une myriade de frissons court sur sa peau depuis ce point que Taïga cajole avec douceur. Il peut se sentir palpiter sous son toucher, se détendre, son corps se faisant plus lourd. Et enfin il lâche prise et laisse son plaisir s'exprimer, s'autorisant à l'identifier comme tel. Un long soupir et sa main retrouvant les cheveux de Taïga viennent l'encourager.
Kagami sent la tension quitter peu à peu le corps du brun qui se livre à ses caresses avec plus d'abandon à chaque instant. Il en profite pour accentuer son massage, cerclant amoureusement son intimité, en testant l'élasticité. Il resserre ses lèvres sur sa queue, le stimule de sa langue tandis qu'il laisse des gémissements de désir vibrer sur la peau fine. Concentré sur sa tâche, il veut juste faire lâcher prise au brun, le noyer dans une vague de plaisir qui balaiera ses craintes.
La pression s'accentue, intensifiant aussi son plaisir. Dès qu'il se tend, Taïga s'applique à lui faire oublier ce qui se passe. Aomine vient mordre son poing pour soulager la tension qui étreint son corps sans vouloir le libérer. Une larme d'extase roule au coin de son œil. C'est un supplice. Une torture si exquise qu'il aimerait pouvoir l'endurer encore. Sa respiration est hachée, insuffisante à combler son besoin d'oxygène. Il a la tête qui tourne. Son corps tremble... Se sentant partir il passe une jambe par-dessus l'épaule de son tortionnaire pour s'accrocher à lui, le rapprocher de ce point névralgique qui menace de le faire exploser. Puis Taïga le fait décoller en appuyant sur son anneau de chair en même temps qu'il presse sa queue entre ses lèvres. Il n'a pas le temps de le prévenir et jouit dans sa bouche dans un cri bestial, retenant un sanglot de pur soulagement.
« Taïga ! »
Kagami avale sa semence avec un grognement de plaisir. Satisfait, ravi de la fêlure dans la voix de son homme tandis qu'il crie son prénom dans la jouissance. Doucement il nettoie sa verge avec soin du bout de la langue, puis le relâche et pose un baiser tendre sur son ventre avant de se redresser pour embrasser son cou, puis ses lèvres. Sa main caresse son flanc, il aime voir le corps de son homme brillant d'une fine pellicule de sueur, sa respiration soulevant rapidement sa poitrine, ses yeux voilés lorsqu'il pose le regard sur lui. Il adore lui donner du plaisir.
Daïki tente de reprendre son souffle, le corps encore palpitant de son orgasme. Il lui semble que Kagami le touche encore tant il a les nerfs à vif à l'endroit de son massage. Presque comme une brûlure. Aucune pensée cohérente ne s'attarde dans son esprit embrumé, si ce n'est la certitude qu'il a adoré ce moment. Il observe Taïga qui lui sourit et le caresse doucement, luttant un peu pour garder les yeux ouverts. Son cœur tambourine dans sa poitrine, criant des mots qu'il ne sait pas comment dire. D'un geste il se hisse à sa hauteur pour capturer ses lèvres. Il l'embrasse amoureusement, pressant sa main sur sa nuque pour le retenir contre lui. Il n'a pas réfléchi, découvrant avec surprise son goût sur la langue de son homme. Mais cette preuve de leur intimité est loin de le déranger, en fait ça ne fait qu'attiser son désir pour lui.
Le tigre lui rend langoureusement son baiser, heureux de découvrir comme le brun n'hésite pas à goûter sa langue, tout comme il n'a pas hésité à s'abandonner au plaisir, lui témoignant une confiance qui lui fait chaud au cœur. Cette journée est définitivement magique. Il s'écarte un peu et tire les couvertures sur eux, souriant à son homme.
« Alors cette sieste... Elle se présente plutôt bien non ? » demande-t-il en le taquinant un peu.
Le brun n'arrive même pas à protester, laissant Kagami fanfaronner. Il grogne en se calant contre lui, plaçant sa tête sur son torse qu'il va définitivement adopter comme son nouvel oreiller fétiche. Il soupir d'aise et s'autorise à fermer ses paupière lourdes.
« T'es beaucoup trop doué à ça pour mon propre bien... » admet-il en s'imaginant déjà Taïga utiliser cette méthode comme moyen de chantage. Qu'il s'inquiète beaucoup de voir fonctionner...
Un grand sourire étire les lèvres de Kagami qui regarde fièrement son homme déjà tout engourdi de sommeil. Il glisse une main sur sa nuque et commence à la masser doucement pour l'accompagner dans la somnolence. Et il ferme les yeux en se disant que, la journée étant exceptionnelle, il va peut-être même s'adonner lui aussi à l'art de la sieste qu'il est encore loin de maîtriser. Le poids de la tête d'Aomine sur son torse le rassure, et il continue de faire jouer ses doigts sur sa nuque tandis qu'il laisse ses pensées dériver agréablement.
Le gros chat qu'il devient sous les caresses de Kagami ronronne de plaisir. Luttant contre la torpeur pour en profiter. Tandis qu'il s'endort il se demande si le fait d'avoir régler ses problèmes au travail n'a pas joué un rôle dans son total abandon. Mais il n'a pas le temps de trouver une réponse que la chaleur et la présence rassurante de Taïga le bouscule. Il sombre complètement, ses pensées décousues noyées dans le sommeil promis.
Kagami peut sentir son homme peser un peu plus sur lui tandis qu'il s'endort. Il caresse ses cheveux, profitant de cet instant paisible, si bien que la torpeur finit lui aussi par l'envahir. Il commence à somnoler, entendant toujours les légers bruits de l'immeuble et la circulation au dehors. Il fait des rêves vagues à demi éveillés qui se teintent d'érotisme au contact du corps nu du brun contre le sien.
Lorsqu'il émerge de sa sieste, il est un peu perdu. Il faut quelques instants à Aomine pour se souvenir de s'être endormi, le jour et l'endroit où il se trouve. Il ne sait pas combien de temps il s'est assoupi mais c'est le genre de sommeil sans rêve, lourd et profondément réparateur qui s'accroche encore un peu à lui. Les doigts de Taïga sont toujours dans ses cheveux et reprennent distraitement leur fouille. Il sourit contre la peau de son petit ami qu'il embrasse doucement. Puis il remonte jusqu'à sa gorge qui vibre délicieusement sous ses lèvres. Contre sa cuisse, il peut sentir le réveil de son sexe, si tant est qu'il se soit vraiment endormi...
« Hey... » souffle-t-il dans son cou.
Kagami sourit en sentant le souffle du brun le chatouiller, et il ne manque pas de remarquer son sexe dur contre lui, ce qui fait courir un frisson d'excitation sous son épiderme. Il émerge de sa torpeur peu à peu, agréablement engourdi après cette somnolence inhabituelle pour lui.
« Hey... Bien dormi ?
— À merveille. » confirme Aomine en poursuivant son chemin de baisers, s'enivrant du parfum de Kagami. « Hm... deux réveils avec toi en une journée... j'ai trop de chance. »
Son sourire s'élargit et ses doigts glissent sur sa nuque, le haut de son dos et ses épaules.
« Yeah... J'aime ça aussi me réveiller avec toi. On devrait essayer de faire ça plus souvent.
— Deal. » ricane-t-il.
Comme s'il allait pouvoir s'en passer maintenant... Comme ce matin, il n'a aucune envie de quitter les draps et se dit que ce n'est peut-être pas une si bonne idée qu'ils en prennent l'habitude si Kagami veut continuer à bosser. Depuis qu'il a découvert le sexe, Aomine en est devenu friand, pourtant depuis qu'il le redécouvre avec Taïga il se fait l'effet d'un ados soumis à ses hormones en délire. Insatiable. À peine réveillées ses hanches ondulent déjà de leur propre chef contre celles de sa proie.
Kagami est ravi de cette réaction et ses mains descendent aux creux de ses reins, jusqu'à ses fesses qu'il caresse langoureusement. Il réalise comme il craignait qu'Aomine n'aime pas vraiment le sexe avec lui... et au final, il s'avère gourmand et même avide. Ça le rend stupidement heureux, et il savoure sa chance tandis qu'il profite de l'oscillation sensuelle du bassin de son homme, réveillant la chaleur de son désir au creux de ses reins.
Le brun apprécie une nouvelle fois le frottement de leurs verges qui vient apaiser la tension tout en l'intensifiant. Il capture les lèvres du tigre qui accompagne ses gestes sans jamais le brusquer. Le fait qu'il lui laisse le contrôle participe grandement à faciliter les choses. Il ne se sent obligé de rien et peut se concentrer sur ses envies en toute confiance. Ça le touche d'autant plus qu'il a deviné très vite que Kagami est du genre à ne pas trop aimer le perdre. Sauf peut-être au lit... Cette idée le fait frémir. L'envie de le rendre fou à son tour tiraille soudain son ventre. Il ralentit son déhanché et laisse glisser son corps contre celui de Taïga, laissant sa bouche courir entre ses muscles.
Le rouge pousse un soupir lourd de plaisir tandis qu'il profite des doux baisers de son homme, son épiderme s'électrisant à son contact. Il redresse la tête pour le regarder tracer un chemin de baisers, griffant doucement sa nuque alors que tout son corps se réveille à son contact.
Aomine a tout le loisir de voir les pupilles du fauve se dilater lorsqu'il comprend ce qui l'attend. Il mordille sa hanche, satisfait de lire le désir dans ses yeux. Ça le conforte dans ses gestes encore un peu incertains. Il enfonce ses ongles dans la peau de ses flancs en réponse aux griffures dont Kagami semble adepte. Il sent à travers elles un feu contenu qui ne demande qu'à s'exprimer. Il en frissonne, s'imaginant déjà s'y brûler. Il hésite une seconde, se demandant s'il devrait s'essayer à le faire languir mais il préfère éviter de se dégonfler en faisant durer le suspense. À l'instinct, se rappelle-t-il, comme un encouragement pour lui-même. Et sur ce, il lèche la queue tendue flirtant avec sa joue, sur toute sa longueur avant de s'enfoncer lentement dessus quand il arrive au sommet.
Kagami pousse un gémissement alors que la langue chaude du brun vient taquiner sa verge pulsante, et il se cambre par réflexe pour accentuer la caresse. Il observe les lèvres d'Aomine se resserrer sur lui et se mord la lèvre devant cette image érotique qui fait s'emballer son cœur. Aomine est terriblement beau, et l'idée que cet homme si séduisant soit déterminé à lui donner du plaisir tord son bas ventre d'excitation. Il se tend dans l'anticipation, son souffle déjà rauque dans sa gorge.
Dans le souci de bien faire, la panthère cherche une position confortable sans lâcher le membre brûlant de Kagami. Il s'allonge entièrement, remonte les cuisses de son homme dans une caresse et vient poser ses mains son ventre qu'il peut sentir se contracter au rythme de ses allées et venues. Il ne se presse pas, cherchant à apprendre la forme et le tracé des veines bouillonnantes sous sa langue. Il se fait attentif, braquant son regard sur le visage de Kagami, alanguit par le plaisir. Il veut, non, il a besoin de lui faire autant de bien qu'il lui en procure. Lui montrer qu'en cet instant il se sent capable de tout s'il le lui demandait, même si ça doit lui prendre du temps.
Kagami apprécie la façon dont le brun semble vouloir l'explorer, connaître chacun des détails de son corps et tester chacune de ses réactions. Il garde les yeux rivés à sa bouche qui le masse si bien, chaque allée et venue déclenche une vague de plaisir qui lui arrache des plaintes sourdes. Il peut sentir sa dévotion, et cette idée enveloppe son cœur d'une douce chaleur.
« Tu me fais du bien... » murmure-t-il en ondulant des hanches pour accompagner ses mouvements, laissant le plaisir monter peu à peu et l'étourdir.
Un gémissement de contentement résonne dans sa bouche occupée. Aomine laisse une de ses mains remonter sur son torse tandis que l'autre vient enserrer la base de la queue qu'il déguste avec plus de vigueur. Il se redresse un peu pour pouvoir encaisser les coups de reins de Kagami, prenant garde à ne pas s'étouffer. Comme la dernière fois sa mâchoire le tiraille mais il s'en fiche. Seul les gémissements et les soupirs de son homme lui importent.
Kagami peut sentir sa langue le parcourir, ses lèvres attentives à bien l'enserrer, ses doigts sur sa peau font courir des frissons dans leur sillage. Il s'efforce de ne pas trop bouger, mais continue d'onduler langoureusement des hanches, incapable de refouler et maîtriser la volupté qui grandit dans son ventre.
Les réactions de Taïga ne laissent pas de place au doute. Il aime ce qu'il lui fait. Mais Aomine veut plus. Il aimerait l'entendre s'abandonner pleinement, que ses cris couvrent le murmure qui revient hanter sa conscience, lui soufflant qu'il n'est pas assez bon, qu'un débutant. Dans un grognement rageur il les repousse, se focalisant sur les poings serrés de Taïga dans ses draps. Cependant, il ralentit et le lâche quelques secondes pour reprendre son souffle, et s'entend demander d'une voix éraillée :
« Dis-moi ce que tu veux Taïga... »
Kagami lui lance un regard entre ses paupières mi-closes, un peu dérouté par la question, et glisse une main dans ses cheveux en répondant dans un souffle :
« Just keep going... I love it... »
Il remonte un peu le bassin pour presser doucement sa queue contre ses lèvres et l'inciter à reprendre ses caresses.
La main dans ses cheveux qui renoue le contact l'apaise. Le cœur battant, Aomine lui rend son regard brûlant de désir et obéit. Il enroule sa langue autour du gland qu'il lèche comme une glace, le délestant avec application des gouttes de plaisir perlant à son extrémité. Puis il suçote cette partie sensible fermement, avant de l'engloutir entièrement sans prévenir, creusant ses joues le plus possible. Les gémissements de Taïga qu'il récolte contractent son ventre presque douloureusement et il se frotte au matelas dans un réflexe pour soulager son érection oubliée.
Un frisson d'excitation parcourt Kagami quand il voit son homme se stimuler ainsi pendant qu'il le suce plus intensément, appliquant une pression qui le rend fou.
« Oh fuck... »
Il agrippe un peu plus fort ses cheveux tandis qu'il accentue ses coups de reins, se laissant submerger par le plaisir chaud, presque douloureux, attisant le feu de son désir.
Encore cette voix sourde... Le timbre rocailleux résonne à ses oreilles jusque dans sa queue. Aomine grogne de plaisir et dévoile un instant ses dents pour érailler la peau fine de Kagami dans l'espoir de le faire rugir encore, griffant son torse en même temps. Il se fait submerger par ses sensations, son désir dévorant de lui attisé par celui de Taïga qui perd de plus en plus le contrôle. Il s'est fait prendre à son propre jeu, sombrant dans une luxure délicieuse qui étouffe toute inquiétude. Son rythme saccadé s'accélère encore alors qu'il bouffe littéralement son homme.
Les stimulations plus sauvages de ses ongles, de ses dents, éveillent un besoin plus profond encore de satisfaire son désir, et alors qu'Aomine accélère le rythme, il s'abandonne au plaisir qui le consume. Il sent l'orgasme monter comme une vague, rassemblant toute sa puissance avant de déferler.
« Dai... Tu vas me faire jouir... » murmure-t-il d'une voix cassée, tirant sur ses cheveux alors qu'il sent approcher le point de non-retour.
Perdu dans ce besoin quasi égoïste de le faire jouir, Aomine ne se laisse pas réfléchir. Cette fois il veut aller jusqu'au bout de ce qu'il a entrepris... Alors il noue ses doigts au poignet de Kagami pour qu'il desserre sa prise et continue sur sa lancée, l'invitant à venir d'un regard.
Kagami n'insiste pas davantage et se laisse faire par ses lèvres délicieuses, acceptant de lui donner son orgasme. Il sent un frémissement le parcourir et ses cuisses se contractent juste avant que le plaisir ne le submerge. Il se cambre sur les draps, renversant la tête en arrière alors qu'il laisse échapper un cri étouffé en se répandant dans la gorge de son homme.
Le brun ne savait pas vraiment à quoi s'attendre mais il tient bon lorsque le sexe de Taïga s'enfonce en lui dans un spasme, s'agrippant à ses hanches. Ce n'est qu'un instant plus tard qu'il peut sentir la brûlure de son sperme affluer dans sa gorge. Il déglutit par réflexe restant immobile, s'efforçant d'inspirer par le nez. Et lorsque le corps de son amant se relâche, il revient le pomper doucement pour drainer son orgasme. Puis il se retire, toussant un peu et ajustant sa mâchoire engourdie. Le cœur affolé par la vision de son homme en plein vol il se redresse pour l'admirer, un sourire sur ses lèvres gonflées. Puis il embrasse son aine, le dessous de son nombril, et se laisse tomber à côté de lui dans un soupir.
Kagami ferme les yeux, son cœur pulsant sourdement dans ses oreilles. Il pose une main sur le torse d'Aomine et le caresse distraitement, écoutant son corps s'apaiser maintenant que la tension s'est relâchée. Une sensation de délivrance et de bien-être baigne son corps chaud et il s'y laisse aller sans arrière-pensée.
« Thanks... It was really good... » murmure-t-il, les yeux toujours clos.
Aomine sourit, se rappelant ce que Taïga lui a dit quand il l'avait remercié après sa première fellation. Il se tourne sur le flanc, sa tête en appuis sur sa main et vient jouer avec les doigts traînant sur sa peau. Il regarde les traits détendus de Kagami qu'il aime découvrir dans le plaisir et dépose un baiser sur son cou offert.
« Me remercie pas ... Je suis content si tu as aimé. »
Kagami lui jette un coup d'œil et sourit.
« Yeah... J'ai beaucoup aimé ça. »
Il se tourne aussi sur le côté pour faire face à son homme, caressant son flanc et l'admirant d'un air rêveur. Il est heureux d'avoir le temps aujourd'hui pour profiter de son homme, de leur intimité, de se découvrir un peu plus et d'expérimenter ensemble leur alchimie charnelle. Il est si bien dans ce lit et n'est même pas pressé de se lever alors qu'il a toujours la bougeotte d'habitude. C'est bon de pouvoir se poser sans rien anticiper, sans s'inquiéter.
Le regard de braise parcourant son corps encore nu, appréciateur, le fait frémir. Sa peau se couvre de chair de poule sous les tendres caresses de Taïga et Aomine ferme les yeux pour s'y abandonner quelques secondes. Lorsqu'il les rouvre, il s'autorise à mater son homme en retour, laissant un doigt traîner sur sa peau moirée de sueur, trouvant refuge sur sa hanche qu'il caresse de son pouce dans de petits cercles. Si douce... Si beau...
Il se penche légèrement pour embrasser ses lèvres puis colle son front au sien dans un lourd soupir. Rien que son odeur lui fait de nouveau tourner la tête...
« Tu me rends fou, tu le sais ça ? » confesse Daïki le cœur débordant, prêt à imploser.
Kagami ressent comme un léger choc à la poitrine en entendant ces mots. Ils sont forts... et pas choisis au hasard. Si le rouge lui a avoué ses sentiments, la panthère n'en a pas fait de même, mais... Plus ça va, plus il se comporte comme s'il était effectivement amoureux. Sa poitrine se serre tandis que son cœur s'emballe. Il se recule un peu et pose une main sur la joue d'Aomine, se plongeant dans l'orage bleu de ses yeux. Et il sourit à la fois ému et presque intimidé.
« Non... Mais j'avoue que l'idée me déplaît pas. J'aime bien l'effet que ça te fait.
— Maintenant tu sais... » souffle Daïki.
Son cœur bat vite dans sa poitrine. Lui aussi il aime l'effet que ça lui fait... même si ça lui donne le vertige par moment. Le tourbillon dans lequel l'entraîne Kagami lui donne le sentiment de vivre plus pleinement. Et il est fier de réussir à lui dire, d'une certaine façon. Il peut lire dans le regard brillant de Taïga que ça le rend heureux, ce qui ne fait qu'accentuer son propre bonheur.
Kagami reste plongé dans son regard, un doux sourire sur ses lèvres. Puis, de nouveau il se penche vers lui et vient happer ses lèvres, se rapprochant d'un coup de reins pour se coller à lui et l'enlacer. Et alors qu'ils échangent un baiser gourmand, un bruit insidieux vient briser la romance. Le téléphone d'Aomine... Il ne peut s'empêcher de s'inquiéter en se demandant si ça pourrait être une quelconque urgence qui nécessiterait qu'il travaille pendant son jour de congé.
