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"Merci, Inspecteur"

Summary:

Edward Elric, l'un des meilleurs inspecteurs du commissariat de Central, est convaincu par son supérieur d'aller se détendre dans un bar miteux après une semaine de travail acharné. Mais la rencontre qu'il va y faire risque bien de troubler sa relaxation... (AU - Modern Setting : L'alchimie n'existe pas)

Notes:

Bonjour à tous, je me remets à écrire après 16 ans passés loin d'un clavier, donc soyez indulgents ! J'espère que cette courte histoire vous plaira, n'hésitez pas à me laisser un message, même petit, pour me faire part de votre ressenti, rien ne me ferait plus plaisir <3 Enjoy !!

PS : Si l'un d'entre vous se sent de vouloir écrire le POV d'Envy, ça me rendrait très heureuse donc n'ayez pas peur de m'en parler !
PS2 : J'ai tenté de traduire cette histoire en anglais mais je suis loin d'en maîtriser les rouages, vous trouverez la traduction sur mon profil si jamais cela vous intéresse.

Work Text:

Lorsque mon supérieur avait proposé que l’on aille tous ensemble après le travail partager un verre dans ce que j’estime être la pire boîte de nuit de la ville afin de « nous détendre et relâcher les tensions », ses propres mots accompagnés d’un clin d’œil suggestif, j’avais lâché un profond soupir, et probablement roulé des yeux jusqu’au ciel. Protestant d’abord que j’étais suffisamment épuisé de supporter ses stupides remarques au cours de nos missions quotidiennes, je ravalai finalement mon refus face à son regard foudroyant, ainsi qu’à une certaine envie d’ingurgiter un peu d’éthanol après avoir été particulièrement malmené par le travail cette semaine. Et il faut avouer que la perspective d’observer le commissaire Roy Mustang titubant sur une piste de danse me procurait déjà une satisfaction certaine teinté de moquerie. Je m’étais donc joint à mes collègues, qui commençaient à me railler sur ma supposée incapacité à tenir l’alcool (« Bande d’enfoirés, qui a dit que c’est parce que je suis petit ?! ») et avait suivi les autres en direction du « Central Royal Club », dont la réputation était inversement proportionnelle à la grandiloquence de son nom.

Il ne me fallut pas longtemps pour me faire une idée de l’endroit où nous avions atterri : une musique entraînante et assourdissante bourdonnait dans mes oreilles, à ma droite s’élevait un comptoir en bois miteux faiblement éclairé par des néons violets derrière lequel une serveuse en tenue suggestive servait boisson après boisson à des clients hilares. À ma gauche, une piste de danse bondée de laquelle émanaient odeurs de bières et de sueur. Bordel, qu’est-ce que je pouvais détester ce genre d’endroits. Qu’est-ce qui avait pu faire croire à Mustang que c’était une bonne idée de me traîner ici ? Je n’aimais pas danser, et encore moins en boîte de nuit. Je n’avais jamais compris cette parade de séduction vulgaire et pitoyable dans laquelle femmes frivoles et hommes avinés mêlaient leurs corps de manière disgracieuse, le cerveau et les mouvements abrutis par l’alcool.
Alors que j’observai mes collègues déjà grisés par l’ambiance se déplacer vers une table près de l’entrée, une silhouette solitaire face à moi attira mon attention. Perdu dans ses pensées au milieu de ce club minable, enfoncé dans un canapé près du bar, il contemplait le fond de son verre d’un air maussade, semblant prêt à se noyer dedans pour échapper à l’ambiance de chaos qui l’entourait. Respirant l’arrogance, il ne quittait sa boisson du regard qu’au moment d’en avaler avidement une gorgée, jetant au passage quelques œillades empreintes de mépris à la foule enivrée et transpirante.

Tout en me dirigeant vers le comptoir pour me commander un verre de cognac, je continuai de fixer discrètement l’inconnu du coin de l’œil. Tout chez lui me semblait magnétique et intrigant. De ses longs cheveux bruns qui tombaient gracieusement sur des épaules blanches que je devinai fines mais néanmoins musclées, au costume quelque peu excentrique qu’il portait ce soir-là : un débardeur noir et moulant, coupé au-dessus du nombril, et un pantalon assorti en cuir, lacé le long des jambes, qui laissait apparaître çà et là la blancheur de sa peau. Son teint lisse me semblait fait de marbre, étrange statue mouvante, méprisante et sublime, de laquelle je n’arrivai pas à détacher mon regard.
La serveuse venait à peine de poser le verre de liquide ambré sur la surface de bois qui me faisait face et je m’apprêtai à partir avec ma boisson, lorsque je remarquai une silhouette brune et voluptueuse près de lui. Elle se pencha à son oreille, je vis ses lèvres rouges et pleines bouger et leurs têtes se tourner légèrement dans ma direction. Un frisson me parcourut l’échine, j’avais été moins discret que je ne le pensais. Et merde. Nos yeux se croisèrent et je me trouvai un instant paralysé par ce regard. Deux améthystes qui semblaient scruter le fond de mon âme, à la fois prédatrices et mélancoliques. Avait-il remarqué que je l’observais depuis plusieurs minutes déjà ? Un fin sourire prétentieux se dessina sur ce visage envoûtant alors qu’il décroisait ses jambes, et je détachai mon regard dans un sursaut, renversant immédiatement le contenu de mon verre sur mes mains et ma chemise. Bordel, Ed, ce que tu peux être con parfois. J’allai empester l’alcool toute la soirée maintenant.