Le brun ne l'entend pas immédiatement, envouté par les lèvres de Kagami. Quand il réalise, il grogne et revient piquer ses lèvres.
« Hm... t'occupe, laisse sonner... » marmonne-t-il entre deux baisers.
Kagami sourit et se laisse faire, nouant sa langue à la sienne quand la mélodie s'arrête. Mais juste quand il se pense tranquille, voilà que l'objet de malheur le rappelle à l'ordre. Il râle une nouvelle fois et s'arrache à regret de l'étreinte de son petit ami. Il se presse pour décrocher, sans prendre le temps de voir le nom du trouble-fête.
« Aomine.
— Enfin ! T'en mets du temps à décrocher Aomine-chi !
— Ryota... Salut, ça va et toi ? demande-t-il sarcastique.
— Super merci ! Ça te dit qu'on bouge ce soir ? »
Le brun ne peut pas dire qu'il est surpris, il s'attendait à ce genre d'appel. Il est tiraillé et ne répond pas tout de suite, rejoignant la chambre pour consulter Taïga.
« Hé tu m'écoutes ? Allez ça fait longtemps !!! S'teuplaiiit.
— Deux minutes ! Je réfléchis. »
Puis à l'intention du tigre il murmure en couvrant le micro :
« C'est Kise, il veut qu'on sorte ce soir...
Bizarrement, la façon dont Aomine s'adresse au blond avec une sorte d'agacement amusé ne surprend pas Kagami, comme s'il l'avait deviné juste à la façon dont Aomine lui a parlé de lui.
Il considère la proposition en pesant rapidement le pour et le contre. Il va falloir sortir de l'appartement, Kise ne sait pas qu'ils sont ensemble et ça pourrait créer une situation inconfortable. D'un autre côté, il a envie de mieux connaître les amis d'Aomine... même ceux qui l'ont dragué. Il ne fait pas s'éterniser le débat intérieur hoche la tête avec un sourire :
« Pourquoi pas, ça pourrait être sympa. »
Son cœur s'emballe à l'idée de sortir. Il réalise que ça fait effectivement longtemps, d'autant plus avec son vieux partenaire de crime qu'est son ami Kise, et puis l'idée de voir Kagami danser n'est pas pour lui déplaire.
« Hm pourquoi pas... T'as invité qui ?
— Momoi-chi évidemment, Kuroko-chi mais le samedi c'est compliqué pour lui, peut-être qu'il nous rejoindra selon l'heure et j'ai envoyé un message à Kagami sur insta mais je suis sans réponse. »
Aomine lâche un soupir alors qu'il adresse un regard complice à Kagami.
« Ok... si tu veux. Dis-moi où et quand on se rejoint.
— Yata ! » S'exclame le blond un peu trop fort pour son tympan.
Sans plus de cérémonie, il lui raccroche presque au nez en s'échouant sur le lit.
« Bon bin, je crois qu'on sort. »
— Okay. Mais hm... Comment on fait ? On y va ensemble ou... »
Kagami espère qu'Aomine ne veuille pas pousser la supercherie jusqu'à lui demander d'arriver avant ou après eux. La perspective de se cacher ne le ravit déjà pas. Ça lui rappelle des mauvais souvenirs, et puis, il n'est pas très bon pour faire semblant.
La question le surprend, ne la comprenant pas quand soudain, il percute. Sur son petit nuage et tout à son excitation de renouer avec Kise et leurs vieilles habitudes il n'a pas pensé qu'il va sortir avec Kagami. Une bouffé d'angoisse le saisit à la gorge, suivie de près par la culpabilité. Il a presque envie de rappeler pour annuler mais l'idée lui donne la nausée. Il n'est pas du genre à reculer, et il n'a aucune excuse valable. Il a déjà fait son choix, le jour où il a embrassé Taïga en haut de cette montagne. Maintenant il est temps de l'assumer. C'est le bordel dans sa tête, mais il rassure tout de même Taïga.
« Non.. non, bien sûr qu'on y va ensemble... »
Kagami hoche la tête, un sourire revenant se dessiner sur ses lèvres. Il est soulagé d'entendre ça. Il ne sait pas à quel point Aomine est prêt à assumer, mais ça va déjà dans le bon sens.
« Good. On va au bar de Kuroko ou vous avez l'habitude d'aller à un autre endroit ? »
Aomine se passe une main sur la nuque, gêné de le détromper.
« Peut-être au début, mais connaissant Ryo, je suis à peu près sûr que ça va finir en boîte...
— En boîte ? »
Kagami hausse les sourcils. Les seules "boîtes" qu'il a fréquentées étaient plutôt du genre réservées au public masculin.
« D'accord... Qui d'autre vient ? » demande-t-il ensuite.
— Satsuki. Et Tetsu si on y est toujours à la fin de son service, mais c'est loin d'être sûr. Ça te dit toujours ? s'enquiert Daïki inquiet qu'il puisse dire non.
— J'ai pas trop l'habitude d'aller en boîte, avoue Kagami. Mais pourquoi pas.
— Si t'aimes pas on rentrera pas tard, propose Aomine en jouant avec les doigts de Taïga.
— Yeah, t'inquiètes. »
Il lui offre un sourire rassurant puis dépose un baiser sur ses lèvres, revenant se coller à lui pour sentir sa peau nue et chaude contre la sienne.
Chapter 47
Notes:
Bonjour, bonsoir !
Nos deux fauves étaient en plein week-end détente et sieste crapuleuse quand le programme a été interrompu par Kise. Dans la suite, on vous propose de partir en soirée avec la bande :D
Bonne lecture !
Chapter Text
L’appel de Kise pour les inviter à sortir était prévisible, et Kagami et lui n’avaient rien de vraiment prévu à part profiter l’un de l’autre ce week-end. Mais l’un n’empêche pas l’autre. Après cette interruption téléphonique, ils ont traîné encore un peu au lit, profitant autant que possible de leur sieste coquine. Puis ils ont eu le temps de se prélasser devant un film et de manger un bout avant de se préparer à sortir.
À l'heure dite, ils prennent la route pour le club qu'a choisi Kise. Il y a déjà un peu la queue devant mais Aomine la dépasse pour rejoindre le parking à l'arrière du bâtiment. Dans le cocon de son appartement, il a fait au mieux pour ne pas trop anticiper, mais à présent qu'ils y sont, Aomine est nerveux. Avant que Taïga quitte l'habitacle, il s'approche de lui, quémandant un dernier baiser pour se donner du courage.
Kagami le lui donne volontiers, nouant une main sur sa nuque. Il appréhende un peu aussi, mais il relativise : au fond, c'est juste une soirée entre amis. Et il est sûr que ça fait plaisir à Aomine de les voir, surtout Kise et malgré ses inquiétudes de ces derniers jours, car ils ne se voient pas si souvent que ça. Il sourit à son homme, puis sort dans la nuit un peu fraîche, se demandant si Momoï et Kise sont déjà arrivés.
Le brun suit, prévenant les deux autres qu'ils sont là.
Satsuki - 22h45
On est dans la file :)
Il informe Taïga et ils se dirigent à leur rencontre.
Kise trépigne d'impatience. Il a vraiment hâte d'entrer. Lorsqu'il repère les deux têtes de ses amis dépassant largement la petite foule il se fend d'un immense sourire. Classe. Comme il l'avait demandé.
« Pas mal ce bleu Aomine-chi ! Salut Kagami-chi ! »
Kagami ne peut pas dire le contraire, pour le bleu. Lui-même a dû fouiller un peu ses placards pour se trouver quelque chose d'autre que sa sempiternelle chemise rouge, et il en a déniché une blanche bien cintrée, qu'il a assortie avec son plus beau jean noir. Il répond au salut du blond, un peu gêné, puis il sourit à Momoï.
« Hello. Ça va ? »
Satsuki hoche la tête avec un sourire chaleureux. Maintenant qu'elle est au courant de la vraie nature de leur relation, les voir côte à côte dans autre chose qu'une tenue de sport l'émeut étrangement. Elle les trouve superbes, et particulièrement bien assortis.
« Très bien et toi depuis hier ?
— Yeah... Good. Je profite du week-end. » Il se racle la gorge et reprend en regardant Kise : « Alors euh... Pourquoi le dress-code ? C'est un endroit huppé ? »
Kise se retient de passer un bras sur ses épaules délicieusement mise en valeur, se rappelant de son message plus que clair et s'explique.
« Un peu. C'est plutôt sélect à l'entrée pour les gars, et puis c'est surtout que j'en avais envie », avoue-t-il.
Il lance un clin d'œil à Daïki qu'il voit faire la moue, ce qui le fait rire.
« Allez Aomine-chi, fais pas la tête ! Fallait bien fêter mon retour ! »
Aomine se passe une main dans les cheveux, tendu. Il a besoin d'un verre. Même la jovialité de Ryota ne parvient pas à le décrisper. Il est bien trop conscient des regards posés sur eux.
Heureusement, ils ne patientent plus très longtemps avant qu'on les introduise dans la boîte. Après avoir passé un vestibule et des vestiaires, ils entrent dans le club proprement dit. C'est comme s'immerger sous l'eau, la lumière baisse, l'air s'épaissit, lourd de musique saturée et de chaleur humaine. Devant eux s'étend une grande piste de danse tandis que des alcôves plus éloignées et des tables à l'étage accueillent les danseurs fatigués ou les buveurs. Ils choisissent un endroit à l'étage où ils peuvent s'entendre, tout en ayant une vue imprenable sur la piste qu'ils surplombent, et où de nombreuses personnes s'amusent déjà malgré l'heure relativement peu avancée de la soirée.
Instinctivement, Kagami s'est installé à côté d'Aomine, qu'il a senti un peu tendu. Il s'imagine que ça doit être bizarre de mélanger les deux mondes, celui de ses amis, de son passé, et le sien, celui où il est en couple avec un homme et partage avec lui une intimité émotionnelle et physique qu'il n'avait pas connue jusqu'à maintenant. Cherchant à le rassurer, Kagami glisse une main sous la table pour presser doucement l'une de ses cuisses.
La main chaude de Kagami le fait tressaillir. Aomine voudrait glisser ses doigts entres les siens mais il se contente de lui adresser un léger sourire et de coller son pied au sien sous la table. Ce contact le rassure, ce qui est étrangement paradoxal quand il y pense. Puisque c'est le fait qu'on puisse lire sur son visage ce qu'il ressent pour Kagami qui l'inquiète. S'il a accepté d'explorer son attirance pour un homme, il n'est pas prêt à le partager avec le reste du monde. D'autant plus qu'il a bien trop conscience de l'intolérance, découlant de vieux systèmes de pensée qui restent la norme ici au Japon. Sans parler de son travail. Il incarne une forme d'autorité, et il a peur de perdre le respect que l'on voue à sa fonction, nécessaire pour l'exercer. Il s'en veut de réfléchir de la sorte, conscient qu'aimer Kagami ne lui enlève aucune crédibilité en tant que flic. Mais c'est encore tellement nouveau...
Perdu dans ses pensées il n'écoute que d'une oreille la conversation entre ses compagnons et se fait ramener à lui lorsque quelqu'un vient prendre leur commande. Il se contente d'une bière alors que Kise entame les festivités avec un cocktail.
Kagami opte également pour une bière et balaie la salle du regard. Beaucoup de jeunes insouciants et des salariés épuisés qui viennent chercher un peu de détente. Le genre d'endroit, pense-t-il avec un léger sourire, où Aomine doit souvent passer au cours de ses patrouilles nocturnes. Cette pensée en fait surgir une autre, le souvenir de la fois où le brun l'a surpris avec son "ami". Il s'empourpre à ce souvenir, mais quelque part, il est reconnaissant que les choses se soient déroulées ainsi. Car sans ça, Aomine n'aurait probablement rien remis en question... Du moins il ne l'aurait pas fait avant longtemps.
Il sort de sa rêverie pour répondre à une question de Momoï, qui lui demande des nouvelles de Tatsuya.
« Hm... J'ai eu un peu la tête ailleurs cette semaine je dois avouer... Pas de nouvelles ces derniers jours, mais la dernière fois ça allait », explique-t-il, avant d'ajouter avec un petit rire : « Je crois que son boulot lui manquait déjà ! »
Satsuki rigole, n'ayant aucun mal à l'imaginer, vu avec quel enthousiasme l'Américain parlait de son travail. La jeune femme regrette un peu de pas avoir pu passer plus de temps avec Himuro. Le temps passe et pourtant, son petit béguin ne passe pas. Peut-être qu'au lieu de chercher des informations sur lui auprès de Kagami, elle devrait essayer de trouver quelqu'un sur la piste pour le lui faire oublier...
« Tant mieux si ça le passionne. La prochaine fois, passe-lui le bonjour de ma part ... » demande-t-elle en se sentant rosir.
Kagami remarque ce regard un peu pétillant qui semble lui confirmer ce qu'il avait cru pressentir. Tatsuya ne lui a pas reparlé de la jeune femme, mais ça ne veut pas dire grand-chose le connaissant. Alors il acquiesce avec un sourire :
« Yeah, pas de problème. C'est vrai que vous vous étiez bien entendus. »
Satsuki sourit et acquiesce, puit rougit de plus belle en sentant le regard de son frère peser sur elle. Elle le force à détourner le regard en plaquant sa main sur sa joue. Dans le fond ça l'amuse, même si l'idée de flirter ce soir avec de beaux inconnus ne lui paraît plus si judicieuse.
Kise capte la conversation silencieuse entre les deux amis d'enfance et comme il déteste ne pas savoir, il se penche un peu en avant pour demander :
« Qui est ce Himuro ? Il embête notre Satsuki ?
— Ki-chan ! s'agace la rose en se tournant vers lui.
— Tatsuya n'embête personne à part moi, le rassure Kagami. C'est un ami d'enfance. Déraciné comme moi, on s'est rencontrés à l'école aux USA.
— Oh je vois ! Et il était en vacances ici, déduit-il.
— Ouais, du coup je l'avais présenté à Momoï et Daiki. T'auras sans doute l'occasion de le rencontrer... Lui aussi se débrouille plutôt bien sur un terrain ! » assure-t-il avec un sourire confiant avant de plonger le nez dans sa bière.
Kise peut voir Aomine confirmer d'un hochement de tête.
« Ouais, le genre puriste. Une technique irréprochable. C'est grâce à lui que Taïga s'est mis au basket. »
Le blond hausse les sourcils. Rares sont les joueurs qui trouvent grâce à ses yeux.
« Si Aomine-chi le dit, j'aimerais bien le rencontrer un jour !
— Il a toujours été plus dégourdi que moi, plaisante Kagami. Donc il avait aussi découvert le basket avant moi... Je pense que je serais quand même tombé dedans tôt ou tard, mais... disons qu'il m'a donné un coup de pouce ! »
Aomine sourit en entendant ces mots. S'imaginant mal un monde où Taïga ne jouerait pas au basket. Il se penche un peu en arrière pour que seul ce dernier l'entende.
« Tu me feras penser à quand même le remercier la prochaine fois que je le vois... »
Ne manquant rien de ces messes basses, Kise s'interroge en sirotant son cocktail.
« Un sacré coup de pouce ouais ! »
Dans son simple mouvement, Aomine laisse exhaler une bouffée de parfum masculin, boisé et torride, qui perturbe Kagami quelques instants. C'est définitivement étrange de sortir avec lui comme s'ils n'étaient pas en couple... Il reporte son attention sur Kise et reprend :
« Comme toi avec Dai, si j'ai bien compris. »
Satsuki répond pour le blond, elle adore cette histoire !
« Oui c'est ça ! Monsieur avait essayé tous les sports, mais en voyant Daï-chan jouer, il a intégré l'équipe.
— Un vrai copieur ! ajoute le brun dans un rire.
— Oï ! T'étais bien content de m'avoir pour jouer avec toi », s'insurge Kise.
Kagami rigole en entendant ça, et sa curiosité l'emporte, alors il demande :
« Tous les sports, hein ? Même le baseball ? grimace-t-il. Ou pire, le football américain ? »
Ce sont des sports où on passe bien trop de temps à attendre pour correspondre à son tempérament.
Ravit de l'intérêt sincère que lui porte Kagami, le blond retrouve son sourire.
« Oui pour le baseball. Disons plutôt tous les sports disponibles au collège. Mais c'est beaucoup trop lent, et les règles... je me demande si quelqu'un les connait vraiment !
— M'en parle pas... » Kagami roule des yeux, content de trouver quelqu'un qui partage son incompréhension totale pour ce sport, et ajoute avec une nouvelle grimace : « Tatsuya, lui, il aime. Il regarde même des matchs. Ça doit être toutes ces règles, le truc qui lui plaît tellement. »
Aomine rit face à l'incompréhension de Kagami, rejoint par la rose et Ryota. Cependant, Satsuki affirme que c'est un jeu très stratégique et qu'elle n'est pas étonné qu'il intéresse un statisticien. Lui se dit que sa sœur doit être vraiment mordue pour défendre ce genre de pratique mais ne relève pas.
Ils passent un bon moment, mais parler sport a donné encore plus envie de bouger à Kise. Tout comme la musique sur laquelle il bat déjà la mesure.
« Bon, je crois qu'il est l'heure de mon entrée en scène ! Vous venez ? »
Il se redresse et tend la main à la jeune femme qui la saisit sans hésiter.
« Ouais j'arrive, je finis ma bière. Allez donc chauffer la piste ! » lui lance Daïki avec un clin d'œil.
Kagami décide de s'attarder aussi, et une fois les deux autres engagés dans l'escalier pour rejoindre la piste de danse, il se tourne vers Aomine et de nouveau pose une main sur sa cuisse.
« Ça va ? » demande-t-il, sentant le brun un peu sur la réserve.
Cette fois il attrape le petit doigt de Kagami avec le sien et il s'enfonce dans le fauteuil en buvant une goulée de bière.
« Hm... c'est bizarre. J'ai l'impression d'être un imposteur.
— Yeah... Je connais le sentiment... » soupire Kagami.
Il a envie de dire qu'il suffirait juste de dire la vérité, mais à ce stade, il n'est même pas sûr de ce qui retient le brun exactement. Et ce n'est pas vraiment le moment d'aborder le sujet. Il sirote sa bière, un peu pensif, apercevant en bas Kise et Momoï qui prennent possession de la piste de danse avec une aisance qui dénote une longue habitude.
Avouer son état d’esprit ne soulage pas la conscience de Daiki et sa gorge se serre. Il a envie de retrouver l'insouciance qui l'a bercée toute la journée, oublier ce sentiment gris qui pèse sur sa poitrine et qui ne se dilue pas dans l'alcool. Se fondre dans la foule et s'abandonner à la musique l'aidera peut-être. Profiter de l'instant présent, de Kise. Il reporte son attention sur le profil de son petit ami qui lui semble si loin, malgré leur proximité et suit son regard.
« Tu disais que tu n'avais pas l'habitude de sortir dans ce genre d'endroit... est-ce qu’au moins tu sais danser ? »
Kagami lâche un léger rire et se renfonce au fond de la banquette.
« Well... J'imagine que oui. Sachant que les seules fois où j'ai dansé dans ma vie c'était pour pécho... »
Il jette un coup d'œil taquin au brun, lui laissant se représenter la scène.
Voilà qui a le don de le distraire de ses pensées moroses. Son ventre se noue en réponse à ce regard presque défiant. Il passe sa langue entre ses lèvres dans un geste inconscient. Il repousse le souvenir de Kagami dans les bras de l'inconnu avec lequel il l'a découvert, l'imaginant plutôt danser pour lui.
« J'aimerais bien voir ça... admet-il le regard brillant d'intérêt.
— J'imagine que c'est l'occasion d'avoir un aperçu alors » acquiesce Kagami, même s'il sait que dans cet environnement, il ne ressentira pas la même liberté que dans son bar de prédilection. Il termine le fond de sa bière et lance un regard interrogateur à Aomine : « On y va ? »
Daïki n'hésite qu'une seconde. Se demandant si c'est réellement une bonne idée alors qu'il a déjà du mal à ne pas le toucher. Puis il enfile le fond de sa bière, quand même curieux d'avoir un échantillon.
« J'te suis. »
En bas des escaliers, ils fendent la foule en se rapprochant de leurs camarades. La musique est plus forte ici, Kagami peut la sentir pulser sous la plante de ses pieds et dans son ventre. Il se rappelle quelques fois où il s'est laissé enivrer par le rythme... Ça peut être bon de danser, de s'oublier un peu pour faire corps avec la musique. Ce lâcher prise total ne sera probablement pas pour ce soir, mais il peut sans doute s'amuser un peu, et puis, il est curieux aussi de voir Aomine se déhancher. Une fois arrivés près de Momoï et Kise, il s'arrête et vérifie que le brun l'a bien suivi avant de commencer à se balancer au rythme de la musique.