 

Mon attention fut attirée par ce qui me semblait être une porte de toilettes au fond derrière la piste de danse et m’y dirigeai précipitamment, me gardant bien de jeter un coup d’œil vers l’objet de mon obsession récente. Une fois engouffré dans la pièce lugubre et seulement éclairée par une faible lumière vacillante, j’ôtai à la hâte ma chemise et la passai sous l’eau afin d’en faire partir le résultat de ma maladresse et de mon trouble. Je me remémorai ce sourire narquois si particulier et je sentis une étrange chaleur me monter aux joues. Je ne connaissais pas cet homme, et il m’énervait d’un simple rictus. Parfaitement conscient de l’avoir reluqué plus que ma raison aurait dû me le permettre, je me maudis intérieurement d’avoir été si peu subtil, une soudaine vague de honte m’étourdissant quelque peu.

Une voix moqueuse interrompit mon flot de pensées :
« Qu’est-ce qu’un inspecteur réputé de Central vient faire dans ce rade miteux ? Besoin de vous changer les idées via les plaisir de la liqueur ? Ou peut-être ceux de la chair… Dites-moi, quel est votre vice, Inspecteur ? »

Je me tournai surpris de ne plus être seul et trouvai l’objet de mes pensées se tenant dans l’encadrement de la porte, appuyé contre le chambranle, un sourire mystérieux placardé sur son visage séducteur. Je m’étais tellement égaré dans mon embarras que je ne l’avais même pas entendu entrer. Je me perdis un instant dans la perfection de ses traits lorsque mes yeux rencontrèrent les siens, avant de me reprendre rapidement, soudain conscient de ma semi-nudité. Je placardai maladroitement et avec précipitation ma chemise sur mon torse, le voyant afficher une moue déçue. Prenant la mesure de ses paroles, je me ressaisis :

« Qui es-tu ? Comment sais-tu qui je suis ? », tentai-je de répondre froidement en me donnant une fausse contenance. J’essayai de ne pas le regarder tandis que j’enfilai comme je pouvais ma pauvre chemise trempée qui me donnait l’impression d’avoir gagné un stupide concours de tee-shirt mouillé.

« Oh on passe déjà au tutoiement à ce que je vois, je ne pensais pas que nous étions si intimes. », répondit-il d’une manière provocante.

Piqué au vif dans ma fierté par sa remarque, je repris mes esprits et réitérai ma demande plus sévèrement :
« Prends pas tes rêves pour des réalités, sois mignon et réponds à ma question. » Je m’étais permis une familiarité avec un inconnu et je sentais que j’allais en faire les frais.

« Pas la peine de s’énerver, j’ai simplement entendu tes collègues discuter de vos dernières prouesses. Ils sont plutôt bruyants, pour une unité de police, je pensais que seule l’élite pouvait intégrer vos rangs. C’est plutôt imprudent de leur part d’être si indiscrets, tu ne crois pas ? »

J’essayai d’ignorer ses provocations ridicules et finis de boutonner ma chemise humide à la hâte, pressé d’échapper à sa curiosité. Je le voyais me fixer alors que je me rhabillai péniblement et ne pouvait m’empêcher de me sentir étrangement agité. Qu’était-il en train de s’imaginer en me regardant de la sorte ?

Je lui intimai de se pousser afin de quitter cet endroit exigu qui nous obligeait à une proximité trop inconfortable à mon goût. Loin de m’écouter, il resta immobile, un sourire mystérieux plaqué sur son visage. Je lui attrapai le poignet pour le forcer à me laisser le champ libre, mais il profita de l’occasion pour se pencher à mon oreille et me susurrer :
« Vous avez attaché les mauvais boutons, Inspecteur… »

Je jetai un coup d’œil furtif à mon torse et constatait avec contrariété que l’inconnu avait raison. Il laissa échapper un rire moqueur et pivota sur lui-même, me laissant seul avec une honte enfantine.

 

Je retrouvai mes collègues à leur table et avalai d’une traite un verre de shooter parmi une dizaine commandés par Mustang, déjà visiblement ivre. Les gouttes du liquide brûlèrent ma gorge et je m’empressai d’en descendre un deuxième, avide d’oublier mon altercation avec le mystérieux brun. Déjà, je sentis la chaleur de la boisson me monter au crâne et embrumer mes sens. Je continuai à boire et tentai de m’amuser avec mes acolytes, mes compagnons quotidiens, nous remémorant telle course-poursuite ou tel interrogatoire, rieurs. Mais malgré l’agitation autour de moi, je ne pouvais m’empêcher de sentir un regard embraser ma nuque. Tâchant tant bien que mal de ne pas y accorder trop d’importance, je continuai mes beuveries fuyantes. Mais dès que j’avais le malheur de fermer les yeux, je me remémorai ces deux prunelles intrigantes, une vague de sensations indescriptibles s’abattant alors sur mon corps.