Aomine s'efforce de ne pas le regarder de trop alors qu'il se met en mouvement lui aussi. Il note tout de même son aisance, et le mouvement de ses hanches qu'il devine dans cette chemise qui épouse si bien son corps. Puis il se laisse entraîner par Satsuki qui s'est tournée face à lui. Elle pose une main sur son cœur et surpris par ce geste, il cherche son regard. Il n'entend pas ce qu'elle dit mais peut clairement lire sur ses lèvres. Détends-toi, tout va bien. Il lui offre un demi sourire et la serre contre son torse tout en accentuant son mouvement de balancier. La jeune femme rit entre ses bras et cette simple étreinte lui rappelle qu'il n'est pas seul, qu'il peut compter sur son soutien indéfectible. Alors il parvient à se détendre un peu, et se laisse emporter par le tempo qu'il suit avec plus d'assurance.
Sans surprise, Aomine est sexy quand il danse. Le mouvement suggestif de son bassin pourrait l'hypnotiser s'il s'y attardait un peu trop. Il adorerait avoir plus d'intimité et déboutonner un peu cette chemise pour laisser apercevoir davantage du torse caramel. Alors qu'il imagine la façon dont la sueur brillerait sur sa peau, soulignant le dessin fin des muscles, Kagami se ressaisit et repousse ces pensées aussi envahissantes que dangereuses. Il se focalise plutôt sur ses propres mouvements, se relâchant un peu pour suivre souplement le tempo, les basses pulsant dans ses oreilles, vibrant dans son ventre.
Du coin de l'œil, le brun aperçoit Taïga qui passe une main dans ses cheveux humides pour dégager son front. Sa poitrine se vide de son air et il ne peut s'empêcher de l'admirer alors qu'il s'abandonne à la musique. S'il se l'autorisait, Aomine viendrait se coller derrière lui, revendiquerait ses hanches en y enfonçant ses doigts et dévorerait sa nuque et son cou de baisers mordants. Une vague de chaleur l'électrise rien qu'à cette idée. Il a vaguement conscience qu'il attarde trop son regard sur lui, mais c'est impossible de le détourner alors que les lumières dansent sur son visage et sa chemise blanche qui le rend plus lumineux encore dans cet endroit sombre. Il déglutit, le cœur affolé.
Kise s'amuse beaucoup. La musique est bonne, comme toujours ici. Il intercepte quelques regards aguicheurs qu'il rend parfois, séducteur, se délectant de ce sentiment grisant de plaire auquel il a été habitué si jeune. Non loin de lui, Kagami se déhanche et il ne se prive pas du spectacle, prenant garde à rester un minimum discret de peur qu'il s'arrête de danser. Puis il ondule entre les corps pour se rapprocher de Daïki qui lui fait dos et pose une main sur son épaule pour attirer son attention. Son ami sursaute. L'impression d'être dans la peau de Kuroko le fait rire, d'autant plus quand il découvre la tête d'ahuri du métis.
« C'est que moi Baka ! Dis, tu chasses ce soir ? »
Aomine fronce un peu les sourcils et se retourne. Il se colle au blond et tend l'oreille pour mieux entendre. Lorsqu'il saisit la question il hoche la tête sans parvenir à dissimuler son amusement.
« Nan désolé mec, ce soir tu pécho tout seul !
— Oh allez t'es pas drôle ! Je pensais que tu étais venu pour ça. »
La moue de gamin déçue de son pote lui arrache un rire, dénouant son ventre de la tension qui l'étreint encore. Il enroule son bras autour de ses épaules et approche sa bouche au plus près de son oreille pour qu'il l'entende, laissant Kise passer un bras autour de sa taille.
« Je suis venu pour profiter de toi Baka ! »
Kise se recule un peu pour offrir un large sourire à son vieil ami. Ça le touche et il resserre un peu sa prise sur ses reins, appréciant son contact familier. Il reprend sa danse, essayant d'entrainer Daïki avec lui mais une fois n'est pas coutume, le brun décline, le repoussant gentiment pour se placer à côté de lui. Pourtant joueuse, la panthère l'éloigne d'un coup de hanche.
Kagami a remarqué l'interaction, mais rien entendu des paroles échangées. Il fronce légèrement les sourcils en voyant comme les deux sont tactiles... Bizarrement, avec Momoï, ça ne le dérange pas, probablement parce qu'il ne perçoit aucune ambiguïté entre les deux. Mais Kise est clairement un séducteur... et Aomine aussi. Le rouge se rappelle qu'Aomine avait évoqué des soirées particulièrement déjantées et il n'a pas trop envie de penser à tout ce qu'ils faisaient tous les deux. Il se secoue pour chasser son malaise, cependant, car il semble que le brun ait décliné une quelconque invitation. Et Kagami continue à danser comme si de rien n'était, en tout cas jusqu'à la fin du morceau où il fait signe aux autres qu'il va chercher un verre, et se dirige vers le bar avec la sensation d'avoir déjà sa chemise qui lui colle à la peau... Voilà aussi pourquoi il évite de sortir dans ce genre de tenue d'habitude. Il remonte les manches sur ses coudes et se fraie un chemin dans la foule, désireux de rafraîchir sa gorge sèche.
Satsuki danse encore sur le morceau suivant entre Daïki et Ryota. Difficile d'espérer se faire approcher avec ses deux gardes du corps mais ce soir elle préfère finalement profiter d'eux plutôt que d'inconnus. Elle savoure cette petite réunion improvisée et elle est surtout contente de voir son frère lâcher prise et s'amuser enfin. Elle rit aux éclats lorsque Kise se lance dans une chorégraphie hasardeuse quoique qu'assumée. Puis elle les abandonne pour soulager sa vessie avant d’être entraînée de force dans des pas ridicules.
D'un regard à l'étage, elle remarque Kagami et décide de le rejoindre. De toute façon, elle a perdu les deux autres de vue et a besoin d'une pause. Nouvelle commande en main, elle se laisse choir sur la banquette à ses côtés dans un soupir satisfait.
« Ça va Kagamin ?»
L'intéressé, qui regardait distraitement le brun toujours sur la piste de danse, tourne la tête vers elle et lui adresse un sourire. Il avait un peu perdu la notion du temps, plongé dans ses pensées et buvant sa bière depuis son point d'observation.
« Yeah... Toi ? Déjà fatiguée de danser ? »
La rose s'amuse de retrouver son frère en suivant le regard du tigre. D'ici elle repère rapidement Kise accoudé au bar, monopolisant une des serveuses.
« Trop chaud ! J'avais soif, comme toi.
— Ouais... J'avoue que je regrette mes t-shirts sans manche habituels », reconnaît Kagami en regardant sa chemise d'un air critique.
— Je te comprend ! Mais ça te va très bien aussi. » Assure Satsuki en souriant.
Kagami se contente d’un grognement, et demande : « Alors tu vas souvent danser le week-end ? »
Elle se rapproche un peu de Kagami et lui demande d'un ton grave :
« Je peux te faire confiance ? »
Kagami hausse les sourcils, surpris par cette demande solennelle, et hoche la tête sans rien dire.
Rassuré par son regard, Satsuki se confie :
« Oui je sors souvent danser. Mais tu te doutes que je préfère éviter que Daï-chan le sache !
— Oh... » Kagami rigole et secoue la tête : « Il est protecteur à ce point ? Wow... Je pourrais pas supporter à ta place. »
Satsuki hausse les épaules. Un sourire triste habillant ses lèvres.
« Je ne peux pas vraiment lui en vouloir... Il doit voir tellement de trucs au boulot. Je lui dis pas toujours quand je sors pour ne pas l'inquiéter. »
Elle se retient de justesse avant d'en dire trop. Il y a une autre raison qu'elle pourrait évoquer mais elle ne se sent pas le droit de la dévoiler.
« Ouais... Mais ça reste qu'une boîte de nuit, et puis, j'ai pas l'impression que t'es du genre à être imprudente. Mais je lui dirai pas », ajoute-t-il avec un sourire.
La jeune femme lui rend son sourire et bois une gorgée de cocktail sucré.
« Nan, si c'est pas Daï-chan, il y a toujours quelqu'un qui sait où je vais. Et puis tu as bien vu comment il sort les griffes dès que j'évoque le nom d'un garçon... ajoute-t-elle en secouant la tête.
— Il va finir par s'y faire... De toute façon, au bout d'un moment il aura pas le choix. Tu vas pas lui cacher tous tes copains.
—Non, c'est pas le but. Ce serait surtout impossible, il finirait par le sentir. C'est juste... quand ce n'est pas important, je préfère lui éviter des crises de paranoïa. »
Kagami fronce légèrement les sourcils et boit une nouvelle gorgée de bière.
« Toi aussi t'es très protectrice... » constate-t-il en s'essuyant les lèvres d'un revers de main. « Et j'ai l'impression que tu te brides un peu juste pour pas l'inquiéter... J'pense pas que ce soit une bonne idée. »
Il lui lance un coup d'œil de côté, il ne veut pas se mêler de ce qui ne le regarde pas, mais en même temps, il n'est plus tout à fait extérieur maintenant.
La rose observe Kagami avec une soudaine tendresse. Elle trouve en lui une oreille particulièrement attentive et ça a quelque chose de réconfortant. Déjà lors de leur première rencontre, elle avait ressenti ce sentiment de familiarité. Parler de Daïki avec les autres, c'est toujours délicat. Mais parler à Kagami, c'est étrangement évident.
« Bien sûr que je le protège... Il a vécu des choses vraiment pas faciles, admet-elle le cœur serré. Et je n'ai pas le sentiment de me brider. Daï-chan c'est comme mon grand frère, et il n'est pas obligé de tout savoir... pas vrai ? »
Kagami réfléchit à la question et il n'est pas sûr de vraiment comprendre la dynamique à l'œuvre dans cette relation, mais il finit par hausser les épaules et acquiesce :
« J'imagine, ouais. Si vous y trouvez tous les deux votre compte... Juste... Il est pas le seul à vivre des trucs difficiles. T'en vis aussi, parce que c'est comme ça pour tout le monde. Alors l'oublie pas non plus. Deal ? »
Il lève sa pinte en espérant sceller leur accord.
C'est un peu un choc pour Satsuki de se l'entendre dire. C'est une vérité toute simple qu'elle a facilement tendance à oublier. Surtout quand il s'agit de "ses garçons". Depuis le collège, elle s'est vu donner pour mission de s'occuper d'eux et il faut croire qu'en grandissant, elle l'a gardé comme ligne de conduite. Émue par le soutien qu'elle trouve dans les mots de Kagami elle lève son verre pour sceller l'accord.
« Deal ! »
Aomine qui a trouvé refuge dans la musique et son rythme lancinant ne fait pas attention aux corps qui le frôlent, s'éloignant de ceux qui l'oppressent. Mais il finit par se sentir un peu seul, ayant perdu la notion du temps. Sa chemise est trempée et il commence à avoir la tête qui tourne à cause de la chaleur. Un regard vers leur table et il trouve Taïga et Satsu en train de trinquer à il ne sait quoi. Que ces deux s'entendent si bien lui fait terriblement plaisir et il sourit en observant la scène lorsqu'un bras tombe sur ses épaules. Inutile de se tourner pour savoir à qui il appartient.
« Ils ont l'air d'être cul et chemise tous les deux !
— Ouais, t'as pas tort. Elle l'a adopté », dit-il dans un rire.
Kise se laisse peser sur son ami et lui tend une bière durement acquise au bar.
« Il est vraiment canon ton pote... Il m'a rembarré tu sais, moi ! » se plaint le blond en se pointant du doigt, incrédule.
Aomine se raidit contre lui et rit nerveusement, ce qu'il fait passer pour de la moquerie.
« Ouais je sais. Il m'a dit... Lâche l'affaire... demande-t-il d'une voix sombre.
— Tu sais ce que je pense des challenges Aomine-chi... »
Lui qui avait réussi à faire le vide, voilà que Ryota vient de flamber tout son self contrôle. Il en était persuadé, que le casanova du dimanche ne se résignerait pas si vite. Il serre les poings et pivote pour braquer son regard dans les orbes dorés de son ami.
« Ryota, j'te le redirai pas. Lâche l'affaire », gronde-t-il par-dessus la musique.
Kise se prend l'avertissement comme un uppercut dans la mâchoire. Daïki est en colère. La rage qu'il lit dans l'orage de ses yeux le fait reculer d'un pas. Par réflexe ou pur instinct de préservation, sans comprendre cette soudaine animosité dirigée contre lui, il lève les mains en signe de reddition.
« Ok j'ai pigé, pas touche ! » promet le blond. « God Daïki relax... »
Kagami a trinqué avec satisfaction avec Momoï, content qu'elle prenne son avis au sérieux, même s'il n'a pas tous les tenants et aboutissants de la situation.
Il sait aussi ce que c'est de prendre soin de son entourage, ou de soi-même, en étant seul au milieu des chagrins des autres... Et il sait que ça arrive souvent aux femmes, qui sont reléguées au second plan dès le départ par leur position sociale. Du moins, c'est ce qu'il a fini par comprendre aux côtés d'Alex. Il n'a jamais eu beaucoup de repères féminins dans sa vie, mais l'un des seuls qu'il a eus a été d'une grande influence sur sa personnalité et sa vision des choses. En tout cas, depuis qu'il en a pris conscience, il a l'impression de voir cette triste histoire se répéter. Des femmes discrètes, agissant "dans l'ombre", des femmes toujours trop pleines d'abnégation en tenant leur foyer, leur propre personne, pendant que les hommes se trouvent toutes les excuses pour ne pas prendre les mêmes responsabilités qu'elles endossent. Comptant sur elles tout en espérant qu'elles ne leur volent pas la vedette. Et même si le schéma ne s'applique pas exactement à Momoï, elle reste une femme qui a grandi avec des hommes, dans des milieux d'hommes... Et c'est pourquoi la voix et les histoires d'Alex ont résonné dans sa tête en écoutant la jeune femme.
Tournant la tête après avoir trinqué vers la piste de danse, à la recherche d'Aomine, il perçoit un échange étrange entre Kise et lui, comme s'il y avait soudain de l'électricité dans l'air. Il fronce les sourcils, se demandant d'où vient cette tension qu'il perçoit d'ici dans la posture d'Aomine, mais avant qu'il ne puisse chercher d'autres indices, l'instant semble avoir passé. Un peu troublé, il reprend une gorgée de bière, surveillant d'un œil l'étage d'en dessous.
La rose n'a rien manqué non plus du changement d'atmosphère entre les deux amis. Elle sait Daïki sous tension ce soir, un état qui le rend plus susceptible et moins lucide. Mais s'il y en a un capable de gérer la situation, c'est bien Kise. Sa capacité à s'adapter en toutes circonstances est une sorte d'immunité naturelle aux changements d'humeur brutaux de son meilleur ami. Si les deux adorent se chercher des poux, Ryota connait assez bien Daïki pour reconnaître ses limites. Confiante, elle les observe faire la paix.
L’ex-mannequin ne détourne pas le regard, affrontant la colère du fauve. Doucement il passe une main sur sa nuque et la presse comme pour appuyer son propos. La curiosité le dévore, pourtant il se retient de tout commentaires ou traits d'humour, estimant que ce n'est pas le moment de chercher des réponses. Il lui sourit, et la panthère retrousse légèrement les babines en réponse. Toujours sans un mot il attire Daïki plus près de lui dans une brève étreinte et le guide jusqu'à la mezzanine.
Aomine ne se dérobe pas du contact de Kise, ça lui assure qu'il ne lui tient pas rigueur de son accès de colère alors il se laisse faire. La réaction de son ami l'a calmé. Il n'a plus à s'en faire de le voir essayer de séduire son homme. Puisqu'il a suffi de demander, il se sent aussi très con de ne pas l'avoir fait plus tôt. Il se doute que Kise est surpris, toujours est-il qu'il n'a demandé aucune explication, acceptant de se plier à sa volonté. Sa poitrine se sert de gratitude et d'affection face à ce témoignage d'amitié. Il oublie parfois que sous ses airs de gamin capricieux, le blond est aussi quelqu'un sur qui il peut compter.
Quand Kagami voit les deux garçons revenir, il s'éclaire d'un sourire et s'écarte naturellement pour laisser de la place à Aomine... puis se rappelle de ne pas se comporter comme s'ils étaient en couple. Il détourne le regard et se replonge dans sa pinte en effaçant son sourire.
Le brun aimerait retrouver sa place auprès de son petit ami. Mais il est entrainé par Kise à l'autre bout de la banquette, visiblement pas décidé à le lâcher. Face à lui, il cherche le regard de Kagami.
« Vous trinquiez à quoi tous les deux ? » demande-t-il.
Kagami lève les yeux et le regarde avec une certaine surprise, sans savoir quoi dire, puis lâche un léger rire :
« T'es bien curieux ! On trinquait, euh... à nos futurs succès dans le monde de l'e-sport. »
Il se mord la lèvre aussitôt, il aurait mieux fait de ne rien dire, il est terriblement mauvais pour mentir, ça le fait transpirer et avoir pleins de tics nerveux très remarquables, à plus forte raison pour un flic !
Ces dents blanches plantées dans sa lèvre ne font qu'attirer son regard sur sa bouche. Aomine s'efforce de ne pas s'y attarder puis lève un sourcil en tournant son attention vers Satsuki.
« Tout à fait ! S'ils s'en sortent bien, j'ai bon espoir de convaincre un nouveau sponsor », confirme Satsuki.
Ce n'est qu'un demi-mensonge après tout. Ils ne parlaient pas de ça, mais ce n'est pas moins vrai. Elle lance une œillade et un sourire complice à son voisin.
Aomine n'est pas dupe de ce petit manège mais préfère en rire. C'est important pour lui que Taïga et Satsuki s'entendent, alors il peut bien les laisser partager quelques secrets. Lui aussi curieux, Kise se rapproche un peu de leur amie pour en savoir plus.
Kagami profite de cette diversion pour sourire à nouveau à Aomine, qu'il trouve sexy, un peu transpirant après sa séance de danse. Il écoute et approuve ce que dit Momoï, et il se fait la réflexion qu'avec un peu de chance, il pourra changer d'appartement l'année prochaine avec l'argent gagné. À cette pensée, il regarde de nouveau Aomine. Non... Trop tôt. Et pourtant... tentant. De nouveau, il se mordille la lèvre... Ça ne coûte rien de rêver, non ?
Daïki écoute aussi, heureux de leur enthousiasme et confiant pour la suite de leurs aventures. Mais lorsqu'il croise le regard du tigre, un frisson vient picoter sa nuque. Il cache son trouble dans sa bière et sort son téléphone.
Aomine - 1h05
Arrête de mordiller cette lèvre... ça me fait envie à moi aussi.
Un instant Kagami reste interdit, se demandant si le brun a lu dans ses pensées, puis se donne une claque mentale. Non, Aomine ne parle pas d'emménager ensemble, mais de quelque chose de plus quotidien et... pour lequel il n'aura pas besoin d'attendre quelques mois d'avoir plus d'argent. Il rougit et tape rapidement une réponse.
Kagami - 1h07
Really ? T'es sexy après avoir dansé. Je parie que y a des gens qui ont essayé de te draguer sur la piste.
Ce qu'il lit le fait sourire. Il lance un regard envieux à son homme, se laissant aller à le détailler dans la lumière tamisée des lieux. Il vérifie qu'on ne lui prête pas attention d'un coup d'œil sur sa droite avant d'écrire une réponse. Il trouve quelque chose d'excitant dans le fait d'avoir une double conversation. Comme s'il avait enfin trouvé une façon de toucher Kagami, de rétablir le contact qu'il s'interdit.
Aomine - 1h09
Oui... vraiment. Peut-être... j'ai pas fait attention.
Tu avais raison au fait, tu sais danser. C'était une torture de te regarder. J'ai hâte de rentrer...
Kagami tache de ne rien laisser paraître, buvant sa bière tranquillement et faisant quelques commentaires de temps à autres. Et dès qu'il en a l'opportunité, il se hâte d'écrire une réponse, le cœur battant comme s'il faisait quelque chose d'interdit, chauffé par les mots du brun.
Kagami - 1h12
Ah ouais ? Pourtant... J'ai pas donné mon maximum, je suis resté discret.
Amine zieute son écran et son cœur s'emballe. Fuck !