Mes camarades étant partis se déchaîner sur la piste, remplir leur verre, ou tout simplement aborder des inconnus, ivres d’alcool et de la fatigue de la semaine, je me retrouvai bientôt seul à ma table. M’affalant sur ma chaise, je profitai de ce moment d’accalmie pour me délasser un peu et fermer les paupières, savourant les vapeurs de l’alcool.
Je fus rapidement interrompu par une main sur mon épaule et un souffle discret près de ma nuque :
« Regarde-moi, Inspecteur. »

Je pivotai promptement sur ma chaise afin d’intercepter l’inconnu, mon entraînement en tant que membre des forces de police de Central portant habituellement ses fruits, mais le responsable s’était déjà enfui hors de portée.
Lorsque je le trouvai, il se tenait au milieu de la piste de danse surpeuplée, et je ne pus m’empêcher de le fixer du regard. J’aurai aimé le clouer au sol d’un simple coup d’œil, lui faire payer ses affronts et son impertinence. J’avais le grade de capitaine, bon sang, je n’allais pas me laisser faire par un mec tordu en mal d’attention !

Malgré mes protestations intérieures, je restai vissé à ma chaise, incapable de faire autre chose que le suivre des yeux. J’étais littéralement pétrifié par son aura magnétique et ses sourires sarcastiques, les mêmes qui m’avaient poussé à gaffer quelques heures plus tôt, moi Edward Elric, le pro de la filature.

Bordel, qu’est-ce qui clochait chez moi ce soir ?! Trahi par mon corps autant que mon esprit, je tentai tant bien que mal de faire abstraction de l’inconnu qui dansait face à moi, se penchant dans des mouvement lascifs vers telle ou telle personne virevoltant autour de lui. Blessé dans mon orgueil, conscient qu’il cherchait probablement à m’humilier après m’avoir pris la main dans le sac, je ne pouvais pourtant m’empêcher de suivre avidement les mouvements de cet homme mystérieux. Malgré toute la volonté que je mettais à rester indifférent à sa petite performance, je devais piteusement admettre que je me retrouvais sans cesse à le manger des yeux. Je me sentais frustré d’un tel déséquilibre, lamentablement coincé sur ma chaise, incapable de me lever pour répondre à son air de défi puéril. De temps en temps, son visage irréel se tournait vers moi et je sentais des décharges électriques me parcourir la peau à l’idée qu’il se donnait en spectacle pour moi. Des ondes de plaisir égoïste me traversaient le corps à chaque fois que nos regards se croisaient : je voulais qu’il ne voie que moi lui aussi, je voulais qu’on soit seuls tous les deux dans cette pièce, je voulais me rapprocher de ce corps insolent. J’avais l’impression de me perdre complètement dans ses yeux, dans ses mouvements, dans son sourire en coin.

Ses regards semblaient me consumer de l’intérieur, une boule étrange et douce-amère s’étant formée dans mon ventre. Je m’égarais sur ses bras et ses hanches. Je n’arrivais pas à contrôler mon esprit et je comprenais à ses coups d’œil qu’il aimait ça. Il jouait avec moi comme un chat avec une souris et je marchai droit dans son piège, incertain de ce que je ressentais en cet instant.
Je sentais mes pensées dérailler complètement face à la vision qu’il m’offrait et était tenté de m’approcher dangereusement de la piste de danse. Je n’étais pas habitué à écouter ce genre d’envies, et me passai douloureusement la main sur le front dans l’espoir de me ressaisir. Je me levai précipitamment afin de rejoindre le lavabo des toilettes et m’asperger le visage d’une eau que j’espérais fraîche et bienfaitrice. Je souhaitai me débarrasser de cette fièvre qui me collait à la peau, redevenir moi-même.

 

Penché au-dessus de la bassine en porcelaine, j’écoutai le bruit de l’eau disparaître dans le syphon et tentai de collecter mes pensées. Je me tenais sur le qui-vive, prêt au pire, m’attendant à tout moment à voir apparaître à ma gauche la silhouette de l’inconnu. Qu’aurais-je fait alors ? Aurais-je réussi à l’envoyer paître pour son insolence comme il le méritait ? Une douleur sourde près de mon ventre m’intimait sournoisement que non, qu’à la première occasion je l’aurai probablement plaqué contre le mur, lui faisant regretter ses remarques acerbes et ses sourires mutins d’une manière ou d’une autre. J’étais presque déçu qu’il ne se pointe pas. Je me passai un dernier coup d’eau et me décidai à sortir de ma cachette, prêt à affronter ce qui m’attendait avec l’inconnu.

Allait-il me bouder de l’avoir délaissé du regard le temps de quelques minutes ? Ça aurait au moins le mérite de lui rendre la monnaie de sa pièce. Je me délectais d’avance de l’observer me chercher dans tout le club, tel un prédateur perdu dont le jouet s’était subitement rebellé.

Seulement, tout ce qui m’attendait en sortant fut un arrière-goût âpre : j’avais beau inspecter du regard tous les recoins de la pièce, le brun n’était trouvable nulle part, et j’étais visiblement celui qui avait été abandonné. Sûrement s’était-il lassé de moi et de mon incapacité à réagir à ses provocations.

Bien que je fusse connu pour mes accès de colère au sein de la brigade, frôlant parfois l’immaturité, je n’avais pas l’habitude de me laisser aller à toutes mes pulsions, et certains de mes désirs restaient volontairement inassouvis. Pour des raisons tout à fait personnelles, j’avais décidé de me concentrer sur mon travail, résolvant enquête après enquête, meurtre après meurtre, dans le but de devenir le meilleur officier de Central. Il n’y avait que comme ça que je pourrai redonner du sens à ma vie et retrouver ce qui m’avait été arraché toutes ces années auparavant.

Sur ces pensées peu réjouissantes et me retrouvant soudainement très seul, je décidai de prendre une bouffée d’air frais. Tant mieux si l’autre crétin provocant et puéril avait disparu, je n’avais pas besoin de ce genre de distractions. A vrai dire je me sentais imbécile de m’être laissé détourner de mon seul et unique but, et par un inconnu effronté qui plus est.

Je me réfugiai vers le fond de la salle et me précipitai à l’extérieur par la porte de derrière. Goûtant pleinement à l’air frais du dehors, seul dans l’allée sombre qui jouxtait le club, j’inspirai une profonde bouffée et tentai de revenir à moi-même.

« Décidément, tu ne peux pas t’empêcher de me suivre. Je t’obsède à ce point ? »

Je n’avais pas prêté attention à la fine silhouette accroupie à ma droite et sursautai en entendant sa voix railleuse et traînante. Je n’aurai su dire ce qui m’habitait le plus en cet instant, le trouble de ne pas pouvoir profiter tranquillement d’un instant de répit, ou celui plus insidieux de retrouver cette présence obsédante qui avait caractérisé ma soirée. Je tentai de reprendre mes esprits en secouant la tête et en me massant le crâne : je n’allais pas laisser un inconnu se jouer de moi plus longtemps. J’étais Edward Elric, un des officiers les plus compétents des forces de police de Central, j’avais poursuivi et interrogé dans ma carrière des dizaines de criminels parmi les plus tordus du pays, je ne pouvais pas me résoudre à laisser à cet homme le plaisir de me voler ma sanité. Je repris mon calme et fit face au mystérieux brun qui se tenait désormais debout à mes côtés. Il était un peu plus grand que moi (ça blessait ma fierté de l’admettre) et je dus lever la tête afin de faire face à ses prunelles inquisitrices.

« Je ne suis pas venu pour toi, ne te donne pas tant d’importance. Je ne connais même pas ton nom.
- C’est un interrogatoire officiel, Inspecteur ?
- Raah et puis ça m’énerve cette comédie, je me ca-
- On m’appelle Envy. » Je sentis monter en moi une interrogation en entendant ce surnom étrange et évocateur. Il prit ma question de court et répondit avant que je n’aie le temps de la poser, se rapprochant de moi plus que je ne m’étais avoué le désirer, arborant un sourire narquois :
« J’ai ce surnom pour deux raisons, la première je fais toujours ce dont j’ai envie. Et la deuxième, je pense que tu l’as compris dès que nos regards se sont croisés. » Bam, rougissement jusqu’aux oreilles. De gêne en entendant cette explication suggestive, et de colère face à cette nouvelle provocation. Il se jouait de moi, de mon esprit embrumé et de mes désirs honteux. Je le vis esquisser un sourire railleur face à ma mine rougissante.

« Je me demandais quel visage arborerait le célèbre inspecteur Elric face à des actes qui lui sont impossibles à déchiffrer. Capable de traquer le moindre criminel dans tout Amestris, saurait-il garder son calme une fois devenu proie ? Je ne suis pas déçu du résultat, c’est délicieux, je me demande moi-même jusqu’où je serai capable d’aller pour vraiment te pousser à bout, microbe. »

Et tandis qu’il me glissait ces paroles aussi piquantes qu’humiliantes, il commença à se rapprocher de moi.

Comprenant qu’il ne cherchait en réalité qu’à passer son ennui sur ma pauvre personne déroutée, que tout cela n’était qu’un jeu sûrement habituel pour lui, je me ressaisis et ne lui laissai pas le temps de finir son geste. Je l’empoignais par le col, réduisant à quelques centimètres l’espace qu’il avait commencé à combler. Il se délectait de mon trouble ? Il allait goûter les conséquences de ses jeux déviants. Et j’allai arrêter de me laisser dominer par toutes les pensées ridicules qui m’assaillaient dès que ses yeux croisaient les miens.
Je le projetai violemment et l’entendis hoqueter de douleur lorsque son dos heurta le mur près de nous.

« Alors c’est à ce jeu-là que tu préfères jouer ? Fais attention à toi, Elric, je n’y suis pas trop mauvais moi-même. »

Fondant sur lui pour ne pas lui laisser une chance de se relever et me provoquer de nouveau, j’assénai un coup de poing sur sa joue marmoréenne, à moitié conscient qu’en tentant de le blesser au visage, j’essayai en vérité de chasser de mon esprit les sentiments contradictoires que celui-ci m’avait inspiré toute la soirée, depuis que j’avais foutu les pieds dans ce fichu club. J’eus à peine le temps d’apercevoir un mince filet de sang couler de ses lèvres que je sentis une violente douleur entre mes côtes. Cet enfoiré m’avait assené un puissant coup de genou et je me retrouvai plié en deux de douleurs sur le sol poisseux de l’allée dans laquelle nous nous trouvions. J’entendis le cliquettement de ses chaussures se rapprocher de moi tandis que j’avais les yeux rivés sur les pavés, tentant vainement de reprendre mon souffle. Il s’accroupit rapidement et empoigna mes cheveux noués en une couette à l’arrière de mon crâne, me forçant à le regarder, à assister aux premières loges à mon humiliation.