Il n'écoute plus vraiment ce qui se dit, perdu dans une rêverie qui lui donne tout à coup très chaud. Sa gorge est sèche alors il boit plus vite qu'il ne le devrait.
Aomine - 1h16
Je paierais cher pour voir ça...
Kagami remarque le trouble de son homme et il adore lui faire cet effet-là. Savoir qu'il provoque son désir, qu'il a vraiment envie de lui... Une part de lui a toujours du mal à le réaliser et à y croire. Mais il adore cette idée. Une sensation chaude et excitante se tapit dans son bas ventre. Il lance des œillades discrètes à Aomine, et lui aussi a hâte de se retrouver seul avec lui.
Kagami - 1h20
T'as de la chance, contrairement à la personne que les gars viennent chercher chez moi... je fais pas payer pour ça.
Un coin de ses lèvres s'étire et il secoue la tête. Si Kagami le laisse le plus souvent venir à lui, il n'est pas en reste quand il s'agit de surenchérir. Il adore ce petit jeu de séduction, particulièrement efficace. Il lui adresse un regard chaud en écrivant d'une main.
Aomine - 1h22
Allumeur.
Le sourire de Kagami s'élargit et il commence à trouver difficile de ne pas pouvoir s'approcher davantage et le toucher. Il a terriblement envie de happer ses lèvres tentantes entre les siennes, glisser ses doigts sur sa nuque élancée, entrouvrir cette chemise qui laisse deviner son torse...
Kagami - 1h25
Peut-être bien. Ça te plaît ?
À en croire ce qui se passe plus au sud, il est évident que oui. Il a toujours aimé cette façon qu'a Kagami de le défier. Si au basket ça fait pratiquement parti du jeu, ici, il trouve ça grisant et beaucoup trop sexy. Plus Taïga le provoque, plus son ventre se noue de désir. Il ne sait pas ce qui lui donnerait le plus de satisfaction entre le faire taire à grand renfort de baisers, ou qu'il mette ses belles paroles à exécution.
Aomine - 1h27
Plus que ce que tu imagines.
Kise remarque au fil de la conversation que le brun est de plus en plus distrait, perdant le fil de ses histoires de voyages. Il capte son sourire lorsque ce dernier lit un message en se croyant discret et il note que ce n'est pas la première fois qu'il est témoin d'une telle scène depuis qu'il est rentré. Il préfère ne pas relever, de peur de braquer son ami mais se promet de lui poser la question avant de repartir. Si Daïki a quelqu'un, il aimerait bien le savoir. En fait, il trouve même l'idée réjouissante.
Kagami - 1h28
Good. Alors je continuerai à t'allumer quand on sera à la maison...
Il lance un regard chaud à son homme, tout son épiderme semble électrisé et son cœur continue de pulser lourdement dans sa poitrine. Il est plus impatient que jamais de retrouver leur intimité pour pouvoir savourer le corps d'Aomine et se laisser savourer par lui... Il finit par ranger son téléphone, constatant des regards plus appuyés de la part de Kise qui semble avoir remarqué quelque chose, et il se réinvestit dans la conversation, demandant d'autres anecdotes de voyage au blond.
Cette promesse le fait frémir. C'est une toute nouvelle tension qui l'envahit et il sait que se défouler sur la piste n'aidera pas à dissiper celle-ci. Il tente de se raccrocher à la discussion qui dérive sur de vieux souvenirs. Participer l'aide un peu à mettre de côté le film érotique qui tourne dans son imaginaire, mais ça reste difficile lorsque l'acteur principal est à quelques mètres seulement. Au bout d'un moment, il ne sait pas si sa meilleure amie détecte sa fébrilité mais il est reconnaissant de la diversion qu'elle lui offre.
« Tu m'invites à danser Daï-chan ? J'ai envie d'y retourner. »
Pas mécontent de s'extraire de cette électricité latente entre lui et Taïga, il lui tend la main dans une révérence surjouée. Satsuki s'en amuse et entre dans son jeu, elle s'incline, tenant un pan de sa robe.
Kagami les regarde, amusé, mais lui préfère rester à sa place et ne pas se tenter de nouveau en dansant près du brun. De toute façon, il n'en a plus vraiment envie. Cet échange l'a chauffé et il a la tête un peu ailleurs, ses pensées gravitant autour d'Aomine et de son corps de rêve. Il soupire un peu, se disant que la nuit sera bien trop courte pour profiter de lui, puis il regarde Kise et demande :
« Tu veux un autre verre ? »
Kise s'amuse de voir ses deux amis s'éclater sur la piste, se dandinant sur place. Il accepte la proposition de Kagami dans un hochement de tête.
« Ouais avec plaisir. »
Kagami se lève donc et redescend, s'approchant du bar en jouant des coudes. Heureusement, quand on fait sa taille, ce n'est pas très difficile de se frayer un chemin dans une foule. Il commande un autre cocktail pour Kise, et une autre pinte pour lui, puis il remonte à l'étage et dépose son verre devant Kise avant de se rasseoir.
« Assez sympa la boîte, commente-t-il. Même si personnellement je préfère les endroits un peu plus intimistes. »
Le blond le remercie et lève son verre à son intention. Il trempe ses lèvres dans son breuvage puis reporte son attention sur Kagami.
« Oui je l'aime bien aussi. Tu as l'habitude de sortir ?
Kagami réfléchit à une réponse qui ne l'engage pas trop mais reflète tout de même la vérité. Il n'a jamais été vraiment un fêtard. Mais il prend plaisir à aller au bar de temps en temps... et à aller draguer dans des endroits plus secrets et plus dansants. Il esquisse un sourire et dit finalement :
« Pas vraiment. Mais ces temps-ci, on dirait que je m'y remets ! Surtout au bar de Kuroko. »
Le blond l'observe un instant puis acquiesce. Il a comme l'impression que Aomine n'est pas étranger à ce changement d'habitude mais il garde sa supposition pour lui.
« Ça fait du bien de temps en temps. Surtout que si j'ai bien compris, côté taf tu as pas mal de pression.
— Ouais... C'est beaucoup d'entraînement et notre avenir dépend de nos résultats... Comme dans le sport "normal", quoi. Mais la plupart du temps, c'est justement du sport que je fais pour décompresser.
— Ça se voit. » Ne peut s'empêcher de répliquer Kise avant de se rappeler sa promesse. Il se racle la gorge. « Vous avez de bonnes chances de percer d'après Satsuki. Et puis je peux t'assurer que c'est un atout de l'avoir. »
Kagami sourit en s'apercevant que Kise a capté le message et évite de flirter. Il n'aime déjà pas rembarrer les gens, alors devoir insister... Il hoche la tête et répond :
« Ouais, on voit déjà la différence. Et puis... Elle a aidé pour qu'on se rapproche aussi... Aucun de nous n'est très doué pour ça, on a tendance à rester dans notre coin... mais au final elle avait raison. »
Kise rigole en entendant ça. Il n'a aucun mal à le croire.
« Elle est douée pour ça. C'était un peu notre ciment à nous aussi. Et ça l'est toujours d'ailleurs... » Complète-t-il plus pour lui-même en y réfléchissant mieux. « Elle a bien souvent raison... »
Attendri, de redécouvrir son amie de longue date à travers Kagami, il la cherche instinctivement parmi la foule de danseur.
Kagami suit son regard, et trouve la jeune femme en train de danser avec Aomine comme s'ils étaient seuls au monde, avec la candeur et l'enthousiasme de deux enfants. Son cœur se serre doucement, il est heureux de voir le brun se détendre et lâcher du lest. Il reprend une gorgée de bière et reporte son attention sur le blond :
« Je connais que toi, Daiki et Kuroko dans l'équipe qu'elle gérait, mais déjà vu vos personnalités... Moi j'aurais jeté l'éponge depuis longtemps ! » plaisante Kagami – quoique, seulement à moitié.
Kise ricane. Il ne le prend pas mal. D'autant plus qu'il n'a pas vraiment tort... S'ils se sont un peu assagis avec l'âge, ils ont tous garder un caractère bien trempé.
« Maintenant que tu le dis, c'est à se demander pourquoi elle est restée ! plaisante-t-il.
— Parce que vous êtes de bons basketteurs, j'imagine ! rétorque Kagami en rigolant. N'empêche, je suis vraiment curieux de rencontrer le reste de l'équipe. Avant de connaître Daiki... Ça faisait longtemps que j'avais pas joué de matchs vraiment stimulants... Enfin, à part avec Alex et Tatsuya évidemment.
— Il doit y avoir de ça, concède le blond. Il y avait longtemps que je ne l'avais pas vu jouer avec un tel sourire... » confesse-t-il perdu dans de vieux souvenirs un peu lugubres.
Kise n'a aucun doute sur le fait que le sentiment soit réciproque. En les voyant jouer ensemble, c'était même frappant d'évidence.
Cette petite remarque instille une pointe de bonheur dans le cœur de Kagami. Si c'est un ami proche d'Aomine qui le dit... Alors c'est vrai. Il aime l'idée de donner à Aomine de la joie sur le terrain comme ailleurs, d'apporter quelque chose dans sa vie, quelque chose qu'il n'avait pas avant ou qu'il n'avait plus. Il ne peut s'empêcher d'en tirer une certaine fierté. Cependant, l'expression un peu chagrine de Kise l'intrigue. Il sait que ces dernières années, Aomine a traversé une épreuve très dure, pourtant il a l'impression qu'au basket, ses soucis s'effacent. Mais c'est vrai qu'il l'a sans doute rencontré à un moment où il allait déjà vers du mieux, malgré les blessures et la mélancolie qui l'habitent toujours.
« Il est pas toujours facile à lire... commence-t-il, réfléchissant à son choix de mots. Mais j'ai l'impression que sur un terrain de basket, y a la facette de sa personne la plus confiante et la plus combattive qui ressort. »
La pertinence de la remarque l'étonne presque. Ryota boit de son cocktail en méditant les paroles de Kagami. C'est étrange, il a la drôle d'impression que son voisin de table connait Daiki depuis plus longtemps qu'ils l'ont laissé entendre. Il fronce un peu les sourcils à cette idée saugrenue et lâche un soupir. La complicité qui semble les lier lui serre un peu le cœur de jalousie. Comme s'il avait face à lui son remplaçant dans la vie du brun. Une réflexion qu'il juge aussi puérile qu'inappropriée. Mais c'est ce qu'il ressent, chaque fois qu'il entend le rouge appeler Daiki par son prénom.
« Tu l'as bien cerné je trouve. Quand je l'ai connu, il vivait littéralement pour le basket. C'est dans ses veines. En dehors d'un terrain aussi il aime la compétition. Sans challenge, il est du genre à très vite s'ennuyer. »
Kagami hoche la tête en souriant, il reconnaît bien le portrait du brun là-dedans. D'ailleurs, il s'y reconnaît aussi un peu.
« Yeah... Je pense que c'est pour ça qu'on s'entend bien, aussi. J'aime la compétition aussi, enfin ça je crois que tu l'avais compris. J'aime bien relever de nouveaux défis... vivre des aventures », achève-t-il dans un sourire rêveur, en se rappelant les promesses qu'ils se sont faites avec Aomine.
Kise acquiesce. Il se demande si ce n'est pas à cause de cette alchimie entre eux que Daiki lui a interdit de courir après Kagami. Si ça n'avait été qu'un adversaire de basket, il ne pense pas que son ami lui aurait fait une telle demande. Enfin, ça ressemblait plus à un ordre, voire une menace qu'une demande courtoise, mais il est habitué à l'intensité du brun. Il commence à comprendre que ces deux-là ont peut-être une connexion plus profonde que ce qu'il a préféré croire. Il ne sait pas s'il doit s'en inquiéter ou s'en réjouir, mais l'air rêveur de Kagami lui laisse penser que cette relation lui plaît. Alors non, il ne veut vraiment pas se mettre entre eux ... Même si quelque part il aurait bien aimé rencontrer Kagami le premier.
Aomine meurt de chaud. Il a retroussé ses manches et libéré un peu son col. Malgré cet inconfort il passe vraiment un bon moment avec sa meilleure amie, qu'il s'amuse à faire virevolter sur la piste. Entre deux morceaux, il ne peut s'empêcher de s'assurer que tout se passe bien à leur table, se demandant de quoi Kagami et Kise peuvent bien parler.
Alors qu'ils dérivent sur d'autres sujets en descendant leur verre, Kagami surveille discrètement la piste de danse et ne manque pas de remarquer le relâchement dans la tenue du brun, qui se fait de plus en plus sexy à mesure que la nuit arrive. Il rêve de glisser ses mains dans l'échancrure de sa chemise, sentir son cœur battre la chamade contre sa paume et ses tétons durcir sous la pulpe de ses doigts...
S'apercevant vers où dérivent ses pensées, il s'ébroue et s'efforce de reconcentrer son attention sur le blond. Même s'il apprécie la conversation, il commence à avoir hâte de quitter les lieux et de retourner chez Aomine pour pouvoir le déshabiller.
Satsuki s'amuse comme une folle. Elle adore danser, mais avec Daïki c'est différent. Il y a longtemps qu'il ne l'avait pas accompagné et pourtant il n'a rien perdu de son déhanché. Comme d'habitude, elle doit affronter les regards jaloux et envieux d'autres femmes. Parfois même repousser celles qui viennent tenter leur chance de partager une danse. Mais ce soir, son frère ne la délaisse pour aucune d'elle, pas même une minute. Quand elle pense à la raison de ce sage comportement, son cœur se serre de compassion dans sa poitrine. Elle profite d'une musique plus lente où Aomine maintient son corps près du sien pour se hisser sur la pointe des pieds. Comprenant qu'elle veut lui parler, Daïki tend l'oreille.
« J'aimerais que tu puisses danser avec lui Daï-chan. »
Aomine se redresse, un sourire triste aux lèvres et sert un peu plus Satsuki dans ses bras. Elle lui rend son étreinte tandis qu'il la berce sur le rythme du slow.
« Moi aussi Satsuki, moi aussi...
— Tu ne veux pas essayer ? Tu sais je pense que la plupart des gens s'en fichent...
— C'est gentil ma belle, mais pas ici, pas ce soir...
— Ki-chan ? suppose-t-elle.
— Hm... je ne veux pas qu'il l'apprenne comme ça.
— Je comprends... si tu as besoin...
— Je sais. Pas ce soir... »
Touché par sa sollicitude, le brun pose un baiser dans les longs cheveux roses. Ils échangent un regard et un sourire tendre sur les dernières notes de la chanson et Aomine l'entraine jusqu'au bar en la tenant par la main pour ne pas la perdre dans la foule. Ils y prennent de quoi se désaltérer et il envoie un message à Kise et Kagami pour savoir s'ils veulent autre chose avant de les rejoindre.
Kagami opte pour une boisson non alcoolisée, il est déjà un peu pompette et il veut pouvoir profiter du reste de sa nuit avec Aomine. Quand les deux danseurs reviennent, il les accueille avec un sourire.
« Vous avez mis le feu à la piste ! »
Il est content de voir Aomine détendu, comme si cette petite session dansante avait définitivement apaisé les tensions surgies plus tôt et fait taire ses appréhensions. Après tout, ils ne sont pas venus ici pour se mettre à l'épreuve, mais juste pour passer une bonne soirée avec leurs amis.
Une pointe chaude de satisfaction perce son cœur en apprenant que son homme l'a regardé danser. Aomine lui sourit quand il lui tend son soda. Puis il prend place entre les deux hommes, et glisse une main dans ses cheveux humides. Content de s'assoir pour reprendre son souffle.
« C'est vrai ? J'ai pas trop perdu mes skills alors », s'amuse-t-il.
Kagami se retient de poser une main sur sa cuisse, admirant son profil dans la pénombre du club. Puis il prend son soda et en sirote quelques gorgées.
« Non, peut-être que tu devrais aller danser plus souvent pour parfaire tes talents » remarque-t-il en lui glissant un regard de côté.
Satsuki se penche un peu en avant en levant son verre, adressant un sourire rayonnant à son meilleur ami.
« J'approuve cette mention ! »
Le brun rigole en voyant Kise approuver aussi. L'idée de revenir danser, ici ou peut être ailleurs lui chatouille les entrailles. Peut-être qu'un jour il osera céder à ses pulsions et qu'il enflammera la piste avec son homme...
« J'admets que ça m'a un peu manqué. Ça serait sympa... s'il n'y a que ça pour vous faire plaisir... » concède-t-il dans un soupir faussement résigné en rendant son œillade à Kagami.
« De toute façon, tu travailles un peu trop », continue Kagami sur sa lancée en espérant recueillir de nouveau l'approbation des deux autres.
D'une part, il le pense vraiment, d'autre part, quelques heures sup' en moins signifierait quelques heures de plus pour eux... Alors il tente le coup, même s'il sait qu'il est lui-même pas mal absorbé par son propre travail. Il guette sa réaction avec un sourire rassurant, il n'a aucune intention de lui mettre la pression sur le sujet, mais clairement, il a envie de passer plus de temps en sa compagnie.
Surpris, Aomine le fixe intensément. Encore une fois la remarque récolte l'approbation de ses deux amis qui trinquent ensemble, se réjouissant d'avoir un autre partisan de leur cause. Contrairement à d'habitude il ne s'en offusque pas. Parce ces derniers temps il a commencé à réaliser qu'ils avaient peut-être raison. Et aussi parce que partir plus tôt et retrouver son petit ami dans son lit l'autre jour, était tout aussi gratifiant, si ce n'est plus, que des heures supplémentaires bien investies. Ça lui brûle un peu la gorge de le reconnaître, mais il laisse sa mauvaise foi de côté pour cette fois.
« Ouais... j'imagine que niveau équilibre, il y a mieux. »
Kagami hoche la tête, satisfait, et résume en comptant sur ses doigts :
« Donc, il faut plus de basket, plus de danse, moins de boulot. Ouais ça me paraît un bon programme. »
Et il ajoute dans sa tête : des bons repas tous les jours, et plus de sexe. Lui-même pourrait vite s'habituer à une telle routine. Un peu d'équilibre ne lui ferait pas de mal non plus. Consacrer plus de temps à son petit ami, et à lui-même. Il n'en serait sans doute que plus en forme pour ses tournois en ligne. Il a toujours su prendre soin de lui, mais parfois, il néglige son sommeil et surtout le temps de détente. Il aspire à un rythme plus posé et peut-être qu'avec Aomine, il peut y parvenir.
Le brun a du mal à cacher son rictus, alors il boit une gorgée de sa limonade pour retrouver contenance. Il note dans un coin de sa tête de sérieusement réfléchir à la question. Si avant ça ne le dérangeait pas de faire des heures, il est vrai que maintenant qu'il a quelqu'un avec qui il désire partager tout son temps... ça change la donne.
Il s'étrangle presque lorsque Kise lui saisit le bras pour le secouer, lui demandant qui il est et où se trouve son ami. La rose s'en amuse aussi et manifeste sa satisfaction d'un immense sourire.
« Comme si j'étais le seul à en faire trop ! Vous êtes pas mieux », se défend Aomine, gêné que l'attention s'éternise sur lui.
Kagami sourit, c'est vrai qu'apparemment Kise est toujours parti à l'autre bout du monde, et quant à Momoï, il faut lui couper la connexion Internet au bar pour lui faire lâcher son ordinateur. Cependant, il ne se permet pas de commentaire.
« Moi aussi je vais m'accorder plus de moments de détente. Trop de pression, c'est pas bon », assure-t-il donc à l'intention brun.
La déclaration de Taïga résonne comme si elle lui était adressée personnellement. En tout cas, ça lui plait de le prendre pour lui. Parce que ça voudrait dire que le tigre aussi a envie de passer plus de temps en sa compagnie. Il tend son verre pour sceller leur accord tacite, impatient de découvrir à quoi pourrait ressembler cet équilibre qui d'après son entourage, semble lui faire défaut.
« Plus de basket, plus de danse, moins de boulot. »
Kagami hoche la tête en souriant, choquant son verre contre le sien. Décidément, il en passe des accords ce soir... Son sourire ne le quitte pas tandis qu'il boit son soda, très conscient de la présence d'Aomine près de lui, son parfum lui parvenant par vagues dès qu'il bouge sur la banquette. Ça devient plus difficile de ne pas se rapprocher de lui et il doit faire attention à ces gestes pour que ce naturel qui s'est installé si vite entre eux ne revienne pas au galop.