Il commença à étirer son sourire, comme pour m’asséner une énième raillerie et asseoir la position impuissante dans laquelle je me trouvai, mais il sembla se raviser et jeta son regard profond et améthyste dans le mien. Un picotement électrique me parcourut à nouveau la colonne vertébrale et je tentai de sonder un moment ce mystérieux regard empli de mélancolie. Je me repris rapidement et profitai de cet instant d’inattention pour lui attraper les jambes et les tirer vers moi, nous faisant basculer tous deux au sol, lui sous moi, mon visage empli de rage à quelques centimètres du sien. Je lui attrapai fermement la mâchoire pour l’obliger à me faire face, furieux d’avoir été humilié toute la soirée. Il ne se débattit pas et, en guise de réponse, plongea à nouveau ses prunelles dans les miennes, ses yeux de chat légèrement écarquillés, semblant sonder les tréfonds de mon esprit. Je remarquai qu’il avait toujours dans sa main droite des mèches de mes longs cheveux dorés mais il ne les tirait plus. Il les faisait simplement rouler entre ses doigts, les caressant doucement, l’air concentré sur mon visage d’une manière que je n’arrivai pas à définir.

Je desserrai doucement l’étau de ma main sur sa mâchoire, perturbé par la profondeur de ce regard qui m’avait tant troublé ce soir. Je m’y perdis quelques instant, puis mes yeux dérivèrent lentement sur sa bouche. Forcé d’en avouer la beauté maintenant que j’en étais si proche, je m’aventurai inconsciemment à passer mon pouce sur sa lèvre inférieure afin d’en essuyer les quelques gouttes de sang qui y perlaient encore par ma faute. Je ne savais plus ce que je faisais, des bribes de la soirée me revenaient en tête et des images dansaient dans mon esprit embrumé par l’alcool et l’intensité du combat. Le frisson qui me parcourut lorsque je croisai son regard pour la première fois, sa moue déçue lorsque je remis ma chemise trempée, mes poils qui se hérissèrent en sentant son souffle près de mon oreille, son sourire presque sincère lorsqu’il dansait en me regardant, le tiraillement derrière ma nuque lorsqu’il eut empoigné mes cheveux, ma rage, mon désir, ses lèvres, son regard, son regard, son putain de regard. Sans me lâcher des yeux, il entrouvrit légèrement la bouche alors que mon pouce caressait toujours ses lèvres, laissant le doigt inquisiteur découvrir fiévreusement la douceur de sa langue, tandis que le reste de ma main tenait toujours son menton.

Je ne pus m’empêcher de penser qu’il était simplement magnifique, ses longs cheveux de jais épars de chaque côté de son visage.
Je sentais la tiédeur de sa bouche entrouverte sur mon doigt et je fus parcouru d’une vague de chaleur indescriptible. J’en voulais plus, je voulais plus de ce corps, je voulais plus de ses yeux, je voulais explorer chaque parcelle de lui, et étais prêt à lui offrir en retour une intimité que je n’avais jamais partagé avec personne. Pas que c’était ma première fois, loin de là, mais il me suffisait du simple contact humide de sa langue sur mon doigt pour me convaincre que cette relation ne ressemblerait à aucune autre. Je savourai avec délice les lentes ondulations qui me parcouraient à chaque mouvement involontaire de sa bouche offerte à mes doigts, oubliant totalement la rage qui m’animai quelques secondes plus tôt.

J’étais brûlant face à lui et je sentis mes dernières barrières se rompre lorsqu’il se releva sur ses coudes et se pencha à mon oreille, reprenant son petit rictus :
« Enfin décidé à jouer avec moi, Edward ? »

Je sentais ses doigts désormais libres parcourir lentement ma nuque et me plonger dans un délicieux enfer d’anticipation. Je posai ma main sur sa joue en hésitant quelque peu et le forçai à me regarder dans les yeux. Ignorant les frissons enivrants que me procuraient ses murmures et ses caresses, je réussis à lui lancer dans un souffle saccadé :
« Ah, épargne-moi tes taquineries, tu veux… »

Et je l’attirai à moi afin de sceller définitivement par un baiser le vide qui me séparait encore de lui. Je m’étourdissais dans ce baiser, passant mes mains derrière sa nuque pour le rapprocher encore et approfondir ce délicieux contact. Et il aimait ça. Il me répondit encore plus intensément, attrapant mes cheveux et les tirant légèrement. Nos corps se frôlaient presque maintenant et je sentais les mouvements exquis de son torse agité qui se rapprochait dangereusement du mien. Je m’aventurai à descendre ma main plus bas, la faisant glisser le long de son torse. Je le devinais impatient contre moi et ne pus retenir un faible grognement lorsque je le sentis faire sauter les boutons de ma chemise. Le contact de sa main douce contre ma peau me grisa instantanément, la tête me tournant encore plus qu’auparavant, si cela était seulement possible. Je savourai chaque caresse comme un assoiffé égaré au milieu du désert, buvant goulument sa bouche, sa langue, ses joues, sa mâchoire. Je le sentis enfouir sa tête dans mon cou et me mordre fiévreusement la nuque. Il voulait plus. Et moi aussi.

D’un geste gracile il fit glisser le reste de ma chemise, dévoilant mes épaules légèrement hâlées.

« Attends… Je ne veux pas qu’on nous voie…
- Tu as raison, minus, ce serait dommage qu’on soit dérangés. »

Ignorant cette ultime pique sur ma taille, -pourquoi cherchait-il à m’agacer dans un moment pareil ? Quel type dérangé… Mais je n’étais visiblement pas mieux à me jeter dans ses bras ainsi-, je le vis sauter sur ses jambes et se lever promptement, me proposant sa main afin que je fasse de même. Il me tira à lui brusquement, me collant contre son corps enfiévré et m’arrachant un autre de ses enivrants baisers. Il recula sans lâcher ma main et se mit à trottiner joyeusement vers une allée un peu plus loin, tel un enfant traînant son nouveau jouet derrière lui. Je voyais ses cheveux sautiller derrière lui dans une danse entraînante, observant avec attention chaque mouvement de son dos musclé alors que je courais haletant derrière lui. Chaque fragment de lui me semblait perfection.

Une fois à l’abri de tout regard potentiel, il me poussa contre un mur dans un mouvement à la fois brusque et tendre et entrepris de me mordiller le cou, approfondissant parfois sa prise puis la léchant doucement. J’étais totalement à sa merci dans cette ruelle sombre et tremblai d’adrénaline et de toutes ces sensations nouvelles. Mais je n’avais pas l’intention de me laisser faire. Lui enserrant la taille et la nuque pour le coller contre mon torse nu, je le retournai d’un mouvement rapide, prenant bien garde à ne pas cogner sa tête contre le mur. Je voulais qu’il ait pleinement conscience de ce que j’allais lui faire. D’une main que je ne savais pas si experte, je fis glisser son débardeur le long de ses épaules. Il se laissa faire, l’air légèrement surpris, probablement pas habitué à perdre le contrôle de la situation.

Je lui arrachai un râle de plaisir lorsque mes lèvres rencontrèrent son torse, léchant avidement sa peau lactée. Alors que je m’accroupis et commençai à descendre le long de son abdomen, je le sentis haleter, visiblement tourmenté par mes caresses.
« Ed… »

C’était à mon tour d’avoir le pouvoir maintenant, et je comptais en profiter pleinement, quitte à blesser légèrement son ego.
« On passe déjà aux surnoms affectueux ? », lui glissai-je dans un demi-sourire narquois.

Il sembla se raidir légèrement à ma remarque, humilié, et se baissa à ma hauteur, enserrant mon visage dans ses mains fines et délicates, en contraste total avec son attitude :
« Ta gueule, microbe. », me glissa-t-il dans un sourire. « Et continue. », lâcha-t-il dans un souffle avant d’emprisonner tendrement mes lèvres des siennes. Quel homme lunatique.

Le baiser se fit plus intense et je sentis sa langue chaude passer la barrière de mes lèvres, cherchant la mienne avec passion. Je le laissai faire avec ardeur, répondant à ce contact humide, comme désirant me fondre en lui. Je perçus un fin sourire se dessiner sur son visage avant qu’une sensation de douleur lancinante ne traverse ma lèvre inférieure. La morsure m’arracha un soupir de plaisir plus bruyant que je ne l’aurai souhaité, et je devinai son sourire s’élargir dans la pénombre. Sentir ses dents sur moi, comme si j’étais sa possession, rien qu’à lui en cet instant, me procurait plus de sensations que je n’aurai pu l’imaginer. Je voulais qu’il me marque jusque dans ma chair, que jamais il ne me soit possible d’oublier ces moments d’abandon avec lui.

Était-ce l’alcool qui m’était monté au cerveau plus qu’à l’accoutumée ? Je n’arrivais même pas à mettre des mots sur la fièvre qui s’emparait de moi ce soir. Son sourire narquois m’avait percé au cœur, comme s’il avait volé une part de moi que je cherchai désespérément à récupérer à travers ses baisers.
Je détachai mes mains de son torse pour les plaquer contre son dos, savourant la rencontre électrique de mes doigts fiévreux et de sa peau douce. Je le sentais frissonner sous mon toucher et, alors qu’il passait sa main dans mes cheveux, le souffle haletant près de mon oreille, je décidai d’augmenter l’intensité de nos ébats d’un cran en plantant avec délice mes ongles dans sa chair accueillante. Le geste lui arracha un cri lascif qu’il réprima avec difficulté et je m’attendais à subir son courroux d’une seconde à l’autre, mais la seule réponse qui me parvint fut celle d’un souffle saccadé et impatient.