Daïki essaie de comprendre le débat qui se joue entre Ryota et Satsuki pour détourner son attention. C'est dingue. Il a suffi d'un regard échangé et la tension qu'il avait cherché à fuir sur la piste revient s'installer dans son corps. Comme s'il était un aimant attiré par celui de Kagami, et que résister à l'attraction le chargeait d'électricité. Son rythme cardiaque retrouve la cadence qu'il adopte au toucher de son petit ami, alors qu'il prend garde à ne pas le frôler. Fébrile, il regarde l'heure pour jauger le temps qui le sépare encore de l'objet de ses pensées.
Le rouge non plus n'est plus très attentif aux échanges, et puis, il commence à se faire tard. Il patiente encore un moment, mais il jurerait pouvoir sentir la tension électrique qui émane de son voisin, lui indiquant qu'il n'est pas le seul à avoir du mal à tenir en place. Vingt minutes plus tard, il annonce à la tablée :
« Je vais rentrer. Merci pour la soirée, c'était cool. »
Un vent de panique traverse Aomine, son palpitant s'affole un peu plus. Enfin une échappatoire.
« Je te suis, il se fait tard », annonce-t-il en se levant.
Comme il s'y attendait, Ryota proteste mais il lui rappelle qu'il est d'astreinte la nuit suivante et qu'il ne peut pas se permettre d'être complètement à l'ouest. Déçu, le blond amorce un geste pour se lever à son tour mais Satsuki le retient.
« Non Ki-chan reste ! Tu me dois encore une danse ... »
Tandis qu'il embrasse la joue de sa sœur pour lui dire au revoir, Aomine lui souffle un remerciement au creux de l'oreille et lui adresse un clin d'œil complice. Il rend ensuite son accolade virile à Kise qui lui fait promettre de se revoir vite puis il s'écarte pour laisser ses amis saluer Taïga. Il n'a plus qu'une envie, sortir d'ici au plus vite pour pouvoir le toucher, l'embrasser et apaiser cette tension insoutenable.
Kagami salue les deux amis et leur souhaite une bonne nuit, puis se dirige d'un pas léger vers la sortie en compagnie du brun. C'est idiot mais il se sent euphorique à l'idée de rentrer avec lui. Même s'ils ne sont pas encore vraiment un couple officiel, de fait, ils sont sortis ensemble et regagnent leurs pénates ensemble. Ce petit constat le remplit de satisfaction. C'est définitivement un bon week-end. Différent de celui de la randonnée, mais en un sens, ça lui rappelle ces moments où ils ont tout partagé ensemble et où ils ont vraiment commencé à se rapprocher.
À la sortie du club, une bouffée fraîche d'air nocturne les cueille sur le trottoir où s'alignent les fêtards. Il pose une main au creux des reins d'Aomine et le pousse légèrement tandis qu'il se dirige vers le parking à foulées presque sportives. Il a hâte de s'éloigner du bruit, de la lumière et des gens.
Chapter 48
Notes:
Hello hello :)
Petit rappel du chapitre précédent : Aomine et Kagami étaient de sortie, traînés dans un club par Kise. C'était fun mais aussi frustrant, alors ils avaient un peu hâte de rentrer... On vous laisse découvrir la suite ;)
Bonne lecture !
Chapter Text
À l'extérieur du club, Aomine respire un peu mieux. La différence de température le surprend mais elle est loin d'être désagréable. Surtout quand la main chaude et pressante de Kagami brûle le bas de son dos à travers le tissu fin de sa chemise. Il frémit, enfonce les mains dans ses poches pour les retenir et suit avec joie le pas pressé de Taïga. Il ne peut se défaire de son sourire en constatant son empressement équivoque et identique au sien. Lorsqu'il approche de la voiture, il la déverrouille rapidement et d'un même geste souple, ils s'y engouffrent avec Kagami. À peine assit derrière le volant et les portières closes, il se jette sur la bouche de son homme qu'il percute avec force. Le brasier couvant dans son ventre depuis le début de la soirée s'enflamme dès l'instant où il retrouve les lèvres de Taïga.
Kagami se laisse surprendre par ce baiser fougueux, restant figé un instant, puis il noue les bras autour de la taille du brun, le serrant contre lui alors qu'il entrouvre les lèvres et que sa langue cherche sa complice. Il soupire de contentement, il a déjà tout oublié du club, même si la musique bourdonne encore dans ses oreilles, accompagnant les battements frénétiques de son cœur.
Il finit par rompre le baiser et observe Aomine dans la pénombre. Il peut sentir son souffle précipité balayer ses lèvres, une autre caresse pour rappeler la chaleur du baiser. Les yeux du brun brillent d'un éclat sombre, hypnotisant son regard. Il pose une main sur sa joue et happe encore ses lèvres doucement, avant de s'écarter pour boucler sa ceinture.
« Yeah... Ça m'avait manqué à moi aussi », murmure-t-il avec un sourire en coin.
Satisfait, Aomine rend son sourire à Taïga. Ce baiser brûlant n'a fait que lui donner plus faim encore, alors il se hâte de démarrer pour retrouver l'intimité de son appartement. À cette heure, la circulation n'est pas trop dense, il ne faudra pas longtemps. Enfin, il l'espère.
« Ça va tu as passé une bonne soirée ? demande le brun.
— Ouais, c'était sympa. »
Kagami laisse son regard dériver dans la rue enténébrée, les vitrines jetant des flaques brillantes sur le trottoir et les lampadaires repoussant davantage les ténèbres, mais le ciel est noir ce soir et semble peser sur la ville. Il ne trouve pas la sensation oppressante, cependant. Il n'a pas hâte de voir l'aube revenir.
« J'ai aimé danser avec toi même si c'était sage, reprend-il. Discuter avec Momoi c'était cool aussi, et avec Kise aussi, d'autant qu'il a pas essayé de me draguer. »
Heureux de l'entendre, il vient enlacer ses doigts à ceux de Kagami puis repose leurs mains liées sur le pommeau de vitesse. Ainsi il peut rester concentré sur la route tout en maintenant le contact dont il a du mal à se passer alors qu'il se sent de nouveau libre d'être tactile.
« Tant mieux alors. Comme tu n'as pas beaucoup dansé j'ai eu peur que tu t'ennuies. »
— Non, t'en fais pas. » Kagami serre légèrement ses doigts entre les siens. « Ça me fait penser... Quand tu seras prêt, c'est pas urgent, mais... Izumi, la copine d'Alex... Elle aimerait te rencontrer. En fait... elles aimeraient toutes les deux t'inviter à dîner... comme mon petit ami, quoi », avoue-t-il un peu embarrassé. Mais il fallait bien qu'il aborde le sujet, sinon ses mamans de substitution ne vont certainement pas le lâcher jusqu'à ce qu'il ait traîné le brun jusqu'à leur table pour qu'elles puissent l'examiner sous toutes les coutures et décider si elles veulent donner leur bénédiction à leur couple.
Un rire nerveux s'échappe d'entre ses lèvres. Aomine se doutait qu'un jour comme celui-ci finirait par se profiler. Évidemment que ça l'inquiète. Parce que Alex et Izumi sont ce qui se rapproche le plus d'une famille pour Taïga. Et comme pour Himuro, ça lui tient à cœur de leur plaire. S'il n'arrive pas encore à assumer sa relation au grand jour, ou face aux personnes qui ne se doutent pas de son attirance pour Kagami, la perspective de ce dîner ne le tétanise pas.
« J'imagine que c'était inévitable... Tu crois que je vais leur plaire ? » S'inquiète-t-il dans un froncement de sourcil.
Kagami sourit et souffle un peu, rassuré par la réaction du brun. Il hoche la tête :
« Yeah... Je pense qu'elles vont t'adorer. Je m'en fais pas pour ça. »
Il sait déjà qu'Alex a un bon a priori, et puis, même sans prendre en compte la personnalité du brun, elles ne pourront que constater comme il se sent bien avec lui.
« T'as vu Alex, elle est plutôt du genre abordable, continue-t-il. Izumi a un côté ours, mais elle a le cœur sur la main. Je pense que tout se passera bien. »
Aomine lui adresse un sourire timide alors qu'ils sont arrêtés à un feu de signalisation et serre ses doigts entre les siens. Son cœur palpite un peu vite, d'appréhension, de stress mais aussi de joie. Ce dîner de présentation officialise un peu plus sa relation avec Kagami. Ça lui donne le vertige et pourtant c'est aussi ce qui l'aide à s'accrocher quand il doute de lui-même. Il ne se bat pas pour rien... pour une passade ou une expérience. Ce qu'ils vivent, c'est réel. Même s'il a parfois du mal à y croire tant c'est rapide et inattendu.
« Oui, je sais que j'aurais au moins le basket comme sujet de conversation avec Alex. Ça me ferait plaisir », assure le brun, un peu ému.
Le sourire de Kagami s'élargit. Il se penche pour poser un baiser sur la joue du conducteur, qui s'attarde un peu trop au goût de la voiture qui les suit et les klaxonne quand le feu passe au vert. Il se recule en riant.
« À moi aussi, dit finalement le rouge. On va s'organiser ça alors. »
Il se réinstalle au fond de son siège, son sourire refusant de quitter son visage alors qu'une sensation chaude et enveloppante se répand autour de son cœur. Chaque jour qui passe il se sent plus solide, et ses craintes reculent. Aomine n'est pas le genre de gars qui va le laisser sur le bord de la route. Il ne piétinera pas ses sentiments. Et pour Kagami qui s'est rarement senti en sécurité dans ses relations amoureuses, c'est une sensation nouvelle et enivrante.
La discussion autour de ce futur repas de présentation a eu le mérite de détourner son attention. Son esprit focalisé sur ce qu'il conviendra de faire, dire, ou apporter le jour J, Aomine en oublie son désir ardent sur le reste du trajet. Heureusement, ils ne tardent pas à arriver chez lui. Le brun se gare à son emplacement en silence, toujours perdu dans ses pensées. Avant de quitter l'habitacle il sourit à son passager et embrasse ses doigts qu'il tient toujours.
Kagami frissonne à ce baiser à la fois léger et pourtant significatif. Ce genre de geste, après tout, est encore nouveau entre eux. Mais ça lui plaît. Il sourit et détache sa ceinture, ravi de rentrer enfin. Ils se pressent à travers le parking ponctué de réverbères et s'engouffrent dans l'immeuble. Ils montent les escaliers quatre à quatre, en silence, et quand la porte de l'appartement se referme, le rouge ne peut s'empêcher de pousser un soupir de satisfaction. Enfin seuls. Il retire ses chaussures d'un coup de talons et ne prend pas la peine d'enlever sa veste avant de se rapprocher de son homme pour l'enlacer, profitant de pouvoir enfin le serrer dans ses bras. Fébrilement, il vient chercher ses lèvres.
Daïki reçoit son baiser avec soulagement. Il laisse un gémissement de plaisir vibrer dans sa gorge alors qu'il enroule sa langue à sa complice. La chaleur du désir revient lécher ses reins sous l'emprise du tigre. Doucement, il passe les mains sur ses épaules pour le défaire de sa veste, les glissant le long de son corps qu'il peut enfin toucher et arpenter sans retenu. Puis il se détache de lui le temps de l'observer à loisir dans cette tenue qui le met si bien en valeur. Inconsciemment il mord sa lèvre inferieur avant de ravir à nouveau celles de son homme. Appétissantes, tentantes, délicieuses.
Kagami savoure ce baiser, retirant à son tour la veste de son homme pour mieux se presser contre lui sans barrières. Il glisse une main sous sa chemise pour caresser le bas de son dos, se laissant enivrer par son parfum, puis l'entraîne à tâtons vers la chambre. Il referme la porte d'un coup de pied, recommençant à l'embrasser avant de se détacher de lui pour mieux l'observer dans la pénombre. Ses doigts glissent le long de l'échancrure de sa chemise et sur les boutons qu'il ne défait pas encore, laissant monter la tension.
La pulpe des doigts de Kagami sur son épiderme l'électrise. Il en a rêvé toute la soirée. Un grognement de frustration lui échappe lorsque Kagami s'éloigne de lui. Il ancre son regard au sien, cherchant à y lire ses intentions. Il fait sombre, et pourtant Daïki distingue les volcans en fusion. L'intensité de ce regard le fait frissonner, et ravive un peu plus son ardeur. Il s'avance d'un pas en repoussant Taïga d'une main sur son torse. Il le fait reculer jusqu'au bord du lit où le tigre s'assoit. Son air un peu surpris le galvanise. Il aime deviner son appréciation sur les traits de son visage. Alors il avance encore, s'installant sur ses cuisses pour embrasser son sourire.
Appréciant l'initiative, Kagami pose les mains sur ses fesses pour mieux l'arrimer à lui, mordillant ses lèvres avec un léger grognement de satisfaction. Il ne les relâche que pour les enfouir dans son cou, où il peut sentir les battements affolés dans son cœur à travers l'artère pulsante. Il dépose une traînée de baisers mordants et remonte sur le lobe de son oreille tandis que ses mains quittent son fessier pour venir finalement s'attaquer aux boutons de sa chemise.
Aomine n'est plus qu'une boule de nerfs sous les mains et les baisers de son homme. Il regarde les doigts agiles défaire son vêtement, en écarter les pans et caresser sa peau. Il n'a pas le souvenir d'avoir déjà été touché de la sorte, pourtant sa poitrine se soulève à un rythme saccadé. Grisé par l'attente. Il s'arque malgré lui dans un lourd soupir lorsque Taïga déguste son torse. Sa main se faufile dans ses cheveux pour le presser plus contre lui, l'invitant à poursuivre sa douce torture.
Kagami ne se fait pas prier et ses lèvres se posent sur la peau chaude et douce de son torse, juste sur le haut de son sternum, avant de descendre doucement le long du dessin délicat de ses os, et bifurquer à mi-chemin pour atteindre son mamelon qu'il cercle de la langue pour faire se dresser son téton. Et enfin il vient sucer le bouton de chair, tentant et durci sous ses attentions. Il le savoure comme un bonbon alors que sa main vient envelopper son entrejambe, la pressant doucement à travers son pantalon.
« Hmm Taï... » gémit Daïki d'une voix rauque.
Ses cuisses se resserrent contre celles de son tortionnaire. Son sang pulse lourdement dans ses veines. Le plaisir et sa respiration partielle lui donne déjà le tournis. La chaleur du désir palpite sous sa peau, réveillant chacune de ses terminaisons nerveuses. Son autre main glisse sous le col de Kagami à la recherche de plus de contact et griffe légèrement sa peau alors que la langue du tigre s'acharne sur son téton rendu sensible.
Le tigre adore entendre sa proie gémir sous ses assauts, le son de sa voix lui donne des frissons et lui donne envie de lui infliger davantage de plaisir. Il relâche le téton gonflé pour mieux s'attaquer à l'autre, lui appliquant le même traitement tandis que sa main va et vient sur son entrejambe, palpant avec envie la verge dure qui se presse contre le tissu.
Il grogne encore sous la ferveur de cette attaque sensuelle. Kagami est en train de le rendre fou. Il fond de plaisir et meurt de frustration en même temps. Il veut plus... Alors ses hanches commencent à se mouvoir en quête d'une friction plus intense. D'un geste presque rageur, il se défait entièrement de sa chemise qui l'entrave. Puis il cherche maladroitement à ôter celle de Kagami qui consent à se redresser pour lui faciliter la tâche. Et sa belle chemise blanche rejoint vite la sienne au sol. Le souffle court, il saisit la nuque de Taïga et l'embrasse avec passion, se délectant de sentir enfin sa peau brûlante et son corps ferme pressé contre le sien.
Kagami serre étroitement Aomine contre lui, il peut presque sentir son cœur s'affoler contre sa poitrine. Une de ses mains remonte sur sa nuque pour la masser sensuellement tandis qu'il se délecte de son baiser. Puis, il le relâche pour se laisser aller en arrière. Il s'allonge sur le lit, sa poitrine se soulevant rapidement tandis qu'il fixe son homme avec des yeux brûlants de désir.
La tendresse de Taïga l'aide à garder le contrôle. Sans que la température baisse, il retrouve un peu de calme. Toujours assis sur ses cuisses il regarde l'homme alanguis sous lui, avec la même flamme de luxure dans le regard. Dans la lumière de la nuit qui filtre dans sa chambre, il le trouve magnifique. Ses mains se posent sur ses abdos. Il les caresse amoureusement, en souligne les lignes avec ses pouces jusque sur ses hanches, parcourant sa peau si douce qu'il ne se lasse pas de découvrir. Il se penche sur lui pour l'embrasser juste en dessous du nombril, où son odeur se fait plus forte, sans cesser ses caresses remontant le long de ses flancs.
De doux frissons se répandent sous l'épiderme du rouge tandis qu'il se laisse aller aux caresses d'Aomine. Il glisse ses doigts dans sa chevelure, soupirant de plaisir au contact de ses lèvres et de ses doigts calleux qui explorent sa peau nue. Il ferme les yeux, savourant l'obscurité qui règne dans la chambre, ce silence seulement hanté par les froissements d'étoffe, le chuchotement des peaux qui se frôlent et leurs souffles irréguliers. Avoir attendu ce moment longtemps le rend encore plus singulier et exaltant, et il n'y a plus aucune réserve dans son esprit tandis que ses sens s'affolent au contact du brun.
Les soupirs de Kagami et les frémissements de ses muscles qu'il sent sous ses lèvres l'enivrent. Le brun savoure son plaisir autant que sa peau légèrement salée qui ravive les souvenirs de son corps ondulant sensuellement sur la musique. Ses doigts s'impriment un peu plus sur son torse, revivant sa privation. Il amorce lentement sa descente, reculant sur ses cuisses. Il mordille et lèche la peau fine de son bas ventre alors qu'il déboutonne le pantalon de son homme. Lorsqu'il abaisse la fermeture éclair, le son résonne dans la chambre silencieuse, sexy. Un sourire carnassier se dessine sur ses lèvres quand la verge de Kagami pulse sous sa paume. Il la flatte à travers son boxer quelques instants avant de se laisser tomber à genoux entre ses jambes pour finir de le déshabiller.
Une fois entièrement nu, Kagami remonte sur le lit, s'exposant au regard de son homme. Quand ses yeux le parcourent, c'est comme une caresse physique qui le fait frémir. Jamais il n'a éprouvé une émotion si profonde et intense quand un homme l'a regardé. Il aime l'éclat dévorant qu'il devine dans les yeux d'Aomine, se sentant valorisé et beau dans son regard. Le souffle court, il écarte les cuisses dans une invitation à son homme à venir se nicher entre ses jambes.
Le cœur battant, Aomine prend le temps d'ôter son pantalon, sans lâcher Taïga des yeux. Hypnotisé par son regard, sa bouche qu'il mordille et son corps parfait complètement offert. Sa queue libre tressaute à cette vision érotique de Kagami écartant les jambes pour lui. Sans plus attendre il rampe sur le matelas, effleurant le corps de son homme lorsqu'il vient chercher ses lèvres. Le brun gémit dans la bouche chaude et humide qu'il retrouve avec délice alors que leurs corps s'imbriquent et s'épousent à la perfection.
Kagami roule des hanches sous le poids de son compagnon, buvant son souffle qui s'égare sur ses lèvres, mêlant sa langue à la sienne dans une danse fougueuse. Il aime ce contact brut, où leurs corps semblent se chercher, chaque instant est comme une exploration... Une autre aventure, pense-t-il vaguement tandis qu'il se laisse enivrer par les baisers du brun.
Aomine se laisse emporter par la volupté de leur baiser. Il le fait durer, dévorant les lèvres de Kagami. Il ondule du bassin dans un rythme lascif, répondant à ses hanches. De nouveau son cœur s'affole dans sa cage thoracique. Le feu qui couve en lui depuis des heures est différent... Plus vorace, plus intense et il ne pense pas pouvoir l'éteindre comme les dernières fois. Ce que son corps réclame, il a plus de mal à le formuler qu'à le concevoir. Son ventre se noue lorsqu'il y pense, consumé par la gêne et l'excitation qu'il peine à contenir. Dans une caresse presque timide, il remonte sur la cuisse de Taïga, jusqu'à l'arrondie de ses fesses. Haletant, il s'écarte des lèvres de son homme et en croisant son regard, il pique un fard. Il se cache dans son cou qu'il déguste de baisers, cherchant ses mots. Il inspire le parfum enivrant de sa peau dorée pour se donner du courage et parce que ça lui semble plus facile de le dire à voix basse, il murmure au creux de l'oreille du tigre.
« Taïga... J'ai envie d'être en toi... »
Un sourire se dessine sur les lèvres du tigre en entendant ces mots. Un long frisson se fraie un chemin du sommet de sa nuque jusqu'au creux de ses reins. Il resserre les cuisses sur les hanches de son homme et glisse une main dans ses cheveux.
« I thought you'd never ask... » murmure-t-il dans un souffle, avant d'ajouter sur le même ton : « I want it too... »
Il jette un coup d'œil dans la chambre obscure et repère la silhouette informe de son sac.
« J'ai du lubrifiant dans mon sac à dos... » informe-t-il son compagnon en gardant ce ton bas, comme s'il avait peur de briser la fragilité de l'instant.
Le souffle court, quoique rassuré par l'intonation de Taïga, Aomine parvient à trouver son regard. Il écarte de son esprit toutes pensées qu'il peut déjà entendre faire du bruit à travers le vacarme de son pouls trop rapide. Il se concentre sur l'action, la demande implicite de Kagami. Avant de se relever, il dépose un baiser chaste sur ses lèvres. Puis il fouille à tâtons dans le sac et finit par mettre la main sur la petite bouteille. Il la serre dans sa paume pour éviter à ses doigts de trembler en revenant près de Kagami.
Kagami l'attrape par le bras et l'entraîne de nouveau contre lui, le serrant contre sa poitrine et caressant son dos en un geste apaisant.
« It's okay... Don't be scared. Everything's gonna be alright. »
Il sourit, posant des baisers dans son cou et cajolant sa nuque de doux massages. Il est impatient, mais il sait aussi bien qu'Aomine comme les premières fois peuvent être impressionnantes. Mais lui n'a pas peur, il est confiant, et il veut juste transmettre cette assurance à son homme.
Aomine se détend sous les attentions de Taïga. Et il sourit à ses mots en anglais. S'il ne les comprend pas parfaitement, il en saisit aisément le sens. Il a très envie de lui, mais pas au point de se lancer sans réfléchir. Il veut surtout lui donner du plaisir, alors pour ça il décide de lui faire confiance, acceptant de se laisser guider. C'est frustrant de se sentir comme à l'orée de ses premières expériences, sans savoir quoi faire, ni comment s'y prendre. Mais ce qu'il redoute le plus, c'est de s'y prendre mal, ou de le blesser dans son empressement.
« Dis-moi ce que je dois faire. »
Sa voix est un peu plus assurée, mais il sent la chaleur dévorer son visage.
« Enduis-toi les doigts de lubrifiant... N'ai pas peur d'en mettre trop. Et puis... Caresse-moi... »
Kagami se tend dans l'anticipation, pas par nervosité, ou du moins pas dans le genre angoissant, plutôt dans le genre fébrilité avant de monter dans une attraction à sensations fortes. Il écarte les cuisses et relève le bassin, son cœur cognant contre ses côtes, cherchant le regard d'Aomine dans la pénombre.
Nerveux, Aomine suit la consigne. La texture du gel sur ses doigts le fait frémir d'anticipation. Entendre Kagami le guider a quelque chose de rassurant et aussi de très excitant. Délicatement, il faufile ses doigts lubrifiés dans le sillon chaud jusqu'à l'anneau de chair. Son autre main se resserre sur le haut de sa cuisse et son regard surpris tombe dans celui de son homme. Il déglutit, un peu impressionné de découvrir cette partie du corps de Taïga qu'il peut sentir palpiter sous ses doigts. Se remémorant les gestes que son homme a déjà effectué sur lui, il cercle lentement ce point plus doux qu'il n'aurait cru, le cœur affolé.
Kagami pousse un profond soupir au toucher de son homme, ses nerfs se dépliant sous la pulpe de ses doigts en lui envoyant des signaux de plaisir toujours plus intenses...
« Yes... C'est bon comme ça... Tu peux appuyer un peu plus fort... »
Il contemple son homme à travers ses paupières mi-closes, la chaleur du désir assaillant son bas-ventre. Son intimité se contracte doucement sous les attentions d'Aomine, et il se détend physiquement et mentalement tandis qu'il se laisse conquérir par la volupté.
Daïki obéit, appuyant un peu plus sa caresse. Il récolte un gémissement étouffé en réponse et ce son contracte son ventre de désir. La satisfaction réchauffe sa poitrine et il se laisse absorber par la vision de Taïga, se fiant à ses réactions. Sous le geste régulier de ses doigts, il peut sentir la résistance de ses muscles céder petit à petit. Alors il accentue encore la pression, massant son anus et la peau sensible autour, fasciné par les soupirs de son homme.
« C'est bien comme ça ? » s'enquiert-il pour être sûr.
Kagami hoche la tête sans un mot, laissant un nouveau gémissement franchir ses lèvres alors qu'une caresse plus appuyée diffuse une onde de plaisir qui le fait s'arquer sur les draps. Il crispe une main sur la nuque du brun qu'il griffe légèrement, et murmure dans un souffle rauque :
« Tu peux mettre tes doigts en moi maintenant... »
Cette fois encore, il ne réfléchit pas et agit sur commande. Avec précaution, il pousse un doigt sur l'entrée de Taïga qui s'ouvre pour se refermer aussitôt sur lui. La sensation le surprend, c'est comme si son corps l'avait aspiré dans sa chaleur, le réclamait. Et cette simple idée lui brûle les entrailles et lui vrille l'esprit. Dans un grognement il laisse son front reposer sur le torse de Taïga qu'il couvre de baiser tandis qu'il commence à bouger à l'intérieur de lui, explorant et caressant les parois qui se resserrent sur son doigt curieux.
Le souffle court, Kagami contrôle mal les gémissements qui montent dans sa gorge à cette exploration sensuelle. Il se concentre sur les stimulations, s'agrippant à la nuque de son homme tandis que son bassin se met à onduler en rythme, cherchant à combler le désir qui gronde en lui, toujours plus insatiable.
« Oh fuck yes... Tu me fais du bien... »
Aomine essaie d'ignorer son besoin de plus en plus urgent de s'enfouir en lui. Impatient de goûter à la brûlure et la douceur de ce fourreau avec son sexe. Encouragé par la voix de Taïga, il enfonce un second doigt dans ses chairs et suit la cadence de ses hanches, allant et venant. N'y tenant plus, il se presse plus contre lui, soulageant son érection tendue contre sa cuisse alors qu'il vient ravir ses lèvres pour recueillir ses plaintes. Ce moment est d'une intensité et d'un érotisme étourdissant. Il ne croit pas avoir déjà désiré quelqu'un si fort qu'il désir Kagami en cet instant et cette révélation consume ses dernières craintes. Ses caresses se faisant plus sûres, plus hardies, alors que l'instinct prend le dessus.
Kagami peut sentir l'assurance que prend le brun, et ses caresses n'en deviennent que plus excitantes, l'incitant à lâcher prise totalement. Ça le chamboule de percevoir le désir intense qui émane du brun, de savoir qu'il en est l'objet, de réaliser qu'il va bientôt, enfin, le sentir en lui. Il attend encore quelques instants, puis murmure d'une voix nouée par le désir :
« I'm ready... »
Il pose une main sur le menton d'Aomine pour l'inciter à le regarder et répète en se plongeant droit dans ses yeux : « I'm ready... »
Les mots mettent quelques instants à s'insinuer dans sa conscience embrumée par le désir. Le regard de Taïga, noirci par ses pupilles dilatées lui transperce la poitrine et un frisson le secoue jusque dans ses tripes qui se consument de bonheur. Sans le lâcher du regard, il retire doucement ses doigts et vient se placer entre ses jambes, prenant appuis sur ses avant-bras. Son corps tremble de façon incontrôlable alors qu'il caresse l'entrée de Kagami du faîte de sa verge. Puis il expire un souffle rauque contre les lèvres de son homme en même temps qu'il pousse sur ses hanches pour le pénétrer le plus lentement qui lui est possible.
Kagami se sent un peu écartelé à cette lente et imposante intrusion, mais il accueille la sensation avec bonheur. Il griffe son dos tandis qu'il soulève le bassin pour mieux s'empaler sur lui, laissant filtrer un gémissement tremblant à travers ses lèvres entrouvertes. Peu à peu son corps s'ouvre, s'ajustant à la queue pulsante d'Aomine qui se fraie un chemin dans sa chaleur. Son cœur tambourine dans sa poitrine tandis qu'il revient chercher le regard du brun, autant pour s'y accrocher que pour lui communiquer tout le plaisir qu'il éprouve.
Le souffle court, Aomine ne bouge plus, s'arrimant aux deux billes de lave de Taïga. Enfoncé jusqu'à la garde, il se sent délicieusement à l'étroit dans son intimité. Il frémit d'anticipation avec sa queue si bien enveloppée, serrée dans l'étau de ses muscles. Pourtant il se retient encore et glisse une main dans les cheveux de Kagami. Embrasse son torse de doux baisers.
« Ça va ? » souffle-t-il.
Kagami sourit devant la prévenance du brun et noue une main sur sa nuque avant de l'attirer pour un baiser. Il savoure ses lèvres avec fébrilité et répond dans un souffle :
« I'm good... Really good... »
Il resserre ses cuisses sur les hanches de son compagnon, impatient de le sentir bouger en lui. Ses mains parcourent amoureusement son dos musclé, venant envelopper ses fesses qu'il empoigne pour mieux arrimer son bassin au sien.
Le cœur affolé, Aomine vient chercher sa hanche pour s'agripper à son amant et commence à bouger. Il ne recule le bassin que pour mieux replonger, savourant le massage de ses chairs sur sa verge. Malgré le plaisir intense qui le submerge, il reste attentif aux réactions de Taïga. Ce dernier lui arrache un grondement animal lorsqu'il sent la morsure de ses ongles dans ses lobes. Interprétant dans le geste une demande, il recommence son va et vient plus franchement, accélérant peu à peu la cadence.
Des vagues de plaisir déferlent dans son ventre tandis que le brun ondule entre ses cuisses, lui arrachant des plaintes sourdes qu'il ne cherche pas à refouler. Il veut se laisser submerger par la volupté sans réfléchir, sans hésiter, vivre jusqu'au bout ce moment si intime qu'ils partagent. Son regard parcourt le corps du brun qui le surplombe, le jeu de ses muscles à chaque coup de reins, si sexy alors qu'il le prend toujours avec une certaine douceur, comme s'il avait peur de lui faire mal ou de ne pas lui procurer assez de plaisir. Alors il le rassure dans un murmure rauque :
« Tu me fais trop de bien... Continue... Please... fuck me hard... »
Cette demande susurrée avec cette voix au creux de son oreille lui tord violemment le ventre. L'urgence de son désir se rappelle à lui, voilant son regard et désintégrant toute tentative de retenue. Il laisse un nouveau grognement lui échapper qu'il étouffe dans le cou de Kagami. D'un geste il relève le bassin de Taïga et s'enfouit profondément en lui. Aomine commence à le pilonner, se repaissant de ses cris et acceptant ses griffures comme la preuve de son plaisir. En retour il lèche son cou, le mord, titille le lobe de son oreille. Sans cesser de le prendre plus fort.
« Argh Taïga ... c'est... trop bon. Tu me rends dingue... »
Le bassin de Kagami tressaute aux assauts du brun, chaque coup de reins venant buter sur sa prostate en lui arrachant des plaintes vibrantes. Tout son corps bouillonne au toucher de son homme, et il laisse grandir ce brasier sans arrière-pensée, se perdant avec son homme dans ce rêve sombre et voluptueux. Ses mains, ses ongles sont partout sur la peau halée et brûlante du brun, dont le parfum épicé se fait plus puissant dans l'effort, lui faisant tourner la tête. Le plaisir gonfle dans son bas-ventre, chaque coup de boutoir le rapprochant de l'orgasme. Il s'agrippe à son homme, enfonçant ses ongles dans sa chair alors qu'il se prépare à plonger dans l'abîme de la jouissance.
Les sensations sont grisantes. Aomine se perd dans la marée montante qui menace de ravager son corps. L'adrénaline sature ses sens, il ressent tout plus fort, plus vivement, ce qui attise le feu de ses reins qui oscillent dans un rythme de plus en plus désordonné. Le parfum de Taïga l'enivre, son toucher déclenche des nuées de frissons sur son épiderme moite, ses ongles le marquent, ses muscles puissants qui se contractent contre les siens, sa voix brisée dans sa gorge... Et il adore ça. Il aime ressentir, entendre et voir la puissance de son plaisir. Celui qu'il lui donne et qu'il partage. Bientôt il le ressent aussi sur sa queue, enserrée fermement dans des spasmes de plus en plus rapprochés. Kagami est proche, alors il se donne encore. Il ancre ses yeux mi-clos aux siens et vient l'embrasser, noyant son souffle dans sa respiration saccadée. Lui aussi est au bord du précipice, mais il lutte contre la chute, trop désireux de découvrir celle de son homme.
Kagami ne peut s'empêcher de mordre la lèvre du brun alors que tous ses muscles se contractent. Soudain, un spasme fulgurant le traverse et le plaisir irradie par vagues. Il lâche la bouche du brun et renverse la tête en arrière pour laisser échapper un cri étranglé. Les spasmes se succèdent de façon interminable tandis qu'il s'égare dans ses propres sensations, étourdi par l'intensité de la jouissance.
Sa respiration se bloque dans une inspiration sous la pression du corps de son homme sur son sexe. C'est violent. Plus que ce à quoi il s'attendait. La vision de Taïga dans la jouissance précipite la sienne. Son corps entier se tend puis se relâche dans l'extase. Aomine se libère dans la chaleur de son homme qui se contracte encore sur lui dans un gémissement guttural, drainant son orgasme à l'aide de derniers coups de reins salvateurs. Des étoiles s'impriment derrières ses paupières alors qu'il se laisse tomber sur le corps frissonnant de Kagami.
Sonné, le rouge laisse le plaisir refluer, les yeux clos, ses doigts massant la nuque d'Aomine de haut en bas. Il peut sentir son cœur contre sa poitrine, la musique précipitée de son souffle, et de son bras libre, il le serre contre lui en poussant un soupir de satisfaction. Un bien-être profond l'envahit, il se sent incroyablement détendu, flottant sur un petit nuage. Il réalise avec un léger sourire que c'était probablement le meilleur orgasme de sa vie. Ses oreilles bourdonnent et tout doucement, il redescend sur terre, comblé d'avoir franchi cette nouvelle étape et de découvrir comme ça lui a semblé naturel, évident.
Daïki ronronnerait presque sous la caresse de Taïga s'il n'était pas si loin. Comme si sa conscience avait explosé, il est incapable d'avoir des pensées cohérentes. Peu à peu, il reprend possession de son corps. Il se sent lourd, profondément alanguis sur le torse de Kagami et à la fois incroyablement léger. Les autres orgasmes qu'il a eus avec lui étaient déjà marquants. Mais celui-ci lui laisse un sentiment de plénitude et de satisfaction incomparable. Il réalise doucement que cette faim de lui le rongeait peut-être depuis avant ce soir. Le posséder de cette façon, le revendiquer sien... C'était incroyable.
Doucement il se retire de son homme dans une grimace d'inconfort et remonte sur lui, cherchant le creux de son cou pour y nicher son nez. Il embrasse sa peau du bout des lèvres, caressant son flanc.
Kagami sourit en sentant le brun câlin, recherchant son contact. Il l'enveloppe de ses bras et pose des baisers légers dans ses cheveux. Il sent que l'intensité de l'orgasme va rapidement céder le pas à un engourdissement ensommeillé. Il a envie de s'endormir aux côtés de son homme, profiter de cette sérénité pour se reposer longtemps sans se soucier de rien. Le bourdonnement dans ses oreilles s'est apaisé, il écoute maintenant le silence paisible de la chambre et leurs respirations qui ralentissent, et il murmure dans la pénombre :
« I love you Daiki. »
Sa caresse se suspend, le temps d'intégrer ses paroles. Son cœur fait une embardée, exactement comme la première fois qu'il les a entendus. Il déglutit. Une vague chaude l'enveloppe et l'emplit de gratitude. Les mots résonnent en écho dans sa poitrine, ne laissant plus aucun doute sur ce qu'il ressent pour lui. Brûlant ses lèvres de sortir. Alors il enlace son homme en le serrant contre lui et chuchote contre sa peau d'une voix fébrile.
« Moi aussi Taïga... »
Un immense sourire étire les lèvres du rouge tandis que les mots de son homme s'impriment au fond de son cœur, irradiant une douce chaleur. Le bonheur qui l'envahit lui semble si improbable, et pourtant si réel, aussi enivrant que le sexe. Il est apaisé qu'Aomine admette ses sentiments, renforçant encore leur lien, et la confiance profonde qu'il a en leur couple. Il ferme les yeux et se laisse aller sur l'oreiller, tout prêt à s'endormir à présent.
Le sourire de Taïga qu'il aperçoit est contagieux. La respiration du tigre se fait plus lente et son étreinte plus lâche. Alors il rabat les draps sur eux et se presse contre le corps chaud de son homme. Sa tête sur son poing, il l'observe sombrer dans le sommeil, s'autorise à caresser ses cheveux. Il ne s'écoute pas penser, admirant simplement la beauté de Kagami dans la pénombre. Bercé par une douce euphorie qui l'empêche de le suivre chez Morphée, il prend le temps de réaliser qu'il aime vraiment cet homme. Sans chercher cette fois à en trouver l'origine où le sens. Il savoure juste la sensation de fierté et de bonheur que cet aveu lui procure, se laissant finalement glisser dans le sommeil.
Quand il se réveille le lendemain matin, Kagami revisite les souvenirs de la veille, se demandant à moitié s'il n'a pas rêvé. Mais cette sensation d'irréalité se dissipe en voyant le brun étendu à ses côtés, nu, profondément endormi. Il sourit et admire la vue quelques instants avant de se nicher dans son dos et l'entourer de ses bras. Il pose un baiser sur sa nuque, humant son odeur chaude de sommeil. Et de nouveau il se laisse dériver dans la torpeur, bien décidé à profiter de chaque instant de cette journée aux côtés de son petit ami, et ça commence par dormir plus longtemps qu'il n'en a l'habitude.
Aomine émerge doucement de son profond sommeil. Ses perceptions s'éveillant au fur et à mesure qu'il remonte à la surface. Un corps chaud, ferme et un parfum familier l'étreignent. Un sourire étire le coin de ses lèvres. Sur sa nuque, le souffle tiède de Kagami s'échoue régulièrement, couvrant sa peau de petits frissons. Alors qu'il n'a jamais réussi, ni voulu dormir avec qui que ce soit, il se surprend à désirer se réveiller dans les bras du tigre tous les jours. Il profite de son contact et de la torpeur du réveil, cherchant les doigts qui errent sur son ventre pour jouer distraitement avec, tandis que les images de la nuit défilent dans son esprit.
À travers sa somnolence, Kagami sent le brun se réveiller et ses doigts se mêler aux siens. Il soupire doucement de plaisir, heureux de commencer sa journée ainsi, dans le lit d'Aomine, nu contre lui. Il embrasse la nuque de son homme avec tendresse.
« Hey... T'as bien dormi ? » murmure-t-il, caressant sa paume du pouce.
Un petit bond dans sa poitrine en entendant cette voix chaude et rocailleuse de sommeil. Il apporte la main de Taïga à ses lèvres, dépose un baiser sur son poignet et le serre contre son torse pour se blottir contre son homme.
« À poings fermés... Et toi ? »
Le rouge sourit, appréciant de sentir Aomine rechercher son contact. Il le serre contre lui pose encore un baiser sur sa nuque.
« Yeah... Super bien. J'aime dormir avec toi... Et encore plus me réveiller avec toi » avoue-t-il dans un sourire.
La remarque lui plait. Comme la veille, ça le rend de très bonne humeur. Joueur, Aomine lâche un soupir faussement résigné.
« Qu'est-ce que tu n'aimes pas faire avec moi de toute façon... »
Kagami éclate de rire et mordille sa nuque pour se venger.
« C'est vraiment un coup bas, ça ! Et pour l'instant, bah non, y a rien que j'aime pas faire avec toi ! Donc t'es coincé avec moi... » ajoute-t-il en resserrant ses bras sur lui de manière possessive.
Le brun ricane et se tortille un peu sous les morsures. Il s'amuse de cette étreinte presque étouffante mais il n'a aucune envie de s'en défaire. Au contraire.
« Arf... Je ferai avec. Y a pire comme punition.
— J'espère bien... » marmonne Kagami en posant cette fois de légers baisers sur sa nuque, sans pour autant relâcher son étreinte.