Il me semblait tellement différent de l’homme espiègle qui m‘avait torturé une bonne partie de la soirée. En cet instant, il me semblait si vulnérable. Je devinai que son arrogance n’était qu’une facette de son caractère parmi de nombreuses autres et me sentis brièvement idiot d’avoir sous-estimé la complexité de sa personnalité, le prenant pour un simple aguicheur en mal de sensations.

Tout en me volant quelques baiser supplémentaires, parsemés sur mes lèvres, mes tempes, mon cou, ses mains s’éparpillèrent sur mon torse avant de descendre dangereusement plus bas, frôlant la ceinture de mon pantalon avec agilité. Je m’agitai nerveusement lorsque je le sentis défaire la boucle d’un geste maîtrisé et ô combien excitant. Je tremblai d’anticipation à mesure que je le sentais déboutonner le seul vêtement qu’il me restait désormais, le faisant lentement glisser sur mes hanches afin qu’on en savoure tous deux le moment.
Je le vis discrètement mordre ses lèvres déjà rosies par nos baisers alors qu’il s’approchait de mon intimité, uniquement couverte par la maigre épaisseur de mon sous-vêtement. Il fit courir ses doigts le long de mon érection précautionneusement puis pressa sa bouche contre le tissu humide, en embrassant les contours. Je n’en pouvais plus, j’allai imploser de toutes ces sensations. Lui jetant malgré moi un regard implorant, il répondit à ma prière interdite en enlevant le dernier bout de tissu qui me couvrait et en saisissant mon membre entre ses lèvres. Je sentis un fin film d’eau couvrir lentement mon corps et une fièvre lancinante me parcourir le bas-ventre. Mon cœur manquait un battement à chacune de ses allées et venues, sa langue glissant doucement sur moi. J’ouvrai faiblement les yeux pour profiter de la vue offerte à moi et m’émerveillai de sa beauté, convaincu alors qu’il me donnait en cet instant plus de plaisir que personne ne pourrait jamais m’en procurer.

Emporté par cette douceur, je me sentais mourir d’un trop-plein de lui, de sa langue sur moi. Je m’imaginai en martyr, jouissant de mon supplice, subissant avec délice chaque geste de mon bourreau. A mesure que je le sentais accélérer ses mouvements, une vague de chaleur étourdissante commença à m’envahir et je plaquai brusquement ma main dans ses cheveux pour lui intimer de ralentir la cadence. Il fronça les sourcils d’un air interloqué, visiblement surpris que je l’arrête si près du but. Face à son regard interrogateur et alors que la sensation de sa bouche sur moi se faisait encore présente, je tentai de m’expliquer pathétiquement :
« Ah, pas comme ça… Toi aussi... Ah, je veux- »

Un bref sourire traversa son visage magnifique. Il se rassit face à moi, avança son visage tout près du mien, son souffle me chatouillant le visage, et plaça deux doigts fins contre mes lèvres tout en me fixant doucement du regard. Comprenant sa demande muette, je m’exécutai docilement et entrouvris la bouche, laissant ses doigts parcourir ma langue moite. Mon regard demi-clos toujours plongé dans le sien, je saisis avidement son index et son majeur dans ma bouche, le sentant avec délice tressaillir de ce contact. Je glissai doucement ma langue le long de ses doigts fins dans de lents va-et-vient, me délectant de leur goût légèrement salé par la sueur. J’aimais qu’il puisse me voir comme ça, obéissant et offert, et j’aimais les éclairs lubriques qui parcouraient subrepticement ses prunelles tandis que je m’exécutais. Il retira ses doigts, m’arrachant un râle de frustration, et plaqua avec brusquerie ses lèvres contre les miennes, m’empêchant de protester, tandis que sa main désormais humide se pressait contre mon érection.

Il se saisit de mon membre brûlant dans un mouvement délicieux, et je rejetai la tête en arrière pour en apprécier chaque sensation. J’aimais la manière ambivalente dont il me touchait, tantôt rapide et possessive, tantôt douce, presque suppliante, et les sentiments contradictoires que cela faisait naître en moi. Je savourai la façon tendre avec laquelle il me mordait en même temps, comme pour goûter plus intensément ma peau, mon cou, ma sueur, mon sang. Il me faisait mal et j’aimais ça, j’en redemandais même. Je m’accrochais à lui, à sa main tiède et fine qui me parcourait le dos, la nuque, les hanches, tandis que son homologue m’arrachait des râles de plaisir saccadés plus bas. J’avais la sensation d’avoir manqué de lui toute ma vie, et chaque caresse me rapprochait un peu plus de cette impression de plénitude jamais connue auparavant.

Alors que sa main effectuait toujours de doux va-et-vient sur mon intimité, je réussis à reprendre mes esprits et me maudis intérieurement de le voir encore engoncé dans son pantalon de cuir. Quel égoïste je faisais. Haletant, je plaquai mes lèvres contre les siennes et lui attrapai les hanches fermement afin de baisser les deux épaisseurs de tissu qui le couvraient jusque-là. Il frissonna à ce contact et je le vis plisser des yeux d’anticipation. J’amenai ma main à ma bouche, laissant un filet de salive couler sur ma paume tout en le fixant du regard, et glissai mes doigts sur son érection ainsi découverte.