C'est bon de pouvoir accomplir ce genre de geste librement, savoir qu'Aomine ne va pas fuir, qu'il a autant envie que lui de rester ensemble, même si ça le déstabilise encore. Ça n'a plus d'importance maintenant. Alors il profite de sentir son corps musclé pressé contre le sien, son souffle régulier dans le calme de cette matinée. Il a faim, mais c'est si tentant et agréable de prolonger son séjour au lit avec son homme, alors il reste immobile avec la sensation qu'il pourrait presque se rendormir.
Fermement emprisonné dans les bras de son homme, Aomine se sent protégé. Vulnérable aussi et pourtant en sécurité. Il ne se sent plus seul, et plus leur relation s'approfondit plus il prend conscience qu'il subissait cette solitude plus qu'il ne la désirait vraiment. Et c'est bon de sentir ce vide se combler. Kagami a su l'atteindre d'une façon ou d'une autre, escaladant le mur qu'il dresse d'habitude entre lui et les gens plutôt que de passer son chemin. Alors non, il ne compte pas le laisser partir. Avec lui, il ne se sent pas obligé de combler les silences, comme si leur simple présence leur suffisait.
Il joue toujours distraitement avec sa main, caressant les petites calles sur sa paume semblables aux siennes alors qu'il repense à cette nuit. Il a un peu de mal à réaliser maintenant que sa faim s'est apaisée, pourtant il peut presque encore sentir les ongles de Taïga dans sa peau qui lui assurent que ce n'était pas un rêve particulièrement réaliste.
« Cette nuit... c'est juste moi ou c'était vraiment intense ? » ose-t-il demander.
Kagami sourit à cette question, se remémorant leurs étreintes, un doux frisson se coulant le long de sa colonne vertébrale à ces évocations. Il n'y avait pas pour lui d'effet nouveauté comme c'était sans doute le cas pour Aomine, et pourtant oui, c'était intense. Un peu comme le sexe après avoir été séparé de quelqu'un pendant longtemps, quand on redécouvre son corps et qu'on a soif de ses caresses et de son toucher.
Il embrasse tendrement la nuque de son homme et répond presque en chuchotant :
« Non... C'est pas juste toi. Et je pense que c'est parce que... c'est peut-être la première fois qu'on lâchait prise totalement. »
Une confiance renforcée et moins de tâtonnements... C'est ce qu'il a éprouvé, comme si plus rien ne pouvait se mettre entre eux. Plus de craintes, l'angoisse de mal faire, de faire fuir l'autre par un geste déplacé. C'était libérateur, et ça les a certainement fait avancer tous les deux.
Le brun médite ces paroles. Quand il y réfléchit, il trouve cette réponse plutôt pertinente. La frustration d'avoir Kagami près de lui et intouchable à la fois l'a rendu dingue. La force de son désir pour lui s'en est vu décuplée et cette constatation le fait relativiser. Même si la nuit qui en a découlé était incroyable, ce matin il n'est plus si sûr des raisons qui l'ont poussé à se restreindre en premier lieu. Dans son esprit il n'y avait que son besoin de Taïga, surpassant tout ce qui le parasite et le paralyse par moment. Et il est rassuré que son partenaire l'ait ressenti à travers ses gestes.
« Ouais, c'est sûrement un truc comme ça... »
Aomine gigote un peu pour se retourner dans les bras de Kagami, noue ses bras sur ses reins et embrasse ses lèvres. Entre eux il entend un grondement étouffé et il n'est pas tout à fait sûr de quel estomac il provient. Amusé il demande :
« T'as faim ?»
Kagami est bien obligé de le reconnaître, même si c'est tellement agréable de traîner au lit avec Aomine...
« Ouais... Avec cette soirée au club plus le sport sous la couette... C'est un miracle que j'aie encore rien avalé. J'espère que t'as de quoi faire le petit-déjeuner ! » s'inquiète-t-il soudain, peu désireux de passer par le konbini avant de satisfaire son estomac affamé.
Aomine pouffe face à l'air soucieux du fauve. Il note mentalement de ne plus laisser ses placards vides trop longtemps maintenant qu'il connait l'appétit de Taïga. L'idée de le voir ici plus souvent le fait sourire et il revient piquer ses lèvres avant de se lever.
« T'inquiète j'ai encore de quoi nous rassasier. Enfin, normalement...
— Hmpf... Mieux vaut vérifier ça tout de suite ! » grogne Kagami avant de poser un baiser sur les lèvres du brun et se dégager de son étreinte.
Il enfile le boxer qu'il trouve au pied du lit, attrape un t-shirt propre dans son sac, puis il se dirige d'un pas décidé vers la cuisine pour inspecter placards et frigo. Heureusement, tout indique que ce ne sera pas ce matin qu'ils mourront de faim. Il s'attèle donc aux préparatifs sans attendre, s'absorbant aisément dans sa tâche, comme toujours en cuisine. Ça a le don de canaliser son attention et ça le calme même quand il meurt de faim comme c'est le cas présentement.
Daïki secoue la tête, épaté par l'empressement du rouge. Il enfile un simple jogging et fait un crochet par la salle de bain avant de rejoindre le séjour. Il met un peu de musique en fond puis se dirige dans la cuisine pour s'occuper du café. Son précieux carburant. Il ne résiste pas à embrasser la nuque de son petit ami sur le chemin du placard où sont rangés les tasses et il vérifie ses messages pour s'assurer que ses amis soient bien rentrés pendant que la cafetière remplie son office.
L'arôme du café couplé à celui des œufs brouillés et des toasts grillés s'élève bientôt dans l'atmosphère. Kagami a également mis du riz dans l'autocuiseur et prépare quelques légumes pour l'accompagner. Quand tout est prêt, il dispose le tout sur un plateau et l'apporte dans le salon. Il boit d'abord une gorgée de café, soupirant doucement de satisfaction, puis s'empare de ses baguettes avec un sourire carnassier avant de se jeter son petit-déjeuner comme s'il n'avait pas été nourri depuis trois jours.
Lui aussi il a faim, mais avec son boulot et ses horaires c'est une sensation qu'il a appris à gérer, voire oublier. Contrairement à l'ogre assis à ses côtés apparemment... Il savoure son petit déjeuner avec un sourire niais collé aux lèvres. Il est curieux de savoir si le tigre est partageur... Après tout c'est quelque chose de bon à savoir puisqu'ils vont être amenés, il l'espère, à partager de nombreux autres repas. Il profite que l'animal soit occupé à boire pour chiper une peu de nourriture dans son assiette juste pour voir...
Kagami tressaille et manque de s'étouffer en voyant ce perfide mouvement de baguettes, lesquelles repartent avec l'une de ses précieuses bouchées. Il fronce les sourcils et fusille le brun du regard :
« Hé ! C'était à moi, ça ! »
Aomine ne bronche pas à la férocité soudaine de la bête et mâchouille son larcin avec un sourire provocant. Donc, pas touche. Il note l'information dans son calpin mental dédié à Kagami et face à son air grognon, il se sent un peu coupable. Alors pour se faire pardonner il dépose un peu de sa propre part dans son bol et se penche pour embrasser sa joue. S'il aime bien le taquiner il ne veut pas s'attirer ses foudres pour autant. Et il a bien compris que la bouffe... c'est important pour Kagami.
Adouci par cette offre de paix et ne pouvant résister à un doux baiser, Kagami sourit. L'équilibre étant rétabli, il peut reprendre son repas en paix. Il adore la façon dont Aomine le taquine tout en respectant toujours ses limites. Avant qu'ils ne soient amants, il le trouvait déjà très attentionné, mais à présent, ce trait de caractère est encore plus poussé et ça le séduit d'autant plus. Kagami aime prendre soin des autres, mais ça lui fait du bien aussi quand on s'occupe de lui, et c'est quelque chose qu'il a rarement connu en couple. Alors avec le brun, il trouve un bonheur inespéré, et se dit qu'au fond, c'était ça qu'il attendait d'un couple, qu'il a toujours attendu pendant toutes ces années. Plus tôt dans leur relation, Aomine s'était inquiété de savoir s'il était à la hauteur, mais il s'avère qu'en fin de compte, c'est ce même Aomine qui lui apprend le sens du bonheur amoureux. Et Kagami ne pourrait en être plus comblé.
Pendant qu'il mange tranquillement, Aomine ne peut s'empêcher de jeter des coups d'œil à son voisin. C'est une sensation étrange et réconfortante de l'avoir près de lui. De partager son intimité. Il y a toujours cette drôle d'ambivalence qui persiste mais il se rappelle aussi que si tout paraît naturel et facile à ses côtés, ce qu'ils partagent est très nouveau. À plus d'un titre. S'il a l'impression de le connaître de longue date, il ne sait presque rien de lui tout compte fait. Ça lui laisse plein de chose à découvrir, et son instinct de flic le titille de mener l'enquête.
« Tu as appris tout seul à cuisiner ? »
Kagami lance un regard à son voisin, un peu surpris par la question mais quelque part, ça lui fait plaisir qu'Aomine cherche à en savoir plus à son sujet. Il avale sa bouchée et répond :
« Je me suis toujours intéressé à la cuisine, alors ma mère m'a appris pas mal de trucs quand j'étais petit. »
Son cœur se serre à l'évocation des après-midi cuisine qu'ils partageaient tous les deux. Les souvenirs sont devenus vagues dans sa mémoire, ce sont plutôt des impressions, et quelques images qui surnagent. Lui, perché sur un tabouret, en train de remuer du chocolat fondu avec la plus grande concentration, ou bien se voyant confier l'importante responsabilité de découper un légume pour prouver à sa mère qu'il peut déjà tenir un couteau. Dans sa tête, il y a toujours du soleil ce jour-là, éclaboussant le lino rouge et les placards jaunes de la cuisine. C'est l'endroit le plus apaisant et le plus vivant de la maison, un endroit auquel son cœur revient toujours et qu'il souhaite recréer un jour dans sa propre maison.
Plongé dans ces évocations, il reprend d'un ton plus bas :
« Après son décès, j'étais souvent tout seul, alors c'est là que je me suis perfectionné. Je faisais à manger pour mon père aussi. Il disait que j'avais hérité du don de ma mère... Je sais pas si c'était un don, mais... En tout cas c'est une des rares choses qu'elle a eu le temps de me transmettre, et... ouais, c'est aussi pour ça que c'est précieux pour moi », conclut-il un peu gêné.
Le brun acquiesce en silence pendant qu'il écoute. Il hoche la tête en laissant son imagination dériver vers des images de Taïga plus jeune, les sourcils froncés tandis qu'il imite les gestes maternels. Il se figure aussi sa mère, qu'il a déjà vu en photo et son cœur s'attendrit. C'est un tableau charmant qu'il n'a aucun mal à peindre dans son esprit. Il se doutait déjà que sa mère avait quelque chose à voir dans son rapport à la nourriture lorsqu'il a tenu à l'emmener dans ce restaurant où elle s'était laissée prendre en photo. Mais de l'entendre l'évoquer lui fait plaisir. Il sait ce que c'est, de perdre quelqu'un et de n'avoir plus que des souvenirs qui ternissent. Laissant un sentiment vaporeux, comme un rêve qui s'estompe au matin. Pour raviver ceux de son père, il parcourt les chemins de randonnée et a choisi de porter le même uniforme. Kagami, lui, prend le temps de cuisiner et reproduire les recettes que sa mère lui a enseigné.
Mais parfois, il suffit d'en parler.
Il dépose sa main sur son genou qu'il serre un peu.
« C'est ta façon d'entretenir le lien, comprend-il. Je ne sais pas non plus si c'est un don... mais elle t'a définitivement laissé quelque chose d'important. En tout cas, moi je ne peux déjà plus me passer de ta cuisine ! » avoue-t-il dans un large sourire.
Le cœur de Kagami se serre de nouveau dans sa poitrine, mais ce n'est pas vraiment une sensation désagréable. Il sourit et pose une main sur celle d'Aomine.
« Je suis heureux que t'aimes ma cuisine. J'adore cuisiner pour toi. Et comme ça je suis sûr que tu te nourris correctement, alors ça satisfait aussi mon côté control freak ! » conclut-il en rigolant.
Son rire est communicatif. Daïki ricane et plonge dans le fond de son café avant de répondre.
« Ouais enfin pour ça, c'était pas difficile de faire mieux. Mais si en plus ça te fait plaisir... Qui suis-je pour m'y opposer ? »
Kagami acquiesce, satisfait, puis regarde de nouveau son homme :
« J'imagine que ton père bossait beaucoup aussi, alors c'était ta mère qui faisait à manger à la maison ? Ou bien vous étiez du genre à vivre sur des plats à emporter ? » demande-t-il, curieux lui aussi de mieux se représenter le passé d'Aomine et de glaner d'autres informations sur lui.
Le brun se plonge dans ses propres souvenirs avec une certaine appréhension.
« Oui, ma mère gérait tout à la maison. Et je dirais que c'est aussi un cordon bleu. Mais contrairement à toi... je n'ai pas passé beaucoup de temps à l'aider en cuisine. Sauf si c'était pour lécher les plats... J'étais plutôt du genre à traîner dehors. Et ça a empiré quand j'ai découvert le basket. Ma mère a l'habitude de dire que j'étais un enfant terrible facile à occuper... se souvient-il avec amusement. Parce qu'elle savait où me trouver mais avait du mal à me faire obéir à l'heure de rentrer. »
Kagami hoche la tête en souriant, il n'a pas beaucoup de mal à imaginer le gamin turbulent et enthousiaste que devait être le brun.
« Ouais, moi aussi j'avais plein d'énergie... Enfin, ça, ça a pas beaucoup changé comme tu le sais ! Hm... Et Momoi, elle te suivait dans toutes tes aventures ? Ou bien... C'était toi qui la suivais ?
— Ah bon ? J'avais pas remarqué... » Se moque Aomine dans un rire. Puis il sourit à l'évocation de Satsuki. « Non c'est elle qui suivait. Au départ c'était juste ma voisine que je trouvais pot de colle. Mais elle ne s'est jamais lassée et à force, il faut croire que je me suis habitué à l'avoir dans mon champ de vision. Encore aujourd'hui je sais pas trop pourquoi c'est moi qu'elle a choisi parmi tous les autres gamins, mais je vais pas m'en plaindre... »
Une bouffée d'affection lui étreint la poitrine en évoquant sa meilleure amie. Elle fait partie de sa vie depuis aussi longtemps qu'il s'en souvient et plus d'une fois il s'est dit qu'elle devait être son ange gardien.
« Hm... Faut dire que t'es plutôt de bonne compagnie quand tu fais pas ta tête de mule ! » rigole Kagami en lui ébouriffant les cheveux. « Mais... Je suis content que t'aies pu avoir une amie comme elle, toujours à tes côtés. Je sais comme c'est précieux. »
Le brun se recoiffe par reflexe en faisant la moue. Il protesterait bien mais il ne peut pas dire le contraire. Il sait qu'il peut se transformer en ours mal léché pour un oui ou pour un non.
« Hm ... d'ailleurs c'est pas trop galère à gérer la distance avec Himuro ? s'enquiert-il.
— Au début, un peu. Aujourd'hui c'est surtout que je sais pas trop comment communiquer. Passer des coups de fil, c'est pas trop mon truc. Enfin, heureusement, on arrive quand même à se voir. Il vient chaque année au Japon, et moi pareil aux USA.
— Je vois le genre. Appeler ma mère c'est toujours une corvée... »
Il se place un peu plus confortablement dans le canapé, passant une jambe par-dessus celle de Kagami et callant sa tête sur son poing.
« C'est cool, ça vous fait une bonne raison de voyager. Et du coup c'est prévu pour quand la prochaine fois ?
— En hiver, je pense. C'est l'occas pour moi de profiter du soleil quand il fait froid ici ! »
Kagami réfléchit, jetant un coup d'œil au brun, puis murmure presque timidement :
« Peut-être... que tu pourrais venir avec moi cette année ? »
Surpris, Aomine écarquille un peu les yeux. Il ne s'attendait pas à se l'entendre proposer mais l'idée fait très vite le chemin dans son esprit et un sourire béat étire ses lèvres tandis que l'euphorie gagne son cœur.
« Une aventure au States ? Vraiment ?
— Ouais... On pourrait se balader un peu à L.A., faire du surf, et puis partir en virée aussi sur la côte ou dans l'arrière-pays... »
Un sourire se dessine sur ses lèvres à mesure qu'il imagine ce séjour. Il se voit bien emmener Aomine là-bas, lui faire découvrir son autre foyer, là où il a passé la plus grande partie de sa vie, finalement. Il a envie de partager tout ça avec lui et de découvrir ces endroits familiers sous une perspective nouvelle.
Sa poitrine s'emballe. Lui qui n'a jamais eu l'opportunité de quitter le Japon et qui rêve d'aventure et de grand air... Kagami lui propose un voyage au pays où est né le basket. Mais plus que ça, l'invitation dans cette partie-là de sa vie le touche sincèrement. Il ne résiste pas et passe une main dans les cheveux de son homme, très emballé par ce projet.
« Et... on pourrait aussi aller voir un match tu crois ? » demande-t-il avec espoir.
Kagami s'illumine et hoche la tête vivement :
« Oh, ouais. Y en a toutes les semaines, à L.A., et c'est seulement pour les matchs NBA. Donc clairement on aura l'occasion. Et on pourra aussi aller faire un tour sur les terrains de street basket... Je suis sûr que tu trouverais des adversaires à ton goût là-bas ! »
Ce regard brillant, cet enthousiasme. C'est trop pour lui. Il fond. Aomine crochète la nuque de Taïga et vient manger ces lèvres qui lui parlent d'un rêve trop beau pour être vrai, juste pour en avoir un avant-goût. Sans s'éloigner il le relâche et déclare :
« Me dis pas des trucs comme ça... Si j'avais un passeport, on partirait demain. »
Kagami lâche un rire léger, conquis par la ferveur du brun.
« Alors commence par préparer ton passeport, ensuite on se prévoira une date où on peut prendre tous les deux des vacances », ajoute-t-il pour ramener son homme aux réalités pragmatiques.
Si c'est pour partir en Californie avec lui et vivre de surf, de basket et de sexe, il veut bien faire toute la paperasse qu'il faut. Un frisson d'adrénaline le laisse grisé et rêveur. Il plonge son regard dans celui de Taïga sans parvenir à se défaire de son sourire.
« Tout ce que tu veux, mais c'est oui. Je veux venir avec toi.»
Kagami observe ses yeux luisants, qui semblent plus clairs à la lueur de son enthousiasme, et son cœur se réchauffe à la joie de ce nouveau projet, de cette nouvelle aventure à vivre ensemble.
« OK, alors c'est acté. Cet hiver, on part tous les deux à L.A. »
Ça fait drôle de dire les mots à haute voix, hier encore il n'y pensait même pas, mais comme c'est toujours le cas avec Aomine, les choses arrivent tout à coup et se précipitent, les entraînant tous les deux sur des chemins inconnus. Et il adore cette sensation.
Daïki n'en revient pas. Il se laisse tomber sur le canapé un peu sonné par la nouvelle. C'est le genre de chose qu'il a toujours voulu faire, mais qu'il finit par laisser de côté pour tout un tas de raisons plus ou moins valables. Mais cette fois c'est différent. Partager tout ça avec Kagami donne une autre dimension au projet et il a hâte. Il croise ses mains derrière sa nuque en imaginant toutes les activités que Taïga a évoquées.
« J'ai jamais quitté le Japon », commence-t-il plongé dans ses pensées. « Mes parents étaient pas le genre à voyager très loin pour les vacances. Et l'année du voyage scolaire au lycée... j'y étais pas. »
Kagami contemple en souriant le profil du brun, déjà plongé dans l'anticipation de ce voyage. Il peut comprendre son excitation, le monde est vaste et ne connaître que son propre pays, parfois ça peut attiser la soif de nouvelles expériences. Et ça ne l'étonne pas que ce soit le cas pour Aomine, qui aime tant les aventures.
« Ouais... Je comprends. Je pense que tu vas aimer. Et clairement tu vas trouver ça dépaysant. Les paysages, l'atmosphère, les gens... Tout est très différent là-bas. »
Le brun se mordille la lèvre, le regard perdu dans le vide et hoche la tête. Puis il reporte son attention sur son petit ami.
« Et en plus j'aurais mon guide personnel... J'aimerais déjà y être.
— Moi aussi. »
Kagami embrasse les lèvres de son homme, glissant une main sur sa nuque et remontant dans ses cheveux. Puis, il s'écarte et lui adresse un grand sourire, revigoré par la perspective du voyage. Après quoi il se lève pour débarrasser et faire un peu de vaisselle, le cœur encore plus léger que ce matin en se réveillant, si c'est possible.
Flottant sur son petit nuage, Aomine a du mal à atterrir. Mais son regard finit par tomber sur le tigre dans la cuisine et il se lève pour le rejoindre. Il en profite pour refaire du café, plus par habitude que par nécessité vu son état d'excitation actuel. Alors qu'il s'est couché tard après une longue soirée, il se sent chargé d'un courant électrique. De ceux qu'il décharge habituellement dans le sport ou au travail. Sûrement l'effet Kagami et ses propositions insensées ... Suppose-t-il avec un rictus amusé. Puis son torse trouve le dos du tigre et il pose sa tête sur son épaule.
« Bon... puisqu'on ne peut pas partir tout de suite, on tente quelle aventure aujourd'hui ? »
Kagami réfléchit à la question tandis qu'il frotte énergiquement la vaisselle. Il sent le brun déborder d'énergie et lui aussi a bien envie de se défouler.
« Hm... On pourrait aller faire quelques parties de laser-game si ça te tente ? Ça sera un peu comme le travail IRL, pour moi, ajoute-t-il en rigolant. Mais ça peut être marrant. »
Aomine le sert un peu plus contre lui et embrasse le creux de son cou, séduit par l'idée. Se mesurer à Kagami sur un autre terrain que le cours de basket ou un jeu vidéo lui plait bien. D'ailleurs, il compte bien prendre sa revanche et gagner à ce jeu-là. Même s'il a vu ses capacités de tire et ses réflexes à l'œuvre, lui-même n'est pas en reste. Son propre bagage et ses entrainements de flic le laissent plutôt confiant sur ses chances de le battre.
« Hm mais t'as que des bonnes idées aujourd'hui... »
Le rouge rigole à ce commentaire, ravi de se sentir utile et de voir le brun approuver ses idées.
« Ok, on fait ça alors. Mais avant je crois qu'on aurait bien besoin de passer sous la douche... »
Il sourit, il se sent encore poisseux des ébats de la veille, et ce n'est pas pour lui déplaire, mais pas vraiment approprié pour sortir.
Kagami marque un point... Le nez toujours fourré dans son cou il inspire son parfum plus prononcé et âcre à cause de cette nuit.
« T'as raison... tu sens pas la rose ! » se moque-t-il.
Son rire redouble lorsqu'il évite une gerbe d'eau envoyée par un Taïga offusqué. Mais il revient embrasser sa peau et comme aujourd'hui il se sent pousser des ailes, Aomine s'entend dire avant même de l'avoir pensé :
« Tu me rejoins ? »
Kagami tourne la tête, surpris par la question, et sent aussitôt son bas-ventre se nouer à cette idée. Quelque part, se laver avec quelqu'un, pour lui c'est presque plus intime que le sexe. Il rougit et retourne son attention sur la vaisselle qu'il est sur le point de terminer.
« Yeah... OK... Je te rejoins », achève-t-il avec un peu plus de détermination.
Le cœur battant, le brun se serait presque attendu à ce qu'il refuse. Il a parlé trop vite, laissant son envie s'exprimer pour lui. Si quand ils ne sont pas ensemble il pense trop à lui, lorsqu'ils sont dans la même pièce, Aomine a un mal fou à le lâcher. Sur le chemin de la salle de bain, il se fait la réflexion qu'il devrait peut-être faire attention. Il ne sait pas ce que c'est d'être en couple, il le découvre. Mais il doute que passer son temps collé l'un à l'autre soit vraiment nécessaire ou même appréciable. Du coup c'est un peu nerveux et fébrile qu'il se déshabille pour entrer dans la cabine, se demandant s'il a bien fait.
Kagami achève sa vaisselle, un peu nerveux mais pas dans le mauvais sens du terme. Il s'essuie les mains et regarde en direction de la salle de bain où il entend l'eau couler. Puis, il inspire un grand coup et rejoint la petite pièce. Il peut discerner la silhouette brune d'Aomine derrière la vitre de la douche qui s'est couverte de buée, et son cœur s'accélère. Il se déshabille rapidement comme s'il avait peur de se dégonfler, puis ouvre la porte et rejoint son homme dans le bain de vapeur.
Aomine sent d'abord le courant d'air frai mordre sa peau, indiquant que la cabine s'ouvre, avant de sentir la présence de Kagami. Plus intimidé maintenant qu'il a réfléchit à la signification de son geste, il se tourne pour faire face à l'intrus, le regard fuyant.
Kagami ne peut s'empêcher de sourire en voyant le brun aussi intimidé que lui, et bizarrement ça lui redonne de l'assurance. Il fait un pas en avant et l'enlace, pressant doucement son corps contre le sien en penchant la tête pour laisser l'eau chaude dévaler sur sa nuque en un tapotement relaxant. Le menton appuyé sur l'épaule d'Aomine, il regarde sa chute de reins avantageuse et soupire doucement.
« You're so beautiful. »
La tendresse et les mots de Kagami le rassurent. Il lui rend son étreinte, laissant courir une main le long de son dos pour en redécouvrir la musculature, jusqu'à sa nuque qu'il masse doucement. La chaleur de la peau dorée contre la sienne emballe encore son cœur. C'est comme si maintenant qu'il en avait appris le contact, il ne pouvait plus s'en défaire, y revenant aussi sûrement qu'un aimant. Il se savait tactile en général, mais sa soif intarissable de lui, de le toucher... c'en est presque effrayant. Il espère juste que ça ne le fera pas fuir à un moment ou un autre.
Kagami recule un peu pour regarder le brun avec un sourire embarrassé :
« C'est la première fois que je prends ma douche avec quelqu'un... Enfin en dehors des vestiaires du lycée, quoi ! ajoute-t-il en rigolant. Mais bon au lycée on avait tendance à rester chacun sous son jet ! »
La remarque a le don de le faire rire et de dissiper sa gêne. Sans le savoir Kagami le rassure. C'est un peu étonné mais ravit qu'il apprend la nouvelle. Partager une première dans le domaine de l'intime avec son homme, ça lui redonne confiance. Lui aussi a encore des choses à expérimenter.
« T'imagines le bordel ? S'amuse-t-il. Moi aussi... c'est la première fois », avoue-t-il.
Sans se départir de son sourire, Kagami attrape le gel douche et commence à savonner le torse de son homme. Il aime promener ses mains sur ses muscles soulignés par la mousse fine.
« Yeah ? J'ai jamais eu trop envie avant... Mais là... Je sais pas, ça me tentait bien. Sans doute parce que manquer une occasion de te voir nu, ça fait pas sens dans ma tête » ajoute-t-il avec un sourire taquin.
Aomine pouffe, savourant son contact ferme et doux sur son torse. Maintenant qu'il le dit... lui aussi en profite pour se rincer l'œil. Après tout, ce n'est pas comme s'ils se découvraient pour la première fois... Et puis s'il repense à cette nuit, niveau intimité ce n'était pas rien.
« Ouais, mais je sais pas... j'avais pas très envie de te lâcher alors j'ai pas réfléchi », admet-il en se massant la nuque, embarrassé. « Et puis le spectacle n'est pas mal non plus...» ajoute-t-il en laissant son regard s'attarder sur son ventre digne d'une statue grecque.
Kagami savoure le regard de son homme sur lui, il aime voir cette lueur de désir et d'appréciation s'allumer dans ses iris tempétueux. Et le tigre n'est pas indifférent à cette situation, mais il fallait s'y attendre alors il ignore son érection tandis qu'il continue de laver le brun, massant avec application ses biceps sculptés, et venant le chatouiller sous les aisselles pour le taquiner.
Le brun ne peut pas manquer l'état de Kagami, et il se sent rougir malgré la distraction déloyale par chatouille. Il ne l'a même pas touché... Son pouls s'accélère alors qu'il trouve le phénomène fascinant. S'il aime se faire séducteur pour se sentir désirer dans un regard ou dans des paroles, c'est encore différent de le constater physiquement, alors qu'il n'a rien fait pour. Ça a quelque chose de grisant et de particulièrement satisfaisant. Alors qu'il se retourne pour laisser le tigre lui laver le dos, il se surprend à se demander s'il le faisait déjà bander avant qu'ils soient ensemble. Il se doute que oui, puisque Taïga se disait déjà attiré par lui mais à cet instant la révélation lui noue délicieusement le bas ventre, aussi bien que les mains qui courent sur lui.
Kagami le savonne en prenant le temps de profiter de la manière dont ses paumes glissent souplement sur le relief de son dos. Il adore la façon dont la lumière joue sur ses omoplates, dont les ombres se nichent entre elles et dans le creux de ses reins. Puis, il caresse ses fesses de ses mains savonneuses, venant se glisser dans le sillon chaud entre les deux avec un agréable chatouillement à l'estomac.
Un gémissement lui échappe à ce toucher audacieux qu'il attendait presque. Ses muscles se contractent sous le frisson que Kagami lui provoque, et la chaleur dans le creux de ses reins monte d'un cran.
« Profiteur... » souffle-t-il en tournant la tête à la recherche du regard de braise.
Kagami sourit en croisant son regard et acquiesce :
« Sorry... C'est trop tentant... »
Et comme pour accentuer sa remarque, il glisse une main entre ses jambes et vient prendre ses bourses en coupe, tandis qu'il pose un baiser d'abord sur son épaule, puis remonte vers sa nuque. Sentir le corps de son homme réagir à la caresse de ses lèvres et de ses mains lui apporte un délicieux et grisant sentiment de satisfaction.
« Bah vas-y, fait toi plaisir... »
Aomine fait mine de le réprimander avec un ton qu'il veut ironique, mais il se délecte de ses attentions. Plus il prend confiance en lui dans leur relation, plus il parvient à lâcher prise facilement et les caresses de Kagami n'en sont que plus plaisantes. Il penche la tête sur le côté pour laisser le libre accès au fauve, l'invitant à poursuivre sa dégustation. Puis il lâche un soupir de contentement lorsque le massage sur ses bourses s'intensifie. Son corps réagit tout seul, grâce à la tension régnant dans le petit espace clos et chaud de la douche, il a suffi à Taïga quelques caresses seulement pour l'exciter aussi.
Kagami ne résiste pas à l'invitation et vient mordiller son cou et sucer la peau entre ses dents tandis que sa main libre passe autour de la hanche du brun pour se saisir de sa queue dressée. Gémissant de contentement à la sentir si vaillante, il commence à y imprimer un doux mouvement de va et vient. Son homme a besoin d'être lavé à cet endroit aussi, après tout.
En sentant cette grande main chaude lubrifiée de savon coulisser sur sa verge, Aomine se mord la lèvre pour étouffer un nouveau gémissement. Inconsciemment il se cambre à la recherche de plus de contact et laisse sa tête reposer sur l'épaule solide de son homme. L'eau qui coule sur leurs corps enlacés ajoute à la sensualité du moment et il laisse les vagues de plaisir réchauffer son corps.
Kagami halète doucement, et s'enhardit tandis qu'il poursuit son doux massage, pressant sa queue contre les fesses galbées du brun. Il profite qu'il lui offre sa gorge pour mordiller sa trachée en refoulant un grognement de désir. Il aurait dû le savoir depuis le début : il ne peut pas se tenir tranquille dans une douche avec Aomine.
Sous les dents qui reviennent dévorer sa peau, Aomine frémit. Comme pour les griffures, il se surprend à aimer ça plus que de raison. Il crispe sa main sur l'avant-bras de Kagami en réponse à cette douce torture, savourant le jeu de ses muscles en action sous ses doigts, dévoués à lui faire du bien. Soucieux de lui rendre la pareille, sa main libre se faufile entre eux à la recherche de son érection.
« T'es tellement dur... » remarque-t-il dans un énième soupir.
Kagami éprouve à la fois de l'embarras et de l'excitation à cette remarque, et il soulève le bassin pour se loger contre la paume d'Aomine qui vient aussitôt l'enserrer. Sa propre main agit un peu plus vite, il sent le corps d'Aomine se tendre contre le sien et sa respiration se faire plus superficielle et plus rauque. Il veut faire monter la tension et entendre les gémissements du brun tandis qu'il lui donne du plaisir.
Lorsqu'il sent un gout métallique tapisser sa bouche, Aomine relâche sa lèvre et laisse finalement son plaisir se répercuter sur les murs carrelés de la douche avec indécence. Il accorde le rythme de son poignet à celui des hanches de Taïga qui ondulent contre lui et resserre sa prise sur le membre turgescent pour maximiser son plaisir. Il a le souffle court, l'humidité ambiante n'aide pas à récupérer assez d'oxygène. Il se sent proche du précipice et ne peut s'empêcher de regarder la main de Taïga s'activer sur sa queue. La vision d'une autre main que la sienne sur son sexe lui envoie une décharge de plaisir intense qui contracte ses abdominaux et l'étourdissement familier de la jouissance commence à brouiller sa vue.
« Taïga... hm continue, j'vais jouir... »
Kagami est captivé par le plaisir du brun, par ces gémissements, sa voix éraflée dans l'excitation, la façon dont ses hanches roulent contre son bassin. Il accélère encore ses mouvements de poignets tandis qu'il ondule entre les doigts serrés de son amant, prêt également à se laisser sombrer dans la jouissance.
« Vas-y Dai... J'ai envie de te sentir jouir... Je suis tout près moi aussi...
— Arh fuck...» grogne Aomine en entendant ces mots.
Comme prévu, il ne lui faut pas longtemps après cette demande pour atteindre l'orgasme. Dans un grondement rauque il se libère dans la main de son homme qui poursuit son massage, lui arrachant des spasmes de plaisir. Son corps relâché de toutes tensions, il se sent peser lourd. Cependant il ne se laisse pas encore aller à la torpeur et se retourne, déterminé à offrir un orgasme à son amant. Tandis que sa main retrouve le sexe brûlant de Kagami, il vient capturer ses lèvres dans un baiser avide et pincer son téton de sa main libre.
Kagami laisse échapper un gémissement étouffé à cette attaque inattendue, son corps se contractant de plaisir à la double stimulation. Son regard se plante dans celui d'Aomine, brouillé de désir. Il peut sentir la moindre gouttelette ruisseler sur sa peau sensuellement, et quand il baisse les yeux, il voit la main brune aller et venir sur son sexe dans un nuage de vapeur, lui arrachant une autre plainte.
« Oh fuck... Dai... »
Il referme une main sur sa nuque et écrase ses lèvres pour un nouveau baiser tandis qu'il s'abandonne à la caresse intense. Mêlant sa langue à la sienne, il sent son bas-ventre se contracter avec force alors qu'il se libère dans un grognement qui se perd entre les lèvres d'Aomine.
S'il n'avait pas déjà joui, ce son résonnant dans sa bouche l'aurait fait venir à coup sûr. Alors qu'il continue de l'embrasser, perdant une main dans ses cheveux détrempés, Aomine se dit vaguement qu'il a un truc avec sa voix... Tout chez Kagami l'émoustille et il se découvre des fétiches qu'il ne se connaissait pas.
Il quitte doucement de sa bouche et repose son front sur son épaule tandis qu'un bras s'enroule autour de sa taille le temps de reprendre son souffle. Puis il ricane en découvrant son torse.
« C'était bien la peine de me laver si c'est pour me salir juste après... » Lâche le brun dans un sourire amusé.
Kagami proteste faiblement, étourdi de plaisir, avec les jambes qui tremblent un peu sous son poids. Il pose un baiser dans les cheveux mouillés d'Aomine et murmure d'une voix essoufflée :
« Te plains pas... Je sais que t'as aimé ça... »
La remarque le surprend une seconde puis il éclate de rire. Découvrir le côté coquin de Kagami n'est pas pour lui déplaire. Parce que ça, pour le coup, il sait depuis longtemps que c'est quelque chose qui attise son désir. Dans l'euphorie post orgasme, l'embarras et la gêne ont peu de place et ça le laisse plus léger encore. Il redresse le visage et saisit la mâchoire de Kagami pour revendiquer sa bouche présomptueuse. Puis il hausse les épaules et admet en prenant le gel douche :
« Peut-être bien... »
Kagami secoue la tête en souriant. "Peut-être", ça lui semble assez maigre vu la façon dont il a entendu le brun gémir. Cependant, il laisse couler, se sentant trop agréablement bien pour poursuivre le débat. Son sang pulse doucement à ses oreilles, et il réalise que la tension s'est un peu apaisée, lui laissant l'esprit libre pour aller s'amuser en ville.
Ils sont sous la douche depuis un petit moment déjà, alors Aomine ne s'attarde pas en savonnant le corps d'Apollon de Kagami. Il reste sage, s'appliquant à sa tâche. Il aurait peut-être eu plus de mal à effectuer ces gestes intimes s'ils ne venaient pas de se jeter dessus comme des affamés. Mais il y parvient sans trop laisser son esprit ou ses mains divaguer et profite de ce petit moment qui renforce encore leur lien. Puis ils se rincent rapidement et sortent de la cabine. Le miroir ne renvoie d'eux qu'une masse informe et floue tandis qu'ils se sèchent. En frottant distraitement ses cheveux, Daïki lance un regard attendri à son homme.
« Alors cette première fois ? »
Les hanches serties par une serviette blanche alors qu'il s'apprête à aller chercher des vêtements pour la journée, Kagami se tourne vers le brun et lui adresse un grand sourire :
« Nickel. Encore un truc qu'on devrait faire plus souvent. On va finir par avoir un agenda super chargé, à force... »
Aomine s'amuse de la remarque en secouant la tête. Il passe une main sur le miroir pour le désembuer et se découvre un sourire heureux qui lui donne l'air con. Mais il est de trop bonne humeur pour s'en soucier ou s'en inquiéter et se brosse les dents rapidement. Il termine de se préparer d'un coup de déo et d'un coup de peigne puis rejoint sa chambre pour s'habiller.
Kagami choisit un pantalon large kaki et un t-shirt blanc sans manche aux couleurs des Lakers. Pendant que le brun termine de s'habiller, il consulte son téléphone à la recherche de la salle de laser-game la plus proche.
« T'en as déjà fait, du laser-game, au fait ? » demande-t-il au brun, assis au bord du lit, le nez toujours sur son téléphone.
Cherchant un t-shirt parmi la pile de vêtement qui irait avec son jean le plus confortable, il acquiesce.
« Ouais quelques fois, et toi ?
— Quelques fois aussi. Je vois que y a une salle à dix minutes à pied d'ici. »
Il se lève et glisse son téléphone dans la poche latérale de son pantalon.
« Je suis prêt, let's go ! »
Enthousiaste à l'idée d'aller se défouler, il sautille sur place, et voyant Aomine traîner à trouver un haut dans le bazar de son placard, il s'approche pour lui pincer les fesses.
La panthère siffle de protestation à cette vile attaque mais s'il en croit ses zygomatiques il ne doit pas être très crédible.
« Hé pas touche ! Laisse-moi m'habiller. »
Kagami le pince encore pour faire bonne figure, puis consent à le laisser tranquille et décide d'aller vérifier s'il y a assez à manger pour la journée, ou s'il vaut mieux passer au konbini sur le retour.
Il aime découvrir le Kagami joueur. C'est peut-être même cet aspect-là de sa personnalité qui l'a séduit le premier. Il met finalement la main sur le t-shirt qu'il cherchait. Complètement noir, plutôt long mais pas trop lâche. Dans cette tenue il est sûr d'être complètement libre de ses mouvements et moins détectable. Il a hâte de se défouler lui aussi, mais il n'oublie pas où ils vont pour autant. Il est déjà dans un esprit de stratégie.
Alors qu'il trouve Kagami la tête dans son frigo, il rejoint l'entrée en mode furtif et enfile ses chaussures. Puis sans aucune mauvaise foi aucune, il lance :
« Tu fais quoi Baka ? J't'attends, moi !
— Si tu veux à manger aujourd'hui tu ferais mieux de surveiller ta façon de parler », marmonne Kagami tandis qu'il termine l'inventaire des denrées. Puis, il se redresse et referme la porte du frigo. Il regarde Aomine d'un air critique, poings sur les hanches, puis secoue la tête et va enfiler ses baskets et sa veste.
Il ne répond rien, se moquant simplement de son compagnon. Il lui dirait bien qu'il se nourrissait aussi avant de le rencontrer mais il aime trop la cuisine de Taïga pour prendre le risque de le voir exécuter sa menace. Il vérifie qu'il a tout ce qu'il faut avant de sortir puis ils se dirigent vers la sortie de l'immeuble. Il laisse Taïga vérifier la direction à prendre puis ils s'élancent côte à côte à travers les rues.

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