Il enfouit sa tête dans mon cou et je le sentis tressaillir contre ma main chaude tandis qu’elle parcourait son membre. J’entendais son souffle pantelant contre mon oreille et des vagues d’excitation nous traversaient tous deux alors que nous nous caressions mutuellement. J’intensifiai mes mouvements et je le sentis se calquer difficilement sur mon rythme, distrait par le plaisir qui le sillonnait à chaque à-coup de ma main. Un râle haletant échappa de ses lèvres :
« Edward… Ah… plus vite… »

Grisé par sa voix entrecoupé de sursauts de plaisir prononçant mon nom, le mien, comme s’il m’appartenait en cet instant, je m’exécutai et resserrai mon étreinte sur son membre alors qu’il faisait de même, nous propulsant dans un océan de délices insoupçonnés. C’était juste tellement bon, lui blotti contre moi, son désir palpable dans ma main, mon visage dans ses cheveux en bataille, son souffle contre ma nuque. Je me laissai à nouveau embarquer par cette bourrasque chaude dans mon bas-ventre, tous mes sens étourdis par la présence du brun contre moi. Il savait exactement comment me toucher, comment allumer ce brasier qui m’animai alors et je rejetai mon visage en arrière en gémissant malgré moi :
« Bordel… Envy… Continue »

Ma voix était plus rauque et saccadée que je ne l’aurai voulu et je le sentis parcouru d’une décharge de plaisir alors que je haletais plus fort. J’étais au bord du gouffre, mon plaisir atteignait son paroxysme, une ondulation de chaleur familière envahissant peu à peu mon ventre. J’attrapai ses cheveux et le tirai vers moi, lui arrachant un cri de plaisir incontrôlé. N’y tenant plus, je l’embrassai et atteins l’extase libérateur entre ses lèvres, une marée chaude irrépressible s’emparant de moi alors que je l’entendis gémir mon nom, nos plaisirs se mêlant dans une jouissance commune.

 

Je m’allongeai à même les pavés, tentant de reprendre mon souffle, et plongeai bientôt dans une profonde torpeur, épuisé de toutes ces sensations inédites. Enveloppé d’une félicité d’une extrême douceur, j’étais simplement reconnaissant qu’il m’ait fait cadeau de ces instants. Mes dernières sensations avant de sombrer dans le sommeil furent celles de ses lèvres sur les miennes et d’un murmure indéfinissable au creux de mon oreille.

Lorsque je me réveillai, j’étais seul et trempé de sueur au milieu de l’allée. Combien de temps avais-je dormi ? Je cherchai en vain toute trace de mon amant de la veille, mais il semblait s’être volatilisé, ne me laissant pour adieu qu’un flot de souvenirs fiévreux et un sentiment de manque impossible à combler.

Je n’appris jamais son véritable prénom. Je demandai à mes collègues de se rappeler de quoi que ce soit le concernant mais aucun d’entre eux ne semblait avoir vu un homme correspondant à sa description. Le capitaine Hugues était rentré trop tôt afin de s’occuper de sa fille chérie (non sans avoir montré des photos d’elle à la moitié du bar), Mustang avait très visiblement trop bu et ne se souvenait que des femmes qu’il avait piteusement abordées, le lieutenant Hawkeye avait été trop occupée à surveiller le commissaire d’un œil sévère, et le brigadier Armstrong s’était apparemment concentré sur la piste de danse sur laquelle il ne manquait pas une occasion de faire chauffer ses biceps.

Etant membre des forces de police d’Amestris, je tentai de mobiliser toutes les ressources imaginables à ma disposition afin de retrouver son identité légale, sans succès. Je me mis à fréquenter de plus en plus de clubs et de bars, espérant croiser sa silhouette féline entre chaque verre, voir virevolter ses longs cheveux sur chaque piste de danse que j’arpentais. Je fus souvent amené à me demander ce qu’il se serait passé si j’avais eu la chance de le revoir, s’il avait eu ne serait-ce envie de moi comme j’avais eu besoin de lui toutes les années qui suivirent notre rencontre, et la réponse m’effrayait un peu plus à chaque fois. Je suis certain qu’il m’aurait consumé entièrement, ne laissant de moi que des miettes, des bribes d’être humain, me noyant chaque jour dans ses caresses au point d’en oublier de respirer. Le plus terrifiant était certainement que j’aurai tout donné pour vivre cette fin-là, pour mourir lentement au creux de ses bras, quitte à connaître une fin prématurée et pathétique.

Se souvenait-il seulement de moi ? Pensait-il à nos ébats comme je le faisais, ne serait-ce que de temps en temps ? Son souvenir m’obsédait plus que de raison. Me persuadant d’avoir trouvé une cure et une échappatoire dans la fièvre des fêtes et les vapeurs de l’alcool, je cherchai pourtant encore longtemps son visage parfait et énigmatique parmi tous ceux que je rencontrai depuis : inconnus, partenaires de danse, amants. En vain. Leur peau n’était jamais assez pâle, leurs cheveux jamais assez noirs, et leur regard jamais si enivrant. Ces deux prunelles violacées si caractéristiques vivaient encore aujourd’hui distinctement dans mes souvenirs, mes espoirs et mes fantasmes, et apparemment eux seuls.